Sougya : Le daf s'ouvre sur la fin de l'aggada de 21b : le corbeau et ses boucles noires dรฉsignent celui qui se consacre ร la Torah matin et soir, qui se prive, ou qui se fait dur envers sa maison comme Rav Adda bar Matna. Suivent les deraches sur ยซ Il rรฉtribue ceux qui Le haรฏssent en face ยป et ยซ erekh apayim ยป : Hachem retarde la punition des mรฉchants et la rรฉcompense des justes.
La Guemara revient ensuite ร la michna des pasei beirot : quand Rabbi Yehouda limite ร beit se'atayim, parle-t-il du puits seul ou du puits avec l'espace des passin ? La baraita de Rabbi Chimon ben Elazar conduit ร la diffรฉrence du ยซ long et รฉtroit ยป.
Enfin, la michna sur le chemin public qui traverse les passin ouvre la question de la force des cloisons face ร la foule : Rabbi Yo'hanan (Jรฉrusalem), les contradictions internes de Rabbi Yehouda et des Rabbanan (les deux maisons de part et d'autre du domaine public), et l'รฉnoncรฉ ยซ en Erets Israรซl on n'est pas coupable au titre de domaine public ยป.
... [c'est] celui qui, pour elles [les paroles de Torah], se lรจve tรดt et reste tard le soir au beit hamidrach.
Rabba dit : [on les trouve] en celui qui, pour elles, noircit son visage comme le corbeau.
Suite de la derache de 21b sur Chir Hachirim 5,11 : ยซ ses boucles... noires comme le corbeau ยป. Les paroles de Torah se maintiennent chez qui s'y consacre matin et soir : Rachi lit chehorot (noires) comme chahar (aube) et orev (corbeau) comme erev (soir). Rabba y lit la privation : celui qui noircit son visage, qui jeรปne et se prive pour l'รฉtude.
Rava dit : en celui qui se rend cruel envers ses enfants et les gens de sa maison, comme le corbeau. Comme [le cas de] Rav Adda bar Matna, qui s'en allait ร l'รฉcole de son maรฎtre.
Sa femme lui dit : tes enfants, que vais-je faire pour eux ? Il lui dit : les kurmei (joncs) du marais sont-ils รฉpuisรฉs ?
Troisiรจme lecture du corbeau : sa duretรฉ envers ses petits (Rachi : Hachem nourrit lui-mรชme les petits du corbeau, que leur pรจre dรฉlaisse). Rav Adda bar Matna part รฉtudier et renvoie sa femme ร une nourriture de pauvre, les joncs du marais, plutรดt que de renoncer ร l'รฉtude.
ยซ Et Il rรฉtribue ceux qui Le haรฏssent, en face (el panav), pour les faire pรฉrir ยป (Devarim 7,10). Rabbi Yehochoua ben Levi dit : si le verset n'รฉtait pas รฉcrit, il serait impossible de le dire : pour ainsi dire, comme un homme qui porte un fardeau sur son visage et cherche ร le rejeter loin de lui.
Le verset dit que Hachem paie les mรฉchants el panav, ยซ en face ยป, c'est-ร -dire dans ce monde et sans dรฉlai. R. Yehochoua ben Levi souligne l'audace de l'image : on ne pourrait la dire sans le verset (kivyakhol, ยซ pour ainsi dire ยป). Hachem se hรขte de s'acquitter du salaire des mรฉchants pour ne rien leur devoir ensuite.
Ben Yehoyada : les lettres qui suivent alef, lamed, hรฉ, youd, mem dans l'alphabet sont bet, mem, vav, kaf, noun, qui forment ba-moukhan. Le Nom E-lokim rรฉgit la nature ยซ prรฉparรฉe ยป depuis la Crรฉation ; la rรฉtribution des mรฉchants se fait dans ce cadre naturel de ce monde.
ยซ Il ne tarde pas pour celui qui Le hait ยป : Rabbi Ila dit : c'est pour ceux qui Le haรฏssent qu'Il ne tarde pas, mais Il tarde pour les justes parfaits.
