Sougya : Le daf conclut la discussion sur les vingt amot : Rava รฉtablit qu'elles se mesurent dans le halal (l'espace intรฉrieur), pour la souca comme pour le mavoy, et Rav Papa lui apporte une beraita qui compare le mavoy au portail de l'heikhal. Rav Chimi bar Rav Achi objecte ร partir d'une Tossefta (placer la kora ร partir du bord des vingt amot et en dessous) ; on rรฉpond que la rรจgle d'en bas suit celle d'en haut : on mesure aussi les dix tefahim minimum dans le halal.
Le daf passe ensuite ร la valeur de l'ama. Selon Abaye au nom de Rav Nahman, l'ama de la souca et du mavoy vaut cinq tefahim, celle des kilayim six, toujours dans le sens de la rigueur.
On examine chaque domaine et on rรฉpond aux cas oรน la rรจgle conduirait ร une indulgence (longueur du mavoy, taille minimale de la souca, vignes rapprochรฉes) : soit Rav Nahman suit l'avis qui ne mentionne pas d'amot, soit il parle de la plupart des amot. Rava rapporte une autre version : toutes les amot valent six tefahim, larges (sohakot) pour les kilayim, serrรฉs (atsevot) pour la souca et le mavoy.
Le daf s'arrรชte sur une beraita opposรฉe ร Abaye.
C'est l'espace intรฉrieur (halal) de la souca que nous avons appris ; c'est l'espace intรฉrieur du mavoy que nous avons appris.
Fin de l'explication de Rava : la limite de vingt amot se mesure dans le halal, l'espace vide sous le sekhakh de la souca ou sous la kora du mavoy. L'รฉpaisseur de la kora ou du sekhakh n'entre pas dans le calcul.
Rav Papa dit ร Rava : une beraita a รฉtรฉ enseignรฉe qui te soutient : un mavoy qui est haut de plus de vingt amot, plus que le portail de l'heikhal, on doit le diminuer. Or l'heikhal lui-mรชme, son espace intรฉrieur est de vingt.
Le portail de l'heikhal mesurait vingt amot de haut, et c'est son ouverture (l'espace vide) qui avait cette mesure. En comparant le mavoy ร ce portail, la beraita montre que les vingt amot du mavoy se comptent aussi dans l'espace vide : c'est la thรจse de Rava.
Tossefot note une difficultรฉ : l'heikhal se mesurait en amot de six tefahim, alors qu'Abaye compte le mavoy en amot de cinq (voir plus bas). Rรฉponse : soit la beraita suit Rava, soit l'heikhal n'est qu'un siman.
Rav Chimi bar Rav Achi objecta ร Rav Papa : comment faisait-il ? Il place la kora ร partir du bord des vingt [amot] et en dessous !
La Tossefta semble exiger que la kora entiรจre se trouve sous la ligne des vingt amot. On mesurerait alors jusqu'au haut de la kora, et non dans l'espace vide sous elle : objection contre Rava et Rav Papa.
Dis : ยซ et au-dessus ยป. Mais il est enseignรฉ ยซ en dessous ยป !
Premiรจre tentative : corriger le texte en ยซ et au-dessus ยป. On la rejette, car la leรงon ยซ en dessous ยป est explicite.
Voici ce qu'il nous apprend : que le bas est comme le haut. De mรชme qu'en haut son espace intรฉrieur est de vingt [amot], de mรชme en bas son espace intรฉrieur est de dix [tefahim].
On garde le texte et on le lit autrement. La kora a deux limites : pas plus de vingt amot et pas moins de dix tefahim. Les deux se mesurent dans le halal, sous la kora. ยซ ร partir du bord de vingt ยป vise la limite supรฉrieure ; ยซ et en dessous ยป introduit la rรจgle de la limite infรฉrieure, qui se mesure de la mรชme maniรจre.
Abaye dit au nom de Rav Nahman : l'ama de la souca et l'ama du mavoy sont d'une ama de cinq [tefahim] ; l'ama des kilayim est d'une ama de six.
