Eruvin 27b - La havla'a et les poissons du maasser

Eruvin 27b

Sougya : Rav Yossef répond à l'objection de la fin de 27a. L'enseignement de Rabbi Yitshak, eau et sel mélangés achetés avec l'argent du maasser cheni, ne vise que l'huile versée dedans, quand le prix de l'eau et du sel est inclus dans le sien, par havla'a.

Ben Bag Bag lit le verset du maasser, Devarim 14:26 : bœuf avec sa peau, menu bétail avec sa toison, vin avec sa cruche, temed une fois fermenté. Rabbi Yo'hanan demande pourquoi ba-bakar est écrit, puisque la toison, plus éloignée, est déjà permise.

La Guemara revient ensuite à Rabbi Yehouda ben Gadich et Rabbi Eliezer : ribbouy u-miout contre kelal u-prat. Abaye place la différence des deux baraitot sur les poissons.

La page s'arrête sur une objection.

Havla'a : le prix entre dans l'huile Rabbi Yitshak. Ben Bag Bag lit le même procédé sur Devarim 14:26 Eau et sel Leur prix est payé Huile plus chère Le surplus les couvre Maasser cheni L'achat est permis -> -> Bœuf + peau Bétail + toison Vin + cruche Chekhar La peau sort en houlin Peau et toison sortent en houlin La cruche sort en houlin Temed une fois fermenté Ce qui accompagne l'aliment sort en houlin. On ne le revend pas pour en manger la contre-valeur à Jérusalem.
L'eau et le sel n'entrent dans l'achat du maasser cheni que par le prix de l'huile. Ben Bag Bag montre le même procédé : peau, toison, cruche et temed suivent l'aliment, et ce qui ne se mange pas sort en houlin.
Pourquoi chaque mot, et pourquoi ba-bakar gêne Chaîne de Ben Bag Bag. À la fin, ba-bakar n'a plus d'emploi Mot écrit Si lui seul était écrit Le mot suivant l'empêche ba-bakar Bœuf avec sa peau : la peau est son corps La toison resterait dehors : on la tond sur le vivant ba-tson Toison permise : elle est attachée La cruche resterait dehors : récipient à part ba-yayin Cruche permise : elle garde le vin Le temed resterait dehors : acidité du marc ba-chekhar Chekhar pourrait être la devela de Keila Il inclut le temed une fois fermenté Tson écrit, même avec la toison : le bœuf avec sa peau suit. Rabbi Yo'hanan : qui expliquera ba-bakar, je porte ses vêtements au bain.
Chaque mot du verset ferme une exclusion. Chekhar inclut le temed fermenté. Lu seul, il désignerait la devela de Keila. Une fois la toison permise, ba-bakar n'a plus de rôle : question de Rabbi Yohanan.
Deux middot sur le verset du maasser Devarim 14:26. Abaye : la différence des deux baraitot, ce sont les poissons Qui lit Midda Ce qui sort Poissons R. Yehouda ben Gadich Ribbouy u-miout Eau et sel Admis R. Eliezer Ribbouy u-miout Tzir, la saumure Admis Baraita 1 péri mi-péri Kelal u-prat Hors fruit du sol Admis : nourris du sol Baraita 2 velad ha-aretz Kelal u-prat Hors rejeton de la terre Exclus : créés de l'eau Ribbouy : tout entre, sauf un miout. Kelal u-prat : seulement ce qui ressemble au prat.
Rabbi Yehouda ben Gadich et Rabbi Eliezer amplifient tout, sauf un cas. Les deux baraitot ne gardent que ce qui ressemble au prat. Abaye : les poissons suivent la première, nourris du sol, et sortent de la seconde, créés de l'eau.
1
לא נצרכה אלא שנתן לתוכן שמן.

Cela n'était nécessaire que pour le cas où il y a mis de l'huile.

📜 Rachi (1)
לא נצרכה הא דמתני ר' יצחק מים ומלח המעורבין ניקחין אלא כשנתן לתוכן שמן:
Cela n'était nécessaire : ce qu'enseigne Rabbi Yitshak, que l'eau et le sel mélangés s'achètent, seulement lorsqu'il y a mis de l'huile.
💡 Explication

Suite de Rav Yossef, ouvert à la fin de 27a. L'enseignement de Rabbi Yitshak vise l'eau et le sel mélangés achetés avec l'argent du maasser cheni dans un seul cas : on a versé de l'huile dans le mélange.

