Eruvin 2b — D'où l'on tire la hauteur et la largeur du petach du mavoy

Eruvin 2b

Sougya : Le daf poursuit la lecture de Rav : les Sages tirent la mesure du petach du mavoy du portail de l'heikhal (20 amot de haut, 10 de large), Rabbi Yehouda de celui de l'oulam (40 sur 20). On écarte d'abord le verset du mikdach, qui vise l'aron, puis on objecte : pourquoi ne pas apprendre du chaar de la hatsar du Michkan, haut de 5 amot et large de 20 ?

Deux réponses : ce portail s'appelle petach chaar et non petach tout court ; ou bien les 15 amot de kela'im parlent de la hauteur. On demande ensuite si Rabbi Yehouda apprend vraiment de l'oulam, puisque la michna restreint la largeur à 10 amot sans qu'il contredise.

Abaye montre qu'il contredit en beraita. Une autre beraita l'autorise jusqu'à 40 et 50 amot (Bar Kapara : jusqu'à 100).

Rav Hisda conclut que Rabbi Yehouda apprend des portes des rois, et que la beraita de l'heikhal a induit Rav en erreur. On objecte encore : si les Sages apprennent de l'heikhal, ils devraient exiger des portes, et la tsouirat ha-petach ne devrait pas élargir au-delà de 10.

Rav a justement enseigné qu'il faut diminuer même avec une tsouirat ha-petach.

Trois sources pour la mesure du petach du mavoy Mesure Sages (heikhal) R. Yehouda selon Rav R. Yehouda corrige Source d'où l'on tire Portail de l'heikhal sanctuaire intérieur Portail de l'oulam vestibule du Temple Petacha de-malkin portes des rois Hauteur max kora du mavoy 20 amot 40 amot 40, 50, voire 100 portes royales, très hautes Largeur max entrée du mavoy 10 amot 20 amot (oulam) mais la michna dit 10 Beraita : pas besoin de diminuer (Abaye) Rav Hisda : la beraita "plus haut que le portail de l'heikhal, qu'on diminue" a induit Rav à coupler Sages = heikhal et R. Yehouda = oulam. La lecture corrigée : R. Yehouda tire des portes des rois, d'où des hauteurs bien au-delà de 20, sans plafond tiré de l'oulam.
Les trois lectures : Sages depuis l'heikhal, R. Yehouda depuis l'oulam (Rav), puis depuis les portes des rois (Rav Hisda).
Le chaar de la hatsar du Michkan : 50 amot de large Côté est de la hatsar (largeur 50 amot) Kela'im 15 amot ketef (épaule) gauche Petach = 20 amot chaar ha-hatsar Kela'im 15 amot ketef (épaule) droite 15 + 20 + 15 = 50. Hauteur des kela'im : 5 amot (Chemot 27:18). Objection : 5 de haut x 20 de large = un petach. Pourquoi borner le mavoy à 10 de large ? Réponse 1 : on l'appelle petach chaar, pas petach tout court. Réponse 2 : les 15 amot parlent de la hauteur, pas de la largeur.
Plan du côté est de la hatsar : 15 + 20 + 15 = 50 amot. C'est le petach dont on voudrait tirer la largeur du mavoy.
Fil du daf : d'où vient la mesure du petach Rav (2a) : Sages = heikhal (20 x 10). R. Yehouda = oulam (40 x 20). Le mot mikdach du verset vise l'aron. On retient : "Qu'ils Me fassent un mikdach". Objection : le chaar de la hatsar fait 5 x 20 et s'appelle petach. Qu'on apprenne de là ! On l'appelle petach chaar, pas petach. Ou bien les 15 amot = hauteur (depuis le mizbeah). R. Yehouda apprend-il de l'oulam ? La michna borne la largeur à 10, et il ne contredit pas. Abaye : il contredit en beraita. La michna vise la hauteur ; la largeur suit. Autre beraita : R. Yehouda autorise jusqu'à 40 et 50 (Bar Kapara : 100). D'où les 50 ? Rav Hisda : R. Yehouda apprend des portes des rois. Les portes de l'heikhal étaient pour la tsniout. Rav enseigne qu'il faut diminuer même avec une tsouirat ha-petach, car l'heikhal en avait une et restait à 10 de large.
Enchaînement du daf, de la dérivation de Rav jusqu'à l'enseignement 'il faut diminuer'.
1
הַהוּא בָּאָרוֹן כְּתִיב. אֶלָּא מֵהָכָא: ״וְעָשׂוּ לִי מִקְדָּשׁ וְשָׁכַנְתִּי בְּתוֹכָם״.

Celui-là est écrit à propos de l'aron. Plutôt, d'ici : « Qu'ils Me fassent un mikdach, et Je résiderai au milieu d'eux ».

📜 Rachi (1)
הַהוּא בָּאָרוֹן כְּתִיב שֶׁהוּא מַשָּׂא בְּנֵי קְהָת וְעַל שֵׁם שֶׁהוּא מְקֻודָּשׁ מִשְּׁאָר הַמַּשָּׂאוֹת קָרוּי מִקְדָּשׁ:
C'est le fardeau des Benei Kehat ; et parce qu'il est plus sanctifié que les autres fardeaux, on l'appelle mikdach.
💡 Explication

Au verso, on voulait tirer le mot mikdach (sanctuaire) pour identifier le Michkan avec un « temple ». La Guemara écarte ce verset : il vise l'aron (arche), charge portée par les Benei Kehat, plus sainte que les planches et les tentures. On retient donc Chemot 25:8, où mikdach désigne bien le Michkan tout entier.

2
בֵּין לְרַבָּנַן וּבֵין לְרַבִּי יְהוּדָה לֵילְפוּ מִפֶּתַח שַׁעַר הֶחָצֵר, דִּכְתִיב: ״אֹורֶךְ הֶחָצֵר מֵאָה בָאַמָּה וְרֹחַב חֲמִשִּׁים בַּחֲמִשִּׁים וְקֹומָה חָמֵשׁ אַמּוֹת״, וּכְתִיב: ״וַחֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה אַמָּה קְלָעִים לַכָּתֵף״, וּכְתִיב: ״וְלַכָּתֵף הַשֵּׁנִית מִזֶּה וּמִזֶּה לְשַׁעַר הֶחָצֵר קְלָעִים חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה אַמָּה״, מַה לְּהַלָּן חָמֵשׁ בְּרֹוחַב עֶשְׂרִים, אַף כָּאן חָמֵשׁ בְּרֹוחַב עֶשְׂרִים!

Aussi bien pour les Sages que pour Rabbi Yehouda, qu'ils apprennent du petach du chaar de la hatsar : il est écrit « La longueur de la hatsar, cent amot, et la largeur cinquante sur cinquante, et la hauteur cinq amot », et il est écrit « Quinze amot de kela'im pour le ketef », et il est écrit « Et pour le ketef du second côté, de ci et de là, pour le chaar de la hatsar, des kela'im de quinze amot ». De même que là-bas cinq de haut sur vingt de large, de même ici cinq de haut sur vingt de large !

