Eruvin 28b - Berakhot du kechout et du haziz, puis mesures de l'erouv

Eruvin 28b

Sougya : La page achève 28a : quand Rav permet le haziz, il parle de la variété de jardin, celle que tout le monde mange. La graine de gargir se broie comme condiment, à la place du poivre.

Un enfant d'école fixe les berakhot : bore péri ha-adama sur le kechout, chehakol sur le haziz. La halakha le suit, car le kechout est un fruit achevé et se nourrit de la terre par l'hizmi.

Les kafniyot comptent pour l'impureté des aliments une fois adoucies au feu, et l'erouv exige un aliment déjà prêt. Sur le kor, la halakha suit Chmouel : chehakol.

La fin donne les mesures, pleine main ou botte, et laisse ouverte la question des bettes crues.

Quelle berakha sur le kechout et le haziz L'enfant fixe. Rabbi Zeira inverse. La halakha suit l'enfant Enfant de l'école Kechout, houblon bore péri ha-adama Fruit achevé Haziz, céréale en herbe chehakol Fruit non achevé Rabbi Zeira L'inverse se comprend Haziz : sort de la terre Kechout : semble se nourrir de l'air Il n'a pas de racine en terre Halakha Comme l'enfant On coupe l'hizmi Le kechout meurt Il tire donc de la terre Critère retenu : gemar péri Tossefot raccorde Rav Kechout et haziz, bore péri ha-adama : cela vise le haziz de jardin, celui que tout le monde mange Le haziz des champs reste au chehakol de l'enfant
L'enfant fixe les berakhot. Rabbi Zeira suit la source de nourriture. La halakha suit l'enfant : le kechout se nourrit de la terre par l'hizmi.
Kor et kafniyot : trois régimes Argent du maasser, impureté des aliments, prélèvement Kor cœur du palmier Kafniyot dattes non mûres Nafka mina Argent du maasser Oui fruit issu d'un fruit Oui Les deux avis s'accordent Impureté des aliments Non même pensé à manger Oui adoucies par le feu Le feu suffit pour la touma Maasser et erouv Comme du bois sauf l'achat R. Yehouda : exemptes du maasser Érouv : aliment déjà prêt Abaye : ébouillanter et frire le kor Rava écarte : la peau ébouillantée devient impure Rava : la différence est la berakha Tanna kama : bore péri ha-adama. R. Yehouda : chehakol Halakha : Chmouel, chehakol. On plante le radis pour le manger tendre On ne plante pas le palmier pour le kor
Kor et kafniyot. L'achat au maasser cheni les réunit. L'impureté et l'erouv se séparent. La halakha du kor est le chehakol de Chmouel.
Mesure de l'erouv : nourriture de deux repas Eruvin 80b. Rav Yehiel : une pleine main, sauf le haziz Kechout Pleine main mélo ha-yad Haziz Botte entière uzilta des champs Légume de kaliya Pleine main la tige dure, non Fèves humides Pleine main Rabbi Yannai Bettes crues : Rav Hamnuna permet l'erouv Rav Hisda : une bette crue tue un homme vivant La page s'arrête sur cette question La kaliya elle-même est une tige dure comme du bois : on prend le légume
Deux repas pour l'erouv. Pleine main pour le kechout, le légume de kaliya et les fèves. Botte de cultivateur pour le haziz.
1
בדגנונייתא.

Dans la variété de jardin.

📜 Rachi (1)
בדגנונייתא בחזיז שגדל בגינה דכולי עלמא אכלי להו:
Dans la variété de jardin : dans le haziz qui pousse au jardin, que tout le monde mange.
💡 Explication

Fin de la réponse ouverte en 28a. Rav Yehouda, au nom de Rav, permet l'erouv avec le haziz et la berakha bore péri ha-adama. La Guemara demandait si Babel fait la majorité du monde.

La réponse tient en un mot : deganunita, la variété de jardin. Rachi : ce haziz-là, tout le monde le mange. Le haziz des champs, fourrage, reste hors de l'erouv.

2
זרע גרגיר. למאי חזי? אמר רבי יוחנן: שכן ראשונים שלא היה להן פלפלין, שוחקין אותו ומטבילין בו את הצלי.

La graine de gargir. À quoi est-elle propre ?

Rabbi Yo'hanan a dit : les anciens, qui n'avaient pas de poivre, la broyaient et y trempaient le rôti.

🗂️ Tossefot (1)
ראשונים שלא היה להן פלפלין הקשה ה"ר שמעון א"כ מהאי טעמא נמי פלפלין חייבין במעשר ואם כן מטמאין טומאת אוכלין דהא בהא תליא כדאמר בפ' בא סימן (נדה דף נ:) והתם בגמרא מייתי נמנו וגמרו שאין פלפלין מטמאין טומאת אוכלין וי"ל דהא דגרגיר חייב במעשר לאו משום דמטבילין בו אלא משום כששוחקין אותו חזי למיכל בעיניה אבל אין רגילות לשוחקו כדי לאוכלו בעיניה אלא כדי לטבל בו אבל פלפלין גם כי נשחקו לא חזו בעינייהו ופטורין מן המעשר:
Les anciens, qui n'avaient pas de poivre. Notre maître Rav Chimon objecte : s'il en est ainsi, par ce même motif le poivre aussi serait assujetti au maasser, et alors il contracterait l'impureté des aliments, car l'un dépend de l'autre, comme on le dit àu chapitre Ba siman (Nida 50b). Or là-bas, la Guemara rapporte qu'on a compté et conclu que le poivre ne contracte pas l'impureté des aliments. On peut répondre. Le gargir est assujetti au maasser parce que, une fois broyé, il est propre à être mangé tel quel. L'usage est de le broyer pour y tremper, et l'on n'a pas l'habitude de le broyer afin de le manger tel quel. Le poivre, même broyé, reste impropre à être mangé tel quel. Il est exempt du maasser.
💡 Explication

Suite de la baraita de 28a sur le gargir, la roquette. On prélève le maasser de la graine comme du légume. Question : à quoi cette graine est-elle propre, puisque d'ordinaire on mange la feuille ?

