Sougya : La page poursuit les biens du ger : le mari, dans les biens de sa femme, une affaire qui rapporte, une trouvaille, et même l'écriture de tefillin, portent une mitsva pour que le reste demeure. Rami bar Abba dit qu'un mil de marche, ou un sommeil si court soit-il, dissipe le vin d'une reviit ; au-delà, la marche trouble et le sommeil enivre.
La baraita de Rabban Gamliel, d'Akko à Keziv puis jusqu'à l'escalier de Tsour, enseigne le nom su par la ruah ha-kodech, l'interdit de passer sur les aliments, la majorité des passants, le hametz du goy après Pessa'h, la reviit de vin italien, l'ivresse qui empêche la horaa, et l'annulation du vœu seulement assis. Rav Nahman permet cette annulation même en marche : discussion de tannaïm sur l'ouverture par le regret.
Là où les femmes pratiquent la sorcellerie, on passe sur les pains entiers ; les miettes, on les ramasse.
Un mari, dans les biens de sa femme.
Suite du mot afilou (même) de Rav Chechet, à la fin de 64a. Là, celui qui prend les biens du ger en emploie une partie à un sefer Torah, pour que le reste demeure.
Ici, le mari, dans les biens de sa femme, est dans le même cas. Rachi : les gens s'en étonnent, et l'ayin hara a prise. Il accomplit donc une mitsva avec une partie de ces biens.
Rava a dit : même s'il a fait une affaire et qu'il a gagné. Rav Pappa a dit : même s'il a trouvé une trouvaille.
Rav Nahman bar Yitzhak a dit : même s'il a écrit avec cela des tefillin.
Trois extensions du même principe. Rava : un gain d'affaire. Rav Pappa : une metzia (objet trouvé). Rav Nahman bar Yitzhak : la mitsva peut être l'écriture de tefillin, et le reste demeure.
Rachi le dit sur les tefillin : par cette mitsva aussi, les biens se maintiennent.
Et Rav Hanin a dit, et d'autres disent Rabbi Hanina : quel verset ? Car il est écrit : "Et Israël voua un vœu, etc."
Le verset est Bamidbar 21, 2. Israël voue une part à l'interdit, langage de hekdesh. Rachi : à cause de cette consécration, la prière est exaucée, et les villes tombent entre leurs mains.
L'allusion de la page : consacrer une partie de ce qui arrive fait demeurer le reste.
Rami bar Abba a dit : un chemin d'un mil, et un sommeil si court soit-il, dissipent le vin. Rav Nahman a dit que Rabba bar Avuha a dit : on n'a enseigné cela que s'il a bu une reviit ; mais s'il a bu plus d'une reviit, à plus forte raison le chemin le trouble, et le sommeil l'enivre.
Rami bar Abba donne deux moyens, et Rachi précise : l'un ou l'autre. Un mil de marche, ou un sommeil kol che-hou (si court soit-il), dissipe le vin.
Rav Nahman au nom de Rabba bar Avuha limite cela à une reviit (quart de log). Au-delà, la marche ajoute le trouble de la fatigue, et le sommeil ajoute l'ivresse.
Un chemin d'un mil dissipe le vin ?! Or on a enseigné dans une baraita : un fait de Rabban Gamliel, qui était monté sur l'âne et allait d'Akko à Keziv, et Rabbi Ilai marchait derrière lui.
Il trouva des glouskin sur le chemin. Il lui dit : Ilai, prends les glouskin du chemin.
Il trouva un certain goy. Il lui dit : Mabgai, prends ces glouskin à Ilai.
La baraita sert d'abord d'objection : s'il suffit d'un mil, pourquoi la suite du voyage prend-elle plus de chemin ? Le récit commence ici. Rabban Gamliel est monté, Rabbi Ilai marche derrière lui, d'Akko vers Keziv.
Il fait ramasser des glouskin (pains fins), puis les fait remettre à un goy qu'il appelle Mabgai, sans l'avoir vu auparavant.
Rabbi Ilai s'attacha à lui. Il lui dit : d'où es-tu ?
Il lui dit : des bourgades de burgonin. Et quel est ton nom ?
Mabgai est mon nom. Rabban Gamliel t'a-t-il jamais connu ?
Il lui dit : non.
Rabbi Ilai vérifie le nom. Le goy vient des bourgades de burgonin (postes de garde), il s'appelle Mabgai, et Rabban Gamliel ne l'avait jamais vu.
Le Ben Yehoyada explique l'ordre des questions. On appelle souvent un homme par sa ville ou par sa famille. Ilai écarte ces deux lectures, puis seulement il conclut à la ruah ha-kodech.
À cette heure-là, nous avons appris que Rabban Gamliel avait visé par la ruah ha-kodech. Et trois choses, nous les avons apprises à cette heure-là : nous avons appris qu'on ne passe pas sur les aliments.