📜 Rachi (3)
לֵילְפוּ מִפֶּתַח שַׁעַר הֶחָצֵר אַרֹוחַב פָּרִיךְ דִּתְנַן בְּמַתְנִיתִין וְהָרָחָב מֵעֶשֶׂר אַמּוֹת יְמַעֵט הָא אַשְׁכְּחַן פֶּתַח חָצֵר דְּהָוֵי עֶשְׂרִים רֹוחַב וְאִיקְרֵי פֶּתַח דִּכְתִיב וְאֵת קַלְעֵי הֶחָצֵר וְאֶת מָסַךְ פֶּתַח שַׁעַר הֶחָצֵר בְּפָרָשַׁת נָשָׂא כְּתִיב אֲבָל אַגֹּובַהּ וּלְמִיפְסַל בְּגֹובַהּ יוֹתֵר מַה' אַמּוֹת לָא מָצֵי פָּרֵיךְ דְּהָא אַשְׁכְּחַן פֶּתַח הַהֵיכָל דְּגָבוֹהַּ כ' וְקָא קָרֵי לֵיהּ פֶּתַח:
L'objection porte sur la largeur : la michna enseigne « et si plus large que dix amot, qu'on diminue », or nous trouvons un petach de hatsar large de vingt et appelé petach, comme il est écrit « et les kela'im de la hatsar et le masakh du petach du chaar de la hatsar » dans Nacho. Mais sur la hauteur, pour invalider au-delà de cinq amot, on ne peut objecter : nous trouvons le petach de l'heikhal haut de vingt, et on l'appelle petach.
רֹוחַב חֲצַר הַמִּשְׁכָּן נ' אַמָּה וְהָא דִּכְתִיב חֲמִשִּׁים בַּחֲמִשִּׁים בְּפֶרֶק שֵׁנִי (ד' כג:) מְפָרֵשׁ לָהּ וּפִתְחָהּ בְּאֶמְצַע רָחְבָּהּ וּסְתָמוֹ בִּקְלָעִים ט"ו אַמָּה מִצַּד זֶה שֶׁל פֶּתַח וט"ו אַמָּה מִצַּד זֶה שֶׁל פֶּתַח נִשְׁאֲרוּ כ' אַמָּה רֹוחַב בָּאֶמְצַע כְּדִכְתִיב חָמֵשׁ עֶשְׂרֵה אַמָּה קְלָעִים לַכָּתֵף וְכָתֵף הוּא צִידּוֹ שֶׁל פֶּתַח:
La largeur de la hatsar du Michkan est de 50 amot. Quant à « cinquante sur cinquante », le deuxième chapitre (23b) l'explique. Le petach est au milieu de la largeur ; on l'a bouche par des kela'im de 15 amot de ce côté du petach et 15 de l'autre ; il reste 20 amot de large au milieu, comme il est écrit « quinze amot de kela'im pour le ketef ». Le ketef est le flanc du petach.
מַה לְהַלָּן גֹּובַהּ חָמֵשׁ שֶׁהֲרֵי כָּל קַלְעֵי הֶחָצֵר סָבִיב לֹא הָיָה גָּובְהָן אֶלָּא חָמֵשׁ כְּדִכְתִיב (שְׁמוֹת כז) וְקוֹמָה חָמֵשׁ אַמּוֹת:
Hauteur de cinq, car tous les kela'im de la hatsar tout autour n'avaient que cinq de haut, comme il est écrit (Chemot 27) « et une hauteur de cinq amot ».
🗂️ Tossefot (1)
בֵּין לְרַבָּנַן וּבֵין לְרַבִּי יְהוּדָה לֵילְפוּ מִפֶּתַח שַׁעַר הֶחָצֵר אַרָוחְבָּהּ פָּרִיךְ כִּדְפֵי' בַּקְּוַנְט' דְּאַגָּובְהָהּ לָא מָצֵי פָּרֵיךְ כֵּיוָן דְּאַשְׁכְּחַן דְּאִיקְרֵי פֶּתַח הֵיכָל וַעֲזָרָה דְּהָווּ גְּבִיהֵי עֶשְׂרִים וְעוֹד אִי אַגָּובְהָהּ פָּרִיךְ לָא הֲוָה מְשַׁנֵּי מִידִי פָּתַח שַׁעַר הֶחָצֵר אִיקְּרִי דְּכָל שֶׁכֵּן לָא אִיקְּרִי פֶּתַח יוֹתֵר מֵחָמֵשׁ דְּשַׁעַר גָּדוֹל מִפֶּתַח אֶלָּא אַרָוחְבָּהּ פָּרִיךְ דְּלֵילְפוּ מִשַּׁעַר הֶחָצֵר דַּהֲוָה רֹוחַב כ' כִּדְמַייְתֵי מִקְּרָאֵי אע"ג דָּג' עַמּוּדִים הָיוּ עוֹמְדִים בְּרֹוחַב הַפֶּתַח כִּדְמוֹכְחִי קְרָאֵי מ"מ אָתֵי אֲוִיר' דְּהַאי גִּיסָא וּדְהַאי גִּיסָא וּמְבַטֵּל לֵיהּ כִּדְאָמַר לְקַמָּן (עֵירוּבִין ד' י:) וּמְשַׁנֵּי דְּפֶתַח שַׁעַר אִיקְּרִי פֶּתַח סְתָמָא לָא אִיקְּרִי ואע"ג דִּבְפָרָשַׁת בְּמִדְבַּר סִינַי מָצִינוּ דְּאִיקְרֵי נָמֵי פֶּתַח סְתָמָא אֵין לָחוּשׁ הוֹאִיל וּבִשְׁאָר מְקוֹמוֹת אִיקְּרִי פֶּתַח שֵׂעָר וּכְעִנְיָן זֶה מָצִינוּ בְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת ד' לז.) דְּקָאָמַר מָצִינוּ יָמִין שֶׁנִּקְרֵאת יָד דִּכְתִיב כִּי יָשִׁית אָבִיו יַד יְמִינוֹ וְאִידַּךְ יַד יָמִין אִיקְּרִי יָד סְתָמָא לָא אִיקְּרִי ואע"ג דְּבָתַר הָכֵי כְּתִיב וְיִתְמֹוךְ יַד אָבִיו:
L'objection porte sur la largeur, comme l'explique le commentaire (Rachi). Sur la hauteur on ne peut objecter, puisque nous trouvons que l'heikhal et l'azara sont appelés petach et qu'ils ont vingt de haut. De plus, si l'on objectait sur la hauteur, la réponse « on l'appelle petach chaar de la hatsar » n'avancerait de rien : à plus forte raison on n'appellerait pas petach ce qui dépasse cinq, car un chaar est plus grand qu'un petach. L'objection vise donc la largeur : qu'ils apprennent du chaar de la hatsar, large de vingt, comme il l'apporte des versets. Même si trois piliers se tenaient dans la largeur du petach, comme le prouvent les versets, l'air de ce côté et de l'autre vient et les annule, comme on le dit plus bas (10b). Et l'on répond : on l'appelle petach chaar, on ne l'appelle pas petach tout court. Et même si dans la paracha Bamidbar Sinaï nous trouvons qu'on l'appelle aussi petach tout court, il n'y a pas à s'en soucier, puisque partout ailleurs on l'appelle petach chaar. De la même manière, nous trouvons dans Ha-Kometz Rabba (Menahot 37a) : on dit « nous trouvons que la droite est appelée yad, comme il est écrit « car son père posera sa yad yemino » », et l'autre tient : on l'appelle yad yamin, on ne l'appelle pas yad tout court, même s'il est écrit ensuite « et il soutint la yad de son père ».
💡 Explication

La hatsar du Michkan fait 50 amot de large. De chaque côté du chaar, 15 amot de kela'im (tentures) : il reste un petach de 20 amot de large, haut de 5. Si cela s'appelle petach, pourquoi borner le mavoy à 10 de large ?