L'huile est un aliment. Elle donne au mélange un appui pour l'achat. Rachi le dit en clair : sans cette huile, l'enseignement ne portait pas.

2
אמר ליה אביי: ותיפוק ליה משום שמן! לא צריכא, שנתן דמי מים ומלח בהבלעה.

Abaye lui dit : qu'on le déduise à cause de l'huile ! Il ne le faut que là où il a inclus le prix de l'eau et du sel par havla'a.

📜 Rachi (1)
בהבלעה בשביל המים והמלח קנה השמן ביוקר והבליע בו דמיהן וכי האי גוונא שרי רבי יצחק:
Par havla'a : à cause de l'eau et du sel, il a acheté l'huile plus cher, et il y a inclus leur prix. C'est de cette manière que Rabbi Yitshak permet.
💡 Explication

Abaye : s'il y a de l'huile, l'achat est déjà permis à cause d'elle. L'enseignement sur l'eau et le sel n'ajoute rien.

Réponse : le cas est la havla'a, l'inclusion du prix. On paie l'huile plus cher, et le surplus couvre l'eau et le sel. Rachi : Rabbi Yitshak permet cette façon de payer.

3
ובהבלעה מי שרי? אין — והתניא, בן בג בג אומר: ״בבקר״ — מלמד שלוקחין בקר על גב עורו. ״ובצאן״ — מלמד שלוקחין צאן על גב גיזתה. ״וביין״ — מלמד שלוקחין יין על גב קנקנו. ״ובשכר״ — מלמד שלוקחין תמד משהחמיץ.

Et par havla'a, est-ce permis ? Oui.

On a enseigné : Ben Bag Bag dit : ba-bakar enseigne qu'on achète un bœuf avec sa peau. Ou-va-tson enseigne qu'on achète du menu bétail avec sa toison.

Ou-va-yayin enseigne qu'on achète du vin avec sa cruche. Ou-va-chekhar enseigne qu'on achète du temed une fois qu'il a fermenté.

📜 Rachi (5)
והתניא בניחותא:
Et on a enseigné : sur le mode de l'affirmation. La baraita confirme.
בבקר הואיל וכתיב בכל אשר תאוה נפשך למה לי למיכתב בבקר ובצאן וביין ובשכר אלא לדרשות בבקר ללמדך שלוקחים בקר אגב עורו ויצא העור לחולין ואין צריך למוכרו ולחזור ולאכלו בירושלים:
Ba-bakar : puisqu'il est écrit pour tout ce que ton âme désire, pourquoi écrire ba-bakar, ou-va-tson, ou-va-yayin et ou-va-chekhar ? Pour les derachot. Ba-bakar t'apprend qu'on achète un bœuf avec sa peau. La peau sort en houlin, et l'on n'a pas à la vendre pour revenir en manger à Jérusalem.
אגב גיזותיה אע"ג דאיכא תרתי עור וגיזה דנפקי לחולין:
Avec sa toison : bien qu'il y ait deux choses, la peau et la toison, qui sortent en houlin.
אגב קנקן חבית של חרס שהיין שמור בתוכו ויצא הקנקן לחולין:
Avec sa cruche : un tonneau d'argile où le vin est gardé. La cruche sort en houlin.
תמד שנותנים מים בחרצנים ולכשהחמיץ שנגמרה תסיסתו הוי כיין אלמא מדקתני בבקר אגב עורו אלמא בהבלעה שרי ואע"ג דעור באנפי נפשיה לא חזי דמידי דמאכל בעינן כדכתיב ואכלת:
Temed : on met de l'eau sur le marc. Une fois qu'il a fermenté, sa fermentation achevée, il est comme du vin. Puisque la baraita enseigne le bœuf avec sa peau, la havla'a est permise, bien que la peau, à elle seule, ne soit pas propre : il nous faut une chose de nourriture, comme il est écrit et tu mangeras.
💡 Explication

La havla'a est permise. Rachi : ve-hatanya est dit en benihuta, ton d'accord. Ben Bag Bag lit les mots du verset du maasser cheni, Devarim 14:26.

