Sougya : Le daf achรจve la citation de Rabbi Yehouda (deux maisons des deux cรดtรฉs de la reshout ha-rabim : un lehi de chaque cรดtรฉ suffit) et la rรฉfutation des Sages. La Guemara oppose ร la baraita ยซ comment fait-on l'erouv d'une reshout ha-rabim ยป les enseignements sur Jรฉrusalem et sur les portes de Mehoza : une vraie reshout ha-rabim exige des portes verrouillรฉes la nuit.
Rav Yehouda corrige donc la baraita : elle parle des mavoot mefoulachim (ruelles ouvertes aux deux bouts). Rav tranche comme le Tanna kamma (tsourat ha-petah d'un cรดtรฉ, lehi ou koura de l'autre), Chmouel comme Hanania selon Beit Hillel (une porte d'un cรดtรฉ).
Faut-il verrouiller cette porte ? Chmouel : non ; les portes de Nehardea, la position de Rav Kahana et l'ordre de Rav Nahman prรฉcisent qu'il suffit qu'elle puisse รชtre fermรฉe.
Le cas du mavoy akoum (ruelle coudรฉe) de Nehardea, soumis aux humrot de Rav et de Chmouel, ouvre la question : peut-on cumuler les rigueurs de deux avis opposรฉs ? La baraita sur Beit Chammai et Beit Hillel et la bat kol (voix cรฉleste) servent de rรฉponse.
[Rabbi Yehouda dit :] celui qui avait deux maisons des deux cรดtรฉs de la reshout ha-rabim (domaine public) fait un lehi (montant latรฉral) d'ici et un lehi de lร , ou une koura (poutre transversale) d'ici et une koura de lร , et il porte et dรฉpose au milieu. Ils lui dirent : on ne rend pas la reshout ha-rabim apte par un erouv de cette maniรจre.
Fin de la citation de Rabbi Yehouda commencรฉe en 6a (ยซ yeter al ken ยป). Pour lui, une portion de reshout ha-rabim bordรฉe de deux maisons a dรฉjร deux parois ; il suffit de marquer les deux extrรฉmitรฉs par un lehi ou une koura pour y porter.
Les Sages refusent : un lehi ou une koura ne suffit pas ร fermer une reshout ha-rabim. C'est sur ce point que s'engage la discussion qui suit.
Et si tu dis : c'est de cette maniรจre [par lehi ou koura] qu'elle ne peut pas รชtre rendue apte, mais par des portes elle peut l'รชtre ; or Rabba bar bar Hana n'a-t-il pas dit au nom de Rabbi Yo'hanan : Jรฉrusalem, si ses portes n'รฉtaient pas fermรฉes la nuit, on serait coupable [de porter] ร son sujet au titre de la reshout ha-rabim !
La Guemara vise la baraita citรฉe en 6a : ยซ comment fait-on l'erouv d'une reshout ha-rabim ? ยป, ou Beit Hillel se contentent d'une porte d'un cรดtรฉ et d'un lehi de l'autre. L'objection : ร Jรฉrusalem, mรชme entourรฉe de murailles, seules des portes effectivement fermรฉes la nuit empรชchent la ville d'รชtre une reshout ha-rabim de la Torah.
Rachi : la fermeture transforme la ville en une cour de plusieurs (hatser chel rabim) ; sans erouv, elle reste une karmelit (domaine intermรฉdiaire, d'interdit rabbinique).
Et Oulla a dit : ces portes (abboulei) de Mehoza, si leurs portes n'รฉtaient pas fermรฉes, on serait coupable ร leur sujet au titre de la reshout ha-rabim.
Deuxiรจme preuve dans le mรชme sens : les abboulei (portes de la ville) de Mehoza. Lร encore, seule la fermeture effective des portes retire ร la ville le statut de reshout ha-rabim de la Torah.
Rachi prรฉcise la cible de la question : la baraita de 6a permet, selon Beit Hillel, une porte d'un cรดtรฉ et un lehi ou une koura de l'autre, sans parler de fermeture.