Rachi précise : l'objection vise la largeur seulement. On ne peut pas objecter sur la hauteur (cinq amot) pour invalider au-delà, car l'heikhal a vingt de haut et s'appelle petach.

Tossefot ajoutent que les trois piliers dans l'ouverture n'en réduisent pas la largeur : l'avir (air) de chaque côté les annule (10b). Et la distinction petach chaar / petach tout court a un parallèle à Menahot 37a (yad yamin / yad).

🖼️ Schéma
Le chaar de la hatsar du Michkan : 50 amot de large Côté est de la hatsar (largeur 50 amot) Kela'im 15 amot ketef (épaule) gauche Petach = 20 amot chaar ha-hatsar Kela'im 15 amot ketef (épaule) droite 15 + 20 + 15 = 50. Hauteur des kela'im : 5 amot (Chemot 27:18). Objection : 5 de haut x 20 de large = un petach. Pourquoi borner le mavoy à 10 de large ? Réponse 1 : on l'appelle petach chaar, pas petach tout court. Réponse 2 : les 15 amot parlent de la hauteur, pas de la largeur.
Plan du côté est : 15 amot de kela'im, 20 de petach, 15 de kela'im.
3
״פֶּתַח שַׁעַר הֶחָצֵר״ אִיקְּרִי, פֶּתַח סְתָמָא — לָא אִיקְּרִי.

On l'appelle « petach chaar de la hatsar » ; on ne l'appelle pas petach tout court.

💡 Explication

Première réponse. Pour les mesures du mavoy, on cherche un petach sans qualificatif. Le portail de la hatsar porte le nom composé petach chaar (entrée de la porte). On n'en tire donc pas la définition d'un petach simple, celui de la kora du mavoy.

4
וְאִיבָּעֵית אֵימָא, כִּי כְּתִיב: ״קְלָעִים חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה אַמָּה לַכָּתֵף״ — בְּגָובְהָהּ הוּא דִּכְתִיב.

Et si tu veux, dis : quand il est écrit « des kela'im de quinze amot pour le ketef », c'est sur la hauteur que c'est écrit.