Ba-bakar : le bœuf s'achète avec sa peau, et la peau sort en houlin. On ne la revend pas pour manger sa contre-valeur à Jérusalem. Tson ajoute la toison, en plus de la peau. Yayin : la cruche d'argile sort en houlin. Chekhar : le temed, eau versée sur le marc, une fois la fermentation achevée, compte comme du vin.

La peau seule n'est pas un aliment, et le verset dit et tu mangeras. Ce qui accompagne l'aliment entre dans le même prix, puis quitte la sainteté du maasser.

🖼️ Schéma
Havla'a : le prix entre dans l'huile Rabbi Yitshak. Ben Bag Bag lit le même procédé sur Devarim 14:26 Eau et sel Leur prix est payé Huile plus chère Le surplus les couvre Maasser cheni L'achat est permis -> -> Bœuf + peau Bétail + toison Vin + cruche Chekhar La peau sort en houlin Peau et toison sortent en houlin La cruche sort en houlin Temed une fois fermenté Ce qui accompagne l'aliment sort en houlin. On ne le revend pas pour en manger la contre-valeur à Jérusalem.
Quatre achats de Ben Bag Bag. La peau, la toison et la cruche sortent en houlin. Le temed fermenté entre comme le vin.
4
אמר רבי יוחנן: מאן דמתרגם לי ״בבקר״ אליבא דבן בג בג, מובילנא מאניה אבתריה לבי מסותא.

Rabbi Yo'hanan a dit : qui m'interprétera ba-bakar selon Ben Bag Bag, je porterai ses vêtements derrière lui jusqu'au bain.

📜 Rachi (1)
מאן דמתרגם בקר דליצטריך למיכתביה אליבא דבן בג בג כו':
Qui m'interprétera bakar : de façon que son écriture soit nécessaire, selon Ben Bag Bag, etc.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan cherche qui lui montrera pourquoi ba-bakar devait être écrit, dans la lecture de Ben Bag Bag. Porter les vêtements jusqu'au bain est une marque d'honneur.

5
מאי טעמא? כולהו צריכי לבר מ״בבקר״, דלא צריך. מאי צריכי? דאי כתב רחמנא ״בבקר״, הוה אמינא: בקר הוא דמזדבן על גב עורו, משום דגופיה הוא. אבל צאן על גב גיזתה, דלאו גופיה הוא — אימא לא.

Quelle est la raison ? Tous sont nécessaires, hormis ba-bakar, qui ne l'est pas.

En quoi sont-ils nécessaires ? Si le Miséricordieux avait écrit seulement ba-bakar, j'aurais dit : c'est le bœuf qui s'achète avec sa peau, parce qu'elle est son corps.

Mais le menu bétail avec sa toison, qui n'est pas son corps, je dirais non.

📜 Rachi (2)
עורו המחובר לבשר ואינו יכול להפשיטו מחיים:
Sa peau : elle est attachée à la chair, et l'on ne peut l'écorcher de son vivant.
אבל גיזה יכול לגוזזה מחיים והוה אמינא דליתסר דלא גופא דפירא הוא:
Mais la toison : on peut la tondre de son vivant. J'aurais dit qu'elle est interdite, car elle n'est pas le corps du fruit.
💡 Explication

Tous les mots servent, sauf ba-bakar. Avec bakar seul, on limiterait l'achat au bœuf et à sa peau : la peau fait corps avec lui, on ne l'écorche pas vivant.

La toison se tond sur l'animal vivant. Rachi : elle n'est pas le corps du péri. Sans le mot tson, on l'aurait laissée dehors.

6
ואי כתב רחמנא ״בצאן״ על גב גיזתה, הוה אמינא: משום דמחובר בה. אבל יין על גב קנקנו — אימא לא.

Et si le Miséricordieux avait écrit ba-tson, avec sa toison, j'aurais dit : parce qu'elle lui est attachée. Mais le vin avec sa cruche, je dirais non.

💡 Explication

Le mot tson permet la toison, attachée à l'animal. La cruche du vin n'en suit pas : c'est un récipient distinct de la boisson.

7
ואי כתב רחמנא ״ביין״, הוה אמינא: משום דהיינו נטירותיה. אבל תמד משהחמיץ דקיוהא בעלמא הוא, אימא לא. כתב רחמנא ״שכר״.

Et si le Miséricordieux avait écrit ba-yayin, j'aurais dit : parce que c'est là sa garde. Mais le temed une fois fermenté, qui n'est qu'une acidité, je dirais non.

