Eruvin 40a - Tehoum, navets, myrte, et Roch Hodech dans la tefila

Eruvin 40a

Sougya : Ameimar relit le cerf du rech galouta : il est venu de hors du tehoum le jour même. Rav Nahman et Rav Hisda en mangent, car ce qui vient pour un Israël est permis à un autre ; Rav Chechet s'abstient, car tout ce qui arrive là-bas vise tous les rabbins.

À Mehoza, Rava permet des navets flétris, arrachés la veille, puis les interdit quand les apports grossissent. Pour le myrte coupé le second yom tov, il exige bekdei che-ya'assou.

La michna de Rabbi Dossa ouvre ensuite la question : mentionne-t-on Roch Hodech à Roch Hachana, et la divergence porte sur la condition ; Beit Chammai compte dix berakhot.

Le cerf venu de hors du tehoum Version d'Ameimar. Il arrive le jour même, depuis l'extérieur du tehoum. Celui qui mange Rav Nahman et Rav Hisda Venu pour cet Israël-ci : le rech galouta. Permis à un autre Israël. Les invités à sa table peuvent en manger. Celui qui s'abstient Rav Chechet Tout ce qui arrive chez le rech galouta vise tous les rabbins. Il les invite. L'interdit du tehoum les atteint aussi. Ritsba : halakha comme Rav Chechet dans les issourim. Chose venue de hors du tehoum pour un Israël : interdite à toute sa maison. Elle vient dans l'intention de tous.
Ameimar : le cerf vient du tehoum le jour même. Rav Nahman et Rav Hisda mangent. Rav Chechet s'abstient. Ritsba : halakha comme Rav Chechet.
Navets de Mehoza, puis myrte Rava. D'abord l'achat, ensuite l'interdiction quand l'intention change. Navets flétris Arrachés hier. Rava permet d'acheter. Venus du tehoum pour un Israël : permis à un autre. À plus forte raison s'ils visent des nokhrim. Les apports grossissent Désormais pour Israël. Rava interdit. Tossefot : arrachés aujourd'hui, mouktse. Rabbi Chimon convient quand on n'était pas assis dans l'attente. Myrte coupé le second yom tov. Ravina : le soir, le sentir aussitôt. Rava : on exige bekdei che-ya'assou, le temps qu'il aurait fallu pour le couper. La règle vaut aussi pour des benei Torah.
Navets flétris : achat permis. Apports en hausse : interdit. Myrte du second jour : bekdei che-ya'assou.
Mentionner Roch Hodech à Roch Hachana Question chez Rav Houna. Deux lectures du zikaron. Moussafim distincts On offre le moussaf de Roch Hodech et celui de Roch Hachana. On dirait les deux : ce jour de Roch Hodech, ce jour du zikaron. Un seul zikaron La Torah appelle Roch Hachana zikaron. Roch Hodech aussi : ils seront pour vous un zikaron. Une mention couvre les deux. Rabbi Dossa pose une condition : aujourd'hui où demain. Les Rabbins gardent la formule simple, et de même le lendemain. Il faisait ainsi à chaque Roch Hodech douteux de l'année. Beit Chammai, Roch Hachana un Chabbat : dix berakhot. Une berakha de Roch Hodech en plus ferait onze.
Moussafim distincts, ou un seul zikaron. Rabbi Dossa conditionne. Les Rabbins gardent la formule simple. Beit Chammai compte dix berakhot.
1
אֶלָּא מִחוּץ לַתְּחוּם אֲתָא. מַאן דַּאֲכַל סָבַר: הַבָּא בִּשְׁבִיל יִשְׂרָאֵל זֶה — מֻותָּר לְיִשְׂרָאֵל אַחֵר.

Plutôt, il est venu de hors du tehoum. Celui qui en a mangé tient : ce qui vient pour cet Israël-ci est permis à un autre Israël.

📜 Rachi (1)
אֶלָּא מִחוּץ לַתְּחוּם קָאֲתָא וּבוֹ בַּיּוֹם:
Plutôt, il est venu de hors du tehoum. Et ce, le jour même.
💡 Explication

Suite d'Ameimar, en fin du daf 39b. Le cerf du rech galouta arrive le jour même depuis l'extérieur du tehoum (limite de Chabbat).

Rav Nahman et Rav Hisda, qui en ont mangé, tiennent : une chose apportée pour un Israël reste permise à un autre Israël. Les invités mangent ce qui a été apporté pour le rech galouta.

2
וּמַאן דְּלָא אֲכַל סָבַר: כָּל דְּאָתֵי לְבֵי רֵישׁ גָּלוּתָא — אַדַּעְתָּא דְּכֻולְּהוּ רַבָּנַן אָתֵי.

Et celui qui n'en a pas mangé tient : tout ce qui vient à la maison du rech galouta vient dans l'intention de tous les rabbins.

🗂️ Tossefot (1)
אַדַּעְתָּא דְּכוּלְּהוּ רַבָּנָן קָאָתוּ נִרְאֶה לריצב"א דְּהָכִי הִלְכְתָא דְּקַייְמָא לָן כְּרַב שֵׁשֶׁת כְּלַפֵּי רַב נַחְמָן בְּאִיסּוּרֵי וּכְלַפֵּי רַב חִסְדָּא נָמֵי הִלְכְתָא כְּוָותֵיהּ שֶׁהָיָה גָּדוֹל מִמֶּנּוּ כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּכַמָּה דֻּוכְתֵי בָּעֵי רַב חִסְדָּא מֵרַב שֵׁשֶׁת וּבְפֶ' הֲדַר (לְקַמָּן עֵירוּבִין ד' סז.) נָמֵי אָמַר רַב חִסְדָּא וְרַב שֵׁשֶׁת כִּי הָווּ פָּגְעוּ אַהֲדָדֵי . רַב חִסְדָּא מִירְתַע שִׂפְוָותֵיהּ מִמַּתְנִי' דְּרַב שֵׁשֶׁת וְרַב שֵׁשֶׁת מִירְתַע כֻּולֵּיהּ גּוּפֵיהּ מִפִּלְפּוּלֵיהּ דְּרַב חִסְדָּא וְאָמַר בְּסוֹף הוֹרָיוֹת (ד' יד.) סִינַי וְעוֹקֵר הָרִים סִינַי עָדִיף דְּהַכֹּל צְרִיכִין לְמָרֵי חִיטַּיָּא הִלְכָּךְ דָּבָר הַבָּא מִחוּץ לַתְּחוּם בִּשְׁבִיל יִשְׂרָאֵל אָסוּר לְכָל בְּנֵי בֵּיתוֹ לֶאֱכֹול דְּאַדַּעְתָּא דְּכוּלְּהוּ קָאָתֵי:
Dans l'intention de tous les rabbins, ils viennent. Il apparaît au Ritsba que la halakha est ainsi : nous tenons comme Rav Chechet face à Rav Nahman dans les issourim (interdits). Face à Rav Hisda aussi, la halakha est comme Rav Chechet, car il était plus grand que lui. Nous le trouvons en plusieurs endroits : Rav Hisda interroge Rav Chechet. Et au chapitre HaDar (plus loin, Erouvin 67a) il est dit aussi : Rav Hisda et Rav Chechet, quand ils se rencontraient, les lèvres de Rav Hisda tremblaient devant les michnayot de Rav Chechet, et tout le corps de Rav Chechet tremblait devant le pilpoul de Rav Hisda. Et il est dit à la fin de Horayot (14a) : Sinaï et déracineur de montagnes, Sinaï est préférable, car tous ont besoin du maître du blé. Dès lors, une chose qui vient de hors du tehoum pour un Israël est interdite à manger à tous les gens de sa maison, car elle vient dans l'intention de tous.
💡 Explication

