Sougya : La michna se termine sur Rabbi Yehouda : un érouv pour un kohen jusque dans un cimetière, parce qu'il peut dresser une cloison, aller et manger. Rabbi Yo'hanan pose ensuite un principe : on n'apprend pas d'une règle générale, même là où elle dit sauf.
La Guemara le rattache à la michna des mitsvot positives, puis Abaye et Ravina en donnent deux autres preuves, le zav et l'eau avec le sel. Rabbi Eliezer et Rabbi Yossi bar Hanina se partagent la limite de l'eau et du sel mélangés, pour l'érouv et pour l'argent du maasser.
Rabbi Yitshak tranche pour le maasser ; la saumure reste un cas à part, et Rav Yossef commence à répondre.
parce qu'il peut interposer une cloison, aller et manger.
Fin de la michna commencée au daf précédent. Rabbi Yehouda permet de poser un érouv tehoumin pour un kohen jusque dans un cimetière. Il peut dresser une cloison entre lui et la tombe, entrer de jour, aller manger l'érouv sans former d'ohel (tente) sur la tombe.
Rachi donne l'exemple : caisse, coffre, armoire, entrée sur un chariot. La chose lui est alors propre.
Tossefot : sans cette possibilité, l'érouv tombe, parce que l'homme et son érouv ne sont pas au même lieu. Le premier Tanna s'appuie sur ce motif. Rabbi Yehouda, en exigeant qu'il puisse manger, rejoint Somkhos : il faut une chose propre à celui pour qui on pose l'érouv. La baraita d'Eruvin 31a va dans ce sens, terouma pure pour un kohen pur.
Le Roch recopie la michna du chapitre, de l'eau et du sel jusqu'à cette cloison.
Guemara. Rabbi Yo'hanan a dit : on n'apprend pas des règles générales, même à l'endroit où il est dit sauf.
Rabbi Yo'hanan : un kelal (règle générale) ne se lit pas comme une liste fermée. Cela vaut même quand le Tanna a déjà dit sauf (houtz).
Rachi : le mot sauf donne l'impression que le reste du kelal a été pesé. Il peut pourtant rester un cas non cité. Les preuves viennent dans la suite du daf.
Du fait qu'il dit : même à l'endroit où il est dit sauf, on déduit qu'il ne se tient pas ici. Où se tient-il ?
La michna d'ici dit déjà sauf l'eau et le sel. Si Rabbi Yo'hanan visait cette michna, le mot même serait de trop : il parlerait du cas lui-même, non d'un cas plus fort.
Rachi lit donc le même ainsi : le principe vaut d'abord là où le kelal ne dit pas sauf, et il vaut encore là où le kelal le dit. Reste à trouver la michna visée.
Il se tient là-bas. Toute mitsva positive que le temps cause : les hommes sont tenus et les femmes sont dispensées.
Et celle que le temps ne cause pas : les femmes comme les hommes sont tenus.
La parole de Rabbi Yo'hanan vise la michna de Kiddouchin (29a, et la suite en 34a). Deux kelalot : l'asseh que le temps cause (zman grama), femmes dispensées ; l'asseh que le temps ne cause pas, femmes tenues avec les hommes.
Rachi renvoie à Kiddouchin 34a pour la source de la dispense. Cette michna ne dit pas sauf. Le segment suivant montre qu'elle laisse pourtant des cas dehors.
Et est-ce un kelal, que pour toute mitsva positive que le temps cause les femmes sont dispensées ? Or il y a la matsa, la joie et le rassemblement, qui sont une mitsva positive que le temps cause, et les femmes y sont tenues.
Première branche du kelal, mise à l'épreuve. Matsa de la première nuit, simha de la fête, hakhel : trois asseh fixés dans le temps, et les femmes y sont tenues.
Rachi précise la matsa : seule la première nuit est un asseh. La simha inclut la maison, donc les femmes ; la matsa des femmes vient du hekech avec l'interdiction du hamets. Hakhel : le roi lit le Devarim à Souccot de l'année de chemita, et le verset nomme les femmes.
Et toute mitsva positive que le temps ne cause pas, les femmes y sont-elles tenues ? Or il y a l'étude de la Torah, fructifiez et multipliez, et le rachat du fils, qui sont des mitsvot positives que le temps ne cause pas, et les femmes en sont dispensées.
