Eruvin 22b — Les pentes d'Erets Israël, les rabim qui annulent la cloison et le début du chapitre des puits

Eruvin 22b

Sougya : Le daf achève la discussion sur l'affirmation de Rabbi Yo'hanan : il n'y a pas de reshout harabim en Erets Israël. Abaye rejette l'explication par les limites naturelles du pays et propose celle des montées et descentes, ce que Rav Dimi approuve et qu'une tradition de Ravin confirme : ces terrains ne ressemblent pas au campement des étendards dans le désert.

Rahava demande à Rava si, selon Rabbi Yehouda, le passage du public annule aussi une cloison naturelle peu commode (un tel qui s'élève de dix tefahim sur quatre amot). Rava répond que oui ; Rahava lui oppose trois textes (cour traversée, ruelles ouvertes sur des citernes, sentiers de Beit Guilgoul), que Rava explique selon les Rabbanan ou par l'institution de Yehochoua.

Le daf s'achève sur la Michna : quels puits et citernes peuvent être entourés de passin, selon Rabbi Akiva et Rabbi Yehouda ben Bava.

Le passage du public annule-t-il une cloison ? (atou rabim oumvatlei mehitsa) Cas Rabbanan Rabbi Yehouda Passin autour du puits usage commode (niha tachmichta) la cloison reste valide reshout hayahid le public annule la cloison reshout harabim Tel de 10 tefahim sur 4 amot usage peu commode à plus forte raison valide (kal va-homer : pas de question) question de Rahava Rava : annulée aussi, on est hayav (même avec corde, même Beit Meron) Montées et descentes d'Erets Israël Pas de reshout harabim (Rabbi Yo'hanan) : elles ne sont pas comme les étendards du désert et Yehochoua a remis à des particuliers les lieux d'usage peu commode Hors d'Erets Israël, selon Rava, un lieu escarpé traversé par le public reste reshout harabim pour Rabbi Yehouda.
Rabbanan et Rabbi Yehouda sur l'annulation d'une cloison par le passage du public.
Les trois objections de Rahava et les réponses de Rava Texte cité par Rahava Réponse de Rava 1. Cour traversée par le public RH pour la toumea, RY pour Chabbat (Tossefta) Selon les Rabbanan : la nouveauté porte sur la toumea 2. Ruelles ouvertes sur des citernes RY pour Chabbat, RH pour la toumea (Michna) Selon les Rabbanan : la nouveauté porte sur la toumea 3. Sentiers de Beit Guilgoul RY pour Chabbat, RH pour la toumea (Michna) Cas propre à Erets Israël : Yehochoua les a remis à des particuliers À chaque fois Rahava raisonne : selon les Rabbanan le cas est évident (kal va-homer), donc le texte suit Rabbi Yehouda. RH = reshout harabim ; RY = reshout hayahid
Structure de la discussion entre Rahava et Rava.
Michna : quelle cloison pour quel point d'eau ? Point d'eau Rabbi Akiva Rabbi Yehouda ben Bava Puits public (béer harabim)public + eau de source passin passin Citerne publique (bor harabim)public, eau recueillie passin hagora de 10 tefahim Puits privé (béer hayahid)privé, eau de source passin hagora de 10 tefahim Citerne privée (bor hayahid)privé, eau recueillie mehitsa de 10 tefahim hagora de 10 tefahim Vert : facilité des passin (4 montants d'angle). Rose : vraie cloison continue exigée.
La Michna de 22b : passin ou cloison continue selon le type de point d'eau.
1
אילימא משום דמקיף לה סולמא דצור מהך גיסא ומחתנא דגדר מהך גיסא — בבל נמי, מקיף לה פרת מהך גיסא ודיגלת מהאי גיסא! דכולא עלמא נמי מקיף אוקיינוס! דילמא מעלות ומורדות קאמרת?

Si l'on dit : parce que l'entourent l'Échelle de Tyr (soulma deTsour) d'un côté et la pente de Gader (mahatna deGader) de l'autre côté, Bavel aussi, l'Euphrate l'entoure d'un côté et le Tigre de l'autre ! Le monde entier aussi, l'Océan l'entoure !

Peut-être parlais-tu des montées et descentes (maalot oumoradot) ?

