Sougya : La clause anonyme des deux villes suit Rabbi Meir. Une ville reçoit un karpef, et deux villes en reçoivent deux, soit cent quarante et une coudées et un tiers : chacune des deux formules bloque une lecture trop courte.
Trois villages meshulashin deviennent un par le village du milieu. Rav Houna le place à l'écart : on le regarde comme inséré dans l'intervalle, pourvu qu'il reste cent quarante et une coudées et un tiers de chaque côté et qu'il soit à moins de deux mille coudées des extérieurs.
Rav Safra objecte le Diglat entre Akistfon et Ardeshir ; Rava montre les assises du mur à soixante-dix coudées et un reste. La michna suivante fixe la corde de cinquante coudées, tenue en face du cœur, et la façon d'englober ravin, clôture et montagne.
Celle-ci, de qui est-elle ? De Rabbi Meir.
La fin de la michna, sur le daf précédent, réunit deux villes quand chacune a soixante-dix coudées et un reste vers l'autre. Le total est cent quarante et une coudées et un tiers, soit deux karpef. La clause est dite sans nom. Elle suit Rabbi Meir, qui donne un karpef à chaque ville. Les Sages ne parlent d'un karpef qu'entre deux villes : cette clause finale reste hors de leur conclusion.
Si c'est de Rabbi Meir, le début ne l'enseigne-t-il pas déjà : on attribue un karpef à la ville, paroles de Rabbi Meir ?
Le début de la michna a déjà nommé Rabbi Meir pour le karpef d'une ville. La Guemara demande pourquoi la fin le répète, sans le nommer, pour deux villes.
C'est nécessaire. Car si c'était de celle-là, j'aurais dit : un pour une, et un pour deux.
Cela nous apprend que pour deux, on leur en attribue deux.
Un pour une : une ville reçoit un karpef. Un pour deux : deux villes n'en recevraient encore qu'un seul, à elles deux. La fin de la michna écarte cette lecture. Deux villes reçoivent deux karpef.
Rachi pointe la clause finale : Rabbi Meir y dit qu'elles restent une seule ville, chacune avec son karpef.
Et si on ne nous l'avait appris qu'ici, c'est parce que leur usage est à l'étroit. Mais là-bas, où leur usage n'est pas à l'étroit, j'aurais dit non.
C'est nécessaire.
Ici, ce sont les deux villes proches. Leur bande ouverte se dispute le même intervalle, d'où un karpef pour chacune, et la réunion des deux.
Là-bas, c'est une ville seule. Sans la première clause, on lui refuserait tout karpef, parce que son pourtour est déjà large. Les deux clauses restent donc nécessaires.
Nous avons appris : Et de même, trois villages meshulashin (rangés à trois). S'il y a entre les deux extérieurs cent quarante et une coudées et un tiers, le milieu fait des trois un seul.
La raison, c'est qu'il y a un milieu. S'il n'y a pas de milieu, non.
Réfutation de Rav Houna !
La michna ne réunit les trois villages que par le milieu. Rachi : entre chaque paire, il ne reste alors qu'un karpef. Sans ce milieu, la michna ne les réunit pas. Rav Houna, qui donne un karpef à chaque ville, réunirait déjà deux villes à cent quarante et une coudées et un tiers, sans village au centre. La michna le prend en défaut.
Tossefot sauve Hiya bar Rav, qui ne donne qu'un seul karpef aux deux villes. Chez lui, la clause des trois villages peut suivre les Sages : elle enseigne une file de bourganin (huttes de garde), chacune dans les soixante-dix coudées et un reste de la précédente.
Rav Houna te dirait : n'a-t-on pas déclaré à ce sujet : Rabba a dit que Rav Idi a dit que Rabbi Hanina a dit : ils ne sont pas réellement meshulashin, mais on considère tout cas où, si l'on plaçait le milieu entre eux, ils seraient meshulashin, et où il n'y a entre l'un et l'autre que cent quarante coudées, plus une et un tiers : le milieu a fait des trois un seul.
Rav Houna ne lit pas trois villages sur une seule ligne. Rachi : le troisième se tient à distance, en face de l'intervalle. On le regarde comme si on le faisait entrer dans ce vide. Après ce placement, chaque côté qui reste vaut deux karpef, cent quarante et une coudées et un tiers. La michna parle donc de villages déjà loin l'un de l'autre.
Conséquence : qui part d'une ville vers une autre mesure les deux mille depuis le mur de la voisine. Si le vide qui reste dépasse cette mesure, on cesse de dire " on considère ".
Tossefot : la formule " entre les deux extérieurs " ne peut viser l'écart réel que parce que le milieu n'est pas déjà dans l'alignement. Hiya bar Rav peut accepter cette lecture. Elle ne prouve donc pas, à elle seule, que la halakha suit Rav Houna.
Le Roch transmet la même règle par Rav Idi au nom de Rabbi Yo'hanan, puis il résume tout le débat avec Abaye, jusqu'aux deux lectures de " remplis ".
Rava lui dit, à Abaye : combien y aura-t-il entre l'extérieur et le milieu ? Il lui dit : deux mille coudées.
La question vise la distance réelle, entre le village du milieu, resté à l'écart, et chacun des extérieurs. Abaye la borne à deux mille coudées, le tehum de Chabbat : on joint deux endroits entre lesquels on peut aller sans érouv.
Or n'es-tu pas celui qui a dit : l'avis de Rava fils de Rabba bar Rav Houna est logique, lui qui a dit : plus de deux mille coudées !
