Eruvin 65a — L'ivresse, la prière, et la clarté de l'esprit

Eruvin 65a

Sougya : Rav Chechet, au nom de Rabbi Elazar ben Azarya, dit pouvoir exempter le monde entier du jugement depuis la destruction du Temple : Israël est affligé et ivre, mais non de vin. La baraita maintient l'ivrogne responsable de ses actes et de ses peines, et ne l'exempte que de la prière.

Rabbi Hanina réserve l'exemption totale à l'ivresse de Lot, puis lit le verset du bouclier à l'heure de l'orgueil ; Rabbi Yo'hanan lit le même verset à l'envers, et la différence passe par le sommeil que Rav Chechet confiait à son serviteur. La suite exige un esprit posé pour prier, juger et étudier.

Le daf s'achève sur le vin : il fléchit comme le Créateur s'est laissé fléchir, il garde le secret des soixante-dix anciens, il console les endeuillés, il paie les méchants, et répandu comme l'eau il entre dans la bénédiction.

Jusqu'où l'ivrogne est exempt Rabbi Elazar ben Azarya, la baraita, Rabbi Hanina Depuis la hourban : ivre, mais non de vin Achat et vente valent. Mort et malqout on punit. Prière sans kavana : exempt. Din tefila. Ivresse de Lot : il ne sait plus ce qu'il fait. Exempt de tout. Baraita : pikeah pour tout, sauf la tefila. Rabbi Hanina ouvre l'exemption totale à Lot.
L'exemption de Rabbi Elazar ben Azarya se resserre sur la prière. La baraita laisse à l'ivrogne ses actes et ses peines. Seule l'ivresse de Lot, selon Rabbi Hanina, exempte de tout.
Le bouclier à l'heure de l'orgueil Deux sens de mapik, et le sommeil de Rav Chechet Rabbi Hanina Rabbi Yo'hanan Mapik = faire passer. Preuve : afik, les torrents passent. Rachi : il ne dit pas Magen Avraham. Mapik = dévoiler. Preuve : les cours d'eau mis à nu. Rachi : qui ne dévoile pas la prière. Rachi : il ne tient pas Rav Chechet. On attend le réveil de soi-même. Rabbeinou Hananel : crainte de rater la tefila. Mieux : marcher, dissiper, puis prier. Même récompense lue dans le verset : les tzarot sont fermées et scellées.
Rabbi Hanina lit mapik comme un passage : on ne dit pas Magen Avraham dans l'ivresse. Rabbi Yohanan lit un dévoilement : on ne découvre pas la prière. Rachi et Rabbeinou Hananel ne placent pas Rav Chechet du même côté.
Ce qui empêche la clarté Prière, horaa, étude : l'esprit doit être pose Ne pas prier Ne pas juger Étude troublée Esprit non pose. Colère. 3 jours après le chemin. Odeur de chekhar. Odeur de harsana. Mar Oukva, jour de vent du sud, ne sort pas au beit din. Halakha : clarté du vent du nord. Koutah, piqûre de pou. Vêtement use.
Prier, trancher et étudier demandent un esprit posé. La colère, le vent du sud, le chemin, l'odeur, un ordre léger ou une piqûre suffisent à troubler.
1
יָכוֹל אֲנִי לִפְטֹור אֶת כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ מִן הַדִּין מִיּוֹם שֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְעַד עַכְשָׁיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״לָכֵן שִׁמְעִי נָא זֹאת עֲנִיָּיהּ וּשְׁכוּרַת וְלֹא מִיָּיִן״.

Je puis exempter le monde entier du jugement, depuis le jour où le Temple a été détruit jusqu'à maintenant, car il est dit : "C'est pourquoi écoute donc ceci, affligée, et ivre, mais non de vin."

🪔 Ben Yehoyada (1)
יָכוְלֵנִי לִפָּטֵר אֶת כָּל הָעוֹלָם כֻּלּוֹ מִן הַדִּין מִיּוֹם שֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְעַד עַכְשָׁיו. יֵשׁ לְדַקְדֵּק לְפִי זֶה אַמַּאי קָאָמַר מִן הַדִּין בִּסְתָם וְלֹא פֵּירֵשׁ תְּפִלָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַתְּפִילָּה הִיא נ"ד בְּרָכוֹת בְּכָל יוֹם בִּשְׁמוֹנָה עֶשְׂרֵה, אַךְ עִם הַתְּפִילָּה יֵשׁ עֲשָׂרָה קַדִּישִׁים בְּכָל יוֹם דְּגַם כֵּן צְרִיכִים כַּוָּנָה כְּמוֹ תְּפִילָּה וּשְׁנֵיהֶם נִרְמְזוּ בְּאוֹתִיּוֹת 'דִּין' שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת נ"ד וְאוֹת יוּ"ד, וְלָכֵן נָקֵיט מִן הַדִּין בִּסְתָם כְּדֵי לִכְלֹול גַּם הַקַּדִּישִׁים שֶׁעִם הַתְּפִלָּה.
"Je puis exempter le monde entier du jugement, depuis le jour où le Temple a été détruit jusqu'à maintenant." Il y a lieu de préciser : pourquoi dit-il "du jugement" de façon générale, sans expliquer qu'il s'agit de la prière ? Il me semble, avec l'aide du Ciel : la prière compte cinquante-quatre berakhot (bénédictions) chaque jour dans la Chemoneh Esreh, trois fois dix-huit. Avec la prière, il y a dix kaddich chaque jour, qui exigent eux aussi la kavana (intention), comme la prière. Les deux sont indiqués dans les lettres de din : nun-dalet font cinquante-quatre, et le yod fait dix. Il a donc pris "du jugement" sans le préciser, afin d'inclure aussi les kaddich qui accompagnent la prière.
💡 Explication

Suite de la fin de 64b. Rav Chechet, au nom de Rabbi Elazar ben Azarya, dit pouvoir plaider une exemption du monde entier depuis la hourban (destruction du Temple).

Le verset (Yeshaya 51, 21) appelle la ville affligée ivre, mais non de vin. L'affliction de l'exil tient lieu d'ivresse.

2
מֵיתִיבִי: שִׁיכּוֹר מִקָּחוֹ מִקָּח, וּמִמְכָּרוֹ מִמְכָּר. עָבַר עֲבֵירָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ מִיתָה — מְמִיתִין אוֹתוֹ, מַלְקוּת — מַלְקִין אוֹתוֹ. כָּלְלוּ שֶׁל דָּבָר: הֲרֵי הוּא כְּפִיקֵּחַ לְכָל דְּבָרָיו, אֶלָּא שֶׁפָּטוּר מִן הַתְּפִלָּה.

On objecte : l'ivrogne, son achat est un achat, et sa vente est une vente. S'il a commis une faute passible de mort, on le met à mort ; passible de malqout (coups), on le frappe de coups.

La règle générale : le voici comme un homme lucide pour toutes ses affaires, sauf qu'il est exempt de la prière.

⚖️ Rosh (1)
דַּף סה ע"א תַּנְיָא שִׁכּוֹר מִקָּחוֹ מִקָּח וּמִמְכָּרוֹ מִמְכָּר. אִם עָבַר עֲבֵירָה שֶׁיֵּשׁ בָּהּ מִיתָה מְמִיתִין אוֹתִי. מַלְקוּת מַלְקִין אוֹתוֹ. כְּלָלוֹ שֶׁל דָּבָר הֲרֵי הוּא כְּפִקֵּחַ לְכָל דְּבָרָיו. אֶלָּא שֶׁפָּטוּר מִן הַתְּפִלָּה. א"ר חֲנִינָא ל"ש אֶלָּא שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְשִׁכְרוּתוֹ שֶׁל לוֹט אֲבָל הִגִּיעַ לְשִׁכְרוּתוֹ שֶׁל לוֹט פָּטוּר מִכֻּולָּם:
Daf 65a. On a enseigné : l'ivrogne, son achat est un achat, et sa vente est une vente. S'il a commis une faute passible de mort, on met à mort. Passible de malqout, on le frappe de coups. La règle générale : le voici comme un homme lucide pour toutes ses affaires, sauf qu'il est exempt de la prière. Rabbi Hanina a dit : on n'a enseigné cela que s'il n'est pas arrivé à l'ivresse de Lot ; mais s'il est arrivé à l'ivresse de Lot, il est exempt de tout.
💡 Explication

La baraita borne l'exemption. Le shikor (ivrogne) reste pikeah (lucide) pour le kinyan (acquisition), la vente, la peine de mort et les malqout.

Le seul point où il est patour (exempt) est la tefila.

3
מַאי ״יָכוְלֵנִי לִפְטוֹר״ דְּקָאָמַר נָמֵי — מִדִּין תְּפִלָּה.

Que signifie ce "je puis exempter" qu'il a dit, lui aussi ? Du jugement de la prière.

📜 Rachi (2)
יָכוְלֵנִי לִפְטֹור לִטְעוֹן עַל כָּל יִשְׂרָאֵל לִפְנֵי הקב"ה דָּבָר שֶׁיִּפָּטְרוּ כֻּולָּן מִדִּינָא לע"ל לוֹמַר שֶׁהֵן שִׁיכּוֹרִים וְאֵין נִתְפָּשִׂין עַל עֲוֹנָם:
Plaider pour tout Israël devant le Saint béni soit-Il une raison pour laquelle tous seraient exemptés du jugement dans le monde à venir, en disant qu'ils sont ivres et qu'on ne les saisit pas pour leur faute.
מִדִּין תְּפִלָּה אִם דָּנִין אוֹתָן עַל שֶׁלֹּא הָיוּ מִתְפַּלְּלִין בְּכַוָּונָה יָכוֹל אֲנִי לְפָוטְרָן:
S'ils sont jugés pour n'avoir pas prie avec kavana (intention), je puis les en exempter.
💡 Explication

La réponse aligne l'enseignement sur la baraita. Yakhol ani liftor vise le din tefila : le jugement de la prière dite sans kavana.

Rachi déploie d'abord le plaidoyer pour le monde à venir : Israël serait ivre, et on ne le saisirait pas sur sa faute. La Guemara le ramene à la prière.

4
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: לֹא שָׁנוּ אֶלָּא שֶׁלֹּא הִגִּיעַ לְשִׁכְרוּתוֹ שֶׁל לוֹט, אֲבָל הִגִּיעַ לְשִׁכְרוּתוֹ שֶׁל לוֹט — פָּטוּר מִכֻּולָּם.

Rabbi Hanina a dit : on n'a enseigné cela que s'il n'est pas arrivé à l'ivresse de Lot ; mais s'il est arrivé à l'ivresse de Lot, il est exempt de tout.

💡 Explication

Rabbi Hanina réserve la baraita à une ivresse qui laisse encore une conscience. L'ivresse de Lot (Bereschit 19) est celle où l'homme ne sait plus ce qu'il fait.

A ce degré, il est patour mi-kulam : exempt de tout, peines comprises.

🖼️ Schéma
La baraita et Lot Rabbi Hanina borne l'exemption Quel degré d'ivresse ? Pas encore l'ivresse de Lot Actes valides. Peines appliquées. Exempt de la seule prière. Ivresse de Lot Il ne sait plus ce qu'il fait. Rabbi Hanina : exempt de tout.
En deçà de Lot, l'ivrogne répond de ses actes et n'est exempt que de la prière. À l'ivresse de Lot, Rabbi Hanina l'exempte de tout.
5
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: כָּל הַמֵּפִיק מָגֵן בִּשְׁעַת גַּאֲוָה, סוֹגְרִין וְחוֹתְמִין צָרוֹת בַּעֲדוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״גַּאֲוָה אֲפִיקֵי מָגִנִּים סָגוּר חוֹתָם צָר״.

Rabbi Hanina a dit : quiconque fait passer un bouclier à l'heure de l'orgueil, on enferme et on scelle les détresses devant lui, car il est dit : "Orgueil, les lits des boucliers, ferme, sceau étroit."

