Sougya : La page achève la michna de la fosse. Dans un domaine privé, le domaine descend avec elle : le cas enseigné est une fosse dans une karmelit, l'homme résidant au bord, selon Rabbi, qui ne décrète pas le chevout au crépuscule.
La michna du roseau ou du pieu, détaché et fiché, même à cent coudées, oppose Rav Hisda, qui partage la michna entre Rabbi et les Sages, et Ravina, pour qui le tout est Rabbi : on craint de couper le roseau tendre. Rav Nahman fait tasser des roseaux encore tendres pour s'asseoir ; les roseaux durcis restent comme l'arbre.
La michna du migdal à la clef perdue suit Rabbi Meir, qui ouvre une brèche, dans la limite des briques sans mortier et du jour de fête. La page s'arrête sur la baraita : clef perdue en ville ou dans le champ.
C'est évident ! Un domaine privé monte jusqu'au firmament, et de même qu'il monte vers le haut, de même il descend vers le bas.
C'est donc qu'elle se tient dans le domaine public.
La page reprend la michna de la fosse, même profonde de cent coudées. Si cette fosse est dans un domaine privé, l'enseignement est évident : le domaine privé monte jusqu'au firmament et descend de la même manière jusqu'au fond. L'homme et l'erouv restent dans un seul lieu.
La Guemara écarte donc ce cas. La fosse dont parle la michna se tient dans le domaine public.
Où a-t-il eu l'intention de résider ? Si c'est en haut : lui est dans un lieu, et son erouv est dans un autre lieu.
Si c'est en bas, c'est évident : lui et son erouv sont dans un même lieu !
Dans le domaine public, l'intention de résider (lichbot) se place en haut ou en bas. En haut, au bord : l'homme est dans le domaine public, l'erouv au fond est un domaine privé. Deux lieux, l'erouv est nul. En bas, dans la fosse : un seul domaine privé. C'est de nouveau évident.
Tossefot : on aurait pu répondre par les quatre coudées de celui qui dépose un erouv. La Guemara veut un cas où il réside hors de ces quatre, comme dans la première clause. Pour l'arbre, plus haut, cette réponse ne convient pas : on réside au pied de l'arbre.
Ce n'est nécessaire que lorsqu'elle se tient dans une karmelit, et qu'il a eu l'intention de résider en haut. Et c'est Rabbi, qui a dit : toute chose qui relève d'un chevout (interdit rabbinique), on n'a pas décrété à son sujet au crépuscule (bein ha-chemachot).
Le cas qui reste à enseigner : la fosse est dans une karmelit, une plaine, des champs. La fosse elle-même est un domaine privé, son bord est une karmelit. Il a choisi de résider en haut.
Prendre l'erouv au crépuscule fait passer d'un domaine privé à une karmelit. C'est un chevout. Rabbi n'a pas étendu ce décret au crépuscule, heure où l'erouv s'acquiert. L'erouv est donc valable.
Michna. S'il l'a déposé au sommet du roseau (kaneh), ou au sommet du pieu (kondas), lorsqu'il est détaché et fiché, même haut de cent coudées, voilà un erouv.
Nouvelle michna. L'erouv est au sommet d'un roseau ou d'un pieu (kondas), détaché puis fiché en terre. Même à cent coudées de haut, on retire le pieu et l'on prend l'erouv.
Rachi : en bas, la largeur n'atteint pas quatre tefahim, le pieu reste hors du statut de domaine privé. En haut, on exige malgré tout un emplacement de quatre pour que l'erouv y repose.
Guemara. Rav Adda bar Matna a soumis une contradiction à Rava : détaché et fiché, oui ; s'il n'est pas détaché et fiché, non.
De qui est-ce ? Des Sages, qui disent : toute chose qui relève d'un chevout, on a décrété à son sujet au crépuscule.
Or tu as dit que la première clause est Rabbi ! La première clause serait Rabbi, et la fin, les Sages ?!
La précision détaché et fiché implique le reste : un roseau encore attaché, l'erouv est nul. Le prendre, c'est se servir de l'arbre, un chevout. Les Sages ont décrété ce chevout même au crépuscule.
Or la fosse, première clause, a été établie selon Rabbi, qui ne décrète pas le chevout au crépuscule. Une même michna aurait donc deux auteurs.
Il lui a dit : Rami bar Hama l'a déjà soumis à Rav Hisda, et celui-ci lui a répondu : la première clause est Rabbi, et la fin est les Sages.
