Sougya : Le daf poursuit la lecture de Rav : les Sages tirent la mesure du petach du mavoy du portail de l'heikhal (20 amot de haut, 10 de large), Rabbi Yehouda de celui de l'oulam (40 sur 20). On écarte d'abord le verset du mikdach, qui vise l'aron, puis on objecte : pourquoi ne pas apprendre du chaar de la hatsar du Michkan, haut de 5 amot et large de 20 ?
Deux réponses : ce portail s'appelle petach chaar et non petach tout court ; ou bien les 15 amot de kela'im parlent de la hauteur. On demande ensuite si Rabbi Yehouda apprend vraiment de l'oulam, puisque la michna restreint la largeur à 10 amot sans qu'il contredise.
Abaye montre qu'il contredit en beraita. Une autre beraita l'autorise jusqu'à 40 et 50 amot (Bar Kapara : jusqu'à 100).
Rav Hisda conclut que Rabbi Yehouda apprend des portes des rois, et que la beraita de l'heikhal a induit Rav en erreur. On objecte encore : si les Sages apprennent de l'heikhal, ils devraient exiger des portes, et la tsouirat ha-petach ne devrait pas élargir au-delà de 10.
Rav a justement enseigné qu'il faut diminuer même avec une tsouirat ha-petach.
Celui-là est écrit à propos de l'aron. Plutôt, d'ici : « Qu'ils Me fassent un mikdach, et Je résiderai au milieu d'eux ».
Au verso, on voulait tirer le mot mikdach (sanctuaire) pour identifier le Michkan avec un « temple ». La Guemara écarte ce verset : il vise l'aron (arche), charge portée par les Benei Kehat, plus sainte que les planches et les tentures. On retient donc Chemot 25:8, où mikdach désigne bien le Michkan tout entier.
Aussi bien pour les Sages que pour Rabbi Yehouda, qu'ils apprennent du petach du chaar de la hatsar : il est écrit « La longueur de la hatsar, cent amot, et la largeur cinquante sur cinquante, et la hauteur cinq amot », et il est écrit « Quinze amot de kela'im pour le ketef », et il est écrit « Et pour le ketef du second côté, de ci et de là, pour le chaar de la hatsar, des kela'im de quinze amot ». De même que là-bas cinq de haut sur vingt de large, de même ici cinq de haut sur vingt de large !
La hatsar du Michkan fait 50 amot de large. De chaque côté du chaar, 15 amot de kela'im (tentures) : il reste un petach de 20 amot de large, haut de 5. Si cela s'appelle petach, pourquoi borner le mavoy à 10 de large ?
Rachi précise : l'objection vise la largeur seulement. On ne peut pas objecter sur la hauteur (cinq amot) pour invalider au-delà, car l'heikhal a vingt de haut et s'appelle petach.
Tossefot ajoutent que les trois piliers dans l'ouverture n'en réduisent pas la largeur : l'avir (air) de chaque côté les annule (10b). Et la distinction petach chaar / petach tout court a un parallèle à Menahot 37a (yad yamin / yad).
On l'appelle « petach chaar de la hatsar » ; on ne l'appelle pas petach tout court.
Première réponse. Pour les mesures du mavoy, on cherche un petach sans qualificatif. Le portail de la hatsar porte le nom composé petach chaar (entrée de la porte). On n'en tire donc pas la définition d'un petach simple, celui de la kora du mavoy.
Et si tu veux, dis : quand il est écrit « des kela'im de quinze amot pour le ketef », c'est sur la hauteur que c'est écrit.
Deuxième réponse, indépendante de la première. Les « quinze amot pour le ketef » parlent de la hauteur des tentures, pas de la largeur du petach. On ne connaît alors plus la largeur du chaar, et on ne peut plus en tirer une mesure pour le mavoy.
Tossefot notent que cette lecture suit Rabbi Yosse (Zevahim 59b) : mizbeah de 10, kela'im de 15. Elle ne sert pas Rabbi Yehouda, pour qui le mizbeah a 3 amot et les kela'im 5. Le Ritsba relit l'objection : même un petach de cinq de haut, s'il a vingt de large, serait un petach ; d'où la première réponse « petach chaar ».
La hauteur ? Or il est écrit « et une hauteur de cinq amot » !
Cela, c'est depuis le bord du mizbeah et au-dessus.
Objection immédiate : Chemot 27:18 fixe la hauteur des kela'im à cinq amot. Comment lire quinze ? Réponse : les cinq amot se comptent depuis le bord du mizbeah. Le mizbeah a dix (R. Yosse) ; les tentures le dépassent de cinq ; total quinze. Le cohen officiante n'est pas visible de l'extérieur.
Rachi récuse une première version (15 amot ajoutées de chaque côté du petach, total 20) : elle suppose à tort que l'objection portait sur la hauteur. La version retenue est celle de Zevahim 59b.
Et Rabbi Yehouda, a-t-il appris du petach de l'oulam ? Or nous avons appris : « et si plus large que dix amot, qu'on diminue », et Rabbi Yehouda ne contredit pas !
On revient à la thèse de Rav (2a) : Rabbi Yehouda tire de l'oulam, large de vingt. La michna borne pourtant la largeur à dix, et Rabbi Yehouda se tait. S'il suivait l'oulam, il autoriserait vingt de large.
Dit Abaye : il contredit dans une beraita. Comme il a été enseigné : « et si plus large que dix amot, qu'on diminue » ; Rabbi Yehouda dit : il n'est pas besoin de diminuer.
Abaye sauve Rav : Rabbi Yehouda contredit bien, mais dans une beraita, pas dans la michna. Il n'exige pas de réduire une largeur de plus de dix.
