Eruvin 34a - Conduire l'erouv : mur, migdal et fosse

Eruvin 34a

Sougya : Le daf reprend l'objection : si l'on peut apporter l'erouv, pourquoi exiger qu'il soit vraiment conduit au lieu de la résidence ? Rabbi Zeira répond par un décret, à cause d'une fête qui tombe après le Chabbat : ce jour-là le transport est impossible, et le puisque (ho'il) ne joue pas.

Une baraita oppose le mur, quand on réside dans le domaine public, et le sommet du pigeonnier ou du migdal, selon que l'erouv est au-dessus ou en dessous de dix tefahim. Incliner le migdal pour ramener l'erouv dans les dix se heurte à deux réponses : Rabbi Yirmeya parle d'un migdal cloué, Rava d'un migdal long dont le sommet sort des quatre coudées.

Sans fenêtre ni corde, on ne tire pas non plus l'erouv par l'intérieur. La page s'achève sur la michna de la fosse, même profonde de cent coudées : dans quel domaine se tient-elle ?

Pourquoi conduire vraiment l'erouv ? Le puisque (ho'il) et le décret de Rabbi Zeira. Objection Réponse Portée du décret S'il voulait, il pourrait l'apporter. Même sans l'avoir fait, comptons-le comme apporté. Même logique que l'inclinaison de la corbeille. Le pouvoir de le faire tiendrait lieu de l'acte. Rabbi Zeira Décret à cause d'une fête qui tombe après le Chabbat. Le Chabbat, on ne porte pas l'erouv pour le lendemain. Le puisque n'existe pas ce jour-là : il ne pouvait pas l'apporter. On exige l'acte dans tous les cas. Sinon on s'appuierait sur le puisque même quand la fête suit le Chabbat. Là il faut l'avoir conduit dès la veille du Chabbat.
Le puisque suffirait si l'on pouvait encore apporter l'erouv. Quand la fête suit le Chabbat, ce pouvoir manque. Le décret l'exige dans tous les cas.
Baraita : mur et sommet du migdal La ligne des dix tefahim change le domaine de l'erouv. Résidence dans le domaine public Résidence au sommet du migdal Érouv déposé dans le mur Érouv dans le pigeonnier ou le migdal Sous dix tefahim Érouv valable Il le porte par moins de quatre Chevout au crépuscule Au-dessus de dix Érouv nul Lui : domaine public Érouv : domaine privé Hors de quatre coudées Érouv au-dessus de dix Érouv valable Un seul domaine jusqu'au firmament Il mange sur place Érouv sous dix Érouv nul Karmelit en bas Il ne le monte pas Descendre quitte le lieu Sous dix, le mur est accessible par un chevout. Au-dessus de dix, le trou du mur est un domaine privé. Au sommet, tout ce qui dépasse dix est le lieu de résidence. En dessous, manger sur place fait quitter ce lieu.
Dans la rue, l'erouv du mur ne vaut qu'en dessous de dix. Au sommet du migdal, il ne vaut qu'au-dessus de dix, dans le même domaine.
Peut-on incliner le migdal ? Trois issues. Le puisque ne joue que si le geste est faisable. Rabbi Yirmeya Rava Fenêtre et corde Migdal cloué Fiché par des clous dans le mur On ne l'incline pas On ne jette pas le sommet en bas L'erouv sous dix reste hors d'atteinte Même non cloué Migdal long plus de quatre coudées Un peu d'inclinaison et le sommet sort des quatre coudées du lieu choisi Il ne mange plus chez lui S'il y a une fenêtre et une corde en main on tire l'erouv par l'intérieur Ici : ni fenêtre ni corde Le geste n'est pas à sa portée
Cloué, on ne l'incline pas. Long, le sommet sort des quatre coudées. Sans fenêtre ni corde, on ne le tire pas par l'intérieur.
1
אַמַּאי? נֵימָא: כֵּיוָן דְּאִי בָּעֵי אַמְטוֹיֵי מָצֵי מַמְטֵי לֵיהּ, אַף עַל גַּב דְּלָא אַמְטְיֵיהּ — כְּמַאן דְּאַמְטְיֵיהּ דָּמֵי!

Pourquoi ? Dirions-nous : du moment que, s'il voulait l'apporter, il peut l'apporter, même s'il ne l'a pas apporté, c'est comme s'il l'avait apporté !

