Eruvin 30a - Mesure de l'érouv, serment et konam

Eruvin 30a

Sougya : L'amoud achève la réponse d'Abaye : les vêtements des riches ne fixent pas la mesure des pauvres, et la coutume des Perses ne fixe pas la viande rôtie pour le monde. La Guemara tente une double houmera, puis la baraita de Rabbi Chimon ben Elazar sur le malade, le vieillard et le glouton.

Le mort d'Og, roi du Bashan, sert à voir quelle ouverture sauve la maison. On revient à l'érouv de viande crue et d'œufs crus, au vœu sur le mazon, puis au serment et au konam sur un pain.

La michna du nazir et du vin n'est pas selon Beit Chammai ; Beit Hillel commencent leur question.

Quelle mesure pour la viande rôtie Suite d'Abaye. La page écarte la coutume perse, puis le cas forcé du mort Abaye Vêtements des riches pour les pauvres : non Les Perses ne sont pas la majorité du monde Rôti : liftan, petite mesure Tentative Ici houmera, là houmera Petit linge du pauvre : impur Érouv : grande mesure comme les Perses Baraita, RSBE Malade et vieillard : leur propre ration Glouton : repas moyen On va vers la koula Difficulté Og, roi du Bashan RSBE : l'ouverture qui sauve est à sa taille entière Sinon, tout trou d'un poing dans les murs est impur Réponse d'Abaye Que ferait-on du mort ? Le découper en membres ? On n'a pas le choix La nourriture de l'érouv suit la mesure commune Rabbi Yo'hanan Ouverture de quatre tefahim même pour Og On a cru : les Sages divisent avec RSBE La preuve tombe Beaucoup de petites ouvertures une seule de quatre C'est celle-là qu'on élargit Elle sauve les autres
Abaye : la coutume perse ne fixe pas le monde. La double houmera tombe devant la baraita du malade et du glouton. Og est un cas forcé : on ne découpe pas le mort. L'ouverture de quatre tefahim vise une maison où une seule ouverture a déjà cette largeur.
Serment, konam, hekdesh : l'érouv du pain Rav Houna au nom de Rav. Halakha du Roch : la langue du serment, puis celle du konam Serment Je ne mangerai pas ce pain Même : je n'en jouirai pas Érouv : oui Mitsva, sans jouissance Konam Même sur la seule consommation Le konam ressemble au hekdesh Érouv : non, gezera Hekdesh Ce pain est consacré Interdit à lui et aux autres On n'en fait pas d'érouv Deux baraitot au nom de Rabbi Eliezer L'une : ce pain est sur moi, pas d'érouv. L'autre : ce pain est sur moi, érouv ; seul le hekdesh est écarté Deux tannaïm selon Rabbi Eliezer. La baraita anonyme suit Rav Houna Lecture que la page écarte ensuite Le konam n'interdirait que la jouissance, et le serment que la consommation Le Roch : Rav Houna n'a distingué qu'entre serment et konam
Serment, même d'interdiction de jouir : on fait l'érouv. Konam, même sur la seule consommation : on n'en fait pas, décret à cause du hekdesh. Deux tannaïm rapportent Rabbi Eliezer.
Nazir et vin, Israël et terouma La michna suit Beit Hillel. La question de Beit Hillel s'ouvre en fin de page Beit Chammai Pas d'érouv pour un nazir avec du vin Pas d'érouv pour un Israël avec de la terouma La michna n'est pas selon eux Beit Hillel Érouv pour un nazir avec du vin Érouv pour un Israël avec de la terouma Ils demandent : n'admettez-vous pas
Beit Chammai refusent l'érouv du nazir avec du vin et celui de l'Israël avec de la terouma. Beit Hillel les permettent. La michna est comme Beit Hillel. Leur question continue au daf suivant.
1
אֲבָל בִּגְדֵי עֲשִׁירִים לַעֲנִיִּים — לֹא.

mais les vêtements des riches pour les pauvres : non.

📜 Rachi (1)
ה"ג אֲבָל בִּגְדֵי עֲשִׁירִים לַעֲנִיִּים לָא כְּלוֹמַר לַעֲנִיִּים לָא בָּעֵינַן בִּגְדֵי עֲשִׁירִים אֶלָּא כֵּיוָן דִּלְדִידְהוּ חֲזוּ אָזְלִי בָּתְרַיְיהוּ הָכָא נָמֵי אע"ג דִּלְפַרְסַאי לָאו לִיפְתָּן הוּא כֵּיוָן דִּלְדִידַן הָוֵי לִיפְתָּן נִיסְגֵּי בְּשִׁיעוּר זוּטָא:
Notre version lit : mais les vêtements des riches pour les pauvres, non. C'est-à-dire : pour les pauvres, nous n'exigeons pas les vêtements des riches ; dès lors que ces vêtements leur conviennent, nous les suivons. Ici de même : bien que pour les Perses ce ne soit pas un liftan, dès lors que pour nous c'est un liftan, une petite mesure suffit.
💡 Explication

Fin de la phrase d'Abaye ouverte en 29b. La michna donne aux pauvres leur mesure, aux riches la leur. Les vêtements des riches ne deviennent pas la mesure des pauvres. La coutume perse, manger le rôti sans pain, ne devient pas la mesure du monde.

Rachi : pour nous le rôti est un liftan, ce avec quoi l'on mange le pain. La quantité de l'érouv reste la petite : de quoi accompagner le pain de deux repas.

2
וְכִי תֵּימָא: הָכָא לְחֻומְרָא וְהָכָא לְחֻומְרָא, וְהָתַנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: מְעָרְבִין לְחוֹלֶה וּלְזָקֵן כְּדֵי מְזוֹנוֹ. וְלָרַעַבְתָן, בִּסְעוּדָה בֵּינוֹנִית שֶׁל כָּל אָדָם. קַשְׁיָא.

Et si tu dis : ici à la houmera, et là à la houmera. Or on a enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : on fait l'érouv pour le malade et pour le vieillard à hauteur de sa nourriture, et pour le glouton selon un repas moyen de tout homme.

Difficulté.

📜 Rachi (3)
הָכָא לְחוּמְרָא דְּכֵיוָן דַּחֲזוּ לְהוּ מְקַבְּלֵי טֻומְאָה:
Ici à la houmera : dès lors que ces linges leur conviennent, ils reçoivent l'impureté.
וְהָכָא לְחוּמְרָא דְּעַד דְּהָוֵי לִיפְתָּן לכ"ע לִיבְעֵי שִׁיעוּרָא רַבָּה:
Et là à la houmera : tant que ce n'est pas un liftan pour tout le monde, il faudrait une grande mesure.
וְהַתַּנְיָא גַּבֵּי עֵירוּב דְּכֵיוָן דַּחֲזוּ לְזָקֵן וּלְחוֹלֶה אַף עַל גַּב דִּלְכָל אָדָם לָא הָוֵי מְזוֹן שְׁתֵּי סְעוּדוֹת מְעָרְבִין מִיהָא לְמָאֵן דַּחֲזֵי וְגַבֵּי רְעַבְתָּן דְּאָכִיל טְפֵי סַגִּי בְּבֵינוֹנִית אַלְמָא לְקֻולָּא אָזְלִינַן:
Et on a enseigné : à propos de l'érouv. Dès lors que cela convient au vieillard et au malade, même si pour tout homme ce n'est pas la nourriture de deux repas, on fait néanmoins l'érouv pour celui à qui cela convient. Et pour le glouton, qui mange davantage, un repas moyen suffit. On apprend que nous allons vers la koula.
💡 Explication

La Guemara tente de sauver Rav Yosef. Houmera : rigueur. Côté impureté, le petit morceau du pauvre est impur. Côté érouv, on exigerait la grande mesure des Perses, jusqu'à ce que le rôti soit un liftan pour tous.

