Eruvin 32a - La présomption que l'envoyé accomplit sa mission

Eruvin 32a

Sougya : Le daf poursuit la phrase de Rav Nahman ouverte en 31b. Dans une chose des scribes, on s'appuie sur la présomption que l'envoyé accomplit sa mission.

Rav Sheshet maintient cette présomption dans une chose de la Tora comme dans une chose des scribes. Il l'appuie sur le 'hadach permis aux éloignés dès midi, sur la femme qui mange des kodachim le soir après avoir déposé l'argent de ses nids, et sur les figues qu'un maître dîme pour le cueilleur.

Rav Nahman ramène chaque cas à une présomption particulière : le tribunal, le tribunal des kohanim, le haver. Rabbi et Rabban Chimon ben Gamliel divergent ensuite sur le prélèvement hors du moukaf, et Ravina départage les deux clauses de la baraita.

Présomption : l'envoyé accomplit sa mission Suite de Rav Nahman, 31b. Rav Sheshet élargit Domaine Rav Nahman Rav Sheshet Chose de la Tora On ne s'appuie pas Il faut avoir vu l'acte Rachi, 31b On s'appuie Même pour alléger Trois preuves plus bas Chose des scribes On s'appuie L'interdit est léger Ex. : érouv de téchum On s'appuie Même lecture que pour la Tora Réponses de Rav Nahman, une par preuve 'Hadach : le tribunal ne se néglige pas Nids : les kohanim vident le chofar avant de partir Figues : un haver ne laisse pas sortir un produit non réparé
Rav Nahman réserve la présomption aux scribes. Rav Sheshet l'étend à la Tora. Chaque preuve reçoit une réponse qui la sort du cas de l'envoyé ordinaire.
Les trois preuves de Rav Sheshet Chaque fois, Rav Nahman réserve la présomption à un tribunal ou à un haver 1. 'Hadach Dès l'omer, permis Éloignés : dès midi Interdit de la Tora Kohanim = envoyés Rav Nahman : le tribunal ne tarde pas 2. Nids Argent dans le chofar Immersion Kodachim le soir Les kohanim ont offert Rav Nahman : ils vident tout le coffre 3. Figues Sans mesure : vadaï Corbeille : demai Haver de Rabbi : dîmé Le maître est l'envoyé Rav Nahman : hazaka du haver seul Lecture du temps, Rav Sheshet Le tribunal est présumé avoir fini à midi L'envoyé ordinaire, seulement à la fin du jour Tossefot : ils se hâtent parce que les éloignés s'appuient sur eux La mitsva de l'omer durerait pourtant tout le jour Même idée pour les nids de la zava et de l'accouchée
Hadash dès midi, kodachim le soir, figues dîmées d'avance : trois fois Rav Sheshet, trois fois une présomption plus étroite chez Rav Nahman.
Figues : formule, haver, deux clauses La quantité connue permet de soupçonner un prélèvement déjà fait Sors et cueille Aucune mesure Le maître ignore le nombre Repas fixe : dîme vadaï Terouma gedola et tout le prélèvement Remplis cette corbeille La mesure est connue Il a pu dîmer ailleurs Araï sans dîme Repas fixe : demai Rabbi Haver : déjà dîmé Même hors du moukaf Mieux vaut ce soupçon que de nourrir un am haaretz de tevel Rabban Chimon ben Gamliel Haver : pas encore dîmé On ne le soupçonne pas hors du moukaf Le cueilleur dîme en vadaï Ravina départage Première clause : am haaretz vers haver, demai Dernière clause : haver vers am haaretz Un autre haver entend Le donneur prélève, même hors du moukaf, pour que l'am haaretz ne mange pas de tevel
Sans mesure, dîme certaine. Corbeille connue, demai. Rabbi et son père divergent sur le haver. Ravina sépare celui qui parle et celui qui entend.
1
בְּשֶׁל סוֹפְרִים — חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ. וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר: אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה — חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ.

Dans une chose des scribes, présomption que l'envoyé accomplit sa mission. Et Rav Sheshet a dit : l'un comme l'autre, présomption que l'envoyé accomplit sa mission.