📜 Rachi (3)
הַמֵּפִיק מָגֵן הַמַּעֲבִיר תְּפִלַּת מָגֵן אַבְרָהָם שֶׁאֵינוֹ אוֹמְרָהּ:
Qui fait passer la prière Magen Avraham, et ne la dit pas.
בִּשְׁעַת גַּאֲוָה בִּשְׁעַת שִׁיכְרוּת אֵינוֹ מִתְפַּלֵּל:
À l'heure de l'ivresse, il ne prie pas.
סוֹגְרִין וְחוֹתְמִין צָרוֹת בַּעֲדוֹ שֶׁלֹּא יָבֹאוּ עָלָיו:
Pour qu'elles ne viennent pas sur lui.
🪔 Ben Yehoyada (2)
הַמֵּפִיק מָגֵן בִּשְׁעַת גַּאֲוָה. הָא דְּקָרֵי לִתְפִילָּה בְּשֵׁם 'מָגֵן' נִרְאֶה לִי דִּבְכָל תְּפִלָּה תִּתְעוֹרֵר מִדַּת הַחֶסֶד הַנִּקְרָא 'אֵל' דִּכְתִיב (תְּהִלִּים נב, ג) חֶסֶד אֵל כָּל הַיּוֹם, וְאִם כֵּן בִּשְׁלֹשָׁה תְּפִלּוֹת יִתְעוֹרֵר ג' פְּעָמִים אֵל [31] שֶׁמִּסְפָּרָם מָגֵן [93] .
"Qui fait passer un bouclier à l'heure de l'orgueil." Qu'il appelle la prière du nom de magen (bouclier), il me semble que dans chaque prière s'éveille la mida (mesure) du 'hessed (bonté), appelée El, ainsi qu'il est écrit (Tehilim 52, 3) : "La bonté d'El, tout le jour." Dès lors, dans les trois prières, El s'éveille trois fois. El vaut 31, et trois fois 31 font 93, qui est le compte de magen.
סוֹגְרִין וְחוֹתְמִין צָרוֹת בַּעֲדוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד סוֹגְרִין בְּבֵית דִּין שֶׁל מַעְלָה שֶׁהוּא סוֹד לֵאָה וְחוֹתְמִין בְּבֵית דִּין שֶׁל מַטָּה שֶׁהוּא סוֹד רָחֵל. אוֹ יוּבָן סוֹגְרִין עַל צָרוֹת הַשַּׁיָּיכִים לִבְרִיאוּת הַגּוּף וְחוֹתְמִין עַל צָרוֹת הַשַּׁייָּכִים לְמָמוֹן. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד בִּלְשׁוֹנוֹת אֵלּוּ דְּסוֹגְרִין וְחוֹתְמִין דְּנָקֵיט גַּבֵּי צָרוֹת, וְהַיְינוּ כִּי עֲנִייַּת הָאָדָם בְּעֵת צָרָה תִּהְיֶה עַל יְדֵי הֶאָרַת שֵׁם י"ה דִּכְתִיב (תְּהִלִּים קיח, ה) מִן הַמֶּצֶר קָרָאתִי 'יָהּ' עֲנֵנִי בְּמֶרְחָב 'יָהּ', וּכְתִיב (תְּהִלִּים כ, ב) יַעַנְךָ ה' בְּיוֹם צָרָה יְשַׂגֶּבְךָ שֵׁם אֱ-לֹהֵי יַעֲקֹב, וְהוּא שֵׁם י"ה דִּכְתִיב (תְּהִלִּים קלה, ד) כִּי יַעֲקֹב בָּחַר לוֹ 'יָהּ' וְעַל יְדֵי הֶאָרַת שֵׁם י"ה יִתְעוֹרֵר שֵׁם שַׁדַּי שֶׁהוּא מְשַׁדֵּד הַמַּעֲרָכוֹת וְיַהֲפֹוךְ אֶת הַצָּרָה לְטוֹבָה, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (דְּבָרִים כג, ו) וַיַּהֲפֹךְ ה' אֱ-לֹהֶיךָ לְּךָ אֶת הַקְּלָלָה לִבְרָכָה, וְכָל הִיפּוּךְ כָּזֶה יִהְיֶה עַל יְדֵי שֵׁם שַׁדַּי שֶׁפְּעֻלָּתוֹ לְשַׁדֵּד הַמַּעֲרָכוֹת. וְלָכֵן שְׁנֵי שֵׁמוֹת אֵלּוּ שֶׁהֵם שֵׁם יָהּ וְשֵׁם שַׁדַּי רְמוּזִים בְּמִלּוּי אוֹתִיּוֹת צָרָה כָּזֶה צ ד"י ר י"ש ה "ה, וְעַל זֶה אָמַר סוֹגְרִין צָרוֹת בַּעֲדוֹ כְּלוֹמַר בְּאוֹתִיּוֹת הַהֶסְגֵּר שֶׁל אוֹתִיּוֹת צָרָה כִּי כָּל מִלּוּי הוּא הֶסְגֵּר שֶׁל הַפָּשׁוּט. וְעוֹד נָמֵי כָּל הָעוֹמֵד בְּצָרָה שֶׁיִּהְיֶה לוֹ תְּחִילָּה פְּקִידָה לְטוֹבָה. וְיָדוּעַ כִּי הַפְּקִידָה תִּהְיֶה בְּהֶאָרַת שֵׁם ע"ב בְּרִיבּוּעַ שֶׁעוֹלֶה מִסְפַּר 'פָּקַד' [184] וְעַל זֶה אָמַר יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה לְיִשְׂרָאֵל (בְּרֵאשִׁית ג, כה) פָּקֹד יִפְקֹד אֱ-לֹהִים אֶתְכֶם, וְכֵן אָמַר (שְׁמוֹת ג, טז) פָּקֹד פָּקַדְתִּי אֶתְכֶם, וְזֹאת הַהֶאָרָה שֶׁל 'פָּקַד' רְמוּזָה בָּאוֹתִיּוֹת הַקּוֹדְמִין לְאוֹתִיּוֹת 'צָרָה' שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת 'פָּקַד' וְעַל זֶה רָמַז בְּאוֹמְרוֹ חוֹתְמִין צָרוֹת בַּעֲדוֹ כִּי הַחוֹתָם הוּא עֶלְיוֹנִי בָּא מִלְמַעְלָה: וַעֲדַייִן צָרִיךְ לְהָבִין מַה טַעַם תִּהְיֶה מַעֲלַת הַנִּזְהָר בָּזֶה גְּדוֹלָה כָּל כָּךְ שֶׁחוֹתְמִין וְסוֹגְרִין צָרוֹת בַּעֲדוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי אֲנַחְנוּ בֵּית יִשְׂרָאֵל מִתְפַּלְּלִין לִפְנֵי הקב"ה בִּלְתִּי אֶמְצָעִי, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּמִּדְרָשׁ (בִּירוּשַׁלְמִי בְּרָכוֹת ט, א) אֵין קוֹרִין לְמִיכָאֵל אוֹ לְגַבְרִיאֵל אֶלָּא לָה' לְבַדּוֹ, וְלָכֵן הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ נִקְרָא 'אֱלֹקֵי יִשְׂרָאֵל' (תְּהִלִּים קו, מח), מַה שֶׁאֵין כֵּן אוּמוֹת הָעוֹלָם אֵינָם יְכוֹלִים לְהִתְפַּלֵּל אֶלָּא עַל יְדֵי אֶמְצָעִי הוּא הַשַּׂר שֶׁלָּהֶם, לְכָךְ אֶצְלָם קָרָא הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ אֱלֹקֵי הָאֱלֹקִים (דְּבָרִים י, יז) שֶׁאֵינוֹ נִקְרָא 'אֱלֹקֵי הַגּוֹיִם'. וְהִנֵּה יָדוּעַ הָאָדָם כְּשֶׁשּׁוֹתֶה וּמִשְׂתַּכֵּר נַעֲשֶׂה הַשָּׂכָר אֶמְצָעִי בֵּינוֹ לְבֵין בְּנֵי אָדָם אֲחֵרִים, כִּי יֵשׁ כַּמָּה דְּבָרִים שֶׁאֵינוֹ יָכוֹל לְדַבֵּר אוֹתָם בְּעֵת שֶׁאֵינוֹ שִׁיכּוֹר, הֵן מֵחֲמַת פַּחַד, הֵן מֵחֲמַת בּוּשָׁה, וְרַק כְּשֶׁשּׁוֹתֶה וּמִשְׂתַּכֵּר הוּא מְדַבֵּר אוֹתָם. מַעֲשֶׂה בְּאָדָם שֶׁהָיָה שִׁכּוֹר הַרְבֵּה וּמְהַלֵּךְ בִּרְחוֹבוֹת הָעִיר, וּפָגַע בְּשַׂר הָעִיר שֶׁהָיָה רוֹכֵב עַל הַסּוּס, וַיִּגַּשׁ הַשִּׁיכּוֹר אֵצֶל הַשַּׂר וַיֹּאמֶר לוֹ בְּכַמָּה תִּמְכֹּור לִי הַסּוּס, וַיַּעַן הַשַּׂר וְיֹאמַר בִּשְׁנֵי אֲלָפִים זְהוּבִים, וְיֹאמַר טוֹב אֲנִי אֶקְנֶה בְּסַךְ זֶה וְעַתָּה אֵלֵךְ וְאָבִיא לְךָ הַמָּעוֹת, וְהַשַּׂר הָלַךְ לִמְקוֹמוֹ וְזֶה הָלַךְ לְבֵיתוֹ, וּבַיּוֹם הַשֵּׁנִי כְּשֶׁהָלַךְ זֶה וְיָשַׁב בַּחֲנוּתוֹ שָׁלַח הַשַּׂר וְהֵבִיא אוֹתוֹ וְהוּא לֹא הָיָה שִׁיכּוֹר, וַיֹּאמֶר לוֹ הַשַּׂר אֶתְמוֹל קָנִיתָ מִמֶּנִּי הַסּוּס בִּשְׁנֵי אֲלָפִים זְהוּבִים, הֲרֵי הַסּוּס מוּכָן תָּבִיא לִי הַשְּׁנֵי אֲלָפִים זְהוּבִים וְתִקַּח הַסּוּס! וְיַעַן זֶה וְיֹאמַר בְּעֵת שֶׁקָּנִיתִי אֶתְמוֹל אֶת הַסּוּס בִּשְׁנֵי אֲלָפִים זְהוּבִים לֹא הָיִיתִי לְבַדִּי, אֶלָּא הָיָה מְהַלֵּךְ עִמִּי הַסַּרְסוּר שֶׁהוּא הָיָה אֶמְצָעִי בֵּינֵי לְבֵינֶיךָ וְהוּא הָיָה הַמְדַבֵּר אוֹתָם הַדְּבָרִים, עַל כֵּן עַתָּה הַמְתֵּן לִי שֶׁאֵלֵךְ וְאָבִיא אֶת הַסַּרְסוּר הַהוּא עִמִּי וְהוּא יָשִׁיב לְךָ תְּשׁוּבָה לִדְבָרֶיךָ אֵלֶּה. אָמַר לוֹ הַשַּׂר מִי זֶה הַסַּרְסוּר? הֲלֹא אֲנִי רְאִיתִיךָ לְבַדְּךָ מְהַלֵּךְ וְלֹא הָיָה אָדָם עִמְּךָ! אָמַר לוֹ אֲדֹונִי, הַסַּרְסוּר וְהָאֶמְצָעִי הָיָה הַשָּׂכָר שֶׁשָּׁתִיתִי וְהוּא הָיָה הַמְדַבֵּר הַדְּבָרִים הָהֵם, כִּי לוּלֵא הוּא לֹא הָיִיתִי אֲנִי יָכוֹל לְדַבֵּר עִמְּךָ הַדְּבָרִים, עַל כֵּן הַמְתֵּן לִי שֶׁאֵלֵךְ לַבַּיִת וְאֶשְׁתֶּה עֲשָׂרָה כּוֹסוֹת שֵׁכָר וְאַבָּא אֶצְלְךָ וְאָז תִּשְׁמַע מִמֶּנּוּ דְּבָרִים הָרְאוּיִים לְהָשִׁיב לְךָ, וְיִצְחָק הַשַּׂר וְיִפְטְרֵהוּ לְשָׁלוֹם. נִמְצָא הַשֵּׁכָר דַּרְכּוֹ לִהְיוֹת סַרְסוּר וְאֶמְצָעִי בֵּין הָאָדָם הַשּׁוֹתֶה אוֹתוֹ לְבֵין אֲחֵרִים, שֶׁעַל יָדוֹ יְדַבֵּר כָּל דְּבָרִים שֶׁיִּרְצֶה לְדַבֵּר, וְלָכֵן כָּל בַּר יִשְׂרָאֵל הַמִּתְפַּלֵּל לִפְנֵי הקב"ה אֶת הַתְּפִלָּה בִּלְתִּי אֶמְצָעִי, אִם יִהְיֶה נִזְהָר שֶׁלֹּא יִתְפַּלֵּל בִּהְיוֹתוֹ שִׁיכּוֹר שֶׁלֹּא יִהְיֶה נִרְאֶה שֶׁהוּא מִתְפַּלֵּל עַל יְדֵי אֶמְצָעִי, נִמְצָא בָּזֶה הוּא מְכַבֵּד אֶת הַתְּפִלָּה שֶׁנָּתַן הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לְיִשְׂרָאֵל רְשׁוּת בָּהּ, וּלְכָךְ שְׂכָרוֹ גָּדוֹל שֶׁסּוֹגְרִין וְחוֹתְמִין צָרוֹת בַּעֲדוֹ. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לָזֶה שֶׁסּוֹגְרִין וְחוֹתְמִין צָרוֹת בַּעֲדוֹ, דְּיָדוּעַ עַל יְדֵי הַתְּפִילּוֹת יִהְיֶה בֵּירוּר גָּדוֹל בְּנִיצוֹצֵי הַקְּדֻושָּׁה, אַךְ צָרִיךְ שֶׁיִּהְיוּ בְּכַוָּנָה וּמַחְשָׁבָה נְכוֹנָה, אָז הקב"ה יָבִיא עָלָיו צָרוֹת כְּדֵי שֶׁיִּתְפַּלֵּל בְּכַוָּנָה וְיַעֲשֶׂה בֵּירוּר נְצוּצוֹת קְדֻושָּׁה, כִּי בִּהְיוֹת הָאָדָם בְּצָרָה יִהְיֶה לִבּוֹ נִשְׁבַּר וְיִתְפַּלֵּל מִקִּירוֹת לִבּוֹ, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים קל, א) מִמַּעֲמַקִּים קְרָאתִיךָ ה', רְצוֹנוֹ לוֹמַר מַעֲמַקֵּי הַלֵּב וְכֵן אָמְרָה חַנָּה (שְׁמוּאֵל א' א, טו) אִשָּׁה קְשַׁת רוּחַ אָנֹכִי וָאֶשְׁפֹּךְ אֶת נַפְשִׁי לִפְנֵי ה', וְכֵן אָמְרוּ גַּבֵּי חִזְקִיָּה הַמֶּלֶךְ ע"ה (מְלָכִים ב' כ, ב) 'וַיַּסֵּב אֶת פָּנָיו אֶל הַקִּיר' שֶׁהִתְפַּלֵּל מִקִּירוֹת לִבּוֹ מִפְּנֵי שֶׁהָיָה בְּצָרָה וְכָל זֶה הֻוצְרַךְ לִהְיוֹת לְאָדָם שֶׁאֵינוֹ נִזְהָר לִכְבֹּושׁ מַחְשְׁבוֹתָיו וְטִרְדוֹתָיו כְּדֵי לְהִתְפַּלֵּל בְּכַוָּנָה, אֲבָל הַנִּזְהָר תָּמִיד לְהִתְפַּלֵּל בְּכַוָּנָה אֲפִילּוּ שֶׁאֵינוֹ עוֹמֵד בְּצָרָה לֹא צָרִיךְ לְהָבִיא עָלָיו צָרוֹת בַּעֲבוּר זֶה, וְלָכֵן זֶה הַמֵּפִיק מָגֵן בִּשְׁעַת גַּאֲוָה נִמְצָא הוּא מַקְפִּיד לְהִתְפַּלֵּל בְּכַוָּנָה, וְלָזֶה סוֹגְרִין וְחוֹתְמִין צָרוֹת בַּעֲדוֹ , דְּאֵינוֹ צָרִיךְ לְתִיקּוּן זֶה שֶׁל תְּפִלָּה בְּכַוָּנָה שֶׁיִּהְיֶה עַל יְדֵי הַצָּרוֹת שֶׁיָּבוֹאוּ עָלָיו.
"On enferme et on scelle les détresses devant lui." Il me semble, avec l'aide du Ciel : on enferme au beit din d'en haut, qui est le sod (secret) de Lea, et on scelle au beit din d'en bas, qui est le sod de Rahel. Ou bien : on enferme les détresses qui touchent la santé du corps, et on scelle les détresses qui touchent l'argent. Encore, il me semble, avec l'aide du Ciel, au sujet de ces mots "on enferme" et "on scelle" qu'il emploie pour les détresses. La réponse à l'homme au temps de la détresse vient par l'illumination du nom Yah, ainsi qu'il est écrit (Tehilim 118, 5) : "De l'étroit j'ai appelé Yah, Il m'a répondu au large, Yah", et il est écrit (Tehilim 20, 2) : "Que Hachem te réponde au jour de la détresse, que le nom du D.ieu de Yaakov te mette en hauteur." C'est le nom Yah, ainsi qu'il est écrit (Tehilim 135, 4) : "Car Yaakov, Yah l'a choisi pour Lui." Par l'illumination du nom Yah s'éveille le nom Chaddai, qui bouleverse les rangs et change la détresse en bien, comme il est dit (Devarim 23, 6) : "Hachem ton D.ieu changera pour toi la malédiction en bénédiction." Tout retournement de ce genre se fait par le nom Chaddai, dont l'action est de bouleverser les rangs. Ces deux noms, Yah et Chaddai, sont indiqués dans le miloui (remplissage) des lettres de tzara : tsade se remplit dalet-yod, rech se remplit yod-chin, he se remplit he. C'est pourquoi il dit "on enferme les détresses devant lui", c'est-à-dire dans les lettres de clôture des lettres de tzara, car tout miloui est la clôture du mot simple. De plus, quiconque se tient dans une détresse reçoit d'abord une pekida (visite) pour le bien. On sait que la pekida vient par l'illumination du nom de 72 dans son carré, dont le compte est pakad, 184. C'est ce que Yossef le juste a dit à Israël (Bereschit 50, 25) : "Il vous visitera, D.ieu vous visitera", et de même (Chemoth 3, 16) : "Je vous ai certes visite." Cette illumination de pakad est indiquée dans les lettres qui précédent celles de tzara, et ce sont les lettres de pakad. C'est ce qu'il vise en disant "on scelle les détresses devant lui", car le sceau est d'en haut, il vient d'en haut. Il reste à comprendre pourquoi le mérite de celui qui prend garde à cela est si grand, au point qu'on scelle et qu'on enferme les détresses devant lui. Il me semble, avec l'aide du Ciel : nous, la maison d'Israël, prions devant le Saint béni soit-Il sans intermédiaire. Comme on l'a dit dans le midrach (Yerouchalmi Berakhot 9, 1) : on n'appelle ni Mikhael ni Gavriel, on appelle Hachem seul. C'est pourquoi le Nom béni est appelé D.ieu d'Israël (Tehilim 106, 48). Les nations du monde ne peuvent prier que par un intermédiaire, leur sar (prince). C'est pourquoi, à leur sujet, le Nom béni est appelé D.ieu des puissances (Devarim 10, 17), et il n'est pas appelé D.ieu des nations. On sait que l'homme, quand il boit et s'enivre, le chekhar (boisson forte) devient un intermédiaire entre lui et les autres hommes. Il y a plusieurs choses qu'il ne peut dire tant qu'il n'est pas ivre, par crainte ou par honte, et c'est quand il boit et s'enivre qu'il les dit. Un fait : un homme très ivre marchait dans les rues de la ville. Il rencontra le prince de la ville, monté à cheval. L'ivrogne s'approcha du prince et lui dit : pour combien me vendras-tu le cheval ? Le prince répondit : deux mille pieces d'or. Il dit : bien, je l'achete pour cette somme, je vais maintenant t'apporter l'argent. Le prince alla chez lui, et cet homme chez lui. Le lendemain, quand celui-ci alla s'asseoir dans sa boutique, le prince envoya le chercher. Il n'était plus ivre. Le prince lui dit : hier tu m'as acheté le cheval pour deux mille pieces d'or. Le cheval est prêt. Apporte-moi les deux mille pieces d'or et prends le cheval. Celui-ci répondit : au moment où je t'ai achete hier le cheval pour deux mille pieces d'or, je n'étais pas seul. Un courtier marchait avec moi. C'est lui qui était l'intermédiaire entre moi et toi, et c'est lui qui disait ces paroles. Attends donc que j'aille chercher ce courtier avec moi, et c'est lui qui te répondra sur ces paroles. Le prince lui dit : quel est ce courtier ? Je t'ai vu marcher seul, personne n'était avec toi. Il lui dit : mon seigneur, le courtier et l'intermédiaire, c'était le chekhar que j'avais bu, et c'est lui qui disait ces paroles. Sans lui, je n'aurais pas pu te parler ainsi. Attends donc que j'aille à la maison, que je boive dix verres de chekhar et que je revienne auprès de toi : tu entendras alors de lui des paroles propres à te répondre. Le prince rit et le renvoya en paix. Il en ressort que le chekhar a coutume d'être courtier et intermédiaire entre l'homme qui le boit et les autres : par lui, il dit tout ce qu'il veut dire. Tout fils d'Israël qui prie devant le Saint béni soit-Il sans intermédiaire, s'il prend garde de ne pas prier pendant qu'il est ivre, afin qu'il ne paraisse pas prier par un intermédiaire, honore par là la prière pour laquelle le Nom béni a donné à Israël la permission. Sa récompense est grande : on enferme et on scelle les détresses devant lui. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, la raison pour laquelle on enferme et on scelle les détresses devant lui. On sait que par les prières se fait un grand birour (tri) des nitzotzot (étincelles) de sainteté. Encore faut-il qu'elles soient dites avec kavana et une pensée juste. Alors le Saint béni soit-Il amène sur l'homme des détresses, afin qu'il prie avec kavana et opère le tri des étincelles de sainteté. Quand l'homme est dans la détresse, son cœur est brise et il prie depuis les parois de son cœur, comme il est dit (Tehilim 130, 1) : "Des profondeurs je T'ai appelé, Hachem", c'est-à-dire des profondeurs du cœur. Hanna a dit de même (I Samuel 1, 15) : "Je suis une femme à l'esprit amer, et je répands mon âme devant Hachem." On a dit de même du roi Hizkiya (II Rois 20, 2) : "Il tourna son visage vers le mur." Il priait depuis les parois de son cœur, parce qu'il était dans la détresse. Tout cela est nécessaire pour l'homme qui ne prend pas garde à maîtriser ses pensées et ses soucis afin de prier avec kavana. Celui qui prend toujours garde à prier avec kavana, même hors de la détresse, n'a pas besoin qu'on lui amène des détresses pour cela. Celui qui fait passer le bouclier à l'heure de l'orgueil se montre donc soucieux de prier avec kavana. C'est pourquoi on enferme et on scelle les détresses devant lui : il n'a pas besoin de ce tikkoun (réparation), une prière avec kavana obtenue par les détresses qui viendraient sur lui.
💡 Explication

Second enseignement de Rabbi Hanina. Rachi lit magen comme la bénédiction Magen Avraham. La gaava (orgueil) est l'heure de la cheikhrout (ivresse). Celui qui laisse passer cette prière, et ne la dit pas dans cet état, à ses tzarot fermées et scellées.