Rabbi Chimon ben Elazar va vers la koula, l'indulgence. Le malade et le vieillard ont la ration qui leur suffit, plus petite. Le glouton n'a que le repas moyen de tout homme, sans sa propre grande faim. Difficulté.

3
וּמִי אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר הָכִי? וְהָתַנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר אוֹמֵר: עוֹג מֶלֶךְ הַבָּשָׁן — פִּיתְחוֹ כִּמְלוֹאוֹ!

Et Rabbi Chimon ben Elazar a-t-il dit cela ? Or on a enseigné : Rabbi Chimon ben Elazar dit : Og, roi du Bashan, son ouverture est selon sa taille entière !

📜 Rachi (1)
פִּתְחוֹ כִּמְלוֹאוֹ לְהַצִּיל עַל שְׁאָר פְּתָחִים וְאִי לֵיכָּא פֶּתַח דַּחֲזֵי לֵיהּ כָּל חוֹר מְלֹא אֶגְרוֹף שֶׁבַּכְּתָלִים טְמֵאִין:
Son ouverture selon sa taille entière : pour sauver les autres ouvertures. Et s'il n'y a pas d'ouverture qui lui convienne, tout trou de la largeur d'un poing dans les murs est impur.
💡 Explication

Un mort dans une maison : tant qu'on ignore par où on le sortira, les ouvertures sont impures. Une ouverture assez grande pour le faire passer sauve les autres : on présume qu'il sortira par elle.

Pour un géant comme Og, Rabbi Chimon ben Elazar exige une ouverture à sa taille. La mesure suit cette personne. La page demande comment cela s'accorde avec le repas moyen du glouton, mesure commune.

4
וְאַבַּיֵּי: הָתָם הֵיכִי לִיעַבֵּיד, הֲדוֹמֵי נְהַדְּמֵיהּ [וְנִפְקֵיהּ]?!

Et Abaye : là-bas, que ferait-on ? Le découperait-on en membres [et le sortirait-on] ?!

📜 Rachi (1)
הֲדוֹמִי נִיהַדְּמֵיהּ יְנַתְּחוּהוּ לְאֵיבָרִין:
Le découper en membres : on le dépecerait membre par membre.
💡 Explication

Abaye : le mort d'Og ne se découpe pas pour passer par une ouverture ordinaire. Il faut une ouverture à sa taille. Ce cas est forcé.

La nourriture de l'érouv n'a pas cette contrainte. On garde la mesure du commun, sans prendre les Perses pour règle.

5
אִיבַּעְיָא לְהוּ: פְּלִיגִי רַבָּנַן עֲלֵיהּ דְּרַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אֶלְעָזָר, אוֹ לָא? תָּא שְׁמַע, דִּאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: עוֹג מֶלֶךְ הַבָּשָׁן פִּיתְחוֹ בְּאַרְבָּעָה.

On a demandé : les Sages sont-ils en désaccord avec Rabbi Chimon ben Elazar, ou non ? Viens entendre.

Rabba bar bar Hana a dit que Rabbi Yo'hanan a dit : Og, roi du Bashan, son ouverture est de quatre.

📜 Rachi (1)
פְּלִיגִי רַבָּנַן בְּמֵת בַּבַּיִת:
Les Sages sont-ils en désaccord : au sujet d'un mort dans la maison.
💡 Explication

Quatre : quatre tefahim, la largeur ordinaire d'une ouverture qui sauve les autres. Rabbi Yo'hanan donne cette mesure même pour Og. On en a d'abord conclu que les Sages ne suivent pas la taille du géant.

6
הָתָם דְּאִיכָּא פְּתָחִים קְטַנִּים טוּבָא, וְאִיכָּא חַד דְּהָוֵי אַרְבָּעָה, דְּוַדַּאי כִּי קָא מְרַוַּח — בְּהַהוּא קָא מֵרוּחַ.

Là-bas, il y a beaucoup de petites ouvertures, et il y en a une qui fait quatre. À coup sûr, quand on élargit, c'est celle-là qu'on élargit.

📜 Rachi (2)
פְּתָחִים קְטַנִּים פְּחוּתִין מד':
Petites ouvertures : de moins de quatre.
בְּהַהוּא מְרֻוָּוח הִלְכָּךְ מַצִּיל עַל כֻּולָּן אֲבָל כֻּולָּן שָׁוִין בַּד' אוֹ בִּי' אַמּוֹת כֻּולָּן טְמֵאִין דְּלָא יָדְעִי בְּהֵי מַרְווַח וּמַפִּיק וַאֲפִילּוּ נִפְתַּח אֶחָד מֵהֶן וְהָאֲחֵרִים סְגוֹרִין אוֹ חִישֵּׁב עָלָיו לְהוֹצִיאוֹ בְּאֶחָד מֵהֶן דִּתְנַן בַּגְּמָרָא בְּמַסֶּכֶת בֵּיצָה (דַּף לז:) הוּא טָמֵא וְכֻולָּן טְהוֹרִים ה"מ הֵיכִי דְּהַאי חֲזִי לֵיהּ וַאֲפִילּוּ כֻּולְּהוּ חֲזִי לֵיהּ אֲבָל הֵיכָא דְּלֵיכָּא חַד חָזֵי לֵיהּ וּבָעֵי מַרְוַוח וְכֻולָּן שָׁוִין לָא יָדְעִינַן בְּהֵי מַרְוַוח:
C'est celle-là qu'on élargit : c'est pourquoi elle sauve toutes les autres. Mais si toutes sont égales, à quatre ou à dix amot, toutes sont impures, car on ne sait pas laquelle on élargit pour le sortir. Et même si l'une d'elles est ouverte et les autres fermées, ou s'il a pensé à le sortir par l'une d'elles, car nous avons appris dans la Guemara du traité Beitsa (37b) : celle-là est impure et toutes sont pures, ces paroles ne valent que lorsque celle-là lui convient, et même lorsque toutes lui conviennent. Mais lorsqu'il n'y en a pas une qui lui convienne, qu'il faut élargir, et que toutes sont égales, nous ne savons pas laquelle on élargit.
💡 Explication

La preuve tombe. La phrase de Rabbi Yo'hanan vise une maison qui a déjà une ouverture de quatre tefahim, et beaucoup de plus petites. On élargira celle de quatre. Elle seule est impure, elle sauve les autres.

Rachi : si toutes les ouvertures sont égales, et qu'aucune ne convient au mort, toutes restent impures. La michna de Beitsa, une ouverte et les autres pures, suppose qu'une ouverture lui convient déjà.

🖼️ Schéma
Quelle ouverture on élargit pour sortir le mort Petites Moins de quatre tefahim On ne les élargit pas en premier Une de quatre C'est celle-là qu'on élargit Elle est impure Elle sauve les autres Toutes égales Quatre tefahim, ou dix amot On ne sait pas laquelle Toutes sont impures Rachi : Beitsa 37b ne vaut que si une lui convient déjà Rabbi Yo'hanan : quatre tefahim pour Og. La Guemara : ce cas a une seule ouverture de quatre. Si aucune ne convient et que toutes sont égales, il faut élargir, et l'on ignore laquelle.
Une ouverture de quatre se laisse élargir à coup sûr. Toutes égales, et aucune assez grande : toutes impures.
7
אָמַר רַב חִייָּא בַּר רַב אָשֵׁי אָמַר רַב: מְעָרְבִין בְּבָשָׂר חַי. אָמַר רַב שִׁימִי בַּר חִייָּא: מְעָרְבִין בְּבֵיצִים חַיּוֹת. וְכַמָּה? אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אַחַת. סִינַי אָמַר: שְׁתַּיִם.

Rav Hiyya bar Rav Achi a dit que Rav a dit : on fait l'érouv avec de la viande crue. Rav Chimi bar Hiyya a dit : on fait l'érouv avec des œufs crus.