🗂️ Tossefot (1)
וְאַמַּאי נֵימָא כֵּיוָן דְּאִי בָּעֵי לְאַמְטוֹיֵי מָצֵי מַמְטֵי לֵיהּ כו' פ"ה הָא דִּנְקַט לְאוֹתוֹבֵיהּ מִמַּתְנִיתִין דיו"ט וְשַׁבָּת מִשּׁוּם דְּלָא תְּנָא בְּמִשְׁנָה אַחֲרִיתִי הוֹלָכַת עֵירוּב בְּהֶדְיָא כִּדְהָכָא ולר"י נִרְאֶה דְּדַוְקָא מי"ט פָּרֵיךְ אֲבָל מֵהָא דִּבְעִיר הוֹלֶכֶת עֵירוּב לְהַבָּא לְעָרֵב בְּעֶרֶב שַׁבָּת לָא מָצֵי לְמִיפְרַךְ דְּהָא בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת שֶׁהוּא שְׁעַת קְנִיַּית עֵירוּב לָא מָצֵי לְאַמְטוֹיֵי הָתָם מִשּׁוּם אִיסּוּר הוֹצָאָה וְאֵין לְייַשֵּׁב דִּבְרֵי רַשִׁ"י דְּוַדַּאי מֵהוֹלָכַת עֵירוּב שֶׁל כָּל הַשָּׁנָה [לֹא] הָיָה יָכוֹל לְהַקְשׁוֹת לָמָּה הָיָה צָרִיךְ לְהוֹלִיכוֹ עַד מְקוֹם הַשְּׁבִיתָה לֹא הָיָה צָרִיךְ רַק לְהוֹצִיאוֹ מִבֵּיתוֹ וּלְהַנִּיחוֹ בִּרְשׁוּת הָרַבִּים בְּמָקוֹם קָרוֹב כְּשִׁיעוּר שְׁנֵי תִּילְתִּי מִיל אוֹ שְׁלֹשָׁה רְבִיעֵי מִיל אוֹ חֲצִי מִיל שֶׁהֵם שִׁיעוּרֵי בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת לְמָר כִּדְאִית לֵיהּ וּלְמָר כִּדְאִית לֵיהּ דְּאִי בָּעֵי מַמְטֵי לֵיהּ פָּחוֹת פָּחוֹת מִד' עַד מְקוֹם הַשְּׁבִיתָה דְּהָא לְרַבָּנָן דָּר' לָא מָצֵי לְאַמְטוֹיֵי פָּחוֹת פָּחוֹת מִד' אַמּוֹת הִלְכָּךְ צָרִיךְ לְהוֹלִיכוֹ עַד מְקוֹם הַשְּׁבִיתָה וּלְרַבִּי נָמֵי אִיכָּא לְמֵימַר דְּהָא דְּצָרִיךְ לְהוֹלִיכוֹ עַד מְקוֹם הַשְּׁבִיתָה הַייְנוּ כְּשֶׁשְּׁבִיתָתוֹ ברה"י הוּא וְיֵשׁ רה"ר בֵּין בֵּיתוֹ לִמְקוֹם שְׁבִיתָתוֹ. וְעוֹד נִרְאֶה לר"י דְּאַף כְּשֶׁשְּׁבִיתָתוֹ ברה"ר צָרִיךְ לְהוֹלִיכוֹ גַּם לְרַבִּי עַד מְקוֹם שְׁבִיתָתוֹ דְּמוֹדֶה רַבִּי שֶׁיֵּשׁ לְהַחְמִיר בִּשְׁבוּת בְּפָחוֹת מֵאַרְבַּע אַמּוֹתָיו כְּמוֹ שֶׁמּוֹדֶה בְּקָנֶה דְּגָזַר שֶׁמָּא יִקְטֹום מִשּׁוּם דִּבְקַל יָבֹא לִידֵי אִיסּוּר שַׁבָּת דְּאוֹרָייְתָא וה"ה דִּבְהַאי שְׁבוּת נָמֵי יֵשׁ לְהַחְמִיר וְכִי מְשַׁנֵּי גְּזֵירָה מִשּׁוּם יו"ט אַחַר שַׁבָּת כּוּ' הֲוָה מָצֵי לְשַׁנּוּיֵי גָּזְרִינַן אַטּוּ כָּל שַׁבָּת דְּעָלְמָא דִּבְכַמָּה דֻּוכְתִּין אָמַר גְּזֵירָה יו"ט אַטּוּ שַׁבָּת אֶלָּא דַּעֲדִיפָא לְמִגְזַר יו"ט אַטּוּ יו"ט א"נ אע"ג דִּבְעָלְמָא גָּזְרִינַן בְּעֵירוּב דִּמְקִילִּינַן טְפֵי לָא הֲוָה גָּזְרִינַן יו"ט אַטּוּ שַׁבָּת:
Pourquoi dirions-nous : du moment que, s'il voulait l'apporter, il peut l'apporter, etc. Le commentaire : s'il a choisi d'objecter à partir de la michna de la fête et du Chabbat, c'est qu'aucune autre michna n'enseigne explicitement le transport de l'erouv comme ici. Au Ri (Rabbeinou Yitshak), il paraît qu'on n'objecte que depuis la fête. De ce qui est dit pour la ville, le transport de l'erouv pour celui qui vient le soir, le vendredi soir, on ne peut pas objecter : au crépuscule (bein ha-chemachot), heure où l'erouv est acquis, il ne peut pas l'apporter là-bas, à cause de l'interdit de sortie (hotzaa). Et l'on ne peut pas maintenir les paroles de Rachi. Certes, à partir du transport de l'erouv de toute l'année, il n'aurait pas pu objecter : pourquoi faudrait-il le conduire jusqu'au lieu de la résidence ? Il n'aurait eu besoin que de le sortir de sa maison et de le déposer dans le domaine public, en un lieu proche, à la mesure de deux tiers de mil, ou de trois quarts de mil, ou d'un demi-mil. Ce sont les mesures du crépuscule, chacun selon son avis. Car s'il voulait, il pourrait l'apporter par moins de quatre coudées à la fois jusqu'au lieu de la résidence. En effet, selon les Sages qui divergent de Rabbi, il ne peut pas l'apporter par moins de quatre coudées. C'est pourquoi il faut le conduire jusqu'au lieu de la résidence. Selon Rabbi aussi, on peut dire que l'obligation de le conduire jusqu'au lieu de la résidence vise le cas où sa résidence est dans un domaine privé, et où un domaine public sépare sa maison du lieu de sa résidence. Il paraît encore au Ri que, même lorsque sa résidence est dans le domaine public, il faut aussi, selon Rabbi, le conduire jusqu'au lieu de sa résidence. Rabbi convient qu'il faut être strict pour un chevout (interdit rabbinique) en deçà de quatre coudées, comme il convient pour le roseau : on a décrété de crainte qu'il ne le coupe, parce qu'on en vient facilement à un interdit du Chabbat de la Torah. Il en va de même pour ce chevout : il faut être strict. Et lorsque la Guemara répond : un décret à cause d'une fête après le Chabbat, etc., on aurait pu répondre : nous décrétons à cause de tout Chabbat ordinaire. En plusieurs endroits, on dit un décret de la fête à cause du Chabbat. Mais il est préférable de décréter une fête à cause d'une fête. Autre explication : bien qu'ailleurs nous décrétions, pour l'erouv, où l'on est plus indulgent, on ne décréterait pas une fête à cause du Chabbat.
💡 Explication

Le pourquoi poursuit l'objection déjà ouverte : la michna exige de conduire l'erouv, alors que le puisque (ho'il), du moment qu'il pourrait l'apporter, semblait tenir lieu de l'acte, comme pour l'inclinaison de la corbeille.

Le Ri limite l'objection à la fête. Le vendredi soir, au crépuscule, la sortie est déjà interdite : on ne dit plus qu'il pourrait encore l'apporter. Toute l'année, déposer l'erouv à distance de crépuscule, puis le porter par moins de quatre coudées, empêche la même question. Selon les Sages face à Rabbi, ce port par moins de quatre est interdit, et il faut aller jusqu'au lieu. Selon Rabbi, aller jusqu'au bout vise une résidence en domaine privé séparée par un domaine public. Le Ri ajoute que Rabbi est strict même pour un chevout en deçà de quatre, sur le modèle du roseau qu'on craint de couper.

🖼️ Schéma
Pourquoi conduire vraiment l'erouv ? Le puisque (ho'il) et le décret de Rabbi Zeira. Objection Réponse Portée du décret S'il voulait, il pourrait l'apporter. Même sans l'avoir fait, comptons-le comme apporté. Même logique que l'inclinaison de la corbeille. Le pouvoir de le faire tiendrait lieu de l'acte. Rabbi Zeira Décret à cause d'une fête qui tombe après le Chabbat. Le Chabbat, on ne porte pas l'erouv pour le lendemain. Le puisque n'existe pas ce jour-là : il ne pouvait pas l'apporter. On exige l'acte dans tous les cas. Sinon on s'appuierait sur le puisque même quand la fête suit le Chabbat. Là il faut l'avoir conduit dès la veille du Chabbat.
Trois temps : le puisque, le décret de la fête après le Chabbat, l'exigence de l'acte dans tous les cas.
2
אָמַר רַבִּי זֵירָא: גְּזֵירָה מִשּׁוּם יוֹם טוֹב שֶׁחָל לִהְיוֹת אַחַר שַׁבָּת.