Rabbi Yo'hanan : les anciens, privés de poivre, broyaient la graine et y trempaient le rôti. Elle entre donc dans les aliments. Tossefot sépare ce cas du poivre : le gargir broyé se mange tel quel. Le poivre broyé reste un condiment, et Nida 50b le tient exempt du maasser et de la toumat okhlin.

3
רבי זירא כי הוה חליש מגרסיה, הוה אזיל ויתיב אפיתחא דרב יהודה בר אמי, אמר: כי נפקי ועיילי רבנן — איקום מקמייהו ואקבל בהו אגרא.

Rabbi Zeira, lorsqu'il était affaibli par son étude, allait s'asseoir à l'entrée de Rav Yehouda bar Ami. Il disait : quand les maîtres sortiront et entreront, je me lèverai devant eux et j'en recevrai une récompense.

💡 Explication

Récit de passage. Rabbi Zeira est épuisé par le limoud, l'étude. Il s'assoit à la porte de l'école de Rav Yehouda bar Ami.

Se lever devant les sages est une mitsva. Il en reçoit l'agra, la récompense, pendant le temps où l'étude elle-même dépasse ses forces.

4
נפק אתא ינוקא דבי רב, אמר ליה: מאי אגמרך רבך? אמר ליה: כשות ״בורא פרי האדמה״, חזיז ״שהכל נהיה בדברו״. אמר ליה: אדרבה, איפכא מיסתברא, האי — מארעא קא מרבי, והאי — מאוירא קא מרבי.

Un enfant de la maison du maître sortit et vint. Il lui dit : que t'a enseigné ton maître ?

Il lui dit : sur le kechout, bore péri ha-adama ; sur le haziz, chehakol nihya bidvaro. Il lui dit : au contraire, l'inverse se comprend mieux.

Celui-ci croît de la terre, et celui-là croît de l'air.

💡 Explication

L'enfant, yenuka de-bei rav, rapporte la leçon du jour. Sur le kechout, le houblon, on dit bore péri ha-adama, la berakha du fruit du sol. Sur le haziz, la céréale en herbe, on dit chehakol nihya bidvaro, la berakha de tout ce qui vient à l'existence par sa parole.

Rabbi Zeira inverse. Le haziz sort de la terre. Le kechout n'a pas de racine au sol : il semble se nourrir de l'air. Les pronoms du texte suivent cet ordre : celui-ci, le haziz ; celui-là, le kechout.

5
והלכתא כינוקא דבי רב. מאי טעמא: האי — גמר פירי, והאי — לאו גמר פירי. ומאי דקאמרת: האי מארעא קא רבי, והאי מאוירא קא רבי — לא היא. כשות נמי מארעא קא רבי, דהא קא חזינן דקטלינן לה להיזמתא ומייתא כשותא.

Et la halakha est comme l'enfant de la maison du maître. Quelle est la raison ?

Celui-ci est un fruit achevé, et celui-là n'est pas un fruit achevé. Et ce que tu as dit : celui-ci croît de la terre, et celui-là croît de l'air, il n'en est rien.

Le kechout, lui aussi, croît de la terre. Nous voyons en effet que, lorsque nous coupons l'hizmeta, le kechout meurt.

📜 Rachi (3)
כשות גדל בהיזמי ואין לו שורש בקרקע אלא מהיזמי צמח:
Kechout : il pousse sur l'hizmi. Il n'a pas de racine en terre. Il pousse à partir de l'hizmi.
כשות גמר פרי ונקרא פרי:
Le kechout est un fruit achevé, et il porte le nom de fruit.
דקטלי להיזמתא שקוצצין ההיזמי ומייתי כשותא אלמא אי לא ינקא מארעא לא רביא:
Lorsqu'on coupe l'hizmeta : on coupe l'hizmi, et le kechout meurt. Donc, s'il ne se nourrissait pas de la terre, il ne pousserait pas.
🗂️ Tossefot (1)
והאי לאו גמר פירא הוא והא דאמר רב יהודה אמר רב כשות וחזיז מברכין עליהן בפה"א הא אוקימנא בדגנונייתא:
Et celui-là n'est pas un fruit achevé. Quant à ce qu'a dit Rav Yehouda au nom de Rav, que sur le kechout et le haziz on dit bore péri ha-adama, nous l'avons déjà établi au sujet de la variété de jardin.
💡 Explication

La halakha suit l'enfant. Le critère est gemar péri, le fruit mené à son terme. Le kechout l'est : bore péri ha-adama. Le haziz, coupé avant maturité, ne l'est pas : chehakol. Ici, celui-ci désigne le kechout, et celui-là le haziz.