Les mots viennent d'Iyov 41, 7 : afikei sera lu "faire passer", maginim les boucliers, sagour hotam tzar la détresse fermée sous un sceau.

6
מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״אַפֵּיק״ לִישָּׁנָא דְּעִבּוּרֵי הוּא? דִּכְתִיב: ״אַחַי בָּגְדוּ כְמוֹ נָחַל כַּאֲפִיק נְחָלִים יַעֲבֹורוּ״.

D'où tient-on que ce mot afik est une expression de passage ? Il est écrit : "Mes frères ont trahi comme un torrent, comme le lit des torrents ils passent."

💡 Explication

Preuve de langue pour Rabbi Hanina. Afik répond à yaavorou (ils passent), Iyov 6, 15. Faire passer le bouclier, c'est laisser passer la prière.

7
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: ״כֹּל שֶׁאֵינוֹ מַפִּיק״ אִתְּמַר.

Rabbi Yo'hanan a dit : c'est "quiconque ne fait pas sortir" qui a été enseigné.

📜 Rachi (1)
שֶׁאֵינוֹ מַפִּיק אִיתְּמַר דְּהַאי מֵפִיק לִישָּׁנָא דְגַלּוֹיֵי הוּא וה"ק כֹּל שֶׁאֵינוֹ מְגַלֶּה תְּפִלָּה בִּשְׁעַת שִׁיכְרוּת כְּלוֹמַר שֶׁאֵינוֹ מִתְפַּלֵּל:
Car ce mapik est une expression de dévoilement. Voici le sens : quiconque ne dévoile pas la prière à l'heure de l'ivresse, c'est-à-dire qu'il ne prie pas.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: 'כֹּל שֶׁאֵינוֹ מַפִּיק' אִיתְּמַר. הִקְשָׁה הָרִי"ף זַ"ל דִּקְרָא אָמַר (אִיּוֹב מא, ז) אֲפִיקֵי שֶׁהוּא מְגַלֶּה וְלֹא אָמַר מִי שֶׁאֵינוֹ מְגַלֶּה עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי יוֹחָנָן סָמַךְ אַקְּרָא דִּלְעֵיל דִּכְתִיב (אִיּוֹב מא, ו) דַּלְתֵי פָנָיו מִי פִתֵּחַ סְבִיבוֹת שִׁנָּיו אֵימָה, וּלְפִי דְּרָשָׁתוֹ הָכִי קָאָמַר דַּלְתֵי פָּנָיו הֵם הַשְּׂפָתַיִם שֶׁעֲשׂוּיִים כִּדְלָתוֹת, מִי פָּתַח אוֹתָם הֲלֹא סְגוּרִים הֵם, יַעַן כִּי סְבִיבוֹת שָׁנָיו הֵם הַשְּׂפָתַיִם אֵימָה יֵשׁ לוֹ שָׁם לְפָתְחָם וּלְכָךְ הוּא סוֹגְרָם. וּפֵירוּשׁ הַדָּבָר אֵימָתַי הוּא סוֹגְרָם שֶׁיֵּשׁ לוֹ אֵימָה לְפָתְחָם, עַל זֶה אָמַר 'גַּאֲוָה אֲפִיקֵי מְגַנִּים' פֵּירוּשׁ כַּאֲשֶׁר בִּשְׁעַת גַּאֲוָה שֶׁהוּא הַשִּׁכְרוּת יִזְדַּמֵּן זְמַן אֲפִיקֵי מְגַנִּים כְּלוֹמַר זְמַן גִּילּוּי הַמָּגֵן שֶׁהוּא הַתְּפִלָּה לְמַטָּה, אָז הוּא סוֹגֵר שְׂפָתָיו שֶׁיֵּשׁ לוֹ אֵימָה לְפָתְחָם כְּדֵי שֶׁלֹּא יְגַלֶּה הַמָּגֵן בִּשְׁעַת גַּאֲוָה. אוֹ נִרְאֶה לִי בס"ד דִּלְעוֹלָם רַבִּי יוֹחָנָן יָלֵיף זֶה מֵהַאי קְרָא דְּ'גַּאֲוָה אֲפִיקֵי מְגַנִּים' בִּלְחוּדֵיהּ וְהָכִי דְּרֵישׁ לִקְרָא, אִם בְּעֵת גַּאֲוָה מַפִּיק מְגַנִּים הֲיִתָּכֵן שֶׁלָּזֶה יִהְיֶה חוֹתָם צַר?! דִּמְפָרֵשׁ אוֹמְרוֹ סָגוּר חוֹתָם צַר בִּלְשׁוֹן תֵּימַהּ קָאָמַר, וְאִם כֵּן הָשְׁתָּא שְׁמַע מִינָּה דְּאִם לָא אַפֵּיק מְגַנִּים בְּעֵת גַּאֲוָה סוֹגְרִין וְחוֹתְמִין צָרוֹת בַּעֲדוֹ .
Rabbi Yo'hanan a dit : c'est "quiconque ne fait pas sortir" qui a été enseigné. Le Rif, de mémoire bénie, a objecté : le verset dit (Iyov 41, 7) afikei, ce qui signifie qu'il dévoile, et il ne dit pas "celui qui ne dévoile pas". Voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yo'hanan s'appuie sur le verset précédent, où il est écrit (Iyov 41, 6) : "Les portes de son visage, qui les a ouvertes ? Autour de ses dents est la terreur." Selon son derach (interprétation), voici ce que dit le verset. Les portes de son visage sont les lèvres, faites comme des portes. Qui les a ouvertes ? Elles sont closes, parce qu'autour de ses dents, ce sont les lèvres : il y a là une terreur à les ouvrir, et c'est pourquoi il les ferme. Le sens : quand les ferme-t-il, ayant peur de les ouvrir ? Sur cela il dit : "Orgueil, les lits des boucliers." Quand, à l'heure de l'orgueil, qui est l'ivresse, arrive le temps des afikei maginim, c'est-à-dire le temps de dévoiler le bouclier, qui est la prière d'en bas, alors il ferme ses lèvres, ayant peur de les ouvrir, afin de ne pas dévoiler le bouclier à l'heure de l'orgueil. Ou bien, il me semble, avec l'aide du Ciel : Rabbi Yo'hanan apprend cela du seul verset "Orgueil, les lits des boucliers", et voici comment il interprete le verset. Si, à l'heure de l'orgueil, il fait sortir des boucliers, se peut-il que pour cela il y ait un sceau de détresse ? Il explique "ferme, sceau étroit" comme une langue d'étonnement. On en déduit : s'il ne fait pas sortir de boucliers à l'heure de l'orgueil, on enferme et on scelle les détresses devant lui.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan renverse la formule : kol che-eino mapik, quiconque ne fait pas sortir. Rachi : mapik veut dire dévoiler. Ne pas dévoiler la prière à l'heure de l'ivresse, c'est ne pas prier.

La récompense reste la même. Le débat porte sur le sens du mot, et la suite en tirera une différence pratique.

8
מַאי מַשְׁמַע דְּהַאי ״מַפִּיק״ לִישָּׁנָא דִּגְלוּיֵי הוּא? דִּכְתִיב: ״וַיֵּרָאוּ אֲפִיקֵי מַיִם וַיִּגָּלוּ מוֹסְדוֹת תֵּבֵל״.

D'où tient-on que ce mot mapik est une expression de dévoilement ? Il est écrit : "Les cours des eaux ont été vus, et les fondements du monde ont été mis à nu."

📜 Rachi (1)
אֲפִיקֵי מַיִם גִּילּוּיֵי הַיָּם כְּדִכְתִיב וְיִגְלוּ מוֹסְדוֹת:
Les dévoilements de la mer, comme il est écrit : "et les fondements ont été mis à nu".
💡 Explication

Preuve de langue pour Rabbi Yo'hanan. Afikei mayim (Tehilim 18, 16) sont les eaux mises à découvert : vayiglou, elles ont été dévoilées. Mapik veut donc dire reveler.

9
מִכְּדֵי, קְרָאֵי מַשְׁמַע בֵּין לְמָר וּבֵין לְמָר, מַאי בֵינַיְיהוּ? אִיכָּא בֵּינַייְהוּ דְּרַב שֵׁשֶׁת. דְּרַב שֵׁשֶׁת מָסַר שִׁינְתֵּיהּ לְשַׁמָּעֵיהּ. מָר אִית לֵיהּ דְּרַב שֵׁשֶׁת, וּמָר לֵית לֵיהּ דְּרַב שֵׁשֶׁת.

Puisque les versets se prêtent aussi bien à l'un qu'à l'autre, quelle est la différence entre eux ? Il y a entre eux la conduite de Rav Chechet.

Rav Chechet confiait son sommeil à son serviteur. L'un tient la conduite de Rav Chechet, et l'autre ne la tient pas.

📜 Rachi (1)
מָסַר שִׁינְתֵּיהּ לְשַׁמָּעֵיהּ אָמַר לוֹ הַנִּיחֵנִי לִישֹׁן מְעַט וּכְשֶׁיַּגִּיעַ זְמַן תְּפִלָּה הֲקִיצֵנִי ר' חֲנִינָא דְּאָמַר אַעֲבוּרֵי בָּעֵי לֵית לֵיהּ דְּרַב שֵׁשֶׁת וְאָסוּר לְהִתְפַּלֵּל עַד שִׁיעוּר מֵאֵלָיו:
Il lui disait : laisse-moi dormir un peu, et quand viendra l'heure de la prière, réveille-moi. Rabbi Hanina, qui dit qu'il faut faire passer, ne tient pas la conduite de Rav Chechet, et il est interdit de prier jusqu'à ce qu'il se réveille de lui-même.
🗂️ Tossefot (1)
מָסַר שִׁינְתֵּיהּ לְשַׁמָּעֵיהּ פֵּי' בַּקּוּנְטְ' לְרַבִּי חֲנִינָא דְּאָמַר אִיעַבּוֹרֵי בָּעֵי לֵית לֵיהּ דְּרַב שֵׁשֶׁת וְאָסוּר לְהִתְפַּלֵּל עַד שִׁיעוּר מֵאֵלָיו וְאוֹמֵר ר"י דְּאַפֵּי' עוֹבֵר זְמַן תְּפִלָּה לֹא יִתְפַּלֵּל דְּשִׁכּוֹר אוֹ שָׁתוּי חָשְׁבִינַן לֵיהּ עַד שִׁיעוּר מֵאֵלָיו וּמִיהוּ אֵין נִרְאֶה דַּהֲלָכָה כְּרַב שֵׁשֶׁת ור"ח פִּי' בְּעִנְיָן אַחֵר וְזַ"ל אָמַר ר' חֲנִינָא כָּל הַמֵּפִיק מָגֵן בִּשְׁעַת גַּאֲוָה פִּי' כָּל הַמַּעֲבִיר מָגֵן וּמְכַסֶּה יִצְרוֹ בִּשְׁעַת גַּאֲוָה כְּלוֹמַר בְּעֵת שֶׁמִּתְגַּבֵּר עָלָיו טוֹמֵן אוֹתוֹ שֶׁלֹּא יִתְגַּבֵּר סוֹגְרִין וְחוֹתְמִין צָרוֹת בַּעֲדוֹ לְשׁוֹן מַפִּיק כַּאֲפִיק נְחָלִים יַעֲבֹורוּ (אִיּוֹב ו׳:ט״ו) ר' יוֹחָנָן אָמַר כֹּל שֶׁאֵינוֹ מֵפִיק אִיתְּמַר כְּלוֹמַר כָּל מִי שֶׁאֵינוֹ מְכַסֶּה וּמַעֲבִיר אֶלָּא מְגַלֵּהוּ וּמַפִּיק מָגֵן וְיוֹצֵא לְהִלָּחֵם כְּנֶגְדּוֹ וּלְכוֹבְשׁוֹ וְזוֹ הַגַּאֲוָה הִיא עֵת שֶׁכְּרָוָתוֹ שֶׁל אָדָם רַבִּי חֲנִינָא סָבַר לְכָובְשׁוֹ בְּשֵׁינָה כְּדֵי לְהַעֲבִירוֹ וְלַהֲפִיגוֹ טְפֵי עֲדִיפָא וְר' יוֹחָנָן אָמַר חָיְישִׁינַן שֶׁמָּא יִשְׁתַּקַּע בְּשֵׁינָה וְיִמָּנַע מִן הַתְּפִלָּה אֶלָּא לְגַלּוֹתוֹ כְּדֵי לְהִתְעַסֵּק בַּדֶּרֶךְ וְכַיּוֹצֵא בָּהּ כְּדֵי לַהֲפִיגוֹ וְאַחַר כָּךְ יִתְפַּלֵּל טְפֵי עָדִיף:
Rachi explique : selon Rabbi Hanina, qui dit qu'il faut faire passer, on ne tient pas la conduite de Rav Chechet, et il est interdit de prier jusqu'à ce qu'il se réveille de lui-même. Rabbi Yitzhak dit : même si l'heure de la prière passe, il ne priera pas, car on le tient pour shikor (ivre) ou pour chatouy (pris de boisson) jusqu'à ce qu'il se réveille de lui-même. Toutefois, il ne paraît pas que la halakha soit comme Rav Chechet. Rabbeinou Hananel explique autrement. Voici ses mots. Rabbi Hanina a dit : quiconque fait passer un bouclier à l'heure de l'orgueil. Sens : quiconque fait passer le bouclier et couvre son yetzer (penchant) à l'heure de l'orgueil, c'est-à-dire au moment où celui-ci s'empare de lui, il le cache pour qu'il ne s'empare pas de lui. On enferme et on scelle les détresses devant lui. Le mot mapik à le sens de "comme le lit des torrents ils passent" (Iyov 6, 15). Rabbi Yo'hanan a dit : on a enseigné "quiconque ne fait pas sortir", c'est-à-dire quiconque ne le couvre pas et ne le fait pas passer, mais le dévoile, fait sortir un bouclier, et sort combattre contre lui pour le soumettre. Cet orgueil est le moment de l'ivresse de l'homme. Rabbi Hanina estime : le soumettre par le sommeil, afin de le faire passer et de le dissiper, est préférable. Rabbi Yo'hanan dit : on craint qu'il ne s'enfonce dans le sommeil et ne s'abstienne de la prière. Le dévoiler afin de s'occuper d'un chemin, ou de quelque chose de semblable, pour le dissiper, puis prier, est préférable.
💡 Explication

Les deux lectures du verset tiennent. La nafka mina est la conduite de Rav Chechet : il remet son sommeil à son chamach (serviteur), qui doit le réveiller à l'heure de la tefila.

Rachi : Rabbi Hanina ne tient pas cette conduite. On ne prie qu'après s'être réveille de soi-même. Le Ri ajoute : même l'heure passée, tant qu'on est tenu pour ivre. Tossefot note qu'on ne voit pas la halakha suivre Rav Chechet.

Rabbeinou Hananel lit autrement. Rabbi Hanina : couvrir le yetzer et le vaincre par le sommeil. Rabbi Yo'hanan : craindre de manquer la prière, s'occuper en chemin pour dissiper, puis prier.

🖼️ Schéma
Confier son sommeil au serviteur Nafka mina entre les deux maîtres Rav Chechet dort Rachi, Rabbi Hanina On ne le réveille pas pour prier. Il se réveille seul. Rabbeinou Hananel Le sommeil dissipe. Rabbi Yo'hanan craint de manquer l'heure. Ri : même l'heure passée, on ne prie pas tant qu'on est tenu pour ivre.
Rav Chechet se fait réveiller. Rachi, pour Rabbi Hanina, interdit de prier avant le réveil spontané. Rabbeinou Hananel lit le sommeil comme le moyen de Rabbi Hanina, et la marche comme celui de Rabbi Yo'hanan.
10
אָמַר רַב חִייָּא בַּר אָשֵׁי אָמַר רַב: כֹּל שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ מְיֻושֶּׁבֶת עָלָיו אַל יִתְפַּלֵּל, מִשּׁוּם שֶׁנֶּאֱמַר: ״בְּצַר אַל יוֹרֶה״. רַבִּי חֲנִינָא בְּיוֹמָא דְּרָתַח לָא מְצַלֵּי, אָמַר: ״בְּצַר אַל יוֹרֶה״ כְּתִיב. מָר עֻוקְבָא בְּיוֹמָא דְּשׁוּתָא לָא הֲוָה נָפֵיק לְבֵי דִינָא.