Et combien ? Rav Nahman bar Yitzhak a dit : un.

Sinaï a dit : deux.

📜 Rachi (1)
סִינַי קָרֵי רַב יוֹסֵף לְפִי שֶׁהָיָה בָּקִי בַּמִּשְׁנָיוֹת וּבַבָּרָיְיתוֹת:
Sinaï : on appelle ainsi Rav Yosef, parce qu'il était expert dans les michnayot et les baraitot.
💡 Explication

Retour aux aliments de l'érouv. La viande crue convient. Les œufs crus aussi. Rav Nahman bar Yitzhak : un œuf. Sinaï, surnom de Rav Yosef : deux.

8
הַנּוֹדֵר מִן הַמָּזוֹן, מֻותָּר בְּמַיִם כו׳. מֶלַח וּמַיִם הוּא דְּלָא אִיקְּרִי מָזוֹן, הָא כָּל מִילֵּי אִיקְּרִי מָזוֹן. לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתָּא דְּרַב וּשְׁמוּאֵל. דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: אֵין מְבָרְכִין ״בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת״ אֶלָּא עַל חֲמֵשֶׁת הַמִּינִין בִּלְבַד.

Celui qui fait vœu de s'interdire le mazon est permis pour l'eau, etc. C'est le sel et l'eau qui ne sont pas appelés mazon ; mais toute chose est appelée mazon.

Dirons-nous que c'est une réfutation de Rav et de Chmouel ? Car Rav et Chmouel ont dit tous deux : on ne bénit " bore minei mezonot " que sur les cinq espèces seulement.

🗂️ Tossefot (1)
לֵימָא תֶּהֱוֵי תְּיוּבְתָּא וְאִם תֹּאמַר וְהָא מַאן דִּפְלִיג אַרַב וּשְׁמוּאֵל לָא פְּלִיג אֶלָּא בְּאֹורֶז וְדֹוחַן וא"כ תִּקְשֶׁה לְכוּלְּהוּ וְעוֹד תִּיקְשֵׁי לֵיהּ מַתְנִיתִין דְּכֵיצַד מְבָרְכִין (בְּרָכוֹת דַּף מ:) דְּיֵשׁ כַּמָּה דְּבָרִים דִּמְבָרְכִין עָלָיו שֶׁהַכֹּל אוֹ בְּפֵ"ה וי"ל דְּדַוְוקָא לְרַב וּשְׁמוּאֵל פָּרִיךְ דְּלָא חֲשִׁיבִי אֹורֶז וְדֹוחַן אַף עַל גַּב דְּקָבָעֵי נָמֵי סְעוּדְתָא עֲלַיְיהוּ א"כ סְבִירָא לְהוּ דְּכָל מִילֵּי לָא מִיקְּרוּ מָזוֹן אֶלָּא ה' מִינִין בִּלְבַד אֲבָל מַאן דִּפְלִיג עֲלַיְיהוּ סָבַר שַׁפִּיר דְּכָל מִילֵּי אִיקְּרוֹ מָזוֹן אַךְ דְּלָא תִּקְּנוּ בּוֹרֵא מִינֵי מְזוֹנוֹת אֶלָּא הַךְ דְּקָבָעֵי סְעוּדְתָא עֲלַיְיהוּ וְאַאֹורֶז וְדֹוחַן קָבָעֵי נָמֵי:
Dirons-nous que c'est une réfutation. Et si tu dis : celui qui est en désaccord avec Rav et Chmouel n'est en désaccord qu'au sujet du riz et du millet ; s'il en est ainsi, la difficulté vaut pour eux tous. Et de plus, la michna de Keitzad mevarkhin (Berakhot 40b) lui ferait difficulté, car il y a plusieurs choses sur lesquelles on bénit chehakol ou bore péri ha-ets. On peut dire : il n'objecte qu'à Rav et à Chmouel, qui ne comptent pas le riz et le millet, même lorsqu'on fixe aussi un repas sur eux. S'il en est ainsi, ils tiennent que toute chose n'est pas appelée mazon, seulement les cinq espèces. Mais celui qui est en désaccord avec eux tient bien que toute chose est appelée mazon ; seulement, on n'a institué bore minei mezonot que pour ce sur quoi l'on fixe un repas, et sur le riz et le millet on fixe aussi un repas.
💡 Explication

Michna : qui s'interdit le mazon reste permis pour l'eau et le sel. La Guemara en tire : seul ce couple échappe au nom de mazon, le reste le porte. Rav et Chmouel réservent bore minei mezonot aux cinq espèces de grain.

Tossefot : l'objection vise Rav et Chmouel, qui refusent ce nom même au riz et au millet alors qu'on y fixe un repas. Leur contradicteur peut appeler mazon d'autres aliments, et ne réserver la formule qu'à ce qui fait repas.

🖼️ Schéma
Trois mots : mazon, zan, mezona Mazon Les cinq espèces Bore minei mezonot Rav et Chmouel Eau et sel : hors du mot Tout ce qui nourrit Rav Houna Toute chose rassasie sauf eau et sel Le vœu de la michna Mezona Rabbi Yo'hanan, Ginosar Les fruits rassasient Il n'a pas goûté un repas qui soutient
Mazon : les cinq espèces. Zan : tout ce qui rassasie, hors eau et sel. Mezona : le mot que la page retient pour Rabbi Yo'hanan.
9
וְלָא אוֹתְבִינֵּיהּ חֲדָא זִימְנָא? לֵימָא תֶּיהְוֵי תְּיוּבְתַּייְהוּ נָמֵי מֵהָא!

Et ne les a-t-on pas déjà réfutés une fois ? Disons que ceci aussi est leur réfutation !

📜 Rachi (1)
וְלָאו אוֹתְבִינֵּיהּ חֲדָא זִימְנָא בִּכְיָצֹד מְבָרְכִין (דַּף לה:):
Et ne les a-t-on pas déjà réfutés une fois : dans Keitzad mevarkhin (35b).
💡 Explication

Berakhot 35b a déjà opposé une source à Rav et Chmouel. La Guemara garde quand même cette michna comme réfutation de plus.

10
אָמַר רַב הוּנָא: בְּאוֹמֵר ״כָּל הַזָּן עָלַי״. מַיִם וּמֶלַח הוּא דְּלָא זָיְינִי, הָא כָּל מִילֵּי זָיְינִי.

Rav Houna a dit : lorsqu'il dit " tout ce qui nourrit est sur moi ". C'est l'eau et le sel qui ne nourrissent pas ; mais toute chose nourrit.

📜 Rachi (1)
בְּאוֹמֵר כָּל הַזָּן עָלַי מַתְנֵי' דְּאָסַר לֵיהּ בְּכָל מִילֵּי לָאו דְּאָמַר יֵאָסֵר עָלַי מָזוֹן דְּוַדַּאי לָא מִיקְּרֵי מָזוֹן אֶלָּא ה' מִינִין דְּהָווּ מִין דָּגָן דְּזָיְינִי וְסָעֲדִי לִיבָּא אֶלָּא כְּגוֹן דְּאָמַר יֵאָסֵר עָלַי כָּל הַזָּן דְּמַשְׁמַע כָּל דָּבָר הַמַּשְׁבִּיעַ דְּכָל מִילֵּי זָייְנִי חוּץ מִמַּיִם וּמֶלַח אֲבָל מִיסְעָד לָא סָעֲדִי וְלָא מִיקְּרוּ מָזוֹן:
Lorsqu'il dit " tout ce qui nourrit est sur moi ". La michna qui lui interdit toute chose : il n'a pas dit " que le mazon me soit interdit ", car on n'appelle mazon que les cinq espèces, qui sont l'espèce du grain, qui nourrissent et soutiennent le cœur. Par exemple, il a dit " que me soit interdit tout ce qui nourrit ", ce qui vise toute chose qui rassasie. Toute chose nourrit, hors l'eau et le sel. Elles ne soutiennent pas, et on ne les appelle pas mazon.
💡 Explication

Rav Houna sépare deux formules. Mazon : les cinq espèces, qui soutiennent le cœur. Tout ce qui nourrit : tout aliment qui rassasie. L'eau et le sel restent dehors. La michna parle de la seconde formule. Rav et Chmouel gardent la première pour la bénédiction.