📜 Rachi (3)
סולמא דצור סלע הר גבוה סביב [לעלות בו לא"י והוא גבוה י' טפחים]:
Rocher d'une haute montagne tout autour, [par lequel on monte en Erets Israël, et il est haut de dix tefahim].
[ומחתנא מורד חריץ עמוק י' טפחים ורחב ד' סביב א"י מאידך גיסא] והוי לה מחיצה ונהי דאסור לטלטולי מדרבנן מיהו לאו רה"ר דאורייתא היא לאחיובי עליה:
[Et la pente : une descente, un fossé profond de dix tefahim et large de quatre, tout autour d'Erets Israël de l'autre côté.] Cela lui fait une cloison ; et même s'il est interdit d'y transporter d'ordre rabbinique, ce n'est tout de même pas un reshout harabim de la Torah qui rendrait passible.
מעלות ומורדות שבה קאמרת שאין חייבין עליהם משום רה"ר דלא ניחא דריסה דידהו ולא הוי רה"ר:
Tu parles des montées et descentes qui s'y trouvent : on n'est pas passible à leur sujet au titre de reshout harabim, car les y fouler n'est pas commode, et ce n'est donc pas un reshout harabim.
🗂️ Tossefot (2)
אילימא משום דמקיף סולמא דצור הוה מצי לאקשויי מר' יוחנן גופיה דאמר לעיל ירושלים אלמלא דלתותיה נעולות בלילה חייבין עליה משום רה"ר ושמא התם הוי אליבא דר' יהודה דאית ליה דאתו רבים ומבטלי מחיצה והכא אליבא דרבנן:
Il aurait pu objecter à partir de Rabbi Yo'hanan lui-même, qui a dit plus haut : Yerouchalayim, si ses portes n'étaient pas fermées la nuit, on y serait passible au titre de reshout harabim. Peut-être là-bas est-ce selon Rabbi Yehouda, qui estime que le public vient et annule la cloison, et ici selon les Rabbanan.
דילמא מעלות ומורדות קאמרת ודווקא בארץ ישראל כדמפרש טעמא בסמוך יהושע אוהב ישראל היה אבל בחוצה לארץ חייב ואליבא דר' יהודה אבל לרבנן אפי' בחוצה לארץ פטור דלא אתו רבים ומבטלי מחיצה ותימה דלרבנן כל ארץ ישראל תעשה רה"י ע"י סולמא דצור ומחתנא דגדר ובבל נמי דמקיף לה דיגלת ולא אתו רבים ומבטלי מחיצתן ולר' יוחנן דאמר בפרק הדר (לקמן עירובין ד' סז:) קרפף יותר מבית סאתים שלא הוקף לדירה אפי' כור ואפי' כוריים הזורק לתוכו חייב והוא הדין אפי' לאלף כורים דמה שיעור יהיה וי"ל דמחיצה שאינה עשויה בידי אדם לא חשיבא מחיצה כולי האי ואפי' רבנן מודו דאתו רבים ומבטלי מחיצה:
Et cela seulement en Erets Israël, comme la raison en est expliquée plus loin (Yehochoua aimait Israël) ; mais hors d'Erets Israël on est passible, et cela selon Rabbi Yehouda. Mais selon les Rabbanan, même hors d'Erets Israël on est exempt, car le public ne vient pas annuler la cloison. Et c'est étonnant : selon les Rabbanan, toute Erets Israël devrait devenir reshout hayahid grâce à l'Échelle de Tyr et à la pente de Gader, et Bavel aussi que le Tigre entoure, puisque le public n'annule pas leur cloison ! Et selon Rabbi Yo'hanan, qui dit au chapitre HaDar (plus loin, Eruvin 67b) qu'un karpef de plus de deux beit sea qui n'a pas été entouré pour l'habitation, même d'un kor ou de deux kor, celui qui y lance est passible ; il en irait de même pour mille kor, car quelle mesure y aurait-il ? On peut répondre qu'une cloison qui n'est pas faite de main d'homme n'est pas tellement considérée comme cloison, et même les Rabbanan reconnaissent que le public vient et l'annule.
💡 Explication

Suite de 22a. Rav Dimi a rapporté au nom de Rabbi Yo'hanan qu'il n'y a pas de reshout harabim en Erets Israël. Abaye cherche la raison. Première idée : le pays est entouré de cloisons naturelles (falaise au nord, fossé à l'est). Il la rejette : Bavel et le monde entier seraient alors entourés eux aussi. D'où la seconde idée : le relief accidenté du pays.