📜 Rachi (1)
בְּשֶׁל סוֹפְרִים סָמְכִינַן אַחֶזְקַת שָׁלִיחַ דְּאִי נָמֵי לָא עֲבִיד לָא חֲמִיר אִיסּוּרָא כְּגוֹן עֵירוּבֵי תְּחוּמִין:
Nous nous appuyons sur la présomption de l'envoyé. Même s'il n'a pas agi, l'interdit n'est pas grave, par exemple les érouvin de téchumin.
🗂️ Tossefot (1)
רַב שֵׁשֶׁת אָמַר חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ הָרַב רַבֵּינוּ שִׁמְשׁוֹן מפולירר"א פּוֹסֵק כְּרַב שֵׁשֶׁת דבה"ג פּוֹסֵק דַּהֲלָכָה כְּרַב נַחְמָן בְּדִינֵי וּכְרַב שֵׁשֶׁת בְּאִיסּוּרֵי ולר"ת נִרְאֶה דְּהָכָא הֲלָכָה כְּרַב נַחְמָן דִּבְפֶ' הִתְקַבֵּל (גִּיטִּין דַּף סד.) אָמַר בַּעַל אֹמֵר לְגֵירוּשִׁין וְשָׁלִישׁ אָמַר לְגֵירוּשִׁין וְהִיא אוֹמֶרֶת נָתַן לִי וְאָבַד אֵין דָּבָר שֶׁבְּעֶרְוָה פָּחוֹת מִשְּׁנַיִם וּפָרִיךְ מֵהָא דְּאָמַר הָאוֹמֵר לַחֲבֵירוֹ צֵא וְקַדֵּשׁ לִי אִשָּׁה סְתָם אָסוּר בְּכָל הַנָּשִׁים שֶׁבָּעוֹלָם אַלְמָא חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ וּמְשַׁנֵּי ה"מ לְחֻומְרָא אֲבָל לְקֻולָּא לָא ובפ"ק דְּחֻולִּין (דַּף יב.) נָמֵי מַסִּיק לְעוֹלָם אֵין חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ וְהָאוֹמֵר לִשְׁלוּחוֹ צֵא וּתְרֹום לִי וְהָלַךְ וּמָצָא תָּרוּם אֵין חֶזְקָתוֹ תָּרוּם דִּילְמָא אִינִישׁ אַחַרְיַנָא שָׁמַע וְתָרַם ואע"ג דְּהָתָם רַב נַחְמָן קָאָמַר לָהּ מ"מ סָלֵיק הַשַּׁ"ס הָתָם הָכִי וְהַהוּא דִּבְעָא מִינֵּיהּ קִיבְּלָהּ וְעוֹד דְּרַב שְׁמַעְיָה דִּבְסָמוּךְ סָבַר נָמֵי כְּרַב נַחְמָן דִּלְרַב שֵׁשֶׁת לֹא הָיָה צָרִיךְ לְחֶזְקַת כֹּהֲנִים וְאוֹמֵר רִ"י דְּמִכָּל זֶה אֵין רְאָיָה דְּרַב שֵׁשֶׁת נָמֵי לֵית לֵיהּ חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ אֶלָּא בְּמָקוֹם שֶׁאִם לֹא יַעֲשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ יָבֹא הַמְשַׁלֵּחַ לִידֵי עֲבֵירָה אִם יִסְמֹוךְ עָלָיו וּלְכָךְ בְּגֵט אֵין הַשָּׁלִיחַ חוֹשֵׁשׁ לִיתֵּן גֵּט וְהַהִיא דְּחֻולִּין נָמֵי אֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ לִשְׁחֹוט וְלִתְרֹום שֶׁאִם לֹא יִתְרֹום יִרְאֶה הַמְשַׁלֵּחַ שֶׁאֵינוֹ תָּרוּם וְלָא אַסִּיק אַדַּעְתֵּיהּ שֶׁמָּא אַחַר יִשְׁמַע וְיִתְרֹום וּדְרַב שְׁמַעְיָה נָמֵי אִיכָּא לְמֵימַר דְּלָא אָמַר כְּדֵי לִיתֵּן טַעַם לָמָּה סוֹמְכִין עַל הַכֹּהֲנִים אֶלָּא לְייַשֵּׁב דִּבְרֵי רַב דְּאָמַר בְּפֶ' הָאִשָּׁה (יְבָמוֹת דַּף צ:) אֵין שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין עַל טְמֵא שֶׁרֶץ אַף עַל גַּב דְּמִקְוֶה לְפָנֵינוּ דִּילְמָא פָּשַׁע וְלָא טְבִיל אֲבָל שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין עַל מְחֻוסַּר כִּפּוּרִים ואע"ג דְּהָוֵי נָמֵי מְחֻוסַּר מַעֲשֶׂה דְּלֵיכָּא לְמִיחַשׁ דִּילְמָא פָּשַׁע כִּדְרַב שְׁמַעְיָה וְהָתָם נָמֵי מַיְיתֵי לָהּ:
Le rav Rabbeinou Chimchon de Polirra tranche comme Rav Sheshet, car le Bahag tranche que la halakha suit Rav Nahman dans les dinim, et Rav Sheshet dans les interdits. Pour Rabbeinou Tam, il paraît qu'ici la halakha suit Rav Nahman. Au chapitre Ha-tikabel (Gittin 64a) : le mari a dit pour le divorce, le tiers a dit pour le divorce, et elle dit : il me l'a donné et il est perdu. Une affaire d'ervah exige au moins deux témoins. On objecte de ceci : celui qui dit à son prochain : sors et fiance-moi une femme sans la désigner, est interdit à toutes les femmes du monde. On en déduit une présomption que l'envoyé accomplit sa mission. On répond : ces paroles valent pour la sévérité. Pour l'allègement, on ne les dit pas. Au premier chapitre de Houlin (12a) aussi, on conclut : en définitive, il n'y a pas de présomption que l'envoyé accomplit sa mission. Celui qui dit à son envoyé : sors et prélève la terouma pour moi, puis il va et trouve prélevé : on ne présume pas que c'est lui qui a prélevé. Peut-être un autre homme a entendu et a prélevé. Bien que là-bas ce soit Rav Nahman qui le dise, la Guemara aboutit ainsi là-bas, et celui qui l'interrogeait l'a reçue. De plus, Rav Shemaya, plus loin, tient aussi comme Rav Nahman : selon Rav Sheshet, il n'aurait pas eu besoin de la présomption des kohanim. Ri dit que de tout cela il n'y a pas de preuve. Rav Sheshet non plus ne tient la présomption que l'envoyé accomplit sa mission que là où, s'il n'accomplit pas sa mission, le mandant en vient à une faute s'il s'appuie sur lui. C'est pourquoi, pour un get, l'envoyé ne se soucie pas de le remettre. Dans ce passage de Houlin aussi, il ne se soucie pas d'abattre ni de prélever la terouma. S'il ne prélève pas, le mandant verra que ce n'est pas prélevé, et il ne lui vient pas à l'esprit que peut-être un autre entendra et prélèvera. Pour Rav Shemaya aussi, on peut dire qu'il a parlé pour résoudre les paroles de Rav. Rav a dit au chapitre Ha-icha (Yevamot 90b) : on n'abat pas et l'on ne fait pas l'aspersion pour un impur par un sheretz, bien qu'un mikvé soit devant nous, de peur qu'il néglige et ne s'immerge pas. On abat et l'on fait l'aspersion pour un me'houssar kapara, bien qu'il lui manque aussi un acte, car il n'y a pas à craindre qu'il ait négligé, comme Rav Shemaya. Là-bas aussi, on apporte cet enseignement.
💡 Explication

Fin de la phrase de Rav Nahman, commencée en 31b. Chose de la Tora : pas d'appui sur la présomption. Chose des scribes : on s'appuie. Rav Sheshet pose la présomption dans les deux.

Rachi : l'érouv de techum est l'exemple. L'interdit y est léger, donc l'échec possible de l'envoyé ne pèse pas comme une loi de la Tora.

Tossefot rapportent le psak. Rabbeinou Chimchon de Polirra, c'est Chimchon de Falaise, l'ancien, avec le Bahag : Rav Sheshet dans les interdits, Rav Nahman dans les dinim. Rabbeinou Tam suit ici Rav Nahman, par Gittin 64a et Houlin 12a : la présomption sert à être strict, pas à alléger. Ri limite Rav Sheshet au cas où l'échec de l'envoyé ferait fauter le mandant qui s'appuie sur lui.

2
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: מְנָא אֲמִינָא לַהּ, דִּתְנַן: מִשֶּׁקָּרַב הָעֹומֶר, הֻותַּר הַחֹדֶשׁ מִיָּד.

Rav Sheshet a dit : d'où dis-je cela ? Comme nous l'avons enseigné : dès que l'omer a été offert, le 'hadach est permis aussitôt.

💡 Explication

Première preuve. La michna : sitôt l'omer offert, le 'hadach, le grain nouveau, est permis. La phrase suivante, sur les éloignés, porte l'argument.

3
וְהָרְחוֹקִים מֻותָּרִים מֵחֲצוֹת הַיּוֹם וְאֵילָךְ. וְהָא חָדָשׁ דְּאוֹרָיְיתָא הוּא, וְקָתָנֵי: הָרְחוֹקִים מֻותָּרִין מֵחֲצוֹת הַיּוֹם וְאֵילָךְ. לָאו מִשּׁוּם חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ?

Et les éloignés sont permis depuis midi et au-delà. Or le 'hadach est un interdit de la Tora, et l'on enseigne : les éloignés sont permis depuis midi et au-delà.

N'est-ce pas à cause de la présomption que l'envoyé accomplit sa mission ?

