Sougya : Le daf achรจve l'examen de la beraita : toutes les amot des Sages sont de six tefahim, ร condition qu'elles ne soient pas mesurรฉes au plus juste. Pour Rava la beraita s'explique bien (tefahim larges pour les kilayim, serrรฉs pour la souca et le mavoy) ; pour Abaye il faut la corriger, et il dรฉclare suivre Rabban Chimon ben Gamliel, qui ne parle que des kilayim.
On se demande si, pour Rava, il s'agit aussi d'une discussion de Tannaim : non, Rabban Chimon ben Gamliel explique le premier Tanna, et sa prรฉcision 'd'une ama de six' exclut les amot du yessod et du sovev de l'autel, mesurรฉes en petites amot selon le verset de Ye'hezkel. Le daf ouvre ensuite un nouveau sujet : Rav enseigne que les chiourin (mesures), les hatsitsin (interpositions) et les mehitsin (cloisons) sont halakha le-Moche mi-Sinaรฏ.
On objecte que les mesures sont tirรฉes du verset 'un pays de blรฉ et d'orge...', et le daf commence l'รฉnumรฉration : blรฉ, orge, vigne.
qu'elles ne soient pas exactes. Cela se comprend selon Rava : afin que celles-ci soient [mesurรฉes en tefahim] larges (sohakot) et celles-lร [en tefahim] serrรฉs (atsevot).
Mais selon Abaye, c'est une difficultรฉ !
Suite de la beraita commencรฉe en 3b : toutes les amot des Sages sont de six tefahim, ร condition qu'elles ne soient pas exactes. Pour Rava, cette clause signifie que le tefah varie : large (sohakot) pour les kilayim, serrรฉ (atsevot) pour la souca et le mavoy. Pour Abaye, qui fixe l'ama de la souca et du mavoy ร cinq tefahim, la phrase 'toutes les amot sont de six' fait difficultรฉ (kouchia).
Abaye te dira : dis [plutรดt] : l'ama des kilayim est d'une ama de six.
Abaye corrige la lecture de la beraita (eima, ยซ dis ยป) : elle ne parle que des amot des kilayim. La clause ยซ pas exactes ยป signifie alors : en tefahim larges.
Mais puisqu'il est enseignรฉ dans la fin [de la beraita] : Rabban Chimon ben Gamliel dit : toutes les amot dont les Sages ont parlรฉ pour les kilayim sont d'une ama de six, ร condition qu'elles ne soient pas mesurรฉes au plus juste (metsoumtsamot) โ il s'ensuit que le premier Tanna parle de toutes les amot !
Argument par la structure du texte : si Rabban Chimon ben Gamliel (RaChBaG) prรฉcise ยซ pour les kilayim ยป, le tanna kamma (premier Tanna) parlait donc de toutes les amot. La correction d'Abaye ne tient pas.
Abaye te dira : n'y a-t-il pas Rabban Chimon ben Gamliel qui se tient selon moi ? Moi, j'ai parlรฉ selon Rabban Chimon ben Gamliel.
Abaye accepte que le tanna kamma soit contre lui. Sa rรจgle suit l'avis de RaChBaG, qui limite l'ama de six aux kilayim.
Selon Abaye, c'est certainement une discussion de Tannaim. Selon Rava, faut-il dire que c'est une discussion de Tannaim ?
Pour Abaye, la beraita contient une mahloket Tannaim : le tanna kamma (tout = 6) contre RaChBaG (kilayim = 6). La question porte sur Rava : RaChBaG le contredit-il, ou explique-t-il seulement le tanna kamma ? Rachi dรฉtaille les deux possibilitรฉs.
Rava te dira : Rabban Chimon ben Gamliel vient nous apprendre ceci : l'ama des kilayim, on ne la mesure pas au plus juste (lo yetsamtsem).
Rรฉponse pour Rava : RaChBaG n'ajoute qu'une prรฉcision. Parmi les amot de six, celles des kilayim sont larges ; les autres restent de six, en tefahim serrรฉs.
Qu'il dise [seulement] : ยซ l'ama des kilayim, on ne la mesure pas au plus juste ยป ! [Les mots] ยซ d'une ama de six ยป, que viennent-ils exclure ?
N'est-ce pas pour exclure l'ama de la souca et l'ama du mavoy ?
Nouvelle objection contre Rava : la formule de RaChBaG contient ยซ d'une ama de six ยป. Si elle ne sert qu'ร dire ยซ pas au plus juste ยป, ces mots sont superflus ; ils semblent donc exclure la souca et le mavoy, ce qui revient ร l'avis d'Abaye.