Les maalot oumoradot sont les pentes raides où le public ne circule pas aisément.

2
אמר ליה: קרקפנא, חזיתיה לרישך בי עמודי כי אמר רבי יוחנן להא שמעתא.

Il (Rav Dimi) lui dit : Grande tête (karkafna) ! J'ai vu ta tête entre les colonnes quand Rabbi Yo'hanan a dit cet enseignement.

📜 Rachi (2)
קרקפנא בעל הגולגולת כלומר אדם חשוב:
Homme à la tête (baal hagoulgolet), c'est-à-dire un homme important.
עמודי של בית מדרש של ר' יוחנן:
Les colonnes du beit hamidrach de Rabbi Yo'hanan.
🗂️ Tossefot (1)
קרקפנא חזיתיה לרישך רישך היינו רבה שהיה רבו של אביי והוי כמו רישך בקרירי ורישא דרישך בחמימי (שבת ד' נה.) ומצינו שהלך רבה לארץ ישראל ללמוד תורה לפני ר' יוחנן בסוף פרק שני דייני גזירות (כתובות ד' קיא.) אבל אביי עצמו לא מצינו שהלך ללמוד תורה שם [ועוד שלא ראה אביי את ר' יוחנן אבל רבה תלמידו של רבי יוחנן הוה]:
« Ta tête » désigne Rabba, qui était le maître d'Abaye, comme dans « ta tête dans le froid et la tête de ta tête dans le chaud » (Chabbat 55a). Et nous trouvons que Rabba est allé en Erets Israël étudier la Torah devant Rabbi Yo'hanan, à la fin du chapitre Chnei Dayanei Guezerot (Ketoubot 111a). Mais d'Abaye lui-même nous ne trouvons pas qu'il y soit allé étudier la Torah. [De plus, Abaye n'a pas vu Rabbi Yo'hanan, alors que Rabba était l'élève de Rabbi Yo'hanan.]
💡 Explication

Rav Dimi approuve Abaye : il a compris la pensée de Rabbi Yo'hanan comme s'il avait été présent. Selon Tossefot, « ta tête » désigne Rabba, le maître d'Abaye, qui avait effectivement étudié chez Rabbi Yo'hanan.

3
איתמר נמי, כי אתא רבין אמר רבי יוחנן, ואמרי לה, אמר רבי אבהו אמר רבי יוחנן: מעלות ומורדות שבארץ ישראל אין חייבין עליהן משום רשות הרבים לפי שאינן כדגלי מדבר.

On l'a aussi enseigné : quand Ravin est venu, il a dit au nom de Rabbi Yo'hanan, et certains disent : Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : les montées et descentes d'Erets Israël, on n'est pas passible à leur sujet au titre de reshout harabim, car elles ne sont pas comme les étendards du désert (diglei midbar).

📜 Rachi (1)
שאינן כדגלי מדבר דארץ חלקה היתה שהענן משוה אותה:
Car c'était une terre plane : la nuée l'aplanissait.
💡 Explication

Le modèle de tout reshout harabim est le campement d'Israël dans le désert, lieu du transport interdit par la Torah. Ce terrain était plat, car la nuée aplanissait le chemin. Un lieu trop escarpé ne ressemble pas à ce modèle.

4
בעא מיניה רחבה מרבא: תל המתלקט עשרה מתוך ארבע, ורבים בוקעין בו, חייבין עליו משום רשות הרבים או אין חייבין עליו?

Rahava a demandé à Rava : un tel qui s'élève de dix (tefahim) sur quatre (amot) (tel hamitlaket asara mitokh arba), et le public le traverse : est-on passible à son sujet au titre de reshout harabim ou n'est-on pas passible ?