📜 Rachi (1)
בְּגָובְהָהּ הוּא דִּכְתִיב שֶׁגָּבְהוּ הַקְּלָעִים הַמִּזְרָחִיּוֹת מִזֶּה וּמִזֶּה לְפֶתַח ט"ו אַמָּה יוֹתֵר מִשְּׁאָר קַלְעֵי הֶחָצֵר דְּהָווּ לְהוּ גֹּובַהּ כ' וְלָרֹוחַב לֹא נִיתְּנָה מִדָּה:
Les kela'im du côté est, de ci et de là du petach, dépassent de 15 amot les autres kela'im de la hatsar, ce qui leur donne 20 de haut ; pour la largeur, aucune mesure n'a été donnée.
🗂️ Tossefot (1)
וְאִיבָּעֵית אֵימָא כִּי כְתִיב ט"ו אַמּוֹת בְּגֹובַהּ הוּא דִכְתִיב אֲבָל בְּרֹוחַב אֵין שִׁיעוּר מְפֹורָשׁ וְאֶפְשָׁר שֶׁהָיָה הַפֶּתַח רָחָב עֶשֶׂר אוֹ פָּחוֹת וְגָרְסִי' בָּתַר הָכֵי מִשְּׂפַת מִזְבֵּחַ וּלְמַעְלָה וְהַיְינוּ כְּר' יוֹסֵי דִּבְפֶ' קָדְשֵׁי קָדָשִׁים (זְבָחִים דַּף נט:) דְּאָמַר מִזְבֵּחַ גָּובְהוֹ י' אַמּוֹת פִּי שְׁנַיִם כְּאָורְכּוֹ וְהַקְּלָעִים סָבִיב ט"ו שֶׁלֹּא יְהֵא כֹּהֵן עוֹמֵד וַעֲבוֹדָה בְּיָדוֹ וְכָל הָעָם רוֹאִין אוֹתוֹ וְהָא דִּכְתִיב בַּקְּלָעִים וְקוֹמָה ה' אַמּוֹת הַיְינוּ מִשְּׂפַת מִזְבֵּחַ וּלְמַעְלָה וְהָא דִּכְתִיב בַּמִּזְבֵּחַ (שְׁמוֹת כ״ז:א׳) וְשָׁלֹשׁ אַמּוֹת קוֹמָתוֹ הַייְנוּ מִשְּׂפַת סוֹבֵב וּלְמַעְלָה וְר' יְהוּדָה פְּלִיג הָתָם דְּהַמִּזְבֵּחַ ג' אַמּוֹת דְּבָרִים כִּכְתָבָן וְהַקְּלָעִים גָּובְהָן ה' וְהַאי שִׁינּוּיָא בָּתְרָא דְּהָכָא לָא מְשַׁנֵּי לְר' יְהוּדָה אֶלָּא לְרַבָּנָן דִּלְר' יְהוּדָה קְלָעִים ט"ו אַמּוֹת לָאו בְּגָובְהָן כְּתִיב וא"ת מַאי פָּרִיךְ. שָׁאנֵי פֶּתַח הֶחָצֵר דַּהֲוָה לֵיהּ צוּרַת הַפֶּתַח שֶׁהַכְּלוֹנָסוֹת הָיוּ עַל גַּבֵּי ווַי עַמּוּדִים שֶׁהַקְּלָעִים תְּלוּיִים בָּהֶן וי"ל דְּאָמַר לְקַמָּן (עֵירוּבִין ד' יא.) דְּצוּרַת הַפֶּתַח שֶׁעֲשָׂאָהּ מִן הַצַּד לֹא עָשָׂה וְלֹא כְלוּם וְעוֹד דְּלָא קָשֶׁה מִידִי דְּאַלִּיבָּא דְּרַב קָייְמִינַן וְרַב תָּנֵי צָרִיךְ. לְמַעֵט אע"ג דְּאִית לֵיהּ צוּרַת הַפֶּתַח וּלְהָכֵי נָמֵי כִּי פָּרֵיךְ בְּסָמוּךְ וְר' יְהוּדָה מִפִּתְחוֹ שֶׁל אוּלָם גָּמַר וְהָא תְּנַן כו' וְלָא פְּלִיג ר' יְהוּדָה וְלָא מְשַׁנֵּי שָׁאנֵי אוּלָם דה"ל צוּרַת הַפֶּתַח מִשּׁוּם דְּאַלִּיבָּא דְּרַב קָייְמִינַן אַךְ קָשֶׁה דִּקְרָאֵי מוֹכְחִי דִּבְרֹוחַב כְּתִיב וְנִרְאֶה לריצב"א דְּמַשְׁמַע לֵיהּ וְהָרָחָב מִי' אַמּוֹת יְמַעֵט אֲפִילּוּ אֵינוֹ גָּבוֹהַּ אֶלָּא חָמֵשׁ וּלְהָכִי פָּרִיךְ הֵיכָא דְּאֵינוֹ גָּבוֹהַּ אֶלָּא ה' לֵילְפוּ מִפֶּתַח הֶחָצֵר דַּאֲפִילּוּ רֹוחַב כ' הָוֵי פֶּתַח וְאֵין נִרְאֶה לַמַּקְשֶׁה דְּפֶתַח שַׁעַר אִיקְּרִי כֵּיוָן דְּנָמוֹךְ כ"כ וְעוֹד דִּבְפֶ' מִדְבַּר סִינַי אִיקְּרִי פֶּתַח סְתָמָא וְאָתֵי שַׁפִּיר דְּגָרַס בְּכָל הַסְּפָרִים מַה לְהַלָּן גָּבוֹהַּ ה' בְּרֹוחַב כ' וּמְשַׁנֵּי דְּאַפֵּ"ה פֶּתַח שַׁעַר אִיקְּרִי הוֹאִיל וְרָחָב כ"כ וְהָא דְּאִיקְרֵי בְּפָרָשַׁת בְּמִדְבַּר סִינַי פֶּתַח סְתָמָא אֵין לָחוּשׁ כִּדְפֵי' לְעֵיל וְאִיבָּעֵית אֵימָא קְלָעִים ט"ו אַמָּה בְּגֹובַהּ הוּא דִּכְתִיב כְּלוֹמַר קְרָא דְּוַיַּקְהֵל דְּהַהוּא וַדַּאי ע"כ בְּגֹובַהּ נָמֵי כְּתִיב דְּהָא כְּתִיב קְלָעִים חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה אַמָּה אֶל הַכָּתֵף וְגוֹ' וּכְתִיב וְלַכָּתֵף הַשֵּׁנִית מִזֶּה וּמִזֶּה לְשַׁעַר הֶחָצֵר וְהַשְׁתָּא אִי לָאו דִּקְרָא דִּלְפָנָיו בְּגָובְהָהּ כְּתִיב לֹא הֻוצְרַךְ לִכְתֹּוב מִזֶּה וּמִזֶּה לְשַׁעַר הֶחָצֵר כֵּיוָן דִּכְבָר פִּי' צַד אֶחָד אֶלָּא וַודַּאי קְרָא קַמָּא אַיְירֵי בְּגֹובַהּ וְהָא דִּכְתִיב בִּקְרָא קַמָּא עַמּוּדֵיהֶם שְׁלֹשָׁה דְּמַשְׁמַע דְּאַרָוחְבָּן קָאֵי י"ל דְּאַדִּלְבָתְרֵיהּ קָאֵי וְתֵדַע דְּהַמַּקְשֶׁה הֵבִיא קְרָא דִּתְרוּמָה חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה אַמָּה קְלָעִים וְהַמְּתָרֵץ הֵבִיא קְרָא דְּוַיַּקְהֵל קְלָעִים חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה אַמָּה אֶל הַכָּתֵף וְגַם רַב אַשִּׁי שֶׁסִּידֵּר הַשַּׁ"ס הֵבִיא לְמַעְלָה וְלַכָּתֵף הַשֵּׁנִית מִזֶּה וּמִזֶּה דְּוַיַּקְהֵל וְלֹא הֵבִיא קְרָא דִּתְרוּמָה שֶׁהוּא אֵצֶל הַפָּסוּק שֶׁהֵבִיא תְּחִלָּה דְּהַיְינוּ וְלַכָּתֵף הַשֵּׁנִית חֲמֵשׁ עֶשְׂרֵה קְלָעִים וֶהֱבִיאוֹ בִּשְׁבִיל שֶׁתֵּירֵץ בָּזֶה הַפָּסוּק וְהַשְׁתָּא וַדַּאי הוֹאִיל וְגֹובַהּ הָיָה כ"כ פְּשִׁיטָא דְּנִקְרָא שַׁעַר וּמִתְּחִלָּה לֹא הִקְשָׁה אֶלָּא דְּלָא מַשְׁמַע לֵיהּ דְּאִיקְרֵי שֵׂעָר בַּעֲבוּר גָּובְהוֹ חָמֵשׁ:
Les 15 amot sont écrites sur la hauteur, mais pour la largeur il n'y a pas de mesure explicite, et le petach pouvait être large de dix ou moins. Et l'on lit ensuite « depuis le bord du mizbeah et au-dessus », ce qui suit Rabbi Yosse au chapitre Kodchei Kodachim (Zevahim 59b), qui dit : le mizbeah a 10 amot de haut, le double de sa longueur, et les kela'im autour ont 15, afin qu'un cohen debout, l'avoda dans la main, ne soit pas vu de tout le peuple. Et « une hauteur de cinq amot » écrit sur les kela'im, c'est depuis le bord du mizbeah et au-dessus. Et « trois amot sa hauteur » écrit sur le mizbeah (Chemot 27:1), c'est depuis le bord du sovev et au-dessus. Rabbi Yehouda contredit la-bas : le mizbeah a 3 amot, les choses comme elles sont écrites, et les kela'im ont 5 de haut. Cette dernière réponse ici n'est pas donnée pour Rabbi Yehouda, seulement pour les Sages : pour Rabbi Yehouda, les 15 amot de kela'im ne sont pas écrites sur leur hauteur. Et si tu dis : que objecte-t-on ? Le petach de la hatsar est différent, il avait une tsouirat ha-petach, car les perches étaient sur les crochets des piliers auxquels les kela'im étaient suspendus. On peut répondre : on dit plus bas (11a) qu'une tsouirat ha-petach faite par le côté n'accomplit rien. De plus, il n'y a aucune difficulté, car nous nous tenons selon Rav, et Rav enseigne « il faut diminuer » même s'il a une tsouirat ha-petach. C'est aussi pourquoi, quand on objecte tout près « et Rabbi Yehouda a-t-il appris du petach de l'oulam, or nous avons appris etc., et Rabbi Yehouda ne contredit pas », on ne répond pas « l'oulam est différent, il avait une tsouirat ha-petach », parce que nous nous tenons selon Rav. Toutefois c'est difficile, car les versets prouvent que c'est écrit sur la largeur. Il paraît au Ritsba que [l'objectant] comprend « et si plus large que dix amot, qu'on diminue » même s'il n'a que cinq de haut. Aussi objecte-t-il : là où il n'a que cinq de haut, qu'ils apprennent du petach de la hatsar, où même une largeur de vingt est un petach. Et il n'apparaît pas à l'objectant qu'on l'appelle petach chaar, puisqu'il est si bas. De plus, dans la paracha Midbar Sinaï on l'appelle petach tout court. Et cela s'accorde bien avec la leçon de tous les livres : « de même que là-bas, cinq de haut sur vingt de large », et l'on répond que même ainsi on l'appelle petach chaar, puisqu'il est si large. Et qu'on l'appelle petach tout court dans Bamidbar Sinaï, il n'y a pas à s'en soucier, comme expliqué plus haut. « Et si tu veux, des kela'im de 15 amot, c'est sur la hauteur que c'est écrit » : c'est-à-dire le verset de Vayakhel, car celui-là, forcément, est écrit aussi sur la hauteur, puisqu'il est écrit « des kela'im de quinze amot vers le ketef etc. » et « et pour le ketef du second, de ci et de là pour le chaar de la hatsar ». À présent, si le verset précédent n'était pas écrit sur la hauteur, on n'aurait pas eu besoin d'écrire « de ci et de là pour le chaar de la hatsar », puisqu'un côté était déjà expliqué. Donc le premier verset traite de la hauteur. Et ce qui est écrit dans le premier verset « leurs piliers, trois », qui implique qu'il porte sur leur largeur : on peut dire qu'il porte sur ce qui suit. Et sache-le : l'objectant a apporté le verset de Terouma « quinze amot de kela'im », et le répondant a apporté le verset de Vayakhel « des kela'im de quinze amot vers le ketef ». Rav Achi aussi, qui a ordonné le Talmud, a apporté plus haut « et pour le ketef du second, de ci et de là » de Vayakhel, et n'a pas apporté le verset de Terouma, qui est à côté du verset qu'il a d'abord apporté, à savoir « et pour le ketef du second, quinze kela'im » : il l'a apporté parce qu'il a répondu par ce verset. À présent, puisque la hauteur était si grande, il est évident qu'on l'appelle chaar. Au départ, on n'objectait que parce qu'il n'apparaissait pas qu'on l'appelle chaar à cause de sa hauteur de cinq.
💡 Explication