Rabbi Zeira a dit : un décret à cause d'une fête qui tombe après le Chabbat.

📜 Rachi (1)
א"ר זֵירָא הָא דְּאֶצְרְכוֹ רַבָּנָן לְכָל הַמְּעָרְבִין לְהוֹלִיךְ עֵירוּבָן לִמְקוֹם שְׁבִיתָתָן גְּזֵירָה מִשּׁוּם יו"ט אַחַר הַשַּׁבָּת דְּאִי בָּעֵי לְאַמְטוֹייֵהּ בְּשַׁבָּת לְעָרֵב לְיוֹם הַמָּחֳרָת לָא מָצֵי מַמְטֵי לֵיהּ וְצָרִיךְ לְהוֹלִיכוֹ מֵעֶרֶב שַׁבָּת וְאִי אָמְרַתְּ בְּעָלְמָא נִשְׁבְּקֵיהּ בְּבֵיתֵיהּ מִשּׁוּם הוֹאִיל הָכִי נָמֵי אָתֵי לְמִיסְמַךְ עָלֶיהָ וְנָפֵיק עַל עֵירוּב שְׁבִיתָתוֹ ביו"ט אַחַר הַשַּׁבָּת וְהָתָם אֲפִילּוּ הוֹאִיל לֵיכָּא:
Si les Sages ont obligé tous ceux qui font un erouv à conduire leur erouv jusqu'au lieu de leur résidence, c'est un décret à cause d'une fête après le Chabbat. S'il voulait l'apporter le Chabbat, le soir, pour le lendemain, il ne peut pas l'apporter. Il faut le conduire dès la veille du Chabbat. Et si tu dis qu'en général on le laisse dans sa maison à cause du puisque (ho'il), ici aussi il en viendrait à s'appuyer dessus, et il sortirait sur la foi de l'erouv de sa résidence lors d'une fête après le Chabbat. Et là, même le puisque n'existe pas.
🗂️ Tossefot (1)
גְּזֵירָה אַטּוּ יו"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת וְהָא דְּאָמַר לְעֵיל גַּבֵּי אִילָן כָּל דָּבָר שֶׁהוּא מִשּׁוּם שְׁבוּת לֹא גָּזְרוּ עָלָיו בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וְלָא גָּזְרִינַן מִשּׁוּם יו"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת אוֹ לִפְנֵי הַשַּׁבָּת דְּאָז מִמַּה נַפְשָׁךְ אָסוּר לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּאִילָן הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּהָתָם הִיא גּוּפָא לָא הָוְיָא אֶלָּא מִשּׁוּם שְׁבוּת וְאֵינוֹ אָסוּר לִיטְלוֹ אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן אֲבָל הָכָא דביו"ט שֶׁחָל לִהְיוֹת אַחַר הַשַּׁבָּת אִי אֶפְשָׁר לְהוֹלִיכוֹ מִשּׁוּם אִיסּוּר הוֹצָאָה דְּאוֹרָייְתָא גָּזְרִי' שְׁאָר יו"ט אַטּוּ הָא:
Un décret à cause d'une fête qui tombe après le Chabbat. Ce qu'on a dit plus haut au sujet de l'arbre : toute chose qui n'est qu'un chevout, on n'a pas décrété à son sujet au crépuscule, et l'on ne décrète pas à cause d'une fête qui tombe après le Chabbat ou avant le Chabbat, car alors, de toute façon, il est interdit de se servir de l'arbre. C'est que là-bas, l'interdit lui-même n'est qu'un chevout, et il n'est interdit de le prendre que d'ordre rabbinique. Ici, lorsqu'une fête tombe après le Chabbat, il est impossible de le conduire, à cause d'un interdit de sortie (hotzaa) de la Torah. On décrète donc les autres fêtes à cause de celle-là.
💡 Explication

Rabbi Zeira : l'obligation de conduire vraiment l'erouv est un décret. Quand la fête tombe le lendemain du Chabbat, on ne peut pas porter l'erouv pendant le Chabbat pour le soir qui ouvre la fête. Le puisque ne s'applique pas : il ne pouvait pas l'apporter.

Si, les autres jours, on laissait l'erouv à la maison au nom du puisque, on ferait de même pour cette fête, où le geste est impossible. Tossefot distinguent l'arbre : là-bas l'usage n'est qu'un chevout, et le décret du crépuscule ne s'étend pas à la fête. Ici le transport manque à cause d'un interdit de la Torah, et l'on décrète les autres fêtes à cause de celle qui suit le Chabbat.

3
אַיְּתִיבֶיהָ: נִתְכַּווֵּן לִשְׁבּוֹת בִּרְשׁוּת הָרַבִּים, וְהִנִּיחַ עֵירוּבוֹ בַּכֹּותֶל, לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה טְפָחִים — עֵירוּבוֹ עֵירוּב, לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה טְפָחִים — אֵין עֵירוּבוֹ עֵירוּב. נִתְכַּווֵּן לִשְׁבּוֹת בְּרֹאשׁ הַשּׁוֹבָךְ אוֹ בְּרֹאשׁ הַמִּגְדָּל, לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה טְפָחִים — עֵירוּבוֹ עֵירוּב. לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה טְפָחִים — אֵין עֵירוּבוֹ עֵירוּב.

Il lui a objecté : s'il a eu l'intention de résider dans le domaine public, et qu'il a déposé son erouv dans un mur, en dessous de dix tefahim, son erouv est un erouv ; au-dessus de dix tefahim, son erouv n'est pas un erouv. S'il a eu l'intention de résider au sommet du pigeonnier (chovekh) ou au sommet du migdal (placard), au-dessus de dix tefahim, son erouv est un erouv.

En dessous de dix tefahim, son erouv n'est pas un erouv.