Rav Hiya bar Achi a dit que Rav a dit : quiconque n'a pas l'esprit posé sur lui ne priera pas, parce qu'il est dit : "Dans la détresse, qu'il n'instruise pas." Rabbi Hanina, le jour où il était en colère, ne priait pas. Il disait : il est écrit "Dans la détresse, qu'il n'instruise pas." Mar Oukva, le jour du vent du sud, ne sortait pas au beit din.

📜 Rachi (2)
בְּצַר אַל יוֹרֶה בָּדַקְתִּי אַחַר הַמִּקְרָא זֶה וְאֵינוֹ בְּכָל הַכְּתוּבִים וְשֶׁמָּא בְּסֵפֶר בֶּן סִירָא הוּא:
J'ai cherche ce verset, il ne se trouve dans aucun des Écrits. Peut-être est-il dans le livre de Ben Sira.
יוֹמָא דְּשׁוּתָא רוּחַ דְּרוֹמִית מְנַשֶּׁבֶת בּוֹ וַחֲזָקָה:
Un vent du sud y souffle, et il est fort.
🗂️ Tossefot (1)
בְּצַר אַל יוֹרֶה פֵּירֵשׁ בַּקּוּנְטְרֵס בָּדַקְתִּי אַחַר מִקְרָא זֶה וְאֵינוֹ בְּכָל הַכְּתוּבִים וְשֶׁמָּא בְּסֵפֶר בֶּן סִירָא הוּא וּמָצִינוּ בְּכַמָּה מְקוֹמוֹת שֶׁמֵּבִיא הַשַּׁ"ס מִקְרָאוֹת הַכְּתוּבִים בְּסֵפֶר בֶּן סִירָא כִּדְאַשְׁכְּחַן בְּהַחוֹבֵל (ב"ק צב:) כָּל עוֹף לְמִינֵהוּ יִשְׁכֹּון וּבֶן אָדָם לַדּוֹמֶה לוֹ וְכֵן סַלְסְלֶהָ וּתְרוֹמְמֶךָּ וּבִנְדִיבִים תּוֹשִׁיבֶךָ וְאָמְרִינַן בִּירוּשַׁלְמִי דִּבְרָכוֹת שֶׁהוּא כָּתוּב בְּסֵפֶר בֶּן סִירָא וְרַבֵּינוּ שְׁמוּאֵל פֵּירֵשׁ שֶׁהֵשִׁיב רַבֵּינוּ קָלוֹנִימוּס שֶׁכֵּן דּוֹרֵשׁ בִּירוּשַׁלְמִי כָּל הַמֵּיצַר לְיִשְׂרָאֵל יוֹרֶה דִּכְתִיב שִׁמְעִי נָא זֹאת עֲנִיָּיהּ וּשְׁכוּרַת וְלֹא מִיָּיִן וְהָכֵי אִיתָא בִּירֻושַּׁל' בְּרֵישׁ פֶּרֶק אֵין עוֹמְדִין הַבָּא מִן הַדֶּרֶךְ אָסוּר לְהִתְפַּלֵּל מִזֶּה הַטַּעַם דִּכְתִיב שִׁמְעִי נָא זֹאת וְכוּ' וְגַם רַבִּי זְרִיקָא וְרַבִּי יוֹחָנָן בְּשֵׁם ר' אֱלִיעֶזֶר בְּנוֹ שֶׁל רַ' יוֹסֵי הַגְּלִילִי אוֹמֵר הַמֵּיצַר אָסוּר לְהִתְפַּלֵּל לֹא מִסְתַּבְּרָא אֶלָּא מִן הָדֵין קְרָא שִׁמְעִי נָא זֹאת וְעַתָּה מְדַמֶּה צָרָה לְשִׁכְרוּת וּבְשִׁכְרוּת כְּתִיב לְהַבְדִּיל וּלְהוֹרוֹת כְּדִדְרִישׁ בִּכְרִיתוֹת (דַּף יג:) וּמֵהַאי טַעְמָא אַל יִתְפַּלֵּל דְּהָוֵי שִׁכּוֹר מִתּוֹךְ שֶׁטָּרוּד בְּצָרָתוֹ וּבְכַעְסוֹ ור"ת מְפָרֵשׁ דְּמֵהַאי קְרָא קָדָרֵישׁ הֲיַעֲרֹוךְ שׁוּעֲךָ לֹא בְצָר (אִיּוֹב ל״ו:י״ט) כְּלוֹמַר בִּשְׁעַת צָרָה אַל תַּעֲרֹוךְ תְּפִלָּתְךָ כְּשֶׁיֵּשׁ טֵירוּד וּבְכַמָּה מְקוֹמוֹת רָגִיל הַשַּׁ"ס לְקַצֵּר הַמִּקְרָא כְּגוֹן וְנָתַן הַכֶּסֶף וְקָם לוֹ וּמִיהוּ קְצָת קָשֶׁה בְּצַר אַל יוֹרֶה דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אַל יִתְפַּלֵּל:
Rachi explique : j'ai cherche ce verset, il ne se trouve dans aucun des Écrits, peut-être est-il dans le livre de Ben Sira. Nous trouvons en plusieurs endroits que le Talmud cite des versets écrits dans le livre de Ben Sira, comme on le trouve dans Ha-hovel (Bava Kamma 92b) : "Chaque oiseau demeure selon son espèce, et l'homme selon son semblable", et de même : "Chéris-la, elle t'élèvera, et parmi les princes elle te fera siéger." On dit dans le Yerouchalmi de Berakhot que cela est écrit dans le livre de Ben Sira. Rabbeinou Chmouel explique que Rabbeinou Kalonymos a répondu : le Yerouchalmi interprete ainsi, "quiconque est dans la détresse, pour Israël, qu'il instruise", car il est écrit : "Écoute donc ceci, affligée et ivre, mais non de vin." Et voici ce qui se trouve dans le Yerouchalmi, au début du chapitre Ein omdin : celui qui vient du chemin à l'interdit de prier, pour cette raison, car il est écrit "Écoute donc ceci", etc. Rabbi Zerika et Rabbi Yo'hanan, au nom de Rabbi Eliezer fils de Rabbi Yossi le Galiléen, disent aussi : celui qui est dans la détresse à l'interdit de prier. Cela ne se tient que depuis ce verset même : "Écoute donc ceci." Il compare donc la détresse à l'ivresse. Pour l'ivresse il est écrit "pour distinguer et pour instruire", comme on l'interprete dans Keritot (13b). Pour cette raison, qu'il ne prie pas : il est comme un ivrogne, du fait qu'il est troublé par sa détresse et par sa colère. Rabbeinou Tam explique qu'on interprete à partir de ce verset : "Disposera-t-il ton cri ? Non dans la détresse" (Iyov 36, 19), c'est-à-dire : au temps de la détresse, ne dispose pas ta prière, quand il y a un trouble. En plusieurs endroits, le Talmud a coutume d'abréger le verset, par exemple "il donnera l'argent et il sera établi pour lui". Toutefois, "dans la détresse, qu'il n'instruise pas" reste un peu difficile : il aurait dû dire "qu'il ne prie pas".
🪔 Ben Yehoyada (2)
רַבִּי חֲנִינָא, בְּיוֹמָא דְּרָתַח לָא מְצַלֵּי. פֵּירוּשׁ לָא מְצַלֵּי תְּפִילּוֹת נְדָבָה, כִּי מִקֹּודֶם הָיָה דַּרְכָּם לְהִתְפַּלֵּל כַּמָּה תְּפִילּוֹת בַּיּוֹם בְּתוֹרַת נְדָבָה. וּמַה שֶׁאָמַר רַב : כֹּל שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ מְיֻשֶּׁבֶת עָלָיו אַל יִתְפַּלֵּל , פֵּירוּשׁ אַל יִתְפַּלֵּל בְּעוֹדוֹ מְבֻולְבָּל אֶלָּא יַמְתִּין עַד שֶׁתִּתְייַשֵּׁב דַּעְתּוֹ וְיִתְפַּלֵּל, מִיהוּ אִם הִיא תְּפִלַּת חוֹבָה וְעוֹבֵר זְמַנָּהּ גַּם רַב יוֹדֶה שֶׁיִּתְפַּלֵּל קֹודֶם שֶׁיַּעֲבֹור הַזְּמַן וְלֹא יְבַטֵּל תְּפִלַּת חוֹבָה.
Rabbi Hanina, le jour où il était en colère, ne priait pas. Sens : il ne priait pas les prières de nedava (offrande volontaire). Auparavant, on avait coutume de prier plusieurs prières dans la journée à titre de nedava. Ce que Rav a dit : "Quiconque n'a pas l'esprit posé sur lui ne priera pas", veut dire : qu'il ne prie pas tant qu'il est troublé, qu'il attende que son esprit se pose, et alors il priera. Si toutefois c'est une prière d'obligation et que son temps va passer, Rav aussi accorde qu'il prie avant que le temps passe, et qu'il n'annule pas une prière d'obligation.
מִשּׁוּם בְּצַר אַל יוֹרֶה. נִרְאֶה לִי לְשׁוֹן (שְׁמוֹת יט, יג) יָרָה יִיָּרֶה, כִּי דִּבְרֵי הַתְּפִלָּה צָרִיךְ לְהוֹצִיאָם מִפִּיו בְּחֹוזֶק וְלֹא בְּשָׂפָה רָפָה, וְעַל יְדֵי כָּךְ סִיקֵּל הַחִיצוֹנִים בַּאֲבָנִים כִּי הָאוֹתִיּוֹת נִקְרְאוּ אֲבָנִים, וּכְשֶׁסִּיקֵּל אוֹתָם בְּאוֹתִיּוֹת הַתְּפִלָּה אָז תְּפִלָּתוֹ בּוֹקַעַת אֲווִירִין וְעוֹבֶרֶת וְעוֹלָה לְמַעְלָה לְמַעְלָה בְּמָקוֹם הָרָאוּי לָהּ.
Parce qu'il est dit : "Dans la détresse, qu'il n'instruise pas." Il me semble que la langue est celle de (Chemoth 19, 13) "il sera lapide, il sera lapide" (yareh yiyareh). Les paroles de la prière doivent sortir de la bouche avec force, et non d'une lèvre faible. Par là, on lapide les extérieurs avec des pierres, car les lettres sont appelées pierres. Quand on les a lapidés avec les lettres de la prière, la prière fend les airs, passe, et monte très haut, à la place qui lui convient.
💡 Explication

Rav : pas de prière sans esprit posé. Le mot cite, betzar al yoreh, Rachi ne le trouve pas dans les Écrits. Il songe à Ben Sira. Tossefot rappelle que le Talmud cite parfois ce livre, puis le Yerouchalmi : le chemin et la détresse interdisent la prière, par le verset de l'ivresse sans vin.

Keritot 13b lit, pour le vin, "pour distinguer et pour instruire". Le trouble de la détresse ou de la colère rend semblable à l'ivrogne. Rabbeinou Tam lit Iyov 36, 19 : au temps de la détresse, on ne dispose pas sa prière.

Rabbi Hanina s'abstenait le jour de sa colère. Mar Oukva ne siégeait pas quand soufflait le ruah daromit (vent du sud), trop fort pour la clarté du juge.

11
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: הִלְכְתָא בָּעֲיָא צִילּוּתָא כְּיוֹמָא דְאִסְתָּנָא. אָמַר אַבַּיֵּי: אִי אָמְרָה לִי אֵם קָרֵיב כֻּותָּחָא — לָא תְּנַאי.

Rav Nahman bar Yitzhak a dit : la halakha demande une clarté, comme un jour de vent du nord. Abaye a dit : si ma mère me disait : apporte du koutah, je n'étudierais pas.

📜 Rachi (4)
צְלוֹתָא דַּעַת צְלוּלָה:
Un esprit clair.
כְּיוֹמָא דְּאִיסְתָּנָא כְּשֶׁמְּנַשֶּׁבֶת רוּחַ צְפוֹנִית יוֹם אוֹרָה הוּא וְנוֹחַ לְכָל כִּדְאָמַר בִּיבָמוֹת בְּפֶרֶק הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף עב.) מִפְּנֵי מַה לֹא מָלוּ יִשְׂרָאֵל בַּמִּדְבָּר מִפְּנֵי שֶׁלֹּא נִשְׁבָּה בָּהֶן רוּחַ צְפוֹנִית אֲבָל בְּיוֹמָא דְּשׁוּתָא אָמַר הָתָם לָא מָהֲלִינַן בֵּיהּ וְלָא מְסוֹכְרִינַן בֵּיהּ:
Quand souffle le vent du nord, c'est un jour de lumière, agréable à tous, comme il est dit dans Yevamot, chapitre Ha-arel (Yevamot 72a) : pourquoi Israël n'a-t-il pas circoncis dans le désert ? Parce que le vent du nord n'a pas souffle sur eux. Quant au jour du vent du sud, on dit là-bas : on ne circoncit pas ce jour-là, et on ne saigne pas ce jour-là.
קָרִיב כּוּתְחָא אַפֵּי' צִיוּוּי עֲבוֹדָה קַלָּה הָיְתָה מְבַטֶּלֶת אוֹתִי:
Même un ordre de travail léger me faisait cesser.
לֹא תְּנַאי לֹא הָיִיתִי שׁוֹנֶה כְּמוֹ שֶׁשָּׁנִיתִי:
Je n'aurais pas répété comme j'avais coutume de répéter.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר אַבַּיֵּי: אִי אָמְרָה לִי אֵם "קָרִיב כּוּתְחָא", לֹא תְּנַאי. נִרְאֶה לִי לְשׁוֹן גֻּוזְמָא הוּא, לְהוֹדִיעַ שֶׁאִם יִהְיֶה מֻוטָּל עָלָיו אֲפִילּוּ עַבְדוּת קַלָּה אֵינוֹ יָכוֹל לְשַׁנּוֹת בְּיִשּׁוּב הַדַּעַת, וְזֶהוּ לֹא תְּנַאי כָּרָאוּי בְּיִשּׁוּב הַדַּעַת וְכֵן הֵם דִּבְרֵי רָבִינָא, אֲבָל וַדַּאי הֵם לֹא הָיוּ פּוֹסְקִים מִלִּימּוּדָם אֲפִילּוּ בְּצַעַר גָּדוֹל, דִּכְתִיב (בַּמִּדְבָּר יט, יד) זֹאת הַתּוֹרָה אָדָם כִּי יָמוּת בְּאֹהֶל, וּבָאוּ לְלַמְּדֵנוּ שֶׁהָאָדָם יִזְדָּרֵז שֶׁלֹּא יִתְבַּלְבֵּל מוֹחוֹ אֲפִילּוּ בִּקְצָת צַעַר כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לִמּוּדוֹ שָׁלֵם כָּרָאוּי.
Abaye a dit : si ma mère me disait "apporte du koutah", je n'étudierais pas. Il me semble que c'est une langue de guzma (exagération), pour faire savoir que si même un service léger lui est imposé, il ne peut pas répéter avec l'esprit posé. Tel est le sens de "je n'étudierais pas" : pas comme il convient, avec l'esprit posé. Ainsi sont les paroles de Ravina. Eux, certes, n'interrompaient pas leur étude, même dans une grande peine, car il est écrit (Bamidbar 19, 14) : "Voici la Torah : un homme, quand il mourra dans la tente." Ils viennent nous enseigner que l'homme se hâtera pour que son esprit ne se trouble pas, même par un peu de peine, afin que son étude soit entière, comme il convient.
💡 Explication

La halakha demande la tzlilouta (clarté), comme le jour où souffle le ruah tzafonit (vent du nord). Rachi renvoie à Yevamot 72a : ce vent rend le jour lumineux. Le vent du sud, au contraire, empêche la circoncision et la saignée.

Abaye : un simple ordre, apporter du koutah (mets aigre de petit-lait), suffit à lui faire perdre sa façon d'étudier. Rachi : même une besogne légère le faisait cesser, et il ne répétait plus comme à son habitude.

12
אָמַר רָבָא: אִי קְרַצְתַּן כִּינָּה לָא תְּנַאי. מָר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא עֲבַדָה לֵיהּ אִמֵּיהּ שִׁבְעָה מָנֵי לְשִׁבְעָה יוֹמֵי.

Rava a dit : si un pou me piquait, je n'étudierais pas. La mère de Mar, fils de Ravina, lui préparait sept vêtements pour les sept jours.