11
וְהָאָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה: כִּי הֲוָה אָזֵילְנָא בָּתְרֵיהּ דְּרַבִּי יוֹחָנָן לְמֵיכַל פֵּירֵי דְּגִינּוֹסַר, כִּי הֲוֵינַן בֵּי מְאָה — הֲוָה מְנַקְּטִינַן לְכָל חַד וְחַד עַשְׂרָה עַשְׂרָה. כִּי הֲוֵינַן בֵּי עַשְׂרָה — הֲוָה מְנַקְּטִינַן לְכָל חַד וְחַד מְאָה מְאָה. וְכָל מְאָה מִינַּייְהוּ (לֹא) הֲוֵי מַחֲזִיק לְהוּ צַנָּא בַּת תְּלָתָא סָאוֵי, וַהֲוָה אָכֵיל לְהוּ לְכֻולְּהוֹן, וְאָמַר: שְׁבוּעָתָא דְּלָא טְעִים לִי זִיּוּנָא! אֵימָא: ״מְזוֹנָא״.

Or Rabba bar bar Hana a dit : lorsque nous allions derrière Rabbi Yo'hanan manger les fruits de Ginosar, quand nous étions cent, nous prenions pour chacun dix ; quand nous étions dix, nous prenions pour chacun cent. Et chaque centaine d'entre eux, un panier de trois séa (ne) les contenait pas.

Il les mangeait tous, et il disait : serment que je n'ai pas goûté de zivna ! Dis : " mezona ".

📜 Rachi (3)
גִּינּוֹסַר אֶרֶץ יָם כִּינֶּרֶת וּפֵירוֹתֶיהָ מְתוּקִין:
Ginosar : le pays de la mer de Kinneret, et ses fruits sont doux.
דְּלָא טְעִים לִי זִיּוּנָא לֹא אָכַלְתִּי לָשֹׂובַע וַעֲדַייִן אֲנִי רָעֵב:
Que je n'ai pas goûté de zivna : je n'ai pas mangé à satiété, et j'ai encore faim.
זִיּוּנָא ס"ד לָא גָרְסִינַן הָכָא אֶלָּא בְּמַס' בְּרָכוֹת וְהָכָא גָּרְסִינַן אֵימָא מְזוֹנָא:
Zivna, penserais-tu : nous ne lisons pas cela ici, seulement dans le traité Berakhot. Ici nous lisons : dis " mezona ".
💡 Explication

Les fruits de Ginosar sont énormes et doux. Rabbi Yo'hanan en mange une masse, puis jure qu'il n'a pas goûté de zivna. Si ce mot veut dire " ce qui nourrit ", les fruits sortiraient de la catégorie, contre Rav Houna.

La page corrige le mot : mezona, un aliment qui soutient, au sens du mazon. Les fruits rassasient. Ils ne sont pas le repas des cinq espèces. Rachi : la version " penserais-tu, zivna " est celle de Berakhot, pas celle d'ici.

12
אָמַר רַב הוּנָא אָמַר רַב: ״שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אוֹכַל כִּכָּר זוֹ״ — מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. ״כִּכָּר זוֹ עָלַי״ — אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ.

Rav Houna a dit que Rav a dit : " serment que je ne mangerai pas ce pain ", on fait l'érouv pour lui avec. " Ce pain est sur moi ", on ne fait pas l'érouv pour lui avec.