📜 Rachi (7)
וְהִנִּיחַ עֵירוּבוֹ בַּכֹּותֶל סָמוּךְ לִמְקוֹם שְׁבִיתָתוֹ חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת קָאָמַר וְכִדְאוֹקֵימְנָא בְּאִילָן דְּאִי תּוֹךְ אַרְבַּע אַמּוֹת. אֲפִילּוּ לְמַעְלָה מִי' נָמֵי עֵירוּבוֹ עֵירוּב דְּהַנּוֹתֵן אֶת עֵירוּבוֹ יֵשׁ לוֹ אַרְבַּע אַמּוֹת:
Et il a déposé son erouv dans un mur. Il veut dire : près du lieu de sa résidence, en dehors de quatre coudées, comme nous l'avons établi pour l'arbre. Car à l'intérieur de quatre coudées, même au-dessus de dix, son erouv est un erouv : celui qui dépose son erouv dispose de quatre coudées.
לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה עֵירוּבוֹ עֵירוּב ואע"ג דְּעֵירוּבוֹ חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹתָיו מָצֵי שָׁקֵיל לֵיהּ וְאֵיתוֹיֵי פָּחוֹת פָּחוֹת מֵאַרְבַּע אַמּוֹת דְּהָא אֲפִילּוּ בְּשַׁבָּת לָא אֲסִיר כִּי הַאי גַוְונָא אֶלָּא מִשּׁוּם שְׁבוּת דְּרַבָּנָן וְהָכָא דְּבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת הוּא לֹא גְּזוּר:
En dessous de dix, son erouv est un erouv. Même si son erouv est en dehors de ses quatre coudées, il peut le prendre et l'apporter par moins de quatre coudées à la fois. Même le Chabbat, une telle manière n'est interdite qu'à titre de chevout des Sages. Et ici, comme c'est le crépuscule, on n'a pas décrété.
לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה אֵינוֹ עֵירוּב דְּאִי נָפֵיק חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹתָיו קָאֵי ברה"ר וְלָא מָצֵי לְמִשְׁקְלֵיהּ מרה"י דְּהוּא ברה"ר וְעֵירוּבוֹ ברה"י וְהָכָא לֵיכָּא לְמֵימַר כְּמַאן דְּמָלֵי דְּהוּא חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹתָיו הוּא:
Au-dessus de dix, ce n'est pas un erouv. S'il sort en dehors de ses quatre coudées, il se tient dans le domaine public, et il ne peut pas le prendre d'un domaine privé : lui est dans le domaine public, et son erouv est dans un domaine privé. Et ici, on ne peut pas dire que c'est comme si l'espace était rempli (keman de-mali), car lui est en dehors de ses quatre coudées.
נִתְכַּווֵּן לִשְׁבּוֹת שְׁבִיתָתוֹ בְּרֹאשׁ הַמִּגְדָּל וְהוּא גָּבוֹהַּ הַרְבֵּה וְהִנִּיחַ עֵירוּבוֹ לְתוֹכוֹ:
Il a eu l'intention que sa résidence soit au sommet du migdal. Celui-ci est très haut, et il a déposé son erouv à l'intérieur.
אִם לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה הִנִּיחוּ עֵירוּבוֹ עֵירוּב ואע"פ שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לִיטְלוֹ מִשָּׁם וְלַהֲבִיאוֹ לִמְקוֹם שְׁבִיתָתוֹ דְּהָא מַמְטֵי לֵיהּ מרה"י לִרה"י דֶּרֶךְ אֲוִיר רה"ר וְקַיְימָא לָן בְּמוֹשִׁיט דַּאֲפִילּוּ לְמַעְלָה מִי' חַיָּיב הֲרֵי יָכוֹל לֵירֵד וּלְאָוכְלוֹ בְּמָקוֹם שֶׁהוּא מֻונָּח שָׁם דְּכֵיוָן דִּלְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה הוּא הָוֵי כְּבִמְקוֹם שְׁבִיתָתוֹ מַמָּשׁ דְּכֹל לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה עַד לָרָקִיעַ חֲדָא רְשׁוּתָא הִיא:
S'il l'a déposé au-dessus de dix, son erouv est un erouv. Même s'il ne peut pas le prendre de là et l'apporter au lieu de sa résidence : il le ferait passer d'un domaine privé à un domaine privé par l'air du domaine public. Et nous tenons, pour celui qui tend un objet (moshit), que même au-dessus de dix il est coupable. Mais il peut descendre et le manger à l'endroit où il est posé. Puisque c'est au-dessus de dix, c'est comme son lieu de résidence même : tout ce qui est au-dessus de dix, jusqu'au firmament, est un seul domaine.
לְמַטָּה מִי' כְּגוֹן שֶׁיֵּשׁ עֲלִיּוֹת לְמִגְדָּל זוֹ לְמַעְלָה מִזּוֹ וְהִנִּיחוֹ בְּעָלֶיהָ שֶׁלְּמַטָּה מִי' דְּהָוְיָא כַּרְמְלִית:
En dessous de dix. Par exemple, ce migdal a des étages l'un au-dessus de l'autre, et il l'a déposé dans l'étage qui est en dessous de dix, lequel est une karmelit.
אֵין עֵירוּבוֹ עֵירוּב דְּהָא לָא מָצֵי לְמִישְׁקְלֵי מֵהַהוּא כַּרְמְלִית וְאֵיתוֹיֵי לְרֹאשׁ הַמִּגְדָּל שֶׁשּׁוֹבֵת שָׁם מִשּׁוּם אֲוִיר רה"ר דְּמַמְטֵי לֵיהּ דֶּרֶךְ אֲוִיר רה"ר לִרְשׁוּת הַיָּחִיד וְאִי נְחִית וְאָכַל לֵיהּ הָתָם נָפֵיק לֵיהּ מִמְּקוֹם שְׁבִיתָתוֹ וַאֲנַן סְעוּדָה הָרְאוּיָה מִבְּעוֹד יוֹם בִּמְקוֹמוֹ בָּעֵינַן:
Son erouv n'est pas un erouv. Il ne peut pas le prendre de cette karmelit et l'apporter au sommet du migdal où il réside, à cause de l'air du domaine public : il le ferait passer par l'air du domaine public vers un domaine privé. Et s'il descend et le mange là, il est sorti de son lieu de résidence. Or nous exigeons un repas qui convienne, pendant qu'il fait encore jour, dans son lieu.
🗂️ Tossefot (1)
אוֹ בְּרֹאשׁ הַמִּגְדָּל לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה אֵין עֵירוּבוֹ עֵירוּב פֵּי' בַּקּוּנְטְ' בְּלָשׁוֹן רִאשׁוֹן דְּלָא מָצֵי לְמִשְׁקְלֵי' מִכַּרְמְלִית וּלְאֵיתוֹיֵי לְרֹאשׁ הַמִּגְדָּל שֶׁשּׁוֹבֵת שָׁם דְּמַמְטֵי לֵיהּ דֶּרֶךְ אֲוִיר רה"ר לרה"י וְקָשֶׁה דְּאַמַּאי אֵינוֹ עֵירוּב הָא לֵיכָּא אִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא וּכְרַבִּי אָתְיָא מִדְּפָרִיךְ בָּתַר הָכִי אִי אִיכָּא כַּווְּתָא וּמִתְנָא ה"נ ואע"ג דִּבְאִגּוּדוֹ בְּיָדוֹ אִיכָּא נָמֵי אִיסּוּרָא דְּרַבָּנָן לְכָךְ נִרְאֶה דְּלָא הָוֵי כַּרְמְלִית אֶלָּא רה"ר כְּגוֹן שֶׁהוּא בְּטֶפַח תְּשִׁיעִי וְרַבִּים מְכַתְּפִין עָלָיו אוֹ בְּחוֹרֵי רה"ר דְּהָוֵי כרה"ר וצ"ע דְּכִי נָמֵי הָוֵי רה"ר אִם בכה"ג הָוֵי מוֹשִׁיט הוֹאִיל וְאֵינוֹ מוֹשִׁיט דֶּרֶךְ קַרְקַע רה"ר וְאִי לָא הָוֵי מוֹשִׁיט צ"ל דְּמַיְירֵי שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְהוֹשִׁיט מֵרֹאשׁ הַמִּגְדָּל וְלִיטֹּול אֶלָּא דֶּרֶךְ כַּוְּותָא שֶׁכְּנֶגֶד הָעֵירוּב צָרִיךְ לַהֲבִיאוֹ לְתוֹךְ הַמִּגְדָּל וּמִשָּׁם יְבִיאֶנּוּ לִמְקוֹם שְׁבִיתָתוֹ:
Ou au sommet du migdal, en dessous de dix, son erouv n'est pas un erouv. Le kontres (Rachi) l'explique, dans une première formulation : il ne peut pas le prendre de la karmelit pour l'apporter au sommet du migdal où il réside, car il le ferait passer par l'air du domaine public vers un domaine privé. Difficulté : pourquoi l'erouv est-il nul ? Il n'y a pas d'interdit de la Torah. Et l'enseignement suit Rabbi, puisque ensuite on objecte : s'il y a une fenêtre et une corde, ici de même. Et pourtant, lorsque le lien est dans sa main (agoudo be-yado), il y a aussi un interdit des Sages. C'est pourquoi il paraît qu'on est dans un domaine public, la karmelit étant écartée. Par exemple, l'erouv est au neuvième tefah, et le public y charge sur l'épaule. Ou bien il est dans les trous du domaine public, qui comptent comme le domaine public. Et cela demande examen (tsarikh iyoun). Même si c'est un domaine public, y a-t-il ici un moshit, puisqu'il ne tend pas par le sol du domaine public ? Et si ce n'est pas un moshit, il faut dire que le cas est celui où l'on ne peut pas tendre depuis le sommet du migdal et prendre, sinon par une fenêtre en face de l'erouv. Il doit l'apporter à l'intérieur du migdal, et de là il l'apportera au lieu de sa résidence.
💡 Explication