Le Miséricordieux a écrit chekhar.

📜 Rachi (1)
קיוהא כמו תקהינה שיניו (ירמיהו ל״א:ל׳) כלומר: לאו פירא ממש הוא אלא מים בעלמא שנכנס בהן קיוהא של חרצנים איגרו"ס בלע"ז:
Kiuha : comme ses dents seront agacées (Jérémie 31:30). C'est dire : un fruit à proprement parler, non ; de l'eau seule, où est entrée l'acidité du marc, aigros en langue vernaculaire.
💡 Explication

Yayin permet la cruche : elle est la netira du vin, ce qui le garde. Le temed fermenté resterait dehors.

Rachi glose kiuha par le verset de Jérémie : les dents agacées. Le temed est de l'eau où a passé l'acidité du marc, aigros. Chekhar l'inclut.

8
ואי כתב רחמנא ״בשכר״, הוה אמינא: מאי שכר? דבילה קעילית, דפירא הוא. אבל יין על גב קנקנו — אימא לא.

Et si le Miséricordieux avait écrit ba-chekhar, j'aurais dit : qu'est-ce que chekhar ? Une devela de Keila, qui est un fruit.

Mais le vin avec sa cruche, je dirais non.

📜 Rachi (1)
ואי כתב שכר הוה אמינא הבלעה לעולם אסירא והאי שכר לאו תמד הוא דנילף מיניה דיהיב דמים של מים בהבלעה אלא האי שכר דבילה קעילית היא מאותו מקום דמשכרא כדאמרינן בכריתות (דף יג:) אכל דבילה קעילית ונכנס למקדש חייב:
Et s'il avait écrit chekhar, j'aurais dit : la havla'a est toujours interdite. Et ce chekhar n'est pas le temed, d'où l'on apprendrait qu'il donne le prix de l'eau par havla'a. Ce chekhar, c'est la devela de Keila, de cet endroit, qui enivre, comme on le dit à Keritot (13b) : celui qui a mangé une devela de Keila et est entré dans le Temple est passible.
🗂️ Tossefot (1)
הוה אמינא מאי שכר דבילה קעילית כל הני דרשות מיתורא דביתי"ן דריש דפרטי צריכי לפרט וכלל דממה נפשך צריכי תרי מינייהו כדאמר בפרק קמא דקדושין (דף יז.) גבי הענקה דאי כתיב צאן הוה אמינא גידולי קרקע לא ואי כתיב גורן הוה אמינא בעלי חיים לא ושאר פרטי נמי שמא צריכי לשום דרשה ועוד דבשבועות פ"ג (דף כג.) ובפרק בתרא דיומא (דף עו.) פריך ואימא דבילה קעילית ומשני גמר שכר שכר מנזיר והכא נפקא לן מדמרבינן יין אגב קנקן אלא התם אצטריך שכר שכר דלא נימא שכר גופיה דבילה קעילית היא והכא אבי"ת דבשכר קאי וקשה דהיכי קאמר הכא דה"א דבי"ת דבשכר לדבילה קעילית אתא הא מכלל ופרט נפקא דהוו פירי מפירי ועוד הקשה מה"ר שמואל דהיכי בעי למימר התם דשכר גופיה לדבילה קעילית והאמר הכא דאי לאו יתור דיין אגב קנקן ה"א דבי"ת דבשכר לדבילה קעילית ויש לומר דשכר גופיה בעי למימר לדבילה קעילית בעינן והכא בדבילה מעורבת עם המים שכך רגילים לתקנם וחשיב טפי מתמד ואם תאמר אמאי לא מוכח התם דשתיה בכלל אכילה מדמרבינן תמד ואמר רחמנא ואכלת וליכא למימר ע"י אניגרון כדאמרינן התם דמידי דמשכר בעינן הואיל ואתי מריבויא דבשכר וי"ל דואכלת לא קאי אביתי"ן אלא אגופיה דקרא דהא עור וגיזה וקנקן לאו בני אכילה נינהו:
J'aurais dit : qu'est-ce que chekhar ? La devela de Keila. Toutes ces derachot, il les tire du surplus des préfixes bet. Car les détails sont nécessaires pour le prat et le kelal : de toute façon, deux d'entre eux sont nécessaires, comme on le dit au premier chapitre de Kiddouchin (17a) au sujet de la haanaka. Si l'on avait écrit tson, j'aurais dit : les produits du sol, non. Si l'on avait écrit goren, j'aurais dit : les êtres vivants, non. Les autres détails aussi sont peut-être nécessaires pour quelque deracha. De plus, à Chevouot, chapitre 3 (23a), et au dernier chapitre de Yoma (76a), on objecte : dis que c'est la devela de Keila, et l'on répond : on apprend chekhar chekhar du nazir. Ici, nous le tirons de ce que l'on inclut le vin avec sa cruche. Là-bas, la gezera chava chekhar-chekhar était nécessaire pour que l'on ne dise pas que chekhar lui-même est la devela de Keila. Et ici, cela porte sur le bet de ba-chekhar. Difficulté : comment dit-on ici que l'on aurait dit que le bet de ba-chekhar vient pour la devela de Keila, alors que du kelal et du prat il ressort que ce sont des péri mi-péri ? De plus, notre maître Rabbi Chmouel objecte : comment veut-on dire là-bas que chekhar lui-même vise la devela de Keila, alors qu'ici, sans le surplus du vin avec sa cruche, on aurait dit que le bet de ba-chekhar vise la devela de Keila ? On peut répondre : il veut dire que chekhar lui-même nous est nécessaire pour la devela de Keila. Et ici, il s'agit d'une devela mêlée d'eau, car c'est ainsi qu'on a coutume de la préparer, et elle compte davantage que le temed. Et si tu dis : pourquoi ne prouve-t-on pas là-bas que la boisson est comprise dans le manger, de ce que l'on inclut le temed et que le Miséricordieux a dit et tu mangeras ? Et l'on ne peut pas dire : par anigron, comme on le dit là-bas, car il nous faut une chose qui enivre, puisqu'elle vient du ribbouy de chekhar. On peut répondre : et tu mangeras ne porte pas sur les préfixes bet, mais sur le corps du verset, car la peau, la toison et la cruche ne sont pas des choses que l'on mange.
💡 Explication

