Sougya : Le daf achรจve la discussion sur les pasei beirot (planches autour des puits) : ils ne sont permis que pour l'animal, l'homme devant grimper dans le puits, sauf si le puits est large. On objecte que Chmouel exige de l'eau vive, donc une eau digne de l'homme ; et Rav Anan demande ร quoi sert l'exigence de la tรชte et de la majeure partie de la vache, ce qu'Abaye rรฉsout par le cas d'une mangeoire du domaine public qui entre entre les passin.
Rav (par Rav Yirmeya bar Abba) limite ensuite les burganin (huttes de gardiens) et les pasei beirot selon les pays, en deux versions. Rav Hisda interroge Mari, petit-fils de Rav Yirmeya bar Abba, sur la marche de Barnich ร la synagogue de Daniel ; celui-ci montre des ruines distantes de 70 amot et un reste.
Le daf passe enfin ร l'aggada : Mari bar Mar explique ยซ Ta mitsva est trรจs large ยป par le rouleau volant de Zekharia, qui fait de la Torah 3200 fois la mesure du monde.
[L'homme] grimpe pour monter, grimpe pour descendre.
Fin de la beraita citรฉe en 20b : les pasei beirot ne permettent de puiser que pour l'animal. L'homme qui veut boire doit descendre lui-mรชme dans le puits (domaine privรฉ) en s'agrippant aux parois, et boire lร .
Est-ce ainsi ? Rav Yitshak n'a-t-il pas dit au nom de Rav Yehouda au nom de Chmouel : les pasei beirot n'ont รฉtรฉ permis que pour un puits d'eau vive seulement ?
Or si c'est pour l'animal, que m'importe [une eau] vive ou [une eau] recueillie ? โ Nous exigeons une chose apte pour l'homme.
Objection : Chmouel exige un puits de mayim 'hayim (eau de source). Si la lรฉniance ne sert que l'animal, une eau de pluie recueillie (mekhounassin) suffirait. Rรฉponse : pour que l'eau justifie l'installation des passin, elle doit รชtre apte pour l'homme ; Rachi : l'eau fait des passin une mehitsa, elle doit donc รชtre une eau importante.
Le texte lui-mรชme : les pasei beirot n'ont รฉtรฉ permis que pour l'animal seulement ; mais l'homme grimpe pour monter, grimpe pour descendre. Et si [les puits] รฉtaient larges, mรชme pour l'homme aussi.
Et l'homme ne remplira pas d'eau pour la placer devant son animal, mais il remplit et verse devant l'animal, et celui-ci boit de lui-mรชme.
La beraita pose trois rรจgles : (1) les passin servent l'animal ; (2) si le puits est trop large pour y grimper, l'homme peut aussi puiser ; (3) on ne tient pas le seau devant la bรชte, on verse dans une auge et elle boit seule.
Rav Anan objecte : s'il en est ainsi, ร quoi ont servi les pasei beirot ? โ ร quoi ont-ils servi ?! ร remplir [de l'eau] ร partir d'eux !
Mais [sa question est] : ร quoi a servi [l'exigence de] la tรชte et la majeure partie de la vache ?
La michna exige que l'espace entre les passin contienne la tรชte et la majeure partie de la vache. Si de toute faรงon on ne peut que verser dans une auge, ร quoi bon cette mesure ?
Abaye dit : de quoi s'agit-il ici ? D'une mangeoire (ibous) qui se trouve dans le domaine public, haute de dix et large de quatre, dont l'extrรฉmitรฉ entre entre les passin, etc.
Abaye limite l'interdit de la beraita ร un cas particulier : une mangeoire de dix tefahim sur quatre, donc un domaine privรฉ ร elle seule, posรฉe dans le domaine public et entrant entre les passin. Lร on craint qu'elle ne se brise et qu'on ne transporte entre domaines. Ailleurs, abreuver l'animal entre les passin reste permis, et la mesure de la vache garde son utilitรฉ.