🗂️ Tossefot (1)
תל המתלקט כו' לא הוה שמיע ליה הא דא"ר יוחנן מעלות ומורדות שבארץ ישראל כו' אבל בחוצה לארץ חייבין:
Il n'avait pas entendu ce qu'a dit Rabbi Yo'hanan : les montées et descentes d'Erets Israël, etc. ; mais hors d'Erets Israël on est passible.
💡 Explication

Un tel hamitlaket est une élévation assez raide pour valoir une cloison de dix tefahim : son sommet est en soi un reshout hayahid. La question : le passage du public sur ce tel annule-t-il cette cloison naturelle ?

🖼️ Schéma
Tel hamitlaket asara mitokh arba 4 amot (horizontal) 10 tefahim sommet : reshout hayahid public qui passe La pente vaut une cloison de 10 tefahim ; question : le passage du public l'annule-t-il ?
Le tel : une pente de 10 tefahim sur une distance de 4 amot vaut cloison.
5
אליבא דרבנן לא תיבעי לך: השתא, ומה התם דניחא תשמישתיה — אמרי רבנן לא אתו רבים ומבטלי לה מחיצתא, הכא, דלא ניחא תשמישתיה — לא כל שכן!

Selon les Rabbanan, ne te le demande pas : si la-bas, où l'usage est commode, les Rabbanan disent que le public ne vient pas annuler la cloison, ici, où l'usage n'est pas commode, à plus forte raison !

💡 Explication

« Là-bas » renvoie aux passin autour des puits (Michna 17b-18a). Rabbi Yehouda et les Rabbanan y discutent : si une voie publique passe entre les passin, le public annule-t-il la cloison ? Les Rabbanan disent non. Un kal va-homer s'ensuit pour le tel, dont l'usage est moins commode.

6
כי תיבעי לך אליבא דרבי יהודה. מאי, התם הוא דניחא תשמישתיה, הכא הוא דלא ניחא תשמישתיה — לא אתו רבים ומבטלי מחיצתא? או דילמא לא שנא? אמר ליה: חייבין.

La question se pose pour toi selon Rabbi Yehouda : qu'en est-il ? Est-ce là-bas seulement, où l'usage est commode, et ici, où l'usage n'est pas commode, le public ne vient pas annuler la cloison ?

Ou peut-être n'y a-t-il pas de différence ? Il lui dit : on est passible.

💡 Explication

Rava tranche : même sur un terrain peu commode, Rabbi Yehouda maintient que le passage du public annule la cloison. On est donc hayav (passible) pour avoir transporté sur le tel.

7
ואפילו עולין לו בחבל? אמר ליה: אין. ואפילו במעלות בית מרון?! אמר ליה: אין.

Même si l'on y monte à l'aide d'une corde ? Il lui dit : oui.

Même les montées de Beit Meron ? Il lui dit : oui.

📜 Rachi (2)
ואפי' עולין לו בחבל בעיא היא ורחבה קאמר לה:
C'est une question, et c'est Rahava qui la pose.
מעלות בית מרון זקופין מאד ומעלה קצרה ומהלכין בה בזה אחר זה ולא שנים יחד כדאמרי' בר"ה (ד' יח.) כבני מרון כמעלות בית מרון:
Elles sont très raides, la montée est étroite, et l'on y marche l'un derrière l'autre et non deux ensemble, comme nous le disons à Roch Hachana (18a) : « comme les bnei Meron », comme les montées de Beit Meron.
💡 Explication

Rahava pousse la question jusqu'aux cas extrêmes, et Rava maintient sa réponse. Le critère retenu est le passage effectif du public, quelle que soit la difficulté du terrain.

8
איתיביה: חצר שהרבים נכנסין לה בזו ויוצאין בזו — רשות הרבים לטומאה, ורשות היחיד לשבת.

Il lui a objecté : une cour dans laquelle le public entre par ici et sort par là est reshout harabim pour l'impureté (toumea) et reshout hayahid pour Chabbat.

📜 Rachi (1)
חצר שהרבים נכנסין לה דרך פתחים או פרצות של עשר:
Par des ouvertures ou des brèches de dix (amot).
💡 Explication

Rappel : un doute d'impureté (safek toumea) en reshout harabim est déclaré pur, en reshout hayahid il est déclaré impur. La cour est donc traitée comme publique pour la toumea, mais reste privée pour Chabbat.