Rav Chechet lit l'intention autrement. Le rech galouta invite les rabbins les jours de fête. Ce qui arrive chez lui arrive dans leur intention à tous. L'interdit du tehoum les atteint comme il l'atteint lui.

Le Ritsba tranche ainsi dans les issourim : halakha comme Rav Chechet face à Rav Nahman et face à Rav Hisda. La chose venue de hors du tehoum pour un Israël est interdite à toute sa maison.

3
וְהָא אַשְׁכְּחֵיהּ רַב שֵׁשֶׁת לְרַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל וַאֲמַר לֵיהּ?! לֹא הָיוּ דְּבָרִים מֵעוֹלָם.

Mais Rav Chechet a bien rencontré Rabba bar Chmouel, et il le lui a dit ?! Ces faits n'ont jamais eu lieu.

📜 Rachi (1)
וְהָא אַשְׁכְּחֵיהּ רַב שֵׁשֶׁת כּוּ' וְאִי בּוֹ בַּיּוֹם אַמַּאי מְשַׁיֵּיל לֵיהּ אִי קְדֻושָּׁה אַחַת אוֹ ב' קְדֻושּׁוֹת:
Mais Rav Chechet l'a rencontré, etc. Et si c'était le jour même, pourquoi lui demande-t-il si c'est une kedousha (sainteté) ou deux kedoushot ?
💡 Explication

Objection à la version d'Ameimar. Au daf précédent, Rav Chechet interroge Rabba bar Chmouel : une kedousha, ou deux. Cette question n'a de sens que si le cerf a été pris un jour et mangé l'autre.

Rachi : un apport du jour même, depuis le tehoum, ne mène pas à cette question. Réponse retenue ici : selon Ameimar, cette rencontre n'a pas eu lieu.

4
הָהוּא לִיפְתָּא דְּאָתֵי לְמָחוֹזָא, נְפַק רָבָא, חַזְיָא דִּכְמִישָׁא, שְׁרָא רָבָא לְמִיזְבַּן מִינֵּיהּ. אָמַר: הָא וַדַּאי מֵאֶיתְמוֹל נֶעֶקְרָה.

Ces navets qui arrivèrent à Mehoza. Rava sortit, vit qu'ils étaient flétris, et Rava permit d'en acheter.

Il dit : ceux-ci ont certainement été arrachés hier.

