Sougya : La Guemara ouvre sur la michna de l'arpenteur. Pour l'endroit où il a allongé, oui ; pour l'endroit où il a raccourci, non ?
Elle répond : dis, même pour l'endroit où il a allongé. Abaye borne l'écart : pas plus que la mesure de la ville en sa diagonale.
Ravina accorde la michna et une beraita : les tehoumin sont une rigueur sur les paroles de la Torah, et ils sont d'ordre rabbinique. Puis une michna : la ville d'un seul devenue du grand nombre se réunit tout entière par un eruv ; la ville du grand nombre devenue d'un seul ne se réunit pas tout entière, sauf une part laissée dehors, comme Ir Hadasha en Judée.
Guemara. Pour l'endroit où il a allongé, oui ; pour l'endroit où il a raccourci, non ?
Dis : même pour l'endroit où il a allongé.
La michna, au daf précédent, dit qu'on écoute l'endroit où l'arpenteur a allongé. La Guemara s'étonne : et l'endroit où il a raccourci ? Rachi appuie l'étonnement sur le proverbe : deux cents incluent un maneh, cent. Le plus grand contient le plus petit. Recevoir l'allongement, qui élargit le tehum, emporte le raccourcissement.
La réponse est brève : dis, même pour l'endroit où il a allongé. Selon Rachi, la michna enseigne qu'on reçoit même l'allègement, et à plus forte raison la rigueur.
Tossefot et le Roch lisent autrement. Aller vers l'endroit allongé veut dire qu'on sort aussi la mesure courte jusqu'en face de la longue. L'étonnement porte alors sur le raccourci : il a peut-être bien mesuré, montagne à percer, pente de dix tefahim sur cinq coudées, engloutissement (havla'a). Réponse : on rattache l'allongement à un allègement, et à plus forte raison le raccourcissement à une rigueur. La marque se pose en diagonale de l'une à l'autre.
Il a allongé pour l'un et raccourci pour l'un, etc. Cela encore, à quoi bon ?
C'est identique à cela ! Voici ce qu'il dit : l'un a allongé et l'un a raccourci, on écoute celui qui a allongé.
La michna a deux phrases. " Il a allongé pour un endroit et raccourci pour un autre " : deux endroits. " Il a allongé pour l'un et raccourci pour l'un " semble redire la même chose, si " un " veut dire " un endroit ".
La Guemara tranche : ici, deux hommes ont mesuré le même côté. L'un a allongé, l'autre a raccourci. On écoute celui qui a allongé. La première phrase parlait de deux endroits d'une seule direction.
Abaye a dit : et à condition qu'il n'allonge pas plus que la mesure de la ville en sa diagonale.
Abaye borne l'écart qu'on peut recevoir sans mesurer de nouveau. Les mots : pas plus que la mesure de la ville en sa diagonale.
Rachi : même un grand écart, qu'on ne met plus sur le compte d'une corde mal tendue, se rattache à l'erreur de l'angle. L'un, expert, a posé la tablette des tehoumin au coin, en diagonale, comme au daf 56b. L'autre a mesuré deux mille depuis le milieu du coin et a perdu les angles, toute la diagonale de deux mille. Au-delà, plus rien à quoi rattacher. Rachi dit que son cœur hésite : les mots parlent de la ville, et son explication porte sur la diagonale des deux mille.
Tossefot, plus haut, rapportent la version de Rabbeinou Hananel : " et la diagonale ", les deux ayant mesuré d'un seul côté. Si le second a éloigné sa marque de la mesure de la ville et de la diagonale, on dit que le premier a mesuré quand il n'y avait que deux ou trois maisons au coin nord-est, et que sa marque est plus proche, vers le sud-ouest. Le Roch raconte le trajet ainsi : peu de maisons au sud-ouest lors de la première mesure, puis deux mille coudées depuis le nord-est, une fois la ville agrandie. Dans les deux récits, le second n'a pas erré.
Les Sages n'ont pas énoncé la chose pour être rigoureux, mais pour alléger. Or on a enseigné : les Sages n'ont pas énoncé la chose pour alléger, mais pour être rigoureux ?
La michna concluait : les Sages ont énoncé la règle des tehoumin pour alléger. Une beraita dit l'inverse : pour être rigoureux. Ravina accorde les deux au segment suivant.
Ravina a dit : non pour alléger sur les paroles de la Torah, mais pour être rigoureux sur les paroles de la Torah. Et les tehoumin sont d'ordre rabbinique.
Ravina : l'institution elle-même est une rigueur ajoutée aux paroles de la Torah. Rachi : de la Torah, rien n'est interdit par ces limites ; les Sages ont décrété. Comme les tehoumin sont d'ordre rabbinique, on y va vers l'allègement : on croit l'esclave, on reçoit la marque longue.
Tossefot tirent de " les tehoumin sont rabbiniques " que, s'ils étaient de la Torah, ces témoins ne seraient pas crus. On croit pourtant chaque jour une femme pour la chehita, le nikour et la halla, parce que l'acte était en son pouvoir (be-yada) : elle pouvait abattre correctement. Le tehum, lui, n'a jamais été en son pouvoir. D'où la différence pour un mineur : on le croit davantage pour la recherche du hametz, qui est en son pouvoir, que pour dire, encore enfant, jusqu'où l'on marchait le Chabbat.
Pour le hametz, la formule " les Sages les ont crus dans une règle rabbinique " implique qu'en matière de Torah on ne les croirait pas, bien que l'acte soit en leur pouvoir : la recherche demande un soin et une peine, et l'on craint la paresse. Le Yerushalmi a une opinion qui refuse aux femmes la recherche du hametz pour ce motif.
Michna. Ville d'un seul, devenue du grand nombre : on fait l'eruv de toute la ville.