Rava rappelle une ville en arc (keshet). Entre la corde (yeter) et le creux de l'arc, Rava fils de Rabba bar Rav Houna maintient une seule ville même au-delà de deux mille, et l'on mesure depuis la corde. Abaye avait trouvé cet avis logique. Rava lui demande pourquoi les villages, eux, s'arrêteraient à deux mille.
Comment comparer ? Là-bas, il y a des maisons.
Ici, il n'y a pas de maisons.
Dans la ville en arc, les maisons relient les deux têtes. On peut aller de l'une à l'autre en suivant l'arc. Entre le village du milieu et un extérieur, l'intervalle est vide : au-delà de deux mille, un Chabbat ne suffit plus à les joindre.
Et Rava dit à Abaye : combien y aura-t-il entre un extérieur et l'autre extérieur ? Combien y aura-t-il ?
Quelle conséquence pratique en tires-tu ? Tout cas où, si l'on faisait entrer le milieu entre eux, il n'y a entre l'un et l'autre que cent quarante et une et un tiers.
Abaye renvoie la question. L'écart entre les deux extérieurs n'a pas de chiffre à lui. Tout dépend de ceci : une fois le milieu fait entrer dans l'intervalle, chaque côté qui reste tient dans cent quarante et une coudées et un tiers.
Même quatre mille coudées ? Il lui dit : oui.
Or Rav Houna n'a-t-il pas dit : une ville faite comme un arc (keshet), s'il y a entre ses deux têtes moins de quatre mille coudées, on la mesure depuis la corde (yeter), et sinon on la mesure depuis l'arc !
Abaye accepte quatre mille entre les deux extérieurs, si le village du milieu a de quoi remplir le vide et laisser cent quarante et une coudées et un tiers de chaque côté.
Rava objecte la ville en arc de Rav Houna. Tant que les deux têtes sont à moins de quatre mille, on mesure depuis la corde. À quatre mille ou au-delà, on mesure depuis l'arc lui-même : la ville ne s'étend plus d'un seul tenant jusqu'à la corde.
Il lui dit : là-bas, il n'y a pas lieu de dire " remplis " (meli). Ici, il y a lieu de dire " remplis ".
Meli, " remplis " : on comble le vide en regardant le village du milieu comme déjà placé entre les deux. Rachi : l'arc n'a rien à poser dans le vide entre ses têtes. Les villages, si.
Tossefot précise pour qui. Les habitants du creux de l'arc gardent la mesure depuis leur porte : les placer sur la corde leur ferait perdre l'autre direction. On dit " remplis " pour qui part d'une extrémité vers l'autre : les deux mille partent de la ville voisine, ou de l'autre tête de l'arc, même si les têtes dépassent quatre mille, tant que le creux de l'arc ne dépasse pas deux mille. Deux autres lectures : Abaye refuse " remplis " au-delà de deux mille ; et l'espace de la corde doit pouvoir contenir les habitants de l'arc.
Rav Safra dit à Rava : voici les gens d'Akistfon, pour qui l'on mesure le tehum depuis ce côté-ci d'Ardeshir, et les gens du tehum d'Ardeshir, pour qui l'on mesure le tehum depuis ce côté-ci d'Akistfon. Or il y a le Diglat, qui sépare de plus de cent quarante et une et un tiers !
Akistfon et Ardeshir se font face, et l'on mesure le tehum de chacune depuis la rive de l'autre, comme pour une seule ville. Rav Safra objecte le Diglat (le Tigre) : le fleuve coupe de plus de deux karpef. À ce compte, les deux villes ne devraient pas se joindre.
Il sortit et lui montra ces assises du mur, qui s'enfoncent dans le Diglat à soixante-dix coudées et un reste.
Rava sort et montre les assises du mur (atmahata de-shura) prises dans le fleuve. Elles rejoignent l'autre côté à soixante-dix coudées et un reste, soit un karpef. L'intervalle qui compte n'est pas toute la largeur du Diglat. Les assises font la jonction, et chaque ville peut mesurer depuis l'autre rive.
Michna. On ne mesure qu'avec une corde de cinquante coudées, ni moins ni plus.
Et l'on ne mesurera qu'en face de son cœur.
Nouvelle michna : la mesure des deux mille du tehum. La corde est fixée à cinquante coudées. Rachi renvoie à la Guemara pour le ni moins ni plus.
En face du cœur : les deux mesureurs tiennent le bout de la corde à la même hauteur, la poitrine. Si l'un vise le cou et l'autre les pieds, la corde part en biais, sa portée au sol diminue, et le tehum mesuré est trop court.
S'il mesurait et qu'il arrivait à un ravin ou à une clôture, il l'englobe (mavlia), et il revient à sa mesure. S'il arrivait à une montagne, il l'englobe et revient à sa mesure.
Mavlia : on englobe. Si les deux lèvres sont à cinquante coudées ou moins, une seule corde les joint par le haut. La pente, même longue de plus de deux mille, ne s'ajoute pas aux coudées du tehum. Rachi lit la clôture (gader) comme un mur de pierres éboulé, en tas pentu, où l'on marche.
Il revient à sa mesure vise le ravin trop large en face de la ville. On va à une extrémité, hors de l'axe, là où la corde peut joindre les lèvres. On mesure le long de la lèvre jusqu'au droit de la ville, puis on rentre dans l'alignement et l'on complète les deux mille.
Tossefot : la montagne est dite à part à cause de la suite, que cite le Roch, " on perce dans les montagnes " (mekadrin). Le perçage vaut aussi pour le ravin et la clôture. Autre lecture : ravin et clôture se traitent de la même façon, et la montagne s'en distingue un peu.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).