9
מני? אילימא רבנן, השתא ומה התם — דניחא תשמישתיה, אמרי רבנן: לא אתו רבים ומבטלי מחיצתא, הכא — דלא ניחא תשמישתיה, לא כל שכן!

Qui est-ce ? Si l'on dit les Rabbanan : si la-bas, où l'usage est commode, les Rabbanan disent que le public ne vient pas annuler la cloison, ici, où l'usage n'est pas commode, à plus forte raison !

📜 Rachi (1)
דלא ניחא תשמישתי' לרבים לדריסה שהפתחין קצרין וגידודין יש באסקופה ופשיטא דלא מבטלה בקיעת רבים למחיצות:
Pour le public, pour y passer : les ouvertures sont étroites et il y a des rebords au seuil. Il est évident que la traversée du public n'annule pas les cloisons.
🗂️ Tossefot (1)
מני אילימא רבנן וא"ת לימא לעולם רבנן וקמשמע לן דאפילו לטלטל שרי דמפסי ביראות לא שמעינן דבעולי רגלים הקילו וי"ל דעדיפא קא משני:
Et si tu demandes : disons que c'est bien selon les Rabbanan, et cela nous apprend que même transporter y est permis, car pour les passin des puits nous ne l'avons pas appris, puisque pour les pèlerins on a été indulgent. On peut répondre qu'il donne une réponse meilleure.
💡 Explication

Rahava reprend le même raisonnement : selon les Rabbanan, le cas de la cour serait évident. Le texte ne l'aurait pas enseigné pour rien.

10
אלא לאו, רבי יהודה היא?

N'est-ce pas plutôt Rabbi Yehouda ?

📜 Rachi (1)
אלא לאו ר' יהודה ואשמעינן דהיכא דלא ניחא תשמישתיה מודי:
Et cela nous apprend que là où l'usage n'est pas commode, il reconnaît (que la cloison demeure).
🗂️ Tossefot (1)
אלא לאו ר' יהודה וא"ת ולוקמא כגון שיש שתי מחיצות גמורות דבההיא ודאי מודה ר' יהודה וי"ל דע"כ בשנפרצה מד' רוחות דאי בנפרצה מב' רוחות מאי איריא דלא ניחא תשמישתיה אפי' ניחא תשמישתיה נמי כדפריך לרבנן:
Et si tu demandes : établissons-la dans un cas où il y a deux cloisons complètes, où Rabbi Yehouda reconnaît certainement. On peut répondre qu'il s'agit forcément d'une cour ouverte sur les quatre côtés ; car si elle était ouverte sur deux côtés, pourquoi préciser que l'usage n'est pas commode ? Même si l'usage était commode (la cloison demeurerait), comme il l'objecte selon les Rabbanan.
💡 Explication

Si la Tossefta suit Rabbi Yehouda, elle contredit Rava : Rabbi Yehouda distinguerait entre usage commode et usage peu commode.

11
לא, לעולם רבנן, ורשות הרבים לטומאה איצטריכא ליה.

Non : en réalité ce sont les Rabbanan, et il avait besoin (d'enseigner) reshout harabim pour l'impureté.

💡 Explication

Réponse de Rava : l'apport de la Tossefta concerne la toumea. Bien que la cour soit privée pour Chabbat, le public qui y passe lui donne le statut de reshout harabim pour les doutes d'impureté.

12
תא שמע: מבואות המפולשות בבורות, בשיחין ובמערות — רשות היחיד לשבת ורשות הרבים לטומאה.

Viens entendre : des ruelles ouvertes (mevaot hamefoulachot) dans des citernes, des fosses et des grottes sont reshout hayahid pour Chabbat et reshout harabim pour l'impureté.