🗂️ Tossefot (1)
הָא וַדַּאי מֵאֶתְמוֹל נֶעֶקְרָה אֲבָל אִי הַיּוֹם נֶעֶקְרָה אָסוּר אע"ג דְּאַדַּעְתָּא דְּנָכְרִים אָתוּ וְטַעֲמָא מִשּׁוּם מֻוקְצֶה וַאֲפִילּוּ לר"ש דְּלֵית לֵיהּ מֻוקְצֶה הָכָא מוֹדֶה כֵּיוָן דְּלָא לִקְּטָן מֵאֶתְמוֹל אַקְצִינְהוּ וְדָמֵי לִגְרוֹגָרוֹת וְצִמּוּקִין וְכֵן מַשְׁמַע בְּרֵישׁ הַמֵּבִיא בְּבֵיצָה (ד' ל:) דְּכָל הֵיכָא דְּאֵין יוֹשֵׁב וּמְצַפֶּה אִית לֵיהּ לר"ש מֻוקְצֶה וְכֵן פֵּירֵשׁ הַקּוּנְטְרֵס בְּרֵישׁ אֵין צָדִין (בֵּיצָה ד' כד:) גַּבֵּי נָכְרִי שֶׁהֵבִיא דּוֹרוֹן לְיִשְׂרָאֵל וא"ת דבפ"ק דְּחֻולִּין (ד' יד.) גַּבֵּי הַשּׁוֹחֵט בְּשַׁבָּת מַשְׁמַע דְּלָא הָוֵי מֻוקְצֶה לר"ש וַאֲפִילּוּ לְר' יְהוּדָה בָּעֵי לְמֵימַר מֵעִיקָּרָא דְּלָא הָוֵי מֻוקְצֶה וצ"ל דְּמַייְרֵי בְּיוֹשֵׁב וּמְצַפֶּה שֶׁמָּא יִשְׁחָטֶנּוּ חֵרֵשׁ שׁוֹטֶה וְקָטָן וַאֲחֵרִים רוֹאִין אוֹתוֹ וא"ת לָמָּה לֵיהּ טַעְמָא בְּרֵישׁ בֵּיצָה (ד' ג.) גַּבֵּי פֵּירוֹת הַנּוֹשְׁרִין שֶׁמָּא יַעֲלֶה וְיִתְלֹושׁ תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם מֻוקְצֶה וי"ל כְּגוֹן דְּאִית לֵיהּ עוֹרְבִים דְּהָוֵי מוּכָן לָעוֹרְבִים וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּפֶ' כָּל כִּתְבֵי (שַׁבָּת ד' קכב.) דְּאֵין מַעֲמִידִין בְּהֵמָה עַל גַּבֵּי מֻוקְצֶה בְּשַׁבָּת פֵּירוּשׁ עֲשָׂבִים שֶׁנִּתְלְשׁוּ בְּשַׁבָּת הָא פָּרְשִׁינַן הָתָם כְּגוֹן שֶׁהָיוּ עוֹמְדִין בִּשְׁעַת חִיבּוּרָן בְּמָקוֹם שֶׁהַבְּהֵמָה לֹא הָיְתָה יְכוֹלָה לָבֹא שָׁם אִי נָמֵי דְּצָרִיךְ טַעְמָא שֶׁמָּא יַעֲלֶה וְיִתְלֹושׁ לר"ש בְּיוֹשֵׁב וּמְצַפֶּה וא"ת טַעְמָא דְּמֻוקְצֶה לָמָּה לֵיהּ תִּיפּוֹק לֵיהּ מִשּׁוּם שֶׁמָּא יַעֲלֶה וְיִתְלֹושׁ וְי"ל דְּשֶׁמָּא יַעֲלֶה וְיִתְלֹושׁ לָא הָוֵי אֶלָּא בְּפֵירוֹת הָאִילָן שְׁקָלִים לִיתְלֹושׁ אֲבָל לְפָתוֹת דְּבָעֵי מָרָא וַחֲצִינָא לֹא וְכֵן בְּמַשְׁקִין דְּגָזְרִינַן שֶׁמָּא יִסְחֹוט לְפִי שְׁקָלִים לִיסְחֹוט וְדָגִים שֶׁנִּצּוֹדוּ בי"ט אֲסוּרִין מִשּׁוּם מֻוקְצֶה כִּגְרוֹגָרוֹת וְצִמּוּקִין וְלֹא מִשּׁוּם דְּגָזְרִינַן שֶׁמָּא יָצוּד וְתֵדַע דִּבְסוֹף כָּל כִּתְבֵי (שַׁבָּת ד' קכב.) גַּבֵּי מִילֵּא מַיִם לִבְהֶמְתּוֹ וְנָכְרִי שֶׁהִדְלִיק הַנֵּר וְעָשָׂה כֶּבֶשׂ לָא אָסְרִינַן לְיִשְׂרָאֵל לֵירֵד אַחֲרָיו גְּזֵירָה שֶׁמָּא יַעֲשֶׂנּוּ וְהָא דִּמְדַמֵּי בפ"ק דְּחֻולִּין (ד' יד:) שֶׁמָּא יִשְׁחֹוט לִשְׁמָא יִסְחֹוט הֲוָה מָצֵי לְמִידְחֵי דְּלָא דָּמוּ כִּדְפֵי' אֶלָּא דִּבְלָאו הָכִי דָּחֵי לֵיהּ שַׁפִּיר:
Ceux-ci ont certainement été arrachés hier. Mais s'ils ont été arrachés aujourd'hui, c'est interdit, même s'ils sont venus dans l'intention des nokhrim. La raison est le mouktse. Même selon Rabbi Chimon, qui n'a pas le mouktse, ici il convient : puisqu'on ne les a pas cueillis hier, il les a mis en mouktse. Et cela ressemble aux grogerot (figues sèches) et aux tsimoukim (raisins secs). C'est aussi ce qui ressort au début de HaMevi, dans Beitsa (30b) : partout où l'on n'est pas yochev ou-metsape (assis dans l'attente), Rabbi Chimon a le mouktse. Et c'est ainsi que le Kountres l'explique au début de Ein Tsadin (Beitsa 24b), au sujet d'un nokhri qui a apporté un doron (présent) à un Israël. Et si tu dis : au premier chapitre de Houlin (14a), au sujet de celui qui fait la chehita (abattage) le Chabbat, il ressort que, pour Rabbi Chimon, il n'y a pas de mouktse ; et même pour Rabbi Yehouda, on voulait d'abord dire qu'il n'y a pas de mouktse. Il faut dire que ce cas parle d'un yochev ou-metsape : de peur qu'un 'herech (sourd-muet), un choteh (insensé) ou un katan (mineur) l'abatte, et que d'autres le voient. Et si tu dis : pourquoi lui faut-il, au début de Beitsa (3a), au sujet des fruits tombés, la raison de peur qu'il monte et détache ? Qu'on le déduise du mouktse. On répond : par exemple, il a des corbeaux, et c'est moukhan (préparé) pour les corbeaux. Et ce que nous disons au chapitre Kol Kitvei (Chabbat 122a) : on ne place pas une bête sur du mouktse le Chabbat. Explication : des herbes détachées le Chabbat. Nous expliquons là : par exemple, au moment où elles étaient attachées, elles se tenaient en un lieu où la bête ne pouvait pas arriver. Autre réponse : il faut la raison de peur qu'il monte et détache, pour Rabbi Chimon, dans le cas du yochev ou-metsape. Et si tu dis : pourquoi lui faut-il la raison du mouktse ? Qu'on le déduise de la peur qu'il monte et détache. On répond : la peur qu'il monte et détache ne vise que les fruits de l'arbre, faciles à détacher. Les navets, qui exigent une houe et une pioche, restent hors de ce décret. De même pour les liquides : nous décrétons de peur qu'il presse, parce qu'ils sont faciles à presser. Et les poissons pris un yom tov sont interdits à cause du mouktse, comme les grogerot et les tsimoukim, et non par un décret de peur qu'il chasse. Et sache : à la fin de Kol Kitvei (Chabbat 122a), pour celui qui a puisé de l'eau pour sa bête, et pour un nokhri qui a allumé la lampe et fait une rampe, nous n'interdisons pas à un Israël de descendre après lui, par un décret de peur qu'il le fasse. Et la comparaison, au premier chapitre de Houlin (14b), de la peur qu'il abatte à la peur qu'il presse : on aurait pu l'écarter, car les cas ne se ressemblent pas, comme on l'a expliqué. Même sans cela, on l'écarte bien.
⚖️ Rosh (1)
הַהוּא לִיפְתָּא דַּאֲתָא לְמָחוֹזָא חַזְיָא רָבָא דִּכְמִישָׁא. אָמַר הָא וַדַּאי מֵאֶתְמוֹל עָקְרוּ מַאי אָמְרַתְּ מִחוּץ לַתְּחוּם אֲתָא הַבָּא בִּשְׁבִיל יִשְׂרָאֵל זֶה מֻותָּר לְיִשְׂרָאֵל אַחֵר וכ"ש הָא דְּאַדַּעְתָּא דְּנָכְרִים אֲתָא שְׁרָא רָבָא לְמִיזְבַּן מִינַּייְהוּ. כֵּיוָן דַּחֲזָא דְּקָמְפְשׁוּ וּמַיְיתוּ אָסַר לְהוּ: הָנְהוּ בְּנֵי גְּנָנָא דְּגַזֵּי לְהוּ נָכְרִים אָסָא בְּיוֹמָא טָבָא תִּנְיָינָא. לְאוּרְתָּא שְׁרָא לְהוּ רָבִינָא לְאוֹרוֹחֵי בְּהוּ לְאַלְתַּר אָתוּ שֶׁיִּילְוֵהוּ לְרָבָא אֲמַר לְהוּ בָּעִינַן בִּכְדֵי שֶׁיֵּעָשׂוּ:
Ces navets qui arrivèrent à Mehoza. Rava vit qu'ils étaient flétris. Il dit : ceux-ci, on les a certainement arrachés hier. Que dirais-tu : ils sont venus de hors du tehoum ? Ce qui vient pour cet Israël-ci est permis à un autre Israël, et à plus forte raison ceci, qui est venu dans l'intention des nokhrim. Rava permit d'en acheter. Dès qu'il vit qu'ils augmentaient et qu'ils en apportaient, il les interdit. Ces gens de Ganana : des nokhrim leur coupèrent du myrte le second jour de fête. Le soir, Ravina leur permit de les sentir aussitôt. Ils vinrent interroger Rava. Il leur dit : nous exigeons bekdei che-ya'assou.
💡 Explication

