Sougya : Ravina propose à Rava de rester sur place, d'annuler sa cour pour les gens de l'enfant, puis de recevoir leur bitoul en retour, selon Rav. Rava tient ici comme Chmouel : on n'annule pas pour revenir et annuler, afin que les paroles des Sages ne deviennent pas huka ve-itlula (risée et moquerie).
La Guemara cherche si Rav et Chmouel suivent les Sages et Rabbi Eliezer, ou Rabbi Meir et Rabbi Yehouda sur le shogeg et le mezid. Rav Ashi ramène la divergence à Rabbi Eliezer et aux Sages.
La suite ouvre la michna du Tsadouki dans le mavoi de Jérusalem : le premier tanna le traite comme un goy, Rabban Gamliel lui donne le bitoul par la parole, et la hazaka des ustensiles ferme le retour en arrière.
Que le maître reste à sa place, qu'il annule en leur faveur, qu'eux reviennent et annulent en faveur du maître, car Rav a dit : on annule, et l'on revient et l'on annule.
Suite de la dernière ligne du daf 68a. Ravina propose trois temps : Rava reste dans sa chambre, il fait bitoul rechout (annulation de son droit) au profit de la cour de l'enfant, puis eux annulent en retour, afin qu'il retrouve sa cour. L'appui est la parole de Rav : on annule, et l'on revient et l'on annule.
Rachi lit le déplacement des ustensiles, au daf précédent, comme un aveu : après le bitoul, Rava n'a plus de permission dans la cour ce jour-là. C'est déjà la position de Chmouel. La proposition de Ravina vaut pour qui ne tient pas ainsi.
Moi, sur ce point, je tiens comme Chmouel, qui a dit : on n'annule pas pour revenir et annuler.
Rava accepte le bitoul d'une cour à une cour, avec Rabbi Yo'hanan. Sur le second point, le retour du bitoul, il tient comme Chmouel.
Il reste donc dans la chambre intérieure après avoir annulé. Les gens de l'enfant prennent l'eau. Le droit ne lui revient pas le même Chabbat.
Et n'est-ce pas une seule raison ? Quelle est la raison pour laquelle on n'annule pas pour revenir et annuler ?
N'est-ce pas que, dès qu'il a annulé son droit, il s'est entièrement retiré d'ici, il est comme un habitant d'une autre cour, et il n'y a pas de bitoul rechout (annulation du droit) d'une cour à une cour ? Le maître aussi, qu'il n'annule pas.
Ravina relie les deux paroles de Chmouel. Si l'interdit du retour vient d'un retrait total, celui qui a annulé est comme un habitant d'une autre cour. Or Chmouel refuse aussi le bitoul d'une cour vers une autre. Rava, qui vient d'annuler sa cour pour la cour voisine, serait pris à la même raison.
Là, voici la raison : afin que la parole des Sages ne devienne pas huka ve-itlula (risée et moquerie).
Rava donne à Chmouel une raison propre au retour du bitoul : la huka ve-itlula. Annuler, reprendre, rendre, reprendrait l'institution des Sages pour un jeu de paroles.
Le retrait total n'est donc pas le motif de cet interdit. Le bitoul d'une cour à une cour, que Rava tient avec Rabbi Yo'hanan, reste debout. Rachi glose les deux mots : huka, le rire ; itlula, la moquerie.
Pour en venir au fait. Rav a dit : on annule, et l'on revient et l'on annule.
Et Chmouel a dit : on n'annule pas pour revenir et annuler.
Goufa : la Guemara reprend la sentence elle-même, hors du récit de l'eau chaude. Deux habitants d'une même cour, sans erouv. Rav permet que chacun annule à son tour, selon le besoin. Chmouel arrête le bitoul au premier geste.
Dirons-nous que Rav et Chmouel divergent dans la divergence des Sages et de Rabbi Eliezer ?
La Guemara propose un cadre plus ancien. Dans la michna, celui qui a annulé le droit de sa cour : les Sages disent que sa maison reste interdite, à lui et à eux, car il n'a annulé que la cour. Rabbi Eliezer permet aux autres d'user de sa maison, car le droit de la maison est parti avec celui de la cour.
Le segment suivant pose l'alignement. L'enjeu est le retrait : reste-t-il un habitant, au point que les autres puissent lui rendre le droit ?
Rav disant comme les Sages, et Chmouel disant comme Rabbi Eliezer.
Selon cette lecture, Rav suit les Sages : le bitoul de la cour laisse la maison. L'homme est encore là. Les autres peuvent donc annuler vers lui.