📜 Rachi (1)
הָרְחוֹקִין מִירוּשָׁלַיִם שֶׁאֵינָן יוֹדְעִין אִם עֲדַיִין קָרַב הָעֹומֶר מֻותָּרִין מֵחֲצוֹת הַיּוֹם אַלְמָא סָמְכִינַן אַכֹּהֲנִים שֶׁהֵן שְׁלוּחֵינוּ וְעָבְדִי שְׁלִיחוּתַיְיהוּ וּמְקָרְבִי לֵיהּ:
Loin de Jérusalem, ils ne savent pas si l'omer a déjà été offert. Ils sont permis depuis midi. On en déduit que nous nous appuyons sur les kohanim, qui sont nos envoyés : ils accomplissent leur mission et l'offrent.
🗂️ Tossefot (1)
הָרְחוֹקִים מֻותָּרִין אַף עַל גַּב דע"כ צְרִיכִין לְהַקְרִיב מִשּׁוּם מִצְוַת הָעֹומֶר מ"מ מַייְתֵי רְאָיָה מֵהָא דְּשָׁרוּ רְחוֹקִין מֵחֲצוֹת וְאֵילָךְ אַף עַל גַּב דְּיֵשׁ שְׁהוּת כָּל הַיּוֹם אֶלָּא שֶׁמְּמַהֲרִין לְפִי שֶׁיּוֹדְעִין שֶׁהָרְחוֹקִין סוֹמְכִין עֲלֵיהֶן וְכֵן גַּבֵּי קִינֵּי זָבָה וְיוֹלֶדֶת אַף עַל גַּב דִּמְצֻווִּין לְהַקְרִיב בְּאוֹתוֹ יוֹם מִיהָא לָא מִיחַייְּבִי אִי לָאו מִשּׁוּם שֶׁסּוֹמְכוֹת עֲלֵיהֶן וַחֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ:
Les éloignés sont permis. Bien que les kohanim doivent forcément offrir à cause de la mitsva de l'omer, on en apporte néanmoins une preuve : on permet aux éloignés depuis midi et au-delà, bien qu'il reste du temps tout le jour. Les kohanim se hâtent, parce qu'ils savent que les éloignés s'appuient sur eux. De même pour les nids de la zava et de l'accouchée : bien qu'ils aient ordre d'offrir ce jour-là, ils n'y sont tenus que parce que les femmes s'appuient sur eux, et qu'il y a une présomption que l'envoyé accomplit sa mission.
💡 Explication

Les éloignés ne voient pas l'offrande. Dès midi, ils mangent le 'hadach. L'interdit est de la Tora. Rav Sheshet y lit la présomption : les kohanim sont les envoyés du peuple, et l'omer est offert.

Tossefot : la mitsva de l'omer occuperait tout le jour. On les autorise dès midi parce que les kohanim se hâtent, sachant que les éloignés s'appuient sur eux. Même lecture pour les nids de la zava et de l'accouchée.

4
וְרַב נַחְמָן? הָתָם כִּדְקָתָנֵי טַעְמָא — לְפִי שֶׁיּוֹדְעִין שֶׁאֵין בֵּית דִּין מִתְעַצְּלִין בּוֹ.

Et Rav Nahman ? Là-bas, comme on en enseigne la raison : parce qu'ils savent que le tribunal ne se néglige pas à son sujet.

📜 Rachi (1)
הָתָם כִּדְתָנֵי טַעְמָא כו' וַאֲבִי דִּינָא סָמְכִינַן אֲבָל אַשָּׁלִיחַ בְּעָלְמָא לֹא:
Nous nous appuyons sur le tribunal. Sur un envoyé ordinaire, nous ne nous appuyons pas.
💡 Explication

Rav Nahman sort la preuve du cas général. La michna donne elle-même la raison : le tribunal ne laisse pas passer l'omer. Rachi : cet appui ne s'étend pas à un envoyé ordinaire.

5
וְאִיכָּא דְּאָמְרִי, אָמַר רַב נַחְמָן: מְנָא אֲמִינָא לַהּ, דְּקָתָנֵי טַעְמָא לְפִי שֶׁיּוֹדְעִין שֶׁאֵין בֵּית דִּין מִתְעַצְּלִין בּוֹ. בֵּית דִּין הוּא דְּלָא מִתְעַצְּלִין בּוֹ — הָא שְׁלִיחַ מִתְעַצֵּל בּוֹ!

Et il y a qui disent : Rav Nahman a dit : d'où dis-je cela ? Car on enseigne la raison : parce qu'ils savent que le tribunal ne se néglige pas à son sujet.

C'est le tribunal qui ne se néglige pas à son sujet. L'envoyé, lui, se néglige à son sujet.

💡 Explication

Autre version. Rav Nahman ne fait plus que répondre : il tire son principe de la précision. La michna ne parle que du tribunal. On en déduit que l'envoyé ordinaire se néglige, et qu'on ne s'appuie pas sur lui.

6
וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר לָךְ: בֵּית דִּין עַד פַּלְגֵיהּ דְּיוֹמָא, שָׁלִיחַ כֻּולֵּי יוֹמָא.

Et Rav Sheshet te dirait : le tribunal, jusqu'à la moitié du jour. L'envoyé, tout le jour.