Autre fait, même thème du tehoum et de la melakha de yom tov. À Mehoza, des navets arrivent. Ils sont flétris : Rava y voit un arrachage de la veille. Aucune melakha du jour. Il permet l'achat tout de suite, sans attendre.

Tossefot : un arrachage du jour resterait interdit, même pour des nokhrim, à cause du mouktse. Rabbi Chimon, qui allégerait le mouktse, convient ici quand on n'était pas yochev ou-metsape, assis dans l'attente de ces navets. Le Roch reprend le fait, puis le myrte qui suit.

5
מַאי אָמַרְתָּ, מִחוּץ לַתְּחוּם אָתְיָא? הַבָּא בִּשְׁבִיל יִשְׂרָאֵל זֶה, מֻותָּר לֶאֱכֹול לְיִשְׂרָאֵל אַחֵר, וְכָל שֶׁכֵּן הַאי דְּאַדַּעְתָּא דְגוֹיִם אֲתָא.

Que dirais-tu : ils viennent de hors du tehoum ? Ce qui vient pour cet Israël-ci est permis à manger à un autre Israël, et à plus forte raison celui-ci, qui est venu dans l'intention des goyim (non-Juifs).

💡 Explication

Rava écarte le reste de l'objection. Même venus du tehoum, des navets apportés pour un Israël sont permis à un autre. Ici l'intention vise des goyim. Le kal va-homer (à plus forte raison) suit : l'achat est permis.

6
כֵּיוָן דַּחֲזָא דְּקָא מַפְּשִׁי וּמַיְיתִי לְהוּ — אָסַר לְהוּ.

Dès qu'il vit qu'ils en apportaient davantage, il les leur interdit.

📜 Rachi (1)
דְּקָא מַפְּשִׁי נָכְרִים וְאַייְּתִי אֲמַר הָנֵי וַדַּאי אַדַּעְתָּא דְּיִשְׂרָאֵל מַפְּשִׁי וְאַיְּיתוּ וְאָסַר לְהוּ:
Qu'ils augmentaient. Des nokhrim en apportèrent plus. Il dit : ceux-ci, c'est certainement dans l'intention d'Israël qu'ils augmentent et qu'ils apportent. Et il les interdit.
💡 Explication

Le permis tombe quand les faits changent. Les marchands grossissent les apports les jours de fête. Rava y lit une intention nouvelle : désormais c'est pour Israël. Il interdit l'achat aux gens de Mehoza.

7
הָנְהוּ בְּנֵי גְּנָנָא דְּגַזּוּ לְהוּ אָסָא בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי, לְאוּרְתָּא שְׁרָא לְהוּ רָבִינָא לְאוֹרוֹחֵי בֵּיהּ לְאַלְתַּר. אֲמַר לֵיהּ רָבָא בַּר תַּחְלִיפָא לְרָבִינָא: לֵיסַר לְהוּ מָר מִפְּנֵי שֶׁאֵינָן בְּנֵי תוֹרָה.

Ces gens de Ganana coupèrent du myrte le second yom tov. Le soir, Ravina leur permit de le sentir aussitôt.

Rava bar Tahlifa dit à Ravina : que le maître le leur interdise, parce qu'ils ne sont pas des benei Torah.

📜 Rachi (2)
בְּנֵי גְּנָנָא קוֹשְׁרֵי כִּילּוֹת לַחֲתָנִים וְנוֹתְנִים שָׁם הֲדַס:
Gens de Ganana. Ceux qui nouent des dais pour les mariés, et y mettent du hadas (myrte).
לְפִי שֶׁאֵינָן בְּנֵי תוֹרָה וְאָתוּ לְזִלְזוּלֵי בְּיוֹם טוֹב שֵׁנִי:
Parce qu'ils ne sont pas des benei Torah. Et ils en viendraient à mépriser le second yom tov.
💡 Explication

Les benei ganana tressent les dais de mariage et y mettent du myrte. La coupe a eu lieu le second yom tov. Le soir, Ravina permet de sentir aussitôt, sans délai.

Rava bar Tahlifa veut l'interdit pour une raison de personnes : ils ne sont pas benei Torah. Rachi : ils mépriseraient le second jour, tenu pour léger.

8
מַתְקֵיף לַהּ רַב שְׁמַעְיָה: טַעְמָא דְּאֵינָן בְּנֵי תוֹרָה, הָא בְּנֵי תוֹרָה שְׁרֵי?! וְהָא בָּעִינַן בִּכְדֵי שֶׁיֵּעָשׂוּ! אֲזַלוּ שֶׁיִּילָּוֶה לְרָבָא, אֲמַר לְהוּ: בָּעֵינַן בִּכְדֵי שֶׁיֵּעָשׂוּ.

Rav Chemaya objecte : la raison, c'est qu'ils ne sont pas des benei Torah ; donc des benei Torah, ce serait permis ?! Mais nous exigeons bekdei che-ya'assou !