Deux enseignements distincts. Le nom Mabgai, dit à un inconnu, montre la ruah ha-kodech. Tossefot : le nom existait chez les nations, comme le dit le proverbe de Makot 11a, et on compte tout de même cette visée. Le cas d'Arye, à Yevamot 122b, vient de la force de l'homme, et non de la ruah ha-kodech.
Puis trois halakhot. La première est ici : ein maavirin al ha-okhalin. Rachi : on ne laisse pas des aliments trouvés sur le chemin. Le Ben Yehoyada le tire du mot "du chemin" : l'ordre vise l'interdit, et non le profit de Rabbi Ilai.
Et nous avons appris qu'on suit la majorité des passants du chemin. Et nous avons appris que le hametz d'un goy, après Pessa'h, est permis à la jouissance.
Deuxième halakha : holkhin ahar rov ovrei derakhim. La route est surtout fréquentée par des non-Juifs. Rabban Gamliel tient donc les pains pour du pat nokhri, et Ilai ne les mange pas. Tossefot : s'ils étaient à un Israël, on dirait qu'ils ont été faits après Pessa'h, et ils seraient permis.
Troisième halakha : le hametz d'un goy, après Pessa'h, est permis à la hanaa. Il le donne au goy. Rachi : il y a ici une tovat hanaa pour le nokhri. Tossefot ajoute le don gratuit, lo tehonem, et deux issues : Rabban Gamliel ne tient pas l'enseignement de Rabbi Yehouda, ou le compagnon de route compte comme une vente.
Quand il arriva à Keziv, quelqu'un vint interroger au sujet de son vœu. Il dit à celui qui était avec lui : avons-nous bu une reviit de vin italien ?
Il lui dit : oui. Si c'est ainsi, qu'il chemine derrière nous, jusqu'à ce que notre vin se dissipe.
Un homme demande une hatara (permission de son vœu). Rabban Gamliel s'arrête : ils ont bu une reviit de vin italien. Il fait attendre l'homme, le temps que le vin se dissipe, avant de trancher.
Et il chemina derrière eux trois mil, jusqu'à ce qu'il arrivât à l'escalier de Tsour. Quand il arriva à l'escalier de Tsour, Rabban Gamliel descendit de l'âne, s'enveloppa, s'assit, et lui permit son vœu.
La distance utile, dans le récit, est de trois mil, jusqu'au sulama de Tsour. Rachi : les montées d'une haute montagne.
Là, Rabban Gamliel descend, s'enveloppe, s'assoit, et permet le vœu. La page lira dans chacun de ces gestes une halakha.
Et beaucoup de choses, nous les avons apprises à cette heure-là. Nous avons appris qu'une reviit de vin italien enivre.
Et nous avons appris qu'un ivre ne rend pas de décision. Et nous avons appris que le chemin dissipe le vin.
Et nous avons appris qu'on n'annule pas les vœux, ni monté, ni en marchant, ni debout : seulement assis.
Quatre halakhot, tirées de la conduite, sans que la baraita les compte. Une reviit de vin italien enivre. Le shikor (ivre) ne rend pas de horaa. Le chemin dissipe le vin : ils ont attendu la marche. On n'annule un vœu que assis : il est descendu, il s'est enveloppé, il s'est assis.
Le Ben Yehoyada explique l'absence de nombre. Au début, trois halakhot sortent d'une seule phrase. Ici, chaque geste enseigne à part, et deux de ces leçons restent discutables.
En tout cas, la baraita enseigne trois mil ! Le vin italien est autre : il enivre davantage.
Première réponse à l'objection du début. Rami bar Abba parlait d'un mil. La baraita a exigé trois mil. Le vin italien enivre plus qu'un autre vin, et la marche utile est plus longue.
Or Rav Nahman n'a-t-il pas dit que Rabba bar Avuha a dit : on n'a enseigné cela que s'il a bu une reviit ; mais s'il a bu plus d'une reviit, à plus forte raison le chemin le trouble, et le sommeil l'enivre !
Nouvelle objection. Selon Rav Nahman, au-delà d'une reviit, la marche ajoute le trouble. Rachi : le vin italien, plus fort, compte comme plus d'une reviit. Trois mil de marche auraient donc dû aggraver l'ivresse, et non l'enlever.
Être monté, c'est autre. Maintenant que tu en es venu là, pour Rami bar Abba non plus il n'y a pas de difficulté : être monté, c'est autre.
La réponse vaut deux fois, et les deux sens de rakhouv sha'ni (être monté, c'est autre) ne vont pas du même côté.
Face à Rav Nahman : Rabban Gamliel est monté. Il n'a pas la fatigue de la marche. Le trouble que Rav Nahman attache au chemin à pied ne l'atteint pas. Trois mil, monté, dissipent même un vin fort.