L'argument de Rabbi Zeira tombe. Le kechout se nourrit de la terre par l'hizmi, le buisson qui le porte. On coupe ce buisson : le kechout meurt. Rachi, en 28a, nommé le kechout houblon.

Tossefot raccorde la phrase de Rav, qui met bore péri ha-adama aussi sur le haziz. Elle vise le haziz de jardin du premier segment. Le haziz des champs reste au chehakol.

🖼️ Schéma
Pourquoi le kechout tire de la terre Hizmi buisson épineux porte le kechout On coupe l'hizmeta Le kechout meurt Il se nourrit de la terre Rachi : pas de racine en terre. Il pousse à partir de l'hizmi. S'il ne se nourrissait pas de la terre, il ne pousserait pas.
Couper l'hizmi tue le kechout : il tire sa nourriture de la terre.
6
ובכפניות אין מערבין? והתניא: קור ניקח בכסף מעשר, ואין מטמא טומאת אוכלין. וכפניות נקחות בכסף מעשר, ומטמאות טומאת אוכלים.

Et avec des kafniyot, on ne fait pas d'erouv ? Or on a enseigné : le kor s'achète avec l'argent du maasser, et il ne contracte pas l'impureté des aliments.

Les kafniyot s'achètent avec l'argent du maasser, et elles contractent l'impureté des aliments.

📜 Rachi (3)
קור דבר רך הנוסף על הדקל בכל שנה וקודם שיגיעו ימות הגשמים ויתקשה ויעשה עץ קרי ליה קור וטוב למאכל הוא:
Kor : une chose tendre qui s'ajoute au palmier chaque année. Avant l'arrivée de la saison des pluies, elle durcit et devient du bois. On l'appelle kor, et elle est bonne à manger.
ניקח בכסף מעשר דפרי מפרי וגדולי קרקע הוא:
Il s'achète avec l'argent du maasser : car c'est un fruit issu d'un fruit, et un produit du sol.
ואינו מטמא טומאת אוכלין ואפילו חישב. עליו להאכילו דלאו אוכל הוא:
Et il ne contracte pas l'impureté des aliments : même s'il a pensé à le donner à manger, car ce n'est pas un aliment.
🗂️ Tossefot (1)
קור ניקח בכסף מעשר ואין מטמא טומאת אוכלים תימא דבפ' בא סימן (נדה דף נא:) פריך גבי קושט וחימום וראשי בשמים אי נקחין בכסף מעשר ליטמאו טומאת אוכלין ומסיק דנמנו וגמרו שאין נקחין בכסף מעשר ואין מטמאין טומאת אוכלין והכא קתני דקור ניקח בכסף מעשר ואין מטמא טומאת אוכלין וי"ל ודאי התם אי חזי לאכילה הוי אוכל ושפיר קרינן ביה מכל האוכל אשר יאכל אבל הכא קור לא מיקרי אוכל כיון דסופו להקשות ולא נטעי דיקלא אדעתא דקורא ומכל מקום ניקח בכסף מעשר דהשתא הוא רך והוי פרי מפרי אע"ג דלא הוי אוכל:
Le kor s'achète avec l'argent du maasser et ne contracte pas l'impureté des aliments. Difficulté : au chapitre Ba siman (Nida 51b), on objecte au sujet du kost, du himum et des têtes d'aromates. S'ils s'achètent avec l'argent du maasser, ils devraient contracter l'impureté des aliments. On conclut qu'on a compté et décidé qu'ils ne s'achètent pas avec l'argent du maasser et qu'ils ne contractent pas l'impureté des aliments. Ici, on enseigne que le kor s'achète avec l'argent du maasser et ne contracte pas l'impureté des aliments. On peut répondre. Là-bas, dès qu'une chose est propre à être mangée, c'est un aliment, et le verset de toute nourriture qui se mangera s'y lit. Ici, le kor ne porte pas le nom d'aliment, puisqu'il finira par durcir, et l'on ne plante pas un palmier dans l'intention du kor. Il s'achète néanmoins avec l'argent du maasser, car à présent il est tendre et c'est un fruit issu d'un fruit, bien qu'il ne soit pas un aliment.
💡 Explication

Retour à la liste de Rav en 28a : pas d'erouv avec les kafniyot, les dattes encore vertes. La baraita semble dire le contraire. Elles s'achètent avec l'argent du maasser cheni, et elles contractent la toumat okhlin. Les deux signes en font un aliment.

Le kor est la pousse tendre du palmier, bonne à manger avant les pluies, puis durcie en bois. Il s'achète au maasser, car il est péri mi-péri et guidoulei karka. Il reste hors de la toumat okhlin : Rachi, même avec une pensée de le faire manger, ce n'est pas un aliment.

Tossefot confronte Nida 51b. Pour les aromates, achat au maasser et touma vont ensemble. Le kor sépare les deux : tendre maintenant, donc achetable, et destiné à devenir bois, donc hors de la touma.

7
רבי יהודה אומר: קור הרי הוא כעץ לכל דבריו — אלא שניקח בכסף מעשר, וכפניות הרי הן כפרי לכל דבריהם — אלא שפטורות מן המעשר.

Rabbi Yehouda dit : le kor est comme du bois pour toutes ses règles, sauf qu'il s'achète avec l'argent du maasser. Et les kafniyot sont comme un fruit pour toutes leurs règles, sauf qu'elles sont exemptes du maasser.