La chaîne repart à l'envers. Chekhar seul se lirait comme la devela de Keila, figues pressées qui enivrent, donc un fruit. Rachi : la havla'a resterait interdite, et l'on n'apprendrait pas le prix de l'eau inclus dans un autre prix. À Keritot 13b, manger cette devela et entrer au Temple rend passible.

Tossefot : les derachot de havla'a sortent du bet en trop. Les noms eux-mêmes servent de prat, au moins deux, comme la haanaka à Kiddouchin 17a : tson seul exclurait les produits du sol, goren seul exclurait les vivants. À Chevouot 23a et Yoma 76a, une gezera chava avec le nazir empêche de lire le mot chekhar lui-même comme la devela. Ici, le bet viserait une devela mêlée d'eau, préparée ainsi d'ordinaire, plus considérable que le temed.

Et tu mangeras porte sur le corps du verset. Peau, toison et cruche ne se mangent pas : le verbe ne vise pas les mots en bet, et l'on n'en tire pas que boire compte comme manger.

🖼️ Schéma
Chekhar, lu seul ou avec le verset Le mot chekhar Seul : devela de Keila Figues qui enivrent un fruit, havla'a exclue Avec le verset : temed Eau sur le marc, fermentée simple acidité, incluse hava amina conclusion
Chekhar seul : devela de Keila, un fruit. Avec les autres mots : temed fermenté, inclus par havla'a.
9
ואי כתב רחמנא יין על גב קנקנו — דהיינו נטירותיה. אבל צאן על גב גיזתה — אימא לא. כתב רחמנא ״צאן״, דאפילו על גב גיזתה.

Et si le Miséricordieux avait écrit le vin avec sa cruche : c'est là sa garde. Mais le menu bétail avec sa toison, je dirais non.

Le Miséricordieux a écrit tson : même avec sa toison.

💡 Explication

Même retour en arrière. Le vin avec sa cruche serait permis, la cruche étant sa garde. La toison n'en suivrait pas. Le mot tson l'inclut, y compris la toison.

10
״בבקר״ למה לי?! וכי תימא: אי לא כתב רחמנא ״בבקר״, הוה אמינא: צאן על גב עורה אין, על גב גיזתה לא. כתב רחמנא ״בבקר״ לאתויי עורו. אייתר ליה ״צאן״ לאתויי גיזתה.