Deuxième réponse, indépendante de la première. Les « quinze amot pour le ketef » parlent de la hauteur des tentures, pas de la largeur du petach. On ne connaît alors plus la largeur du chaar, et on ne peut plus en tirer une mesure pour le mavoy.

Tossefot notent que cette lecture suit Rabbi Yosse (Zevahim 59b) : mizbeah de 10, kela'im de 15. Elle ne sert pas Rabbi Yehouda, pour qui le mizbeah a 3 amot et les kela'im 5. Le Ritsba relit l'objection : même un petach de cinq de haut, s'il a vingt de large, serait un petach ; d'où la première réponse « petach chaar ».

🖼️ Schéma
Deuxième réponse : 15 amot de hauteur, depuis le mizbeah Mizbéah 10 amot (R. Yosse) 3 amot depuis le sovev kela'im + 5 amot au-dessus du mizbeah "et une hauteur de 5 amot" 10 amot = hauteur du mizbeah Total kela'im : 15 amot Le cohen sur le mizbeah n'est pas vu de l'extérieur (Zevahim 59b).
Les 15 amot de kela'im : 10 du mizbeah + 5 au-dessus (lecture de R. Yosse).
5
גָּובְהָהּ?! וְהָא כְּתִיב: ״וְקוֹמָה חָמֵשׁ אַמּוֹת״! הָהוּא מִשְּׂפַת מִזְבֵּחַ וּלְמַעְלָה.

La hauteur ? Or il est écrit « et une hauteur de cinq amot » !

Cela, c'est depuis le bord du mizbeah et au-dessus.

📜 Rachi (2)
הַהוּא חָמֵשׁ אַמּוֹת:
Ces cinq amot.
מִשְּׂפַת קְלָעִים וּלְמַטָּה לְמַטָּה מֵאוֹתָן ט"ו שֶׁנֶּעֶדְפוּ מִזֶּה וּמִזֶּה לַפֶּתַח הָיוּ עוֹד חָמֵשׁ גֹּובַהּ שָׁוֶה לִשְׁאָר הַקְּלָעִים וַעֲלֵיהֶן נִיתּוֹסְפוּ ט"ו בְּגֹובַהּ מב' עֶבְרֵי הַפֶּתַח דְּהָווּ לְהוּ כ' לִישָּׁנָא אַחְרִינָא בְּגָובְהָהּ הוּא דִּכְתִיב דְּגֹובַהּ כָּל קַלְעֵי הֶחָצֵר סָבִיב ט"ו אַמָּה אֲבָל לְרֹוחַב הַפֶּתַח לֹא לָמַדְנוּ שִׁיעוּר וּלְהַךְ לִישָּׁנָא גָּרְסִינַן בַּמַּסְּקָנָא הָהוּא מִשְּׂפַת מִזְבֵּחַ וּלְמַעְלָה שֶׁהַמִּזְבֵּחַ גָּובְהוֹ עֶשֶׂר וְהַקְּלָעִים גְּבוֹהוֹת מִמֶּנּוּ חָמֵשׁ דְּהָווּ לְהוּ ט"ו כְּדֵי שֶׁלֹּא יְהֵא כֹּהֵן עוֹמֵד עָלָיו וַעֲבוֹדָה בְּיָדוֹ וְכָל הָעָם רוֹאִין אוֹתוֹ מִבַּחוּץ וּשְׁתֵּיהֶן שָׁמַעְתִּי וְזֶה עִיקָּר וְכֵן מְפֹורָשׁ בִּזְבָחִים בְּפֶרֶק קָדְשֵׁי קָדָשִׁים (זְבָחִים ד' נט:) וְהַמְפָרֵשׁ לָשׁוֹן רִאשׁוֹן טוֹעֶה הוּא שֶׁהָיָה סָבוּר דְּמַאן דְּפָרִיךְ לֵילְפוּ מִפֶּתַח שַׁעַר הֶחָצֵר אַגָּובְהָהּ פָּרִיךְ לְמִיפְסַל גֹּובַהּ יוֹתֵר מָה' אַמּוֹת וּמִשּׁוּם הָכִי אַהְדַּר לְאוֹקוֹמֵי פֶּתַח הֶחָצֵר בְּגֹובַהּ כ':
En-dessous de ces 15 qui dépassent de ci et de là du petach, il y avait encore cinq de haut, égales aux autres kela'im, et par-dessus on a ajouté 15 en hauteur des deux côtés du petach, ce qui fait 20. Autre version : « c'est sur la hauteur que c'est écrit » signifie que la hauteur de tous les kela'im de la hatsar tout autour est de 15 amot, mais pour la largeur du petach nous n'avons pas appris de mesure. Pour cette version, on lit en conclusion « cela, c'est depuis le bord du mizbeah et au-dessus » : le mizbeah a dix de haut et les kela'im le dépassent de cinq, ce qui fait quinze, afin qu'un cohen debout dessus, l'avoda dans la main, ne soit pas vu de tout le peuple au-dehors. J'ai entendu les deux, et celle-ci est l'essentielle, et ainsi c'est explicite à Zevahim, chapitre Kodchei Kodachim (59b). Qui explique selon la première version se trompe : il a cru que celui qui objecte « qu'ils apprennent du petach du chaar de la hatsar » objecte sur la hauteur, pour invalider au-delà de cinq amot, et c'est pourquoi on est revenu établir le petach de la hatsar à vingt de haut.
💡 Explication

