Sougya : Le daf poursuit l'aggada ouverte en 21a. Mari bar Mar lit les deux paniers de figues de Yirmeyahou comme les tsadikim et les rechaim, qui tous finiront par donner un bon parfum.
Rava explique le verset du Chir HaChirim sur les doudaim (jeunes gens sans faute, filles d'Israรซl fidรจles, dรฉcrets nouveaux et anciens), puis Rav Hisda prรฉcise que les nouveaux sont les paroles des Sofrim. Rava dรฉduit de Kohelet qu'il faut รชtre plus vigilant sur les paroles des Sofrim que sur la Torah, et Rav Aha bar Oula condamne celui qui s'en moque.
La baraita de Rabbi Akiva en prison, prรชt ร mourir de soif pour ne pas manger sans netilat yadayim, illustre cette rigueur. Chlomo instituรฉ l'erouv et la netilat yadayim, reรงoit une bat kol, et fait des oreilles ร la Torah ; le daf s'achรจve sur les tilei tilim de halakhot tirรฉs de chaque trait de lettre.
...les primeurs ; et l'autre panier, des figues trรจs mauvaises, qui ne pouvaient รชtre mangรฉes tant elles รฉtaient mauvaises ยป (Yirmeyahou 24,2).
Fin du verset citรฉ en 21a. Le prophรจte voit deux paniers (doud) de figues devant le Temple : l'un de figues excellentes, les bikourot (primeurs), l'autre de figues immangeables.
Les bonnes figues : ce sont les tsadikim gmourim (justes accomplis). Les mauvaises figues : ce sont les rechaim gmourim (mรฉchants accomplis).
Et peut-รชtre diras-tu que leur espoir est perdu et que leur attente est annulรฉe ? L'enseignement dit : ยซ Les doudaim donnent leur parfum ยป (Chir HaChirim 7,14) : les uns et les autres donneront, dans l'avenir, un parfum.
Mari bar Mar interprรจte la vision : deux catรฉgories extrรชmes du peuple. Le verset du Chir HaChirim sert d'appui par le mot doudaim, qui rappelle doud (panier) : mรชme le panier des mauvaises figues finira par donner un parfum. Les rechaim ne sont donc pas dรฉfinitivement perdus.
Rava a exposรฉ : que signifie ce qui est รฉcrit : ยซ Les doudaim (mandragores) donnent leur parfum ยป ? Ce sont les jeunes gens d'Israรซl qui n'ont pas goรปtรฉ le goรปt de la faute.
Rava reprend le mรชme verset et l'applique ร la jeunesse d'Israรซl. Le parfum des mandragores dรฉsigne la puretรฉ de ceux qui ont รฉtรฉ prรฉservรฉs de toute faute, mรชme de son simple goรปt.
ยซ Et ร nos portes, toutes sortes de fruits choisis (megadim) ยป : ce sont les filles d'Israรซl qui annoncent (maguidot) leurs portes ร leurs maris. Autre version : qui lient (ogdot) leurs portes pour leurs maris.
Jeu de mots sur megadim : Rava y lit maguidot (elles annoncent), c'est-ร -dire que les femmes informent leur mari de leur รฉtat de nida. La seconde lecture, ogdot (elles lient), souligne leur fidรฉlitรฉ. La ยซ porte ยป (petah) est un euphรฉmisme.
ยซ Nouveaux et anciens, mon bien-aimรฉ, je les ai gardรฉs pour toi ยป : la Knesset Israรซl a dit devant le Saint bรฉni soit-Il : Maรฎtre du monde, j'ai dรฉcrรฉtรฉ sur moi-mรชme beaucoup plus de dรฉcrets que Tu n'en as dรฉcrรฉtรฉ sur moi, et je les ai accomplis.
Les ยซ nouveaux ยป fruits sont les guezerot (dรฉcrets) que le peuple s'est imposรฉs par ses Sages, au-delร de la Torah รฉcrite. Rachi : hadachim = divrei Sofrim, yรฉchanim = divrei Torah.
Rav Hisda dit ร l'un des Rabbanan qui ordonnait l'aggada devant lui : As-tu entendu ce que signifie ยซ nouveaux et anciens ยป ? Il lui rรฉpondit : Ce sont les mitsvot lรฉgรจres et les mitsvot graves.
Il lui dit : La Torah a-t-elle donc รฉtรฉ donnรฉe en plusieurs fois ? Mais : les uns viennent des paroles de la Torah, et les autres des paroles des Sofrim.
Rav Hisda rejette la lecture ยซ lรฉgรจres / graves ยป : toutes les mitsvot de la Torah ont รฉtรฉ donnรฉes en mรชme temps, aucune n'est plus ยซ ancienne ยป qu'une autre. Seules les institutions rabbiniques, ajoutรฉes au fil des gรฉnรฉrations comme gader et seyag (clรดture, barriรจre), sont ยซ nouvelles ยป.
Rava a exposรฉ : que signifie ce qui est รฉcrit : ยซ Et plus qu'eux, mon fils, sois averti : faire beaucoup de livres... ยป (Kohelet 12,12) ? Mon fils, sois plus vigilant sur les paroles des Sofrim que sur les paroles de la Torah.