Rava : la difficulté à déjà été posée. Rav Hisda assume une michna composite. La fosse suit Rabbi. Le roseau suit les Sages.
Ravina a dit : le tout est de Rabbi, et la fin est un décret, de crainte qu'il ne le coupe.
Ravina garde un seul auteur, Rabbi. Le roseau encore attaché est écarté par un décret particulier : crainte de le couper. Le roseau est tendre, la coupe est assurée, et l'on y est coupable au titre de moissonneur (kotser), travail de la Torah. L'arbre est dur : au crépuscule, on ne craint pas qu'il monte et arrache. Se servir de l'arbre reste un chevout, que Rabbi ne décrète pas à cette heure.
Le Roch reprend d'abord toute la sougya de l'arbre : domaine, pourtour de la ville, feuillage hors des quatre coudées, public qui charge sur l'épaule. Puis le psak de Rabbeinou Meir : la halakha suit les Sages, là où Rabbi Yehouda exige une surface de quatre au-dessus de dix. Un roseau sans précision vaut même très mince, et la michna anonyme suit les Sages. Il termine par le rappel de la fosse dans la karmelit.
Une troupe (polmosa) est venue à Nehardéa. Rav Nahman leur a dit : sortez, faites des sièges tassés dans le marais, et demain nous irons nous asseoir dessus.
Récit. Une troupe royale occupe Nehardéa, les élèves manquent de place. Rav Nahman : tasser des roseaux dans le marais, en forme de sièges, et s'y asseoir le lendemain. La suite montre que ce lendemain est un Chabbat.
Rami bar Hama lui a objecté, à Rav Nahman, et d'autres disent que ce fut Rav Oukva bar Abba à Rav Nahman : détaché et fiché, oui ; ni détaché ni fiché, non.
Objection depuis la michna : seuls les roseaux détachés puis fichés permettent l'erouv. Des roseaux laissés en terre seraient comme un arbre. Les sièges tassés de Rav Nahman tomberaient sous le même interdit.
Il lui a dit : là-bas, il s'agit de roseaux durs (ozradin). Et d'où dis-tu que nous distinguons entre les durs et ceux qui ne sont pas durs ?
Car on a enseigné : les roseaux, les épines (atadin) et les chardons (higin) sont une espèce d'arbre, et ils ne font pas kilayim (mélange interdit) dans une vigne. Et on a enseigné dans une autre : les roseaux, la casse (kidan) et les orbanin sont une espèce de légume, et ils font kilayim dans une vigne.
Elles se contredisent l'une l'autre !
Rav Nahman : la michna parle de roseaux déjà durcis (ozradin), semblables à l'arbre. Les roseaux encore tendres sont comme un légume, et les Sages n'ont pas posé de chevout sur un légume. On peut donc les plier et s'asseoir dessus.
Preuve : deux baraitot se contredisent sur les roseaux. L'une les compte comme arbres, hors du kilayim de la vigne. L'autre comme légumes, soumis au kilayim. La kida est un aromate. Les orbanin : Rachi dit orseris. Tossefot y voient le nom d'un légume, car une plante qui devient arbre en durcissant aurait dû être classée avec les roseaux durs.
Alors, déduis-en : ici, il s'agit de roseaux durs ; là, de roseaux qui ne sont pas durs. Déduis-en.
La contradiction des deux baraitot se résout par la même distinction. Ici, roseaux durs, comptés comme arbre. Là, roseaux qui n'ont pas durci, comptés comme légume. La Guemara retient cette lecture.
Et la kida est une espèce de légume ?! N'avons-nous pas appris : on ne greffe pas le pegam sur la kida blanche, parce que c'est un légume sur un arbre !
Rav Papa a dit : la kida est à part, et la kida blanche est à part.
Nouvelle difficulté. La baraita a compté la kida parmi les légumes. Or on n'a pas le droit de greffer le pegam, la rue, sur la kida blanche, justement parce que c'est un légume sur un arbre. La kida blanche serait donc un arbre.
Rav Papa sépare les deux noms. La kida est un légume. La kida blanche est un arbre.
Michna. S'il l'a déposé dans un migdal et que la clef est perdue, voilà un erouv.
Rabbi Éliézer dit : s'il ne sait pas que la clef est à sa place, ce n'est pas un erouv.
Nouvelle michna. L'erouv est enfermé dans un migdal, la clef est perdue, et l'erouv reste valable. Rabbi Éliézer : s'il ne sait pas la clef à sa place, l'erouv est nul.