Objection immédiate : Chemot 27:18 fixe la hauteur des kela'im à cinq amot. Comment lire quinze ? Réponse : les cinq amot se comptent depuis le bord du mizbeah. Le mizbeah a dix (R. Yosse) ; les tentures le dépassent de cinq ; total quinze. Le cohen officiante n'est pas visible de l'extérieur.

Rachi récuse une première version (15 amot ajoutées de chaque côté du petach, total 20) : elle suppose à tort que l'objection portait sur la hauteur. La version retenue est celle de Zevahim 59b.

6
וְרַבִּי יְהוּדָה מִפִּתְחוֹ שֶׁל אוּלָם גָּמַר? וְהָא תְנַן: וְהָרָחָב מֵעֶשֶׂר אַמּוֹת יְמַעֵט, וְלָא פְּלִיג רַבִּי יְהוּדָה!

Et Rabbi Yehouda, a-t-il appris du petach de l'oulam ? Or nous avons appris : « et si plus large que dix amot, qu'on diminue », et Rabbi Yehouda ne contredit pas !

📜 Rachi (1)
וְלָא פְּלִיג ר' יְהוּדָה וְאִי מֵאוּלָם גָּמַר לִיכָּשֵׁר בְּרֹוחַב כ':
Et Rabbi Yehouda ne contredit pas : or s'il avait appris de l'oulam, il devrait autoriser une largeur de vingt.
💡 Explication

On revient à la thèse de Rav (2a) : Rabbi Yehouda tire de l'oulam, large de vingt. La michna borne pourtant la largeur à dix, et Rabbi Yehouda se tait. S'il suivait l'oulam, il autoriserait vingt de large.

7
אָמַר אַבַּיֵּי: פְּלִיג בַּבָּרַייְתָא, דְּתַנְיָא: וְהָרָחָב מֵעֶשֶׂר אַמּוֹת יְמַעֵט, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אֵינוֹ צָרִיךְ לְמַעֵט.

Dit Abaye : il contredit dans une beraita. Comme il a été enseigné : « et si plus large que dix amot, qu'on diminue » ; Rabbi Yehouda dit : il n'est pas besoin de diminuer.

🗂️ Tossefot (1)
אָמַר אַבָּיֵי פְּלִיג בְּבָרַיְיתָא מַשְׁמַע וּלְעוֹלָם מִפֶּתַח אוּלָם גָּמַר וּמַכְשִׁיר עַד רֹוחַב כ' וְקָשֶׁה דִּלְקַמָּן (עֵירוּבִין ד' י.) אָמַר דְּלָא מַכְשִׁיר ר' יְהוּדָה אֶלָּא עַד י"ג אַמָּה וּשְׁלִישׁ:
Cela implique qu'en tout état il a appris du petach de l'oulam et qu'il autorise jusqu'à une largeur de vingt. Difficulté : plus bas (10a) on dit que Rabbi Yehouda n'autorise que jusqu'à treize amot et un tiers.
💡 Explication

Abaye sauve Rav : Rabbi Yehouda contredit bien, mais dans une beraita, pas dans la michna. Il n'exige pas de réduire une largeur de plus de dix.

Tossefot signalent une tension avec 10a, où Rabbi Yehouda n'autorise que jusqu'à 13 amot et un tiers, et non jusqu'aux 20 de l'oulam.

8
וְלִיפְלֹוג בְּמַתְנִיתִין? פְּלִיג בְּגָובְהָהּ, וְהוּא הַדִּין לִרְחָבָה.

Alors qu'il contredise dans la michna ! Il contredit sur la hauteur, et il en va de même pour la largeur.

💡 Explication

Pourquoi la michna ne rapporte-t-elle sa contradiction que sur la hauteur (« il n'est pas besoin ») ? Réponse : ce « il n'est pas besoin » de la michna, dit sur la hauteur, vaut aussi pour la largeur. La beraita ne fait qu'expliciter.

9
וְאַכַּתִּי, רַבִּי יְהוּדָה מִפִּתְחוֹ שֶׁל אוּלָם גָּמַר? וְהָתַנְיָא: מָבוֹי שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ מֵעֶשְׂרִים אַמָּה יְמַעֵט, וְרַבִּי יְהוּדָה מַכְשִׁיר עַד אַרְבָּעִים וַחֲמִשִּׁים אַמָּה. וְתָנֵי בַּר קַפָּרָא: עַד מֵאָה.

Et encore : Rabbi Yehouda a-t-il appris du petach de l'oulam ? Or il a été enseigné : un mavoy plus haut que vingt amot, qu'on diminue, et Rabbi Yehouda autorise jusqu'à quarante et cinquante amot.

Et Bar Kapara a enseigné : jusqu'à cent.

📜 Rachi (1)
וְתָנֵי בַּר קַפָּרָא בְּמִילְּתֵיהּ דְּר' יְהוּדָה עַד מֵאָה אַמָּה:
Et Bar Kapara a enseigné, dans la formule de Rabbi Yehouda : jusqu'à cent amot.
💡 Explication

Nouvelle attaque contre le rattachement à l'oulam. L'oulam a quarante amot de haut. Or une beraita fait dire à Rabbi Yehouda : jusqu'à quarante et cinquante ; Bar Kapara : jusqu'à cent. Les 50 et les 100 dépassent l'oulam.

🖼️ Schéma
Jusqu'où R. Yehouda autorise la kora Sages 20 heikhal R. Yehouda 40 oulam même beraita 50 d'où ? pas l'oulam Bar Kapara 100 gouzma (excès) Les 50 (et le 100) dépassent l'oulam. Donc R. Yehouda n'apprend pas de l'oulam. Rav Hisda : il apprend des portes des rois, ordinaires très hautes.
20 (Sages), 40 (oulam), 50 (même beraita), 100 (Bar Kapara, gouzma).
10
בִּשְׁלָמָא לְבַר קַפָּרָא גֻּוזְמָא. אֶלָּא לְרַב יְהוּדָה מַאי גֻּוזְמָא? בִּשְׁלָמָא לְרַבִּי יְהוּדָה אַרְבָּעִים — גָּמַר מִפִּתְחוֹ שֶׁל אוּלָם, אֶלָּא חֲמִשִּׁים מְנָא לֵיהּ?