Ba-bakar, à quoi me sert-il ? Et si tu dis : si le Miséricordieux n'avait pas écrit ba-bakar, j'aurais dit : le menu bétail avec sa peau, oui ; avec sa toison, non.

Le Miséricordieux a écrit ba-bakar pour amener sa peau. Tson reste en trop, pour amener sa toison.

🗂️ Tossefot (1)
הוה אמינא צאן על גב עורו אין ואם תאמר והא נפקא לן מיין אגב קנקן דעור נמי חשיב שומר כדאמרי' בהעור והרוטב (חולין דף קיח.) וי"ל דעור לא הוי כל כך שומר לבשר דמשהופשט לא הוי שומר אבל יין אי אפשר בלא קנקן:
J'aurais dit : le menu bétail avec sa peau, oui. Et si tu dis : on le tire déjà du vin avec sa cruche, car la peau aussi compte comme chômer, comme on le dit dans Ha-or veha-rotev (Houlin 118a). On peut répondre : la peau n'est pas un chômer à ce point pour la chair, car une fois écorchée elle ne garde plus, tandis que le vin ne se passe pas de cruche.
💡 Explication

Ba-bakar semble inutile : qui permet la toison permet la peau du bœuf.

Tentative : sans bakar, on lirait tson comme la peau oui, la toison non. Bakar viendrait pour la peau, et tson, libéré, pour la toison.

Tossefot écarte une autre source. Le vin avec sa cruche apprendrait déjà la peau, si elle était un chômer comme à Houlin 118a. Une peau écorchée ne garde plus la chair. Le vin ne se conserve pas sans cruche.

11
אי לא כתב רחמנא ״בקר״, לא הוה אמינא צאן על גב עורה — אין, על גב גיזתה — לא. דאם כן, לכתוב רחמנא ״בקר״, דממילא אייתר ליה ״צאן״.

Si le Miséricordieux n'avait pas écrit bakar, je n'aurais pas dit : menu bétail avec sa peau, oui ; avec sa toison, non. Car s'il en était ainsi, que le Miséricordieux écrive bakar : de lui-même, tson resterait en trop.

📜 Rachi (1)
דאם כן דצאן לאו למישרי גיזות הוא דאתא אלא עור לא הוה כתיב קרא צאן אלא בקר דלית ליה גיזות:
Car s'il en était ainsi : si tson ne vient pas pour permettre les toisons, mais la peau, le verset n'aurait pas écrit tson, mais bakar, qui n'a pas de toison.
💡 Explication

La tentative tombe. Si tson ne servait que pour la peau, le verset aurait écrit bakar, qui n'a pas de toison, et tson serait resté libre. On n'aurait donc pas lu, en l'absence de bakar, peau oui et toison non.

12
וכיון דכתב רחמנא ״צאן״, דאפילו על גב גיזתה. ״בבקר״ למה לי? השתא צאן על גב גיזתה מיזדבנא, בקר על גב עורו מיבעיא? היינו דקאמר רבי יוחנן: מאן דמתרגם לי ״בבקר״ אליבא דבן בג בג, מובילנא מאניה לבי מסותא.

Et dès lors que le Miséricordieux a écrit tson, même avec sa toison, ba-bakar, à quoi me sert-il ? Maintenant que le menu bétail s'achète avec sa toison, le bœuf avec sa peau fait-il question ?

C'est ce que dit Rabbi Yo'hanan : qui m'interprétera ba-bakar selon Ben Bag Bag, je porterai ses vêtements jusqu'au bain.

💡 Explication

Tson est écrit, et il inclut la toison. Ba-bakar n'a plus de rôle : le bœuf avec sa peau suit du menu bétail avec sa toison. C'est la difficulté pour laquelle Rabbi Yo'hanan promet le bain.

13
במאי קא מיפלגי רבי יהודה בן גדיש ורבי אליעזר והני תנאי דלקמן? רבי יהודה בן גדיש ורבי אליעזר דרשי רבויי ומיעוטי, והני תנאי דרשי כללי ופרטי.

Sur quoi divergent Rabbi Yehouda ben Gadich, Rabbi Eliezer, et ces tannaïm ci-dessous ? Rabbi Yehouda ben Gadich et Rabbi Eliezer font la deracha par ribbouyim et mioutim.