🗂️ Tossefot (1)
תא שמע מבואות המפולשות במסכת טהרות (פ"ו מ"ו) גרסי' בגיתות והיינו בורות שתחת הגיתות פי' רבינו חננאל וכגון שהבור רחוק מן הכותל ג' טפחים מכל צד והולכין דרך כאן וכאן וקא משמע לן דאפי' הכי לא בטלי מחיצה דאי בור הולך מכותל לכותל פשיטא דהוי רה"י והא דנקט בור ולא נקט מחיצה מופלגת ג' מן הכותל משום דבבור הוי חדוש טפי דאע"ג שרשות הרבים נמי מהלכת בתוכו אפי' הכי הוי רשות היחיד לשבת:
Dans le traité Taharot (6,6) nous lisons « dans des pressoirs », c'est-à-dire les citernes qui sont sous les pressoirs. Rabbeinou Hananel explique : par exemple quand la citerne est éloignée du mur de trois tefahim de chaque côté, et l'on passe par ici et par là. Cela nous apprend que même ainsi la cloison n'est pas annulée ; car si la citerne allait d'un mur à l'autre, il serait évident que c'est un reshout hayahid. Et s'il a mentionné une citerne et non une cloison éloignée de trois (tefahim) du mur, c'est que pour une citerne la nouveauté est plus grande : bien que le public circule aussi en son sein, c'est malgré tout un reshout hayahid pour Chabbat.
💡 Explication

Deuxième objection de Rahava, tirée d'une Michna (Taharot 6,6). Une mavoi mefoulach est une ruelle ouverte à ses deux extrémités.

13
״בבורות״ סלקא דעתך? אלא: לבורות — רשות היחיד לשבת ורשות הרבים לטומאה.

« Dans des citernes (baborot) », te vient-il à l'esprit ? Plutôt : vers des citernes (laborot) : reshout hayahid pour Chabbat et reshout harabim pour l'impureté.

📜 Rachi (2)
בבורות סלקא דעתך היכי הוי מבוי בתוך הבור:
Comment une ruelle serait-elle à l'intérieur d'une citerne ?
לבורות שיש בור בראשו אחד ובשפה אחת קצרה מהלכין שם עד שעוברין:
Il y a une citerne à l'une de ses extrémités, et l'on marche là sur un bord étroit jusqu'à passer.
💡 Explication

Correction de la lecture : la ruelle débouche sur des citernes. Pour la traverser, on doit longer un rebord étroit : le passage est donc lo niha tachmichta (usage peu commode).

14
מני? אילימא רבנן, השתא ומה התם — דניחא תשמישתיה, אמרי: לא אתו רבים ומבטלי לה, הכא — דלא ניחא תשמישתיה, לא כל שכן! אלא לאו רבי יהודה היא?

Qui est-ce ? Si l'on dit les Rabbanan : si la-bas, où l'usage est commode, ils disent que le public ne vient pas l'annuler, ici, où l'usage n'est pas commode, à plus forte raison !

N'est-ce pas plutôt Rabbi Yehouda ?

💡 Explication

Même structure que pour la cour (segments 8-9).

15
לא, לעולם רבנן, ורשות הרבים לטומאה איצטריכא ליה.

Non : en réalité ce sont les Rabbanan, et il avait besoin (d'enseigner) reshout harabim pour l'impureté.

💡 Explication

Même réponse de Rava : la nouveauté porte sur la toumea.

16
תא שמע: שבילי בית גילגול וכיוצא בהן — רשות היחיד לשבת ורשות הרבים לטומאה.

Viens entendre : les sentiers de Beit Guilgoul et ceux qui leur ressemblent sont reshout hayahid pour Chabbat et reshout harabim pour l'impureté.

💡 Explication

Troisième objection de Rahava, encore tirée d'une Michna (Taharot 6,7).

17
ואיזהו שבילי בית גילגול? אמרי דבי רבי ינאי: כל שאין העבד יכול ליטול סאה של חיטין וירוץ לפני סרדיוט.

Et quels sont les sentiers de Beit Guilgoul ? Ceux de l'école de Rabbi Yannai disent : tout (sentier) où un esclave ne peut prendre une sea de blé et courir devant un officier (sardiot).