La baraita se lit en deux résidences. Dans le domaine public, l'erouv posé dans le mur vaut en dessous de dix tefahim : il le ramène par moins de quatre coudées, chevout que Rabbi n'a pas décrété au crépuscule. Au-dessus de dix, le trou est un domaine privé, lui reste dans la rue, hors de ses quatre coudées : il ne le prend pas. Rachi écarte ici le principe keman de-mali, l'espace considéré comme rempli, qui joindrait le mur à l'homme.

Au sommet du migdal ou du pigeonnier, c'est l'inverse. Au-dessus de dix, homme et erouv sont dans le même domaine, jusqu'au firmament. Il descend manger sur place. En dessous de dix, l'étage est une karmelit : monter l'erouv traverse l'air du domaine public, et descendre manger quitte le lieu. Il faut un repas valable, dès le jour, dans le lieu de résidence. Tossefot cherchent un domaine public réel, par exemple le neuvième tefah où le public charge sur l'épaule, afin que la nullité tienne à un interdit de la Torah.

🖼️ Schéma
La ligne des dix tefahim Mur du domaine public. L'homme reste dans la rue. Sol, domaine public Dix tefahim Sous dix : valable Au-dessus : nul Lui Hors de quatre coudées Sous dix : il porte par moins de quatre, chevout permis au crépuscule Au-dessus de dix : domaine privé dans le mur il ne peut pas le prendre
Dans le mur : sous dix, l'erouv est accessible. Au-dessus de dix, il est dans un domaine privé, et l'homme est dans la rue.
4
וְאַמַּאי? הָכִי נָמֵי נֵימָא: הוֹאִיל וְיָכוֹל לִנְטוֹתוֹ וְלַהֲבִיאוֹ לְתוֹךְ עֲשָׂרָה! אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: הָכָא בְּמִגְדָּל מְסֻומָּר עָסְקִינַן.

Et pourquoi ? Ici aussi, dirions-nous : puisqu'il peut l'incliner et l'amener à l'intérieur de dix !

Rabbi Yirmeya a dit : ici, nous traitons d'un migdal cloué.