Plutôt, Rabbi Yo'hanan a dit : on n'apprend pas des règles générales, même à l'endroit où il est dit sauf.
Seconde branche. Le kelal dirait : tout asseh sans temps fixe oblige les femmes. Trois cas restent dehors : talmud Torah, pirya ve-rivya, pidyon ha-ben.
Rachi donne le verset de chacun. L'étude : vos fils, non vos filles. La fécondité : soumettez-la vise l'homme (Yevamot 65b). Le rachat : on lit tifde comme tipade, quiconque doit être racheté racheté son fils ; la femme n'est pas dans son propre rachat, donc pas dans celui de son fils.
Les deux kelalot laissent des cas dehors, et aucun ne dit sauf. D'où la formule de Rabbi Yo'hanan, y compris pour l'endroit où sauf est dit.
Abaye a dit, et d'autres disent Rabbi Yirmeya : nous aussi, nous l'avons appris. Ils ont dit encore un autre kelal : tout ce qui est porté sur le zav est impur, et tout ce sur quoi le zav est porté est pur, sauf ce qui est propre à la couche et au siège, et l'homme.
Et il n'y a rien de plus ? Or il y a le merkav !
Abaye, ou Rabbi Yirmeya, apporte un second kelal, dans les lois du zav. Ce qui est porté sur le zav est tamei. Ce sur quoi le zav est porté est tahor, sauf un objet propre au mishkav ou au moshav, et l'homme. La Guemara demande : le merkav, ce qui sert à chevaucher, manque à la liste.
Rachi : le dessus du zav sort de tout ce qui sera sous lui (Vayikra 15:10), lu comme tout ce sous quoi le zav se trouve. Un se'ah renversé n'est pas un siège : on dit lève-toi, nous travaillons. L'homme qui porte le zav est impur, car le verset et celui qui les porte inclut le zav lui-même.
Tossefot, première glose : si le kelal parle du heset (déplacer l'objet entier), le mot tout est exact, et la preuve de Rabbi Yo'hanan tombe. S'il parle du dessus du zav, dont une partie traîne, le Ri doute : cette impureté vaut-elle pour tout objet, ou seulement pour un objet propre à cet usage, comme le mishkav ?
Seconde glose. Rabbeinou Tam lit tahor comme libre de l'impureté grave, tout en restant impur pour les aliments. La suite de la glose écarte cette lecture : la Torat Kohanim tient pour pure entièrement une chose impropre à la couche. L'even mesama, grosse pierre déjà lourde, reste un vrai mishkav, et c'est elle que l'on discute pour l'impureté légère.
Le merkav, de quoi s'agit-il ? S'il s'assied dessus, c'est un siège.
Voici ce que nous disons : or il y a le pommeau de la selle. Car on enseigne : la selle est impure comme siège, et le tafus est impur comme merkav.
On en déduit : on n'apprend pas des règles générales, même à l'endroit où il est dit sauf.
Le merkav où l'on s'assied est déjà un moshav, et le kelal l'a exclu. Le cas laissé dehors est le gaba d'oukafa, le haut de la selle : la selle elle-même est tamei moshav, le tafus (arçon que le cavalier saisit) est tamei merkav.
Tossefot : le verset sépare merkav et moshav. Le Tanna, en disant couche et siège, à pourtant visé toute station assise, y compris celle du cavalier. Le trou du kelal est le tafus, qui n'est pas un siège.
Ravina a dit, et d'autres disent Rav Nahman : nous aussi, nous l'avons appris. Avec tout on fait l'érouv et l'association, sauf l'eau et le sel.
Et il n'y a rien de plus ? Or il y a les truffes et les champignons !
On en déduit : on n'apprend pas des règles générales, même à l'endroit où il est dit sauf.
Ravina, ou Rav Nahman, ramène le principe à la michna de ce chapitre. Elle dit sauf l'eau et le sel, et laisse pourtant dehors les kemehin (truffes) et les pitriyot (champignons), qui ne servent pas d'érouv.
Ici le mot sauf est dit, et un cas manque encore. C'est le cas fort de la formule de Rabbi Yo'hanan.
Tout s'achète avec l'argent du maasser, etc. Rabbi Eliezer et Rabbi Yossi bar Hanina : l'un l'enseigne au sujet de l'érouv, et l'un l'enseigne au sujet du maasser.