📜 Rachi (1)
שְׁלִיחַ כֻּולֵּי יוֹמָא נַטְרֵיהּ וּמִכִּי מְטָא לְאֻורְתָּא סָמְכִינַן עֲלֵיהּ דְּוַדַּאי לֹא עָבַר הַיּוֹם עַד שֶׁשָּׁמַר הַבְטָחָתוֹ:
On l'attend. Quand arrive le soir, nous nous appuyons sur lui : le jour n'est sûrement pas passé avant qu'il ait tenu sa promesse.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' הַשּׁוֹלֵחַ עֵירוּבוֹ בְּיַד חש"ו. אוֹקֵימְנָא בְּעֵירוּבֵי תְּחוּמִין אֲבָל עֵירוּבֵי חֲצֵרוֹת הַשּׁוֹלֵחַ בְּיַד קָטָן הָוֵי עֵירוּב דקי"ל כְּרַב הוּנָא דְּאָמַר קָטָן גּוֹבֶה אֶת הָעֵירוּב: וְאִם אָמַר לְאַחֵר לְקַבְּלוֹ הֵימֶנּוּ הֲרֵי זֶה עֵירוּב. וְדִילְמָא לָא מַמְטֵי לֵיהּ. בְּעוֹמֵד וְרוֹאֵהוּ. וְדִילְמָא לָא שָׁקֵיל לֵיהּ מִינֵּיהּ. חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ. אָמַר רַב נַחְמָן בְּשֶׁל תּוֹרָה אֵין חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ. בְּשֶׁל סוֹפְרִים חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ. וְרַב שֵׁשֶׁת אָמַר אֶחָד זֶה וְאֶחָד זֶה חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ. רַבֵּינוּ שִׁמְשׁוֹן הַזָּקֵן זַ"ל פָּסַק כְּרַב שֵׁשֶׁת לְפִי שֶׁכָּתוּב בִּתְשׁוּבַת הַגְּאוֹנִים דְּהִלְכְתָא כְּרַב שֵׁשֶׁת בְּאִיסּוּרֵי וּכְרַב נַחְמָן בְּדִינֵי. ור"ת זַ"ל כָּתַב דִּבְהָא הִלְכְתָא כְּרַב נַחְמָן. וְהֵבִיא רְאָיָה מִפֶּרֶק הִתְקַבֵּל (גִּיטִּין דַּף סד.) גַּבֵּי בַּעַל אוֹמֵר לְגֵירוּשִׁין וְכוּ' דְּקָא פָּרִיךְ נֵימָא דַּחֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ דא"ר יִצְחָק בַּר יוֹסֵף הָאוֹמֵר לִשְׁלוּחוֹ צֵא וְקַדֵּשׁ לִי אִשָּׁה אָסוּר בְּכָל הַנָּשִׁים שֶׁבָּעוֹלָם וּמְשַׁנֵּי הנ"מ לְחֻומְרָא אֲבָל לְקֻולָּא לָא. אַלְמָא לֹא אָמַר בְּשֶׁל תּוֹרָה חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ לְקֻולָּא. וְעוֹד רְאָיָה מִדְּמַסִּיק פַּר' קַמָּא דְּחֻולִּין דַּף יב. גַּבֵּי הָאוֹמֵר לִשְׁלוּחוֹ צֵא וּשְׁחֹוט לִי צֵא וּתְרֹום לִי דכ"ע אֵין חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ אע"ג דְּהָתָם אַלִּיבָּא דְּרַב נַחְמָן קָאָמַר. מ"מ כֵּיוָן דְּסָלְקָא שְׁמַעְתָּתָא הָכִי. וְגַם הַהוּא דִּבְעָא מִינֵּיהּ קִבְּלָהּ מִינֵּיהּ ש"מ דְּהָכִי הִלְכְתָא וְעוֹד רְאָיָה מֵרַב שְׁמַעְיָה דְּאָמַר לְמִילְּתֵיהּ בְּסָמוּךְ חֲזָקָה אֵין בֵּית דִּין שֶׁל כֹּהֲנִים וְכוּ' כְּדֵי לְתָרֵץ דִּבְרֵי רַב נַחְמָן אַלְמָא סְבִירָא לֵיהּ כְּוָתֵיהּ. ונ"ל שֶׁאֵין רְאָיָה מֵהַהִיא דְּגִיטִּין וּדְחֻולִּין דְּרַב שֵׁשֶׁת לָא קָאָמַר דַּחֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ אֶלָּא בְּמָקוֹם שֶׁיֵּשׁ לַשָּׁלִיחַ לָחוּשׁ אִם לֹא יַעֲשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ יָבֹא הַמְשַׁלֵּחַ לִידֵי מִכְשׁוֹל עֲבֵירָה בַּמֶּה שֶׁסּוֹמֵךְ עָלָיו שֶׁיַּעֲשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ הִלְכָּךְ אֵין הַשָּׁלִיחַ חוֹשֵׁשׁ לִיתֵּן הַגֵּט. וְהַהִיא דְּחֻולִּין נָמֵי אֵין הַשָּׁלִיחַ חוֹשֵׁשׁ לִשְׁחֹוט וְלִתְרֹום כִּי אִם לֹא יִשְׁחֹוט אֵין מִכְשׁוֹל וְכֵן אִם לֹא יִמְצָא הַתְּרוּמָה אֵצֶל הַכְּרִי יָדַע הַמְשַׁלֵּחַ שֶׁאֵינוֹ תָּרוּם. וְרַב שְׁמַעְיָה אִיכָּא לְמֵימַר דְּלָא אֲמַר לְמִילְּתֵיהּ לִיתֵּן טַעַם לָמָּה הָאִשָּׁה סוֹמֶכֶת עַל כֹּהֲנִים אֶלָּא לִיתֵּן טַעַם לְדִבְרֵי רַב. דְּאָמְרִי' בִּפְסָחִים פֶּרֶק הָאִשָּׁה דַּף צ: אֵין שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין עַל טְמֵא שֶׁרֶץ אע"פ שֶׁהַמִּקְוֶה לְפָנָיו מִשּׁוּם דִּמְחֻוסַּר מַעֲשֶׂה דְּדִלְמָא פָּשַׁע וְלָא טְבִיל אֲבָל שׁוֹחֲטִין וְזוֹרְקִין עַל מְחֻוסַּר כִּפּוּרִים אע"ג דִּמְחֻוסַּר מַעֲשֶׂה וְאַייְּתִי עֲלָהּ הָא דְּרַב שְׁמַעְיָה וְכֵיוָן שֶׁנִּדְחוּ רְאָיוֹתָיו אֵין אָנוּ צְרִיכִין לִסְתּוֹר כְּלָל שֶׁל הַגְּאוֹנִים זַ"ל:
Guemara. Celui qui envoie son érouv par un sourd-muet, un dément ou un mineur. On l'établit sur les érouvin de techumin. Pour les érouvin de cours, celui qui envoie par un mineur, c'est un érouv, car nous tenons comme Rav Houna, qui a dit : un mineur collecte l'érouv. Et s'il a dit à un autre de le recevoir de lui, c'est un érouv. Et peut-être ne le lui apportera-t-il pas ? Lorsqu'il se tient et le voit. Et peut-être ne le prendra-t-il pas de lui ? Présomption que l'envoyé accomplit sa mission. Rav Nahman a dit : dans une chose de la Tora, il n'y a pas de présomption que l'envoyé accomplit sa mission. Dans une chose des scribes, il y a une présomption que l'envoyé accomplit sa mission. Et Rav Sheshet a dit : l'un comme l'autre, il y a une présomption que l'envoyé accomplit sa mission. Rabbeinou Chimchon l'ancien, de mémoire bénie, a tranché comme Rav Sheshet, parce qu'il est écrit dans les responsa des Guéonim que la halakha suit Rav Sheshet dans les interdits, et Rav Nahman dans les dinim. Et Rabbeinou Tam, de mémoire bénie, a écrit que dans ce cas la halakha suit Rav Nahman. Il en apporte preuve du chapitre Ha-tikabel (Gittin 64a), à propos du mari qui dit pour le divorce, etc., où l'on objecte : disons qu'il y a une présomption que l'envoyé accomplit sa mission, car Rabbi Its'hak bar Yossef a dit : celui qui dit à son envoyé : sors et fiance-moi une femme, est interdit à toutes les femmes du monde. Et l'on répond : ces paroles valent pour la sévérité. Pour l'allègement, on ne les dit pas. On en déduit que, dans une chose de la Tora, il n'a pas posé la présomption que l'envoyé accomplit sa mission pour alléger. Autre preuve : on conclut au premier chapitre de Houlin, page 12, à propos de celui qui dit à son envoyé : sors et abats pour moi, sors et prélève la terouma pour moi, que tout le monde tient qu'il n'y a pas de présomption que l'envoyé accomplit sa mission, bien que là-bas il parle selon Rav Nahman. Quoi qu'il en soit, puisque la sougya aboutit ainsi, et que celui qui l'interrogeait a aussi reçu de lui, apprends-en que telle est la halakha. Autre preuve : Rav Shemaya, qui dit son enseignement tout de suite, présomption qu'un tribunal de kohanim, etc., afin de résoudre les paroles de Rav Nahman. On en déduit qu'il tient comme lui. Et il me paraît qu'il n'y a pas de preuve, ni de ce passage de Gittin, ni de celui de Houlin. Car Rav Sheshet n'a dit la présomption que l'envoyé accomplit sa mission que là où l'envoyé a à craindre que, s'il n'accomplit pas sa mission, le mandant en vienne à un écueil de faute, du fait qu'il s'appuie sur lui pour qu'il accomplisse sa mission. C'est pourquoi l'envoyé ne se soucie pas de donner le get. Et dans ce passage de Houlin aussi, l'envoyé ne se soucie pas d'abattre ni de prélever la terouma. S'il n'abat pas, il n'y a pas d'écueil. Et de même, s'il ne trouve pas la terouma auprès du tas, le mandant saura qu'elle n'a pas été prélevée. Et pour Rav Shemaya, on peut dire qu'il a dit son enseignement pour donner une raison aux paroles de Rav. Car on dit dans Pessahim, chapitre Ha-icha, page 90b : on n'abat pas et l'on ne fait pas l'aspersion pour un impur par un sheretz, bien que le mikvé soit devant lui, parce qu'il lui manque un acte, de peur qu'il néglige et ne s'immerge pas. On abat et l'on fait l'aspersion pour un me'houssar kapara, bien qu'il lui manque un acte. Et l'on apporte là-dessus cet enseignement de Rav Shemaya. Et puisque ces preuves ont été écartées, nous n'avons pas à renverser la règle des Guéonim, de mémoire bénie.
💡 Explication

Rav Sheshet retourne la précision. Le tribunal est présumé avoir fini à midi, alors que la mitsva durait tout le jour. L'envoyé ordinaire n'a cette présomption qu'à la fin du jour. Rachi : au soir, la promesse est tenue.