🪔 Ben Yehoyada (1)
מָר בְּרֵיהּ דְּרָבִינָא עֲבַדָה לֵיהּ אִמֵּיהּ שִׁבְעָה לְבוּשֵׁי לְשִׁבְעָה יוֹמֵי. נִרְאֶה לִי בס"ד רָמְזָה לוֹ בָּזֶה שֶׁיִּשְׁתַּדֵּל לִלְמֹוד שִׁשָּׁה פָּנִים בַּהֲלָכָה בְּדֶרֶךְ הַפְּשָׁט כְּנֶגֶד שִׁשָּׁה יְמֵי הַחֹול וְאֶחָד בְּדֶרֶךְ הַסּוֹד כְּנֶגֶד שַׁבָּת, וְכַאֲשֶׁר הֵעִיד רַבֵּינוּ מהרח"ו זַ"ל עַל רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁהָיָה נוֹהֵג בְּכָךְ כְּסֻוגְיַת הַתַּלְמוּד בְּכָל יוֹם, וְיָדוּעַ דְּלָמוּד הַתּוֹרָה מְכוֹנָה בְּשֵׁם שִׂמְלָה, וכמ"ש רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל הַפָּסוּק (יְשַׁעְיָהוּ ג, ו) 'שִׂמְלָה לְכָה קָצִין תִּהְיֶה לָנוּ' וְכֵן (מְלָכִים א' יא, כט) 'שְׁלֹמֹה חֲדָשָׁה' דִּכְתִיב בְּיָרָבְעָם:
La mère de Mar, fils de Ravina, lui préparait sept vêtements pour les sept jours. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elle lui faisait signe par là de s'appliquer à étudier six faces de la halakha selon le pchat (sens simple), en regard des six jours de semaine, et une selon le sod (secret), en regard du Chabbat. Ainsi en a témoigné notre maître Rabbi Haim Vital, de mémoire bénie, au sujet de notre maître l'Ari, de mémoire bénie, qui avait cette coutume avec la sougya du Talmud chaque jour. On sait que l'étude de la Torah est appelée du nom de simla (vêtement), comme nos maîtres l'ont écrit sur le verset (Yechaya 3, 6) : "Tu as un vêtement, sois notre chef", et de même (I Rois 11, 29) : "un manteau neuf", qui est écrit au sujet de Yeravam.
💡 Explication

Même trouble, chez Rava : la piqûre d'un kinim (pou) suffit à lui faire perdre sa façon d'étudier.

La mère de Mar bria de-Ravina lui donnait sept habits, un par jour, pour qu'il ne porte pas un vêtement usé où le pou se tient.

13
אָמַר רַב יְהוּדָה: לָא אִיבְּרִי לֵילְיָא אֶלָּא לְשִׁינְתָּא. אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן לָקִישׁ: לָא אִיבְּרִי סֵיהֲרָא אֶלָּא לְגִירְסָא. אָמְרִי לֵיהּ לְרַבִּי זֵירָא: מְחַדְּדָן שְׁמַעְתָּךְ. אֲמַר לְהוּ: דִּימָמֵי נִינְהוּ.

Rav Yehouda a dit : la nuit n'a été créée que pour le sommeil. Rabbi Chimon ben Lakich a dit : la lune n'a été créée que pour la girsa (répétition de l'étude).

On dit à Rabbi Zeira : tes enseignements sont aiguisés. Il leur dit : ils sont du jour.

🗂️ Tossefot (1)
אֶלָּא לְשִׁינְתָּא כְּמוֹ לֵילֵי תְּקוּפַת תַּמּוּז:
Comme les nuits du solstice d'été.
🪔 Ben Yehoyada (3)
לָא אִיבְרָא לֵילְיָא אֶלָּא לְשִׁינְתָּא. לֹא בָּא לוֹמַר דְּאֵין חַיָּיב הָאָדָם לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה בַּלַּיְלָה אֶלָּא רַק יָשֵׁן, דְּהָא מִקְרָא מָלֵא הוּא (יְהוֹשֻׁעַ א, ח) וְהָגִיתָ בּוֹ יוֹמָם וָלַיְלָה, אַךְ כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר שֶׁנִּבְרָא הַלַּיְלָה לְצֹורֶךְ תִּיקּוּן הָעוֹשֶׂה בּוֹ עַל יְדֵי הַשֵּׁינָה, כִּי יָדוּעַ שֶׁהַשֵּׁינָה הִיא צֹורֶךְ גָּבוֹהַּ שֶׁבָּהּ נַעֲשָׂה תִּיקּוּן לְמַעְלָה, וְלוּלֵי צֹורֶךְ זֶה הַתִּיקּוּן שֶׁל הַשֵּׁינָה לֹא הָיָה נִבְרָא לַיְלָה אֶלָּא כָּל הַשָּׁעוֹת הָיוּ יוֹם דַּוְוקָא, וְלַיְלָה כַּיּוֹם יָאִיר (תְּהִלִּים קלט, יב).
"La nuit n'a été créée que pour le sommeil." Il ne vient pas dire que l'homme serait quitte de s'occuper de Torah la nuit et qu'il ne ferait que dormir, puisqu'un verset entier le dit (Yehochoua 1, 8) : "Tu la méditeras jour et nuit." Son intention est de dire que la nuit a été créée pour le tikkoun de celui qui s'en sert par le sommeil. On sait que le sommeil est un besoin d'en haut, par lequel se fait un tikkoun en haut. Sans ce besoin, le tikkoun du sommeil, la nuit n'aurait pas été créée : toutes les heures auraient été le jour, et "la nuit éclairerait comme le jour" (Tehilim 139, 12).
לָא אִיבְרָא סֵיהֲרָא אֶלָּא לְגִירְסָא. הִנֵּה בְּוַדַּאי יֵשׁ צֹורֶךְ גָּדוֹל לְעוֹלָם ב' סֵיהֲרָא ' שֶׁהִיא פּוֹעֶלֶת טוֹב בְּפֵירוֹת הָאֲדָמָה, וְגַם פּוֹעֶלֶת בְּתוֹסֶפֶת וְחִיסּוּר הַמַּיִם בַּיַּמִּים וּבַנְּהָרוֹת לְפִי חֶסְרוֹנָהּ וּמִילּוּאָה כַּיָּדוּעַ וְהַגִּרְסָא אֶפְשָׁר שֶׁתִּתְקַיֵּים לְאוֹר הַנֵּר וְעַל הָרֹוב כֵּן שֶׁקּוֹרִין ' לְאוֹר הַנֵּר ', אַךְ רְצוֹנוֹ לוֹמַר כֵּיוָן בָּזֶה לְהַחֲרִיד אֶת לִבּוֹת בְּנֵי הָאָדָם עַל עֵסֶק הַתּוֹרָה בַּלֵּילוֹת, בְּאוֹמְרוֹ לָהֶם שהקב"ה בָּרָא אֶת הַלְּבָנָה כְּדֵי שֶׁתִּלְמְדוּ לְאוֹרָהּ וְלֹא תִּפָּטְרוּ עַצְמְכֶם בְּסִיבַּת הַשֵּׁינָה, שֶׁבָּזֶה הַמַּאֲמָר מֻוכְרָח שֶׁהָאָדָם יְצַייֵּר בְּדַעְתּוֹ הָעִנְיָן לְמֶלֶךְ שֶׁהִדְלִיק אֶת הַנֵּר לְעַבְדּוֹ כְּדֵי שֶׁיָּקוּם וְיַעֲשֶׂה מְלַאכְתּוֹ לְאוֹרוֹ, וְאִם הָעֶבֶד יַנִּיחַ הַנֵּר דּוֹלֵק וְהוּא נִשְׁאַר שׁוֹכֵב עַל מִטָּתוֹ כַּמָּה זִלְזוּל עָשָׂה זֶה בִּרְצוֹן הַמֶּלֶךְ! וְכֵן הוּא אוֹמֵר לֹא אִיבְרָא סֵיהֲרָא אֶלָּא לְגִירְסָא , כְּלוֹמַר צָרִיךְ הָאָדָם לַחְשֹׁוב בְּדַעְתּוֹ שהקב"ה הִזְרִיחַ לוֹ הַלְּבָנָה כְּדֵי שֶׁיָּקוּם וְיִלְמֹוד לְאוֹרָהּ, וְאֵיךְ יִהְיֶה שׁוֹכֵב עַל מִטָּתוֹ וְהַלְּבָנָה זוֹרַחַת וְאֵינוֹ קָם לִלְמֹוד בַּתּוֹרָה לְאוֹרָהּ. וְהִנֵּה בְּוַדַּאי דְּדוֹרוֹת הָרִאשׁוֹנִים שֶׁהָיָה חוּשׁ הָרֵיאוֹת שֶׁלָּהֶם חָזָק מֵאָה יָדוֹת עַל דּוֹרוֹת אֵלּוּ הָיוּ לוֹמְדִים תּוֹרָה לְאוֹר הַלְּבָנָה בְּשׁוֹפִי, וְשָׁמַעְתִּי שֶׁהָרַב הַמֻּופְלָא הַשַּׁקְדָן כמהר"ר רְאוּבֵן דָּוִד זַ"ל שֶׁהָיָה תַּלְמִיד עט"ר הָרַב מו"ר זְקֵינִי זלה"ה הָיָה לוֹמֵד תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה בִּדְפוּס אוֹתִיּוֹת קְטַנּוֹת בְּאוֹר הַלְּבָנָה בְּשׁוֹפִי וְלֹא הָיָה נִצְרָךְ לְאוֹר הַנֵּר! וְרָאִיתִי בְּסֵפֶר כ"מ שֶׁאִם הָאָדָם יוּכַל לִלְמֹוד לְאוֹר הַלְּבָנָה יַעֲשֶׂה בָּזֶה תִּיקּוּן גָּדוֹל בִּבְחִינַת הַלְּבָנָה שֶׁהוּא סוֹד הַמַּלְכוּת טְפֵי מֵאוֹר הַנֵּר, וְאֶחָד הָיָה לוֹמֵד בְּאוֹר הַלְּבָנָה בְּצַעַר כְּדֵי לְתַקֵּן מַה שֶׁפָּגַם בִּרְאִיָּה .
"La lune n'a été créée que pour la girsa." Certes, le monde à un grand besoin de la lune : elle agit pour le bien sur les fruits de la terre, et elle agit aussi sur la crue et la baisse des eaux dans les mers et les fleuves, selon son décours et son plein, comme on le sait. La girsa peut se tenir à la lumière de la lampe, et c'est même le cas le plus fréquent : on lit à la lumière de la lampe. Son intention est d'éveiller les cœurs des hommes à l'étude de la Torah pendant les nuits. Il leur dit que le Saint béni soit-Il a créé la lune afin que vous étudiiez à sa lumière, et que vous ne vous dispensiez pas à cause du sommeil. Par cette parole, l'homme est amené à se représenter l'affaire comme un roi qui a allumé la lampe pour son serviteur, afin qu'il se lève et fasse son travail à sa lumière. Si le serviteur laisse la lampe allumée et reste couché sur son lit, quel mépris a-t-il fait de la volonté du roi. Ainsi dit-il : la lune n'a été créée que pour la girsa. L'homme doit penser que le Saint béni soit-Il a fait briller pour lui la lune afin qu'il se lève et étudie à sa lumière. Comment resterait-il couché sur son lit pendant que la lune brille, sans se lever pour étudier la Torah à sa lumière. Certes, les premières générations, dont le sens de la vue était cent fois plus fort que celui de ces générations-ci, étudiaient la Torah à la lumière de la lune aisément. J'ai entendu que le rav admirable et appliqué, notre maître Rabbi Reouven David, de mémoire bénie, élève de la couronne de notre maître et rav, mon aïeul, que son souvenir soit en bénédiction, étudiait la Torah orale, imprimée en petites lettres, à la lumière de la lune, aisément, et n'avait pas besoin de la lampe. J'ai vu dans le livre Kessef Michne que si l'homme peut étudier à la lumière de la lune, il fait par là un grand tikkoun dans l'aspect de la lune, qui est le sod de la malkhout (royauté), plus que par la lumière de la lampe. Et l'un étudiait à la lumière de la lune dans la peine, afin de reparer ce qu'il avait abîmé dans la vue.
כָּל הַלּוֹהֵג בָּהֶן, טוֹעֵם בָּהֶן טַעַם בָּשָׂר. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַב הַתַּנָּא בְּאָבוֹת (מִשְׁנָה אָבוֹת ג, ה) 'כָּל הַמְקַבֵּל עָלָיו עֹל תּוֹרָה, מַעֲבִירִין מִמֶּנּוּ עַל מַלְכוּת' כִּי יִשְׂרָאֵל בִּזְכוּת הַתּוֹרָה לוֹקְחִים טוֹב שְׁנֵי שָׂרִים שֶׁל אֱדוֹם וְיִשְׁמָעֵאל מִפְּנֵי כִּי בְּעֵת שֶׁנָּתַן הַתּוֹרָה לְיִשְׂרָאֵל אָמַר תְּחִלָּה לְשַׂר אֱדוֹם אִם יִרְצֶה לְקַבֵּל הַתּוֹרָה בִּשְׁבִיל בְּנֵי עֵשָׂו הוּא אֱדוֹם וְלֹא רָצָה לְקַבֵּל וְנִתְרַצָּה שֶׁהוּא יִתֵּן מֵחַיּוּתוֹ לְיִשְׂרָאֵל כְּדֵי שֶׁיְּקַבְּלוּהָ הַסּוֹכֵן עָשָׂה לְשַׂר יִשְׁמָעֵאל וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּזֹּוהַר הַקָּדוֹשׁ הָעִנְיָן בְּאֹורֶךְ, מַה שֶׁדִּבְּרוּ הַשָּׂרִים הָאֵלֶּה בַּעֲבוּר זֶה, וְרָמְזוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל זֶה בַּכָּתוּב (דְּבָרִים לג, ב) ה' מִסִּינַי בָּא וְזָרַח מִשֵּׂעִיר לָמוֹ זֶה שַׂר עֵשָׂו שֶׁנִּתְרַצָּה לִיתֵּן מְאוֹר חַיּוּתוֹ לְיִשְׂרָאֵל הוֹפִיעַ מֵהַר פָּארָן זֶה שַׂר יִשְׁמָעֵאל שֶׁגַּם כֵּן נִתְרַצָּה בְּכָךְ לָכֵן כַּאֲשֶׁר יִשְׂרָאֵל יַעַסְקוּ בַּתּוֹרָה לוֹקְתִים מֵאוֹר חַיּוּת שְׁנֵי שָׂרִים הַנִּזְכָּר וְלָכֵן כְּתִיב בְּיִשְׂרָאֵל (יְשַׁעְיָהוּ ס, טז) וְשֵׁד מְלָכִים תִּינַקֵּי. וְזֶהוּ שֶׁאָמַר כָּל הַלּוֹהֵג בָּהֶן, טוֹעֵם בָּהֶן טַעַם 'בָּשָׂר' ב' ש"ר רוֹצֶה לוֹמַר אוֹר חַיּוּת שֶׁל ב' שָׂרִים דְּאָדֹום וּדְיִשְׁמָעֵאל. אוֹ יוּבָן בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (פְּסָחִים מ:) 'עַם הָאָרֶץ אָסוּר לֶאֱכֹול בָּשָׂר' וּפֵירֵשׁ רַבֵּינוּ זַ"ל הַטַּעַם מִפְּנֵי שֶׁעַם הָאָרֶץ כֵּיוָן שֶׁאֵין לוֹ תּוֹרָה אֵינוֹ יָכוֹל לְבָרֵר מִן הַמַּאֲכָל כְּלוּם וְכֵיוָן דְּבֵירוּר הַבָּשָׂר עוֹלֶה מַדְרֵגָה אַחַת, וְעִם כָּל זֶה אֵינוֹ מְבָרְרוֹ לְכָךְ רָאוּי לְקָנְסוֹ שֶׁלֹּא יֹאכַל בָּשָׂר מַה שֶׁאֵין כֵּן הַצּוֹמֵחַ שֶׁצָּרִיךְ לוֹ שְׁנֵי מַדְרֵגוֹת וִיגִיעָתוֹ מְרֻובֶּה לְכָךְ אֵין לְקָנְסוֹ בָּזֶה לִמְנֹועַ מִמֶּנּוּ הָאֲכִילָה וְכַנִּזְכָּר בְּשַׁעַר טַעֲמֵי הַמִּצְוֹת עַייֵּן שָׁם. וְנִמְצָא לְפִי זֶה אִם עַם הָאָרֶץ הוּא, מוֹנְעִין מִמֶּנּוּ הַבָּשָׂר אֲבָל הָעוֹסֵק בַּתּוֹרָה טוֹעֵם בָּשָׂר מִפְּנֵי שֶׁיָּכוֹל לְבָרֵר בּוֹ. אוֹ יוּבָן בס"ד לִרְמֹוז כִּי עֵסֶק הַתּוֹרָה מְכוֹנָה בְּשֵׁם אֲכִילָה וְהָא דְּדִימָּה אוֹתָהּ לַאֲכִילַת בָּשָׂר לִרְמֹוז כִּי כְּשֶׁהַבָּשָׂר אִם נִתְעַלֵּם מִן הָעַיִן נִפְגַּם וְנֶאֱסַר כֵּן הַתּוֹרָה אֵין רָאוּי שֶׁתִּתְעַלֵּם מֵעֵין הַשֵּׂכֶל שֶׁל הָאָדָם אֲפִילּוּ רֶגַע. אִי נָמֵי נִרְאֶה לִי בס"ד דִּימָּה אוֹתָהּ לְבָשָׂר שֶׁדַּרְכּוֹ לִהְיוֹת נֶאֱכָל בַּלַּיְלָה דִּכְתִיב (שְׁמוֹת טז, יב) בָּעֶרֶב תֹּאכְלוּ בָשָׂר וּבַבֹּקֶר תִּשְׂבְּעוּ לָחֶם. וְאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (יוֹמָא עה:) לִימְּדָה תּוֹרָה דֶּרֶךְ אֶרֶץ שֶׁהָאָדָם יֹאכַל הַבָּשָׂר בַּלַּיְלָה דַּוְקָא. וְכֵן הַתּוֹרָה עִיקַּר גִּרְסָתָהּ בַּלַּיְלָה שֶׁדַּעַת הָאָדָם צָלוּל וְאֵינוֹ טָרוּד בַּעֲסָקָיו וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (עֵירוּבִין סה.) לָא אֶבְרֵי לֵילְיָא אֶלָּא לְגִרְסָא.
"Quiconque les médite, goûte en elles un goût de viande." Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce que le tanna a écrit dans Avot (Michna Avot 3, 5) : "Quiconque accepte sur lui le joug de la Torah, on écarte de lui le joug du royaume." Israël, par le mérite de la Torah, prend le bien des deux princes d'Edom et d'Yichmael. Au moment où Il a donné la Torah à Israël, Il a d'abord dit au prince d'Edom s'il voulait recevoir la Torah pour les fils d'Essav, qui est Edom. Il n'a pas voulu la recevoir, et il a consenti à donner de sa vitalité à Israël afin qu'ils la reçoivent. Il a agi de même envers le prince d'Yichmael. Comme on l'a dit dans le Zohar sur cette affaire, longuement, ce que ces princes ont parle à ce sujet. Nos maîtres l'ont indiqué dans le verset (Devarim 33, 2) : "Hachem est venu du Sinai et a brillé pour eux depuis Seir", c'est le prince d'Essav, qui a consenti à donner de la lumière de sa vitalité à Israël ; "Il a paru depuis le mont Paran", c'est le prince d'Yichmael, qui a consenti lui aussi. Quand Israël s'occupe de Torah, ils prennent de la lumière de la vitalité des deux princes mentionnés. C'est pourquoi il est écrit en Israël (Yechaya 60, 16) : "Tu tèteras le sein des rois." Tel est le sens de "quiconque les médite, goûte en elles un goût de bassar" : bet et char, c'est-à-dire la lumière de la vitalité des deux sarim (princes), celui d'Edom et celui d'Yichmael. Ou bien on peut comprendre, avec l'aide du Ciel, ce que nos maîtres ont dit (Pessahim 49b) : "Il est interdit à un am ha-aretz (homme du commun) de manger de la viande." Notre maître en a expliqué la raison : l'am ha-aretz, puisqu'il n'a pas de Torah, ne peut rien tirer de clair de la nourriture. Le tri de la viande monte d'un degré, et malgré cela il ne la clarifie pas. Il est donc juste de le frapper d'une amende, pour qu'il ne mange pas de viande. Le végétal, lui, demande deux degrés, et la peine est plus grande : on ne le frappe donc pas de cette amende, on ne lui refuse pas cette nourriture, comme il est mentionne dans Chaar taamei ha-mitsvot. Voir là-bas. Il en ressort que si l'on est un am ha-aretz, on lui refuse la viande, tandis que celui qui s'occupe de Torah goûte la viande, parce qu'il peut y faire le tri. Ou bien on peut comprendre, avec l'aide du Ciel, une allusion : l'occupation de la Torah est appelée du nom de repas. Qu'on l'ait comparée à un repas de viande vient indiquer que la viande, si elle est soustraite à l'œil, s'abîme et devient interdite. De même, la Torah ne doit pas être soustraite à l'œil de l'intelligence de l'homme, même un instant. Ou encore, il me semble, avec l'aide du Ciel : il l'a comparée à la viande, dont l'usage est d'être mangée la nuit, car il est écrit (Chemoth 16, 12) : "Le soir vous mangerez de la viande, et le matin vous serez rassasiés de pain." Nos maîtres ont dit (Yoma 75b) : la Torah a enseigné la derekh eretz (conduite), que l'homme mange la viande la nuit seulement. De même pour la Torah : l'essentiel de sa girsa est la nuit, quand l'esprit de l'homme est clair et qu'il n'est pas troublé par ses affaires, comme nos maîtres l'ont dit (Eruvin 65a) : la nuit n'a été créée que pour la girsa.
💡 Explication