Face à Rami bar Abba : faute de peine, la monte dissipe moins qu'un mil à pied. Les trois mil du récit ne contredisent pas le mil de Rami bar Abba.
Vraiment ?! Or Rav Nahman n'a-t-il pas dit : on annule les vœux en marchant, debout, ou monté !
La baraita a appris qu'on n'annule qu'assis, puisque Rabban Gamliel est descendu. Rav Nahman dit le contraire : la hatara se fait en marchant, debout, ou monté.
C'est une discussion de tannaïm. Car il y a celui qui dit : on ouvre par le regret.
La Guemara ne choisit pas entre Rabban Gamliel et Rav Nahman. Tanaei hi : les tannaïm divergent sur potchin be-harata.
Rachi entend "on ouvre par le regret" comme l'obligation de trouver un petah. L'homme dira : si j'avais su, je n'aurais pas voué. Cela demande le calme, et Rabban Gamliel s'assoit. "On n'ouvre pas", dans la glose suivante : le sage arrache le vœu même sans motif.
Rabbeinou Tam renverse les mots, d'après Nedarim. Ouvrir par le regret, c'est demander seulement s'il regrette : cela se fait debout, et c'est la halakha de Rav Nahman. Ne pas ouvrir, c'est refuser le regret seul et exiger un vrai petah : c'est une sévérité, et les livres de Nedarim l'attribuent à Rabban Gamliel, qui s'assoit pour chercher.
Et il y a celui qui dit : on n'ouvre pas par le regret.
Seconde opinion de la discussion. Dans la lecture de Rachi, "on n'ouvre pas" dispense de chercher un motif : le sage arrache le vœu. Rabban Gamliel, lui, tient qu'on ouvre, et il s'assoit pour trouver le petah.
Tossefot, sur le segment précédent, lit cette glose et la discute à partir des livres de Nedarim.
Car Rabba bar bar Hana a dit que Rabbi Yo'hanan a dit : quelle ouverture Rabban Gamliel a-t-il donnée à cet homme ? "Il en est qui parle comme des coups d'épée, et la langue des sages est un remède." Quiconque parle à la légère mérite qu'on le perce d'une épée.
Mais la langue des sages est un remède.
Rabbi Yo'hanan rapporte le petah de Rabban Gamliel. Le verset (Michlei 12, 18) : parler à la légère est comme des coups d'épée. Bote, dit Rachi, c'est celui qui voue. S'il avait su que vouer expose à la mort, faute d'accomplir, il n'aurait pas voué. Il répond non. Le vœu est déraciné. La fin du verset : la langue des sages guérit, car ils permettent le vœu.
Tossefot rappelle Nedarim 22a. On n'ouvre pas par cette peur de la mort : l'homme dirait oui par crainte, même à faux. Et la halakha, là-bas, est qu'on ouvre par le regret.
Le maître a dit : et l'on ne passe pas sur les aliments. Rabbi Yo'hanan a dit au nom de Rabbi Chimon ben Yohai : on n'a enseigné cela que pour les premières générations, où les filles d'Israël ne sont pas déliées dans les sorcelleries.
Mais dans les dernières générations, où les filles d'Israël sont déliées dans les sorcelleries, on passe.
Retour sur ein maavirin al ha-okhalin. Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Chimon ben Yohai, limite la règle aux générations premières, où les filles d'Israël ne pratiquent pas les keshafim (sorcelleries).
Dans les générations tardives, elles sont perutzot ba-keshafim (déliées dans les sorcelleries). Un pain laissé sur le chemin peut porter un sort. On passe, et on ne le ramasse pas.
Le Roch cite ici Rabbi Chimon ben Yehotzadak. Le texte de la Guemara porte ben Yohai.
Un tanna a enseigné : des pains entiers, on passe ; des miettes, on ne passe pas. Rav Asi dit à Rav Ashi : et avec des miettes, elles n'en font pas ?
Or il est écrit : "Et vous m'avez profané auprès de mon peuple, pour des poignées d'orge et pour des miettes de pain" ! Elles les prenaient pour leur salaire.
La baraita précise. Des pains entiers : on passe, la sorcellerie peut s'en servir. Des miettes : on ne passe pas, on les ramasse. Rachi : pas de crainte de keshafim sur des miettes.
Rav Asi objecte par Ye'hezkel 13, 19, qui parle de sorcellerie pour des miettes de pain. Réponse : les miettes sont le salaire (agra), et le sort porte sur d'autres choses. Rachi : le prophète leur reproche d'avoir profané le Nom, pour ce salaire, au service des prophètes du Baal.
Rav Chechet a dit au nom de Rabbi Elazar ben Azarya :
Ouverture d'un nouvel enseignement. La suite est au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).