Rachi place le migdal dans un domaine privé. Avec la clef en main, aucun interdit de domaine : l'homme et l'erouv y sont ensemble. La question portera sur l'accès, non sur le passage d'un domaine à l'autre.
Guemara. Et pourquoi ?
Lui est dans un lieu, et son erouv est dans un autre lieu !
Sans accès à l'erouv, l'homme et l'erouv comptent comme deux lieux, même si le migdal est dans le domaine privé.
Tossefot demandent pourquoi l'objection tient si le migdal est de bois, donc un ustensile qu'on peut briser, comme le tonneau de figues sèches (Chabbat 146a). Réponse : il s'agit d'un grand migdal, où construction et démolition s'appliquent. Briser un ustensile pour l'abîmer reste interdit. Le tonneau permis est un moustaki, des pièces collées. Le Yerouchalmi, lui, permet le migdal de bois sur le modèle du tonneau, même sans moustaki.
Rav et Chmouel disent tous les deux : ici, nous traitons d'un migdal de briques, et c'est Rabbi Meir, qui dit : on ouvre une brèche dès le départ et l'on prend. Car nous avons appris : une maison que l'on a remplie de fruits, bouchée, et qui s'est ouverte : on prend à l'endroit de la brèche.
Rabbi Meir dit : on ouvre une brèche et l'on prend dès le départ.
Rav et Chmouel : migdal de briques, selon Rabbi Meir. On peut ouvrir une brèche dès le départ pour prendre. La michna de Beitsa : une maison bouchée, pleine de fruits. Si une brèche s'ouvre d'elle-même, on prend la. Rabbi Meir : on perce soi-même dès le départ.
Rachi limite déjà : briques empilées sans mortier, ce n'est pas démolir une tente (ohel). Prendre à la brèche n'est pas un mouktse, et l'anonyme suivrait Rabbi Chimon. Tossefot discutent ce statut d'anonyme face à Rabbi Yehouda, que le début de Beitsa suit pour la fête. Le Ri : cet anonyme ne prouve pas l'avis de Rabbi Chimon, qui pourrait permettre la brèche dès le départ, comme Rabbi Meir.
Or Rav Nahman bar Adda a dit au nom de Chmouel : c'est dans l'intervalle des briques. Ici aussi, dans l'intervalle des briques.
Chmouel lui-même, rapporté par Rav Nahman bar Adda, n'a dit la brèche permise que pour l'intervalle des briques (avira de-livnei) : des briques posées sans mortier. La Guemara l'accorde pour le migdal. Démonter ce rangement ne compte pas comme démolir une construction.
Or Rabbi Zeira a dit : c'est pour le jour de fête qu'ils l'ont dit, non pour le Chabbat ! Ici aussi, pour un jour de fête.
Rabbi Zeira limite encore la michna de la brèche : elle ne vaut que le jour de fête, le Chabbat restant hors de cette permission. L'erouv dont on parle ici est donc un erouv de fête.
Tossefot : on aurait pu rester selon Rabbi. Pour lui, ces briques ne sont interdites que par les Sages, et elles deviennent mouktse dès qu'on les range. On préfère les Sages, comme Rava l'a fait pour la fin de la michna du roseau. Autre raison : sinon le motif de Rabbi Éliézer serait seulement qu'il tient comme les Sages, et la discussion du migdal répéterait celle de Rabbi et des Sages.
S'il en est ainsi, voilà ce que l'on enseigne à son sujet. Rabbi Éliézer dit : si elle est perdue en ville, son erouv est un erouv ; si elle est perdue dans le champ, son erouv n'est pas un erouv.
Et si c'est un jour de fête, quelle différence entre la ville et le champ ?
Si l'erouv est pour un jour de fête, la baraita devient difficile. Rabbi Éliézer : clef perdue en ville, erouv valable ; dans le champ, erouv nul. Le jour de fête, le transport d'un domaine à l'autre est permis : la ville et le champ ne se séparent plus par l'interdit de porter.
Rachi dresse trois avis. Le premier tanna : valable en ville et au champ, on peut démonter. Rabbi Éliézer de la michna : nul dans les deux cas. Il ne démonte pas, il n'a pas Rabbi Meir, et il ne transporte pas la clef, il n'a pas Rabbi Chimon. Rabbi Éliézer de la baraita suit Rabbi Chimon pour la ville. Autre lecture : le Rabbi Éliézer de la michna ne parle que du champ, et c'est le même que celui de la baraita.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).