Ils allèrent le demander à Rava. Il leur dit : nous exigeons bekdei che-ya'assou.

💡 Explication

Rav Chemaya relève la raison donnée. Si l'interdit ne visait que les gens peu versés, des benei Torah sentiraient aussitôt. Or la règle de bekdei che-ya'assou (le temps qu'il aurait fallu pour couper ce myrte) s'applique à tous.

On pose la question à Rava. Il confirme : on attend ce délai, le soir du second jour.

🖼️ Schéma
Du myrte au bekdei che-ya'assou Second yom tov. Le soir, peut-on sentir aussitôt ? 1. Les gens de Ganana coupent du myrte le second yom tov. 2. Le soir, Ravina permet de le sentir aussitôt. 3. Rava bar Tahlifa : interdire. Ils mépriseraient le second jour. 4. Rav Chemaya : des benei Torah aussi. Bekdei che-ya'assou reste exigé. 5. On le demande à Rava. Réponse : nous exigeons bekdei che-ya'assou.
Ravina permet aussitôt. Rav Chemaya rappelle le délai. Rava tranche : bekdei che-ya'assou.
9
רַבִּי דּוֹסָא אוֹמֵר הָעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה כּוּ׳.

Rabbi Dossa dit : celui qui passe devant le teva (arche), etc.

💡 Explication

La michna reprend, en abrégé. Rabbi Dossa règle la formule de celui qui passe devant le teva, l'officiant, à Roch Hachana.

La suite, citée par le Roch : Affermis-nous, Hachem notre D.ieu, en ce jour de Roch Hodech, que ce soit aujourd'hui, que ce soit demain. Le lendemain : que ce soit aujourd'hui, que ce soit hier. Les Sages ne convinrent pas avec lui.

10
אָמַר רַבָּה: כִּי הֲוֵינַן בֵּי רַב הוּנָא, אִיבַּעְיָא לַן: מַהוּ לְהַזְכִּיר שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה? כֵּיוָן דַּחֲלוּקִין בְּמוּסָפִין, אָמְרִינַן? אוֹ דִּילְמָא — זִכָּרוֹן אֶחָד עוֹלֶה לְכָאן וּלְכָאן?

Rabba dit : lorsque nous étions chez Rav Houna, nous nous sommes demandé : qu'en est-il de mentionner Roch Hodech à Roch Hachana ? Puisqu'ils sont distincts par les moussafim, les dit-on ?

Ou bien un seul zikaron vaut-il pour ici et pour la ?

