Eruvin 68b , Bitoul en retour, et le Tsadouki du mavoi

Eruvin 68b

Sougya : Ravina propose à Rava de rester sur place, d'annuler sa cour pour les gens de l'enfant, puis de recevoir leur bitoul en retour, selon Rav. Rava tient ici comme Chmouel : on n'annule pas pour revenir et annuler, afin que les paroles des Sages ne deviennent pas huka ve-itlula (risée et moquerie).

La Guemara cherche si Rav et Chmouel suivent les Sages et Rabbi Eliezer, ou Rabbi Meir et Rabbi Yehouda sur le shogeg et le mezid. Rav Ashi ramène la divergence à Rabbi Eliezer et aux Sages.

La suite ouvre la michna du Tsadouki dans le mavoi de Jérusalem : le premier tanna le traite comme un goy, Rabban Gamliel lui donne le bitoul par la parole, et la hazaka des ustensiles ferme le retour en arrière.

Annuler, puis revenir et annuler Proposition de Ravina, refus de Rava 1. Rava reste à sa place 2. Il annule sa cour pour eux 3. Eux annulent en retour pour lui > > Rav on annule, on revient, on annule le droit peut revenir Chmouel, tenu par Rava pas de retour du bitoul sinon les paroles des Sages deviennent risée Ravina : si le retrait est total, le bitoul d'une cour à l'autre tombe aussi. Rava : la raison du retour est la risée. Le bitoul de cour à cour demeure.
Ravina propose trois temps. Rav permet le retour du bitoul. Rava suit Chmouel : la raison est la risée, et le bitoul d'une cour à l'autre reste en place.
Deux cadres pour Rav et Chmouel Michna de la maison, puis shogeg et mezid Sages de la michna Rabbi Eliezer La maison reste à lui. Il n'est pas entièrement retiré. Rav s'y range pour le retour. La maison aussi est annulée. Il compte comme retiré. Chmouel s'y range. Chacun dit : ma parole vaut même selon l'autre tanna. Rabbi Meir shogeg et mezid interdisent le droit peut revenir Rabbi Yehouda seul le mezid interdit le shogeg laisse le bitoul Rava, puis Rav Ashi tous : pas de retour divergence = knas Rav Ashi : Eliezer / Sages
Rav et Chmouel peuvent chacun parler selon les Sages ou selon Rabbi Eliezer. Rava lit Rabbi Meir et Rabbi Yehouda comme un knas. Rav Ashi revient au premier cadre.
Le Tsadouki dans le mavoi Statut, hazaka, deux formulations Premier tanna Tsadouki comme un goy bitoul seulement avec sekhirut Rabban Gamliel Tsadouki autre qu'un goy bitoul par la parole avant Chabbat, à Jérusalem Hâtez-vous : sortir les ustensiles, c'est la hazaka. Avant qu'il sorte les siens et reprenne son droit. Rabbi Meir sortez et rentrez avant qu'il ne sorte Rabbi Yehouda faites vos affaires avant la nuit
Premier tanna : le Tsadouki est comme un goy. Rabban Gamliel : il annule par la parole. La hazaka des ustensiles vient avant son retrait.
1
נִיתֵּיב מַר בְּדֻוכְתֵּיהּ, וְנִיבְּטִיל לְהוּ לְדִידְהוּ, וְנִיהְדְּרוּ אִינְהוּ וְנִיבַטְּלוּ לֵיהּ לְמָר, דְּהָא אָמַר רַב: מְבַטְּלִין, וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין.

Que le maître reste à sa place, qu'il annule en leur faveur, qu'eux reviennent et annulent en faveur du maître, car Rav a dit : on annule, et l'on revient et l'on annule.

📜 Rachi (2)
נִיתֵּיב מַר אַדֻּוכְתֵּיהּ דְּמִדְּקָאָמְרַתְּ פְּנוּ לִי מָאנֵי גַּלִּית אַדַּעְתָּךְ דְּמֵאַחַר שֶׁתְּבַטֵּל רְשׁוּתְךָ אֵין לְךָ הַיּוֹם הֶיתֵּר בֶּחָצֵר וְהַייְנוּ כִּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר לְקַמָּן אֵין מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין דְּאִי לָאו כִּשְׁמוּאֵל סְבִירָא לָךְ לִיתֵּיב מַר אַדֻּוכְתֵּיהּ וּבִטֵּל לָהֶם רְשׁוּת חֲצֵרְךָ שָׁעָה אַחַת עַד שֶׁיִּקְּחוּ הַחַמִּין וְיַחְזְרוּ הֵם וִיבַטְּלוּ לְךָ אוֹתוֹ הָרְשׁוּת וְיַחְזִירוּ לְךָ חֲצֵרְךָ:
Du fait que tu as dit : débarrassez-moi les ustensiles, tu as révélé ta pensée. Après que tu auras annulé ton droit, tu n'as plus aujourd'hui de permission dans la cour. C'est comme Chmouel, qui dit plus loin : on n'annule pas pour revenir et annuler. Si tu ne tenais pas comme Chmouel, que le maître reste à sa place, qu'il annule pour eux le droit de sa cour une heure, jusqu'à ce qu'ils prennent l'eau chaude, puis qu'eux reviennent, annulent pour toi ce droit, et te rendent ta cour.
דְּהָא אָמַר רַב מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין שְׁנַיִם הַדָּרִין בְּחָצֵר אַחַת וְלֹא עֵירְבוּ מְבַטֵּל זֶה רְשׁוּתוֹ לָזֶה עַד שֶׁיַּעֲשֶׂה צְרָכָיו וְיַחֲזֹור זֶה וִיבַטֵּל לָזֶה:
Deux personnes habitent une même cour et n'ont pas fait l'erouv. Celui-ci annule son droit au profit de celui-là jusqu'à ce qu'il fasse ses affaires, puis celui-là revient et annule au profit de celui-ci.
💡 Explication

Suite de la dernière ligne du daf 68a. Ravina propose trois temps : Rava reste dans sa chambre, il fait bitoul rechout (annulation de son droit) au profit de la cour de l'enfant, puis eux annulent en retour, afin qu'il retrouve sa cour. L'appui est la parole de Rav : on annule, et l'on revient et l'on annule.

Rachi lit le déplacement des ustensiles, au daf précédent, comme un aveu : après le bitoul, Rava n'a plus de permission dans la cour ce jour-là. C'est déjà la position de Chmouel. La proposition de Ravina vaut pour qui ne tient pas ainsi.

2
אֲנָא בְּהָא כִּשְׁמוּאֵל סְבִירָא לִי, דְּאָמַר: אֵין מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין.

Moi, sur ce point, je tiens comme Chmouel, qui a dit : on n'annule pas pour revenir et annuler.

💡 Explication

Rava accepte le bitoul d'une cour à une cour, avec Rabbi Yo'hanan. Sur le second point, le retour du bitoul, il tient comme Chmouel.

Il reste donc dans la chambre intérieure après avoir annulé. Les gens de l'enfant prennent l'eau. Le droit ne lui revient pas le même Chabbat.

3
וְלָאו חַד טַעְמָא הוּא? מַאי טַעְמָא אֵין מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין — לָאו מִשּׁוּם דְּכֵיוָן דְּבַטְּלֵיהּ לִרְשׁוּתֵיהּ, אִסְתַּלַּק לֵיהּ מֵהָכָא לִגְמָרֵי, וְהָוֵה לֵיהּ כְּבֶן חָצֵר אַחֶרֶת, וְאֵין בִּיטּוּל רְשׁוּת מֵחָצֵר לְחָצֵר. מַר נָמֵי, לָא נִיבְּטִיל.

Et n'est-ce pas une seule raison ? Quelle est la raison pour laquelle on n'annule pas pour revenir et annuler ?

N'est-ce pas que, dès qu'il a annulé son droit, il s'est entièrement retiré d'ici, il est comme un habitant d'une autre cour, et il n'y a pas de bitoul rechout (annulation du droit) d'une cour à une cour ? Le maître aussi, qu'il n'annule pas.