📜 Rachi (2)
קור הרי הוא כעץ כו' לקמן פריך היינו ת"ק: אלא שפטורות מן המעשר דלא נגמרה מלאכתן ולתנא קמא חייבות דלכל מילי פירות נינהו ומדקתני מטמאות טומאת אוכלים אלמא אוכל נינהו:
Le kor est comme du bois, etc. Plus bas, on objecte : c'est le premier tanna. Sauf qu'elles sont exemptes du maasser, car leur travail n'est pas achevé. Pour le premier tanna, elles sont assujetties, car à tous égards ce sont des fruits. Et puisqu'on enseigne qu'elles contractent l'impureté des aliments, c'est donc un aliment.
אלא שפטורות מן המעשר דלא נגמרה מלאכתן ולתנא קמא חייבות דלכל מילי פירות נינהו ומדקתני מטמאות טומאת אוכלים אלמא אוכל נינהו:
Sauf qu'elles sont exemptes du maasser : car leur travail n'est pas achevé. Pour le premier tanna, elles sont assujetties, car à tous égards ce sont des fruits. Et puisqu'on enseigne qu'elles contractent l'impureté des aliments, c'est donc un aliment.
💡 Explication

Rabbi Yehouda recoupe la baraita. Le kor suit le régime du bois, avec une seule sortie : l'achat à l'argent du maasser. Les kafniyot suivent le régime du fruit, avec une seule sortie : l'exemption du maasser, parce que le travail du fruit n'est pas achevé.

Rachi lit le premier tanna à l'inverse sur ce point. Pour lui, les kafniyot sont assujetties au maasser. La toumat okhlin de la baraita prouve qu'elles sont déjà un aliment. La différence entre les deux tannaïm sera cherchée plus bas.

8
התם, בדניסחני.

Là-bas, il s'agit des nischanei.

📜 Rachi (2)
התם דקתני מטמאות:
Là-bas : là où l'on enseigne qu'elles contractent l'impureté.
בדניסחני דקלים זכרים שעושין כפניות ואינם נעשים תמרים לעולם וכפניות הוא גמר פירן ולוקטים אותן בניסן והנהו אוכלא נינהו וכי קאמר רב בדקלים נקיבות שכפניות שלהן נעשים תמרים הלכך אכתי לא גמר פרי הוא:
Dans les nischanei : des palmiers mâles qui produisent des kafniyot et ne deviennent jamais des dattes. Les kafniyot sont l'achèvement de leur fruit. On les cueille en nissan. Ceux-là sont un aliment. Quand Rav a parlé, c'était des palmiers femelles, dont les kafniyot deviennent des dattes. Dès lors, ce n'est pas encore un fruit achevé.
💡 Explication

Première réponse, très courte. La baraita qui traite les kafniyot comme un aliment parle des nischanei.

Rachi : palmiers mâles. Leurs kafniyot ne mûrissent jamais en dattes. Cueillies en nissan, elles sont le gemar péri. Rav, lui, parlait des palmiers femelles : la datte verte n'est qu'une étape, donc impropre à l'erouv.

9
אי הכי, בהא לימא רבי יהודה פטורות מן המעשר? והתניא, אמר רבי יהודה: לא הוזכרו פגי ביתיוני אלא לענין מעשר בלבד. פגי ביתיוני ואהיני דטובינא חייבין במעשר.

S'il en est ainsi, Rabbi Yehouda dirait-il, dans ce cas, qu'elles sont exemptes du maasser ? Or on a enseigné.

Rabbi Yehouda a dit : les pagi de Beitoni n'ont été mentionnées qu'au sujet du maasser seulement. Les pagi de Beitoni et les ahinei de Tuvina sont assujetties au maasser.

📜 Rachi (4)
לא הוזכרו וכו' בתוספתא דשביעית (פ"ז) היא ומייתי בגמרא דפסחים בפרק מקום שנהגו אוכלים בתאנים עד שיכלו פגי ביתוני רבי יהודה אומר כו':
Elles n'ont été mentionnées, etc. C'est dans la Tossefta de Cheviit, chapitre 7. On le rapporte dans la Guemara de Pessahim, au chapitre Makom che-nahagu : on mange des figues jusqu'à ce que s'épuisent les pagi de Beitoni. Rabbi Yehouda dit, etc.
ביתוני מקום:
Beitoni : un lieu.
פגי תאנים הן שלא נתבשלו:
Pagi : ce sont des figues qui n'ont pas mûri.
אהיני הן כפניות והנך דטובינא כולם זכרים הן ומשום הכי חייבין במעשר דגמר פירא. הוא וכל שכן דגמר פירא הוא לשאר מילי:
Ahinei : ce sont des kafniyot. Celles de Tuvina sont toutes des mâles. C'est pour cela qu'elles sont assujetties au maasser : c'est un fruit achevé. Et à plus forte raison, c'est un fruit achevé pour les autres règles.
💡 Explication

L'objection vise la réponse des nischanei. Si ces kafniyot sont un fruit achevé, Rabbi Yehouda les assujettirait au maasser. Or, dans la baraita, il les en exempte.