Retour au second kelal de la michna : tout s'achète avec l'argent du maasser cheni, sauf l'eau et le sel. Rabbi Eliezer et Rabbi Yossi bar Hanina ont la même tradition, répartie sur deux sujets : l'érouv, ou le maasser.
Rachi : la tradition est le lo shanou des segments suivants, eau seule et sel seul.
L'un l'enseigne au sujet de l'érouv : on n'a enseigné cela que pour l'eau prise seule et le sel pris seul, avec lesquels on ne fait pas l'érouv. Mais avec de l'eau et du sel, on fait l'érouv.
Version érouv. Le sauf de la michna vise l'eau seule et le sel seul. Eau et sel mélangés servent d'érouv.
Tossefot : le verso précisera qu'il y a de l'huile dans le mélange. L'huile, à elle seule, pourrait porter l'érouv, comme on l'objectera pour le maasser. La réponse de là-bas ne vaut pas ici. L'enseignement reste utile quand l'huile est en dessous de la nourriture de deux repas : le mélange eau-sel fait alors l'érouv.
Et l'autre l'enseigne au sujet du maasser : on n'a enseigné cela que pour l'eau prise seule et le sel pris seul, qui ne s'achètent pas. Mais l'eau et le sel s'achètent avec l'argent du maasser.
Version maasser. Eau seule ou sel seul : pas d'achat avec l'argent du maasser cheni. Le mélange s'achète.
Rachi : mélangés, ils nourrissent, on y trempe le pain.
Celui qui l'enseigne au sujet du maasser, à plus forte raison au sujet de l'érouv. Celui qui l'enseigne au sujet de l'érouv, pour le maasser, non.
Quelle est la raison ? Il nous faut un fruit.
Le maasser est le cas étroit. Qui permet le mélange pour l'achat le permet, à plus forte raison, pour l'érouv. Qui ne l'enseigne que pour l'érouv le refuse pour le maasser : l'achat exige un péri (fruit). Eau et sel, même mélangés, ne sont pas un péri.
Rachi renvoie au verso : la limite vient d'un klal u-frat.
Tossefot borne ce report. Truffes, champignons, kafniyot (dattes non mûres) et fèves sèches s'achètent au maasser, comme fruit issu d'un fruit et pousse du sol, et pourtant on n'en fait pas d'érouv : elles ne sont mangeables qu'après tikoun (préparation). L'érouv doit être mangeable à l'heure où il prend effet. Une chose déjà mangeable, si le maasser l'achète, sert à plus forte raison d'érouv. La michna de Meila, deux repas pour l'érouv et un œuf pour l'impureté d'aliment, vise ce cas-là. La question de Rava sur les pommes était pour aiguiser : il savait qu'elles sont un péri.
Quand Rabbi Yitshak est venu, il l'a enseigné au sujet du maasser. On objecte : Rabbi Yehouda ben Gadich a témoigné devant Rabbi Eliezer : dans la maison de mon père, on achetait de la saumure avec l'argent du maasser.
Il lui a dit : peut-être n'as-tu entendu cela que lorsque des entrailles de poissons y sont mélangées. Et même Rabbi Yehouda ben Gadich ne l'a dit qu'au sujet de la saumure, qui est la graisse du fruit.
Mais l'eau et le sel, non.
Rabbi Yitshak, venu de la terre d'Israël, fixe la tradition sur le maasser : eau et sel mélangés s'achètent.
L'objection est une baraita. Rabbi Yehouda ben Gadich : chez mon père, on achetait du tzir (saumure de poisson) avec l'argent du maasser. Rabbi Eliezer rétrécit le témoignage : peut-être seulement quand des entrailles de poissons sont mélangées, donc un vrai péri.
La Guemara resserre encore. Même ben Gadich ne parlait que de saumure, choumna de-pira, la graisse du fruit : un peu de graisse de poisson reste dans l'eau salée. Rachi : cela vaut même sans entrailles visibles. L'eau et le sel ordinaires restent exclus. L'objection atteint donc la version de Rabbi Yitshak.
Rav Yossef a dit :
Rav Yossef prend la parole pour répondre à l'objection. Sa réponse ouvre le daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).