Non : pour exclure l'ama du yessod et l'ama du sovev,
Les mots ยซ d'une ama de six ยป excluent des amot d'un autre domaine : celles de l'autel. Le yessod est la base de l'autel extรฉrieur ; le sovev est le rebord qui en fait le tour plus haut. Ces mesures se font en petites amot de cinq tefahim.
comme il est รฉcrit : ยซ Et voici les mesures de l'autel en amot, l'ama [รฉtant] une ama et un tefah : le hik d'une ama, une ama de largeur, et sa bordure sur son pourtour, un empan (zeret), et ceci est le dos de l'autel ยป (Ye'hezkel 43, 13). ยซ Le hik d'une ama ยป : c'est le yessod ; ยซ une ama de largeur ยป : c'est le sovev ; ยซ et sa bordure sur son pourtour ยป : ce sont les cornes (keranot) ; ยซ et ceci est le dos de l'autel ยป : c'est l'autel d'or.
Le verset de Ye'hezkel distingue deux amot : l'ama ยซ d'une ama et un tefah ยป (six tefahim) et une ama plus petite (cinq tefahim). La Guemara attribue la petite ama au yessod (hik), au sovev, aux keranot (cornes) et ร l'autel d'or (mizbah hazahav) du Heikhal.
Rachi et Tossefot discutent le sens de ยซ ama ama vatefah ยป : petites amot rapportรฉes ร l'ama moyenne (premiรจre explication de Rachi), ou grandes amot pour le reste de l'autel, le hik seul รฉtant en petite ama (Rachi sur Ye'hezkel, Targoum Yonatan, Tossefot). Rachi cite aussi Menahot 97b : pour chaque partie, on prรฉcise quelle dimension (hauteur ou retrait) est en petite ama.
Rabbi Hiya bar Achi a dit au nom de Rav : les mesures (chiourin), les interpositions (hatsitsin) et les cloisons (mehitsin) sont une halakha [transmise] ร Moche au Sinaรฏ (halakha le-Moche mi-Sinaรฏ).
Nouveau sujet, liรฉ aux mesures traitรฉes plus haut. Une halakha le-Moche mi-Sinaรฏ est une loi reรงue par tradition orale depuis Moche, sans source dans le verset. Rav range dans cette catรฉgorie les chiourin (kazayit, reviit, etc.), les lois de hatsitsa (tout ce qui sรฉpare le corps de l'eau du mikve) et les lois de mehitsa (cloison de dix tefahim, fondamentale pour Eruvin).
Les mesures ?! Elles sont de la Torah (deoraita) !
Comme il est รฉcrit : ยซ Un pays de blรฉ et d'orge, etc. ยป (Devarim 8, 8), et Rav Hanan a dit : tout ce verset a รฉtรฉ dit pour les mesures โ
Objection : les mesures auraient une source รฉcrite. Selon Rav Hanan, chacune des sept espรจces du verset sert d'รฉtalon ร une mesure halakhique. La Guemara va le montrer espรจce par espรจce.
ยซ Blรฉ ยป : comme nous l'avons appris : celui qui entre dans une maison atteinte de tsaraat (bayit menouga) avec ses vรชtements sur ses รฉpaules, et ses sandales et ses bagues dans ses mains : lui et eux sont impurs immรฉdiatement. S'il รฉtait vรชtu de ses vรชtements, ses sandales ร ses pieds et ses bagues ร ses doigts, lui est impur immรฉdiatement, et eux sont purs jusqu'ร ce qu'il reste le temps de manger un peras โ du pain de blรฉ et non du pain d'orge, en รฉtant accoudรฉ et en le mangeant avec un accompagnement (liftan).
Premier exemple : le blรฉ fixe une durรฉe. Dans une maison atteinte de tsaraat, la personne devient impure dรจs son entrรฉe. Les objets portรฉs ร la main entrent eux aussi et sont impurs aussitรดt. Les habits portรฉs normalement ne deviennent impurs qu'aprรจs un sรฉjour รฉgal au temps de manger un peras (demi-miche, quatre ลufs de volume).
Ce temps est calculรฉ au plus court : pain de blรฉ (plus rapide que l'orge), accoudรฉ, avec un liftan (accompagnement qui fait passer le pain).
ยซ Orge ยป : comme nous l'avons appris : un os de la taille d'un grain d'orge rend impur par contact (maga) et par port (masa), mais ne rend pas impur par la tente (ohel).
Deuxiรจme exemple : le grain d'orge est la mesure minimale d'un os de mort pour transmettre l'impuretรฉ par maga (contact) et masa (port). L'impuretรฉ par ohel (se trouver sous le mรชme toit) exige beaucoup plus, comme le dรฉtaille Rachi.
ยซ Vigne ยป : la mesure d'un reviit de vin pour le nazir.
Troisiรจme exemple : la vigne fournit le reviit (quart de log) de vin, mesure ร partir de laquelle le nazir est passible de malkout (flagellation).
Tossefot relรจve que, dans les autres exemples, l'espรจce sert ร mesurer autre chose. D'oรน l'explication tirรฉe de Rachi dans Souca : le vin sert d'รฉtalon pour mesurer ce que le nazir a mangรฉ de la vigne (pรฉpins, feuilles, pousses), par dรฉbordement dans une coupe pleine. La hagaha rapporte la lecture de Rabbenou Tam (ยซ un kazayit de vin ยป) et la discute.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).