📜 Rachi (2)
מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ דְּלָא נָדַר אֶלָּא מֵאֲכִילָה וְאִי מִשּׁוּם דְּלָא חַזְיָא לֵיהּ הָא חַזְיָא לְאַחֲרֵינִי מִידִי דַּהֲוָה אַנָּזִיר בְּיַיִן:
On fait l'érouv pour lui avec : il n'a interdit que la consommation. Et si ce pain ne lui convient pas, il convient à d'autres, à la manière du nazir avec le vin.
כִּכָּר זוֹ עָלַי מַשְׁמַע כָּל דְּבַר הֲנָאָתָהּ קָאָסַר עָלֶיהָ:
Ce pain est sur moi : le sens est qu'il s'interdit toute jouissance qui en vient.
🗂️ Tossefot (1)
כִּכָּר זוֹ עָלַי אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ תֵּימַהּ לְרִ"י אַמַּאי נְקַט בְּהַאי שְׁבוּעָה וּבְהַאי נֶדֶר בִּשְׁבוּעָה גּוּפָהּ אוֹ בְּנֶדֶר גּוּפֵיהּ הֲוָה מָצֵי לְפַלּוּגֵי דְּהֵיכָא דְּאָסַר עָלֶיהָ בַּאֲכִילָה מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ בַּהֲנָאָה אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ וְעוֹד דְּאָמַר לְקַמָּן (עֵירוּבִין דַּף לא.) לכ"ע אֵין מְעָרְבִין אֶלָּא לִדְבַר מִצְוָה וּמִצְוֹת לָאו לֵיהָנוֹת נִיתְּנוּ מַשְׁמַע דְּלֵיכָּא תַּנָּא דִּפְלִיג וְהָא רַבִּי אֱלִיעֶזֶר דִּבְסָמוּךְ דְּאָמַר כִּכָּר זוֹ עָלַי דְּאֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ מִשּׁוּם דְּאָסוּר בַּהֲנָאָה אִם כֵּן סָבַר דִּמְעָרְבִין לוֹ לִדְבַר הָרְשׁוּת אוֹ מִצְוֹת לֵיהָנוֹת נִיתְּנוּ וְנִרְאֶה כְּרַשְׁבָּ"ם דִּמְפָרֵשׁ דְּאֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ אַפֵּי' אָמַר קוֹנָם אֲכִילַת כִּכָּר זוֹ עָלַי מִשּׁוּם דְּקוֹנָם הָוֵי כְּעֵין הֶקְדֵּשׁ וְאָתֵי לְאִחַלּוֹפֵי בְּהֶקְדֵּשׁ אֲבָל אָמַר שְׁבוּעָה אֲפִילּוּ אָמַר שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אֵהָנֶה מִכִּכָּר זוֹ כֵּיוָן דְּלָא מִיחַלַּף בְּהֶקְדֵּשׁ מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ דְּאֵין מְעָרְבִין אֶלָּא לִדְבַר מִצְוָה וּמִצְוֹת לָאו לֵיהָנוֹת נִיתְּנוּ וּנְקַט שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אוֹכַל דְּאַפֵּי' הָכֵי בְּקוֹנָם אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ וְקָשֶׁה לְפֵירוּשׁוֹ דְּכִי פָּרֵיךְ בְּסָמוּךְ לְרַב הוּנָא לִיפְלֹוג וְלִיתְנֵי בְּדִידֵיהּ לִישָּׁנֵי דְּהָכִי קָאָמַר אֲבָל אָמַר עָלַי נַעֲשָׂה כְּאוֹמֵר כִּכָּר זוֹ הֶקְדֵּשׁ וְאֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ וּלְפִי' הַקּוּנְטְרֵס נִיחָא דְּאֵין לוֹ לִתְלוֹת בְּהֶקְדֵּשׁוֹת דַּאֲסִירִי לְדִידֵיהּ וּלְאַחֲרֵינִי וְיֵשׁ לוֹמַר דְּלָא מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי הָכִי מִשּׁוּם דִּמְסַיֵּים בָּהּ לְפִי שֶׁאֵין מְעָרְבִין בַּהֶקְדֵּשׁוֹת מַשְׁמַע דַּוְוקָא בְּהֶקְדֵּשׁוֹת אֲבָל בְּקוֹנָמוֹת מְעָרְבִין:
" Ce pain est sur moi ", on ne fait pas l'érouv pour lui avec. Le Ri s'étonne : pourquoi prend-il ici un serment, et là un vœu ? Dans le serment lui-même, ou dans le vœu lui-même, il pouvait distinguer : là où il se l'interdit en consommation, on fait l'érouv pour lui avec ; en jouissance, on ne fait pas l'érouv pour lui avec. De plus, il est dit plus loin (Eruvin 31a) que, selon tous, on ne fait l'érouv que pour une chose de mitsva, et les mitsvot n'ont pas été données pour en jouir. On entend qu'aucun tanna n'est en désaccord. Or Rabbi Eliezer, tout près, qui dit " ce pain est sur moi " et qu'on ne fait pas l'érouv pour lui avec parce que la jouissance en est interdite : s'il en est ainsi, il tient qu'on fait l'érouv pour une chose de permission, ou que les mitsvot ont été données pour en jouir. Il paraît juste de suivre le Rachbam, qui explique qu'on ne fait pas l'érouv pour lui avec même s'il a dit " konam, la consommation de ce pain est sur moi ", parce que le konam est une sorte de hekdesh, et l'on viendrait à le confondre avec le hekdesh. Mais s'il a dit un serment, même " serment que je ne jouirai pas de ce pain ", puisqu'on ne le confond pas avec le hekdesh, on fait l'érouv pour lui avec : on ne fait l'érouv que pour une chose de mitsva, et les mitsvot n'ont pas été données pour en jouir. Et il a pris " serment que je ne mangerai pas ", car même ainsi, dans un konam, on ne fait pas l'érouv pour lui avec. C'est difficile selon son explication. Lorsque, tout près, on objecte à Rav Houna : qu'il distingue et enseigne dans le même cas, qu'il réponde que voici le sens : mais s'il a dit " sur moi ", il est tenu pour avoir dit " ce pain est hekdesh ", et on ne fait pas l'érouv pour lui avec. Selon l'explication du commentaire, cela se tient : il n'a pas à rattacher le cas aux hekdeshot, qui sont interdits à lui et aux autres. On peut dire qu'il ne peut pas répondre ainsi, parce que la fin dit " parce qu'on ne fait pas d'érouv avec des hekdeshot ", ce qui vise les hekdeshot seuls ; avec des konamot, on fait un érouv.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב הוּנָא שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אוֹכַל כִּכָּר זוֹ מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. כִּכָּר זוֹ עָלַי אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ ואע"ג דְּפָרִיךְ גְּמָרָא לְרַב הוּנָא וּמְשַׁנֵּי הוּא דְּאָמַר כַּר' אֱלִיעֶזֶר. מ"מ הֲלָכָה כְּוָתֵיהּ דְּרַב הוּנָא דִּסְתָמָא דְּבָרַיְיתָא כְּוָתֵיהּ דְּתַנְיָא זֶה הַכְּלָל אָדָם אוֹסֵר אֶת עַצְמוֹ בְּאֹוכֶל מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. אֹוכֶל הַנֶּאֱסָר עַל הָאָדָם אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. ר' אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר כִּכָּר זוֹ עָלַי מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ כִּכָּר זוֹ הֶקְדֵּשׁ אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ לְפִי שֶׁאֵין מְעָרְבִין בַּהֶקְדֵּשׁוֹת אַלְמָא סְתָמָא דְּהַךְ בָּרַייְתָא כְּרַב הוּנָא. וְהָא דְּאָמַר רַב הוּנָא שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אוֹכַל כִּכָּר זוֹ מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ לָאו דַּוְקָא שֶׁלֹּא אוֹכַל כו' דה"ה נָמֵי אִם אָמַר שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אֵהָנֶה מִכִּכָּר זוֹ מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. דקי"ל כְּרַבָּה וּכְרַב יוֹסֵף דְּאָמְרִי לְקַמָּן דְּאֵין מְעָרְבִין אֶלָּא לִדְבַר מִצְוָה וּמִצְוֹת לָאו לֵיהָנוֹת נִתְּנוּ. וְדָבָר זֶה אַתָּה לָמֵד מִדְּלָא מָצָא רַב הוּנָא לְחַלֵּק אֶלָּא בֵּין שְׁבוּעָה לְקוֹנָם וְאַמַּאי לִיפְלֹוג בִּשְׁבוּעָה גּוּפָא וְלֵימָא שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אוֹכַל מִכִּכָּר זוֹ מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אֵהָנֶה מִכִּכָּר זוֹ אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. אוֹ לִיפְלֹוג בְּקוֹנָם גּוּפֵיהּ וְלֵימָא קוֹנָם אֲכִילַת כִּכָּר זוֹ עָלַי מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. קוֹנָם הֲנָאַת כִּכָּר זוֹ עָלַי אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. וְכֵן בַּבָּרַיְיתָא דִּמְפַלְּגָא בֵּין אָדָם אוֹסֵר עַצְמוֹ בְּאֹוכֶל דְּהַייְנוּ שְׁבוּעָה וּבֵין אֹוכֶל הַנֶּאֱסָר עַל הָאָדָם דְּהַיְינוּ קוֹנָם וְאַמַּאי לִיפְלֹוג הַכֹּל בִּשְׁבוּעָה אוֹ הַכֹּל בְּקוֹנָם כִּדְפָרֵי'. וְעוֹד דְּאָתְיָא הַךְ בָּרַייְתָא דְּלָא כְּרַבָּה וְרַב יוֹסֵף וּלְקַמָּן (עֵירוּבִין דַּף לא.) מַשְׁמַע דְּדָחַק לְאוֹקוּמָא פְּלֻוגְתַּייְהוּ אַלִּיבָּא דְּכוּלְּהוּ תַּנָּאֵי. הִלְכָּךְ בֵּין לְרַב הוּנְאַבִּין לְבָרַיְיתָא אַפֵּיק לְמִילְּתֵיהּ בִּלְשׁוֹן שְׁבוּעָה אֲפִילּוּ אָמַר שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אֵהָנֶה