📜 Rachi (1)
מַר נָמֵי לָא לִיבַטֵּיל דְּהָא מֵחָצֵר לְחָצֵר הוּא:
Car c'est d'une cour à une cour.
💡 Explication

Ravina relie les deux paroles de Chmouel. Si l'interdit du retour vient d'un retrait total, celui qui a annulé est comme un habitant d'une autre cour. Or Chmouel refuse aussi le bitoul d'une cour vers une autre. Rava, qui vient d'annuler sa cour pour la cour voisine, serait pris à la même raison.

🖼️ Schéma
Une seule raison ? Objection de Ravina Chmouel : pas de bitoul en retour Ravina : la raison serait le retrait total, comme un habitant d'une autre cour. Conséquence A pas de retour du bitoul Conséquence B pas de bitoul d'une cour à une cour Rava : la raison du retour est la risée. La conséquence B ne suit pas.
Ravina fait sortir deux interdits d'une seule raison. Rava va séparer les raisons.
4
הָתָם הַייְנוּ טַעְמָא: כִּי הֵיכִי דְּלָא לֶיהֱוֵי מִלְּתָא דְּרַבָּנַן כְּחוּכָא וְאִטְלוּלָא.

Là, voici la raison : afin que la parole des Sages ne devienne pas huka ve-itlula (risée et moquerie).

📜 Rachi (3)
הָתָם דְּאֵין חוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין טַעְמָא לָאו מִשּׁוּם דה"ל כְּבֶן חָצֵר אַחֶרֶת אֶלָּא מִשּׁוּם דְּלָא לֶיהֱוֵי מִילֵּי דְּרַבָּנָן:
Là, pour l'interdit de revenir et d'annuler. La raison : afin que les paroles des Sages ne deviennent pas [risée], à l'exclusion du motif qu'il serait comme un habitant d'une autre cour.
כְּחוּכָא שְׂחוֹק:
Rire.
וְאִטְלוּלָא לֵיצָנוּת:
Moquerie.
💡 Explication

Rava donne à Chmouel une raison propre au retour du bitoul : la huka ve-itlula. Annuler, reprendre, rendre, reprendrait l'institution des Sages pour un jeu de paroles.

Le retrait total n'est donc pas le motif de cet interdit. Le bitoul d'une cour à une cour, que Rava tient avec Rabbi Yo'hanan, reste debout. Rachi glose les deux mots : huka, le rire ; itlula, la moquerie.

5
גּוּפָא, רַב אָמַר: מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֵין מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין.

Pour en venir au fait. Rav a dit : on annule, et l'on revient et l'on annule.

Et Chmouel a dit : on n'annule pas pour revenir et annuler.

💡 Explication

Goufa : la Guemara reprend la sentence elle-même, hors du récit de l'eau chaude. Deux habitants d'une même cour, sans erouv. Rav permet que chacun annule à son tour, selon le besoin. Chmouel arrête le bitoul au premier geste.

6
לֵימָא רַב וּשְׁמוּאֵל בִּפְלֻוגְתָּא דְּרַבָּנַן וְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר קָא מִיפַּלְגִי.

Dirons-nous que Rav et Chmouel divergent dans la divergence des Sages et de Rabbi Eliezer ?

💡 Explication

La Guemara propose un cadre plus ancien. Dans la michna, celui qui a annulé le droit de sa cour : les Sages disent que sa maison reste interdite, à lui et à eux, car il n'a annulé que la cour. Rabbi Eliezer permet aux autres d'user de sa maison, car le droit de la maison est parti avec celui de la cour.

Le segment suivant pose l'alignement. L'enjeu est le retrait : reste-t-il un habitant, au point que les autres puissent lui rendre le droit ?

7
דְּרַב דְּאָמַר כְּרַבָּנַן וּשְׁמוּאֵל דְּאָמַר כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר.

Rav disant comme les Sages, et Chmouel disant comme Rabbi Eliezer.

📜 Rachi (2)
רַב דְּאָמַר כְּרַבָּנָן דְּאָמְרִי בְּמָתְנֵי' בֵּיתוֹ אָסוּר לְהַכְנִיס וּלְהוֹצִיא לוֹ וְלָהֶם דְּאָמְרִי הַמְבַטֵּל רְשׁוּת חֲצֵירוֹ לֹא בִּיטֵּל רְשׁוּת בֵּיתוֹ אַלְמָא לָא מִסְתַּלֵּק לֵיהּ לְגַמְרֵי וְלָא הֲוָה לֵיהּ כְּבֶן חָצֵר אַחֶרֶת:
Ils disent dans la michna : sa maison, il est interdit d'y introduire et d'en sortir, pour lui et pour eux. Ils disent : celui qui annule le droit de sa cour n'a pas annulé le droit de sa maison. On apprend qu'il ne s'est pas entièrement retiré, et qu'il n'est pas comme un habitant d'une autre cour.
וּשְׁמוּאֵל כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר דְּאָמַר בְּפֶרֶק עוֹשִׂין פַּסִּין (לְעֵיל עֵירוּבִין דַּף כו:) בֵּיתוֹ מֻותָּר לְהַכְנִיס וּלְהוֹצִיא לָהֶם מֵאַחַר שֶׁבִּיטֵּל רְשׁוּתוֹ דִּרְשׁוּת בֵּיתוֹ נָמֵי בִּיטֵּל:
Il a dit au chapitre Osin pasin (plus haut, Erouvin, daf 26b) : sa maison, il leur est permis d'y introduire et d'en sortir, puisqu'il a annulé son droit, car il a aussi annulé le droit de sa maison.
💡 Explication

Selon cette lecture, Rav suit les Sages : le bitoul de la cour laisse la maison. L'homme est encore là. Les autres peuvent donc annuler vers lui.

Chmouel suit Rabbi Eliezer : la maison part avec la cour. Il est comme un habitant d'ailleurs. Personne ne peut lui rendre un droit dans cette cour.

8
אָמַר לָךְ רַב, אֲנָא דַּאֲמַרִי אֲפִילּוּ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר: עַד כָּאן לָא קָאָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הָתָם הַמְּבַטֵּל רְשׁוּת חֲצֵירוֹ — רְשׁוּת בֵּיתוֹ בִּיטֵּל, מִשּׁוּם דִּבְבַיִת בְּלָא חָצֵר לָא דָּיְירִי אִינָשֵׁי. אֲבָל לְעִנְיַן אִיסְתְּלוֹקֵי, מִי אָמַר?

Rav te dirait : ce que je dis vaut même selon Rabbi Eliezer. Jusqu'ici seulement Rabbi Eliezer a parlé, là : celui qui annule le droit de sa cour a annulé le droit de sa maison, parce que les gens n'habitent pas une maison sans cour.

Mais quant au retrait, l'a-t-il dit ?

📜 Rachi (1)
אֲבָל לְעִנְיַן אִיסְתְּלוֹקֵי לְשַׁווְיָה נַפְשֵׁיהּ כְּבֶן חָצֵר אַחֶרֶת דְּלָא לִימְצֵי לְמֶהְדַּר וְקִבּוּלֵי רְשׁוּתֵיהּ מִי אָמַר:
Pour se rendre semblable à un habitant d'une autre cour, de sorte qu'ils ne puissent revenir et recevoir son droit : l'a-t-il dit ?
🗂️ Tossefot (1)
אֲנָא דַּאֲמַרִי אֲפִילּוּ כְּרַבָּנַן הֲוָה מָצֵי לְמֵימַר טַעְמָא דִּלְעֵיל דְּלָא לֶיהֱווֹ מִילֵּי דְּרַבָּנָן כִּי חוּכָא וְאִטְלוּלָא:
Il aurait pu dire la raison dite plus haut : que les paroles des Sages ne soient pas comme une risée et une moquerie.
💡 Explication

La comparaison tombe. Rav peut parler même selon Rabbi Eliezer. Rabbi Eliezer n'a traité que le sort de la maison : on n'habite pas une maison coupée de sa cour, donc annuler la cour emporte la maison. Il n'a pas dit que l'homme lui-même est devenu un étranger à la cour, au point d'empêcher le bitoul en retour.