Preuve : les pagi de Beitoni, figues qui ne mûrissent pas davantage, et les ahinei de Tuvina, kafniyot de palmiers mâles, sont assujetties au maasser. Rabbi Yehouda ne les a mentionnées que pour ce prélèvement. Un fruit qui n'ira pas plus loin compte comme achevé. La piste des nischanei ne sauve donc pas son exemption.

10
אלא לעולם לאו בניסחני, ולענין טומאת אוכלין שאני, כדאמר רבי יוחנן: הואיל וראוי למתקן על ידי האור, הכא נמי: הואיל ויכול למתקן על ידי האור.

Dis plutôt : en réalité, on est hors du cas des nischanei. Pour l'impureté des aliments, le régime est autre, comme l'a dit Rabbi Yo'hanan : puisqu'il est possible de les adoucir par le feu.

Ici de même : puisqu'on peut les adoucir par le feu.

📜 Rachi (1)
ויכול למתקן אף על פי שעכשיו בקטנותן מרין הן אבל לענין עירוב בעינן מידי דחזי בההיא שעתא והני הא לא מתקינהו ולענין מעשר משום דלא גמר פירא הוא:
Et on peut les adoucir : bien qu'à présent, dans leur petitesse, elles soient amères. Pour l'erouv, il faut une chose propre à ce moment-là, et celles-ci n'ont pas été préparées. Pour le maasser, c'est parce que le fruit n'est pas achevé.
🗂️ Tossefot (1)
הואיל וראוי למתקן ע"י האור וקור אף על גב דחזי ע"י שליקה וטיגון לא מטמא טומאת אוכלין משום דהוי כעץ בעלמא אלא דחזי ע"י שליקה כמו עור דבסמוך אבל הכא דבקל יכול למתקן חשיב אוכל ואף קודם מיתוק מטמא טומאת אוכלין:
Puisqu'il est possible de les adoucir par le feu. Le kor, bien qu'il devienne propre par ébouillantage et friture, ne contracte pas l'impureté des aliments, parce qu'il est comme un simple bois. Il ne devient propre que par ébouillantage, à la manière de la peau, plus bas. Ici, comme on peut les adoucir aisément, elles comptent comme aliment, et même avant l'adoucissement elles contractent l'impureté des aliments.
💡 Explication

Deuxième réponse, celle qui reste. La baraita parlé des kafniyot ordinaires, celles qui deviendront des dattes. La toumat okhlin a son propre critère : Rabbi Yo'hanan le dira sur les amandes amères. Dès qu'on peut adoucir par le feu, la chose compte comme aliment pour l'impureté, déjà avant la cuisson.

L'erouv demande un aliment prêt à l'heure où on le dépose. Les kafniyot sont encore amères, non préparées. Le maasser manque aussi : le fruit n'est pas achevé. Tossefot explique pourquoi le kor, lui, reste hors de la touma même après ébouillantage : il est du bois, comme la peau qu'il faut cuire longtemps.

11
והיכא אתמר דרבי יוחנן? אהא דתניא: שקדים המרים — קטנים חייבין, גדולים פטורין. מתוקים — גדולים חייבין, קטנים פטורין. רבי שמעון ברבי יוסי אומר משום אביו: זה וזה, לפטור. ואמרי לה: זה וזה לחיוב. אמר רבי אילעא: הורה רבי חנינא בציפורי כדברי האומר זה וזה לפטור.

Et où cela a-t-il été dit, de Rabbi Yo'hanan ? Sur ceci, qu'on a enseigné : les amandes amères, petites, sont assujetties, grandes, sont exemptes.

Les douces : grandes, sont assujetties, petites, sont exemptes. Rabbi Chimon, fils de Rabbi Yossi, dit àu nom de son père : l'un et l'autre, pour l'exemption.

Et d'autres disent : l'un et l'autre, pour l'assujettissement. Rabbi Ila a dit : Rabbi Hanina a tranché à Tzippori selon les paroles de celui qui dit l'un et l'autre pour l'exemption.

📜 Rachi (4)
קטנים חייבין משום שהוא גמר פרי שלהן שכשגדלין נעשין מרים:
Les petites sont assujetties : parce que c'est l'achèvement de leur fruit, car en grandissant elles deviennent amères.
וגדולים פטורין ממעשר דלאו אוכל נינהו:
Et les grandes sont exemptes du maasser, car elles ne sont pas un aliment.
מתוקין קטנים פטורין דלא נגמרו:
Les douces, petites, sont exemptes : car elles ne sont pas achevées.
זה וזה לפטור מרים בין גדולים ובין קטנים גדולים דלא אוכלא קטנים דלא פירא:
L'un et l'autre pour l'exemption : les amères, qu'elles soient grandes ou petites. Les grandes, car ce n'est pas un aliment. Les petites, car ce n'est pas un fruit.
🗂️ Tossefot (1)
זה וזה לפטור ואמרי לה זה וזה לחיוב אמרים גדולים וקטנים קאי אבל אין לפרש דקאי אקטנים מרים ומתוקים דבסוף פ"ק דחולין (דף כה:) גרסינן ברוב ספרים ולמ"ד זה וזה לחיוב גדולים למאי חזו:
L'un et l'autre pour l'exemption, et d'autres disent l'un et l'autre pour l'assujettissement. Cela porte sur les amères, grandes et petites. On ne l'expliquera pas comme visant les petites, amères et douces. À la fin du premier chapitre de Houlin (25b), la plupart des livres lisent : selon celui qui dit l'un et l'autre pour l'assujettissement, les grandes, à quoi sont-elles propres ?
💡 Explication

Source de la phrase de Rabbi Yo'hanan. Baraita des amandes et du maasser.