Tossefot signalent une tension avec 10a, où Rabbi Yehouda n'autorise que jusqu'à 13 amot et un tiers, et non jusqu'aux 20 de l'oulam.
Alors qu'il contredise dans la michna ! Il contredit sur la hauteur, et il en va de même pour la largeur.
Pourquoi la michna ne rapporte-t-elle sa contradiction que sur la hauteur (« il n'est pas besoin ») ? Réponse : ce « il n'est pas besoin » de la michna, dit sur la hauteur, vaut aussi pour la largeur. La beraita ne fait qu'expliciter.
Et encore : Rabbi Yehouda a-t-il appris du petach de l'oulam ? Or il a été enseigné : un mavoy plus haut que vingt amot, qu'on diminue, et Rabbi Yehouda autorise jusqu'à quarante et cinquante amot.
Et Bar Kapara a enseigné : jusqu'à cent.
Nouvelle attaque contre le rattachement à l'oulam. L'oulam a quarante amot de haut. Or une beraita fait dire à Rabbi Yehouda : jusqu'à quarante et cinquante ; Bar Kapara : jusqu'à cent. Les 50 et les 100 dépassent l'oulam.
Soit, pour Bar Kapara : c'est une gouzma (excès de langage). Mais pour Rav Yehouda, quelle gouzma ?
Soit, pour Rabbi Yehouda, quarante : il a appris du petach de l'oulam. Mais cinquante, d'où les a-t-il ?
On distingue les deux transmissions. Le « cent » de Bar Kapara peut être une gouzma : façon de dire « bien plus que vingt ». En revanche, Rav Yehouda (au nom de Rav) rapporte « quarante et cinquante » comme des chiffres précis. Les quarante viennent de l'oulam ; les cinquante n'ont pas de source dans l'oulam. Donc Rabbi Yehouda n'apprend pas de l'oulam.
Dit Rav Hisda : c'est cette beraita qui a induit Rav en erreur. Comme il a été enseigné : un mavoy plus haut que vingt amot, plus que le petach de l'heikhal, qu'on diminue.
Il a cru : puisque les Sages ont appris du petach de l'heikhal, Rabbi Yehouda a appris du petach de l'oulam. Or il n'en est rien : Rabbi Yehouda a appris du petach des rois.
Rav Hisda explique l'erreur de Rav. Une beraita dit : « plus haut que vingt, plus que le petach de l'heikhal, qu'on diminue ». Rav en a déduit un couple : Sages = heikhal, donc Rabbi Yehouda = oulam (le portail suivant, plus grand). La dérivation vraie de Rabbi Yehouda est le petacha de-malkin, les portes royales, d'une hauteur sans plafond fixe : 40, 50 ou davantage.
Et les Sages, s'ils ont appris du petach de l'heikhal, qu'ils exigent des portes comme l'heikhal. Pourquoi alors avons-nous appris : l'hekhcher du mavoy, Beit Chammai disent : lehi et kora, et Beit Hillel disent : lehi ou kora !
Si les Sages copient l'heikhal, ils devraient exiger des portes, comme l'heikhal. Or Beit Chammai n'exigent que lehi et kora (poteau latéral et poutre), Beit Hillel lehi ou kora. Personne n'exige de portes.
Tossefot écarte l'Ohel Moed (sans portes, large de 10) : soit il n'avait que dix de haut, soit il était parouts be-mélo'o (ouvert sur toute sa largeur), donc appelé petach improprement.
Les portes de l'heikhal n'ont été faites que pour la tsniout (l'intimité) seulement.
Les portes de l'heikhal ne définissent pas le petach. Elles servent à la tsniout, à dérober l'intérieur aux regards. Un petach reste un petach sans elles. Les Sages peuvent donc apprendre de l'heikhal sans exiger de portes pour le mavoy.
Mais dès lors, que la tsouirat ha-petach ne lui serve de rien, car l'heikhal avait une tsouirat ha-petach, et même ainsi il n'était large que de dix amot. Pourquoi alors avons-nous appris : s'il a une tsouirat ha-petach, même s'il est plus large que dix amot, il n'est pas besoin de diminuer !
La tsouirat ha-petach (forme de porte : deux montants et une traverse) permet, selon la michna, une largeur supérieure à dix. Or l'heikhal avait déjà cette forme, et restait à dix de large. Si les Sages apprennent de l'heikhal, la tsouirat ha-petach ne devrait pas élargir le mavoy.
Tossefot précisent pourquoi on n'objecte pas « que les portes n'aident pas » : des portes qui se ferment sont une mehitsa à part entière. On n'objecte pas non plus « qu'ils exigent une tsouirat ha-petach » : elle n'est qu'ornement. L'objection vise seulement l'effet élargissant.
Ce raisonnement ne vaut que pour Rav. Or Rav Yehouda enseignait à Hiyya bar Rav, devant Rav : « il n'est pas besoin de diminuer ».
Et [Rav] lui dit : enseigne-lui « il faut diminuer ».
L'objection de la tsouirat ha-petach ne touche que Rav, qui rattache les Sages à l'heikhal. Rav a justement corrigé la leçon de son fils : Hiyya bar Rav lisait « il n'est pas besoin de diminuer » ; Rav lui a fait enseigner « il faut diminuer ». Pour Rav, une tsouirat ha-petach n'élargit pas au-delà des dix amot de l'heikhal. Sa thèse est cohérente.
Tossefot : la beraita qui mentionne l'heikhal peut contredire la michna, ou n'employer l'heikhal que comme siman.
Mais dès lors —
Le daf s'interrompt sur ela me-ata (« mais dès lors »), qui ouvre une nouvelle objection à la thèse de Rav. La suite se lit en 3a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).