Tossefot, sur la formule même selon les Sages, note une autre raison déjà dite : la huka ve-itlula. Cette glose vise la réponse symétrique, au segment suivant.

9
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֲנָא דַּאֲמַרִי אֲפִילּוּ כְּרַבָּנַן, עַד כָּאן לָא קָאָמְרִי רַבָּנַן הָתָם אֶלָּא מַאי דְּבַטֵּיל בַּטֵּיל, וּדְלָא בַּטֵּיל לָא בַּטֵּיל. אֲבָל מַאי דִּבְטִיל — מִיהָא אִיסְתַּלַּק לְגַמְרֵי.

Et Chmouel a dit : ce que je dis vaut même selon les Sages. Jusqu'ici seulement les Sages ont parlé, là : ce qu'il a annulé est annulé, et ce qu'il n'a pas annulé n'est pas annulé.

Mais de ce qu'il a annulé, du moins, il s'est entièrement retiré.

📜 Rachi (1)
אֲבָל מַאי דְּבַטֵּיל מִיהָא אִיסְתַּלַּק לִגְמָרֵי מִן הֶחָצֵר שֶׁבִּיטֵּל בְּפֵירוּשׁ וַדַּאי אִיסְתַּלַּק וה"ל כְּבֶן חָצֵר אַחֶרֶת:
De la cour qu'il a annulée explicitement, il s'est certes retiré, et il est comme un habitant d'une autre cour.
💡 Explication

Chmouel peut parler même selon les Sages. Eux limitent le bitoul à ce qui a été nommé : la cour part, la maison reste. Sur la part annulée, le retrait est entier. Celui qui a annulé sa cour ne peut plus la recevoir en retour.

Les deux amoraïm échappent donc au cadre de la michna. Leur divergence a son objet propre : le retour du bitoul.

10
אָמַר רַב אַחָא בַּר חָנָא אָמַר רַב שֵׁשֶׁת, כְּתַנָּאֵי: מִי שֶׁנָּתַן רְשׁוּתוֹ, וְהוֹצִיא, בֵּין בְּשׁוֹגֵג בֵּין בְּמֵזִיד — אוֹסֵר, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּמֵזִיד — אוֹסֵר, בְּשׁוֹגֵג — אֵינוֹ אוֹסֵר.

Rav Aha bar Hana a dit au nom de Rav Chechet : c'est comme une divergence de tannaïm. Celui qui a donné son droit, puis a transporté, que ce soit par inadvertance (shogeg) ou délibérément (mezid), il interdit.

Paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : délibérément, il interdit ; par inadvertance, il n'interdit pas.

📜 Rachi (2)
מִי שֶׁנָּתַן רְשׁוּתוֹ לִבְנֵי חָצֵר מִפְּנֵי שֶׁשָּׁכַח וְלֹא עֵירֵב וּלְאַחַר שֶׁבִּיטֵּל הוֹצִיא מִבֵּיתוֹ לֶחָצֵר אוֹסֵר עַל בְּנֵי חָצֵר דַּהֲדַר שַׁקְלֵיהּ לִרְשׁוּתֵיהּ:
Aux habitants de la cour, parce qu'il a oublié et n'a pas fait l'erouv. Après avoir annulé, il a transporté de sa maison vers la cour : il interdit aux habitants de la cour, car il a repris son droit.
ר"מ דְּאָמַר אֲפִילּוּ בְּשׁוֹגֵג הָדְרָא לֵיהּ רְשׁוּתֵיהּ סָבַר לֹא מְסֻולָּק הוּא וְגַבֵּי בִּיטּוּל נָמֵי חוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין וְהָדְרָא לֵיהּ:
Il dit que, même par inadvertance, son droit lui revient. Il tient qu'il n'est pas retiré. Pour le bitoul aussi, on revient et on annule, et le droit lui revient.
💡 Explication

Nouveau cadre, par Rav Chechet. Après le bitoul, l'homme transporte de sa maison vers la cour. Rabbi Meir : shogeg ou mezid, il interdit de nouveau à tous. Son droit est revenu. Rabbi Yehouda : seul le mezid interdit. Le shogeg laisse le bitoul en place.

Rachi aligne Rabbi Meir sur Rav : puisqu'un oubli suffit à faire revenir le droit, l'homme n'était pas retiré, et le bitoul en retour existe.

11
מַאי לַָאו, בְּהָא קָמִיפַּלְגִי: דְּמָר סָבַר מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין, וּמַר סָבַר אֵין מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין.

N'est-ce pas qu'ils divergent sur ceci : l'un tient qu'on annule, et qu'on revient et qu'on annule, et l'autre tient qu'on n'annule pas pour revenir et annuler.

💡 Explication

La Guemara nomme l'enjeu. Rabbi Meir, pour qui même le shogeg fait revenir le droit, tiendrait comme Rav. Rabbi Yehouda, pour qui le shogeg laisse le bitoul, tiendrait comme Chmouel : le premier bitoul a retiré l'homme, et l'on ne revient pas annuler vers lui.

12
אָמַר רַב אַחָא בַּר תַּחְלִיפָא מִשְּׁמֵיהּ דְּרָבָא: לֹא, דְּכֻולֵּי עָלְמָא אֵין מְבַטְּלִין וְחוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין, וְהָכָא בְּקָנְסוּ שׁוֹגֵג אַטּוּ מֵזִיד קָא מִיפַּלְגִי. מַר סָבַר: קָנְסוּ שׁוֹגֵג אַטּוּ מֵזִיד, וּמַר סָבַר: לֹא קָנְסוּ שׁוֹגֵג אַטּוּ מֵזִיד.

Rav Aha bar Tahlifa a dit au nom de Rava : non. Tous tiennent qu'on n'annule pas pour revenir et annuler.

Et ici, ils divergent sur le knas (sanction) du shogeg à cause du mezid. L'un tient : on a sanctionné le shogeg à cause du mezid.

L'autre tient : on n'a pas sanctionné le shogeg à cause du mezid.

📜 Rachi (1)
לָא דְּכ"ע אֵין חוֹזְרִין וּמְבַטְּלִין דְּאִיסְתַּלַּק לֵיהּ וּבְדִין הוּא דִּבְשׁוֹגֵג לָא הָדְרָא לֵיהּ אֶלָּא ר"מ קָנֵיס שׁוֹגֵג אַטּוּ מֵזִיד וּבְמֵזִיד כּוּלְּהוּ מוֹדוּ דְּאַף עַל גַּב דְּאִיסְתַּלַּק לֵיהּ כֵּיוָן דְּהָדַר הָדַר דְּהָא לָא זַבְּנֵיהּ וּכְגוֹן שֶׁלֹּא הֶחְזִיקוּ בְּנֵי מָבוֹי בַּמָּבוֹי לְאַחַר בִּיטּוּל קֹודֶם חֲזָרָה:
Il s'est retiré, et en droit, par inadvertance, le droit ne lui reviendrait pas. Rabbi Meir sanctionne le shogeg à cause du mezid. Pour le mezid, tous conviennent : même s'il s'est retiré, dès qu'il revient, il revient, car il n'a pas vendu. Et c'est un cas où les habitants du mavoi n'ont pas pris possession du mavoi après le bitoul, avant le retour.
🗂️ Tossefot (1)
קָנְסוּ שׁוֹגֵג אַטּוּ מֵזִיד לֹא שַׁייָּךְ לְקָנְסוֹ שׁוֹגֵג אַטּוּ מֵזִיד דְּעָלְמָא דְּהָכָא לָא קָנְסִי' לְדִידֵיהּ מִידִי דִּבְלָאו הָכֵי הֲוָה אֲסִיר אֶלָּא כְּלוֹמַר גָּזְרוּ שׁוֹגֵג אַטּוּ מֵזִיד:
Il ne convient pas de sanctionner ici le shogeg à cause d'un mezid en général, car on ne le sanctionne en rien : même sans cela, il était interdit. Le sens est : on a décrété le cas du shogeg à cause du mezid.
💡 Explication

Rava refuse l'alignement. Tous, Rabbi Meir compris, tiennent comme Chmouel : pas de bitoul en retour. L'homme s'est retiré. La divergence porte sur un knas : Rabbi Meir étend au shogeg l'interdit prévu pour le mezid. Rabbi Yehouda laisse le shogeg.