Amandes amères : les petites se mangent, c'est leur fruit achevé. En grandissant elles deviennent trop amères, et les grandes sont exemptes. Amandes douces : les grandes, mûres, sont assujetties. Les petites ne sont pas achevées, elles sont exemptes.

Rabbi Chimon, au nom de son père, exempte l'un et l'autre. Tossefot : les deux tailles des amères, et Houlin 25b le confirme, car la question porte sur les grandes. Une autre version assujettit les deux. Rabbi Hanina a tranché à Tzippori comme l'exemption.

🖼️ Schéma
Amandes et maasser : où est le fruit achevé Petites Grandes Amandes amères Assujetties c'est leur fruit achevé Exemptes plus un aliment Amandes douces Exemptes pas encore achevées Assujetties fruit mûr R. Chimon, au nom de son père : les amères, les deux tailles, exemptes. Autre version : les deux assujetties, car le feu les adoucit. R. Hanina exempte.
Petites amères et grandes douces : maasser. Grandes amères et petites douces : exemption.
12
ולמאן דאמר זה וזה לחיוב, למאי חזי? אמר רבי יוחנן: הואיל וראוי למתקן על ידי האור.

Et selon celui qui dit l'un et l'autre pour l'assujettissement, à quoi sont-ils propres ? Rabbi Yo'hanan a dit : puisqu'il est possible de les adoucir par le feu.

💡 Explication

C'est ici que Rabbi Yo'hanan dit la phrase citée pour les kafniyot. Selon la version qui assujettit les amandes amères des deux tailles, les grandes ne se mangent pas telles quelles.

Le feu les adoucit. Cette aptitude suffit pour le maasser et, dans la sougya précédente, pour la toumat okhlin. Elle ne suffit pas pour l'erouv.

13
אמר מר, רבי יהודה אומר: קור הרי הוא כעץ לכל דבריו, אלא שניקח בכסף מעשר. היינו תנא קמא!

Le maître a dit. Rabbi Yehouda dit : le kor est comme du bois pour toutes ses règles, sauf qu'il s'achète avec l'argent du maasser.

C'est le premier tanna !

💡 Explication

Retour à la baraita du kor. Amar mar : on reprend les mots déjà cités. Rabbi Yehouda dit que le kor est comme du bois, sauf l'achat au maasser.

Le premier tanna dit la même chose : achat au maasser, et pas d'impureté des aliments. Où est la nafka mina, la différence pratique ?

14
אמר אביי: שלקו וטגנו איכא בינייהו.

Abaye a dit : le cas où on l'a ébouillanté et frit fait la différence entre eux.

📜 Rachi (2)
שלקו מבושל הרבה:
On l'a ébouillanté : cuit longuement.
וטיגנו בשמן פרי"ט בלע"ז לרבי יהודה אפי' שלקו וטיגנו אינו טמא ותנא קמא אם שלקו וטיגנו מטמא דלא אמרי הרי הוא כעץ:
Et on l'a frit : dans l'huile, frit en langue vulgaire. Pour Rabbi Yehouda, même ébouillanté et frit, il ne devient pas impur. Pour le premier tanna, s'il a été ébouillanté et frit, il contracte l'impureté, car il ne dit pas : il est comme du bois.
💡 Explication

Abaye place la différence après cuisson. Chalaq : ébouillanter longuement. Tigen : frire à l'huile. Rachi donne le vieux mot d'oïl : frit.

Le premier tanna n'a pas dit que le kor est du bois pour toutes ses règles. Une fois ébouillanté et frit, il entre dans la toumat okhlin. Rabbi Yehouda l'a dit comme du bois à tous égards : la cuisson ne le fait pas entrer dans l'impureté. Seule exception maintenue : l'argent du maasser.

15
מתקיף לה רבא: מי איכא למאן דאמר שלקו וטגנו לא? והתניא: העור והשיליא אין מטמאין טומאת אוכלין. עור ששלקו, ושיליא שחישב עליה — מטמאין טומאת אוכלין!

Rava attaque cela : y a-t-il quelqu'un pour dire que, même ébouillanté et frit, il ne contracte pas l'impureté ? Or on a enseigné : la peau et le délivre ne contractent pas l'impureté des aliments.

Une peau qu'on a ébouillantée, et un délivre auquel on a pensé, contractent l'impureté des aliments.

📜 Rachi (2)
עור ששלקו מטמא אבל במחשבה גרידתא לא:
Une peau qu'on a ébouillantée contracte l'impureté. Par une simple pensée, non.
ושיליא אפי' במחשבה גרידתא וכיון דמהניא שליקה לעור כ"ש לקור דחזי לאכילה מעיקרא:
Et le délivre : même par une simple pensée. Et puisque l'ébouillantage agit sur la peau, à plus forte raison sur le kor, qui était propre à être mangé dès l'origine.
💡 Explication

Rava refuse la nafka mina d'Abaye. La baraita de la peau et du délivre, la cheliya, montre qu'une chose que l'on ne mange pas d'ordinaire entre dans la toumat okhlin dès qu'elle est préparée.