📜 Rachi (3)
כֵּיוָן דַּחֲלוּקִין בְּמוּסָפִין שֶׁמַּקְרִיבִין מוּסְפֵי רֹאשׁ חֹדֶשׁ וּמוּסְפֵי רֹאשׁ הַשָּׁנָה כְּדִכְתִיב (בַּמִּדְבָּר כ״ט:ו׳) מִלְּבַד עוֹלַת הַחֹדֶשׁ:
Puisqu'ils sont distincts par les moussafim. On offre les moussafim de Roch Hodech et les moussafim de Roch Hachana, comme il est écrit (Bamidbar 29, 6) : outre l'olah du hodech.
אָמְרִינַן בִּתְפִלָּה נָמֵי אֶת יוֹם רֹאשׁ הַחֹדֶשׁ הַזֶּה וְאֶת יוֹם הַזִּכָּרוֹן הַזֶּה:
On les dit. Dans la tefila aussi : ce jour de Roch Hodech-ci, et ce jour du zikaron-ci.
זִכְרוֹן אֶחָד אֶת יוֹם הַזִּכָּרוֹן הַזֶּה דְּרַחֲמָנָא קַרְייֵהּ זִכָּרוֹן דִּכְתִיב זִכְרוֹן תְּרוּעָה [ובר"ח נָמֵי כְּתִיב וְהָיוּ לָכֶם לְזִכָּרוֹן]:
Un seul zikaron. Ce jour du zikaron-ci : le Miséricordieux l'a appelé zikaron, comme il est écrit zikaron teroua. Et à Roch Hodech aussi il est écrit : ils seront pour vous un zikaron.
🗂️ Tossefot (1)
זִכָּרוֹן אֶחָד עוֹלֶה דִּבְרֹאשׁ הַשָּׁנָה כְּתִיב זִכְרוֹן תְּרוּעָה וּבְרֹאשׁ חֹדֶשׁ כְּתִיב בְּפָרָשַׁת בְּהַעֲלֹותְךָ גַּבֵּי חֲצוֹצְרוֹת וְהָיוּ לָכֶם לְזִכָּרוֹן פִּי' רַשְׁבָּ"ם דְּאֵין צָרִיךְ לְהַזְכִּיר מִקְרָאוֹת שֶׁל מוּסָף לֹא די"ט וְלֹא דר"ח כִּדְאָמַר רַב חִינְנָא א"ר בְּשִׁילְהֵי ר"ה (ד' לה.) כֵּיוָן שֶׁאָמַר וּבְתוֹרָתְךָ כָּתוּב לֵאמֹר שׁוּב אֵינוֹ צָרִיךְ גַּבֵּי מַלְכֻיוֹת זִכְרוֹנוֹת וְשׁוֹפָרוֹת וְאִם הִתְחִיל צָרִיךְ לְסַיֵּים וְהָא דִּתְנַן הַפּוֹחֵת לֹא יִפְחֹות מִשָּׁלֹשׁ הַייְנוּ בְּהִתְחִיל וְהוּא הַדִּין נָמֵי בְּמִקְרָאוֹת דְּקָרְבָּנוֹת וְאִם בָּא לְהַזְכִּיר מַזְכִּיר אַף שֶׁל ר"ח ור"ת מְפָרֵשׁ דְּהַהִיא דְּרַב חִינְנָא דַּווְקָא בְּמַלְכֻיוֹת זִכְרוֹנוֹת וְשׁוֹפָרוֹת אֲבָל דְּמוּסָף צָרִיךְ לְהַזְכִּיר לְעוֹלָם אֲבָל דר"ח אֵין צָרִיךְ כְּלָל לְהַזְכִּיר דְּנִפְטַר בְּמַה שֶׁאָמַר מִלְּבַד עֹולַת הַחֹדֶשׁ וּמִנְחָתָהּ וְהִגִּיהַּ בְּמַחֲזוֹרוֹ וּשְׁנֵי שְׂעִירִים לְכַפֵּר וּשְׁנֵי תְּמִידִים כְּהִלְכָתָם וְלֵר' יִצְחָק אֵין נִרְאֶה לְחַלֵּק בֵּין מַלְכֻיוֹת זִכְרוֹנוֹת וְשׁוֹפָרוֹת לְמִקְרָאוֹת דְּמוּסָף וְיֵשׁ גְּאוֹנִים קַדְמוֹנִים שֶׁאֵין מַנִּיחִין לוֹמַר וּבְרָאשֵׁי חָדְשֵׁיכֶם דְּלָא לַיְּתֵי לְזִלְזוּלֵי בַּמּוֹעֲדוֹת ויו"ט רִאשׁוֹן שֶׁל ר"ה דְּיֹאמְרוּ יוֹם שֵׁנִי עִיקָּר כְּמוֹ בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים שֶׁל כָּל הַשָּׁנָה וְאָתֵי לְמִמְנֵי מוֹעֲדוֹת מִיּוֹם שֵׁנִי וְאֵין נִרְאֶה לר"י דִּבְכוּלְּהוּ שְׁמַעְתָּא לֵיכָּא דְּחַשׁ לְהַאי זִלְזוּלָא וּבֶעָרוּךְ בְּעֵרֶךְ חֹדֶשׁ אֵיזֶה הוּא חַג שֶׁהַחֹדֶשׁ מִתְכַּסֶּה בּוֹ הֱוֵי אוֹמֵר זֶה ר"ה פִּי' שֶׁאֵין אוֹמֵר וּבְרָאשֵׁי חָדְשֵׁיכֶם לֹא בִּתְפִלָּה וְלֹא בְּזוּלָתָהּ:[וְע"ע תּוֹסְ' בֵּיצָה טז. ד"ה אֵיזֶהוּ ותוס' ר"ה חד"ה שֶׁהַחֹדֶשׁ וְעוֹד שָׁם בִּתּוֹ' לָהּ.]
Un seul zikaron vaut. Car à Roch Hachana il est écrit zikaron teroua, et à Roch Hodech il est écrit, dans la paracha Behaalotekha, au sujet des hatsotserot (trompettes) : ils seront pour vous un zikaron. Le Rachbam explique qu'on n'a pas à mentionner les versets du moussaf, ni du yom tov ni de Roch Hodech. Comme Rav Hinena l'a dit au nom de Rav, à la fin de Roch Hachana (35a) : des qu'il a dit et dans Ta Torah il est écrit, en disant, il n'a plus à poursuivre, pour les malkhouyot, les zikronot et les chofarot. Et s'il a commencé, il doit achever. Et ce que la michna enseigne : celui qui réduit ne réduira pas en dessous de trois, cela vise celui qui a commencé. Et il en va de même pour les versets des korbanot (offrandes). Et s'il vient à mentionner, il mentionne aussi ceux de Roch Hodech. Et Rabbeinou Tam explique que cet enseignement de Rav Hinena vise seulement les malkhouyot, les zikronot et les chofarot ; mais le moussaf, il faut toujours le mentionner. Roch Hodech, on n'a pas du tout à le mentionner à part : il s'en acquitte par ce qu'il a dit, outre l'olah du hodech et sa minha. Et il a corrigé dans son mahzor : et deux boucs pour expier, et deux temidim selon leur règle. Et pour Rabbi Yitshak, il ne paraît pas juste de séparer les malkhouyot, les zikronot et les chofarot des versets du moussaf. Et il y a des geonim anciens qui ne laissent pas dire : et à vos Roch Hodech, afin qu'on n'en vienne pas à mépriser les moadim (fêtes) et le premier yom tov de Roch Hachana. On dirait que le second jour est l'essentiel, comme aux Roch Hodech de toute l'année, et on en viendrait à compter les moadim depuis le second jour. Et cela ne paraît pas juste au Ri : dans toute la sougya, personne ne craint ce mépris. Et dans l'Aroukh, à l'entrée hodech : quel est le hag (fête) où le mois se couvre ? Tu diras : c'est Roch Hachana. Explication : on ne dit pas et à vos Roch Hodech, ni dans la tefila ni en dehors. Et voir aussi Tossefot Beitsa 16, dibour hamatchil Eizehou ; Tossefot Roch Hachana 8, dibour hamatchil Che-ha-hodech ; et encore là, dans les Tossefot, daf 35.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' אָמַר רַבָּה כִּי הֲוֵינַן בֵּי רַב כָּהֲנָא אִיבַּעְיָא לְהוּ מַהוּ לְהַזְכִּיר שֶׁל ר"ח בר"ה כֵּיוָן דִּמְחֻולָּקִין בְּמוּסָפִין מַדְכְּרִינַן אוֹ דִּלְמָא זִכָּרוֹן אֶחָד עוֹלֶה לְכָאן וּלְכָאן. וְאַסִּיקְנָא אָמַר רַב חִסְדָּא זִכָּרוֹן אֶחָד עוֹלֶה לְכָאן וּלְכָאן:
Guemara. Rabba dit : quand nous étions chez Rav Kahana, on a posé la question : qu'en est-il de mentionner Roch Hodech à Roch Hachana ? Puisqu'ils sont séparés dans les moussafim, les mentionne-t-on, ou bien un seul zikaron vaut-il pour ici et pour la ? Et nous concluons. Rav Hisda a dit : un seul zikaron vaut pour ici et pour la.
💡 Explication

Question de Rabba chez Rav Houna. Roch Hachana est aussi Roch Hodech. Les moussafim sont deux séries d'offrandes. Faut-il deux mentions dans la tefila ?

L'autre côté : un seul zikaron. Roch Hachana est zikaron teroua. Le verset des trompettes, à Roch Hodech, dit aussi zikaron. Rachi : la formule ce jour du zikaron suffit pour les deux.

Tossefot : Rachbam dispense des versets du moussaf une fois dite la formule et dans Ta Torah il est écrit. Rabbeinou Tam garde les versets du moussaf, et tient Roch Hodech pour couvert par outre l'olah du hodech. Le Roch place la question chez Rav Kahana et conclut, au nom de Rav Hisda : un seul zikaron.

11
אָמַר לָן: תַּנִּיתוּהָ, רַבִּי דּוֹסָא אוֹמֵר: הָעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה כּוּ׳ — מַאי לַָאו לְהַזְכִּיר?

