Sougya : La page reprend les bettes laissées en 28b. Une version permet l'érouv cru et place le danger sur le cuit à demi.
L'autre l'interdit, et Rachi fait porter l'interdit sur le cuit à demi. Le plat bien cuit, qui fait tokh tokh, sert au cœur, aux yeux et aux intestins.
Rava, l'esprit clair, est interrogé sur les pommes : Rav Nahman fixe un kav, les pêches étant d'un autre rang. Rav Yosef rétablit le mot de Rav, " et de même pour l'érouv ", sur la michna du pauvre à l'aire, à cause du demi-log de vin.
La fin distingue vin cuit et vin cru, fixe le vinaigre, puis les oignons : feuilles ou bulbes. L'amoud s'arrête au milieu de la phrase de Chmouel.
Celui-là : dans le cuit et non cuit.
Fin de la question ouverte en 28b. Rav Hamnouna permet l'érouv avec des bettes crues. Rav Hisda dit qu'une bette crue tue un homme vivant.
La réponse : celui-là, le cas dangereux, est le cuit et non cuit, la bette cuite à demi. Rachi : ce degré tue un homme.
Il y a qui disent : Rav Hamnouna a dit : on ne fait pas d'érouv avec des bettes crues, car Rav Hisda a dit : une bette crue tue un homme vivant. Or nous voyons qu'on en mange et qu'on n'en meurt pas ?
Là-bas, c'est dans le cuit et non cuit.
Deuxième version, à l'inverse de la première. Rav Hamnouna interdit les bettes crues, en s'appuyant sur Rav Hisda : la silka crue tue un homme vivant.
Difficulté : on en mange et on reste en vie. Réponse : le cas fatal est le cuit à demi. Rachi lit l'interdit de Hamnouna sur ce degré-là, le cuit et non cuit.
Rav Hisda a dit : un plat de bettes est bon pour le cœur, profitable aux yeux, et à plus forte raison pour les intestins. Abaye a dit : et c'est lorsqu'il repose sur le foyer et qu'il fait tokh tokh.
Après le danger du cuit à demi, le plat achevé. Rav Hisda : bon pour le cœur, profitable aux yeux, et à plus forte raison pour les intestins.
Abaye limite le bienfait. Il faut que le plat reste sur le foyer, à la place de la marmite, cuit jusqu'à se défaire, et que l'ébullition fasse tokh tokh.
Rava a dit : me voici comme Ben Azzai sur les marchés de Tibériade. Un des maîtres dit à Rava : les pommes, à quelle mesure ?
Il lui dit : est-ce qu'on fait un érouv avec des pommes ?
Rava se dit prêt, l'esprit clair, à la manière de Ben Azzai qui enseignait sur les marchés de Tibériade. Rachi : jour de belle humeur, et le mot de Ben Azzai sur les sages, sauf " ce chauve ".
Un maître en profite : les pommes, à quelle mesure pour l'érouv ? Rava renvoie la question : fait-on seulement un érouv avec des pommes ?
Et non ? Or nous avons appris : tous les aliments se joignent pour rendre le corps impropre, à un demi-peras, et pour la nourriture de deux repas, pour l'érouv, et à un volume d'œuf, pour contracter l'impureté des aliments !
L'objection cite une michna. Tous les aliments se joignent en trois mesures : un demi-peras pour écarter le corps du kohen de la terouma, la nourriture de deux repas pour l'érouv, un volume d'œuf pour l'impureté des aliments.
Rachi : le contact d'un aliment impur laisse l'homme pur. L'écart vient de l'ingestion d'un demi-peras, deux œufs. Le peras est la moitié du pain de référence, la moitié de cette moitié est le demi-peras. La pomme est un aliment : elle devrait entrer dans l'érouv.
Et quelle objection est-ce là ? Si tu dis : parce qu'on enseigne " tous les aliments ", et que ceux-ci sont faits pour être mangés, or Rabbi Yo'hanan a dit : on n'apprend pas des généralités, même à l'endroit où il est dit " excepté " !
La Guemara refuse de tirer une preuve du seul mot tous. Rabbi Yo'hanan : on n'apprend pas d'une généralité, même quand le texte ajoute " excepté ". Une règle formulée en " tous " laisse toujours des cas dehors.
Mais parce qu'on enseigne : " et pour la nourriture de deux repas, pour l'érouv, et à un volume d'œuf pour contracter l'impureté des aliments ". Et ceux-ci aussi sont susceptibles de contracter l'impureté des aliments.
La preuve utile est le rapprochement. La michna aligne l'érouv et l'impureté des aliments. Ce qui peut contracter cette impureté, à hauteur de deux repas, entre dans l'érouv.