La peau : il faut l'ébouillantage. Une mahshava, une simple pensée, ne suffit pas. Le délivre : la pensée suffit. Rachi en tire un kal va-homer. Si la cuisson agit sur la peau, elle agit sur le kor, qui se mangeait déjà avant de durcir. Aucun avis ne le laisse pur après ébouillantage et friture.

16
אלא אמר רבא: איכא בינייהו ברכה. דאתמר: קור — רב יהודה אמר: ״בורא פרי האדמה״, ושמואל אמר: ״שהכל נהיה בדברו״.

Rava a dit, en rectifiant : la berakha fait la différence entre eux. Car il a été dit : le kor, Rav Yehouda dit bore péri ha-adama, et Chmouel dit chehakol nihya bidvaro.

📜 Rachi (1)
ברכה איכא בינייהו לתנא קמא בורא פרי האדמה לרבי יהודה שהכל דסופו להקשות:
La berakha fait la différence entre eux : pour le premier tanna, bore péri ha-adama ; pour Rabbi Yehouda, chehakol, car il finira par durcir.
🗂️ Tossefot (1)
איכא בינייהו ברכה דלתנא קמא מברך בפה"א ואע"ג דלענין ברכה מיקרי פרי מכל מקום לא חשיב לטמא טומאת אוכלין:
La berakha fait la différence entre eux. Selon le premier tanna, on dit bore péri ha-adama. Même si, pour la berakha, il porte le nom de fruit, il ne compte pas au point de contracter l'impureté des aliments.
💡 Explication

Nafka mina retenue par Rava : la berakha. Elle est branchée sur un différend d'amoraim. Rav Yehouda : bore péri ha-adama. Chmouel : chehakol nihya bidvaro.

Rachi aligne les tannaïm. Le premier tanna, qui achète le kor comme un fruit, dit bore péri ha-adama. Rabbi Yehouda, qui le tient pour du bois destiné à durcir, dit chehakol. Tossefot souligne l'écart : le nom de fruit pour la berakha ne suffit pas à la toumat okhlin.

17
רב יהודה אמר: ״בורא פרי האדמה״ — אוכלא הוא. ושמואל אמר: ״שהכל נהיה בדברו״ — כיון שסופו להקשות, לא מברכינן עילויה ״בורא פרי האדמה״.

Rav Yehouda a dit bore péri ha-adama : c'est un aliment. Et Chmouel a dit chehakol nihya bidvaro : puisqu'il finira par durcir, on ne dit pas sur lui bore péri ha-adama.

💡 Explication

Les raisons, côté amora. Rav Yehouda : le kor se mange, c'est un okhla, un aliment, donc la berakha du fruit du sol.

Chmouel regarde la fin. Le kor durcit et devient bois. On ne lui donne pas bore péri ha-adama. La berakha reste chehakol.

18
אמר ליה שמואל לרב יהודה: שיננא, כוותיך מסתברא, דהא צנון שסופו להקשות, ומברכינן עליה ״בורא פרי האדמה״.

Chmouel dit à Rav Yehouda : Chinana, ton avis se comprend. Le radis, en effet, finira par durcir, et l'on dit sur lui bore péri ha-adama.

💡 Explication

Chinana : appellation de Rav Yehouda, l'homme aiguisé, celui qui a beaucoup étudié. Chmouel, qui tient le chehakol, dit que l'avis de Rav Yehouda se comprend mieux.

Preuve qu'il avance : le radis durcit lui aussi avec le temps, et l'on dit néanmoins bore péri ha-adama. La suite de la Guemara écartera cette comparaison.

19
ולא היא, צנון נטעי אינשי אדעתא דפוגלא, דיקלא — לא נטעי אינשי אדעתא דקורא. ואף על גב דקלסיה שמואל לרב יהודה, הלכתא כוותיה דשמואל.

Il n'en est rien. Le radis, on le plante dans l'intention de la fogla.

Le palmier, on ne le plante pas dans l'intention du kor. Et bien que Chmouel ait loué Rav Yehouda, la halakha est selon Chmouel.

📜 Rachi (1)
אדעתא דפוגלא לאוכלו כשהוא רך:
Dans l'intention de la fogla : pour le manger pendant qu'il est tendre.
💡 Explication

La hi : la comparaison tombe. On sème le radis pour la fogla, le radis tendre que l'on compte manger. Le durcissement vient après, hors de l'intention du planteur. Rachi : on le mange pendant qu'il est tendre.

Le palmier se plante pour les dattes. Personne ne le plante pour le kor. Cette pousse reste un prélèvement sur l'arbre, et la berakha est chehakol. Chmouel avait loué Rav Yehouda. La halakha suit quand même Chmouel.

🖼️ Schéma
Ce pour quoi on plante décide la berakha Radis On le plante pour la fogla On le mange tendre Il durcira plus tard Bore péri ha-adama Palmier On le plante pour les dattes Le kor n'est pas le but Il durcit et devient bois Chehakol, halakha de Chmouel Chmouel avait dit à Rav Yehouda : Chinana, ton avis se comprend. La comparaison du radis tombe. La halakha reste celle de Chmouel.
Le radis est planté pour être mangé tendre. Le palmier n'est pas planté pour le kor. Halakha : Chmouel.
20
גופא, אמר רב יהודה אמר רב: כשות וחזיז מערבין בהן, ומברכין עליהם ״בורא פרי האדמה״. כשות בכמה? כדאמר רב יחיאל: כמלא היד — הכא נמי כמלא היד.