Le Roch cite ici l'ensemble de la sougya de la ville (fin du chapitre 5, 59a-60a) et tranche sur le partage de la ville (lahatsa'in) selon la version indulgente de Rav Pappa.
Rav Yehouda dit : voici ce que [la baraita] dit : comment fait-on l'erouv des mavoot mefoulachim (ruelles ouvertes) sur la reshout ha-rabim ? Il fait une tsourat ha-petah (forme de porte) d'ici et un lehi ou une koura de lร .
Correction de la baraita. Elle porte sur les mavoot mefoulachim : des ruelles ouvertes ร leurs deux extrรฉmitรฉs sur la reshout ha-rabim.
La tsourat ha-petah (deux montants et un linteau) est traitรฉe comme une porte : elle ferme l'un des bouts. L'autre bout reรงoit l'amรฉnagement ordinaire d'un mavoy : lehi ou koura.
Il a รฉtรฉ dit : Rav dit : la halakha est comme le Tanna kamma. Et Chmouel dit : la halakha est comme Hanania.
Dรฉbat de halakha sur la baraita corrigรฉe. Rav suit le Tanna kamma : tsourat ha-petah d'un cรดtรฉ suffit. Chmouel suit Hanania, dans la version de Beit Hillel : il faut une vraie porte d'un cรดtรฉ.
Le Roch tranche comme Rav dans les deux discussions (mavoy mefoulach et mavoy akoum), selon la rรจgle halakha ke-Rav be-issourei. Il distingue aussi la reshout ha-rabim elle-mรชme, qui exige des portes fermรฉes la nuit, des ruelles ouvertes qui s'y rattachent.
La question leur fut posรฉe : selon Hanania dans la position de Beit Hillel, faut-il verrouiller [la porte], ou ne faut-il pas verrouiller ? Viens et entends : Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : il ne faut pas verrouiller.
Et de mรชme Rav Matna a dit au nom de Chmouel : il ne faut pas verrouiller. Certains disent : Rav Matna a dit : un cas m'est arrivรฉ, et Chmouel m'a dit : il ne faut pas verrouiller.
Dans la baraita, Beit Chammai prรฉcisent explicitement ยซ quand il sort et entre, il ferme ยป ; pour Beit Hillel, la fermeture n'est pas mentionnรฉe. D'oรน la question : la porte unique de Beit Hillel doit-elle รชtre verrouillรฉe ?
Deux traditions rapportent la rรฉponse de Chmouel, qui suit prรฉcisรฉment Hanania selon Beit Hillel : ce n'est pas nรฉcessaire. La seconde version prรฉsente cette rรฉponse comme une dรฉcision rendue sur un cas rรฉel (maasse).
On demanda ร Rav Anan : faut-il verrouiller ou ne faut-il pas verrouiller ? Il leur dit : viens voir ces portes (abboulei) de Nehardea, enfouies jusqu'ร la moitiรฉ dans la terre ; Mar Chmouel entrait et sortait, et il ne leur disait rien.
Preuve par la conduite de Chmouel : les portes de Nehardea, ร moitiรฉ enterrรฉes, ne pouvaient pas รชtre fermรฉes, et Chmouel n'a rien exigรฉ. Donc la porte de Beit Hillel n'a pas besoin d'รชtre verrouillรฉe.
Rav Kahana dit : celles-lร รฉtaient megoufot (partiellement fermรฉes).
Rav Kahana rรฉfute la preuve : les portes de Nehardea รฉtaient megoufot, dรฉjร en partie fermรฉes. Le silence de Chmouel ne prouve donc rien sur une porte ordinaire.
Quand Rav Nahman vint, il dit : dรฉgagez leur terre. Dirons-nous que Rav Nahman pense qu'il faut verrouiller ?
Non : du moment qu'elles sont aptes ร รชtre fermรฉes, mรชme si elles ne sont pas fermรฉes.
Rav Nahman fait dรฉgager la terre. La Guemara รฉcarte l'idรฉe qu'il exige la fermeture effective : il exige seulement que les portes soient rรฉ'ouyot lin'ol, aptes ร รชtre fermรฉes.