Rav Yirmeya bar Abba dit au nom de Rav : il n'y a pas de burganin ร Bavel, ni de pasei beirot hors de la Terre [d'Israรซl].
Les burganin sont des huttes de gardiens hors de la ville. Situรฉs ร moins de 70 amot et deux tiers l'un de l'autre, ils prolongent la ville, et les 2000 amot du tehoum se comptent ร partir du dernier. Rav restreint cette rรจgle et celle des pasei beirot selon le pays.
Le Roch retient directement la version stricte (la seconde de la Guemara) : aucune des deux lรฉniances ne s'applique hors d'Erets Israรซl.
Les burganin ร Bavel, non, car les ruptures [de digues] y sont frรฉquentes ; les pasei beirot hors de la Terre, non, car les yechivot n'y sont pas frรฉquentes. Mais l'inverse, nous le pratiquons.
Premiรจre version : les burganin valent hors d'Erets Israรซl (sauf ร Bavel, ร cause des crues), et les pasei beirot valent ร Bavel, oรน les yechivot sont nombreuses. La lรฉniance des passin a รฉtรฉ instituรฉe pour ceux qui voyagent pour une mitsva.
Certains disent : Rav Yirmeya bar Abba dit au nom de Rav : il n'y a ni burganin ni pasei beirot, ni ร Bavel ni hors de la Terre. Les burganin ร Bavel, non, car les ruptures [de digues] y sont frรฉquentes ; hors de la Terre non plus, car les voleurs y sont frรฉquents.
Les pasei beirot ร Bavel, non, car l'eau y est frรฉquente ; hors de la Terre non plus, car les yechivot n'y sont pas frรฉquentes.
Seconde version : les deux lรฉniances sont รฉcartรฉes partout hors d'Erets Israรซl. ร Bavel, l'eau des fleuves et canaux abonde ; les passin ne rรฉpondent ร aucune nรฉcessitรฉ.
Rav Hisda dit ร Mari, fils de Rav Houna, fils de Rav Yirmeya bar Abba : on dit que vous venez de Barnich ร la synagogue de Daniel, qui est ร trois parsaot, le Chabbat. Sur quoi vous appuyez-vous ?
Sur les burganin ? Le pรจre de ton pรจre n'a-t-il pas dit au nom de Rav : il n'y a pas de burganin ร Bavel !
Rav Hisda s'รฉtonne : trois parsaot (environ 12 000 amot) dรฉpassent de loin les 2000 amot du tehoum. La seule base serait une chaรฎne de burganin, que Rav, grand-pรจre de Mari, a justement รฉcartรฉe pour Bavel.
Le Roch place ici sa discussion sur le karpef (70 amot et deux tiers ajoutรฉs ร une ville) et sur l'ibour (prolongement de la ville). Il retient deux karpefs pour deux villes (141 et un tiers), selon Rav Houna et Rabbeinou Tam, et la distance de 70 amot et un reste pour relier une maison ou des ruines ร la ville, comme dans notre daf.
Il sortit et lui montra ces ruines, englobรฉes dans 70 amot et un reste [l'une de l'autre].
Mari ne s'appuie pas sur les burganin, fragiles, mais sur des ruines (matvata) : des restes de murs stables, espacรฉs de moins de 70 amot et deux tiers. Chaque ruine s'intรจgre ร la prรฉcรฉdente et la ville s'รฉtend jusqu'ร la synagogue de Daniel.
Rav Hisda dit : Mari bar Mar a expliquรฉ : que signifie ce qui est รฉcrit : ยซ ร toute chose j'ai vu une limite, Ta mitsva est trรจs large ยป ? Cette chose, David l'a dite et ne l'a pas expliquรฉe ; Iyov l'a dite et ne l'a pas expliquรฉe ; Ye'hezkel l'a dite et ne l'a pas expliquรฉe ; jusqu'ร ce que vienne Zekharia fils d'Ido et l'explique.