Les pommes contractent l'impureté des aliments. Elles entrent donc dans l'érouv. Reste la mesure.
Et combien ? Rav Nahman a dit : les pommes, un kav.
Mesure retenue pour les pommes : un kav. La suite demande pourquoi cinq ne suffisent pas, comme pour les pêches.
On objecte. Rabbi Chimon ben Elazar dit : une oukla d'épices, une litra de légume, dix noix, cinq pêches, deux grenades, et un etrog.
Et Goursak bar Darei a dit au nom de Rav Menashya bar Chegouvlai, au nom de Rav : et de même pour l'érouv. Celles-ci aussi devraient être comme les pêches !
La baraita de Rabbi Chimon ben Elazar donne les minima du maasser ani sur l'aire. Rachi : en deçà, le verset " tu donneras " n'est plus un don. Goursak transmet, par Rav Menashya bar Chegouvlai, que Rav a dit : et de même pour l'érouv.
D'où l'objection : les pommes devraient suivre les pêches, cinq fruits. Rachi fixe la leçon : cinq suffiraient. L'oukla est un huitième de litra, et la litra est un log.
Celles-ci sont importantes, et celles-là ne sont pas importantes.
Les pêches sont importantes : cinq suffisent. Les pommes le sont moins : il faut un kav.
Rachi donne la règle, reprise plus loin. On ne remplit pas deux repas entiers de la même espèce. Un liftan, accompagnement du pain, se mesure à ce qu'il en faut pour deux repas. Une chose de fin de repas se mesure à la quantité qu'on en apporte pour deux repas.
Rav Yosef a dit : que son Maître pardonne à Rav Menashya bar Chegouvlai. Je la lui avais dite sur la michna, et lui l'a dite sur la baraita.
Car nous avons appris : on ne donne pas au pauvre, sur l'aire, moins d'un demi-kav de blé et d'un kav d'orge. Rabbi Meir dit : un demi-kav d'orge.
Et un kav et demi d'épeautre, et un kav de figues sèches, ou une maneh de devela. Rabbi Akiva dit : un peras.
Et un demi-log de vin, Rabbi Akiva dit : une reviit. Et une reviit d'huile, Rabbi Akiva dit : un huitième.
Et tous les autres fruits, Abba Chaoul a dit : de quoi les vendre et acheter avec eux la nourriture de deux repas. Et Rav a dit : et de même pour l'érouv.
Rav Yosef demande pardon pour Rav Menashya bar Chegouvlai. La phrase de Rav, et de même pour l'érouv, avait été dite sur la michna du pauvre à l'aire. Menashya l'a transmise à Goursak comme visant la baraita.
La michna fixe les dons du maasser ani : blé, orge, épeautre, figues sèches, devela, vin, huile, et les autres fruits selon Abba Chaoul, de quoi acheter deux repas. Rabbi Meir abaisse l'orge. Rabbi Akiva abaisse la devela, le vin et l'huile. Le peras est une demi-maneh. La devela, foulée en couronne, se vend au poids.
Et quelle est la force de celle-ci sur celle-là ? Si tu dis : parce que celle-là enseigne les épices, et que les épices ne sont pas faites pour être mangées, ici aussi, est-ce qu'on n'enseigne pas le blé et l'orge, qui ne sont pas faits pour être mangés !
La Guemara demande pourquoi la michna l'emporterait sur la baraita. Piste écartée : les épices de la baraita ne se mangent pas telles quelles, et Rav Yosef tient qu'on n'en fait pas d'érouv, donc " et de même " ne peut pas viser la baraita. La michna, elle, enseigne le blé et l'orge, qui ne se mangent pas non plus tels quels.
Rachi ajoute que les deux listes ne se contredisent pas : chacune a ses mesures. Tossefot : Rav Yosef n'a pas reçu la phrase en clair. Il la déduit. La force de la déduction est le demi-log de vin, égal aux deux reviit de Rav.
Mais parce qu'on enseigne un demi-log de vin, et que Rav a dit : on fait l'érouv avec deux reviit de vin. Puisqu'il nous faut tout cela, apprends-en que, lorsque Rav a dit " et de même pour l'érouv ", il le disait de cette michna.
Apprends-en.
Le demi-log de la michna est exactement deux reviit. Rav fixe l'érouv de vin à deux reviit. La coïncidence montre que " et de même pour l'érouv " porte sur cette michna.
Rachi : les deux reviit, on les tient de Rav lui-même au sujet de l'érouv. La conclusion est reprise : apprends-en.