Michna nouvelle, celle de l'eruv des cours. Ville d'un seul (ir shel yahid) : Rachi, une ville où ne passent pas en permanence six cent mille personnes. Elle ne compte pas comme domaine public (reshut ha-rabim), dont le modèle est les étendards du désert. Devenue ville du grand nombre (ir shel rabim), par des habitations nouvelles ou des marchés, on fait l'eruv de toute la ville, comme au début. Elle est comme une seule cour. Ses ruelles n'ont pas besoin de correctif, tant qu'il n'y a pas en elle un domaine public entier de seize coudées.
Tossefot suivent Rachi pour la michna : elle ne parle pas d'un domaine public entier, puisqu'elle ne dit pas qu'un domaine public la traverse, à la différence de la beraita. Elle va aussi comme les Sages, qui n'ont pas le correctif de Rabbi Yehouda. Pour la beraita, Tossefot écartent une largeur de seize coudées : au-delà de treize coudées et un tiers, Rabbi Yehouda ne permet pas le lehi et la kora. Le passage dans la ville est plus étroit. Deux domaines publics de seize coudées se font face, et l'on traverse la ville de l'un à l'autre. L'intérieur, même sans seize coudées, reste domaine public, comme l'intervalle des colonnes (Chabbat 7a).
Le Roch, sur cette michna, déroule toute la suite : le shiur, Mehouza, Rav Papa, la longueur et la largeur, et la cloison mince qui sépare les mabouiot. La Guemara de la page n'en donne encore que le début.
Et une ville du grand nombre devenue d'un seul : on ne fait pas l'eruv de toute la ville, sauf s'il a fait en dehors d'elle, comme la ville neuve qui est en Judée, où il y a cinquante foyers. Paroles de Rabbi Yehouda.
Rabbi Shimon dit : trois cours de deux maisons.
Cas suivant, et c'est la nouveauté selon Rachi : même devenue d'un seul, on ne fait pas l'eruv de toute la ville, puisque à l'origine elle était du grand nombre. On craint qu'elle le redevienne, et qu'on en vienne à l'eruv entière. Une ville du grand nombre ne se réunit pas sans shiur : une part qu'on n'a pas jointe aux autres, et qui fait l'eruv à part. Le shiur est un signe. Il rappelle que la raison est l'eruv, pour que la règle du domaine public ne s'oublie pas, même sans domaine public entier.
Rabbi Yehouda : la part laissée dehors est comme Ir Hadasha, en Judée. Rachi : tel est son nom. Elle compte cinquante foyers. Rabbi Shimon : trois cours de deux maisons suffisent.
Guemara. Comment se présente une ville d'un seul devenue du grand nombre ?
Rav Yehouda a dit : par exemple le domaine de l'exilarque.
Quel fait appelle-t-on ville d'un seul devenue du grand nombre ? Rav Yehouda : le domaine (iskarta) de l'exilarque (resh galouta). Rachi, au segment suivant, dit qu'on a suspendu à cet exemple une raison particulière, faute d'en trouver un autre.
Rav Nahman lui dit : quelle est la raison ? Si tu dis : parce qu'ils se trouvent souvent chez le gouverneur, et qu'ils se le rappellent mutuellement, tout Israël aussi, le matin du Chabbat, se trouve souvent les uns avec les autres.
Plutôt, Rav Nahman a dit : par exemple le domaine de Natzouai.
Rav Nahman demande pourquoi cet exemple. Si c'est que la foule se presse chez le gouverneur (harmana), l'exilarque, pour recevoir l'autorisation de juger, de permettre les premiers-nés et d'ordonner, et que les gens se rappellent mutuellement la règle, alors tout Israël se retrouve aussi le matin du Chabbat pour la deracha. Le rappel mutuel appartient alors à toute ville.
Rav Nahman : toute ville d'un seul devenue du grand nombre est permise à l'eruv. Exemple ordinaire : le domaine de Natzouai, la ville de cet homme.
Nos maîtres ont enseigné : une ville d'un seul devenue du grand nombre, et un domaine public la traverse. Comment en fait-on l'eruv ?
On fait un lehi d'un côté et un lehi de l'autre, ou une kora d'un côté et une kora de l'autre, et l'on porte et l'on dépose au milieu. Et on n'en fait pas l'eruv par moitiés, mais ou bien elle tout entière, ou bien maboui par maboui, chacun pour soi.
Beraita. La ville d'un seul devenue du grand nombre, avec un domaine public qui la traverse. Rachi : large de seize coudées. Tossefot, sur la michna, lisent ce passage autrement : le correctif de Rabbi Yehouda ne va pas au-delà de treize coudées et un tiers.
On place un lehi (poteau) de chaque côté, ou une kora (poutre) de chaque côté, aux deux bouts de la voie. On porte et on dépose au milieu. Villes sans mur : les bouts sont ouverts de part en part. Pour une ville du grand nombre qui l'est restée, les Sages n'ont pas donné ce correctif : les ruelles ouvertes se confondraient avec un domaine public. Dans la ville d'un seul, la situation se voit d'elle-même.
Pas d'eruv par moitiés. Ou toute la ville, ou chaque maboui pour soi. Rachi : à l'origine c'était un seul ensemble ; chacun interdit les autres, comme une cour qui a oublié le shitouf et interdit tout le maboui. Il annonce l'objection qui suit : chaque maboui à part, eux aussi devraient s'interdire. Le Roch, sur la michna, mène cette question jusqu'au bout.
Elle était du grand nombre, et elle est du grand nombre.
La beraita continue, et la page s'arrête au seuil : la ville était du grand nombre, et elle est du grand nombre. La suite est au daf suivant. Le Roch, sur la michna, a déjà la phrase entière : quand elle n'a qu'une seule entrée, on fait l'eruv de toute la ville.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).