Et ces tannaïm font la deracha par kelalim et pratim.

📜 Rachi (2)
במאי קא מיפלגי רבי יהודה ורבי אליעזר דאמרי תרוייהו דגים ניקחין ובציר הוא דפליגי:
Sur quoi divergent Rabbi Yehouda et Rabbi Eliezer : tous deux disent que les poissons s'achètent, et c'est sur le tzir qu'ils divergent.
והני תנאי דלקמן דדרשי פרי מפרי וגידולי קרקע וולד ולדות הארץ ותרוייהו ממעטי דגים וכ"ש ציר:
Et ces tannaïm ci-dessous : ils exposent péri mi-péri et guidoulei karka, et velad veladot ha-aretz. Tous deux excluent les poissons, et à plus forte raison le tzir.
💡 Explication

Retour au tzir, la saumure, du daf précédent. Rabbi Yehouda ben Gadich et Rabbi Eliezer lisent par ribbouy u-miout, amplification et restriction. Les tannaïm qui suivent lisent par kelal u-prat, règle générale et cas.

Rachi : les deux premiers admettent les poissons, et divergent sur la saumure. Sur les tannaïm d'en bas, sa glose dit que les deux formules excluent les poissons, et à plus forte raison le tzir. Plus bas, Abaye mettra la différence entre ces formules sur les poissons, et Rachi expliquera alors que, pour la première, ils se nourrissent du sol.

14
רבי יהודה בן גדיש ורבי אליעזר דרשי ריבויי ומיעוטי. ״ונתתה הכסף בכל אשר תאוה נפשך״ — ריבה, ״בבקר ובצאן וביין ובשכר״ — מיעט, ״ובכל אשר תשאלך נפשך״ — חזר וריבה. ריבה ומיעט וריבה — ריבה הכל. מאי רבי? רבי כל מילי. ומאי מיעט? לרבי אליעזר מיעט ציר, לרבי יהודה בן גדיש מיעט מים ומלח.

Rabbi Yehouda ben Gadich et Rabbi Eliezer font la deracha par ribbouyim et mioutim. Tu donneras l'argent pour tout ce que ton âme désire : il a amplifié.

Pour le bœuf, le menu bétail, le vin et le chekhar : il a restreint. Et pour tout ce que ton âme te demandera : il est revenu et a amplifié.

Il a amplifié, restreint et amplifié : il a tout amplifié. Qu'a-t-il amplifié ?

Il a amplifié toutes choses. Et qu'a-t-il restreint ?

Pour Rabbi Eliezer, il a restreint le tzir. Pour Rabbi Yehouda ben Gadich, il a restreint l'eau et le sel.

📜 Rachi (1)
ה"ג לר"א מיעט ציר ולרבי יהודה מיעט מים ומלח דלאו ציר:
Ainsi lisons-nous : pour Rabbi Eliezer, il a restreint le tzir ; pour Rabbi Yehouda, il a restreint l'eau et le sel, qui ne sont pas le tzir.
💡 Explication

Règle : ribba u-mi'et ve-ribba, ribba ha-kol. Amplification, restriction, amplification : on amplifie tout, et le miout ne retire qu'un cas.

Le verset ouvre par tout ce que ton âme désire, resserre sur bœuf, menu bétail, vin et chekhar, puis rouvre par tout ce que ton âme te demandera. Rabbi Eliezer retire le tzir. Rabbi Yehouda ben Gadich retire l'eau et le sel. Rachi fixe cette leçon : l'eau et le sel, distincts du tzir.

🖼️ Schéma
Ribba, miout, ribba : tout, sauf un Tout ce que désire ton âme Ribbouy Bœuf, bétail, vin, chekhar Miout Tout ce que ton âme te demandera Ribbouy -> -> Rabbi Eliezer Le miout retire le tzir Rabbi Yehouda ben Gadich Le miout retire eau et sel
Trois temps du verset. Tout entre, sauf le miout : tzir pour Rabbi Eliezer, eau et sel pour ben Gadich.
15
והני תנאי דרשי כללי ופרטי. דתניא: ״ונתתה הכסף בכל אשר תאוה נפשך״ — כלל, ״בבקר ובצאן וביין ובשכר״ — פרט, ״ובכל אשר תשאלך נפשך״ — חזר וכלל. כלל ופרט וכלל אי אתה דן אלא כעין הפרט. ומה הפרט מפורש: פרי מפרי, וגידולי קרקע, אף כל פרי מפרי וגידולי קרקע.