R. Ila dรฉduit du verset une limite : c'est aux mรฉchants qu'Hachem paie vite ; aux tsadikim gemourim, Il retarde la rรฉcompense, rรฉservรฉe au monde ร venir.
Et c'est ce qu'a dit Rabbi Yehochoua ben Levi : que signifie ce qui est รฉcrit : ยซ que Je t'ordonne aujourd'hui de les faire ยป (Devarim 7,11) ? ยซ Aujourd'hui de les faire ยป, et non demain de les faire ; ยซ aujourd'hui de les faire ยป, [et] demain d'en recevoir la rรฉcompense.
Deux lectures du mรชme mot hayom : ce monde est le temps de l'action (aprรจs la mort, on ne peut plus accomplir de mitsvot) ; le monde ร venir est le temps de la rรฉcompense. Cela confirme R. Ila : la rรฉcompense des justes est retardรฉe.
Ben Yehoyada distingue les mitsvot pratiques, dont le salaire est payรฉ ยซ ร la fin ยป comme celui d'un ouvrier, et l'รฉtude de la Torah, qui continue aprรจs la mort et dont le fruit peut dรฉjร รชtre reรงu ici-bas.
Rabbi Hagaรฏ dit, et certains disent Rabbi Chmouel bar Nahmani : que signifie ce qui est รฉcrit : ยซ erekh apayim ยป (lent ร la colรจre, au pluriel) ? Il aurait fallu dire ยซ erekh af ยป !
Chemot 34,6, parmi les treize attributs : erekh apayim. Le mot af (nez, colรจre) est au duel ; la Guemara y voit deux patiences distinctes.
Mais [plutรดt] : lent envers les justes, lent envers les mรฉchants.
Le duel apayim recouvre les deux cas du daf : retard de la rรฉcompense des justes, retard de la punition des mรฉchants. Tossefot prรฉcise que ce second retard est aussi une grรขce : il laisse le temps de la techouva.
ยซ Rabbi Yehouda dit : jusqu'ร beit se'atayim, etc. ยป Il leur a รฉtรฉ demandรฉ : parle-t-il du puits et des passin, ou peut-รชtre parle-t-il du puits et non des passin ?
Retour ร la michna des pasรฉi beirot (planches angulaires autour d'un puits, permises aux pรจlerins pour abreuver leurs bรชtes). Les Sages permettent d'รฉtendre l'enclos ร volontรฉ ; R. Yehouda limite ร beit se'atayim (5000 amot carrรฉes, la surface de la cour du Michkan).
La question : cette limite vise-t-elle tout l'espace entourรฉ par les passin, puits compris (bor ufasin), ou seulement le puits lui-mรชme (bor vรฉlo pasin) ? Tossefot : dans la seconde lecture, les passin restent collรฉs au puits, ร la distance minimale d'une vache.
L'homme fixe-t-il ses yeux sur son puits, et nous ne dรฉcrรฉtons pas de peur qu'il ne vienne ร transporter dans un karpef de plus de beit se'atayim ;
Le fond de la question est une guezera (dรฉcret prรฉventif). Un karpef (enclos non destinรฉ ร l'habitation) de plus de beit se'atayim est interdit au transport. Si celui qui voit l'enclos du puits retient surtout le puits, il n'en tirera aucune permission pour un grand karpef : on peut donc laisser l'enclos dรฉpasser la mesure.
ou peut-รชtre l'homme fixe-t-il ses yeux sur sa cloison, et nous dรฉcrรฉtons de peur qu'il ne vienne ร confondre avec [un karpef de] plus de beit se'atayim ?
Seconde hypothรจse : l'observateur retient la cloison et l'espace qu'elle entoure ; il risque alors de confondre (ihlรฉfei) avec un karpef ordinaire. D'oรน la limite de beit se'atayim sur l'enclos entier.
Viens et entends : ร quelle proximitรฉ [du puits les passin] sont-ils ? [ร la mesure de] la tรชte et la majeure partie d'une vache.
Et ร quel รฉloignement ? Mรชme [un enclos de] beit kor, mรชme de deux beit kor.