📜 Rachi (2)
וְאַמַּאי לְמַטָּה מִי' אֵינוֹ עֵירוּב נֵימָא הוֹאִיל וְיָכוֹל לִנְטוֹת הַמִּגְדָּל וּלְהַשְׁלִיכוֹ לְמַטָּה וְנִמְצָא מְקוֹם שְׁבִיתָתוֹ מֻוטָּל לָאָרֶץ בִּרְשׁוּת הָרַבִּים וּשְׁקִיל לֵיהּ מִכַּרְמְלִית וְאָכִיל לֵיהּ בִּמְקוֹם שְׁבִיתָתוֹ דְּהָא לֹא גָזְרוּ עַל הַשְּׁבוּת דְּהָא עַל כָּרְחָךְ רַבִּי הִיא מִדְּתָנֵי רֵישָׁא הִנִּיחַ עֵירוּבוֹ בַּכֹּותֶל לְמַטָּה מֵעֲשָׂרָה עֵירוּבוֹ עֵירוּב ואע"ג דְּהוּא ברה"ר וְעֵירוּבוֹ בְּכַרְמְלִית:
Et pourquoi. En dessous de dix, ce n'est pas un erouv ? Dirions-nous : puisqu'il peut incliner le migdal et le jeter en bas. Le lieu de sa résidence se trouve alors posé à terre, dans le domaine public. Il le prend de la karmelit et le mange dans son lieu de résidence. On n'a pas décrété sur le chevout. Car, nécessairement, c'est l'avis de Rabbi : la première clause enseigne que, s'il a déposé son erouv dans un mur en dessous de dix, son erouv est un erouv, même si lui est dans le domaine public et son erouv dans une karmelit.
בְּמִגְדָּל הַמְסֻומָּר תָּקוּעַ בְּמַסְמְרוֹת בַּכֹּותֶל וְאֵינוֹ יָכוֹל לִנְטוֹת:
Un migdal cloué. Fiché par des clous dans le mur, et il ne peut pas l'incliner.
🗂️ Tossefot (1)
הָכִי נָמֵי נֵימָא הוֹאִיל וְיָכוֹל לִנְטוֹתוֹ נִרְאֶה לר"י דְּקָסָבַר הַשַּׁ"ס דְּכִי נָמֵי יַטֶּה רֹאשׁ הַמִּגְדָּל הָוֵי שְׁבִיתָתוֹ בְּרֹאשׁ הַמִּגְדָּל כ"ז שֶׁאֵין רֹאשׁ הַתַּחְתּוֹן זָז מִמְּקוֹמוֹ דְּאִם בַּשְּׁמִטָּה רֹאשׁ הַמִּגְדָּל שְׁבִיתָתוֹ לְעוֹלָם בְּמָקוֹם שֶׁהָיָה רֹאשׁוֹ בִּתְחִילָּה כְּשֶׁהָיָה זָקוּף דְּהַייְנוּ כְּנֶגֶד הָרֹאשׁ הַתַּחְתּוֹן א"כ מַאי מְשַׁנֵּי הָכָא בְּמִגְדָּל אָרֹוךְ עָסְקִינַן דְּאִי מַמְטֵי לֵיהּ קָא נָפֵיק חוּץ לְד' אַמּוֹת מַה לָּנוּ בְּמַה שֶׁיָּצָא רֹאשׁ הָעֶלְיוֹן חוּץ לְד' אַמּוֹת כֵּיוָן שֶׁאֵין שְׁבִיתָתוֹ שָׁם אֶלָּא וַדַּאי שְׁבִיתָתוֹ לְעוֹלָם בְּרֹאשׁ הַמִּגְדָּל וּלְהָכִי בְּמִגְדָּל אָרֹוךְ אִי אֶפְשָׁר לִנְטוֹתוֹ דְּאִי מַמְטֵי לֵיהּ נָפֵיק לֵיהּ חוּץ לְד' אַמּוֹת וְנִמְצָא מְרֻוחָק מֵעֵירוּבוֹ אַרְבַּע אַמּוֹת וְלֹא יוּכַל לְהָבִיא עֵירוּבוֹ לְרֹאשׁ הַמִּגְדָּל אֲפִילּוּ לְרַבִּי כִּדְפֵי' לְעֵיל דְּמוֹדֶה בִּשְׁבוּת בְּפָחוֹת פָּחוֹת מִד' אַמּוֹת דְּאָסוּר אִי נָמֵי אֵינוֹ עֵירוּב כִּדְפֵ"ה מִשּׁוּם שֶׁנִּמְצָא שְׁבִיתָתוֹ מִתְרַחֶקֶת מִד' אַמּוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת וְאֵין זֶה מְקוֹמוֹ וְהָוֵי כְּאִלּוּ מֵסִיר כָּל הַמִּגְדָּל מִמְּקוֹמוֹ הָרִאשׁוֹן וּמַעֲמִידוֹ חוּץ לְד' אַמּוֹת דְּהַשְׁתָּא שְׁבִיתָתוֹ בְּקַרְקָעִית הַמִּגְדָּל שֶׁהָיָה בַּתְּחִילָּה וְהוֹאִיל וּשְׁקִיל לֵיהּ כּוּלֵּיהּ הַאי וַדַּאי לֹא אֲמָרוֹ:
Ici aussi, dirions-nous : puisqu'il peut l'incliner. Il paraît au Ri que la Guemara estime ceci : même s'il incline le sommet du migdal, sa résidence reste au sommet du migdal, tant que l'extrémité inférieure ne quitte pas sa place. Car si, lorsqu'il incline le sommet du migdal, sa résidence était toujours à l'endroit où se trouvait son sommet au début, lorsqu'il était dressé, c'est-à-dire en face de l'extrémité inférieure, alors que répond le cas du migdal long ? Si on l'amène, il sort en dehors de quatre coudées. Que nous importe que l'extrémité supérieure soit sortie en dehors de quatre coudées, puisque sa résidence n'y est pas ? La résidence est donc toujours au sommet du migdal. C'est pourquoi, pour un migdal long, on ne peut pas l'incliner. Si on l'amène, il sort en dehors de quatre coudées. Il se trouve éloigné de son erouv de quatre coudées, et il ne pourra pas apporter son erouv au sommet du migdal, même selon Rabbi, comme on l'a expliqué plus haut : il convient qu'un chevout en deçà de quatre coudées est interdit. Autre possibilité : l'erouv est nul, comme le dit le commentaire, parce que sa résidence se trouve éloignée des quatre premières coudées, et que ce lieu n'est plus le sien. C'est comme s'il retirait tout le migdal de son premier emplacement et le dressait en dehors de quatre coudées. Dès lors, sa résidence est au fond du migdal, là où il était au début. Et puisqu'il le déplace autant, on ne l'a certes pas dit.
💡 Explication

La question reprend le puisque : s'il peut incliner le migdal et ramener le sommet dans les dix, l'erouv du bas devrait valoir. La première clause de la baraita suit Rabbi, qui permet au crépuscule un chevout entre domaine public et karmelit.

Rabbi Yirmeya coupe le geste : le migdal est cloué au mur. Le Ri précise où reste la résidence. Elle suit le sommet, tant que le pied ne bouge pas. C'est pour cela que la réponse de Rava, le migdal long, a un sens : en inclinant, le sommet lui-même sort des quatre coudées.

5
רָבָא אָמַר: אֲפִילּוּ תֵּימָא בְּמִגְדָּל שֶׁאֵינוֹ מְסֻומָּר, וְהָכָא בְּמִגְדָּל אָרֹוךְ עָסְקִינַן, דְּאִי מַמְטֵי לֵיהּ פֻּורְתָּא, אָזֵיל חוּץ לְאַרְבַּע אַמּוֹת.

Rava a dit : même si tu dis un migdal qui n'est pas cloué, ici nous traitons d'un migdal long, de sorte que, s'il l'amène un peu, il va en dehors de quatre coudées.