Il nous dit : vous l'avez enseigné. Rabbi Dossa dit : celui qui passe devant le teva, etc.

N'est-ce pas au sujet de mentionner ?

📜 Rachi (1)
מַאי לַָאו לֹא הוֹדוּ אַלְּהַזְכִּיר קָאֵי דְּלָא הוֹדוּ לוֹ לְהַזְכִּיר שֶׁל ר"ח בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה:
N'est-ce pas. Ils ne convinrent pas vise la mention : ils ne convinrent pas avec lui pour mentionner Roch Hodech à Roch Hachana.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' רַבִּי דּוֹסָא בֶּן הַרְכִּינָס אוֹמֵר הָעוֹבֵר לִפְנֵי הַתֵּיבָה ביו"ט רִאשׁוֹן שֶׁל רֹאשׁ הַשָּׁנָה אוֹמֵר הַחְלִיצֵנוּ ה' אֱ-לֹהֵינוּ בְּיוֹם רֹאשׁ הַחֹדֶשׁ הַזֶּה אִם הַיּוֹם אִם מָחָר וּלְמָחָר אוֹמֵר אִם הַיּוֹם אִם אֶמֶשׁ. וְלֹא הוֹדוּ לוֹ חֲכָמִים:
Michna. Rabbi Dossa ben Harkinas dit : celui qui passe devant le teva, le premier yom tov de Roch Hachana, dit : Affermis-nous, Hachem notre D.ieu, en ce jour de Roch Hodech, que ce soit aujourd'hui, que ce soit demain. Et le lendemain il dit : que ce soit aujourd'hui, que ce soit hier. Et les Sages ne convinrent pas avec lui.
💡 Explication

Rav Houna renvoie à la michna. Rabbi Dossa mentionne Roch Hodech, avec une condition. Les Sages ne conviennent pas avec lui.

Lecture proposée : leur refus porte sur le fait même de mentionner. Rachi rattache les mots ils ne convinrent pas à cette mention. Le Roch recopie la michna en clair, avec la formule des deux jours.

12
לֹא, לְהַתְנוֹת.

Non : au sujet de poser une condition.

📜 Rachi (1)
לְהַתְנוֹת אִם הַיּוֹם אִם לְמָחָר אֶלָּא סְתָמָא לֵימָא וְכֵן יוֹם הַמָּחֳרָת:
Pour poser une condition. Si c'est aujourd'hui, si c'est demain. Qu'il dise plutôt la formule simple, et de même le jour suivant.
💡 Explication

La Guemara déplace le point de divergence. Les Sages admettent qu'on parle de Roch Hodech. Ils refusent la tenai (condition) : aujourd'hui où demain.

Rachi : on dit la formule stam, sans condition, le premier jour, et de même le lendemain.

13
הָכִי נָמֵי מִסְתַּבְּרָא, מִדְּקָתָנֵי בַּבָּרַייְתָא: וְכֵן הָיָה רַבִּי דּוֹסָא עוֹשֶׂה בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים שֶׁל כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ, וְלֹא הוֹדוּ לוֹ.

Cela aussi se comprend ainsi, de ce que la baraita enseigne : et ainsi faisait Rabbi Dossa aux Roch Hodech de toute l'année, et ils ne convinrent pas avec lui.

📜 Rachi (1)
בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים שֶׁל כָּל הַשָּׁנָה שֶׁהוּא סָפֵק אִם עִיבְּרוּהָ בֵּית דִּין:
Aux Roch Hodech de toute l'année. Quand on doute si le beit din a intercalé le mois.
💡 Explication

Appui. Rabbi Dossa posait la même condition à chaque Roch Hodech douteux de l'année, quand on ignore si le beit din a fixé le mois plein.

Les Sages ne conviennent pas avec lui là non plus. Or un Roch Hodech ordinaire se mentionne. Leur refus vise donc la condition.

14
אִי אָמְרַתְּ בִּשְׁלָמָא לְהַתְנוֹת — מִשּׁוּם הָכִי לֹא הוֹדוּ לוֹ. אֶלָּא אִי אָמְרַתְּ לְהַזְכִּיר — אַמַּאי לֹא הוֹדוּ לוֹ?

Si tu dis, passe encore, que c'est pour poser une condition : c'est pour cela qu'ils ne convinrent pas avec lui. Mais si tu dis que c'est pour mentionner : pourquoi ne convinrent-ils pas avec lui ?

💡 Explication

Bichlama : si la divergence est la condition, le refus des Sages s'explique toute l'année. Ils écartent une tefila conditionnelle.

Si la divergence était la mention de Roch Hodech, le refus, les autres mois, resterait sans motif : ce jour-là, on mentionne Roch Hodech.

15
וְאֶלָּא מַאי — לְהַתְנוֹת? לָמָּה לִי לְאִיפְּלוֹגֵי בְּתַרְתֵּי? צְרִיכָא, דְּאִי אַשְׁמְעִינַן רֹאשׁ הַשָּׁנָה — הֲוָה אֲמִינָא: בְּהָא קָאָמְרִי רַבָּנַן דְּלָא — מִשּׁוּם דְּאָתֵי לְזַלְזוֹלֵי בֵּיהּ, אֲבָל בְּרָאשֵׁי חֳדָשִׁים שֶׁל כָּל הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ — אֵימָא מוֹדוּ לֵיהּ לְרַבִּי דּוֹסָא.

Mais alors, quoi : pour poser une condition ? Pourquoi me faut-il qu'ils divergent en deux cas ?

C'est nécessaire. Car si on ne nous avait enseigné que Roch Hachana, j'aurais dit : c'est dans ce cas que les Rabbins disent non, parce qu'on en viendrait à le mépriser ; mais aux Roch Hodech de toute l'année, dis que les Rabbins conviennent avec Rabbi Dossa.

📜 Rachi (2)
לְזִלְזוּלֵי אִי מַחְזְקִינַן לֵיהּ סָפֵק אָתוּ לְזִלְזוּלֵי בַּשֵּׁנִי אֲבָל כִּי אָמְרִינַן סְתָמָא מַחְזְקִינַן לְהוּ בִּקְדֻושָּׁה אַחַת:
À mépriser. Si nous le tenons pour un doute, on en viendra à mépriser le second jour. Mais quand nous le disons sans condition, nous les tenons pour une seule kedousha.
אֲבָל בִּשְׁאָר חֳדָשִׁים דְּשָׁרוּ בִּמְלָאכָה וְלֵיכָּא לְמִיחַשׁ לְזִלְזוּלֵי אֵימָא מוֹדוֹ לֵיהּ:
Mais les autres mois. Là où la melakha est permise, et où le mépris n'est pas à craindre, dis qu'ils conviennent avec lui.
💡 Explication

Nouvelle question : la condition étant le seul enjeu, pourquoi l'enseigner deux fois ?