מִכִּכָּר זוֹ מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ דְּמִצְוֹת לָאו לֵיהָנוֹת נִיתְּנוּ. וְאִם אַפֵּיק לְמִילְּתֵיהּ בִּלְשׁוֹן קוֹנָם אֲפִילּוּ אָמַר קוֹנָם אֲכִילַת כִּכָּר זוֹ עָלַי אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ גְּזֵירָה אַטּוּ אָמַר כִּכָּר זוֹ הֶקְדֵּשׁ. מִשּׁוּם דִּסְתָם קוֹנָם דּוֹמֶה לְהֶקְדֵּשׁ דִּשְׁנֵיהֶם אֹוכֶל נֶאֱסָר עַל הָאָדָם: וּלְכֹהֵן בְּבֵית הַפְּרָס ר' יְהוּדָה אוֹמֵר אַף בְּבֵית הַקְּבָרוֹת מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לַחוּץ וְלֶאֱכֹול. כָּתַב רַשִׁ"י דְּרַבִּי יְהוּדָה ות"ק דִּילֵיהּ סָבְרִי כְּסוּמָכוֹס דְּאָמַר מִידִי דַּחֲזֵי לֵיהּ לְמֵיכְלֵיהּ בְּהַהִיא שַׁעְתָּא בָּעֵינַן. וְלִי נִרְאֶה דְּאֵין זֶה תָּלוּי בְּמַחֲלֹוקֶת סוּמָכוֹס וְרַבָּנָן דְּלָא פְּלִיגִי אֶלָּא בְּהָא דְּסוּמָכוֹס סָבַר מִידֵּי דַּחֲזֵי לֵיהּ לְמֵיכַל בָּעֵינַן וְרַבָּנָן סָבְרִי כֵּיוָן דַּחֲזֵי לְאִינָשֵׁי דְּעָלְמָא מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. אֲבָל לכ"ע בָּעֵינַן שֶׁיּוּכַל הַמַּעֲרָב לְהַגִּיעַ לְעֵירוּבוֹ ובע"א לֹא קָנָה שְׁבִיתָה. וְלֵית הִלְכְתָא כְּסוּמָכוֹס ואע"ג דִּסְתָם מִשְׁנָה דְּמַס' כֵּלִים פי"ז מִשְׁנָה יא כְּוָותֵיהּ מִשּׁוּם דב"ה סָבְרִי כְּרַבָּנָן וְכֵן רַב הוּנָא דְּאָמַר שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אוֹכַל כִּכָּר זוֹ מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. וְהָא דִּתְנַן בְּמָתְנֵי' וְהַכֹּהֲנִים בְּחַלָּה וּבִתְרוּמָה לָא הָוֵי כְּמַחֲלֹוקֶת וְאַחַ"כּ סָתַם דְּהוּא הַדִּין לְיִשְׂרָאֵל נָמֵי אֶלָּא אוֹרְחָא דְמִילְּתָא נְקַט כֹּהֲנִים שֶׁתְּרוּמָה וְחַלָּה מְצוּיָה לָהֶם. וְעוֹד דְּהַךְ מִשְׁנָה נָמֵי שְׁנוּיָה בְּפֶרֶק כָּל שָׁעָה (פְּסָחִים דַּף לה.) וְהָתָם דַּוְקָא כֹּהֲנִים וְהַהוּא לִישָּׁנָא תְּנָא נָמֵי הָכָא. וְכָתַב ר"מ זַ"ל דְּלֵית הִלְכְתָא כְּרַבִּי יְהוּדָה ואע"ג דְּאָמַר שְׁמוּאֵל לְקַמָּן בְּפֶרֶק כָּל גַּגּוֹת (עֵירוּבִין דַּף צה.) בְּכָל מָקוֹם שֶׁאָמַר רַבִּי יְהוּדָה בְּעֵירוּבִין הֲלָכָה כְּמוֹתוֹ וְעוֹד אָמַר בְּפֶרֶק מִי שֶׁהוֹצִיאוּהוּ (עֵירוּבִין דַּף מו.) הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּעֵירוּב וַאֲפִילּוּ יָחִיד בִּמְקוֹם רַבִּים בְּהָא לֵית הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ דְּכֵיוָן דְּתַלְיָא פְּלֻוגְתַּייְהוּ בִּפְלֻוגְתָּא דְּרַבִּי וְרַבִּי יוֹסֵי ב"ר יְהוּדָה דְּרַבִּי דִּמְטַמֵּא קָסָבַר אֹהֶל זָרוּק לָא שְׁמֵיהּ אֹהֶל וְקַייְמָא לָן הֲלָכָה כַּר' מֵחֲבֵירוֹ:
Rav Houna a dit : serment que je ne mangerai pas ce pain, on fait l'érouv pour lui avec. Ce pain est sur moi, on ne fait pas l'érouv pour lui avec. Même si la Guemara objecte à Rav Houna et répond qu'il a dit comme Rabbi Eliezer, la halakha est néanmoins comme Rav Houna, car l'anonyme de la baraita est comme lui. On a enseigné : voici la règle. Un homme qui s'interdit un aliment, on fait l'érouv pour lui avec. Un aliment interdit à l'homme, on ne fait pas l'érouv pour lui avec. Rabbi Eliezer dit : ce pain est sur moi, on fait l'érouv pour lui avec. Ce pain est hekdesh, on ne fait pas l'érouv pour lui avec, parce qu'on ne fait pas d'érouv avec des hekdeshot. On voit que l'anonyme de cette baraita est comme Rav Houna. Et ce que Rav Houna a dit, serment que je ne mangerai pas ce pain, on fait l'érouv pour lui avec : " que je ne mangerai pas " n'est pas à prendre au pied de la lettre. Il en va de même s'il a dit : serment que je ne jouirai pas de ce pain, on fait l'érouv pour lui avec. Car nous tenons comme Rabba et comme Rav Yosef, qui disent plus loin qu'on ne fait l'érouv que pour une chose de mitsva, et que les mitsvot n'ont pas été données pour en jouir. Tu l'apprends de ce que Rav Houna n'a trouvé à distinguer qu'entre le serment et le konam. Pourquoi ne distingue-t-il pas dans le serment lui-même, pour dire : serment que je ne mangerai pas de ce pain, on fait l'érouv pour lui avec ; serment que je ne jouirai pas de ce pain, on ne fait pas l'érouv pour lui avec ? Ou qu'il distingue dans le konam lui-même : konam, la consommation de ce pain est sur moi, on fait l'érouv pour lui avec ; konam, la jouissance de ce pain est sur moi, on ne fait pas l'érouv pour lui avec. De même la baraita, qui distingue entre un homme qui s'interdit un aliment, c'est-à-dire un serment, et un aliment interdit à l'homme, c'est-à-dire un konam. Pourquoi ne pas tout distinguer dans le serment, ou tout dans le konam, comme on l'a dit ? De plus, cette baraita sortirait autrement que Rabba et Rav Yosef, et plus loin (Eruvin 31a) on voit qu'on a peiné à établir leur désaccord selon tous les tannaïm. Par conséquent, pour Rav Houna comme pour la baraita : s'il a sorti sa parole en langue de serment, même s'il a dit serment que je ne jouirai pas de ce pain, on fait l'érouv pour lui avec, car les mitsvot n'ont pas été données pour en jouir. Et s'il a sorti sa parole en langue de konam, même s'il a dit konam, la consommation de ce pain est sur moi, on ne fait pas l'érouv pour lui avec, par décret à cause de celui qui dirait : ce pain est hekdesh. Car un konam ordinaire ressemble au hekdesh : dans les deux, l'aliment est interdit à l'homme. Et pour le kohen dans un beit haperas, Rabbi Yehouda dit : même dans un cimetière, parce qu'il peut faire une séparation et manger. Rachi a écrit que Rabbi Yehouda et le premier tanna de sa michna tiennent comme Soumkhos, qui a dit : nous exigeons une chose qui lui convienne à manger à cette heure. Il me semble que cela ne dépend pas du désaccord de Soumkhos et des Sages. Ils ne divergent que sur ceci : Soumkhos tient que nous exigeons une chose qui lui convienne à manger, et les Sages tiennent que, dès lors que cela convient aux gens du monde, on fait l'érouv pour lui avec. Mais selon tous, nous exigeons que celui qui fait l'érouv puisse atteindre son érouv ; autrement, il n'a pas acquis sa chevita. Et la halakha n'est pas comme Soumkhos, même si une michna anonyme du traité Kelim, chapitre 17, michna 11, est comme lui, parce que Beit Hillel tiennent comme les Sages, et de même Rav Houna, qui a dit : serment que je ne mangerai pas ce pain, on fait l'érouv pour lui avec. Et ce que la michna enseigne, " et les kohanim avec la halla et avec la terouma ", n'est pas un désaccord suivi d'une michna anonyme : la même règle vaut pour un Israël. Il a pris le cas habituel, les kohanim, à qui la terouma et la halla sont courantes. De plus, cette michna est aussi enseignée au chapitre Kol cha'a (Pesachim 35a), et là ce sont précisément les kohanim ; cette formulation a aussi été enseignée ici. Le Rambam, de mémoire bénie, a écrit que la halakha n'est pas comme Rabbi Yehouda, même si Chmouel a dit plus loin, au chapitre Kol Gagot (Eruvin 95a) : partout où Rabbi Yehouda a parlé dans Eruvin, la halakha est comme lui. Il a encore dit au chapitre Mi chehotsiouhou (Eruvin 46a) : la halakha suit celui qui est indulgent pour l'érouv, même un seul face au grand nombre. Ici la halakha n'est pas comme lui, puisque leur désaccord dépend de celui de Rabbi et de Rabbi Yossi fils de Rabbi Yehouda. Rabbi, qui déclare impur, tient qu'un ohel zarouk n'a pas le nom de tente. Et nous tenons : la halakha est comme Rabbi face à son collègue.
💡 Explication

