Sougya : La Guemara demande pourquoi Rabbi Akiva répète la limite de soixante-dix amot et un reste, déjà celle du premier tanna. L'écart est un davar muat : le faible surplus par lequel un beit se'atayim dépasse le carré de soixante-dix amot et un reste.
Cette surface est celle de la cour du Tabernacle, cent amot sur cinquante. Rav Yehouda la met au carré à partir du verset : prends cinquante, et entoure de cinquante.
Abaye donne le sens simple : la place du Tabernacle dans la cour. On accorde ensuite la Michna et la baraita de Rabbi Eliezer, puis on sépare Rabbi Eliezer de Rabbi Yosse par le carré des Sages.
Chmouel retient, par deux traditions, Rabbi Yosse et Rabbi Akiva, toutes deux vers la permission. Un karpef plus grand qu'un beit se'atayim, entouré pour l'habitation, redevient interdit si la majorité est semée, et reste permis si elle est plantée.
Rav Houna fils de Rav Yehochoua limite l'interdit à ce qui dépasse un beit se'atayim, selon Rabbi Chimon.
Rabbi Akiva, c'est le même que le premier tanna !
La Michna a déjà limité le jardin non habité à un beit se'atayim. Rabbi Akiva répéta 'pas plus de soixante-dix amot et un reste'. La Guemara demande où est l'écart.
Rachi identifie le premier tanna avec la réponse 'ils lui ont dit' à Rabbi Yehouda : avec une habitation, même une grande surface ; sans enceinte pour l'habitation, un beit se'atayim, comme Rabbi Akiva. Tossefot préfère Rabbeinou Hananel : le premier tanna est Rabbi Yehouda ben Bava, qui a déjà donné la mesure de soixante-dix. L'écart sera le davar muat.
Il y a entre eux un écart minime (davar muat). Car on a enseigné : Rabbi Yehouda dit : il y a un écart minime au-delà de soixante-dix amot et un reste, et les Sages n'en ont pas fixé la mesure.
Le davar muat est le mince surplus du beit se'atayim au-delà du carré de soixante-dix amot et un reste. Rabbi Yehouda dit que ce surplus existe, et que les Sages n'en ont pas donné le chiffre, trop petit pour être serré.
Rachi : le premier tanna permet le beit se'atayim entier. Rabbi Akiva s'arrête à soixante-dix et un reste sur soixante-dix et un reste. Tossefot : à Eruvin 57a, la mesure de cent quarante et une amot et un tiers entre trois villages omet ce surplus, soit par absence de précision, soit selon Rabbi Akiva.
Et quelle est la mesure de deux se'a ? Comme la cour du Tabernacle.
Un beit se'atayim, surface de deux se'a, a la même aire que la cour du Tabernacle : cent amot de long sur cinquante de large, soit cinq mille amot carrées.
D'où tient-on ces paroles ?
La question porte sur le carré. La cour est un rectangle de cent sur cinquante. D'où vient qu'on la transformé en carré pour fixer la surface où le transport du Chabbat est permis ?
Rav Yehouda a dit, car le verset dit : La longueur de la cour, cent amot, et la largeur, cinquante par cinquante. La Tora a dit : prends cinquante, et entoure de cinquante.
Rav Yehouda lit cinquante par cinquante comme une consigne : on prend un carré de cinquante, et l'on répartit les cinquante amot restantes tout autour, jusqu'à un carré d'environ soixante-dix amot et un reste. Rachi rappelle que le verset, à la lettre, décrit une cour de cent sur cinquante, comme les tentures.
Le sens simple du verset, à quoi se rapporte-t-il ?! Abaye a dit : place le Tabernacle au bord des cinquante, afin qu'il y ait cinquante amot devant lui, et vingt amot de chaque côté.
Deux lectures du même mot, cinquante par cinquante. La deracha de Rav Yehouda découpé l'aire en un carré de cinquante, puis étale le reste en cadre : Rachi détaille les bandes jusqu'à soixante-dix amot et quatre tefahim. Le reliquat, étalé sur le périmètre, n'atteint pas deux tiers de doigt : c'est le davar muat.
Abaye donne le sens simple. On pose le Tabernacle, trente amot sur dix, au bord des cinquante depuis l'entrée est. Il reste cinquante amot devant lui, et vingt amot au nord, au sud et à l'ouest. Tossefot : la mise au carré n'est ici qu'une asmakhta. À Eruvin 58a, la Guemara traite pourtant ce verset comme nécessaire à la mesure.
Rabbi Eliezer dit : si sa longueur était, etc. Or on a enseigné : Rabbi Eliezer dit : si sa longueur dépassait le double de sa largeur, même d'une seule ama, on ne transporte pas à l'intérieur !
La Michna, lue telle quelle, fait dire à Rabbi Eliezer : si la longueur dépasse la largeur même d'une ama, on ne transporte pas. Une baraita lui fait dire : si la longueur dépasse le double de la largeur, même d'une ama. Rachi : le double reste permis, comme la cour du Tabernacle, cent sur cinquante, sans mise au carré. Au-delà, interdit.
Tossefot : on aurait pu dire que cette lecture rejoint Rabbi Akiva. La Guemara préfère opposer Rabbi Eliezer à lui-même, Michna contre baraita.
Rav Bibi bar Abaye a dit : quand nous l'avons enseigné dans la Michna aussi, c'est [plus du] double de sa largeur que nous avons enseigné. S'il en est ainsi, c'est la même chose que Rabbi Yosse ?!
Rav Bibi bar Abaye accorde les deux textes : la Michna aussi vise un dépassement du double de la largeur. Les mots entre crochets dans le texte hébreu sont ceux que la Guemara rétablit dans la Michna.