Rabbi Yehouda dit : beit se'atayim, c'est permis ; plus que beit se'atayim, c'est interdit.
La baraita reprend la michna. Beit kor = 30 se'a, soit quinze fois beit se'atayim. Les Sages permettent de grands enclos, R. Yehouda s'arrรชte ร beit se'atayim.
Ils dirent ร Rabbi Yehouda : n'admets-tu pas, pour un dir (parc ร bรชtes), un sahar (enclos), un moukzรฉ (arriรจre-cour) et une cour, que mรชme de cinq beit kor et de dix beit kor, c'est permis ?
Objection des Sages : R. Yehouda lui-mรชme admet qu'un dir, un sahar, un moukzรฉ ou une cour, entourรฉs de murs, permettent le transport quelle que soit leur taille. Pourquoi limiter les passin ?
Le Roch place ici son dรฉveloppement sur les enclos (michna 23a-24a) : proportion longueur/largeur (R. Eliezer, R. Yossi, R. Akiva), karpef ensemencรฉ ou plantรฉ, et la question de savoir si les semences annulent l'habitation d'une cour ou d'une rehava. Il conclut avec Rav Nahman : un karpef plantรฉ d'arbres est permis mรชme sans rangรฉes.
Il leur dit : ceci est une cloison, et ceux-lร sont des passin.
Rรฉponse de R. Yehouda : un mur continu est une vraie mehitsa. Les passin ne sont que des angles avec de larges vides ; ils ne valent cloison que par une indulgence, limitรฉe ร beit se'atayim.
Rabbi Chimon ben Elazar dit : un puits de beit se'atayim sur beit se'atayim est permis, et on n'a parlรฉ d'รฉloigner [les passin] que de la tรชte et la majeure partie d'une vache.
R. Chimon ben Elazar mesure explicitement le puits : il peut atteindre beit se'atayim, et les passin s'ajoutent autour, ร la distance d'une vache (deux amot selon Rachi).
Or, puisque Rabbi Chimon ben Elazar parle du puits et non des passin, on en dรฉduit que Rabbi Yehouda parle du puits et des passin. Ce n'est pas le cas : Rabbi Yehouda parle du puits sans les passin.
Tentative de preuve par contraste : si R. Chimon ben Elazar prรฉcise ยซ le puits ยป, R. Yehouda devait parler d'autre chose. La Guemara repousse : R. Yehouda aussi parle du puits seul.
S'il en est ainsi, c'est [l'avis de] Rabbi Chimon ben Elazar ! Il y a entre eux [le cas du] long et รฉtroit.
Si les deux Tanaim mesurent le puits seul, oรน est la divergence ? Dans la forme : R. Chimon ben Elazar exige un carrรฉ (environ 70,7 amot de cรดtรฉ) ; R. Yehouda permet aussi un rectangle long et รฉtroit de 100 sur 50, pourvu que la surface ne dรฉpasse pas 5000 amot carrรฉes.
Rabbi Chimon ben Elazar a รฉnoncรฉ une rรจgle gรฉnรฉrale : tout espace ouvert dont l'usage sert ร l'habitation, comme un dir, un sahar, un moukzรฉ et une cour, mรชme de cinq beit kor ou de dix beit kor, est permis ;
Premier volet de la rรจgle : un avir (espace ร ciel ouvert) qui sert l'habitation humaine est permis quelle que soit sa taille.
et toute habitation dont l'usage sert ร l'espace ouvert, comme les bourganin (huttes de gardien) dans les champs : beit se'atayim, c'est permis ; plus que beit se'atayim, c'est interdit.
Second volet : quand la construction sert ร garder un champ, l'enclos reste un espace non habitรฉ, limitรฉ ร beit se'atayim. Ce qui compte est la fonction de l'enclos.
Michna. Rabbi Yehouda dit : si le chemin du domaine public les traverse, on doit le dรฉvier sur les cรดtรฉs.
Et les Sages disent : ce n'est pas nรฉcessaire.
