Sougya : Abaye compare la hazaa (aspersion) et la parole dite à un goy : deux shevut, aucun ne repousse le Chabbat. Rav Yossef distingue le shevut qui a un acte et celui qui n'en a pas : le maître n'a pas dit au goy de chauffer.
Rabba bar Rav Hanan demande pourquoi le mavoi de Rabba et d'Abaye n'a ni erouv ni shituf. Le pain du panier tombe, parce qu'Abaye est makpid ; le vinaigre de la barrique est un otsar, interdit selon Beit Shammai et permis selon Beit Hillel, au fil de la berera.
La michna du mort et des ouvertures montre cette divergence. Deux récits de Rava : un goy chauffe à la faveur de la mère, puis Rava annule sa cour selon Rabbi Yo'hanan, contre Chmouel.
De même que la hazaa (aspersion) est un shevut (interdit rabbinique), et qu'elle ne repousse pas le Chabbat, de même la parole dite à un goy est un shevut, et elle ne repousse pas le Chabbat.
Suite de l'objection d'Abaye. La hazaa, aspersion de l'eau de purification sur le tamé, est un shevut. La parole dite à un goy pour qu'il fasse un travail le Chabbat est un shevut du même rang. Ni l'une ni l'autre ne repoussent le Chabbat.
Rachi étend la hazaa à la mitsva : même pour égorger le pesah, la michna de Pessahim 65b ne lui donne pas le pas sur le Chabbat.
Il lui dit : et tu ne distingues pas entre un shevut qui a un acte et un shevut qui n'a pas d'acte ? Car le maître n'a pas dit au goy : va, chauffe.
Rav Yossef sépare deux shevut. La hazaa comporte un acte : la personne asperge. La parole dite au goy est un shevut de parole.
Le fait qu'il cite : le maître n'a pas dit va, chauffe. Au daf précédent, l'ordre était d'apporter l'eau déjà chaude.
Tossefot ouvre une question sur le récit de plus loin, où Rava fait chauffer par un goy. La réponse est renvoyée à Gittin 8b.
Rabba bar Rav Hanan dit à Abaye : un mavoi où se trouvent deux hommes grands comme les maîtres, il n'y aurait ni erouv ni shituf ? Il lui dit : que ferions-nous ?
Le maître, ce n'est pas sa manière. Moi, je suis pris par ma girsa (répétition de l'étude).
Eux n'y prêtent pas attention.
Rabba bar Rav Hanan constate le mavoi de Rabba et d'Abaye : ni erouv des cours, ni shituf des ruelles.
Abaye répartit la charge. Percevoir chez les habitants n'est pas la manière de Rabba. Abaye est pris par la girsa. Les autres habitants laissent la chose.
Et si je leur faisais acquérir du pain dans le panier : puisqu'ils me le demanderaient et qu'il me serait impossible de le leur donner, le shituf est nul.
Abaye pourrait transférer, par la parole, le pain de son panier. Le transfert tombe : s'ils réclament leur part, il ne peut pas la donner. Il est makpid. Sans part entière dans son esprit, le shituf est nul.
Rachi : le geste se fait sans peine, par la parole. La nullité vient de l'impossibilité de céder ce pain chaque Chabbat.
Tossefot en tire une règle pratique : on ne fait pas l'erouv avec le pain préparé pour l'honneur du Chabbat, gastil ou pastida. Le Roch rattache ici la halakha de Chmouel : le makpid n'a pas d'erouv.
Car on enseigne : l'un des habitants du mavoi a demandé du vin et de l'huile, et on ne lui en a pas donné : le shituf est nul.
Baraita à l'appui. Un habitant du mavoi demande du vin ou de l'huile pris sur le shituf. Le refus montre qu'il n'a pas une part réelle. Le shituf tombe.
Et que le maître leur fasse acquérir un reviit (quart de log) de vinaigre dans la barrique. On enseigne : on ne fait pas de shituf avec un otsar (réserve).
Rabba bar Rav Hanan propose un reviit de vinaigre dans une barrique : peu de chose, sans kapda. Rachi : on laisse la barrique dans la cour pour l'année, et le shituf s'appuie sur ce quart de log.
Abaye répond par une baraita : on ne fait pas le shituf avec un otsar. La part n'est pas désignée. Sans berera, puiser dans la barrique peut emporter le shituf.
Tossefot : le vinaigre vise le shituf du mavoi, déposé dans la cour. L'erouv des cours, lui, exige du pain, et se dépose dans la maison.
Or on enseigne : on fait le shituf ! Rav Ochaya dit : il n'y a pas de difficulté.
Celle-ci, Beit Shammai ; celle-là, Beit Hillel.
Une autre baraita permet le shituf avec la réserve. Rav Ochaya répartit : l'une suit Beit Shammai, l'autre Beit Hillel. Le Roch, plus loin, retient l'interdit pour Beit Shammai, et la permission pour Beit Hillel.
Le nœud est la berera : fixer après coup quelle part de l'otsar était le shituf.