Et ces tannaïm font la deracha par kelalim et pratim. Car on a enseigné : Tu donneras l'argent pour tout ce que ton âme désire : un kelal.

Pour le bœuf, le menu bétail, le vin et le chekhar : un prat. Et pour tout ce que ton âme te demandera : il est revenu et a posé un kelal.

Kelal, prat et kelal : tu ne juges qu'à la ressemblance du prat. Et de même que le prat est explicite, fruit issu d'un fruit et produits du sol, ainsi tout fruit issu d'un fruit et produit du sol.

📜 Rachi (3)
ה"ג דתניא ונתתה הכסף וגו':
Ainsi est le texte : on a enseigné, tu donneras l'argent, etc.
פרי מפרי עגל נולד מאמו וכן שה וענבים מחרצנים שזורעין החרצנים:
Fruit issu d'un fruit : un veau né de sa mère, et de même un agneau, et des raisins issus de pépins, car on sème les pépins.
וגידולי קרקע שכולן ניזונין וגדילין מן הקרקע:
Et produits du sol : tous se nourrissent et croissent depuis le sol.
💡 Explication

Autre midda : kelal u-prat u-kelal, i ata dan ela ke-ein ha-prat. On ne retient que ce qui ressemble au détail.

Le prat est un péri mi-péri, fruit issu d'un fruit, et un guidoul karka, produit du sol. Rachi : le veau naît de sa mère, l'agneau de même, le raisin vient d'un pépin que l'on sème. Tous se nourrissent et croissent depuis le sol.

16
ותניא אידך: מה הפרט מפורש: ולד ולדות הארץ, אף כל ולד ולדות הארץ.

Et on a enseigné dans une autre : de même que le prat est explicite, rejeton des rejetons de la terre, ainsi tout rejeton des rejetons de la terre.

📜 Rachi (1)
ולד ולדות הארץ שנבראו מן הארץ במעשה בראשית:
Rejeton des rejetons de la terre : ils ont été créés à partir de la terre dans l'œuvre du commencement.
💡 Explication

Seconde baraita, même midda, autre ressemblance : velad veladot ha-aretz, rejeton des rejetons de la terre. Rachi : créés depuis la terre au maasse bereshit.

17
מאי בינייהו? אמר אביי: דגים איכא בינייהו. למאן דאמר פרי מפרי וגידולי קרקע, הני דגים — גידולי קרקע נינהו. למאן דאמר ולד ולדות הארץ, דגים — ממיא איברו.

Quelle différence entre eux ? Abaye a dit : les poissons font la différence.

Pour celui qui dit fruit issu d'un fruit et produits du sol, ces poissons sont des produits du sol. Pour celui qui dit rejeton des rejetons de la terre, les poissons ont été créés à partir de l'eau.

📜 Rachi (1)
דגים גידולי קרקע נינהו קסבר שהדגים ניזונין מן הקרקע:
Les poissons sont des produits du sol : il tient que les poissons se nourrissent depuis le sol.
💡 Explication

Mai beineihou, la différence entre les deux baraitot. Abaye répond : les poissons.

Selon péri mi-péri et guidoulei karka, les poissons sont des produits du sol. Rachi : ils se nourrissent depuis le sol. Ils s'achètent avec l'argent du maasser cheni.

Selon velad veladot ha-aretz, les poissons ont été créés de l'eau. Ils sortent de la ressemblance du prat.

🖼️ Schéma
Abaye : les poissons font la différence Péri mi-péri et guidoulei karka Les poissons se nourrissent du sol Ils s'achètent Velad veladot ha-aretz Rejetons de la terre Les poissons sont créés de l'eau Ils restent dehors Même forme, kelal prat kelal. La ressemblance au prat change.
Première baraita : poissons nourris du sol, achat permis. Seconde : créés de l'eau, achat exclu.
18
ומי אמר אביי דגים גידולי קרקע נינהו? והאמר אביי:

Et Abaye a-t-il dit que les poissons sont des produits du sol ? Or Abaye a dit :

💡 Explication

Objection ouverte. Abaye vient de compter les poissons parmi les guidoulei karka. La Guemara rappelle un autre enseignement d'Abaye. La suite est au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).