Rachi précise le mezid : il n'a pas vendu son droit. S'il reprend ses actes avant la hazaka des autres, le droit revient, et tous l'admettent. Tossefot ajuste le mot knas : l'homme était déjà interdit. Le décret vise le régime du shogeg, calqué sur le mezid.

🖼️ Schéma
Shogeg, mezid, knas Rava : tous refusent le bitoul en retour Il a annulé, puis il transporte Par inadvertance (shogeg) Délibérément (mezid) Rabbi Meir : il interdit Rava : knas, à cause du mezid Rabbi Yehouda : il n'interdit pas Tous : il interdit le bitoul n'est pas une vente dès qu'il revient, le droit revient Condition de Rachi : pas de hazaka des habitants entre le bitoul et le retour.
Après le bitoul, le mezid fait revenir le droit. Le shogeg ne le fait revenir que chez Rabbi Meir, par knas.
13
רַב אַשִּׁי אָמַר: רַב וּשְׁמוּאֵל בִּפְלֻוגְתָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וְרַבָּנַן קָא מִיפַּלְגִי.

Rav Ashi a dit : Rav et Chmouel divergent dans la divergence de Rabbi Eliezer et des Sages.

🗂️ Tossefot (1)
רַב אָשֵׁי אָמַר רַב וּשְׁמוּאֵל בִּפְלֻוגְתָּא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר כו' לֵית לֵיהּ לְרַב אָשֵׁי הָא דְּאָמַר רָבָא לְעֵיל אַלִּיבָּא דִּשְׁמוּאֵל פְּעָמִים מְבַטְּלִין וּפְעָמִים אֵין מְבַטְּלִין דְּהָא מַסִּיק לְעֵיל כִּי קָאָמַר לְרַבָּנָן וְהָכָא לְרַב אַשִּׁי הֲוָה שְׁמוּאֵל כְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר:
Rav Ashi ne retient pas ce que Rava a dit plus haut selon Chmouel : tantôt on annule, tantôt on n'annule pas. Car plus haut on conclut que, lorsqu'il a parlé, c'était selon les Sages, et ici, pour Rav Ashi, Chmouel est comme Rabbi Eliezer.
💡 Explication

Rav Ashi revient à la première proposition, que la Guemara avait écartée. Rav avec les Sages, Chmouel avec Rabbi Eliezer.

Tossefot en tire une conséquence : Rav Ashi laisse de côté la lecture où Rava, au nom de Chmouel, distinguait les cas où l'on annule et les cas où l'on n'annule pas. Plus haut, cette parole de Chmouel était établie selon les Sages. Ici, Chmouel est placé avec Rabbi Eliezer.

14
אָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל: מַעֲשֶׂה בְּצַדּוּקִי אֶחָד שֶׁהָיָה דָּר עִמָּנוּ. צַדּוּקִי מַאן דְּכַר שְׁמֵיהּ?

Rabban Gamliel a dit : un fait, un Tsadouki (sadducéen) habitait avec nous. Un Tsadouki, qui en a prononcé le nom ?

📜 Rachi (1)
צַדּוּקִי מַאן דְּכַר שְׁמֵיהּ מִי קָאָמַר ת"ק דְּבָעֵי לְמֵיגַר דִּפְלִיג רַבָּן גַּמְלִיאֵל וְאָמַר דְּיָכוֹל לְבַטֵּל:
Le premier tanna a-t-il dit quelque chose qui appelle une réponse, pour que Rabban Gamliel diverge et dise qu'il peut annuler ?
🗂️ Tossefot (1)
אָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל מַעֲשֶׂה בְּצַדּוּקִי כו' פֵּירַשְׁתִּי בְּמִשְׁנָתֵנוּ:
Je l'ai expliqué dans notre michna.
💡 Explication

La Guemara ouvre la michna. Rabban Gamliel raconte un fait sur un Tsadouki dans leur mavoi. Or le premier tanna parlait du goy. La formule man dekar chmeih demande qui a introduit ce nom.

Rachi précise la gêne : le premier tanna n'a pas posé une loi sur le Tsadouki, à laquelle Rabban Gamliel répondrait qu'il peut faire bitoul.

15
חַסּוֹרֵי מִיחַסְּרָא וְהָכִי קָתָנֵי: צַדּוּקִי הֲרֵי הוּא כְּגוֹי, וְרַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: צָדוֹקִי אֵינוֹ כְּגוֹי. וְאָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל: מַעֲשֶׂה בְּצַדּוּקִי אֶחָד שֶׁהָיָה דָּר עִמָּנוּ בְּמָבוֹי בִּירוּשָׁלַיִם, וְאָמַר לָנוּ אַבָּא: מַהֲרוּ וְהוֹצִיאוּ אֶת הַכֵּלִים לַמָּבוֹי, עַד שֶׁלֹּא יוֹצִיא וְיֶאֱסֹר עֲלֵיכֶם.

Il manque un élément, et voici ce qu'elle enseigne : un Tsadouki, le voici comme un goy (non-Juif). Et Rabban Gamliel dit : un Tsadouki n'est pas comme un goy.

Et Rabban Gamliel a dit : un fait, un Tsadouki habitait avec nous dans un mavoi (ruelle) à Jérusalem, et notre père nous a dit : hâtez-vous et sortez les ustensiles vers le mavoi, avant qu'il ne sorte et ne vous l'interdise.