Tossefot garde une seconde lecture. Rabbeinou Tam sépare Rav Ochaya, ici, de Rabbi Ochaya dans Beitsa. Rav Menahem de Joigny lit la divergence comme la purification des ouvertures à partir de maintenant.
Comme nous l'avons appris dans la michna : le mort est dans la maison, et elle a beaucoup d'ouvertures : toutes sont impures.
La michna sert de cas à la divergence de Beit Shammai et de Beit Hillel que Rav Ochaya vient d'invoquer.
Un mort dans une maison à plusieurs ouvertures, toutes fermées : chacune peut être la sortie. Toutes sont impures, y compris les ustensiles dans l'épaisseur du seuil, hors de la tente. Rachi : c'est une règle reçue de l'impureté. Une fenêtre d'un tefah sur un tefah entre dans le même compte.
L'une d'elles a été ouverte : elle est impure, et toutes sont pures. S'il a pensé à le sortir par l'une d'elles, ou par une fenêtre de quatre sur quatre, cela sauve toutes les ouvertures.
Une ouverture réelle fixe la sortie : elle seule est impure, les autres sont pures.
La pensée suffit aussi, si l'on destine une ouverture, ou une fenêtre de quatre sur quatre tefahim. Rachi : en dessous de cette mesure, l'ouverture ne sauve pas les autres.
Beit Shammai disent : et c'est lorsqu'il y a pensé avant que le mort ne meure. Beit Hillel disent : même après la mort du mort.
Beit Shammai : la pensée ne vaut que avant la mort. Après, l'impureté est déjà descendue. La pensée ne l'enlève pas. Il faut un acte : ouvrir l'une des issues. Les autres deviennent pures à partir de ce moment.
Beit Hillel : même après la mort. Il y a berera. On dit que, dès hier, l'intention visait cette ouverture, et que l'impureté n'a pas atteint les autres.
C'est le même levier que l'otsar : Beit Hillel fixent après coup la part du shituf ; Beit Shammai ne le font pas.
Il y avait un enfant dont l'eau chaude s'était renversée. Rava leur dit : demandons à sa mère.
Si elle en a besoin, qu'un goy lui chauffe à la faveur de sa mère.
Autre récit. L'eau préparée pour la mila de l'enfant s'est renversée. Rava passe par la mère : si elle a besoin d'eau chaude, un goy chauffe pour elle, et l'enfant en bénéficie à sa faveur.
Rachi fixe le régime de l'accouchée après sept jours : même si elle dit qu'elle en a besoin, un Juif ne profane pas le Chabbat pour elle. On fait le nécessaire par un Araméen.
Rav Mesharshia dit à Rava : sa mère mange des dattes. Il lui dit : dis que c'est seulement un tunba (faim dévorante) qui l'a saisie.
Rav Mesharshia objecte : la mère mange des dattes, aliment froid. Rachi : cela montre qu'elle n'a pas besoin de boire chaud.
Rava répond par le tunba : une faim qui saisit, elle mange sans savoir quoi. L'état reste celui d'une malade, et le goy peut chauffer à sa faveur.
Le Roch reprend ici tout le fil, depuis l'eau de Rabba jusqu'à la conclusion : l'otsar est interdit selon Beit Shammai, permis selon Beit Hillel.
Il y avait un enfant dont l'eau chaude s'était renversée. Rava leur dit : débarrassez-moi les ustensiles, de la maison des hommes vers la maison des femmes.
J'irai m'asseoir là, et j'annulerai pour eux cette cour.
Second récit. L'eau est dans la cour de Rava, l'enfant dans la cour voisine, une ouverture entre les deux, sans erouv.
Rava fait vider la maison des hommes, ouverte sur la cour, vers la maison des femmes, intérieure. Il s'y assied et fait bitoul rechout de sa cour. La michna interdit à celui qui a annulé de sortir de sa maison vers la cour : les ustensiles éloignés l'empêchent d'en venir à transporter.
Les gens de l'autre cour peuvent alors porter l'eau chaude d'une cour à l'autre.
Ravina dit à Rava : or Chmouel a dit : il n'y a pas de bitoul rechout d'une cour à une cour ! Il lui dit : moi, je tiens comme Rabbi Yo'hanan, qui a dit : il y a un bitoul d'une cour à une cour.
Ravina oppose Chmouel : le bitoul ne passe pas d'une cour à une autre. Annuler sa cour au profit de la cour voisine resterait sans effet.
Rava répond qu'il tient comme Rabbi Yo'hanan : le bitoul d'une cour à une cour existe. C'est sur cet avis qu'il s'assied dans la chambre intérieure et qu'il annule.
Et si le maître ne tient pas comme Chmouel
La phrase ouvre la suite, au daf 68b. Ravina cherche une voie pour le cas où Rava suivrait Chmouel.
Le Roch, sur le segment du bitoul, rapporte déjà cette suite : passer la nuit sur place, annuler en leur faveur, puis qu'eux annulent en retour. Rava, sur ce second point, tient comme Chmouel : on n'annule pas pour revenir et annuler, afin que les paroles des Sages ne tournent pas à la risée.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).