📜 Rachi (1)
שבילי בית גילגול מעלה גבוהה וזקופה היא בארץ ישראל:
C'est une montée haute et raide en Erets Israël.
🗂️ Tossefot (1)
ואיזהו שבילי בית גלגול כו' ואם תאמר והא ע"כ שבילי בית גלגול היו מתלקטים עשרה מתוך ארבע הואיל והוי רשות היחיד לשבת וא"כ מה צריך הכא לאתויי דר' ינאי ועוד קשיא דאמאי לא משני רשות הרבים לטומאה איצטריכא ליה כדמשני לעיל ויש לומר דמשום הכי מייתי מדר' ינאי דמשמע דעיקר חידושא הוי שהוא רשות היחיד לשבת מדלא אמרינן אפילו אין העבד יכול לרוץ כו' אפ"ה הוי רשות הרבים ואם תאמר ולמה לי אין העבד יכול לרוץ אפי' יכול נמי הוי רשות היחיד כיון שמתלקט עשרה מתוך ארבע ויש לומר דבעינן שלא יהא ניחא תשמישתיה שלא יהא עשוי כעין מדרגה דלא תהוי מחיצתא נדרסת דאמר בפרק כל גגות (לקמן עירובין ד' פט:) דלא הויא מחיצתא:
Et si tu demandes : les sentiers de Beit Guilgoul s'élevaient forcément de dix (tefahim) sur quatre (amot), puisqu'ils sont reshout hayahid pour Chabbat ; alors pourquoi faut-il ici citer Rabbi Yannai ? Autre difficulté : pourquoi ne pas répondre « il avait besoin (d'enseigner) reshout harabim pour l'impureté », comme on a répondu plus haut ? On peut répondre que c'est pour cela qu'il cite Rabbi Yannai : cela indique que la nouveauté principale est qu'ils sont reshout hayahid pour Chabbat, puisqu'on ne dit pas « même si l'esclave ne peut pas courir, etc., c'est malgré tout reshout harabim ». Et si tu demandes : pourquoi faut-il que l'esclave ne puisse pas courir ? Même s'il le pouvait, ce serait reshout hayahid puisque cela s'élève de dix sur quatre ! On peut répondre qu'il faut que l'usage ne soit pas commode, qu'il ne soit pas fait en forme d'escalier, afin que la cloison ne soit pas une cloison foulée aux pieds ; car il est dit au chapitre Kol Gaggot (plus loin, Eruvin 89b) qu'une telle cloison n'est pas une cloison.
💡 Explication

Critère de l'école de Rabbi Yannai : la pente est si raide qu'un esclave chargé d'une sea de blé ne peut y courir, même sous la menace d'un officier (sardiot).

18
מני? אילימא רבנן, השתא ומה התם — דניחא תשמישתא, אמרי רבנן: לא אתו רבים ומבטלי לה מחיצתא. הכא — דלא ניחא תשמישתא, לא כל שכן! אלא לאו, רבי יהודה היא?

Qui est-ce ? Si l'on dit les Rabbanan : si la-bas, où l'usage est commode, les Rabbanan disent que le public ne vient pas annuler la cloison, ici, où l'usage n'est pas commode, à plus forte raison !

N'est-ce pas plutôt Rabbi Yehouda ?

💡 Explication

Même raisonnement pour la troisième fois.

19
אמר ליה: שבילי בית גילגול קאמרת? יהושע אוהב ישראל היה, עמד ותיקן להם דרכים וסרטיא, כל היכא דניחא תשמישתא — מסרה לרבים, כל היכא דלא ניחא תשמישתא — מסרה ליחיד.

Il lui dit : tu parles des sentiers de Beit Guilgoul ? Yehochoua aimait Israël : il s'est levé et leur a aménagé des chemins et des routes (sratia) ; tout lieu dont l'usage est commode, il l'a remis au public ; tout lieu dont l'usage n'est pas commode, il l'a remis à un particulier.

📜 Rachi (1)
יהושע אוהב ישראל היה ובמעלות ומורדות דארץ ישראל מודינא לך דאין חייבין עליהן וכי אמינא לך דחייבין בשאר ארצות קאמינא:
Et pour les montées et descentes d'Erets Israël, je te concède qu'on n'est pas passible à leur sujet ; quand je t'ai dit qu'on est passible, je parlais des autres pays.
🗂️ Tossefot (1)
יהושע אוהב ישראל היה דוקא שבילי בית גלגול דלא ניחא תשמישתיה כלל כדמפרש ר' ינאי שאין העבד יכול לרוץ אבל מבוי מפולש לבורות וחצר שרבים נכנסים לה בזו ויוצאין בזו הוי רה"ר לר"י אע"ג דהוו של יחיד הואיל וניחא תשמישתיה וראוי למוסרו לרבים הוו רה"ר לר' יהודה ע"י בקיעת רבים ולהכי לא קאמר אלא דמשמע דצריך עדיין לשנויא דלעיל:
Cela vaut seulement pour les sentiers de Beit Guilgoul, dont l'usage n'est pas commode du tout, comme l'explique Rabbi Yannai : l'esclave ne peut pas y courir. Mais la ruelle ouverte vers des citernes et la cour où le public entre par ici et sort par là sont reshout harabim pour Rabbi Yehouda, bien qu'elles appartiennent à un particulier : puisque leur usage est commode et qu'il convient de les remettre au public, elles sont reshout harabim pour Rabbi Yehouda par la traversée du public. C'est pourquoi il n'a pas dit « plutôt », ce qui indique qu'on a encore besoin de la réponse précédente.
💡 Explication