Serment que je ne mangerai pas : seule la consommation est interdite. Le pain convient à d'autres. On en fait l'érouv, comme le vin pour un nazir. Ce pain est sur moi : formule de konam. Rachi : toute jouissance est interdite, donc pas d'érouv.

Tossefot, avec le Rachbam : le partage réel est serment contre konam. Un serment, même d'interdiction de jouir, laisse l'érouv, car on ne fait l'érouv que pour une mitsva, et les mitsvot n'ont pas été données pour en jouir. Un konam, même limité à la consommation, est écarté : on le confondrait avec un hekdesh.

Le Roch tranche ainsi, et poursuit : la halakha n'est pas comme Soumkhos. Pour le kohen au cimetière, elle n'est pas comme Rabbi Yehouda : un ohel zarouk, caisson déplacé, n'est pas une tente.

13
מֵיתִיבִי: הַנּוֹדֵר מִן הַכִּכָּר — מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. מַאי לַָאו, דְּאָמַר ״עָלַי״? לֹא, דְּאָמַר ״זוֹ״.

On objecte : celui qui fait vœu au sujet du pain, on fait l'érouv pour lui avec. N'est-ce pas qu'il a dit " sur moi " ?

Non : il a dit " celui-ci ".

📜 Rachi (2)
מַאי לָאו דְּאָמַר עָלַי וּשְׁמַע מִינָּהּ דְּלָא אָסַר אִינִישׁ אַדַּעְתֵּיהּ אֶלָּא דֶּרֶךְ עִיקַּר הֲנָאָתָהּ וְכִי נָדַר אַדַּעְתָּא דַּאֲכִילָה נָדַר:
N'est-ce pas qu'il a dit " sur moi ". On en apprend qu'un homme ne s'interdit, dans sa pensée, que selon la jouissance principale. Et lorsqu'il a fait vœu, c'est en vue de la consommation qu'il a fait vœu.
לֹא דְּאָמַר הֲרֵי זוֹ שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אוֹכַל כִּכָּר זוֹ:
Non, il a dit " voici celui-ci " : serment que je ne mangerai pas ce pain.
💡 Explication

La baraita permet l'érouv à qui s'est interdit un pain. Si " sur moi " était visé, Rav Houna tomberait : cette formule, lue largement, n'interdirait que la consommation, jouissance principale.

Réponse : la baraita parle de " celui-ci ", le serment de ne pas manger.

14
הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא, דְּקָתָנֵי סֵיפָא: אֵימָתַי, בִּזְמַן שֶׁאָמַר ״שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אֶטְעָמֶנָּה״.

Cela aussi se tient, car la fin enseigne : quand ? Lorsqu'il a dit " serment que je n'y goûterai pas ".

💡 Explication

La fin de la baraita limite le cas au serment de ne pas goûter. La lecture " il a dit celui-ci " s'accorde avec ce qui est écrit.

15
אֲבָל אָמַר ״עָלַי״, מַאי? הָכִי נָמֵי דְּאֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ? אִי הָכִי, אַדְּתָנֵי ״כִּכָּר זוֹ הֶקְדֵּשׁ״ אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ, לְפִי שֶׁאֵין מְעָרְבִין בַּהֶקְדֵּשׁוֹת — לִיפְלוֹג וְלִיתְנֵי בְדִידַהּ: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים, דְּאָמַר ״זוֹ״, אֲבָל אָמַר ״עָלַי״ — אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ!

Mais s'il a dit " sur moi ", quoi ? Ainsi aussi, on ne fait pas l'érouv pour lui avec ?

S'il en est ainsi, au lieu d'enseigner " ce pain est hekdesh ", on ne fait pas l'érouv pour lui avec, parce qu'on ne fait pas d'érouv avec des hekdeshot, qu'il distingue et enseigne dans le même cas : dans quel cas est-ce dit ? Lorsqu'il a dit " celui-ci ".

Mais s'il a dit " sur moi ", on ne fait pas l'érouv pour lui avec !

📜 Rachi (2)
הֶקְדֵּשׁ וַדַּאי אָסַר בְּכָל הֲנָאוֹת וְאֵינוֹ רָאוּי לְשׁוּם אָדָם:
Hekdesh : à coup sûr, il a interdit toutes les jouissances, et cela ne convient à aucun homme.
בְּדִידֵיהּ בְּכִכָּר שֶׁל חֻולִּין:
Dans le même cas : dans un pain de houlin.
💡 Explication

Si " sur moi " empêchait l'érouv, la baraita l'aurait dit sur le pain de houlin lui-même : serment, oui ; " sur moi ", non. Elle enseigne à la place le cas du hekdesh, interdit à tout le monde. L'objection vise la lecture de Rav Houna.

16
אָמַר לְךָ רַב הוּנָא: אֶלָּא מַאי, כָּל הֵיכָא דְּאָמַר ״עָלַי״ מְעָרְבִין? קַשְׁיָא רֵישָׁא?

Rav Houna te dirait : sinon, quoi ? Partout où il a dit " sur moi ", on fait l'érouv ?

Le début fait difficulté ?

📜 Rachi (2)
אֶלָּא מַאי כֹּל הֵיכָא דְּאָמַר עָלַי מְעָרְבִין דְּלָא מַשְׁמַע אֶלָּא אֲכִילָה:
Sinon, quoi : partout où il a dit " sur moi ", on fait l'érouv. Cela ne vise que la consommation.
קַשְׁיָא רֵישָׁא דְּקָתָנֵי אֵימָתַי בִּזְמַן שֶׁאָמַר שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אֶטְעָמֶנָּה דְּמַשְׁמַע הָא אָמַר עָלַי לֹא וּמְשַׁנֵּי הָא לָא קַשְׁיָא דְּחַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא כו' עַד נַעֲשֶׂה כְאוֹמֵר כו' דְּלָא מַסִּיק אַדַּעְתֵּיהּ לֶאֱסֹור עָלָיו אֶלָּא דֶּרֶךְ הֲנָאָתָהּ דְּהַיְינוּ אֲכִילָה:
Le début fait difficulté : car on enseigne " quand ? lorsqu'il a dit : serment que je n'y goûterai pas ", ce qui implique que s'il a dit " sur moi ", non. Et l'on répond : ceci ne fait pas difficulté, car il manque des mots, jusqu'à " il est tenu pour avoir dit " : il n'a pas eu à l'esprit de s'interdire sinon selon le mode de sa jouissance, c'est-à-dire la consommation.
💡 Explication

Rav Houna renvoie la difficulté. Lire " sur moi " comme un érouv permis heurte le début : la baraita ne permet que le serment de ne pas goûter.

Rachi anticipe la réponse du segment suivant : le texte est incomplet, et " sur moi " est relu comme un serment de ne pas goûter.

17
חַסּוּרֵי מִיחַסְּרָא, וְהָכִי קָתָנֵי: הַנּוֹדֵר מִן הַכִּכָּר מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ, וַאֲפִילּוּ אָמַר ״עָלַי״ — נַעֲשֶׂה כְאוֹמֵר: שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אֶטְעָמֶנָּה.

Il manque des mots, et voici ce qu'on enseigne : celui qui fait vœu au sujet du pain, on fait l'érouv pour lui avec, et même s'il a dit " sur moi ", il est tenu pour avoir dit : serment que je n'y goûterai pas.