Car les paroles de la Torah comportent des commandements positifs et nรฉgatifs ; mais les paroles des Sofrim : quiconque transgresse les paroles des Sofrim est passible de mort.
Rava lit veyoter mรฉhema (ยซ plus qu'eux ยป) comme une gradation : les paroles des Sofrim exigent plus de vigilance. Raison : parmi les interdits de la Torah, beaucoup n'entraรฎnent que les coups de fouet, alors que toute transgression rabbinique rend hayav mita, d'aprรจs ยซ celui qui perce une clรดture, un serpent le mordra ยป (mort par la main du Ciel).
Peut-รชtre diras-tu : s'il y a en elles de la substance, pourquoi n'ont-elles pas รฉtรฉ รฉcrites ? Le verset dit : ยซ Faire beaucoup de livres, il n'y a pas de fin ยป.
La Torah orale est sans limite : il est impossible de tout mettre par รฉcrit. Son absence de l'รฉcrit ne diminue donc pas son importance.
ยซ Et beaucoup d'รฉtude (lahag) est une fatigue de la chair ยป : Rav Papa, fils de Rav Aha bar Ada, a dit au nom de Rav Aha bar Oula : cela enseigne que quiconque se moque (malig) des paroles des Sages est jugรฉ dans les excrรฉments bouillants.
Rav Aha bar Oula lit lahag comme laag (moquerie). La ยซ fatigue de la chair ยป dรฉsigne alors la sanction de celui qui mรฉprise les paroles des Sages.
Rava objecte : est-il รฉcrit laag (moquerie) ? C'est lahag qui est รฉcrit !
Mais : quiconque mรฉdite (hogue) en elles goรปte le goรปt de la viande.
Rava refuse de changer une lettre : le verset dit lahag, de la racine haga (mรฉditer). Il en tire une louange : l'รฉtude des paroles des Sages procure un plaisir comparable ร celui de la viande, et ce plaisir se renouvelle ร chaque rรฉvision (Rachi).
Les Sages ont enseignรฉ : il arriva que Rabbi Akiva รฉtait enfermรฉ en prison, et Rabbi Yehochoua HaGarsi le servait. Chaque jour, on lui faisait entrer de l'eau en quantitรฉ mesurรฉe.
Un jour, le gardien de la prison le rencontra et lui dit : Aujourd'hui ton eau est abondante ; aurais-tu besoin de creuser (un passage sous) la prison ? Il en versa la moitiรฉ et lui donna l'autre moitiรฉ.
รpisode de l'emprisonnement de Rabbi Akiva par les Romains. Le gardien soupรงonne que l'eau supplรฉmentaire servira ร dรฉtremper le sol ou les murs pour s'รฉvader, et il en confisque la moitiรฉ.
Quand il arriva auprรจs de Rabbi Akiva, celui-ci lui dit : Yehochoua, ne sais-tu pas que je suis vieux et que ma vie dรฉpend de ta vie ?
Il lui raconta tout l'รฉvรฉnement. Il lui dit : Donne-moi de l'eau, que je me lave les mains.
Il lui dit : Pour boire, elle ne suffit pas ; pour te laver les mains, elle suffirait ? Il lui dit : Que puis-je faire, puisqu'on est passible de mort pour elles ?
Mieux vaut que je meure de ma propre mort, plutรดt que de transgresser l'avis de mes collรจgues !
Rabbi Akiva applique l'enseignement de Rava : la transgression d'une parole des Sages rend hayav mita. Il prรฉfรจre le risque de mourir de soif ร un repas sans netilat yadayim. Tossefot relรจvent que, mรชme selon la halakha, la netilat yadayim est dispensรฉe en cas de danger ; Rabbi Akiva agissait par rigueur personnelle.
On raconte qu'il ne goรปta rien jusqu'ร ce qu'on lui apporte de l'eau et qu'il se lave les mains. Quand les Sages l'apprirent, ils dirent : si dans sa vieillesse il en est ainsi, dans sa jeunesse ร plus forte raison ; et si en prison il en est ainsi, hors de prison ร plus forte raison.
Les Sages tirent deux kal va-homer : la vieillesse et la prison sont les conditions oรน l'on s'attendrait ร de l'indulgence ; si Rabbi Akiva n'en a pas usรฉ, sa rigueur dans des conditions normales รฉtait certainement plus grande.
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : Au moment oรน Chlomo institua les erouvin et la netilat yadayim, une bat kol (voix cรฉleste) sortit et dit : ยซ Mon fils, si ton cลur est sage, Mon cลur se rรฉjouira, Moi aussi ยป (Michle 23,15). Et il est dit : ยซ Sois sage, mon fils, et rรฉjouis Mon cลur, que Je puisse rรฉpondre ร celui qui M'outrage ยป (Michle 27,11).
Retour au sujet du traitรฉ : l'erouv hatserot est une institution de Chlomo. Rachi explique sa fonction : en interdisant le transport entre deux cours privรฉes sans erouv, on รฉloigne le risque de permettre le transport du domaine public au domaine privรฉ, interdit de la Torah. La netilat yadayim protรจge de mรชme la puretรฉ des taharot.