Chmouel suit Rabbi Eliezer : la maison part avec la cour. Il est comme un habitant d'ailleurs. Personne ne peut lui rendre un droit dans cette cour.
Rav te dirait : ce que je dis vaut même selon Rabbi Eliezer. Jusqu'ici seulement Rabbi Eliezer a parlé, là : celui qui annule le droit de sa cour a annulé le droit de sa maison, parce que les gens n'habitent pas une maison sans cour.
Mais quant au retrait, l'a-t-il dit ?
La comparaison tombe. Rav peut parler même selon Rabbi Eliezer. Rabbi Eliezer n'a traité que le sort de la maison : on n'habite pas une maison coupée de sa cour, donc annuler la cour emporte la maison. Il n'a pas dit que l'homme lui-même est devenu un étranger à la cour, au point d'empêcher le bitoul en retour.
Tossefot, sur la formule même selon les Sages, note une autre raison déjà dite : la huka ve-itlula. Cette glose vise la réponse symétrique, au segment suivant.
Et Chmouel a dit : ce que je dis vaut même selon les Sages. Jusqu'ici seulement les Sages ont parlé, là : ce qu'il a annulé est annulé, et ce qu'il n'a pas annulé n'est pas annulé.
Mais de ce qu'il a annulé, du moins, il s'est entièrement retiré.
Chmouel peut parler même selon les Sages. Eux limitent le bitoul à ce qui a été nommé : la cour part, la maison reste. Sur la part annulée, le retrait est entier. Celui qui a annulé sa cour ne peut plus la recevoir en retour.
Les deux amoraïm échappent donc au cadre de la michna. Leur divergence a son objet propre : le retour du bitoul.
Rav Aha bar Hana a dit au nom de Rav Chechet : c'est comme une divergence de tannaïm. Celui qui a donné son droit, puis a transporté, que ce soit par inadvertance (shogeg) ou délibérément (mezid), il interdit.
Paroles de Rabbi Meir. Rabbi Yehouda dit : délibérément, il interdit ; par inadvertance, il n'interdit pas.
Nouveau cadre, par Rav Chechet. Après le bitoul, l'homme transporte de sa maison vers la cour. Rabbi Meir : shogeg ou mezid, il interdit de nouveau à tous. Son droit est revenu. Rabbi Yehouda : seul le mezid interdit. Le shogeg laisse le bitoul en place.
Rachi aligne Rabbi Meir sur Rav : puisqu'un oubli suffit à faire revenir le droit, l'homme n'était pas retiré, et le bitoul en retour existe.
N'est-ce pas qu'ils divergent sur ceci : l'un tient qu'on annule, et qu'on revient et qu'on annule, et l'autre tient qu'on n'annule pas pour revenir et annuler.
La Guemara nomme l'enjeu. Rabbi Meir, pour qui même le shogeg fait revenir le droit, tiendrait comme Rav. Rabbi Yehouda, pour qui le shogeg laisse le bitoul, tiendrait comme Chmouel : le premier bitoul a retiré l'homme, et l'on ne revient pas annuler vers lui.
Rav Aha bar Tahlifa a dit au nom de Rava : non. Tous tiennent qu'on n'annule pas pour revenir et annuler.
Et ici, ils divergent sur le knas (sanction) du shogeg à cause du mezid. L'un tient : on a sanctionné le shogeg à cause du mezid.
L'autre tient : on n'a pas sanctionné le shogeg à cause du mezid.
Rava refuse l'alignement. Tous, Rabbi Meir compris, tiennent comme Chmouel : pas de bitoul en retour. L'homme s'est retiré. La divergence porte sur un knas : Rabbi Meir étend au shogeg l'interdit prévu pour le mezid. Rabbi Yehouda laisse le shogeg.
Rachi précise le mezid : il n'a pas vendu son droit. S'il reprend ses actes avant la hazaka des autres, le droit revient, et tous l'admettent. Tossefot ajuste le mot knas : l'homme était déjà interdit. Le décret vise le régime du shogeg, calqué sur le mezid.
Rav Ashi a dit : Rav et Chmouel divergent dans la divergence de Rabbi Eliezer et des Sages.
Rav Ashi revient à la première proposition, que la Guemara avait écartée. Rav avec les Sages, Chmouel avec Rabbi Eliezer.
Tossefot en tire une conséquence : Rav Ashi laisse de côté la lecture où Rava, au nom de Chmouel, distinguait les cas où l'on annule et les cas où l'on n'annule pas. Plus haut, cette parole de Chmouel était établie selon les Sages. Ici, Chmouel est placé avec Rabbi Eliezer.