Deux créations, deux usages. Rav Yehouda : la nuit est pour la chena (sommeil). Tossefot : comme les nuits courtes du solstice d'été, faites pour dormir. Rech Lakich : la lune est pour la girsa, la répétition à sa lumière.

On loue les enseignements de Rabbi Zeira. Il répond : de-yemama ninhou, ils sont du jour. La clarté du jour aiguise la chemata (enseignement reçu).

14
אֲמַרָה לֵיהּ בַּרְתֵּיהּ דְּרַב חִסְדָּא לְרַב חִסְדָּא: לָא בָּעֵי מָר מֵינַם פֻּורְתָּא? אֲמַר לָהּ: הַשְׁתָּא אָתוּ יוֹמֵי דַּאֲרִיכֵי וְקַטִּינֵי, וְנֵינוּם טוּבָא.

La fille de Rav Hisda dit à Rav Hisda : le maître ne veut-il pas dormir un peu ? Il lui dit : maintenant viennent des jours longs et minces, et nous dormirons beaucoup.

📜 Rachi (2)
יוֹמֵי דַּאֲרִיכֵי יָמִים שֶׁהוּא בַּקֶּבֶר אֲרִיכֵי לִישֹׁן וְקַטִּינֵי לַעֲסֹוק בַּתּוֹרָה וּבַמִּצְוֹת:
Les jours où il est dans la tombe : longs pour dormir, et minces pour s'occuper de Torah et de mitsvot.
וְנֵינוּם טוּבָא וְנִישַׁן הַרְבֵּה:
Et nous dormirons beaucoup.
🪔 Ben Yehoyada (1)
הַשְׁתָּא אָתוּ יוֹמֵי דַּאֲרִיכֵי וְקַטִּינֵי וְנִינָם טוּבָא. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מ"ש רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל דְּאַחַר עִיכּוּל הַבָּשָׂר גַּם הַנֶּפֶשׁ תֵּלֵךְ לְגַן עֵדֶן, וְלֹא יִשָּׁאֵר בַּקֶּבֶר אֶלָּא רַק בְּחִינַת נֶפֶשׁ מִצַּד אֱלֹקִים דְּקַטְנוּת וְזֶה הַנִּקְרָא 'הַבְלָא דְּגָרְמִי' עַיֵּין שָׁם. וְלָכֵן בַּקֶּבֶר לְגַבֵּי הַגּוּף הֵם יוֹמֵי אֲרִיכֵי , שֶׁהוּא מֵעֵת הַפְּטִירָה עַד תְּחִייַּת הַמֵּתִים, וְשָׁם הַנִּיצוֹצוֹת שֶׁל הַנֶּפֶשׁ הַשּׁוֹכְנִים שָׁם הַנִּקְרָאִים בְּשֵׁם 'יַמִּים' כמ"ש בַּזֹּוהַר וּבְדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל עַל הַפָּסוּק (מְלָכִים א' ב, א) וַיִּקְרְבוּ יְמֵי דָוִד לָמוּת, הִנֵּה הֵם קַטִּינֵי כִּי הֵם מִבְּחִינַת הַקְּטַנּוֹת דְּשֵׁם אֱלֹקִים וּלְפִי דִּבְרֵי רַשִׁ"י זַ"ל פֵּירוּשׁ קַטִּינֵי: 'יָבֹא דָּחוּק' וְנִרְאֶה לִי לְקַיֵּים פֵּירוּשׁוֹ עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּכוֹרוֹת לא:) כָּל תַּלְמִיד חָכָם שֶׁאוֹמְרִים שְׁמוּעָה מִפִּיו שִׂפְתוֹתָיו דּוֹבְבוֹת בַּקֶּבֶר שֶׁנֶּאֱמַר (שִׁיר הַשִּׁירִים ז, י) דּוֹבֵב שִׂפְתֵי יְשֵׁנִים. נִמְצָא הֲתַלְמִידֵי חֲכָמִים יְשֵׁנִים בַּקֶּבֶר יָמִים אֲרֻוכִּים עַד זְמַן הַתְּחִיָּה וְיֵשׁ לָהֶם עִתִּים קְטַנִּים שֶׁל הַקָּצֶה שֶׁיָּקִיצוּ מִשְׁנָתָם בְּשָׁעָה שֶׁאוֹמְרִים דְּבַר שְׁמוּעָה מִפִּיהֶם. וּפְשַׁט הַמַּאֲמָר יָבֹא נָכוֹן יוֹתֵר עַל פִּי פֵּירוּשׁ הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל שֶׁהֵם דִּבְּרוּ עִמּוֹ כֵּן בַּקַּיִץ שֶׁהַלֵּילוֹת קְצָרִים שֶׁיָּשֵׁן מְעַט בַּיּוֹם, וְהוּא דָּחָה אוֹתָם בִּדְבָרִים עַל יְמֵי הַחֹורֶף שֶׁהַלֵּילוֹת אֲרֻוכִּים וְהַיָּמִים קְצָרִים וְכַנִּזְכָּר בד"ק.
"Maintenant viennent des jours longs et minces, et nous dormirons beaucoup." Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce qu'a écrit notre maître l'Ari, de mémoire bénie : après la digestion de la chair, la nefech (âme) aussi s'en va au Gan Eden, et il ne reste dans la tombe que l'aspect de nefech du côté du Nom de la katnout (petitesse). C'est ce qu'on appelle havla de-garmei (le souffle des os). Voir là-bas. Dans la tombe, pour le corps, ce sont des jours longs : depuis l'heure du départ jusqu'à la résurrection des morts. Les étincelles de la nefech qui demeurent la, appelées du nom de "jours", comme il est écrit dans le Zohar et dans les paroles de notre maître l'Ari sur le verset (I Rois 2, 1) "Les jours de David approchèrent de la mort", sont minces, car elles sont de l'aspect de la katnout de ce Nom. Selon les paroles de Rachi, de mémoire bénie, le sens de "minces" est : un temps serré viendra. Il me semble maintenir son explication d'après ce que nos maîtres ont dit (Bekhorot 31b) : tout talmid 'hakham (disciple de sage) dont on dit un enseignement de sa bouche, ses lèvres murmurent dans la tombe, car il est dit (Chir ha-chirim 7, 10) : "Il fait murmurer les lèvres de ceux qui dorment." Les disciples des sages dorment donc dans la tombe de longs jours, jusqu'au temps de la résurrection, et ils ont de petits moments, à la lisière, où ils s'éveillent de leur sommeil à l'heure où l'on dit un enseignement de leur bouche. Le sens simple de la parole vient encore mieux selon l'explication du rav Iyoun Yaakov, de mémoire bénie : ils lui parlaient ainsi en été, quand les nuits sont courtes et qu'il dort peu le jour, et il les écartait par des paroles vers les jours d'hiver, où les nuits sont longues et les jours courts, comme il est mentionne là-bas.
💡 Explication

La fille de Rav Hisda lui demande un peu de sommeil. Il répond par les jours longs et minces qui viennent.

Rachi : dans la tombe, les jours sont longs pour dormir, et minces pour la Torah et les mitsvot. On dormira alors beaucoup. Le temps de l'étude est maintenant.

15
אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: אֲנַן פֹּועֲלֵי דִּימָמֵי אֲנַן. רַב אַחָא בַּר יַעֲקֹב יָזֵיף וּפָרַע.

Rav Nahman bar Yitzhak a dit : nous, nous sommes des ouvriers du jour. Rav Aha bar Yaakov empruntait et remboursait.

📜 Rachi (1)
יָזֵיף וּפָרַע הָיָה קוֹבֵעַ לוֹ לְשַׁנּוֹת כָּךְ וְכָךְ פְּרָקִים בַּיּוֹם וְהָיָה רָגִיל לַעֲסֹוק בַּיּוֹם וּפְעָמִים שֶׁהָיָה טָרוּד בִּמְזוֹנוֹתָיו בַּיּוֹם וּפוֹרֵעַ קְבִיעוּת עִתּוֹ בַּלַּיְלָה:
Il se fixait de répéter tant et tant de chapitres par jour. Il avait coutume d'étudier le jour. Parfois il était pris par sa subsistance le jour, et il payait la nuit le temps qu'il s'était fixé.
💡 Explication

Rav Nahman bar Yitzhak : les disciples sont des poalei de-yemama, des ouvriers de jour. Leur étude se fait le jour.

Rav Aha bar Yaakov yazif ou-parea : il emprunte le temps du jour à la nuit, et il le rend. Rachi : s'il est pris par sa parnassa (subsistance), il paie la nuit la keviout (temps fixé) du jour.

16
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: הַבָּא מִן הַדֶּרֶךְ, אַל יִתְפַּלֵּל שְׁלֹשָׁה יָמִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וָאֶקְבְּצֵם אֶל הַנָּהָר הַבָּא אֶל אַחֲוָא וַנַּחֲנֶה שָׁם יָמִים שְׁלֹשָׁה וָאָבִינָה בָּעָם וְגוֹ׳״.

Rabbi Elazar a dit : celui qui vient du chemin ne priera pas pendant trois jours, car il est dit : "Je les rassemblai vers le fleuve qui vient vers Ahava, nous campâmes la trois jours, et je discernai dans le peuple", etc.

📜 Rachi (2)
אַל יִתְפַּלֵּל ג' יָמִים שֶׁאֵין דַּעְתּוֹ מְיֻושֶּׁבֶת עָלָיו מִפְּנֵי טֹורַח הַדֶּרֶךְ:
Car son esprit n'est pas posé sur lui, à cause de la peine du chemin.
וַנַּחֲנֶה שָׁם יָמִים שְׁלֹשָׁה וַהֲדַר וָאָבִינָה מִכְּלָל דְּעַד הַשְׁתָּא לָא הָוְיָא בִּינָה:
Et ensuite : "je discernai". On en déduit que jusque-là il n'y avait pas de discernement.
🪔 Ben Yehoyada (1)
פּוֹעֲלֵי דִּימָמָא אֲנַן. נִרְאֶה לִי וַדַּאי הָיָה עוֹסֵק בַּתּוֹרָה בַּלֵּילוֹת גַּם כֵּן, אַךְ כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר לְפִי הַמֶּזֶג שֶׁלָּנוּ שֶׁהוּא חָלוּשׁ הַרְבֵּה אֵין אֲנַחְנוּ יְכוֹלִים לַעֲסֹוק בְּיִשּׁוּב אֶלָּא בַּיּוֹם, וְנִמְצָא עֲסָקֵינוּ בַּלֵּילוֹת גַּם כֵּן הָוֵי הַעְדָּפָה עַל יְדֵי הַדְּחָק שֶׁהַשָּׂכָר גָּדוֹל בְּיוֹתֵר. וּמַה שֶׁאָמַר הַבָּא בַּדֶּרֶךְ אַל יִתְפַּלֵּל שְׁלֹשָׁה יָמִים וְכֵן אַבֹּוהַּ דִּשְׁמוּאֵל, כָּל זֶה הוּא עַל תְּפִלַּת נְדָבָה שֶׁהָיוּ נוֹהֲגִים בָּהּ הַרְבֵּה בִּזְמַן הָרִאשׁוֹנִים, אֲבָל שֶׁל חוֹבָה הָיוּ מִתְפַּלְּלִים בְּכָל זְמַן.
"Nous sommes des ouvriers du jour." Il me semble qu'il s'occupait certes de Torah la nuit aussi. Son intention est de dire : selon notre tempérament, qui est très faible, nous ne pouvons nous occuper avec l'esprit posé que le jour. Dès lors, notre occupation des nuits est elle aussi un surplus obtenu par la contrainte, dont la récompense est très grande. Ce qu'il a dit : celui qui vient du chemin ne priera pas pendant trois jours, et de même le père de Chmouel, tout cela porte sur la prière de nedava, dont les premiers avaient beaucoup l'usage. La prière d'obligation, ils la disaient en tout temps.
💡 Explication

Rabbi Elazar : au retour du derekh (chemin), on ne prie pas pendant trois jours. Rachi : la peine du voyage laisse l'esprit sans assise.

Le verset (Ezra 8, 15) : ils campent trois jours pres du fleuve d'Ahava, et c'est ensuite qu'Ezra dit "je discernai". Jusque-la, pas de bina (discernement). La prière demande cette bina.

17
אַבֹּוהַּ דִּשְׁמוּאֵל, כִּי אָתֵי בְּאוֹרְחָא, לָא מְצַלֵּי תְּלָתָא יוֹמֵי. שְׁמוּאֵל לָא מְצַלֵּי בְּבֵיתָא דְּאִית בֵּיהּ שִׁיכְרָא. רַב פָּפָּא לָא מְצַלֵּי בְּבֵיתָא דְּאִית בֵּיהּ הַרְסָנָא.