Trois niveaux se dรฉgagent : porte fermรฉe (Beit Chammai), porte apte ร fermer (conclusion pour Beit Hillel), porte hors d'usage (insuffisante).
Ce mavoy akoum (ruelle coudรฉe) qui รฉtait ร Nehardea, on lui imposa la rigueur de Rav et la rigueur de Chmouel, et on exigea pour lui des portes. La rigueur de Rav, qui a dit : sa loi est celle du [mavoy] mefoulach.
Mais Rav n'a-t-il pas dit : la halakha est comme le Tanna kamma ?!
Le mavoy akoum a la forme d'un L, ses deux bouts ouvrant sur la reshout ha-rabim. En 6a, Rav a dit que sa loi est celle du mefoulach. ร Nehardea, on a exigรฉ des portes.
La Guemara cherche d'abord ร attribuer cette exigence ร Rav seul ; mais Rav tranche comme le Tanna kamma, qui n'exige aucune porte.
Selon Chmouel, qui a dit : la halakha est comme Hanania. Mais Chmouel n'a-t-il pas dit : sa loi est celle du [mavoy] fermรฉ !
Selon Rav, qui a dit : sa loi est celle du mefoulach.
Chmouel seul ne suffit pas non plus : pour lui le mavoy akoum est comme fermรฉ (satoum) et n'exige aucune porte. L'exigence vient donc du cumul : le statut de mefoulach selon Rav, et la porte exigรฉe pour le mefoulach selon Chmouel.
Mais agissons-nous selon deux rigueurs ? N'a-t-on pas enseignรฉ : la halakha est toujours comme Beit Hillel ; mais celui qui veut agir selon les paroles de Beit Chammai le fait, selon les paroles de Beit Hillel le fait.
[Celui qui prend] les indulgences de Beit Chammai et les indulgences de Beit Hillel est un mรฉchant. [Celui qui prend] les rigueurs de Beit Chammai et les rigueurs de Beit Hillel, ร son sujet le verset dit : ยซ Le sot marche dans l'obscuritรฉ ยป (Kohelet 2, 14).
Mais [il agit] ou bien selon Beit Chammai, selon leurs indulgences et leurs rigueurs, ou bien selon Beit Hillel, selon leurs indulgences et leurs rigueurs.
Objection de principe. La baraita distingue quatre conduites : suivre entiรจrement Beit Chammai ou entiรจrement Beit Hillel est admis ; prendre les koulot (indulgences) des deux est la conduite d'un racha ; prendre les humrot (rigueurs) des deux est celle du kessil (sot).
Tossafot prรฉcise pourquoi le cas de Nehardea tombe sous cet interdit : le rรฉsultat obtenu (des portes) n'est l'avis de personne, puisque Rav et Chmouel permettent chacun ce mavoy sans porte.
Cela mรชme est difficile : tu as dit ยซ la halakha est toujours comme Beit Hillel ยป, puis tu dis ยซ celui qui veut agir selon les paroles de Beit Chammai le fait ยป ?!
Avant de rรฉpondre sur le cumul, la Guemara relรจve une contradiction interne dans la baraita : si la halakha est toujours comme Beit Hillel, comment laisser le choix de suivre Beit Chammai ?
Ce n'est pas difficile : ici, avant la bat kol (voix cรฉleste) ; lร , aprรจs la bat kol.
Premiรจre rรฉponse : le libre choix date d'avant la bat kol ; aprรจs la bat kol, qui a proclamรฉ ยซ la halakha est comme Beit Hillel ยป (13b), on suit Beit Hillel.
Et si tu veux, dis : l'un et l'autre aprรจs la bat kol,
Seconde rรฉponse : les deux clauses datent d'aprรจs la bat kol ; la suite (7a) l'attribue ร Rabbi Yehochoua, pour qui on ne tient pas compte d'une bat kol.
Tossafot explique pourquoi la bat kol en faveur de Beit Hillel compte, alors que celle de Rabbi Eliezer (Bava Metsia 59b) est รฉcartรฉe : ici elle confirme l'avis de la majoritรฉ ; lร -bas elle s'y opposait.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).