Rava a exposรฉ : que signifie ce qui est รฉcrit : ยซ Viens, mon bien-aimรฉ, sortons aux champs, passons la nuit dans les villages ; levons-nous tรดt vers les vignes, voyons si la vigne a fleuri, si le bourgeon s'est ouvert, si les grenadiers ont fleuri ; lร je te donnerai mes amours ยป (Chir HaChirim 7,12-13) ?
ยซ Viens, mon bien-aimรฉ, sortons aux champs ยป : la Knesset Israรซl a dit devant le Saint bรฉni soit-Il : Maรฎtre du monde, ne me juge pas comme les habitants des grandes villes (kerakhim), oรน il y a le vol, les unions interdites, le serment vain et le faux serment. ยซ Sortons aux champs ยป : viens, que je Te montre les talmidei hakhamim qui รฉtudient la Torah dans la gรชne.
Les kerakhim sont les grandes villes commerciales (Rachi). Par opposition, les ยซ champs ยป dรฉsignent les รฉtudiants qui travaillent la terre et consacrent le reste de leur temps ร la Torah, malgrรฉ la pauvretรฉ.
ยซ Passons la nuit dans les villages (bakefarim) ยป : ne lis pas bakefarim, mais bakofrim (parmi ceux qui renient) : viens, que je Te montre ceux sur qui Tu as rรฉpandu le bien et qui T'ont reniรฉ.
Al tikri (ยซ ne lis pas... mais ยป) : la Knesset Israรซl oppose sa fidรฉlitรฉ ร l'ingratitude des nations, comblรฉes de bienfaits et qui ont reniรฉ Hachem.
ยซ Levons-nous tรดt vers les vignes ยป : ce sont les synagogues et les maisons d'รฉtude. ยซ Voyons si la vigne a fleuri ยป : ce sont les baalei Mikra (maรฎtres de la Bible).
ยซ Si le bourgeon (semadar) s'est ouvert ยป : ce sont les baalei Michna. ยซ Si les grenadiers ont fleuri ยป : ce sont les baalei Guemara.
ยซ La je te donnerai mes amours ยป : je Te montrerai ma gloire et ma grandeur, la louange de mes fils et de mes filles.
Les trois stades de la vigne correspondent aux trois niveaux de l'รฉtude : le Mikra, la Michna, plus dรฉveloppรฉe, et la Guemara, stade de maturitรฉ complรจte. Rachi explique l'image par la croissance du fruit.
Rav Hamnouna a dit : que signifie ce qui est รฉcrit : ยซ Il prononรงa trois mille proverbes (machal), et ses chants furent mille et cinq ยป (Melakhim I 5,12) ? Cela enseigne que Chlomo prononรงa, sur chaque parole de la Torah, trois mille mechalim, et sur chaque parole des Sofrim, mille et cinq raisons.
Rav Hamnouna lit machal au sens de taam (raison, explication), comme le prรฉcise Rachi. Chlomo a donnรฉ pour chaque parole de la Torah 3000 explications, et pour chaque institution des Sofrim 1005 raisons.
Rava a exposรฉ : que signifie ce qui est รฉcrit : ยซ Et de plus, parce que Kohelet รฉtait sage, il enseigna encore la connaissance au peuple ; il pesa, examina et arrangea beaucoup de proverbes ยป (Kohelet 12,9) ? ยซ Il enseigna la connaissance au peuple ยป : il la lui enseigna par des signes de repรฉrage (simanei teamim) et l'expliqua par ce qui lui ressemble.
Deux outils pรฉdagogiques attribuรฉs ร Chlomo : les simanim (moyens mnรฉmotechniques, massora) pour retenir le texte, et l'analogie (bemai dedami lei) pour le faire comprendre.
ยซ Il pesa (izen), examina et arrangea beaucoup de proverbes ยป : Oula a dit au nom de Rabbi Eliezer : au dรฉbut, la Torah รฉtait semblable ร une corbeille qui n'a pas d'anses (oznayim), jusqu'ร ce que vienne Chlomo et lui fasse des anses.
Rabbi Eliezer lit izen comme oznayim (anses). Une corbeille sans anses se saisit mal ; les takanot de Chlomo servent de prise : en s'รฉloignant de la limite de l'interdit, on tient plus solidement la mitsva (Rachi).
ยซ Ses boucles (kevoutsotav) sont ondulรฉes (taltalim) ยป (Chir HaChirim 5,11) : Rav Hisda a dit au nom de Mar Oukva : cela enseigne qu'on peut expliquer, sur chaque trait (kots) de lettre, des monceaux et des monceaux (tilei tilim) de halakhot.
Kevoutsotav est rapprochรฉ de kots (trait, pointe d'une lettre) et taltalim de tilei tilim (monceaux). Mรชme les รฉlรฉments graphiques les plus petits de la Torah sont source de halakhot.
ยซ Noires comme le corbeau (orev) ยป : chez qui les trouves-tu ? Chez celui...
Derache suivante, sur la fin du mรชme verset. Elle s'achรจve en 22a.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).