Question nouvelle : quelle est la longueur de l'ama ? L'ama standard compte six tefahim (largeurs de main). Selon Abaye, Rav Nahman distingue : pour la souca et le mavoy, une petite ama de cinq tefahim ; pour les kilayim (mรฉlanges interdits dans la vigne), une grande ama de six.
Rachi : la seule logique de cette distinction est la houmra (rigueur). Pour un maximum (hauteur de souca ou de kora), une petite ama fait atteindre la limite plus tรดt ; pour un minimum (espace ร laisser avant de semer), une grande ama oblige ร laisser plus de place.
Le Roch tranche comme Rava (segment 20).
L'ama du mavoy est d'une ama de cinq : pour quelle halakha ? Pour sa hauteur et pour la brรจche (piroutsa) du mavoy.
Deux mesures du mavoy sont des maximums : la hauteur de la kora (vingt amot) et la largeur de la brรจche (dix amot). Avec une ama de cinq tefahim, la limite est atteinte plus tรดt : c'est bien une rigueur.
Mais il y a la longueur (mechekh) du mavoy, de quatre amot, oรน c'est une indulgence !
Objection : la longueur minimale du mavoy est un minimum. Avec des amot de cinq tefahim, on la valide plus facilement : ce serait une kula (indulgence), contraire au principe de Rav Nahman.
[Il suit] celui qui dit : en quatre tefahim.
Premiรจre rรฉponse : Rav Nahman suit l'avis de Rav Yossef, pour qui la longueur minimale est de quatre tefahim. Aucune ama n'est en jeu, donc pas d'indulgence.
Tossefot : il faut quatre tefahim et un peu plus, pour que la longueur dรฉpasse la largeur, condition pour qu'un lehi ou une kora suffise.
Et si tu veux, dis : en quatre amot, et il parle de la plupart des amot.
Seconde rรฉponse, qui reviendra pour chaque domaine : rov amot ka-amar. Rav Nahman a dรฉcrit la rรจgle gรฉnรฉrale ; la longueur du mavoy fait exception et se mesure en grandes amot.
L'ama de la souca est d'une ama de cinq : pour quelle halakha ? Pour sa hauteur et pour la paroi courbe (dofen akouma).
Pour la souca, deux maximums : la hauteur (vingt amot) et la dofen akouma. Un sekhakh invalide collรฉ ร une paroi peut รชtre considรฉrรฉ comme la paroi qui se recourbe, ร condition de faire moins de quatre amot. Avec des amot de cinq tefahim, la limite tombe ร vingt tefahim au lieu de vingt-quatre : rigueur.
Mais il y a la longueur de la souca, de quatre amot, oรน c'est une indulgence ! Car il est enseignรฉ : Rabbi dit : je dis, toute souca qui n'a pas quatre amot sur quatre amot est invalide.
Mรชme objection que pour le mavoy : selon Rabbi (Rabbi Yehouda ha-Nassi), la souca doit mesurer au moins quatre amot sur quatre. C'est un minimum ; des amot de cinq tefahim le rendraient plus facile ร atteindre.
[Il suit] les Rabbanan, qui disent : mรชme si elle ne contient que sa tรชte, la plus grande partie de son corps et sa table.
Premiรจre rรฉponse : Rav Nahman suit les Rabbanan, qui fixent la taille minimale sans amot (rocho ve-roubo ve-choulhano). La question ne se pose donc pas.
Et si tu veux, dis : en fait c'est Rabbi, et il parle de la plupart des amot.
Seconde rรฉponse : rov amot ka-amar, comme pour le mavoy.
L'ama des kilayim est d'une ama de six : pour quelle halakha ? Pour la clairiรจre de la vigne (karhat ha-kerem) et pour le pourtour de la vigne (mahol ha-kerem).
Pour les kilayim, les mesures sont des minimums : l'espace libre qu'il faut dans une vigne pour y semer une autre culture. Une grande ama de six tefahim exige plus d'espace : rigueur.