Pour en revenir à l'enseignement lui-même. Rav Yehouda a dit que Rav a dit : le kechout et le haziz, on fait l'erouv avec eux, et l'on dit sur eux bore péri ha-adama.

Le kechout, à quelle mesure ? Comme l'a dit Rav Yehiel : une pleine main.

Ici aussi, une pleine main.

📜 Rachi (1)
כשות בכמה הויא לה מזון ב' סעודות דאמרינן לקמן (עירובין דף פ:) מזון שתי סעודות לעירוב:
Le kechout, à quelle mesure : pour que ce soit la nourriture de deux repas. Nous disons plus bas (Eruvin 80b) : la nourriture de deux repas pour un erouv.
💡 Explication

Goufa : on reprend le corps de la phrase citée plus haut. Rav permet l'erouv avec le kechout et le haziz, et bore péri ha-adama sur les deux. Tossefot, plus haut, réserve cette berakha du haziz à la variété de jardin.

Mesure du kechout : mélo ha-yad, une pleine main. Rav Yehiel le dit pour un cas semblable. Rachi rappelle le chiour de l'erouv, la nourriture de deux repas, Eruvin 80b. Une pleine main de kechout atteint cette mesure.

21
חזיז בכמה? אמר רבה בר טוביה בר יצחק אמר רב: כמלא אוזילתא דאיכרי.

Le haziz, à quelle mesure ? Rabba bar Tovia bar Yitzhak a dit que Rav a dit : une pleine botte de cultivateurs.

📜 Rachi (1)
אוזילתא ווי"ל בלע"ז אגודות ירק שכורכין האיכרים:
Uzilta : viel en langue vulgaire. Des bottes de légume que les cultivateurs lient.
💡 Explication

Le haziz est plus volumineux et moins nourrissant à poignée égale. Rav fixe mélo uzilta de-ikarei : une botte entière, telle que les cultivateurs lient le fourrage.

Rachi donne le mot de la langue d'oïl, viel : des bottes de verdure.

22
אמר רב חלקיה בר טוביה: מערבין בקליא. בקליא סלקא דעתך?! אלא בירקא דקליא, וכמה? אמר רב יחיאל: כמלא היד.

Rav Hilkia bar Tovia a dit : on fait l'erouv avec de la kaliya. La kaliya, cela te viendrait-il à l'esprit ?

Dis plutôt : avec le légume de la kaliya. Et quelle mesure ?

Rav Yehiel a dit : une pleine main.

📜 Rachi (1)
קליא קלח של עשב וקשה כעץ:
Kaliya : une tige d'herbe, dure comme du bois.
💡 Explication

La kaliya est la plante que l'on brûle pour sa cendre. Rachi : une tige dure comme du bois. Personne ne la mange. La formule de Rav Hilkia ne peut pas viser cette tige.

On reprend : yarka de-kaliya, le légume de cette plante, tant qu'il est encore mangeable. Mesure : une pleine main, comme le kechout.

🖼️ Schéma
Kaliya : quelle partie entre dans l'erouv Kaliya tige dure comme du bois on ne la mange pas La Guemara reprend Cela te viendrait à l'esprit ? Légume de kaliya encore mangeable pleine main
La tige dure est écartée. L'erouv se fait avec le légume de la kaliya, une pleine main.
23
רבי ירמיה נפק לקירייתא, בעו מיניה: מהו לערב בפולין לחין? לא הוה בידיה. כי אתא לבי מדרשא, אמרו ליה: הכי אמר רבי ינאי: מערבין בפולין לחין. וכמה? אמר רב יחיאל: כמלא היד.

Rabbi Yirmeya sortit vers les villages. On lui demanda : que dit la halakha, pour faire l'erouv avec des fèves humides ?

Il n'avait pas la réponse. Quand il arriva à la maison d'étude, on lui dit : ainsi a dit Rabbi Yannai : on fait l'erouv avec des fèves humides.

Et quelle mesure ? Rav Yehiel a dit : une pleine main.

📜 Rachi (1)
לקרייתא כפרים לראות בתבואתו:
Vers les villages : des villages, pour voir sa récolte.
💡 Explication

Rabbi Yirmeya va dans les kiryata, les villages. Rachi : il va voir sa récolte. On lui demande si les fèves humides, encore fraîches, servent à l'erouv. Il ne sait pas.

Au beit hamidrach, on lui rapporte Rabbi Yannai : l'erouv est permis. Rav Yehiel : une pleine main. Les fèves sèches de la sougya précédente obéissent à d'autres règles de maasser. Ici, humides, elles se mangent comme un légume.

24
אמר רב המנונא: מערבין בתרדין חיין. איני? והאמר רב חסדא: סילקא חייא קטיל גברא חייא!

Rav Hamnuna a dit : on fait l'erouv avec des bettes crues. Est-ce ainsi ?

Or Rav Hisda a dit : une bette crue tue un homme vivant.

💡 Explication

Dernière phrase de la page. Rav Hamnuna permet l'erouv avec des teradin hayin, des bettes crues.

La Guemara oppose Rav Hisda : silka hayya, la bette crue, tue un gavra hayya, un homme vivant, un homme bien portant. Le même mot hayya porte les deux. Un aliment dangereux pour qui le mange semble impropre à l'erouv. La réponse viendra au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).