📜 Rachi (2)
הֲרֵי הוּא כְּנָכְרִי דְּאֵינוֹ יָכוֹל לְבַטֵּל בְּלֹא שְׂכִירוּת:
Il ne peut pas annuler sans sekhirut (location de sa part).
וְהוֹצִיאוּ אֶת הַכֵּלִים וְהֶחֱזִיקוּ בַּמָּבוֹי וְשׁוּב לֹא יוּכַל לַחֲזֹור מִבִּיטּוּלוֹ וּכְשֶׁקִּדֵּשׁ הַיּוֹם עָסְקִינַן דַּחֲזָקָה דְּמִבְּעוֹד יוֹם לָא מוֹכְחָא:
Et prenez possession du mavoi, et ensuite il ne pourra plus se rétracter de son bitoul. Nous traitons du cas où le jour a été sanctifié, car une hazaka faite de jour n'est pas probante.
⚖️ Rosh (1)
מַתְנֵי' אָמַר ר"ג מַעֲשֶׂה בְּצַדּוּקִי אֶחָד שֶׁהָיָה דָּר עִמָּנוּ בְּמָבוֹי וְאָמַר לָנוּ אַבָּא מַהֲרוּ וְהוֹצִיאוּ כְּלֵיכֶם לַמָּבוֹי עַד שֶׁלֹּא יוֹצִיא וְיֶאֱסֹור עֲלֵיכֶם. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר בְּלָשׁוֹן אַחֶרֶת מַהֲרוּ וַעֲשׂוּ צָרְכֵיכֶם בַּמָּבוֹי עַד שֶׁלֹּא יוֹצִיא וְיֶאֱסֹור עֲלֵיכֶם. פֵּירוּשׁ צָדוֹקִי זֶה נָתַן רְשׁוּת לִבְנֵי מָבוֹי וּצְרִיכִין בְּנֵי מָבוֹי לְהוֹצִיא כְּלֵיהֶם לַמָּבוֹי לְהַחְזִיק בַּמָּבוֹי קֹודֶם שֶׁיּוֹצִיא הַצָּדוֹקִי כֵּלָיו בַּמָּבוֹי דִּוְיִבְטַל נְתִינָתוֹ כְּדִתְנַן מִי שֶׁנָּתַן רְשׁוּת וְהוֹצִיא בֵּין בְּשׁוֹגֵג בֵּין בְּמֵזִיד הֲרֵי זֶה אוֹסֵר דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר וְכוּ' וּלְפִיכָךְ אָמַר לָהֶם אָבִיו שֶׁל ר"ג מַהֲרוּ וְהוֹצִיאוּ אֶת הַכֵּלִים עַד שֶׁלֹּא יוֹצִיא וְיֶאֱסֹור עֲלֵיכֶם. כָּתַב ר"מ זַ"ל וְנִרְאֶה דְּהָכִי הִלְכְתָא דְּצָדוֹקִי הֲרֵי הוּא כְּנָכְרִי שֶׁעוֹבֵר אַמִּילֵי דְּרַבָּנָן בְּפַרְהֶסְיָא כֵּיוָן דת"ק סְבִירָא לֵיהּ הָכִי. ואע"ג דר"מ אַלִּיבָּא דר"ג סְבִירָא לֵיהּ דְּאֵינוֹ כְּנָכְרִי. הָא רַבִּי יְהוּדָה פְּלִיג עָלֶיהָ וְאָמַר דַּאֲפִילּוּ לר"ג צָדוֹקִי כְּנָכְרִי. וַאֲפִילּוּ לְפִי מַה שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י לְקַמָּן בִּשְׁמַעְתִּין דר"מ כר"ג סְבִירָא לֵיהּ ר' מֵאִיר וְר' יְהוּדָה הֲלָכָה כְּר' יְהוּדָה. ואע"ג דַּהֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּעֵירוּבִין. הָא לָא חֲשִׁיב קֻולָּא אִי אָמַר צָדוֹקִי אַיּוֹ כְּנָכְרִי דְּאִיכָּא קֻולָּא וְחוּמְרָא דְּאִי כְּנָכְרִי הוּא אֵין מְבַטֵּל רְשׁוּת אֲבָל שׂוֹכְרִין מִמֶּנּוּ וְאִי לָאו כְּנָכְרִי הוּא מְבַטֵּל רְשׁוּת וְאֵין שׂוֹכְרִין הֵימֶנּוּ עכ"ל. וְאֵין דְּבָרָיו נִרְאִין לִי מַה שֶׁכָּתַב צָדוֹקִי הֲרֵי הוּא כְּנָכְרִי מִשּׁוּם דְּעוֹבֵר עַל מִילֵּי דְּרַבָּנָן בְּפַרְהֶסְיָא. דְּהָא אָמַר בְּפֶרֶק בְּנוֹת כּוּתִי' דַּף לג: אַף עַל פִּי שֶׁנְּשֵׁי צָדוֹקִין הֵן מִתְייָרְאוֹת אָנוּ מִן הַפְּרוּשִׁים. וְכֵן פִּי' ר"י אַהָא דְּקָאָמַר רַבִּי יְהוּדָה דְּמַתְנִיתִין צָדוֹקִי אֵין כְּנָכְרִי וְשָׁמְעִינַן לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה דַּעֲבַרְייָן לְחַלֵּל שַׁבָּתוֹת בְּפַרְהֶסְיָא אַפִּי' בְּמִילֵּי דְּרַבָּנָן כְּגוֹן שֶׁהוֹצִיא כֵּלָיו לֶחָצֵר שֶׁאֵין מִתְעָרֶבֶת לְרַשִׁ"י אֵינוֹ מְבַטֵּל רְשׁוּת וְצָדוֹקִי קָעָבַר אָכַל מִילֵּי דְּרַבָּנָן וְתֵירֵץ דְּאֵין עוֹבְרִין בְּפַרְהֶסְיָא דְּמִתְייָרְאִין מִן הַפְּרוּשִׁים הִלְכָּךְ לָא חֲשִׁיב רַבִּי יְהוּדָה צָדוֹקִי כְּנָכְרִי. וְגַם מַה שֶׁכָּתַב דְּרַבִּי יְהוּדָה פְּלִיג עָלֶיהָ וְסָבַר דלר"ג צָדוֹקִי כְּנָכְרִי הָא לֵיתָא אַלִּיבָּא דְּמַתְנִי' דְּאַף רַבִּי יְהוּדָה סָבַר דְּצָדוֹקִי מְבַטֵּל רְשׁוּת אֶלָּא דְּסָבַר דְּאֵין חֲזָקָה מוֹעֶלֶת. ואע"ג דִּמְשַׁנֵּי בְּחַד שִׁינּוּיָא מַאי עַד שֶׁלֹּא יוֹצִיא עַד שֶׁלֹּא יָצָא הַיּוֹם אַלְמָא צָדוֹקִי הֲרֵי הוּא כְּנָכְרִי אַף לְרַבִּי יְהוּדָה דְּמַתְנִי'. הָא אִיכָּא שִׁינּוּיָא אַחֲרִינָא דִּמְחַלֵּק בֵּין בְּצִינְעָא וּבֵין בְּפַרְהֶסְיָא וְהַאי שִׁינּוּיָא עִיקָּר לְפִי שֶׁאֵין צָרִיךְ לְהַגִּיהַּ הַמִּשְׁנָה. וּמַה שֶׁכָּתַב דְּאִיכָּא כָּאן קֻולָּא וְחוּמְרָא דְּאִי כְּנָכְרִי הוּא הֲרֵי אֵין מְבַטֵּל רְשׁוּת וְשׂוֹכְרִין מִמֶּנּוּ. וְאִי לָאו כְּנָכְרִי הוּא מְבַטֵּל רְשׁוּת וְאֵין שׂוֹכְרִין מִמֶּנּוּ. דְּבָרָיו אֵינָן מוּבָנִים דְּוַדַּאי קֻולָּא הוּא דְּאֵינוֹ כְּנָכְרִי וּמְבַטֵּל רְשׁוּתוֹ בְּדִיבּוּר וְאֵין צָרִיךְ שְׂכִירוּת. וּמַה שֶׁכָּתַב דְּאִם אֵינוֹ כְּנָכְרִי דִּמְבַטֵּל רְשׁוּת וְאֵין שׂוֹכְרִין מִמֶּנּוּ הָא לֵיתָא דְּיִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא רָצָה לְבַטֵּל אֶלָּא לִשְׂכֹּור שׂוֹכְרִין מִמֶּנּוּ. וְנִרְאֶה לִי דַּהֲלָכָה כר"ג דְּקַיְימָא לַן הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּעֵירוּב. וְגַם מִדִּפְלִיגִי רַבִּי מֵאִיר וְרַבִּי יְהוּדָה אַלִּיבָּא דר"ג מִכְּלָל דִּסְבִירָא לְהוּ כְּוָותֵיהּ. וְעוֹד רְאָיָה מֵרַבִּי אַמִּי וְרַבִּי אַסִּי שֶׁגָּזְרוּ עַל הַכּוּתִיִּים שֶׁלֹּא לְבַטֵּל רְשׁוּת חֻולִּין דַּף ו. אַלְמָא עַד יְמֵיהֶם הָיוּ מְבַטְּלִין רְשׁוּת. וְעַל כָּרְחֲךָ צְרִיכִים לְמֵימַר כְּמוֹ שפרש"י בְּרֵישׁ פִּירְקִין שֶׁהָיוּ סוֹבְרִים כר"ג דְּצָדוֹקִי וְכוּתִי אֵינוֹ כְּנָכְרִי: גְּמ' ת"ר מִי שֶׁנָּתַן רְשׁוּתוֹ וְהוֹצִיא בֵּין בְּמֵזִיד בֵּין בְּשׁוֹגֵג אוֹסֵר דִּבְרֵי ר"מ. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר בְּשׁוֹגֵג אֵין אוֹסֵר בְּמֵזִיד אוֹסֵר. בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים כְּשֶׁלֹּא הֶחְזִיקוּ בְּנֵי מָבוֹי בַּמָּבוֹי. אֲבָל הֶחְזִיקוּ בְּנֵי מָבוֹי בַּמָּבוֹי בֵּין בְּשׁוֹגֵג בֵּין בְּמֵזִיד אֵין אוֹסֵר. פרש"י הַאי בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים אַרַבִּי מֵאִיר קָאֵי דִּלְרַבִּי יְהוּדָה דְּמַתְנִי' לָא מְהַנְּיָא חֲזָקָה. אֲבָל לְרַבִּי יְהוּדָה דְּבָרַיְיתָא אֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ הַאי בַּמֶּה דְבָרִים אֲמוּרִים אַף לְר' יְהוּדָה. והר"ז הַלֵּוִי כָּתַב דְּסָמְכִי' אַהַאי שִׁינּוּיָא מַאי עַד שֶׁלֹּא יוֹצִיא עַד שֶׁלֹּא יָצָא הַיּוֹם וּמְהַנְּיָא חֲזָקָה לְרַבִּי יְהוּדָה. וְלִי נִרְאֶה דְּשִׁינּוּיָא אַחַרְיַנָא עִיקָּר שֶׁאֵין צָרִיךְ לְהַגִּיהַּ הַמִּשְׁנָה וְלָא מְהַנְּיָא חֲזָקָה לְר' יְהוּדָה. וְאֶפְשָׁר דַּהֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּעֵירוּב וּמְהַנְּיָא חֲזָקָה וְכֵן נִרְאֶה:
Michna. Rabban Gamliel a dit : un fait, un Tsadouki habitait avec nous dans un mavoi, et notre père nous a dit : hâtez-vous et sortez vos ustensiles vers le mavoi, avant qu'il ne sorte et ne vous l'interdise. Rabbi Yehouda dit, dans une autre formulation : hâtez-vous et faites vos affaires dans le mavoi, avant qu'il ne sorte et ne vous l'interdise. Sens : ce Tsadouki a donné son droit aux habitants du mavoi. Les habitants du mavoi doivent sortir leurs ustensiles vers le mavoi pour prendre possession du mavoi avant que le Tsadouki ne sorte ses ustensiles dans le mavoi, car alors son don serait annulé, comme nous l'avons appris : celui qui a donné son droit et a sorti, que ce soit par inadvertance ou délibérément, celui-là interdit, paroles de Rabbi Meir, etc. C'est pourquoi le père de Rabban Gamliel leur a dit : hâtez-vous et sortez les ustensiles, avant qu'il ne sorte et ne vous l'interdise. Rabbeinou Meir, de mémoire bénie, a écrit, et il apparaît que la halakha est ainsi : un Tsadouki est comme un nokhri, car il transgresse les paroles des Sages en public, puisque le premier tanna tient ainsi. Bien que Rabbi Meir, selon Rabban Gamliel, tienne qu'il n'est pas comme un nokhri, voici que Rabbi Yehouda diverge de lui et dit que, même selon Rabban Gamliel, un Tsadouki est comme un nokhri. Même selon ce que Rachi a expliqué plus loin dans notre sougya, à savoir que Rabbi Meir tient comme Rabban Gamliel : entre Rabbi Meir et Rabbi Yehouda, la halakha est comme Rabbi Yehouda. Bien que la halakha suive les paroles de l'indulgent en matière d'erouv, ceci ne compte pas comme une indulgence si l'on dit qu'un Tsadouki n'est pas comme un nokhri, car il y a une koula (indulgence) et une houmera (sévérité) : s'il est comme un nokhri, il n'annule pas un droit, mais on loue de lui ; s'il n'est pas comme un nokhri, il annule un droit, et on ne loue pas de lui. Fin de la citation. Ses paroles ne me paraissent pas fondées, là où il écrit qu'un Tsadouki est comme un nokhri parce qu'il transgresse les paroles des Sages en public. Car il est dit au chapitre Banot Koutim, daf 33b : bien que les femmes des Tsadoukim soient, elles craignent les Peroushim. Et ainsi le Ri l'a expliqué, au sujet de ce que dit Rabbi Yehouda de la michna : un Tsadouki n'est pas comme un nokhri. Or nous tenons de Rabbi Yehouda qu'un transgresseur qui profane les Chabbats en public, même sur des paroles des Sages, par exemple celui qui a sorti ses ustensiles vers une cour qui ne participe pas à l'erouv, selon Rachi n'annule pas un droit. Et un Tsadouki transgresse toutes les paroles des Sages. Il a répondu : ils ne transgressent pas en public, car ils craignent les Peroushim. C'est pourquoi Rabbi Yehouda ne compte pas le Tsadouki comme un nokhri. Et aussi ce qu'il a écrit, que Rabbi Yehouda diverge de lui et tient que, selon Rabban Gamliel, un Tsadouki est comme un nokhri : cela ne se tient pas selon la michna. Même Rabbi Yehouda tient qu'un Tsadouki annule un droit. Il tient que la hazaka ne sert pas. Bien que l'on réponde dans une réponse : que signifie avant qu'il ne sorte ? Avant que le jour ne sorte. On en apprendrait qu'un Tsadouki est comme un nokhri, même selon Rabbi Yehouda de la michna. Il y a une autre réponse, qui distingue le privé (betsinea) et le public (befarhesia), et cette réponse est la principale, parce qu'elle dispense de corriger la michna. Et ce qu'il a écrit, qu'il y a ici une koula et une houmera : s'il est comme un nokhri, il n'annule pas un droit et on loue de lui ; s'il n'est pas comme un nokhri, il annule un droit et on ne loue pas de lui. Ses paroles ne se comprennent pas. C'est certes une indulgence : il n'est pas comme un nokhri, il annule son droit par la parole, et la sekhirut (location) n'est pas exigée. Et ce qu'il a écrit : s'il n'est pas comme un nokhri, il annule un droit et on ne loue pas de lui. Cela ne se tient pas. Un Israël qui n'a pas voulu annuler, et qui a voulu louer : on loue de lui. Et il me paraît que la halakha est comme Rabban Gamliel, car nous tenons que la halakha suit les paroles de l'indulgent en matière d'erouv. Et aussi, du fait que Rabbi Meir et Rabbi Yehouda divergent selon Rabban Gamliel, il en résulte qu'ils tiennent comme lui. Et encore une preuve, de Rabbi Ami et de Rabbi Asi, qui ont décrété sur les Koutim de ne pas annuler un droit, Houlin, daf 6. On apprend que jusqu'à leurs jours ils annulaient un droit. Et forcément il faut dire, comme Rachi l'a expliqué au début de notre chapitre, qu'ils tenaient comme Rabban Gamliel : un Tsadouki et un Kouti ne sont pas comme un nokhri. Guemara. Les Rabbis ont enseigné : celui qui a donné son droit et a sorti, que ce soit délibérément ou par inadvertance, il interdit, paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : par inadvertance il n'interdit pas, délibérément il interdit. Dans quel cas ces paroles sont-elles dites ? Lorsque les habitants du mavoi n'ont pas pris possession du mavoi. Mais s'ils ont pris possession du mavoi, que ce soit par inadvertance ou délibérément, il n'interdit pas. Rachi a expliqué : ce dans quel cas porte sur Rabbi Meir, car selon Rabbi Yehouda de la michna la hazaka ne sert pas. Pour Rabbi Yehouda de la baraita, on peut expliquer ce dans quel cas même selon Rabbi Yehouda. Le Raz ha-Levi a écrit que nous nous appuyons sur cette réponse : que signifie avant qu'il ne sorte ? Avant que le jour ne sorte, et la hazaka sert selon Rabbi Yehouda. À mes yeux, l'autre réponse est la principale, celle qui dispense de corriger la michna, et la hazaka ne sert pas selon Rabbi Yehouda. Il est possible que la halakha suive les paroles de l'indulgent en matière d'erouv, et que la hazaka serve. C'est ainsi qu'il apparaît.
💡 Explication