Transition vers l'aggada : Rav Hisda rapporte les derachot de Mari bar Mar. La question porte sur la mesure de la Torah : trois prophรจtes affirment qu'elle est vaste, Zekharia seul en donne le chiffre.
David l'a dite et ne l'a pas expliquรฉe, car il est รฉcrit : ยซ ร toute chose j'ai vu une limite, Ta mitsva est trรจs large. ยป Iyov l'a dite et ne l'a pas expliquรฉe, car il est รฉcrit : ยซ Sa mesure est plus longue que la terre, et plus large que la mer. ยป
Ye'hezkel l'a dite et ne l'a pas expliquรฉe, car il est รฉcrit : ยซ Il la dรฉploya devant moi, et elle รฉtait รฉcrite dedans et dehors ; et il y รฉtait รฉcrit : lamentations, et murmure, et hรฉlas. ยป
ยซ Lamentations ยป : c'est la punition des justes en ce monde, et ainsi il est dit : ยซ C'est une lamentation, et on la chantera. ยป ยซ Et murmure (hegue) ยป : c'est le don de la rรฉcompense des justes dans le monde ร venir, et ainsi il est dit : ยซ Sur le higayon, avec la harpe. ยป ยซ Et hรฉlas (hi) ยป : c'est la punition des mรฉchants dans le monde ร venir, et ainsi il est dit : ยซ Malheur (hova) sur malheur viendra. ยป
Chaque mot du verset de Ye'hezkel est rapprochรฉ d'un autre verset oรน il a un sens clair : kinim = souffrance des justes ici-bas ; hegue (cf. higayon, musique) = leur joie future ; hi (cf. hova) = punition future des mรฉchants. Ye'hezkel dit le contenu du rouleau, sans sa mesure.
Jusqu'ร ce que vienne Zekharia fils d'Ido et l'explique, car il est รฉcrit : ยซ Il me dit : que vois-tu ? Je dis : je vois un rouleau volant, sa longueur est de vingt amot et sa largeur de dix amot. ยป Et quand tu le dรฉplies, il fait vingt sur vingt.
Et il est รฉcrit : ยซ elle รฉtait รฉcrite dedans et dehors ยป ; et quand tu la sรฉparรฉs [en deux couches], combien fait-elle ? Quarante sur vingt.
Le rouleau est vu volant, donc pliรฉ en deux : 20 x 10 visible, soit 20 x 20 une fois dรฉpliรฉ. Il est รฉcrit des deux cรดtรฉs (Ye'hezkel) : en mettant le verso ร la suite du recto, on obtient 40 x 20 = 800 amot carrรฉes.
Le Ben Yehoyada lit ce nombre en remez : 800, valeur du pe final (bouche ouverte), multipliรฉ par les quatre niveaux du PaRDeS, donne 3200. La zeret, demi-ama, rappelle l'humilitรฉ de l'รฉtudiant, toujours ร mi-chemin.
Et il est รฉcrit : ยซ Qui a mesurรฉ les eaux au creux de sa main, et รฉtabli les cieux ร la zeret, etc. ยป Il se trouve que le monde entier est un sur trois mille deux cents de la Torah.
Le ciel est mesurรฉ ร la zeret (empan), une demi-ama. Une ama carrรฉe contient donc quatre zรฉratot carrรฉes, et 800 amot carrรฉes en contiennent 3200. Le monde n'occupe qu'une de ces cases.
Tossefot signalent que le Kalir, dans un piyout, compte 2400, en prenant la zeret pour un tiers d'ama ; ils montrent que son calcul ne s'accorde pas avec la sougya.
Et Rav Hisda dit : Mari bar Mar a expliquรฉ : que signifie ce qui est รฉcrit : ยซ Et voici deux paniers de figues placรฉs devant le Temple de Hachem. L'un des paniers, des figues trรจs bonnes, comme les figues...
Nouvelle derache de Mari bar Mar, sur la vision de Yirmeyahou (24,1-2) : deux paniers de figues, bonnes et mauvaises. La suite se lit en 21b.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).