Le Roch reprend l'envoi de l'érouv et le psak. Rabbeinou Chimchon l'ancien et les Guéonim : Rav Sheshet dans les interdits. Rabbeinou Tam : Rav Nahman, par Gittin et Houlin. Le Roch écarte ces preuves et laisse la règle des Guéonim.

🖼️ Schéma
Jusqu'à quand présume-t-on l'acte Rav Sheshet relit la précision sur le tribunal Aube Midi Soir Tribunal Présumé avoir offert l'omer dès la moitié du jour La mitsva durait tout le jour On le sait pressé Envoyé ordinaire On l'attend tout le jour Le soir, on s'appuie sur lui Rachi : le jour n'a pas passé sans qu'il tienne parole
Midi pour le tribunal, soir pour l'envoyé ordinaire. Rav Sheshet ne lit pas dans la michna un refus de toute présomption.
7
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: מְנָא אֲמִינָא לַהּ, דְּתַנְיָא: הָאִשָּׁה שֶׁיֵּשׁ עָלֶיהָ לֵידָה אוֹ זִיבָה, מְבִיאָה מָעוֹת וְנוֹתֶנֶת בַּשּׁוֹפָר, וְטוֹבֶלֶת וְאוֹכֶלֶת בַּקֳּדָשִׁים לָעֶרֶב. מַאי טַעְמָא — לָאו מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ.

Rav Sheshet a dit : d'où dis-je cela ? Comme on l'a enseigné : la femme qui a sur elle un accouchement ou une ziva apporte de l'argent, le met dans le chofar, s'immerge, et mange des kodachim le soir.

Quelle en est la raison ? N'est-ce pas parce que nous disons : présomption que l'envoyé accomplit sa mission.

📜 Rachi (4)
מָעוֹת דְּמֵי שְׁתֵּי תּוֹרִים:
Le prix de deux tourterelles.
וְנוֹתֶנֶת בַּשּׁוֹפָר שֶׁכָּתוּב עָלָיו קִינִּין שֶׁשָּׁם נוֹתְנִין מָעוֹת קִינֵּי חוֹבָה כְּדִתְנַן בִּשְׁקָלִים (פ"ו מִשְׁנָה ה) י"ג שׁוֹפָרוֹת כו':
Sur lequel il est écrit kinim. C'est là qu'on met l'argent des nids d'obligation, comme on l'a enseigné dans Chekalim (chapitre 6, michna 5) : treize chofarot, etc.
וְטוֹבֶלֶת דִּתְנַן (חֲגִיגָה דַּף כא.) הָאוֹנֵן וְהַמְחֻוסָּר כִּפּוּרִים צְרִיכִין טְבִילָה לַקֹּודֶשׁ:
Comme on l'a enseigné (Haguiga 21a) : l'onèn et le me'houssar kapara ont besoin d'une immersion pour le kodech.
וְאוֹכֶלֶת בַּקֳּדָשִׁים לָעֶרֶב אַלְמָא חֲזָקָה כֹּהֲנִים עוֹשִׂין שְׁלִיחוּתָן הוֹאִיל וְהַדָּבָר תָּלוּי בָּהֶן שֶׁהַנָּשִׁים סוֹמְכוֹת עֲלֵיהֶן שֶׁלֹּא יַעֲבֹור הַיּוֹם עַד שֶׁיִּקְנוּ קִינִּין בְּכָל מָעוֹת שֶׁבְּאוֹתוֹ שׁוֹפָר וְיַקְרִיבוּ כְּדֵי שֶׁלֹּא יֹאכְלוּ הַנָּשִׁים קָדָשִׁים בְּטֻומְאַת הַגּוּף שֶׁהוּא בְּכָרֵת:
On en déduit la présomption que les kohanim accomplissent leur mission, puisque la chose dépend d'eux. Les femmes s'appuient sur eux pour que le jour ne passe pas avant qu'ils achètent des nids avec tout l'argent de ce chofar et qu'ils les offrent, afin que les femmes ne mangent pas de kodachim dans une impureté du corps, passible de karet.
💡 Explication

Deuxième preuve. La femme dépose le prix de deux tourterelles dans le chofar marqué kinim, s'immerge, et mange des kodachim le soir. Elle n'a pas vu l'offrande. Rav Sheshet : les kohanim, envoyés, ont acheté et offert dans la journée.

Rachi : sans cela, elle mangerait des kodachim en toumat ha-gouf, impureté du corps, passible de karet. L'immersion est celle qu'exigent l'onèn et le me'houssar kapara pour le kodech.

🖼️ Schéma
La femme, le chofar, le soir Accouchement ou ziva. Deux tourterelles 1. Argent Prix des nids d'obligation 2. Chofar Coffre marqué kinim 3. Immersion Comme l'onèn et le kapara 4. Le soir Kodachim permis Rav Sheshet Les kohanim ont acheté et offert dans la journée Sinon, karet Rav Nahman Présomption du tribunal Ils ne partent pas avant d'avoir tout dépensé
Argent, chofar, immersion, kodachim le soir. Rav Sheshet lit une mission accomplie. Rav Nahman lit un tribunal qui ne part pas avant d'avoir tout dépensé.
8
וְרַב נַחְמָן? הָתָם כִּדְרַב שְׁמַעְיָה, דְּאָמַר רַב שְׁמַעְיָה: חֲזָקָה אֵין בֵּית דִּין שֶׁל כֹּהֲנִים עוֹמְדִים מִשָּׁם עַד שֶׁיִּכְלוּ כָּל מָעוֹת שֶׁבַּשּׁוֹפָר.

Et Rav Nahman ? Là-bas, comme Rav Shemaya.

Car Rav Shemaya a dit : présomption que le tribunal des kohanim ne quitte pas cet endroit avant que soit épuisé tout l'argent du chofar.

📜 Rachi (1)
וְרַב נַחְמָן אָמַר לָךְ הָא נָמֵי חֲזָקָה דְּבֵי דִּינָא הוּא:
Il te dirait : celle-ci aussi est une présomption du tribunal.
💡 Explication

Rav Nahman refuse d'en tirer une règle pour tout envoyé. Rav Shemaya pose une présomption du tribunal des kohanim : ils restent jusqu'à épuisement du coffre. Rachi : c'est encore une présomption de tribunal.