Hassorei mehassera : la michna est à compléter. Le premier tanna : le Tsadouki a le statut du goy. Son bitoul exige une sekhirut. Rabban Gamliel : il annule par la parole, comme un Israël.

Le fait de Jérusalem montre la suite pratique. Le père dit : sortez les ustensiles tout de suite. Cette sortie est une hazaka (prise de possession). Après elle, le Tsadouki ne reprend plus son droit en sortant les siens. Rachi place la scène après l'entrée du Chabbat : une hazaka faite de jour ne prouve rien.

Le Roch tranche vers Rabban Gamliel, au titre de l'avis indulgent en matière d'erouv, et discute si la hazaka sert selon Rabbi Yehouda.

16
וְהָתַנְיָא: הַדָּר עִם הַנָּכְרִי, צָדוֹקִי, וּבְיָתוֹסִי — הֲרֵי אֵלּוּ אוֹסְרִין עָלָיו. (רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: צַדּוּקִי וּבַיְתּוֹסִי אֵינָן אוֹסְרִין.) וּמַעֲשֶׂה בְּצַדּוּקִי אֶחָד שֶׁהָיָה דָּר עִם רַבָּן גַּמְלִיאֵל בְּמָבוֹי בִּירוּשָׁלַיִם, וְאָמַר לָהֶם רַבָּן גַּמְלִיאֵל לְבָנָיו: בְּנִי, מַהֲרוּ וְהוֹצִיאוּ מַה שֶּׁאַתֶּם מוֹצִיאִין וְהַכְנִיסוּ מַה שֶּׁאַתֶּם מַכְנִיסִין, עַד שֶׁלֹּא יוֹצִיא הַתֹּועֵב הַזֶּה וְיֶאֱסֹר עֲלֵיכֶם, שֶׁהֲרֵי בִּיטֵּל רְשׁוּתוֹ לָכֶם, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר.

Et on a enseigné dans une baraita : celui qui habite avec le nokhri (non-Juif), le Tsadouki et le Baitoussi (boéthuséen), ceux-là lui interdisent. (Rabban Gamliel dit : le Tsadouki et le Baitoussi n'interdisent pas.) Et un fait : un Tsadouki habitait avec Rabban Gamliel dans un mavoi à Jérusalem, et Rabban Gamliel dit à ses fils : mes fils, hâtez-vous, sortez ce que vous sortez et rentrez ce que vous rentrez, avant que cette abomination ne sorte et ne vous l'interdise, car il a annulé son droit en votre faveur.

Paroles de Rabbi Meir.

📜 Rachi (2)
וְהַתַּנְיָא בְּנִיחוּתָא דִּפְלִיגִי רַבָּנָן בְּצָדוֹקִי:
Sur un ton de constat (benihuta) : les Sages divergent au sujet du Tsadouki.
עַד שֶׁלֹּא יוֹצִיא כֵּלָיו בַּמָּבוֹי וְיַחֲזֹור וְיִטֹּול אֶת רְשׁוּתוֹ:
Ses ustensiles dans le mavoi, et il reprend son droit.
🗂️ Tossefot (2)
וְהַתַּנְיָא בְּנִיחוּתָא וּמַייְתִי סִיּוּעָא דִּפְלִיגִי רַבָּנָן בְּצָדוֹקִי אֲבָל מִכָּל מָקוֹם בְּבָרַיְיתָא זוֹ צ"ל חַסּוּרֵי מִיחַסְּרָא שֶׁלֹּא יְהֵא מַעֲשֶׂה לִסְתֹּור וְאֵינוֹ נִרְאֶה כְּלָל לְחַלֵּק מִשּׁוּם דְּמַתְנִי' סְתָמָא קָתָנֵי אֲבָל בַּבָּרַיְיתָא מְסַייֵּם בָּהּ דִּבְרֵי ר"מ שֶׁהָיָה שׁוֹנֶה דִּבְרֵי רַבּוֹתָיו:
Sur un ton de constat, et l'on apporte un appui : les Sages divergent au sujet du Tsadouki. Toutefois, dans cette baraita aussi, il faut dire qu'il manque un élément, afin que le récit ne vienne pas contredire. Distinguer au motif que la michna enseigne sans nom d'auteur, tandis que la baraita se termine par les paroles de Rabbi Meir, qui répétait les paroles de ses maîtres, n'a pas de fondement.
וְהוֹצִיאוּ מַה שֶּׁאַתֶּם מוֹצִיאִין וְהַכְנִיסוּ מַה כו' פֵּירוּשׁ אוֹ הִכְנִיסוֹ דִּבְחַד מִינַּייְהוּ הָוֵי חֲזָקָה כְּשֶׁעוֹשֶׂה דָּבָר שֶׁהָיָה נֶאֱסָר בְּלֹא בִּיטּוּל וְהָא דְּקָתָנֵי בְּסָמוּךְ מִי שֶׁנָּתַן רְשׁוּתוֹ וְהוֹצִיא בֵּין בְּשׁוֹגֵג בֵּין בְּמֵזִיד אוֹסֵר לָאו דַּוְקָא הוֹצִיא אֶלָּא אֲפִילּוּ הִכְנִיס:
Sens : ou bien rentrez. L'un des deux suffit pour la hazaka, dès qu'il fait une chose qui aurait été interdite sans le bitoul. Et ce qui est enseigné ensuite : celui qui a donné son droit et a sorti, que ce soit par inadvertance ou délibérément, il interdit. Le verbe sorti couvre aussi le fait de rentrer.
💡 Explication

La baraita est amenée benihuta, comme un appui, non comme une objection. Nokhri, Tsadouki et Baitoussi interdisent le mavoi. Rabban Gamliel retire le Tsadouki et le Baitoussi de cette liste.

Le récit, attribué à Rabbi Meir, met les mots dans la bouche de Rabban Gamliel parlant à ses fils. Sortir ou rentrer, l'un des deux est une hazaka. Tossefot : la baraita aussi est incomplète, sinon le récit contredirait son ouverture. Et le verbe sortir, dans la michna du don de droit, couvre aussi le fait de rentrer.

🖼️ Schéma
Hazaka avant qu'il ne sorte Deux lectures de l'ordre de Rabban Gamliel Le Tsadouki a déjà annulé son droit dans le mavoi Eux sortent ou rentrent en premier Hazaka le mavoi est tenu par eux S'il sort après, il ne reprend plus selon Rabbi Meir > > Rabbi Yehouda, autre formule : faites vos affaires avant la nuit. Rachi : même après la hazaka, il peut encore se rétracter.
S'ils sortent ou rentrent avant lui, la hazaka tient le mavoi. Rabbi Yehouda place l'ordre avant la nuit.
17
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: בְּלָשׁוֹן אַחֶרֶת — מַהֲרוּ וַעֲשׂוּ צָורְכֵיכֶם בַּמָּבוֹי, עַד שֶׁלֹּא תֶּחְשַׁךְ וְיֶאֱסֹר עֲלֵיכֶם.

Rabbi Yehouda dit : dans une autre formulation. Hâtez-vous et faites vos affaires dans le mavoi, avant qu'il ne fasse nuit et qu'il ne vous l'interdise.

📜 Rachi (1)
וַעֲשׂוּ צָורְכֵיכֶם מִבְּעוֹד יוֹם עַד שֶׁלֹּא תֶּחְשַׁךְ קָסָבַר ר' יְהוּדָה דְּלָא פְּלִיג רַבָּן גַּמְלִיאֵל אֶלָּא צָדוֹקִי כְּנָכְרִי ס"ל וְאֵין יָכוֹל לְבַטֵּל וּלְקַמָּן פָּרִיךְ וְהִתְנָן לְרַבִּי יְהוּדָה עַד שֶׁלֹּא יוֹצִיא אַלְמָא לֵר' יְהוּדָה אַלִּיבָּא דְּרַבָּן גַּמְלִיאֵל יָכוֹל הוּא לְבַטֵּל וּבְהָא הוּא דִּפְלִיג רַבִּי יְהוּדָה דְּקָסָבַר לְאַחַר חֲזָקָה נָמֵי יָכוֹל לַחֲזֹור בּוֹ:
Pendant qu'il fait encore jour, avant la nuit. Rabbi Yehouda tient que Rabban Gamliel ne diverge pas : il tient qu'un Tsadouki est comme un nokhri et ne peut pas annuler. Plus loin on objecte : or nous avons appris, selon Rabbi Yehouda, avant qu'il ne sorte. On apprend que, selon Rabbi Yehouda au nom de Rabban Gamliel, il peut annuler. Et c'est sur ce point que Rabbi Yehouda diverge : il tient que, même après la hazaka, il peut se rétracter.
💡 Explication

Rabbi Yehouda change la formule, et le moment. Les affaires du mavoi se font avant la nuit, donc avant Chabbat. L'interdit est attaché à la tombée de la nuit.