Réponse de Rava : les sentiers de Beit Guilgoul se trouvent en Erets Israël. Lors du partage du pays, Yehochoua a attribué les lieux escarpés à des particuliers. Ils restent donc reshout hayahid même si le public y passe. Cela rejoint la règle de Rabbi Yo'hanan. Hors d'Erets Israël, la réponse de Rava (hayav) demeure.

20
מתני׳ אחד בור הרבים ובאר הרבים ובאר היחיד — עושין להן פסין.

MICHNA. La citerne du public (bor harabim), le puits du public (béer harabim) et le puits d'un particulier (béer hayahid) : on leur fait des passin.

📜 Rachi (2)
מתני' בור הרבים אי פסקי מיא מדכרי אהדדי:
Si l'eau vient à manquer, ils se le rappellent les uns aux autres.
באר היחיד נמי שרי דהא לא פסקי מיא:
Également permis, car l'eau n'y manque pas.
💡 Explication

Les passin sont quatre montants d'angle en forme de L placés autour d'un puits, qui permettent de puiser le Chabbat pour abreuver les bêtes (facilité accordée aux pèlerins). La Michna précise pour quels points d'eau cette facilité vaut.

Bor : citerne d'eau recueillie, qui peut s'épuiser. Béer : puits d'eau de source, qui ne tarit pas. Selon Rachi, pour une citerne publique, le nombreux public remarquera si l'eau vient à manquer, et on ne risque pas d'y transporter une fois la citerne à sec.

🖼️ Schéma
Michna : quelle cloison pour quel point d'eau ? Point d'eau Rabbi Akiva Rabbi Yehouda ben Bava Puits public (béer harabim)public + eau de source passin passin Citerne publique (bor harabim)public, eau recueillie passin hagora de 10 tefahim Puits privé (béer hayahid)privé, eau de source passin hagora de 10 tefahim Citerne privée (bor hayahid)privé, eau recueillie mehitsa de 10 tefahim hagora de 10 tefahim Vert : facilité des passin (4 montants d'angle). Rose : vraie cloison continue exigée.
Les quatre cas de la Michna et la mahloket.
21
אבל לבור היחיד — עושין לו מחיצה גבוה עשרה טפחים, דברי רבי עקיבא.

Mais pour la citerne d'un particulier (bor hayahid), on lui fait une cloison haute de dix tefahim. Paroles de Rabbi Akiva.

💡 Explication

La citerne privée cumule deux faiblesses : elle appartient à un seul et contient de l'eau recueillie. Rabbi Akiva exige une vraie mehitsa de dix tefahim.

22
רבי יהודה בן בבא אומר: אין עושין פסין אלא לבאר הרבים בלבד, ולשאר — עושין חגורה גבוה עשרה טפחים.

Rabbi Yehouda ben Bava dit : on ne fait de passin que pour le puits du public seulement ; et pour les autres, on fait une ceinture (hagora) haute de dix tefahim.

📜 Rachi (2)
לבאר הרבים דאיכא תרתי למעליותא:
Car il y a deux qualités.
חגורה היקף של חבלים:
Un entourage de cordes.
🗂️ Tossefot (1)
חגורה פירוש מחיצה:
Explication : une cloison.
💡 Explication

Pour Rabbi Yehouda ben Bava, seul le puits public réunit les deux qualités (public et eau de source). Pour les autres, il faut une hagora, un entourage de cordes haut de dix tefahim, valide par le principe de lavoud (un espace de moins de trois tefahim est considéré comme fermé).

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).