Soit, pour Bar Kapara : c'est une gouzma (excès de langage). Mais pour Rav Yehouda, quelle gouzma ?

Soit, pour Rabbi Yehouda, quarante : il a appris du petach de l'oulam. Mais cinquante, d'où les a-t-il ?

📜 Rachi (1)
בִּשְׁלָמָא לְבַר קֻפְרָא אִיכָּא לְמֵימַר דְּר' יְהוּדָה מֵאוּלָם גָּמַר וְלָא מַכְשַׁר בְּגָבוֹהַּ מֵאַרְבָּעִים וְהָא דְּתָנֵי בַּר קַפָּרָא מֵאָה גֻּוזְמָא נְקַט מִשּׁוּם דְּאַכְּשַׁר ר' יְהוּדָה בְּיוֹתֵר מכ' וּמִשְּׁלֹשִׁים נִרְאִים לְבַר קֻפְרָא גֻּוזְמָא וְנָקֵיט בְּמִילְּתֵיהּ טְפֵי:
Soit pour Bar Kapara : on peut dire que Rabbi Yehouda a appris de l'oulam et n'autorise pas au-delà de quarante, et que les cent de Bar Kapara sont une gouzma, parce que Rabbi Yehouda a autorisé au-delà de vingt ; trente auraient paru à Bar Kapara une gouzma, et il a pris davantage dans sa formule.
💡 Explication

On distingue les deux transmissions. Le « cent » de Bar Kapara peut être une gouzma : façon de dire « bien plus que vingt ». En revanche, Rav Yehouda (au nom de Rav) rapporte « quarante et cinquante » comme des chiffres précis. Les quarante viennent de l'oulam ; les cinquante n'ont pas de source dans l'oulam. Donc Rabbi Yehouda n'apprend pas de l'oulam.

11
אָמַר רַב חִסְדָּא: הָא מַתְנִיתָא אַטְעִיתֵיהּ לְרַב, דְּתַנְיָא: מָבוֹי שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ מֵעֶשְׂרִים אַמָּה, יוֹתֵר מִפִּתְחוֹ שֶׁל הֵיכָל — יְמַעֵט. הוּא סָבַר: מִדְּרַבָּנַן מִפִּתְחוֹ שֶׁל הֵיכַל גָּמְרִי, רַבִּי יְהוּדָה מִפִּתְחוֹ שֶׁל אוּלָם גָּמַר. וְלֹא הִיא, רַבִּי יְהוּדָה מִפִּתְחָא דְּמַלְכִין גָּמַר.

Dit Rav Hisda : c'est cette beraita qui a induit Rav en erreur. Comme il a été enseigné : un mavoy plus haut que vingt amot, plus que le petach de l'heikhal, qu'on diminue.

Il a cru : puisque les Sages ont appris du petach de l'heikhal, Rabbi Yehouda a appris du petach de l'oulam. Or il n'en est rien : Rabbi Yehouda a appris du petach des rois.

📜 Rachi (2)
אַטָּעִיתֵיהּ לְרַב דְּאָמַר לְעֵיל ר' יְהוּדָה לֹא לְמָדָהּ אֶלָּא מִפֶּתַח אוּלָם הָא מַתְנִיתָא דִּלְקַמֵּיהּ אַטָּעִיתֵיהּ:
Qui a induit Rav en erreur : lui qui a dit plus haut que Rabbi Yehouda n'a appris que du petach de l'oulam ; c'est cette beraita ci-après qui l'a induit.
פִּיתְחָא דְּמַלְכִין סְתָם פִּתְחֵי מְלָכִים גְּבוֹהִין הַרְבֵּה:
Petach des rois : les petachim ordinaires des rois sont très hauts.
💡 Explication

Rav Hisda explique l'erreur de Rav. Une beraita dit : « plus haut que vingt, plus que le petach de l'heikhal, qu'on diminue ». Rav en a déduit un couple : Sages = heikhal, donc Rabbi Yehouda = oulam (le portail suivant, plus grand). La dérivation vraie de Rabbi Yehouda est le petacha de-malkin, les portes royales, d'une hauteur sans plafond fixe : 40, 50 ou davantage.

12
וְרַבָּנָן, אִי מִפִּתְחוֹ שֶׁל הֵיכָל גְּמִירִי — לִיבְּעוּ דְּלָתוֹת כַּהֵיכָל, אַלְּמָה תְּנַן: הֶכְשֵׁר מָבוֹי, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: לֶחִי וְקוֹרָה, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: לֶחִי אוֹ קוֹרָה!

Et les Sages, s'ils ont appris du petach de l'heikhal, qu'ils exigent des portes comme l'heikhal. Pourquoi alors avons-nous appris : l'hekhcher du mavoy, Beit Chammai disent : lehi et kora, et Beit Hillel disent : lehi ou kora !

📜 Rachi (1)
לֶחִי קָנֶה אוֹ לוּחַ נָעוּץ אֵצֶל כֹּותֶל הָאֶחָד בְּרֹאשׁוֹ:
Lehi : un roseau ou une planche fiché près de l'un des murs, à son extrémité.
🗂️ Tossefot (1)
לִיבְּעוּ דְּלָתוֹת כַּהֵיכָל ואע"ג דִּבְאֹהֶל מוֹעֵד שֶׁהָיָה נָמֵי הַפֶּתַח רָחָב י' לֹא הָיוּ דְּלָתוֹת וְאַפֵּי' הָכֵי קָרֵי לֵיהּ פֶּתַח הַייְנוּ מִשּׁוּם שֶׁלֹּא הָיָה גָּבוֹהַּ אֶלָּא י' א"נ ע"כ אֹהֶל מוֹעֵד שֶׁלֹּא כַּדִּין נִקְרָא פֶּתַח שֶׁהֲרֵי הָיָה פָּרוּץ בִּמְלוֹאוֹ דְּלָא הֲוָה לֵיהּ גִּיפּוּפֵי:
Et même si dans l'Ohel Moed, dont le petach était aussi large de dix, il n'y avait pas de portes, et que pourtant on l'appelle petach : c'est parce qu'il n'avait que dix de haut. Autre explication : forcément l'Ohel Moed n'est appelé petach qu'improprement, car il était percé en sa pleine largeur, sans gipoufim (rebords latéraux).
💡 Explication

Si les Sages copient l'heikhal, ils devraient exiger des portes, comme l'heikhal. Or Beit Chammai n'exigent que lehi et kora (poteau latéral et poutre), Beit Hillel lehi ou kora. Personne n'exige de portes.

Tossefot écarte l'Ohel Moed (sans portes, large de 10) : soit il n'avait que dix de haut, soit il était parouts be-mélo'o (ouvert sur toute sa largeur), donc appelé petach improprement.