9
אָמַר רַב שֵׁשֶׁת: מְנָא אֲמִינָא לַהּ, דְּתַנְיָא: הָאוֹמֵר לַחֲבֵירוֹ ״צֵא וְלַקֵּט לְךָ תְּאֵנִים מִתְּאֵנָתִי״ — אוֹכֵל מֵהֶן עֲרַאי וּמְעַשְּׂרָן וַדַּאי. ״מַלֵּא לְךָ כַּלְכַּלָּה זֹה תְּאֵנִים מִתְּאֵנָתִי״ — אוֹכֵל מֵהֶן עֲרַאי וּמְעַשְּׂרָן דְּמַאי.

Rav Sheshet a dit : d'où dis-je cela ? Comme on l'a enseigné : celui qui dit à son prochain : "Sors et cueille pour toi des figues de mon figuier", il en mange en araï et les dîme en vadaï.

"Remplis pour toi cette corbeille de figues de mon figuier" : il en mange en araï et les dîme en demai.

📜 Rachi (4)
צֵא וְלַקֵּט לְךָ תְּאֵנִים מִתְּאֵנָתִי וְלֹא נָתַן מִדָּה לִלְקִיטָתוֹ:
Et il n'a pas donné de mesure à sa cueillette.
אוֹכֵל הַמְלַקֵּט מִן הַנִּלְקָטוֹת:
Le cueilleur, sur ce qui a été cueilli.
עֲרַאי בְּלֹא מַעֲשֵׂר וּכְשֶׁבָּא לְאָכְלָן קֶבַע מְעַשְּׂרָן וַדַּאי מַעַשְׂרוֹת וַדָּאִין תְּרוּמָה גְּדוֹלָה וְכָל דִּינֵי הַפְרָשָׁה שֶׁאֵין סָפֵק לוֹמַר שֶׁמָּא בַּעַל הַבַּיִת עִישֵּׂר עֲלֵיהֶן מִמָּקוֹם אַחֵר דְּהָא לֹא יָדַע כַּמָּה לִיקֵּט:
Sans dîme. Et quand il vient à les manger en keva, il les dîme en dîmes certaines : terouma gedola, et toutes les règles du prélèvement. Il n'y a pas lieu de dire : peut-être le maître de maison a prélevé pour elles depuis un autre endroit, puisqu'il ne savait pas combien il a cueilli.
אֲבָל אָמַר לוֹ מָלֵא לְךָ כַּלְכָּלָה זוֹ הוֹאִיל וְנוֹתֵן זֶה יוֹדֵעַ כַּמָּה לוֹקֵט יֵשׁ לוֹמַר שֶׁמָּא זֶה הַנּוֹתֵן חוֹשֵׁשׁ שֶׁמָּא יִסְמֹוךְ עָלָיו שֶׁיִּתֵּן לוֹ דְּבַר הֶיתֵּר וּמַעֲשֵׂר עֲלֵיהֶן מִמָּקוֹם אַחֵר הִילְכָּךְ מְלַקֵּט זֶה אוֹכֵל מֵהֶן עֲרַאי בְּלֹא מַעֲשֵׂר וּכְשֶׁבָּא לְאָוכְלָן קֶבַע אֵין צָרִיךְ לְעַשְּׂרָן וַדַּאי אֶלָּא דְּמַאי יַפְרִישׁ וְיֹאכַל הוּא בְּעַצְמוֹ הַמַּעַשְׂרוֹת שֶׁל לֵוִי וְשֶׁל עָנִי כִּשְׁאָר לוֹקֵחַ פֵּירוֹת מֵעַם הָאָרֶץ שֶׁמַּחֲזִיקָן בְּסָפֵק מְעֻושָּׂרִין אַף אֵלּוּ סָפֵק מְעֻושָּׂרִין הֵן וְתוֹרַת דְּמַאי עֲלֵיהֶן:
Puisque ce donneur sait combien on cueille, on peut dire : peut-être ce donneur craint que l'autre s'appuie sur lui pour recevoir une chose permise, et il prélève pour elles depuis un autre endroit. C'est pourquoi ce cueilleur en mange en araï, sans dîme. Et quand il vient à les manger en keva, la dîme requise est le demai. Il prélèvera, et il mangera lui-même les dîmes du lévite et du pauvre, comme celui qui achète des fruits à un am haaretz, qu'on tient pour douteusement dîmés. Ceux-ci aussi sont douteusement dîmés, et la règle du demai est sur eux.
🗂️ Tossefot (2)
הָאוֹמֵר לַחֲבֵרוֹ צֵא וּלְקֹוט לְךָ בְּפֶרֶק לוּלָב (סֻוכָּה דַּף לט.) גַּבֵּי הַלּוֹקֵחַ לוּלָב מֵחֲבֵירוֹ בַשְּׁבִיעִית מַגִּיהַּ שָׁם רַשִׁ"י מֵעַם הָאָרֶץ מִשּׁוּם דְּלָא הֲוָה קָרֵי לֵיהּ חֲבֵירוֹ וְאֵין צָרִיךְ לְהַגִּיהַּ דְּהָכָא מוּקֵי לָהּ בְּעַם הָאָרֶץ שֶׁאָמַר לְחָבֵר אע"ג דְּקָתָנֵי לַחֲבֵרוֹ וּבְשַׁבָּת פֶּרֶק הַשּׁוֹאֵל (דַּף קנ.) אָמַר אוֹמֵר אָדָם לַחֲבֵרוֹ צֵא וּשְׂכֹור לִי פּוֹעֲלִים וּמוּקִי לָהּ בַּחֲבֵרוֹ נָכְרִי:
Celui qui dit à son prochain : sors et cueille pour toi. Au chapitre Loulav (Souka 39a), à propos de celui qui achète un loulav à son prochain pendant la chemita, Rachi corrige là-bas en lisant : à un am haaretz, parce qu'il ne l'aurait pas appelé son prochain. On n'a pas à corriger. Ici, on établit le cas sur un am haaretz qui a parlé à un haver, bien que le texte enseigne : à son prochain. Et dans Chabbat, chapitre Ha-choel (150a), on dit : un homme peut dire à son prochain : sors et embauche-moi des ouvriers. On l'établit sur son prochain nokhri.
תְּאֵנִים מִתְּאֵנָתִי אַף עַל גַּב דְּמַעֲשֵׂר פֵּירוֹת מִדְּרַבָּנָן וְרַב נַחְמָן מוֹדֶה דִּבְשֶׁל סוֹפְרִים חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ כֵּיוָן דְּעִיקַּר שֵׁם מַעֲשֵׂר מִן הַתּוֹרָה חֲשִׁיב לָהּ כְּשֶׁל תּוֹרָה:
Des figues de mon figuier. Bien que la dîme des fruits soit d'ordre rabbinique, et que Rav Nahman convienne que, dans une chose des scribes, il y a une présomption que l'envoyé accomplit sa mission, puisque le nom essentiel de dîme vient de la Tora, on compte cela comme une chose de la Tora.
💡 Explication

Troisième preuve. Deux formules. Sans mesure : le maître ne peut pas avoir dîmé d'avance, il ignore le nombre. En keva, repas fixe, la dîme est vadaï, certaine. Corbeille remplie : il connaît la quantité. Il a pu prélever ailleurs, de peur que le cueilleur s'appuie sur lui. En keva, on dîme en demai. L'araï, la prise occasionnelle, reste sans dîme dans les deux cas.

Tossefot : le mot prochain peut viser un am haaretz face à un haver, ou un nokhri. Inutile de corriger le texte de Souka. Et la dîme des fruits, quoique rabbinique, compte ici comme une chose de la Tora, parce que le nom de dîme vient de la Tora. La preuve atteint donc Rav Nahman.