Rachi en tire d'abord que, pour Rabbi Yehouda, Rabban Gamliel traite le Tsadouki comme un nokhri : pas de bitoul. La suite du daf objecte depuis la leçon avant qu'il ne sorte, qui suppose un bitoul. La divergence qui reste : après la hazaka, Rabbi Yehouda lui laisse encore la faculté de se rétracter.

18
אָמַר מַר: הוֹצִיאוּ מַה שֶּׁאַתֶּם מוֹצִיאִין, וְהַכְנִיסוּ מַה שֶּׁאַתֶּם מַכְנִיסִין, עַד שֶׁלֹּא יוֹצִיא הַתֹּועֵב הַזֶּה וְיֶאֱסֹר עֲלֵיכֶם. לְמֵימְרָא דְּכִי מַפְּקִי אִינְהוּ וַהֲדַר מַפֵּיק אִיהוּ לָא אָסַר?!

Le maître a dit : sortez ce que vous sortez, et rentrez ce que vous rentrez, avant que cette abomination ne sorte et ne vous l'interdise. Est-ce à dire que, lorsqu'eux sortent et qu'ensuite lui sort, il n'interdit pas ?

🗂️ Tossefot (1)
לְמֵימְרָא דְּכִי מַפְּקִי אִינְהוּ כו' מִתּוֹךְ הַלָּשׁוֹן מַשְׁמַע דְּמַסִּיק אַדַּעְתֵּיהּ שַׁפִּיר לְחַלֵּק בֵּין מַפִּיק אִינְהוּ וַהֲדַר מַפֵּיק אִיהוּ לְמַפִּיק אִיהוּ בְּרֵישָׁא וְתֵימַהּ דְּאִם כֵּן מַאי קָא קַשְׁיָא לֵיהּ הָא אִיכָּא לְאוֹקוֹמֵי מַתְנֵי' דָּמֵי שֶׁנָּתַן רְשׁוּתוֹ כּוּ' כְּגוֹן דְּמַפִּיק אִיהוּ בְּרֵישָׁא כְּדִמְשַׁנֵּי אַבַּיֵּי כָּאן שֶׁהֶחֱזִיקוּ וְאֵין לוֹמַר דָּמֵי שֶׁנָּתַן רְשׁוּתוֹ וְהוֹצִיא מַשְׁמַע לֵיהּ בְּכָל עִנְיָן שֶׁהוֹצִיא אֲפִילּוּ דְּמַפְּקִי לֵיהּ אִינְהוּ בְּרֵישָׁא דְּהָא כִּי מְשַׁנֵּי רַב יוֹסֵף אֵימָא אֵינוֹ אוֹסֵר ע"כ לָאו בְּכָל עִנְיָן קָתָנֵי דְּהָא בָּעֵי לְמֵימַר כִּי מַפִּיק אִיהוּ בְּרֵישָׁא אוֹסֵר וּמְפָרֵשׁ ר"י דָּמֵי שֶׁנָּתַן רְשׁוּתוֹ מַשְׁמַע לֵיהּ שֶׁנִּגְמְרָה לְגַמְרֵי מַתְּנָתוֹ דְּהַייְנוּ כִּי הֶחֱזִיקוּ דְּאַפְּקֵי אִינְהוּ בְּרֵישָׁא מִדְּלָא קָתָנֵי מִי שֶׁבִּיטֵּל דְּמַשְׁמַע אֲמִירָה בְּעָלְמָא כִּדְקָתָנֵי לְעֵיל שֶׁהֲרֵי בִּיטֵּל לָכֶם רְשׁוּתוֹ וְאַבַּיֵּי דְּמוּקֵי לָהּ בְּשֶׁלֹּא הֶחֱזִיקוּ קָא סָבַר דְּשַׁיָּיךְ לְמִיתְנֵי מִי שֶׁנָּתַן אַף עַל גַּב דְּאַיְירֵי בְּלֹא הֶחֱזִיקוּ וּמַיְיתִי סִייַּעְתָּא מִבָּרַייְתָא דְּקָתָנֵי מִי שֶׁנָּתַן וְקָתָנֵי סֵיפָא בד"א בְּשֶׁלֹּא הֶחֱזִיקוּ אֲבָל לְהָא לָא אִצְטְרִיכָא לֵיהּ לְאַבַּיֵּי לַאֲתוּיֵי רְאָיָה לְחַלֵּק בֵּין הֶחֱזִיקוּ לְלֹא הֶחֱזִיקוּ דְּמִבָּרַיְיתָא דִּלְעֵיל שָׁמְעִי' לֵיהּ דְּקָתָנֵי מַהֲרוּ וְהוֹצִיאוּ כו' עַד שֶׁלֹּא יוֹצִיא הוּא כוּ' וּמַאי אֻולְמֵיהּ דְּהָא מֵהַאי:
Du langage, il ressort qu'il a bien à l'esprit de distinguer : eux sortent puis lui sort, et lui sort le premier. Étonnement : si tel est le cas, quelle est sa difficulté ? On peut établir la michna celui qui a donné son droit, etc., dans le cas où lui sort le premier, comme Abaye répond : ici, ils ont pris possession. Et l'on ne peut pas dire que celui qui a donné son droit et a sorti signifie pour lui tous les cas où il a sorti, même lorsqu'eux sortent les premiers. Car lorsque Rav Yossef répond : dis il n'interdit pas, forcément l'enseignement ne vise pas tous les cas, puisqu'il veut dire : lorsqu'il sort le premier, il interdit. Le Ri explique : celui qui a donné son droit signifie pour lui que son don est entièrement achevé, c'est-à-dire lorsqu'ils ont pris possession, eux étant sortis les premiers. Il n'enseigne pas celui qui a annulé, ce qui signifierait une simple parole, comme il est enseigné plus haut : car il a annulé son droit en votre faveur. Et Abaye, qui l'établit dans le cas où ils n'ont pas pris possession, tient qu'il convient d'enseigner celui qui a donné même lorsque l'on parle sans prise de possession. Il apporte un appui d'une baraita qui enseigne celui qui a donné, et qui enseigne à la fin : dans quel cas ces paroles sont-elles dites ? Lorsqu'ils n'ont pas pris possession. Mais pour ceci, Abaye n'avait pas besoin d'apporter une preuve afin de distinguer ils ont pris possession et ils n'ont pas pris possession, car de la baraita de plus haut on l'entend, qui enseigne : hâtez-vous et sortez, etc., avant qu'il ne sorte, etc. Et quelle est la force de celle-ci par rapport à celle-là ?
💡 Explication

La Guemara s'arrête sur l'ordre de Rabban Gamliel selon Rabbi Meir. S'il faut se hâter avant que le Tsadouki ne sorte, alors le cas inverse est permis : eux d'abord, lui ensuite, et il n'interdit plus.

Tossefot demande pourquoi cette lecture fait difficulté, puisque la michna de celui qui a donné son droit peut viser le cas où lui sort le premier. Le Ri : donner son droit veut dire un don achevé par leur hazaka. Abaye, lui, lit la michna sans hazaka, et Tossefot demande en quoi sa baraita est plus forte que le hâtez-vous déjà cité.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).