🖼️ Schéma
Hekhcher mavoy : lehi, kora, portes Beit Chammai lehi ET kora l'un ou l'autre Beit Hillel lehi OU kora portes = heikhal Personne n'exige les portes de l'heikhal
Beit Chammai : lehi et kora. Beit Hillel : l'un ou l'autre. Nul n'exige les portes de l'heikhal.
13
דַּלְתוֹת הֵיכָל לִצְנִיעוּת בְּעָלְמָא הוּא דַּעֲבִידָן.

Les portes de l'heikhal n'ont été faites que pour la tsniout (l'intimité) seulement.

💡 Explication

Les portes de l'heikhal ne définissent pas le petach. Elles servent à la tsniout, à dérober l'intérieur aux regards. Un petach reste un petach sans elles. Les Sages peuvent donc apprendre de l'heikhal sans exiger de portes pour le mavoy.

14
אֶלָּא מֵעַתָּה, לָא תַּיהֲנֵי לֵיהּ צוּרַת הַפֶּתַח, דְּהָא הֵיכַל צוּרַת הַפֶּתַח הָוְיָא לוֹ, אֲפִילּוּ הָכִי עֶשֶׂר אַמּוֹת הוּא דִּרְוִיח. אַלְּמָה תְּנַן: אִם יֵשׁ לוֹ צוּרַת הַפֶּתַח, אַף עַל פִּי שֶׁרָחָב מֵעֶשֶׂר אַמּוֹת — אֵינוֹ צָרִיךְ לְמַעֵט!

Mais dès lors, que la tsouirat ha-petach ne lui serve de rien, car l'heikhal avait une tsouirat ha-petach, et même ainsi il n'était large que de dix amot. Pourquoi alors avons-nous appris : s'il a une tsouirat ha-petach, même s'il est plus large que dix amot, il n'est pas besoin de diminuer !

📜 Rachi (1)
לָא תַּיהֲנֵי לֵיהּ צוּרַת הַפֶּתַח לְהַכְשִׁיר רָוחְבּוֹ בְּיוֹתֵר מֵעֲשָׂרָה:
Que la tsouirat ha-petach ne lui serve de rien : pour autoriser sa largeur au-delà de dix.
🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא מֵעַתָּה לָא תַּיהֲנֵי לֵיהּ צוּרַת הַפֶּתַח אֲבָל לֹא תֶּיהֱנֵי לֵיהּ דְּלָתוֹת לָא פָּרֵיךְ דִּפְשִׁיטָא הוֹאִיל וְאִית לֵיהּ דְּלָתוֹת וְהֵן נִנְעָלוֹת דְּהָוְיָא כִּמְחִיצָה מְעַלַּיְיתָא וְלֹא שַׁיָּיךְ נָמֵי לְמִיפְרַךְ דְּלִיבְעֵי צוּרַת הַפֶּתַח דְּצוּרַת הַפֶּתַח לָא הָוֵי אֶלָּא מִשּׁוּם נוֹי בְּעָלְמָא אֲבָל הַאי פָּרִיךְ שַׁפִּיר דְּלָא תַּהֲנֵי לֵיהּ צוּרַת הַפֶּתַח דְּאִי הֲוָה קָרוּי פֶּתַח אַף כְּשֶׁגָּדוֹל בְּיוֹתֵר ע"י צוּרַת הַפֶּתַח הָיָה לוֹ לַעֲשׂוֹתוֹ שָׁוֶה לָאוּלָם:
Mais « que les portes ne lui servent de rien », on n'objecte pas : c'est évident, puisqu'il a des portes et qu'elles se ferment, c'est une mehitsa (cloison) véritable, et l'on n'a pas non plus à objecter qu'ils devraient exiger une tsouirat ha-petach, car la tsouirat ha-petach n'est que pour l'ornement. En revanche cette objection porte : que la tsouirat ha-petach ne lui serve de rien, car si un petach trop grand était encore appelé petach grâce à la tsouirat ha-petach, on aurait dû faire [l'heikhal] égal à l'oulam.
💡 Explication

La tsouirat ha-petach (forme de porte : deux montants et une traverse) permet, selon la michna, une largeur supérieure à dix. Or l'heikhal avait déjà cette forme, et restait à dix de large. Si les Sages apprennent de l'heikhal, la tsouirat ha-petach ne devrait pas élargir le mavoy.

Tossefot précisent pourquoi on n'objecte pas « que les portes n'aident pas » : des portes qui se ferment sont une mehitsa à part entière. On n'objecte pas non plus « qu'ils exigent une tsouirat ha-petach » : elle n'est qu'ornement. L'objection vise seulement l'effet élargissant.

🖼️ Schéma
Tsouirat ha-petach : deux poteaux + une traverse forme de petach lehi / lehi / kora (ou kane) Michna : même si largeur > 10, pas besoin de diminuer. Rav : il FAUT diminuer. L'heikhal avait cette forme et restait large de 10 amot.
Tsouirat ha-petach : la michna l'autorise au-delà de 10 ; Rav exige de diminuer.
15
מִידֵּי הוּא טַעְמָא אֶלָּא לְרַב, הָא מַתְנֵי לֵיהּ רַב יְהוּדָה לְחִיָּיא בַּר רַב קַמֵּיהּ דְּרַב: אֵינוֹ צָרִיךְ לְמַעֵט. וַאֲמַר לֵיהּ: אַתַּנְיָיה ״צָרִיךְ לְמַעֵט״.

Ce raisonnement ne vaut que pour Rav. Or Rav Yehouda enseignait à Hiyya bar Rav, devant Rav : « il n'est pas besoin de diminuer ».

Et [Rav] lui dit : enseigne-lui « il faut diminuer ».

🗂️ Tossefot (1)
מִידֵּי הוּא טַעְמָא אֶלָּא לְרַב ואע"ג דְּבָרַייְתָא נָמֵי גָּמְרָה מֵהֵיכָל אִיכָּא לְמֵימַר דִּפְלִיגָא אַמַּתְנִי' א"נ לָא נְקַט הֵיכָל אֶלָּא לְסִימָנָא בְּעָלְמָא כִּדְאָמְרִינַן בְּסָמוּךְ:
Et même si la beraita aussi a appris de l'heikhal, on peut dire qu'elle contredit la michna. Autre explication : elle n'a mentionné l'heikhal que comme un siman (aide-mémoire), comme on le dit tout de suite.
💡 Explication

L'objection de la tsouirat ha-petach ne touche que Rav, qui rattache les Sages à l'heikhal. Rav a justement corrigé la leçon de son fils : Hiyya bar Rav lisait « il n'est pas besoin de diminuer » ; Rav lui a fait enseigner « il faut diminuer ». Pour Rav, une tsouirat ha-petach n'élargit pas au-delà des dix amot de l'heikhal. Sa thèse est cohérente.

Tossefot : la beraita qui mentionne l'heikhal peut contredire la michna, ou n'employer l'heikhal que comme siman.

16
אֶלָּא מֵעַתָּה

Mais dès lors —

💡 Explication

Le daf s'interrompt sur ela me-ata (« mais dès lors »), qui ouvre une nouvelle objection à la thèse de Rav. La suite se lit en 3a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).