Le maître a dit : et pour la nourriture de deux repas, pour l'érouv. Rav Yosef pensait dire : jusqu'à ce qu'il y ait un repas de ceci et un repas de cela.
Rabba lui a dit : même pour une moitié, un tiers et un quart.
Retour sur " nourriture de deux repas ". Rav Yosef : il faut un repas entier de l'un et un repas entier de l'autre. Rachi : deux aliments se joignent. À trois ou quatre, dès qu'aucun ne fait un repas à lui seul, ils ne se joignent pas.
Rabba : une moitié, un tiers, un quart se joignent aussi. Le Roch, plus loin dans le même résumé, attribue cette réponse à Rava et rassemble les mesures de la page et de la suite : vin cuit, bulbes, liftan, viande, deux œufs crus.
Le corps du propos. Rav a dit : on fait l'érouv avec deux reviit de vin.
Et nous faut-il tout cela ? Or on a enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : du vin, de quoi manger avec ; du vinaigre, de quoi y tremper ; des olives et des oignons, de quoi manger avec eux deux repas ?
Goufa : on reprend la phrase de Rav citée plus haut. Deux reviit de vin pour l'érouv. La baraita de Rabbi Chimon ben Elazar semble demander moins : du vin, de quoi manger le pain avec, du vinaigre de quoi y tremper, des olives et des oignons de quoi accompagner deux repas.
Rachi : le vin, pour y tremper le pain de deux repas. Le vinaigre, pour y tremper la viande de deux repas. Tossefot identifie ce vinaigre à une reviit, d'après Érouvin 68a.
Là-bas, c'est avec du vin cuit.
La petite mesure, " de quoi manger avec ", vise le vin cuit, hamra mevachla. Il est assez fort pour servir de liftan : on en met peu, de quoi tremper le pain.
Le vin ordinaire se boit. Rav en demande la boisson de deux repas, soit deux reviit.
Le maître a dit : du vinaigre, de quoi y tremper. Rav Guidel a dit que Rav a dit : de quoi y tremper la nourriture de deux repas de légume.
Il y a qui disent : Rav Guidel a dit que Rav a dit : le légume qui se mange en deux repas.
Deux lectures de " de quoi y tremper ". Première : assez de vinaigre pour le légume de deux repas entiers faits de légume. Rachi : tout le repas est du légume, la quantité à tremper est grande.
Deuxième lecture : le légume qu'on mange au cours de deux repas avec du pain. La part de légume est celle d'un accompagnement, et le vinaigre suit.
Le maître a dit : des olives et des oignons, de quoi manger avec eux la nourriture de deux repas. Et avec des oignons, est-ce qu'on fait un érouv ?
Or on a enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar a dit : une fois, Rabbi Meir passait le chabbat à Ardiska, et un homme vint devant lui. Il lui dit : Rabbi, j'ai fait un érouv avec des oignons pour Tivin.
Et Rabbi Meir le fit rester dans ses quatre coudées.
La baraita met les oignons parmi les aliments d'érouv. Autre baraita : à Ardiska, un homme avait fait un érouv tehoumin d'oignons pour aller à Tivin. Rabbi Meir le confine à quatre coudées. L'érouv ne vaut pas, il est donc sorti du tehoum sans érouv.
Rachi : Ardiska est sur les deux mille coudées entre le point de l'érouv et Tivin. La michna de celui qu'on a fait sortir (41à) ne lui laisse que quatre coudées. Tossefot : il était hors de la ville, car dans la ville les quatre coudées couvrent toute la ville. Rabbi Meir tient les tehoumin pour un interdit de la Tora (35b) : il ne pénalise pas l'involontaire à cause du volontaire.
Pas de difficulté : ici, les feuilles ; là, les bulbes. Car on a enseigné : s'il a mangé un oignon, s'est levé le matin, et il est mort, on ne dit pas : de quoi est-il mort ?
Et Chmouel a dit : on n'a enseigné cela que pour les feuilles, mais pour les bulbes, nous n'y voyons aucun inconvénient. Et pour les feuilles non plus, nous ne l'avons dit que
Les deux enseignements se partagent. L'érouv refusé par Rabbi Meir vise les feuilles. L'érouv permis vise les imahot, les bulbes. Rachi : les feuilles comptent peu, et elles sont mauvaises à manger.
Baraita : oignon mangé, mort au matin, la cause est connue. Chmouel : cela vise les feuilles. Les bulbes, sans inconvénient. La phrase sur les feuilles elles-mêmes s'interrompt à la fin de l'amoud : " nous ne l'avons dit que ".
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).