Le père de Chmouel, quand il revenait du chemin, ne priait pas pendant trois jours. Chmouel ne priait pas dans une maison où il y avait du chekhar.

Rav Pappa ne priait pas dans une maison où il y avait du harsana.

📜 Rachi (2)
דְּאִית בֵּיהּ שִׁיכְרָא רֵיחַ הַשָּׂכָר מְשַׁכַּרְתּוֹ:
L'odeur du chekhar l'enivre.
דְּאִית בֵּיהּ הַרְסָנָא מִשּׁוּם רֵיחָא:
À cause de l'odeur.
💡 Explication

Trois conduites. Le père de Chmouel met en pratique les trois jours de Rabbi Elazar.

Chmouel ne prie pas la où se trouve du chekhar (boisson fermentée) : Rachi, l'odeur enivre. Rav Pappa ne prie pas la où se trouve du harsana (mets de petits poissons) : Rachi, à cause de l'odeur.

🖼️ Schéma
Ce qui empêche la clarté Prière, horaa, étude : l'esprit doit être pose Ne pas prier Ne pas juger Étude troublée Esprit non pose. Colère. 3 jours après le chemin. Odeur de chekhar. Odeur de harsana. Mar Oukva, jour de vent du sud, ne sort pas au beit din. Halakha : clarté du vent du nord. Koutah, piqûre de pou. Vêtement use.
L'esprit posé manque dans la colère, sous le vent du sud, au retour du chemin, et dès qu'une odeur de chekhar ou de harsana trouble la prière.
18
אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: כָּל הַמִּתְפַּתֶּה בְּיֵינוֹ — יֵשׁ בּוֹ מִדַּעַת קוֹנוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיָּרַח ה׳ אֶת רֵיחַ הַנִּיחֹוחַ וְגוֹ׳״.

Rabbi Hanina a dit : quiconque se laisse fléchir par son vin a en lui quelque chose de la connaissance de son Créateur, car il est dit : "Hachem sentit l'odeur agréable", etc.

📜 Rachi (2)
הַמִּתְפַּתֶּה בְּיַיִן שֶׁמְּפַייְּסִין אוֹתוֹ עַל דְּבַר וּמִתְרַצֶּה כְּשֶׁטּוֹב לִבּוֹ בְּיַיִן:
On l'apaise au sujet d'une chose, et il consent quand son cœur est bon dans le vin.
רֵיחַ הַנִּיחוֹחַ וַאֲמָרָן לְעֵיל דְּרֵיחָא דֻּומְיָא דְּמִשְׁתְּייָא הוּא וּכְתִיב וַיֹּאמֶר אֶל לִבּוֹ לֹא אֹוסִיף וְגוֹ' דְּאִירַצַּי:
On a dit plus haut que l'odeur est semblable à la boisson. Et il est écrit : "Il dit en son cœur : je ne continuerai plus", etc., car Il a consenti.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הַמִּתְפַּתֶּה בְּיֵינוֹ, יֵשׁ בּוֹ מִדַּעַת קוֹנוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר (בְּרֵאשִׁית ח, כא) וַיָּרַח ה' אֶת רֵיחַ הַנִּיחֹחַ וְכוּ'. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי זֶה כְּלָל יָדוּעַ שֶׁאֵין הַגְּבוּרוֹת מִתְמַתְּקִים אֶלָּא בְּשָׁורְשָׁן שֶׁהַגְּבוּרָה מִתְמַתֵּק בְּדָבָר שֶׁשָּׁרְשׁוֹ גְּבוּרָה וְהוּא כִּי הַכַּעַס וְהָרֹוגֶז שֶׁל מַעְלָה יוֹצֵא מִמִּדַּת הַגְּבוּרָה וְהִנֵּה בְּרֵיחַ הַנִּיחֹחַ שֶׁל הַקָּרְבָּן הַנַּעֲשֶׂה מִכֹּחַ הָאֵשׁ שֶׁשָּׁרְשׁוֹ גְּבוּרָה יִתְמַתֵּק הָרֹוגֶז הַיּוֹצֵא מִמִּדַּת הַגְּבוּרָה וְיִתְהַפֵּךְ לְרָצוֹן. וְכֵן הָעִנְיָן בַּתַּחְתּוֹנִים שֶׁהָאָדָם הוּא מֻורְכָּב מִמִּידַּת הַחֶסֶד וּמִידַּת הַגְּבוּרָה, כִּי שְׁתֵּי מִדּוֹת אֵלּוּ יֶשְׁנָם בְּמִזְגּוֹ, וְהַכַּעַס וְהָרֹוגֶז שֶׁבּוֹ הֵם יוֹצְאִים מֵחֵלֶק מִדַּת הַגְּבוּרָה שֶׁבּוֹ, וְהִנֵּה תִּמְצָא שֶׁזֶּה הַכַּעַס וְהָרֹוגֶז שֶׁבּוֹ יִתְמַתֵּק וְיִתְהַפֵּךְ לְרָצוֹן עַל יְדֵי שְׁתִייַּת הַיַּיִן שֶׁשָּׁרְשׁוֹ גְּבוּרָה, דְּלָכֵן יוֹצֵא מִן ה עֲנָבִים [172] שֶׁהֵם מִסֵּפֶר ב' שְׁמוֹת אֱלֹקִים [86×2=172] שֶׁהֵם דִּין בְּסוֹד (בְּרֵאשִׁית כו, ה) 'עֵקֶב' [172] אֲשֶׁר שָׁמַע אַבְרָהָם בְּקֹלִי. וּלְכָךְ הַיַּיִן צָרִיךְ לוֹ מְזִיגָה בְּמַיִם שֶׁהֵם חֶסֶד, וְלָכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (זֹוהַר בָּלָק דַּף קפט.) וַיָּבֵא לוֹ יַיִן וַיֵּשְׁתְּ (בְּרֵאשִׁית כז, כה) דַּאֲרַמִּי לֵיהּ מַיָּיא בְּייֵנֶא וְאִם לָאו לָא הֲוָה יְכִיל לְמִסְבַּל. וְזֶהוּ שֶׁאָמַר כָּל הַמִּתְפַּתֶּה בְּיֵינוֹ דְּהַיְינוּ שֶׁיּוּסַר מִמֶּנּוּ כַּעֲסוֹ וְרָגְזוּ בְּפִיּוּס שֶׁמִּתְפַּיֵּיס עַל יְדֵי שְׁתִייָּתוֹ הַיַּיִן שֶׁשָּׁרְשׁוֹ גְּבוּרָה, הִנֵּה זֶה יֵשׁ בּוֹ מִדַּעַת קוֹנוֹ רְצוֹנוֹ לוֹמַר דֻּוגְמָה שֶׁל מַעְלָה, שֶׁכָּךְ גָּזַר הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ בַּמִּידּוֹת הָעֶלְיוֹנִים בְּעוֹלָמוֹת הָעֶלְיוֹנִים שֶׁמִּדַּת הַגְּבוּרָה הָעֶלְיוֹנָה תִּתְמַתֵּק עַל יְדֵי רֵיחַ הַקָּרְבָּן הָעוֹלֶה מִכֹּחַ הָאֵשׁ שֶׁהוּא גְּבוּרָה דִּכְתִיב (שָׁם) וַיָּרַח ה' אֶת רֵיחַ הַנִּיחֹחַ וְכוּ'. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד אִם יְבַקְּשׁוּ מֵאָדָם אֵיזֶה דָּבָר וְלֹא רָצָה לַעֲשׂוֹתוֹ, אַךְ אַחַר שֶׁשָּׁתָה יַיִן וְשָׂמַח נִתְרַצָּה לַעֲשׂוֹתוֹ, הִנֵּה בָּזֶה נִרְאֶה כְּאִלּוּ נָתְנוּ לוֹ מָמוֹן אוֹ אֵיזֶה הֲנָאָה וְנִתְפַּיֵּיס וְנִתְרַצָּה לַעֲשׂוֹת אוֹתוֹ דָּבָר, וּבֶאֱמֶת הוּא לֹא קִבֵּל מֵהֶם הֲנָאָה שֶׁל כְּלוּם רַק מֵרֹוב הַשִּׂמְחָה שֶׁהָיָה לוֹ בַּיַּיִן נִתְרַצָּה, וְלָכֵן נִמְצָא דָּבָר זֶה הוּא מֵעֵין דֻּוגְמָה לְמַה שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (שָׁם) וַיָּרַח ה' אֶת רֵיחַ הַנִּיחֹחַ וַיֹּאמֶר אֶל לִבּוֹ לֹא אֹסִף וְכוּ', שֶׁנִּתְרַצָּה עַל יְדֵי רֵיחַ הַנִּיחֹחַ דְּנִרְאֶה בָּזֶה כְּאִלּוּ הִגִּיעַ לוֹ כִּבְיָכוֹל הֲנָאָה מֵרֵיחַ הֲנֵחוּח, וּבֶאֱמֶת לֹא יֵשׁ הֲנָאָה לְפָנָיו יִתְבָּרֵךְ, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים ג, יג) הַאוֹכַל בְּשַׂר אַבִּירִים וְדַם עַתּוּדִים אֶשְׁתֶּה, אֶלָּא הוּא יִתְבָּרֵךְ הֶרְאָה לָאָדָם כְּאִלּוּ יֵשׁ הֲנָאָה לְמַעְלָה מִן הַקָּרְבָּן דִּלְכָךְ תָּלָה הָרָצוֹן וְגִילּוּי הָרַחֲמִים בְּרֵיחַ הַנִּיחֹחַ. וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּרֵאשִׁית רַבָּה מד, א) דְּמֶה הֶפְרֵשׁ יֵשׁ אֶצְלוֹ יִתְבָּרֵךְ בֵּין אִם שׁוֹחֵט הָאָדָם אֶת הַבְּהֵמָה מִן הַצַּוָּאר לְבֵין שׁוֹחֲטָהּ מִן הָעֹורֶף?! וְהָא דְּאָמַר בְּיֵינוֹ וְלֹא אָמַר 'בְּיַיִן' נִרְאֶה לִי בְּיֵינוֹ רְצוֹנוֹ לוֹמַר שִׁיעוּר הָרָאוּי לוֹ כְּפִי מִזְגּוֹ וְכוֹחוֹ, מַה שֶׁאֵין כֵּן הַשּׁוֹתֶה יוֹתֵר מִן הָרָאוּי לוֹ, שֶׁאָז הוּא מִתְפַּתָּה לַעֲשׂוֹת הֵפֶךְ רְצוֹנוֹ מֵחֲמַת שֶׁנִּשְׁתַּנָּה דַּעְתּוֹ, שֶׁלֹּא נִשְׁאַר בּוֹ דַּעַת לְהַבְחִין בֵּין טוֹב לְרַע וּבֵין הֵן לְלָאו מֵחֲמַת שֶׁנִּשְׁתַּכֵּר מְאֹד, אֵין זֶה בִּכְלַל הַשֶּׁבַח הָאָמוּר כָּאן.
"Quiconque se laisse fléchir par son vin a en lui quelque chose de la connaissance de son Créateur", car il est dit (Bereschit 8, 21) : "Hachem sentit l'odeur agréable", etc. Il me semble, avec l'aide du Ciel : c'est une règle connue, les guevourot (rigueurs) ne s'adoucissent que dans leur racine. La rigueur s'adoucit par une chose dont la racine est rigueur. La colère et l'irritation d'en haut sortent de la mida de la guevoura. Dans l'odeur agréable du korban (offrande), faite par la force du feu dont la racine est la guevoura, s'adoucit l'irritation qui sort de la mida de la guevoura, et elle se change en ratzon (bon vouloir). Il en va de même en bas. L'homme est composé de la mida du 'hessed et de la mida de la guevoura, car ces deux mesures sont dans son tempérament. La colère et l'irritation qui sont en lui sortent de la part de guevoura qui est en lui. Cette colère et cette irritation s'adoucissent et se changent en ratzon par la boisson du vin, dont la racine est la guevoura. C'est pourquoi il sort des anavim (raisins), dont le compte est 172, soit deux fois le compte de 86, et ce sont le din, dans le sod de (Bereschit 26, 5) "ekev" (172), "parce qu'Avraham a écouté Ma voix". Le vin a donc besoin d'être coupé avec de l'eau, qui est 'hessed. C'est pourquoi nos maîtres ont dit (Zohar Balak 189a) sur "Il lui apporta du vin et il but" (Bereschit 27, 25) : il y avait jeté de l'eau dans le vin, sinon il n'aurait pas pu le supporter. Tel est le sens de "quiconque se laisse fléchir par son vin" : sa colère et son irritation lui sont retirées par l'apaisement qu'il reçoit en buvant le vin, dont la racine est la guevoura. Celui-là a en lui quelque chose de la connaissance de son Créateur, c'est-à-dire un modèle de ce qui est en haut. Ainsi le Nom béni l'a décrété dans les midot d'en haut, dans les mondes d'en haut : la mida de la guevoura d'en haut s'adoucit par l'odeur du korban qui monte par la force du feu, qui est guevoura, comme il est écrit : "Hachem sentit l'odeur agréable", etc. Encore, il me semble, avec l'aide du Ciel : si l'on demande à un homme une chose et qu'il n'a pas voulu la faire, mais qu'après avoir bu du vin et s'être réjoui il consent à la faire, il apparaît par là comme si on lui avait donné de l'argent ou quelque avantage, et qu'il s'est apaisé et a consenti à faire cette chose. En vérité, il n'a reçu d'eux aucun avantage. C'est seulement à cause de la grande joie qu'il avait dans le vin qu'il a consenti. Cette affaire est donc dans le genre du modèle de ce que dit le verset : "Hachem sentit l'odeur agréable et Il dit en son cœur : je ne continuerai plus", etc. Il a consenti par l'odeur agréable. Il apparaît par là comme si, si l'on peut dire, un avantage Lui était parvenu de l'odeur agréable. En vérité, il n'y a pas d'avantage devant Lui, béni soit-Il, comme il est dit (Tehilim 50, 13) : "Est-ce que Je mange la chair des puissants, et le sang des boucs, est-ce que Je le bois ?" Lui, béni soit-Il, a montré à l'homme comme s'il y avait un avantage en haut venant du korban. C'est pourquoi Il a suspendu le ratzon et la révélation de la miséricorde à l'odeur agréable. Dans le même genre, nos maîtres ont dit (Bereschit Rabba 44, 1) : quelle différence y a-t-il devant Lui, béni soit-Il, entre le cas où l'homme abat la bête par le cou et le cas où il l'abat par la nuque ? Qu'il ait dit "par son vin" et qu'il n'ait pas dit "par le vin", il me semble : "par son vin" veut dire la mesure qui lui convient, selon son tempérament et sa force. Celui qui boit plus que ce qui lui convient, et qui se laisse alors fléchir à faire le contraire de sa volonté parce que son esprit a changé, qu'il ne lui reste plus de connaissance pour distinguer le bien du mal, le oui du non, parce qu'il s'est beaucoup enivré, celui-là n'entre pas dans l'éloge dit ici.
💡 Explication

Mitpateh be-yeino : on l'apaise, et il consent quand le vin lui a rendu le cœur bon. Rachi le dit ainsi.

Le verset (Bereschit 8, 21) : Hachem sent l'odeur agréable, puis dit en son cœur qu'Il ne maudira plus le sol. Rachi rappelle ce qui a été dit plus haut : l'odeur agit comme la boisson. Celui que son vin fléchit a donc en lui quelque chose de la daat (connaissance) de son Créateur.

19
אָמַר רַבִּי חַיָּיא: כָּל הַמִּתְייַשֵּׁב בְּיֵינוֹ — יֵשׁ בּוֹ דַּעַת שִׁבְעִים זְקֵנִים. ״יַיִן״ נִיתַּן בְּשִׁבְעִים אוֹתִיּוֹת, וְ״סוֹד״ נִיתַּן בְּשִׁבְעִים אוֹתִיּוֹת. נִכְנַס יַיִן — יָצָא סוֹד.

Rabbi Hiya a dit : quiconque reste posé dans son vin a en lui la connaissance de soixante-dix anciens. "Vin" a été donné en soixante-dix lettres, et "secret" a été donné en soixante-dix lettres.

Le vin entre, le secret sort.

📜 Rachi (3)
הַמִּתְייַשֵּׁב בְּיֵינוֹ שֶׁשּׁוֹתֶה יַיִן וְאֵין דַּעְתּוֹ מִטְּרֵפָתוֹ:
Il boit du vin et son esprit ne le bouleverse pas.
נִיתַּן בְּשִׁבְעִים אוֹתִיּוֹת כָּךְ חֶשְׁבּוֹנוֹ בְּגֵימַטְרְיָא:
Tel est son compte en guematria.
יָצָא סוֹד וְזֶה הוֹאִיל וְלֹא יָצָא סוֹדוֹ שָׁקוּל הוּא כְּסַנְהֶדְרִין שֶׁל ע':
Et celui-ci, puisque son secret n'est pas sorti, équivaut à un sanhedrin de soixante-dix.
💡 Explication

Rabbi Hiya parle de celui qui boit et dont l'esprit reste posé. Yayin : yod, yod, noun, soit 10 + 10 + 50 = 70. Sod : samekh, vav, dalet, soit 60 + 6 + 4 = 70.