10
בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּעַם הָאָרֶץ, אֲבָל בְּחָבֵר — אוֹכֵל וְאֵינוֹ צָרִיךְ לְעַשֵּׂר, דִּבְרֵי רַבִּי. רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּעַם הָאָרֶץ, אֲבָל בְּחָבֵר — אֵינוֹ אוֹכֵל עַד שֶׁיְּעַשֵּׂר, לְפִי שֶׁלֹּא נֶחְשְׁדוּ חֲבֵרִים לִתְרֹום שֶׁלֹּא מִן הַמֻּוקָּף.

Dans quel cas dit-on ces paroles ? Chez un am haaretz.

Et chez un haver, il mange et n'a pas à dîmer. Paroles de Rabbi.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : dans quel cas dit-on ces paroles ? Chez un am haaretz.

Et chez un haver, il ne mange pas avant d'avoir dîmé, parce qu'on ne soupçonne pas les haverim de prélever la terouma hors du moukaf.

📜 Rachi (5)
בד"א דְּסָפֵק הֵן וּדְמַאי מִיהָא בָּעֵי לְאַפְרוֹשֵׁי:
Elles sont un doute, et il faut au moins prélever le demai.
בְּעַם הָאָרֶץ שֶׁהַנּוֹתֵן עַם הָאָרֶץ הוּא וְאֵינוֹ חוֹשֵׁשׁ בְּלִפְנֵי עִוֵּר:
Le donneur est un am haaretz, et il ne se soucie pas du lifnei iver.
אֲבָל בְּחָבֵר וַדַּאי מְעֻושָּׂרִין הֵן וְאֵין צָרִיךְ לְעַשְּׂרָן אֲפִילּוּ דְּמַאי:
Elles sont certainement dîmées, et il n'a pas à les dîmer, même en demai.
רַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר בד"א דְּסַגִּי בִּדְמַאי בִּזְמַן שֶׁהַנּוֹתֵן עַם הָאָרֶץ וְחָשׁוּד לִתְרֹום שֶׁלֹּא מִן הַמֻּוקָּף:
Le demai suffit, lorsque le donneur est un am haaretz, et qu'on le soupçonne de prélever la terouma hors du moukaf.
אֲבָל הָיָה הַנּוֹתֵן חָבֵר לֹא יֹאכַל קֶבַע הַלּוֹקֵט עַד שֶׁיְּעַשְּׂרֵם מַעַשְׂרוֹת וַדַּאי: רַבִּי בְּנוֹ שֶׁל רַשְׁבָּ"ג הֲוָה:
Si le donneur était un haver, le cueilleur ne mange pas en keva avant de les avoir dîmées en dîmes certaines. Rabbi était le fils de Rabban Chimon ben Gamliel.
💡 Explication

La clause de la corbeille, le demai, vise d'abord un donneur am haaretz. Rabbi : si le donneur est un haver, le fruit est déjà dîmé. Il a prélevé ailleurs, hors du moukaf, produit non adjacent, pour ne pas faire manger de tevel.

Rabban Chimon ben Gamliel, son père : on ne soupçonne pas un haver de ce prélèvement hors du moukaf. Le cueilleur dîme donc en vadaï. Rachi : l'am haaretz ne craint pas le lifnei iver, le fait de tendre un interdit.

11
אָמַר רַבִּי: נִרְאִין דְּבָרַי מִדִּבְרֵי אַבָּא. מוּטָב שֶׁיֵּחָשְׁדוּ חֲבֵרִים לִתְרֹום שֶׁלֹּא מִן הַמֻּוקָּף, וְלֹא יַאֲכִילוּ לְעַמֵּי הָאָרֶץ טְבָלִים.

Rabbi a dit : mes paroles paraissent justes, plus que les paroles de mon père. Mieux vaut qu'on soupçonne les haverim de prélever la terouma hors du moukaf, et qu'ils ne fassent pas manger de tevel aux amei haaretz.

📜 Rachi (1)
וְאַל יַאֲכִילוּ לְעַמֵּי הָאָרֶץ טְבָלִים לְקַמָּן מְפָרֵשׁ הֵי נִיהוּ עַם הָאָרֶץ:
Plus bas, on explique quel est cet am haaretz.
💡 Explication

Rabbi choisit son avis contre celui de son père. Le soupçon d'un prélèvement hors du moukaf pèse moins que le risque de nourrir un am haaretz de tevel. Rachi renvoie plus bas : la suite dira de quel am haaretz il s'agit.

12
עַד כָּאן לָא פְּלִיגִי אֶלָּא דְּמָר סָבַר: נֶחְשְׁדוּ, וּמַר סָבַר: לֹא נֶחְשְׁדוּ. אֲבָל כֻּולֵּי עָלְמָא: חֲזָקָה שָׁלִיחַ עוֹשֶׂה שְׁלִיחוּתוֹ.

Ils ne divergent que jusque-là : l'un tient qu'on les soupçonne, l'autre tient qu'on ne les soupçonne pas. Tout le monde tient : présomption que l'envoyé accomplit sa mission.

📜 Rachi (1)
לֹא נֶחְשְׁדוּ לִתְרֹום שֶׁלֹּא מִן הַמֻּוקָּף הָא לָאו הָכִי וַדַּאי הֲוָה סָמְכִינַן עַל בַּעַל הַבַּיִת זֶה שֶׁהוּא שָׁלִיחַ עַל כָּךְ שֶׁמֻּוטָּל עָלָיו לְעַשֵּׂר מַה שֶׁהוּא נוֹתֵן וְאַל יַאֲכִיל אִיסּוּר לְעַם הָאָרֶץ:
De prélever la terouma hors du moukaf. Sans cela, nous nous appuierions sûrement sur ce maître de maison : il est envoyé pour cela, il lui incombe de dîmer ce qu'il donne, et de ne pas faire manger un interdit à un am haaretz.
💡 Explication

La Guemara isole l'accord. Rabbi soupçonne les haverim du prélèvement hors du moukaf. Rabban Chimon ben Gamliel ne les soupçonne pas. Les deux tiennent la présomption : le maître, chargé de ne pas faire manger d'interdit, dîme ce qu'il donne. C'est la preuve de Rav Sheshet.

13
וְרַב נַחְמָן, הָתָם כִּדְרַב חֲנִינָא חוֹזָאָה, דְּאָמַר רַב חֲנִינָא חוֹזָאָה: חֲזָקָה הוּא עַל חָבֵר שֶׁאֵינוֹ מוֹצִיא דָּבָר שֶׁאֵינוֹ מְתֻוקָּן מִתַּחַת יָדוֹ.

Et Rav Nahman, là-bas, comme Rav Hanina Hozaa. Car Rav Hanina Hozaa a dit : il y a une présomption sur le haver qu'il ne laisse pas sortir de sa main une chose qui n'est pas réparée.