Rabban Gamliel a dit : un fait, un Tsadouki (sadducéen) habitait avec nous. Un Tsadouki, qui en a prononcé le nom ?
La Guemara ouvre la michna. Rabban Gamliel raconte un fait sur un Tsadouki dans leur mavoi. Or le premier tanna parlait du goy. La formule man dekar chmeih demande qui a introduit ce nom.
Rachi précise la gêne : le premier tanna n'a pas posé une loi sur le Tsadouki, à laquelle Rabban Gamliel répondrait qu'il peut faire bitoul.
Il manque un élément, et voici ce qu'elle enseigne : un Tsadouki, le voici comme un goy (non-Juif). Et Rabban Gamliel dit : un Tsadouki n'est pas comme un goy.
Et Rabban Gamliel a dit : un fait, un Tsadouki habitait avec nous dans un mavoi (ruelle) à Jérusalem, et notre père nous a dit : hâtez-vous et sortez les ustensiles vers le mavoi, avant qu'il ne sorte et ne vous l'interdise.
Hassorei mehassera : la michna est à compléter. Le premier tanna : le Tsadouki a le statut du goy. Son bitoul exige une sekhirut. Rabban Gamliel : il annule par la parole, comme un Israël.
Le fait de Jérusalem montre la suite pratique. Le père dit : sortez les ustensiles tout de suite. Cette sortie est une hazaka (prise de possession). Après elle, le Tsadouki ne reprend plus son droit en sortant les siens. Rachi place la scène après l'entrée du Chabbat : une hazaka faite de jour ne prouve rien.
Le Roch tranche vers Rabban Gamliel, au titre de l'avis indulgent en matière d'erouv, et discute si la hazaka sert selon Rabbi Yehouda.
Et on a enseigné dans une baraita : celui qui habite avec le nokhri (non-Juif), le Tsadouki et le Baitoussi (boéthuséen), ceux-là lui interdisent. (Rabban Gamliel dit : le Tsadouki et le Baitoussi n'interdisent pas.) Et un fait : un Tsadouki habitait avec Rabban Gamliel dans un mavoi à Jérusalem, et Rabban Gamliel dit à ses fils : mes fils, hâtez-vous, sortez ce que vous sortez et rentrez ce que vous rentrez, avant que cette abomination ne sorte et ne vous l'interdise, car il a annulé son droit en votre faveur.
Paroles de Rabbi Meir.
La baraita est amenée benihuta, comme un appui, non comme une objection. Nokhri, Tsadouki et Baitoussi interdisent le mavoi. Rabban Gamliel retire le Tsadouki et le Baitoussi de cette liste.
Le récit, attribué à Rabbi Meir, met les mots dans la bouche de Rabban Gamliel parlant à ses fils. Sortir ou rentrer, l'un des deux est une hazaka. Tossefot : la baraita aussi est incomplète, sinon le récit contredirait son ouverture. Et le verbe sortir, dans la michna du don de droit, couvre aussi le fait de rentrer.
Rabbi Yehouda dit : dans une autre formulation. Hâtez-vous et faites vos affaires dans le mavoi, avant qu'il ne fasse nuit et qu'il ne vous l'interdise.
Rabbi Yehouda change la formule, et le moment. Les affaires du mavoi se font avant la nuit, donc avant Chabbat. L'interdit est attaché à la tombée de la nuit.
Rachi en tire d'abord que, pour Rabbi Yehouda, Rabban Gamliel traite le Tsadouki comme un nokhri : pas de bitoul. La suite du daf objecte depuis la leçon avant qu'il ne sorte, qui suppose un bitoul. La divergence qui reste : après la hazaka, Rabbi Yehouda lui laisse encore la faculté de se rétracter.
Le maître a dit : sortez ce que vous sortez, et rentrez ce que vous rentrez, avant que cette abomination ne sorte et ne vous l'interdise. Est-ce à dire que, lorsqu'eux sortent et qu'ensuite lui sort, il n'interdit pas ?
La Guemara s'arrête sur l'ordre de Rabban Gamliel selon Rabbi Meir. S'il faut se hâter avant que le Tsadouki ne sorte, alors le cas inverse est permis : eux d'abord, lui ensuite, et il n'interdit plus.
Tossefot demande pourquoi cette lecture fait difficulté, puisque la michna de celui qui a donné son droit peut viser le cas où lui sort le premier. Le Ri : donner son droit veut dire un don achevé par leur hazaka. Abaye, lui, lit la michna sans hazaka, et Tossefot demande en quoi sa baraita est plus forte que le hâtez-vous déjà cité.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).