Nouvelle difficulté : Rabbi Yosse dit déjà que le double est permis. Tossefot : avant cette lecture, on pouvait rapprocher Rabbi Eliezer de Rabbi Akiva. On ne pouvait pas encore le rapprocher de Rabbi Yosse. C'est pourquoi l'objection n'apparaît qu'ici.
Il y a entre eux le carré dont les Sages ont fait le carré.
L'écart entre Rabbi Eliezer et Rabbi Yosse est le ribboua, le carré dont les Sages ont usé.
Rachi : pour Rabbi Eliezer, la forme de base est le double, comme le verset. Un carré, plus court que le double, reste permis. Pour Rabbi Yosse, la forme de base est le carré, et c'est ainsi qu'on enseigne d'abord ; le mot 'même' montre que le double reste permis.
Tossefot écarté cette lecture en premier lieu et après coup. Rabbeinou Hananel renvoie à Eruvin 49b : Rabbi Hanina ben Antigonos mesure le tehoum en cercle, les Sages en carré, et l'on gagne les angles. Rabbi Eliezer mesure la diagonale. Si elle dépasse le double de la largeur, même d'une ama, interdit. Rabbi Yosse mesure les côtés, et le rectangle de la cour reste permis.
Rabbi Yosse dit, etc. On a rapporté : Rav Yossef a dit que Rav Yehouda a dit que Chmouel a dit : la halakha est comme Rabbi Yosse.
Et Rav Bibi a dit que Rav Yehouda a dit que Chmouel a dit : la halakha est comme Rabbi Akiva.
Deux chaînes au nom de Chmouel. Rav Yossef, au nom de Rav Yehouda : la halakha suit Rabbi Yosse, donc le carré n'est pas exigé. Rav Bibi, au nom de Rav Yehouda : la halakha suit Rabbi Akiva, donc une enceinte pour l'habitation n'est pas exigée.
Et les deux, vers la permission (lekoula). Et c'est nécessaire.
Car si l'on nous avait seulement fait entendre que la halakha est comme Rabbi Yosse, j'aurais dit : jusqu'à ce qu'il y ait une chomira ou une maison d'habitation. Cela nous apprend que la halakha est comme Rabbi Akiva.
Les deux décisions vont vers la permission, et chacune empêche une sévérité. Si l'on n'avait que Rabbi Yosse, on pourrait encore exiger une chomira ou une maison, comme Rabbi Yehouda ben Bava. La halakha de Rabbi Akiva écarté cette exigence : il ne retient que la mesure.
Et si l'on nous avait seulement fait entendre que la halakha est comme Rabbi Akiva, j'aurais dit : long et étroit (arikh ve-katin), non. Cela nous apprend que la halakha est comme Rabbi Yosse.
L'autre tradition est nécessaire dans l'autre sens. Avec seule la halakha de Rabbi Akiva, qui exige le carré, un enclos long et étroit resterait interdit. La halakha de Rabbi Yosse le permet, jusqu'au double de la largeur.
Les deux ensemble : pas d'exigence de chomira, et pas d'exigence de carré.
Un karpef qui dépasse un beit se'atayim et qui a été entouré pour l'habitation : si sa plus grande partie a été semée, le voici comme un jardin, et c'est interdit.
Un karpef plus grand qu'un beit se'atayim, clos dès l'origine pour l'habitation, permet le transport quelle que soit sa taille. Si ensuite la majorité est semée en céréales, l'habitation tombe. L'ensemble est jugé comme un jardin : interdit, y compris la partie restée nue, annulée par le rov.
Si sa plus grande partie a été plantée, le voici comme une cour, et c'est permis.
Des arbres ne font pas tomber l'habitation : on séjourne à leur ombre. Le karpef reste une cour, et le transport y est permis.
Si sa plus grande partie a été semée, Rav Houna fils de Rav Yehochoua a dit : nous n'avons dit cela que pour plus d'un beit se'atayim. Mais un beit se'atayim, c'est permis.
Rav Houna fils de Rav Yehochoua borne l'interdit. On ne l'a dit que lorsque le semis dépasse un beit se'atayim. Cette surface semée, sans habitation, est une karmelit. La partie nue, ouverte en plein sur elle, est interdite avec elle.
À la mesure exacte d'un beit se'atayim, le semis reste permis de lui-même. Cour et karpef ouverts l'un sur l'autre ne s'interdisent pas, selon Rabbi Chimon.
Selon qui ? Selon Rabbi Chimon.
Car nous avons appris : Rabbi Chimon dit : les toits, les cours et les karpefot, c'est un seul domaine pour les ustensiles qui y ont passé le Chabbat, et non pour les ustensiles qui ont passé le Chabbat dans la maison.
La permission du beit se'atayim semé suit Rabbi Chimon. Toits, cours et karpefot forment une seule rechout pour les ustensiles qui s'y trouvaient à l'entrée du Chabbat. Les ustensiles sortis de la maison ne passent pas de la cour au karpef : maison et karpef restent deux domaines.
Selon Rabbi Chimon aussi : dès lors que la plus grande partie a été semée, cette minorité
L'objection commence ici, et la phrase s'achève au daf suivant. Même selon Rabbi Chimon, si la majorité est semée, la minorité non semée s'annulé dans cette majorité.
Tossefot lit l'objection comme un kal va-homer. Si une minorité semée s'annulé dans la majorité nue, même pour permettre, alors une majorité semée devrait annuler le reste, même pour interdire, y compris à la mesure d'un beit se'atayim. Rabbeinou Hananel borne la chute de l'habitation au-delà du beit se'atayim : en deçà, même un semis total laisse place à la chomira, comme pour un jardin.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).