D'ordinaire, nikhnas yayin, yatsa sod : le vin entre, le secret sort. Celui dont le secret ne sort pas est à la mesure d'un sanhedrin de soixante-dix anciens. Rachi le dit ainsi.

🖼️ Schéma
Vin et secret Rabbi Hiya : même compte, conduite opposée Yayin yod + yod + noun = 70 = Sod samekh + vav + dalet = 70 70 anciens du sanhedrin Le vin entre : le secret sort. Cas ordinaire. Il reste posé : son secret ne sort pas. Il équivaut aux 70.
Yayin et sod comptent tous deux 70. Le vin fait d'ordinaire sortir le secret. Celui qui reste posé équivaut aux soixante-dix anciens.
20
אָמַר רַבִּי חֻנַיְן: לֹא נִבְרָא יַיִן אֶלָּא לְנַחֵם אֲבֵלִים וּלְשַׁלֵּם שָׂכָר לָרְשָׁעִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״תְּנוּ שֵׁכָר לְאוֹבֵד וְגוֹ׳״.

Rabbi Hanin a dit : le vin n'a été créé que pour consoler les endeuillés et pour payer un salaire aux méchants, car il est dit : "Donnez une boisson forte à celui qui se perd", etc.

📜 Rachi (2)
לְשַׁלֵּם בּוֹ שָׂכָר לָרְשָׁעִים שֶׁשּׁוֹתִין וּשְׂמֵחִין וּמְקַבְּלִין עוֹלָמָן בְּחַיֵּיהֶם:
Ils boivent, ils se réjouissent, et ils reçoivent leur monde de leur vivant.
לְאוֹבֵד רָשָׁע:
Un méchant.
💡 Explication

Rabbi Hanin donne au vin deux emplois. Consoler les avelim (endeuillés). Payer les reshaim (méchants) : Rachi, ils boivent, se réjouissent, et reçoivent leur monde dans cette vie.

Le verset (Michlei 31, 6) : "Donnez du chekhar à celui qui se perd." Rachi : oved, celui qui se perd, c'est le méchant. La suite du verset, hors de la citation, parle aussi de l'âme amère, que l'on comprend des endeuillés.

21
אָמַר רַבִּי חָנִין בַּר פָּפָּא: כָּל שֶׁאֵין יַיִן נִשְׁפָּךְ בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ כַּמַּיִם — אֵינוֹ בִּכְלַל בְּרָכָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבֵרַךְ אֶת לַחְמְךָ וְאֶת מֵימֶיךָ״. מַה לֶחֶם שֶׁנִּיקָּח בְּכֶסֶף מַעֲשֵׂר — אַף מַיִם שֶׁנִּיקָּח בְּכֶסֶף מַעֲשֵׂר, וּמַאי נִיהוּ — יַיִן, וְקָא קָרֵי לֵיהּ מַיִם.

Rabbi Hanin bar Papa a dit : quiconque n'a pas de vin répandu dans sa maison comme de l'eau n'entre pas dans la bénédiction, car il est dit : "Il bénira ton pain et ton eau." De même que le pain s'achète avec l'argent de la dîme, de même l'eau dont il s'agit s'achète avec l'argent de la dîme. Qu'est-ce ?

Le vin. Et il l'appelle eau.

📜 Rachi (2)
אֵינוֹ בִּכְלַל הַבְּרָכָה לֹא הִגִּיעַ לְסוֹף בְּרָכָה גְּמוּרָה וַאֲפִילּוּ הוּא עָשִׁיר בִּדְבָרִים אֲחֵרִים:
Il n'est pas arrivé au terme d'une bénédiction entière, même s'il est riche en d'autres choses.
שֶׁנִּיקַּח בְּכֶסֶף מַעֲשֵׂר שֶׁמֻּותָּר לְלוֹקְחוֹ בְּכֶסֶף מע"ש בִּירוּשָׁלַיִם הַכֹּל נִיקָּח בְּכֶסֶף מַעֲשֵׂר חוּץ מִן הַמַּיִם וּמֶלַח בְּפֶרֶק בַּכֹּל מְעָרְבִין (לְעֵיל עֵירוּבִין דַּף כו:):
Il est permis de l'acheter avec l'argent du maaser cheni à Jérusalem. Tout s'achète avec l'argent de la dîme, sauf l'eau et le sel, dans le chapitre Be-khol mearvin (plus haut, Eruvin 26b).
🗂️ Tossefot (1)
וְקָרֵי לֵיהּ בִּלְשׁוֹן מַיִם פְּשָׁטָא דִּקְרָא מַיִם מַמָּשׁ דִּכְתִיב בְּסֵיפֵיהּ דִּקְרָא וַהֲסִירוֹתִי מַחֲלָה מִקִּרְבֶּךָ ע"י שֶׁיְּבָרֵךְ הַמַּיִם כִּדְאַשְׁכְּחַן גַּבֵּי רְפוּאוֹת מֵי מָרָה כָּל הַמַּחֲלָה אֲשֶׁר שַׂמְתִּי בְמִצְרַיִם לֹא אָשִׂים עָלֶיךָ וּכְתִיב נָמֵי (מְלָכִים ב ב׳:כ״א) רִפֵּאתִי לַמַּיִם הָאֵלֶּה:
Le sens simple du verset est l'eau véritable, car il est écrit à la fin du verset : "J'écarterai la maladie du milieu de toi", par le fait qu'Il bénit l'eau. On le trouve pour les guérisons des eaux de Mara : "Toute la maladie que J'ai mise en Égypte, Je ne la mettrai pas sur toi." Il est écrit aussi (II Rois 2, 21) : "J'ai guéri ces eaux."
🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל שֶׁאֵין יַיִן נִשְׁפָּךְ בַּבַּיִת כַּמַּיִם, אֵינוֹ בִּכְלַל בְּרָכָה. נִרְאֶה לִי בס"ד יֵשׁ אָדָם שׁוֹתֶה יַיִן מְעַט כְּפִי שִׁיעוּר כּוֹחוֹ שֶׁאֵינוֹ מִשְׂתַּכֵּר בּוֹ, וְזֶה תִּמְצְאוּ סוֹף שְׁתִיָּה כִּתְחִלַּת שְׁתִיָּה שֶׁאֵינוֹ מִשְׁתַּנֶּה כְּלָל וְאֵינוֹ נִיכָּר שֶׁשָּׁתָה יַיִן, הִנֵּה שְׁתִייַּת יַיִן כָּזֹאת הִיא בִּכְלַל הַבְּרָכָה, אֲבָל יֵשׁ אָדָם שֶׁשּׁוֹתֶה יוֹתֵר מִדַּאי עַד שֶׁמִּשְׂתַּכֵּר וּמִשְׁתַּנֶּה, דְּסוֹף שְׁתִיָּה אֵינוֹ כִּתְחִלַּת שְׁתִיָּה אֵין זֶה בִּכְלַל בְּרָכָה. וְהִנֵּה אוֹתִיּוֹת יַיִן אֵינָם נִקְרָאִים מִסֵּיפָא לְרֵישָׁא כְּמוֹ שֶׁנִּקְרָאִים מֵרֵישָׁא לְסֵיפָא, אֲבָל אוֹתִיּוֹת מַיִם שֶׁזֶּה הַסּוֹף עִם הָרֹאשׁ דְּנִקְרָאִים מִסֵּיפָא לְרֵישָׁא כְּמוֹ שֶׁנִּקְרָאִים מֵרֵישָׁא לְסֵיפָא, וְיָדוּעַ שֶׁגּוּפוֹ שֶׁל אָדָם נִקְרָא בֵּית , וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר בְּקֹהֶלֶת (קֹהֶלֶת יב, ג) עַד אֲשֶׁר לֹא יָזֻעוּ שִׁמְרֵי הַבַּיִת. וְזֶהוּ שֶׁאָמַר כָּל שֶׁאֵין יַיִן נִשְׁפָּךְ בַּבַּיִת רְצוֹנוֹ לוֹמַר בְּגוּף הָאָדָם כַּמַּיִם כְּלוֹמַר בְּדֻוגְמַת אוֹתִיּוֹת מַיִם שֶׁהֵם שָׁוִים הַסּוֹף עִם הָרֹאשׁ שֶׁנִּקְרָאִים מַיִם מִסֵּיפָא לְרֵישָׁא, כֵּן הוּא לֹא יִשְׁפֹּוךְ בְּבִטְנוֹ יַיִן שִׁיעוּר רַב אֲשֶׁר יִשְׁתַּנֶּה סוֹף הַשְּׁתִיָּה מִתְּחִלַּת הַשְּׁתִיָּה אֵינוֹ בִּכְלַל הַבְּרָכָה . אוֹ יוּבָן בס"ד אוֹמְרוֹ 'כַּמַּיִם' כִּי אוֹתִיּוֹת מַיִם תּוֹכָם שֶׁהוּא מִילּוֹאָם שָׁוֶה מַמָּשׁ עִם מִסְפַּר פְּשׁוּטָם הַגָּלוּי, מַה שֶׁאֵין כֵּן אוֹתִיּוֹת יַיִן מְלוֹאָם יִשְׁתַּנֶּה שֶׁיֵּשׁ בּוֹ תּוֹסֶפֶת וָא"ו, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ הַמְפָרְשִׁים עַל מִדְרַשׁ פְּלִיאָה כַּמַּיִם הַפָּנִים לְפָנִים (מִשְׁלֵי כז, יט) לָמָּה מַיִם וְלֹא יַיִן מִפְּנֵי הַוָּא"ו שֶׁבֵּנְתַיִם, וְכֵן אִם הַשּׁוֹתֶה אֵינוֹ מִשְׁתַּנֶּה תּוֹכוֹ עַל מַה שֶּׁהָיָה נִרְאֶה בְּגָלוּי שֶׁלּוֹ הֲרֵי זֶה בִּכְלַל בְּרָכָה, וְאִם יִשְׁתַּנֶּה הֵפֶךְ מִן הַגִּילּוּי עַל יְדֵי שְׁתִייַּת הַיַּיִן אֵין זֶה בִּכְלַל בְּרָכָה. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ נִשְׁפַּךְ כַּמַּיִם , הַייְנוּ כְּמוֹ הַמַּיִם שֶׁאֵין אָדָם רוֹצֶה לִשְׁתּוֹת יוֹתֵר מִכְּדֵי רִוּוּי צִמְאוֹנוֹ אֶלָּא שׁוֹתֶה כְּדֵי הַצֹּורֶךְ דַּוְקָא, כֵּן הוּא אֵינוֹ שׁוֹפֵךְ בְּבִטְנוֹ יַיִן מְרֻובֶּה יוֹתֵר מִשִּׁיעוּר הָרָאוּי לוֹ. וְנִרְאֶה לִי בס"ד אוֹתִיּוֹת יַיִן בְּמִילּוֹאָם עוֹלִים מִסְפַּר קמ"ו [146] וְעִם מִסְפַּר מַיִם [90] עִם הַכּוֹלֵל שֶׁהוּא צ"א הֲרֵי רל"ז [237] כְּמִנְיַן הַבְּרָכָה [232] עִם הָאוֹתִיּוֹת [5] . גַּם נִרְאֶה לִי בס"ד יַיִן מִסְפַּר ע' ו' מַיִם ' מִסְפַּר צ' הֲרֵי ק"ס וְעִם מִסְפַּר חַיִּים [68] הֲרֵי רכ"ח [228] כְּמִנְיַן בְּרָכָה עִם הַכּוֹלֵל, וְלָכֵן קֹודֶם שְׁתִיָּה אוֹמֵר 'סָבְרִי מָרָנָן' וְעוֹנִים 'לְחַיִּים' כִּי בְּעֵת שֶׁשּׁוֹתֶה כְּבָר נִמְזַג הַיַּיִן בְּמַיִם וְנַעֲשֶׂה מִסֵּפֶר ק"ס [160] , וְלָכֵן מְצָרְפִים עִמּוֹ מִסְפַּר חַיִּים כְּדֵי שֶׁיַּעֲלֶה כְּמִנְיַן בְּרָכָה, וְאָז יְבָרֵךְ וְיִשְׁתֶּה שֶׁנַּעֲשָׂה בִּכְלַל בְּרָכָה.
"Quiconque n'a pas de vin répandu dans la maison comme de l'eau n'entre pas dans la bénédiction." Il me semble, avec l'aide du Ciel : il y a un homme qui boit un peu de vin, selon la mesure de sa force, et qui ne s'enivre pas. Chez lui, la fin de la boisson est comme le début de la boisson : il ne change en rien, et l'on ne remarque pas qu'il a bu du vin. Une telle boisson de vin entre dans la bénédiction. Il y a un homme qui boit plus qu'il ne faut, jusqu'à s'enivrer et à changer : la fin de la boisson n'est plus comme le début. Celui-là n'entre pas dans la bénédiction. Les lettres de yayin ne se lisent pas de la fin vers le début comme elles se lisent du début vers la fin. Les lettres de mayim, elles, ont la fin pareille au début : elles se lisent de la fin vers le début comme du début vers la fin. On sait que le corps de l'homme est appelé maison, comme il est dit dans Kohelet (Kohelet 12, 3) : "Jusqu'à ce que tremblent les gardiennes de la maison." Tel est le sens de "quiconque n'a pas de vin répandu dans la maison", c'est-à-dire dans le corps de l'homme, "comme de l'eau" : à la ressemblance des lettres de mayim, dont la fin est égale au début, puisqu'on lit mayim de la fin vers le début. Ainsi, il ne répand pas dans son ventre une grande mesure de vin, au point que la fin de la boisson change par rapport au début : celui-là n'entre pas dans la bénédiction. Ou bien on peut comprendre, avec l'aide du Ciel, le mot "comme de l'eau". Les lettres de mayim, leur intérieur, c'est-à-dire leur miloui, est exactement égal au compte de leur forme simple et visible. Les lettres de yayin, leur miloui change : il y a un vav en plus. Comme les commentateurs l'ont dit sur le midrach pele (midrach étonnant) : "Comme l'eau, le visage répond au visage" (Michlei 27, 19). Pourquoi l'eau, et non le vin ? À cause du vav qui est au milieu. De même, si celui qui boit ne change pas à l'intérieur par rapport à ce qui était visible au-dehors, il entre dans la bénédiction. S'il change, à l'oppose de ce qui était visible, par la boisson du vin, il n'entre pas dans la bénédiction. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, le mot "répandu comme de l'eau". C'est comme l'eau : l'homme ne veut pas boire plus que de quoi rassasier sa soif, il boit selon le besoin seulement. Ainsi, il ne répand pas dans son ventre plus de vin que la mesure qui lui convient. Il me semble, avec l'aide du Ciel : les lettres de yayin dans leur miloui montent au compte de 146. Avec le compte de mayim, 90, et le kolel (l'unité du mot), qui est 91, on a 237, comme le compte de ha-berakha, 232, avec les lettres, 5. Il me semble aussi, avec l'aide du Ciel : yayin compte 70, mayim compte 90, ce qui fait 160, et avec le compte de 'hayim, 68, on a 228, comme le compte de berakha avec le kolel. C'est pourquoi, avant de boire, on dit "savri maranan" (votre attention, messieurs), et l'on répond "le-'hayim" (à la vie). Au moment où l'on boit, le vin est déjà coupe d'eau, et le compte est devenu 160. On lui joint donc le compte de 'hayim, afin que cela monte comme le compte de berakha. Alors on bénit et l'on boit, et l'on entre dans la bénédiction.
💡 Explication

Rabbi Hanin bar Papa : le vin qui coule dans la maison comme l'eau fait entrer dans la berakha. Le verset (Chemoth 23, 25) dit "ton pain et ton eau".

Le raisonnement : le pain s'achète avec l'argent du maaser cheni. L'eau du verset doit donc être une boisson qui s'achète de même. A Jérusalem, tout s'achète avec cet argent, sauf l'eau et le sel (Eruvin 27a, Rachi renvoie au chapitre). Cette "eau", c'est le yayin, et le verset l'appelle eau.

Rachi : même un riche en autres biens n'a pas atteint une bénédiction entière tant que le vin ne coule pas ainsi. Tossefot maintient le pshat : la fin du verset, "J'écarterai la maladie", parle d'une eau véritable, comme les eaux de Mara et la source d'Elisee.

🖼️ Schéma
Ton pain et ton eau Rabbi Hanin bar Papa : le vin répandu comme l'eau Pain achete au maaser comme Eau du verset Chemoth 23, 25 = Vin pas l'eau vraie Tout s'achète avec le maaser cheni à Jérusalem, sauf l'eau et le sel. Le verset appelle donc vin cette eau bénie. Tossefot : le pshat du verset reste l'eau, à cause de la guérison qui suit.
Le pain et l'eau du verset sont lus par ce qui s'achète au maaser cheni. L'eau véritable ne s'achète pas ainsi. Le verset parle donc du vin, et l'appelle eau.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).