💡 Explication

Hassouré mihassera : la baraita est elliptique. On la complète. Même " sur moi " est lu comme un serment de ne pas goûter : l'homme n'a visé que la consommation, jouissance principale du pain. L'érouv reste permis.

18
מִכָּל מָקוֹם קַשְׁיָא לְרַב הוּנָא! הוּא דְּאָמַר כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר. דְּתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: ״שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אוֹכַל כִּכָּר זוֹ״ — מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. ״כִּכָּר זוֹ עָלַי״ — אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ.

De toute façon, difficulté pour Rav Houna ! C'est qu'il a dit comme Rabbi Eliezer.

Car on a enseigné : Rabbi Eliezer dit : " serment que je ne mangerai pas ce pain ", on fait l'érouv pour lui avec. " Ce pain est sur moi ", on ne fait pas l'érouv pour lui avec.

💡 Explication

La baraita complétée permet l'érouv même pour " sur moi ". Rav Houna, qui l'interdit, reste en difficulté. Réponse : il suit Rabbi Eliezer d'une baraita qui sépare le serment de ne pas manger, érouv permis, et " ce pain est sur moi ", érouv refusé.

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וּמִי אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָכִי? וְהָתַנְיָא, זֶה הַכְּלָל: אָדָם אוֹסֵר עַצְמוֹ בְּאֹוכֶל — מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. אֹוכֶל הַנֶּאְסָר לוֹ לְאָדָם — אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אוֹמֵר: ״כִּכָּר זוֹ עָלַי״ — מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. ״כִּכָּר זוֹ הֶקְדֵּשׁ״ — אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ, לְפִי שֶׁאֵין מְעָרְבִין לוֹ בַּהֶקְדֵּשׁוֹת!

Et Rabbi Eliezer a-t-il dit cela ? Or on a enseigné : voici la règle.

Un homme qui s'interdit un aliment : on fait l'érouv pour lui avec. Un aliment qui est interdit à l'homme : on ne fait pas l'érouv pour lui avec.

Rabbi Eliezer dit : " ce pain est sur moi ", on fait l'érouv pour lui avec. " Ce pain est hekdesh ", on ne fait pas l'érouv pour lui avec, parce qu'on ne fait pas d'érouv pour lui avec des hekdeshot !

📜 Rachi (3)
אָדָם אוֹסֵר עַצְמוֹ בְּאֹוכֶל שֶׁתָּלָה הַנֶּדֶר בְּמַעֲשֵׂה שֶׁהוּא עוֹשֶׂה בְּעַצְמוֹ דְּהַיְינוּ שֶׁלֹּא אוֹכַל:
Un homme qui s'interdit un aliment : il a suspendu le vœu à un acte qu'il fait lui-même, c'est-à-dire " que je ne mangerai pas ".
מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ דְּהָא הֲנָאָה דְּמִמֵּילָא הִיא וְלָאו אִיהוּ עֲבִיד:
On fait l'érouv pour lui avec : car cette jouissance vient d'elle-même, et ce n'est pas lui qui l'accomplit.
אֹוכֶל הַנֶּאֱסָר עַל הָאָדָם כְּגוֹן כִּכָּר זוֹ תֵּיאָסֵר עָלַי אוֹ שְׁבוּעָה שֶׁלֹּא אֵהָנֶה מִכִּכָּר זוֹ דְּהַשְׁתָּא לֹא תָּלָה הָאִיסּוּר בְּמַעֲשֶׂה שֶׁבְּגוּפוֹ אֶלָּא אֲפִילּוּ הֲנָאָה דְּמִמֵּילָא אֵין מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ. ל"א כִּכָּר זוֹ עָלַי מְעָרְבִין לוֹ בָּהּ דְּאָמַר לְקַמָּן (עֵירוּבִין דַּף לא.) אֵין מְעָרְבִין אֶלָּא לִדְבַר מִצְוָה וּמִצְוֹת לָאו לֵיהָנוֹת נִיתְּנוּ הִלְכָּךְ מִשּׁוּם הֲנָאָה לֹא אִיכְפַּת לָן וְאִי מִשּׁוּם דְּלָא חַזְיָא לֵיהּ הָא חַזְיָא לַאֲחֵרִים דֻּומְיָא דְּנָזִיר בְּיַיִן כִּכָּר זוֹ הֶקְדֵּשׁ לָא חַזְיָא לָא לְדִידֵיהּ וְלָא לְאַחֲרֵינִי וַאֲנַן סְעוּדָה הָרְאוּיָה בָּעֵינַן כְּדִלְקַמָּן זֶה עִיקָּר:
Un aliment interdit à l'homme : par exemple " que ce pain me soit interdit ", ou " serment que je ne jouirai pas de ce pain ". Ici il n'a pas suspendu l'interdiction à un acte de son corps : même une jouissance qui vient d'elle-même, on ne fait pas l'érouv pour lui avec. Autre version : " ce pain est sur moi ", on fait l'érouv pour lui avec, car il est dit plus loin (Eruvin 31a) qu'on ne fait l'érouv que pour une chose de mitsva, et que les mitsvot n'ont pas été données pour en jouir. Dès lors la jouissance ne nous importe pas. Et si cela ne lui convient pas, cela convient à d'autres, à la manière du nazir avec le vin. " Ce pain est hekdesh " ne convient ni à lui ni à d'autres. Et nous exigeons un repas qui convienne, comme plus loin. C'est cela l'essentiel.
💡 Explication

Autre baraita. La règle anonyme sépare deux cas. L'homme s'interdit l'acte de manger : l'érouv, jouissance qui vient d'elle-même, reste permis. L'aliment est interdit à l'homme, y compris une jouissance sans acte : pas d'érouv.

Dans cette version, Rabbi Eliezer permet l'érouv pour " ce pain est sur moi ", et ne l'interdit que pour le hekdesh. Rachi retient l'autre version comme essentielle : les mitsvot n'ont pas été données pour en jouir, et le hekdesh ne convient à personne.

20
תְּרֵי תַּנָּאֵי וְאַלִּיבָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר.

Deux tannaïm, et selon Rabbi Eliezer.

💡 Explication

Les deux baraitot parlent toutes deux au nom de Rabbi Eliezer, et se contredisent sur " ce pain est sur moi ". Ce sont deux tannaïm qui rapportent son avis. Rav Houna suit l'une des deux transmissions.

21
מְעָרְבִין לַנָּזִיר בְּיַיִן כּוּ׳. מַתְנִיתִין דְּלָא כְּבֵית שַׁמַּאי. דְּתַנְיָא, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: אֵין מְעָרְבִין לְנָזִיר בְּיַיִן וּלְיִשְׂרָאֵל בִּתְרוּמָה, בֵּית הִלֵּל אוֹמְרִים: מְעָרְבִין לְנָזִיר בְּיַיִן וּלְיִשְׂרָאֵל בִּתְרוּמָה. אָמְרוּ לָהֶן בֵּית הִלֵּל לְבֵית שַׁמַּאי: אִי אַתֶּם מוֹדִים

On fait l'érouv pour un nazir avec du vin, etc. La michna n'est pas selon Beit Chammai.

Car on a enseigné : Beit Chammai disent : on ne fait pas d'érouv pour un nazir avec du vin, ni pour un Israël avec de la terouma. Beit Hillel disent : on fait l'érouv pour un nazir avec du vin, et pour un Israël avec de la terouma.

Beit Hillel leur ont dit, à Beit Chammai : n'admettez-vous pas

💡 Explication

La michna permet l'érouv d'un nazir avec du vin, et d'un Israël avec de la terouma : l'aliment convient à d'autres. Beit Chammai l'interdisent. Beit Hillel l'autorisent, et ouvrent une question. La phrase continue au daf suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).