📜 Rachi (2)
בְּמִגְדָּל אָרֹוךְ הַרְבֵּה יוֹתֵר מֵאַרְבַּע אַמּוֹת:
Un migdal long. Bien plus que quatre coudées.
דְּכִי מַמְטֵי לֵיהּ לַמִּגְדָּל עַד דְּהָוֵי רֹאשׁוֹ לְמַטָּה מִי' נָפֵיק לֵיהּ רֹאשׁוֹ חוּץ לְד' אַמּוֹת מִמָּקוֹם שֶׁהָיָה הַמִּגְדָּל יוֹשֵׁב בַּתְּחִילָּה וְכִי שְׁקִיל לֵיהּ וְאַמְטִי לֵיהּ עַד רֹאשׁ הַמִּגְדָּל וְאָכִיל לֵיהּ אִישְׁתְּכַח דְּלָא קָאֵי בְּד' אַמּוֹת שֶׁנִּתְכַּוֵּון לִשְׁבּוֹת בָּהֶן:
Lorsqu'il l'amène. Le migdal, jusqu'à ce que son sommet soit en dessous de dix : son sommet sort en dehors de quatre coudées, par rapport à l'endroit où le migdal se tenait au début. Et lorsqu'il le prend, l'apporte jusqu'au sommet du migdal et le mange, il se trouve qu'il ne se tient pas dans les quatre coudées où il avait l'intention de résider.
💡 Explication

Rava garde un migdal qu'on peut incliner, à condition qu'il soit long, nettement plus de quatre coudées. Pour faire descendre le sommet sous les dix tefahim, ce sommet dépasse les quatre coudées du lieu choisi au départ.

Manger l'erouv là où le sommet est arrivé, c'est manger hors des quatre coudées où il avait fixé sa résidence. Le puisque ne couvre pas ce déplacement.

🖼️ Schéma
Migdal long : le sommet sort des quatre Rava. Avant d'être sous dix, le haut a quitté le lieu. Sol Dix tefahim Quatre coudées Dressé Incline Sommet hors du lieu Le pied reste en place Le haut doit descendre sous les dix Sur un migdal long ce haut dépasse les quatre coudées Manger là quitte la résidence
Le migdal dressé reste dans les quatre coudées. Incliné pour passer sous dix, son sommet a déjà quitté ce carré.
6
הֵיכִי דָמֵי? אִי דְּאִיכָּא כַּווְּתָא וּמִתְנָא — לַיְיתְיֵהּ בְּכַווְּתָא וּמִתְנָא! דְּלֵית לֵיהּ כַּווְּתָא וּמִתְנָא.

Quel est le cas ? S'il y a une fenêtre (kaveata) et une corde (mitna), qu'il l'amène par la fenêtre et la corde !

C'est qu'il n'a ni fenêtre ni corde.