Tsrikha. Roch Hachana seul : on aurait limité le refus des Rabbins à la crainte du zilzoul, le mépris du jour saint. Un Roch Hodech où la melakha est permise n'offre pas cette crainte : les Rabbins auraient pu convenir avec Rabbi Dossa.

Rachi : dire le jour safek (douteux) mène à travailler le second. La formule simple tient les deux jours pour une seule kedousha.

🖼️ Schéma
Pourquoi deux cas pour la condition Roch Hachana et les Roch Hodech de l'année. Les deux enseignements sont nécessaires. Si seul Roch Hachana Les Rabbins refusent la condition. Raison : mépris du second jour. Un Roch Hodech ordinaire : la melakha est permise. Ils pourraient convenir avec Rabbi Dossa. Si seul le Roch Hodech Rabbi Dossa y pose la condition. À Roch Hachana, il pourrait convenir aux Rabbins. Raison : mépris du yom tov. Le jour saint retient. Tsrikha : les deux cas restent nécessaires. Chacun, seul, laisserait l'autre côté ouvert.
Roch Hachana seul, ou Roch Hodech seul : chaque cas laisserait l'autre ouvert. Les deux sont nécessaires.
16
וְאִי אִתְּמַר בְּהָא — בְּהָא קָאָמַר רַבִּי דּוֹסָא, אֲבָל בְּהַךְ — אֵימָא מוֹדֶה לְהוּ לְרַבָּנַן. צְרִיכָא.

Et si on l'avait dit dans ce cas-ci, c'est dans ce cas-ci que Rabbi Dossa parle ; mais dans ce cas-là, dis qu'il convient aux Rabbins. C'est nécessaire.

💡 Explication

Second bras de la tsrikha. Ce cas-ci : le Roch Hodech ordinaire, celui que la Guemara vient de nommer. Rabbi Dossa n'y aurait posé la condition que là.

Ce cas-là : Roch Hachana. On aurait dit qu'il convient aux Rabbins, à cause du mépris du yom tov. Les deux enseignements restent donc nécessaires.

17
מֵיתִיבִי: רֹאשׁ הַשָּׁנָה שֶׁחָל לִהְיוֹת בְּשַׁבָּת, בֵּית שַׁמַּאי אוֹמְרִים: מִתְפַּלֵּל עֶשֶׂר, וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים: מִתְפַּלֵּל תֵּשַׁע. וְאִם אִיתָא, בֵּית שַׁמַּאי אַחַת עֶשְׂרֵה מִבְּעֵי לֵיהּ?

On objecte : Roch Hachana qui tombe un Chabbat, Beit Chammai disent : il prie dix ; et Beit Hillel disent : il prie neuf. Et s'il en est ainsi, pour Beit Chammai, onze s'imposeraient ?

📜 Rachi (3)
מִתְפַּלֵּל עָשָׂר שָׁלֹשׁ רִאשׁוֹנוֹת וְג' אַחֲרוֹנוֹת וְשֶׁל שַׁבָּת בִּפְנֵי עַצְמָהּ הֲרֵי שֶׁבַע וּקְדֻושַּׁת הַיּוֹם וְכוֹלֵל עִמָּהּ מַלְכֻיוֹת הֲרֵי שְׁמוֹנָה וְזִכְרוֹנוֹת וְשׁוֹפָרוֹת:
Il prie dix. Trois premières et trois dernières, et celle du Chabbat à part : cela fait sept. Et la kedousha du jour, en y incluant les malkhouyot : cela fait huit. Et les zikronot et les chofarot.
וּבֵית הִלֵּל אוֹמְרִים מִתְפַּלֵּל תֵּשַׁע דְּכוֹלֵל שַׁבָּת וְיוֹם טוֹב בִּבְרָכָה אַחַת וְחוֹתֵם מְקַדֵּשׁ הַשַּׁבָּת וְיִשְׂרָאֵל וְיוֹם הַזִּכָּרוֹן:
Et Beit Hillel disent : il prie neuf. Car il inclut Chabbat et yom tov dans une seule berakha, et il conclut : qui sanctifie le Chabbat, Israël et le jour du zikaron.
וְאִם אִיתָא דְּמַזְכִּיר שֶׁל רֹאשׁ חֹדֶשׁ לְבֵית שַׁמַּאי דְּבָעֵי לְכָל חַד בְּרָכָה בִּפְנֵי עַצְמָהּ י"א מִבָּעֵי לֵיהּ:
Et s'il en est ainsi. S'il mentionne Roch Hodech : selon Beit Chammai, qui exige pour chacun une berakha à part, onze s'imposeraient.
💡 Explication

Objection d'une baraita. Roch Hachana un Chabbat. Beit Chammai : dix berakhot. Beit Hillel : neuf, parce que Chabbat et yom tov partagent une berakha.

Rachi détaille le dix : trois et trois, Chabbat à part, kedousha du jour avec les malkhouyot, puis zikronot et chofarot.

Si Roch Hodech ouvrait une berakha de plus, Beit Chammai, qui sépare chaque sujet, arriverait à onze. La baraita dit dix. La suite de la réponse est au daf 40b.

🖼️ Schéma
Dix, neuf, et le compte qui ferait onze Roch Hachana qui tombe un Chabbat. Amida. Beit Chammai : 10 3 premières 3 dernières Chabbat à part : 7 Kedousha du jour et malkhouyot : 8 Zikronot Chofarot : 10 Beit Hillel : 9 Chabbat et yom tov dans une berakha. Hatima : qui sanctifie le Chabbat, Israël, et le jour du zikaron. Si Roch Hodech avait sa berakha Beit Chammai sépare chaque sujet. Le compte passerait à onze. La baraita dit dix. Le compte reste à dix. L'objection vise l'idée d'une mention qui ouvrirait une berakha. Beit Chammai, qui isole le Chabbat, isolerait aussi Roch Hodech. La baraita s'arrête à dix.
Beit Chammai : dix. Beit Hillel : neuf, Chabbat et yom tov ensemble. Une berakha de Roch Hodech ferait onze.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).