Car nous avons appris : la clairiรจre de la vigne, Beit Chamai disent : vingt-quatre amot, et Beit Hillel disent : seize amot. Et le pourtour de la vigne, Beit Chamai disent : seize amot, et Beit Hillel disent : douze amot.
Michna de Kilayim (4, 1). Les chiffres sont des seuils : en dessous, l'espace est considรฉrรฉ comme faisant partie de la vigne et il est interdit d'y semer.
Qu'est-ce que la clairiรจre de la vigne ? Une vigne dont le milieu a รฉtรฉ dรฉtruit.
S'il n'y a pas lร seize amot, on n'y apportera pas de semence. S'il y avait lร seize amot, on lui donne l'espace de son travail et on sรจme le reste.
Karhat ha-kerem : un espace vide au milieu d'une vigne. Des deux cรดtรฉs, quatre amot appartiennent ร l'avodat ha-kerem (l'espace de travail des bลufs et des chariots). Selon Beit Hillel, il faut encore huit amot au milieu pour que ce soit un espace significatif : 4 + 8 + 4 = seize. En dessous, l'espace est batel (annulรฉ) face ร la vigne.
Et qu'est-ce que le pourtour de la vigne ? [L'espace] entre la vigne et la clรดture.
S'il n'y a pas lร douze amot, on n'y apportera pas de semence. S'il y avait lร douze amot, on lui donne l'espace de son travail et on sรจme le reste.
Mahol ha-kerem : la bande entre la derniรจre rangรฉe de vignes et la clรดture. Selon Rachi : quatre amot de travail cรดtรฉ vigne, quatre amot prรจs du mur (piรฉtinรฉes, on ne les sรจme pas), et au milieu quatre amot significatives. Le seuil est de douze : la vigne n'est que d'un cรดtรฉ, il suffit donc d'une seule bande de travail.
Mais il y a les [vignes] rapprochรฉes, ร quatre amot, oรน c'est une indulgence ! Car nous avons appris : une vigne plantรฉe ร moins de quatre amot, Rabbi Chimon dit : ce n'est pas une vigne ; et les Sages disent : c'est une vigne, et on considรจre celles du milieu comme si elles n'existaient pas.
Objection en sens inverse : selon Rabbi Chimon, des rangรฉes ร moins de quatre amot l'une de l'autre ne forment pas une vigne, et on peut semer. Ici une grande ama allรจge : des rangรฉes ร quatre petites amot seraient encore sous le seuil, donc pas une vigne.
Les Sages disent au contraire que c'est une vigne : on ignore les rangรฉes intercalรฉes.
[Il suit] les Rabbanan, qui disent : c'est une vigne. Et si tu veux, dis : en fait c'est Rabbi Chimon, et il parle de la plupart des amot.
Mรชmes deux rรฉponses : Rav Nahman suit les Rabbanan, pour qui aucune ama n'intervient ici ; ou bien rov amot ka-amar.
Tossefot : mรชme les Rabbanan ont un cas oรน la distance compte (la forme minimale d'une vigne, deux pieds face ร deux et un en queue) ; mais Abaye ne vise que les amot explicitement mentionnรฉes.
Et Rava, au nom de Rav Nahman, dit : toutes les amot sont d'une ama de six, seulement celles-ci sont larges (sohakot) et celles-lร serrรฉes (atsevot).
Seconde version de Rav Nahman. Toutes les amot comptent six tefahim, mais le tefah varie : sohakot (littรฉralement ยซ riantes ยป), doigts รฉcartรฉs, pour les kilayim ; atsevot (ยซ tristes ยป), doigts serrรฉs, pour la souca et le mavoy. Le principe de rigueur est le mรชme que chez Abaye, avec un รฉcart plus faible.
On objecte : toutes les amot dont ont parlรฉ les Sages sont d'une ama de six, ร condition
Une beraita affirme que toutes les amot des Sages sont de six tefahim : objection contre la version d'Abaye. La suite de la beraita se lit en 4a.
Tossefot : il s'agit des amot fixรฉes par les Sages, pas de celles de la Torah (mesures de l'autel : yessod et sovev).
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).