📜 Rachi (1)
וְאִי אִיכָּא כַּווְּתָא וּמִיתְנָא כו' כַּווְּתָא חַלּוֹן מִיתָנָא חֶבֶל אִם אֲרֻובָּה בְּרֹאשׁ הַמִּגְדָּל וְיֵשׁ חֶבֶל בְּיָדוֹ וְקָשׁוּר בָּעֵירוּב וַאֲפִילּוּ כְּשֶׁהוּא בְּכַרְמְלִית לְמַטָּה מִי' יְבִיאֶנּוּ אֶצְלוֹ דֶּרֶךְ תּוֹכוֹ שֶׁל מִגְדָּל דְּהָא מִכַּרְמְלִית לִרְשׁוּת הַיָּחִיד הוּא: ל"א שָׁמַעְתִּי וְעִיקָּר נִתְכַּווֵּן לִשְׁבּוֹת בְּרֹאשׁ הַמִּגְדָּל אוֹ בְּרֹאשׁ הַשּׁוֹבָךְ אַהַנִּיחַ עֵירוּבוֹ בַּכֹּותֶל קָאֵי וְקָתָנֵי דְּהַשְׁתָּא הָוֵי אִיפְּכָא דְּאִי לְמַעְלָה מִי' הִנִּיחוֹ בַּכֹּותֶל עֵירוּבוֹ עֵירוּב שֶׁהַמִּגְדָּל אֵצֶל הַכֹּותֶל וְיָכוֹל לַהֲבִיאוֹ אֶצְלוֹ וְאֵין הֶפְסֵק בֵּינֵיהֶן לְמַטָּה מִי' כְּגוֹן בְּטֶפַח תְּשִׁיעִי וְרַבִּים מְכַתְּפִין עָלָיו וְהָוֵי רה"ר אֵין עֵירוּבוֹ עֵירוּב דְּלָא מָצֵי מַייְתֵי לֵיהּ מרה"ר לרה"י וְאַמַּאי לֵימָא הוֹאִיל וְיָכוֹל לִנְטוֹת הַמִּגְדָּל שֶׁל מְקוֹם שְׁבִיתָה וְלַהֲבִיאוֹ לְתוֹךְ רה"ר דְּנֶיהֱוֵי רֹאשׁ הַמִּגְדָּל כַּרְמְלִית דְּרָחָב ד' וְאֵינוֹ גָּבוֹהַּ י' נְפַק לֵיהּ מִחוּץ לְד' אַמּוֹת מַרְחִיק רֹאשׁ הַמִּגְדָּל מִן הָעֵירוּב אַרְבַּע אַמּוֹת וְלָא מָצֵי לְמִשְׁקְלֵיהּ וּלְאֵיתוֹיֵי לְרֹאשׁ הַמִּגְדָּל וְנִמְצָא מַעֲבִירוֹ ד' אַמּוֹת בִּרה"ר אִי נָמֵי נִמְצֵאת שְׁבִיתָתוֹ מִתְרַחֶקֶת אַרְבַּע אַמּוֹתָיו הָרִאשׁוֹנוֹת וְאֵין זֶה מְקוֹמוֹ. מַתְנָא חֶבֶל כַּוְּותָא חַלּוֹן אִם יֵשׁ חַלּוֹן בַּמִּגְדָּל כְּנֶגֶד מָקוֹם שֶׁהָעֵירוּב שָׁם וְיֵשׁ חֶבֶל קָטָן בְּיָדוֹ וְקָשׁוּר חֶבֶל בָּעֵירוּב מִבְּעוֹד יוֹם אֲפִילּוּ כְּשֶׁהוּא ברה"ר לְמַטָּה מִי' וְרֹאשׁ הַשֵּׁנִי יְהֵא בַּמִּגְדָּל יְבִיאֶנּוּ אֶצְלוֹ דְּכֵיוָן דְּאִיגּוּדוֹ בְּיָדוֹ אֵינוֹ אֶלָּא מִשּׁוּם שְׁבוּת כִּי מַיְיתֵי לֵיהּ מרה"ר לרה"י כְּדִתְנַן בְּרֵישׁ הַמּוֹצֵא תְּפִילִּין הָיָה קוֹרֵא בְּרֹאשׁ הַגָּג וְנִתְגַּלְגֵּל הַסֵּפֶר מִיָּדוֹ אֲפִילּוּ בָּאָרֶץ עַצְמוֹ גּוֹלְלוֹ אֶצְלוֹ שֶׁאֵין לְךָ דָּבָר שֶׁהוּא מִשּׁוּם שְׁבוּת עוֹמֵד בִּפְנֵי כִּתְבֵי הַקֹּודֶשׁ אַלְמָא הֵיכָא דְּאִיגּוּדוֹ בְּיָדוֹ שְׁבוּת בְּעָלְמָא הוּא וְאָתֵי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי דְּאָמַר לֹא גָזְרוּ עַל הַשְּׁבוּת בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת:
Et s'il y a une fenêtre et une corde, etc. Kaveata : fenêtre. Mitna : corde. S'il y a une ouverture au sommet du migdal, qu'il a une corde en main attachée à l'erouv, même lorsque celui-ci est dans une karmelit en dessous de dix, il l'amènera auprès de lui par l'intérieur du migdal, car c'est d'une karmelit vers un domaine privé. Autre version, je l'ai entendue, et elle est la principale. Il a eu l'intention de résider au sommet du migdal ou au sommet du pigeonnier se rapporte à : il a déposé son erouv dans le mur. Et l'on enseigne qu'à présent c'est l'inverse. S'il l'a déposé dans le mur au-dessus de dix, son erouv est un erouv : le migdal est auprès du mur, il peut l'amener auprès de lui, et il n'y a pas d'interruption entre eux. En dessous de dix, par exemple au neuvième tefah, et le public y charge sur l'épaule, cela compte comme domaine public : son erouv n'est pas un erouv, car il ne peut pas l'amener du domaine public au domaine privé. Et pourquoi ? Disons : puisqu'il peut incliner le migdal du lieu de résidence et l'amener dans le domaine public, de sorte que le sommet du migdal devienne une karmelit, car il est large de quatre et n'est pas haut de dix. Il sort en dehors de quatre coudées : il éloigne le sommet du migdal de l'erouv de quatre coudées, et il ne peut pas le prendre et l'apporter au sommet du migdal. Il se trouve qu'il le fait passer sur quatre coudées dans le domaine public. Autre possibilité : sa résidence se trouve éloignée de ses quatre premières coudées, et ce n'est plus son lieu. Mitna : corde. Kaveata : fenêtre. S'il y a une fenêtre dans le migdal en face de l'endroit où se trouve l'erouv, qu'il a une courte corde en main, et que la corde a été attachée à l'erouv pendant qu'il faisait encore jour, même lorsque l'erouv est dans le domaine public en dessous de dix et que l'autre extrémité est dans le migdal, il l'amènera auprès de lui. Car, puisque son lien est dans sa main, ce n'est qu'un chevout lorsqu'il l'amène du domaine public au domaine privé. Comme nous l'avons enseigné au début du chapitre Ha-motse tefillin : il lisait au sommet du toit, le rouleau a glissé de sa main, même jusqu'au sol lui-même, il le roule vers lui. Car aucune chose qui ne soit qu'un chevout ne fait obstacle aux écrits sacrés. On voit donc que, là où son lien est dans sa main, ce n'est qu'un chevout. Et cela vient selon Rabbi, qui a dit : on n'a pas décrété sur le chevout au crépuscule.
🗂️ Tossefot (1)
אִי אִיכָּא כַּוְּותָא וּמִתְנָא הָא דְּלָא פָּרֵיךְ לְעֵיל נָמֵי הָכִי גַּבֵּי אִילָן מִשּׁוּם דְּאֵין דֶּרֶךְ מַתְנָא לִהְיוֹת גַּבֵּי אִילָן וְאֵין לוֹמַר דְּנַיְיתֵי דְּכֻולֵּי הַאי וַדַּאי לָא אָמְרִינַן הוֹאִיל אִי נָמֵי יֵשׁ לוֹמַר דְּהַשְׁתָּא דַּוְקָא פָּרִיךְ מִכֵּיוָן דְּאָמַר הוֹאִיל וְיָכוֹל לִנְטוֹתוֹ:
S'il y a une fenêtre et une corde. Si l'on n'a pas objecté ainsi plus haut aussi au sujet de l'arbre, c'est qu'une corde n'a pas coutume d'être auprès d'un arbre. Et l'on ne dira pas qu'il l'apporte : à ce point, on ne dit certes pas le puisque (ho'il). Autre explication : on peut dire que l'objection ne vient que maintenant, dès lors qu'il a dit : puisqu'il peut l'incliner.
💡 Explication

La Guemara serre le cas. Une fenêtre et une corde déjà attachée permettraient de hisser l'erouv par l'intérieur, sans traverser la rue. Le lien dans la main (agoudo be-yado) n'est qu'un chevout, comme le rouleau qui glisse du toit dans Ha-motse tefillin : on le ramène, et Rabbi n'a pas décrété ce chevout au crépuscule. La réponse : ici, ni fenêtre ni corde.

Rachi rapporte une seconde lecture, qu'il tient pour principale. La clause du sommet du migdal commente encore l'erouv déposé dans le mur, et les hauteurs s'inversent : au-dessus de dix, le migdal jouxte le mur et l'erouv vaut ; au neuvième tefah, le public charge sur l'épaule, c'est un domaine public, et l'erouv ne vaut pas. Incliner éloigne alors le sommet de quatre coudées. Tossefot : on n'avait pas posé la question de la corde pour l'arbre, une corde n'y est pas en usage, et le puisque ne va pas jusque-là.

🖼️ Schéma
Fenêtre et corde On tire l'erouv par l'intérieur. Ici les deux manquent. Dix tefahim Fenêtre Érouv Corde Kaveata : fenêtre Mitna : corde Le lien est dans sa main depuis qu'il fait jour Le geste compte comme chevout selon Rabbi, au crépuscule Sans fenêtre et sans corde ce chemin n'existe pas
La corde passe par la fenêtre, le lien reste dans la main. Sans ces deux moyens, l'erouv d'en bas ne monte pas.
7
נְתָנוֹ בְּבוֹר אֲפִילּוּ עָמֹוק מֵאָה אַמָּה וְכוּ׳. הַאי בּוֹר דְּקָאֵי הֵיכָא? אִילֵּימָא דְּקָאֵי בִּרְשׁוּת הַיָּחִיד —

Il l'a déposé dans une fosse, même profonde de cent coudées, etc. Cette fosse, où se tient-elle ?

Si l'on dit qu'elle se tient dans un domaine privé,

💡 Explication

La michna valide l'erouv déposé dans une fosse, même profonde de cent coudées. La Guemara demande le domaine où cette fosse se trouve. La phrase s'arrête sur l'hypothèse du domaine privé. La suite est sur la page suivante.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).