Un chemin public passe entre les passin. Pour R. Yehouda, le passage de la foule annule l'enclos : il faut dรฉvier le chemin. Pour les Sages, l'enclos reste valable.
Guemara. Rabbi Yo'hanan et Rabbi Elazar ont dit tous les deux : ici, [les Sages] t'ont fait connaรฎtre la force des cloisons.
Principe : kohan shel mehitsot, la force des cloisons. Mรชme la foule qui traverse n'annule pas des cloisons, fussent-elles des passin.
ยซ Ici ยป, et il le pense [lui-mรชme] ? Mais Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Jรฉrusalem, si ses portes n'รฉtaient pas fermรฉes la nuit, on serait coupable ร son sujet au titre de domaine public.
Contradiction : Jรฉrusalem est entourรฉe de murailles, et pourtant R. Yo'hanan dit qu'elle serait un rechout harabim de la Torah sans ses portes fermรฉes. La foule annule donc bien les cloisons, ร ses yeux.
Tossefot dรฉfendent le parallรจle : les portes de Jรฉrusalem avaient une tsourat hapรฉtah, qui vaut cloison ; elles expliquent aussi comment une ville entourรฉe de murs peut รชtre domaine public : au milieu d'une rue qui la traverse de part en part.
Plutรดt : ยซ ici ยป [les Sages l'enseignent], mais lui ne le pense pas.
R. Yo'hanan rapporte l'avis des Sages de la michna sans le partager : pour lui, la foule annule la cloison.
On a opposรฉ [un enseignement] de Rabbi Yehouda ร [un autre de] Rabbi Yehouda, et [un enseignement] des Rabbanan ร [un autre des] Rabbanan.
Car il a รฉtรฉ enseignรฉ : Bien plus, Rabbi Yehouda a dit : celui qui avait deux maisons des deux cรดtรฉs du domaine public fait un lehi (montant latรฉral) d'ici et un lehi de lร , ou une kora (poutre transversale) d'ici et une kora de lร , et il prend et donne au milieu. Ils lui dirent : on ne fait pas d'erouv pour le domaine public de cette maniรจre.
Les deux maisons forment deux murs le long de la rue ; aux deux extrรฉmitรฉs, un lehi ou une kora. Pour R. Yehouda, la zone du milieu devient permise malgrรฉ le passage de la foule. Les Sages refusent.
Il y a une difficultรฉ de Rabbi Yehouda ร Rabbi Yehouda, une difficultรฉ des Rabbanan aux Rabbanan.
Pour les passin, R. Yehouda dit que la foule annule ; pour les deux maisons, qu'elle n'annule pas. Les Rabbanan disent l'inverse. Voir le schรฉma de synthรจse en haut de page.
[La difficultรฉ] de Rabbi Yehouda ร Rabbi Yehouda n'en est pas une : lร -bas, il y a deux cloisons valables ; ici, il n'y a pas deux cloisons valables.
Les maisons offrent deux vraies cloisons (mealyata) sur toute la longueur ; selon R. Yehouda, deux cloisons font un domaine privรฉ de la Torah, et la foule ne peut les annuler. Les passin, faits de vides, n'en offrent pas deux.
[Celle] des Rabbanan aux Rabbanan n'en est [pas non plus] une : ici, il y a le nom de quatre cloisons ; lร -bas, il n'y a pas le nom de quatre cloisons.
Les passin entourent le puits sur les quatre cรดtรฉs : chaque angle offre deux amot de paroi dans chaque direction, ce qui donne le nom de quatre cloisons, et la foule ne les annule pas. Les deux maisons n'ont que deux cรดtรฉs.
Rabbi Yitshak bar Yossef dit au nom de Rabbi Yo'hanan : en Erets Israรซl, on n'est pas coupable au titre de domaine public. Rav Dimi รฉtait assis et รฉnonรงait cet enseignement.
Abaye dit ร Rav Dimi : quelle en est la raison ?
Nouvel รฉnoncรฉ de R. Yo'hanan : il n'y a pas de rechout harabim de la Torah en Erets Israรซl. Abaye en demande la raison ; la rรฉponse vient en 22b.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).