📜 Rachi (1)
מִתַּחַת יָדוֹ דְּהוֹאִיל וּפֵירֵי דִּידֵיהּ הוּא עָלֶיהָ דִּידֵיהּ רָמֵי וְחָייֵשׁ לְלִפְנֵי עִוֵּר אֲבָל שָׁלִיחַ דְּקַבֵּיל עָלֶיהָ מֵחֲבֵירוֹ אִיכָּא לְמֵימַר דְּמִייַּאַשׁ וְלָא עֲבִיד דְּסָבַר הַהוּא לָא סְמִיךְ עָלַי:
Puisque les fruits sont à lui, cela lui incombe, et il craint le lifnei iver. Un envoyé qui a accepté cela de son prochain, on peut dire qu'il renonce et n'agit pas : il se dit que celui-là ne s'appuie pas sur lui.
💡 Explication

Rav Nahman détache encore le cas de l'envoyé ordinaire. Rav Hanina Hozaa : un haver ne lâche pas un produit non réparé, non dîmé. Rachi : la crainte du lifnei iver pèse sur le propriétaire. Un envoyé mandaté peut se dire que l'autre ne compte pas sur lui, et n'agit pas.

14
אָמַר מַר: בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים — בְּעַם הָאָרֶץ, אֲבָל בְּחָבֵר — אוֹכֵל וְאֵינוֹ צָרִיךְ לְעַשֵּׂר, דִּבְרֵי רַבִּי.

Le maître a dit : dans quel cas dit-on ces paroles ? Chez un am haaretz.

Et chez un haver, il mange et n'a pas à dîmer. Paroles de Rabbi.

💡 Explication

La discussion de la présomption est close. La Guemara reprend la baraita elle-même, à la phrase de Rabbi.

15
הַאי עַם הָאָרֶץ, דְּקָאָמַר לֵיהּ לְמָאֵן? אִילֵימָא דְּקָאָמַר לְעַם הָאָרֶץ חַבְרֵיהּ — מְעַשְּׂרָן דְּמַאי, מִי צָייֵת? אֶלָּא בְּעַם הָאָרֶץ דְּקָאֲמַר לֵיהּ לְחָבֵר. אֵימָא סֵיפָא: נִרְאִין דְּבָרַי מִדִּבְרֵי אַבָּא, מוּטָב שֶׁיֵּחָשְׁדוּ חֲבֵרִים לִתְרֹום שֶׁלֹּא מִן הַמֻּוקָּף וְאַל יַאֲכִילוּ לְעַמֵּי הָאָרֶץ טְבָלִין. עַמֵּי הָאָרֶץ מַאי בָּעֵי הָתָם?

Cet am haaretz, à qui a-t-il parlé ? Si tu dis qu'il a parlé à son prochain, un am haaretz : il les dîme en demai, obéirait-il ?

C'est un am haaretz qui a parlé à un haver. Dis la dernière clause : mes paroles paraissent justes, plus que les paroles de mon père.

Mieux vaut qu'on soupçonne les haverim de prélever la terouma hors du moukaf, et qu'ils ne fassent pas manger de tevel aux amei haaretz. Que viennent faire là les amei haaretz ?

📜 Rachi (2)
מִי צָיֵית לָךְ לְעַשּׂוֹרֵי סָפֵק הָא עַם הָאָרֶץ חַבְרֵיהּ מְהֵימַן לֵיהּ טְפֵי מִינָּךְ:
Pour dîmer un doute. Cet am haaretz, son prochain, le croit plus que toi.
רֵישָׁא דְּקָתָנֵי מְעַשְּׂרָן דְּמַאי בְּעַם הָאָרֶץ דְּקָאֲמַר לֵיהּ לְחָבֵר סֵיפָא כוּ' וְהָכִי קָאָמַר בַּמֶּה דְּבָרִים אֲמוּרִים דְּלוֹקֵט צָרִיךְ לְעַשְּׂרָן דְּמַאי בְּעַם הָאָרֶץ שֶׁאָמַר לוֹ לְחַבֵּר לֶקֶט דְּאִיכָּא לְסַפּוֹקֵי אִי עִישֵּׂר עֲלַייְהוּ הַאי בַּעַל הַבַּיִת אִי לָא אֲבָל בְּחָבֵר שֶׁאָמַר לְעַם הָאָרֶץ לֶקֶט כַּלְכָּלָה זוֹ וְחָבֵר אַחֵר שָׁמַע מִמֶּנּוּ אוֹכֵל וְאֵינוֹ צָרִיךְ לְעַשֵּׂר דְּמַאי דְּוַדַּאי כֵּיוָן דְּנוֹתֵן חָבֵר וְלוֹקֵט עַם הָאָרֶץ חָיֵישׁ הַנּוֹתֵן דְּלָא לֵיכְלִינְהוּ בְּטִבְלַיְיהוּ וְתוֹרֵם אַף שֶׁלֹּא מִן הַמֻּוקָּף דְּמוּטָב יַחְשְׁדוּ חֲבֵרִים וְכוּ':
Et voici ce qu'il dit. Dans quel cas dit-on ces paroles, que le cueilleur doit les dîmer en demai ? Chez un am haaretz qui a dit à un haver : cueille. Car il y a lieu de douter si ce maître de maison a prélevé pour elles, ou non. Chez un haver qui a dit à un am haaretz : cueille cette corbeille, et un autre haver l'a entendu, il mange et n'a pas à dîmer en demai. Car c'est sûr : le donneur est un haver, le cueilleur un am haaretz, le donneur craint qu'il ne les mange dans leur tevel, et il prélève la terouma même hors du moukaf. Mieux vaut qu'on soupçonne les haverim, etc.
💡 Explication

Les deux clauses ne visent pas le même couple. Un am haaretz parlant à un autre am haaretz : celui-ci n'obéirait pas à l'ordre de dîmer un demai. Rachi : il croit son pair plus que le maître qui le met en garde.

Si la première clause est un am haaretz parlant à un haver, la dernière clause parle de ne pas nourrir des amei haaretz. Or, dans cette lecture, celui qui mange est le haver. La question reste ouverte pour Ravina.

16
אָמַר רָבִינָא: רֵישָׁא — בְּעַם הָאָרֶץ שֶׁאָמַר לְחָבֵר, סֵיפָא — בְּחָבֵר שֶׁאָמַר לְעַם הָאָרֶץ, וְחָבֵר אַחַר שׁוֹמְעוֹ. רַבִּי

Ravina a dit : la première clause, un am haaretz qui a parlé à un haver. La dernière clause, un haver qui a parlé à un am haaretz, et un autre haver l'entend.

Rabbi

💡 Explication

Ravina coupe la baraita en deux scènes. Première clause : l'am haaretz envoie le haver cueillir. Doute, donc demai. Dernière clause : le haver parle à l'am haaretz, et un autre haver entend. Le donneur prélève, même hors du moukaf, pour que l'am haaretz ne mange pas le tevel. L'auditeur mange sans demai.

Le mot Rabbi ouvre la suite, sur 32b : comment Rabbi lit cette deuxième scène.

🖼️ Schéma
Ravina : deux scènes, deux clauses Le même couple de personnes ne tient pas les deux bouts de la baraita Première clause Am haaretz parle au haver Le cueilleur est haver Doute sur le prélèvement Repas fixe : demai Un am haaretz n'obéirait pas à l'ordre de dîmer un doute Dernière clause Haver parle à l'am haaretz Un autre haver entend Le donneur craint le tevel Il prélève même hors du moukaf L'auditeur mange sans demai
Première clause : l'am haaretz charge un haver, et le demai reste. Dernière clause : le haver charge un am haaretz, un autre haver entend, le prélèvement a été fait.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).