Sougya : Le daf achève la discussion ouverte en 6b : peut-on suivre les humrot de deux avis opposés ? Après deux lectures de la baraita (Rabbi Yehochoua ne tient pas compte de la bat kol ; ou bien la baraita vise toute mahloket de Tannaim), la difficulté des gens de Nehardea demeure.
Rav Nahman bar Yitshak répond qu'ils ont suivi Rav seul (« halakha, mais on ne l'enseigne pas »). Rav Chizvi pose la règle : on ne cumule pas deux humrot qui se contredisent (la colonne vertébrale et le crâne, pour l'impureté du mort et pour la tereifa), mais on cumule celles qui ne se contredisent pas.
L'objection tirée de l'etrog de Rabbi Akiva est levée : il doutait de sa tradition. Rav Yosef rapporte enfin, au nom de Rav, que la mahloket sur le mavoy mefoulach porte sur une ruelle ouverte des deux côtés sur une reshout ha-rabim (seratya, pelatya) ; si un côté donne sur une bik'a (karmelit), tsourat ha-petah d'un côté et lehi ou koura de l'autre suffisent.
Il ajoute, au nom de Rav Yehouda, le cas du mavoy qui débouche sur une rehava ; Abaye précise que cette conclusion vient de Chmouel.
et [cette clause] est selon Rabbi Yehochoua, qui ne tient pas compte d'une bat kol (voix céleste).
Suite de la seconde réponse de 6b : la clause « celui qui veut agir selon Beit Chammai le fait » date d'après la bat kol, et elle suit Rabbi Yehochoua. Pour lui, la bat kol n'a pas d'autorité en halakha (« elle n'est pas dans le ciel », Bava Metsia 59b) ; la mahloket entre Beit Chammai et Beit Hillel reste donc ouverte, et chacun peut suivre l'une ou l'autre école, à condition de la suivre en entier.
Et si tu veux, dis : voici ce qu'elle dit : partout où tu trouves deux Tannaim ou deux Amoraim qui sont en désaccord l'un avec l'autre, à la manière de la mahloket de Beit Chammai et Beit Hillel, on n'agira ni selon la koula (indulgence) de l'un et la koula de l'autre, ni selon la humra (rigueur) de l'un et la humra de l'autre. Mais on agit soit selon la koula de l'un et sa humra, soit selon la koula de l'autre et sa humra.
Troisième réponse : Beit Chammai et Beit Hillel servent seulement d'exemple type. La baraita énonce une règle générale pour toute mahloket : on choisit un maître et on le suit dans ses koulot comme dans ses humrot.
Rachi précise que pour Beit Chammai et Beit Hillel eux-mêmes, le choix n'existe pas : la halakha suit Beit Hillel.
Quoi qu'il en soit, c'est difficile !
Quelle que soit la lecture retenue, la baraita interdit de cumuler les humrot de deux avis. Or à Nehardea on a exigé une porte pour le mavoy akoum (ruelle coudée) : humra de Rav (le akoum est traité comme mefoulach) jointe à la humra de Chmouel (le mefoulach exige une porte). La difficulté revient.
Rav Nahman bar Yitshak dit : ils l'ont fait entièrement selon Rav. Car Rav Houna a dit au nom de Rav : c'est la halakha, mais on ne l'enseigne pas ainsi.
Rav tranche comme le Tanna kamma (tsourat ha-petah suffit pour le mavoy mefoulach), mais selon Rav Houna il ajoute : halakha ve-ein morin ken, on ne donne pas cette décision en public ; la directive pratique exige une porte, comme Hanania. À Nehardea, l'exigence de porte vient donc de Rav lui-même. Aucune humra de Chmouel n'a été ajoutée.
Et selon Rav Ada bar Ahava [au nom de] Rav, qui a dit : c'est la halakha et on l'enseigne ainsi, que peut-on dire ?
Rav Ada bar Ahava rapporte autrement la position de Rav : halakha u-morin ken, on enseigne publiquement que tsourat ha-petah suffit. Selon cette version, l'exigence de porte à Nehardea vient de Chmouel, et le cumul des deux humrot réapparaît.
Rav Chizvi dit : quand n'agissons-nous pas selon les humrot de deux [maîtres] ? La où elles se contredisent l'une l'autre.
Rav Chizvi restreint la règle de la baraita. L'interdit vise deux humrot qui reposent sur des raisonnements opposés au sujet d'une même question. Adopter les deux revient à affirmer une chose et son contraire.
Rachi reprend l'expression de Kohelet (2, 14) employée dans la baraita : celui qui agit ainsi est un kessil, un insensé qui marche dans l'obscurité.
Par exemple la colonne vertébrale et le crâne. Car nous avons appris [dans la michna] : la colonne vertébrale et le crâne auxquels il manque [une partie] — et quel est le manque ?
Pour la colonne, Beit Chammai disent : deux vertèbres, et Beit Hillel disent : une vertèbre. Et pour le crâne, Beit Chammai disent : la mesure d'un trou de foret, et Beit Hillel disent : [un manque tel que] s'il était enlevé à un vivant, celui-ci mourrait.
Exemple de humrot qui se contredisent. La colonne vertébrale ou le crâne complets d'un mort transmettent l'impureté par la tente (ohel) ; s'ils ont un hisaron (manque), ils ne transmettent plus cette impureté. Beit Chammai exigent un grand manque (deux vertèbres), Beit Hillel un petit (une vertèbre).
La même question (une vertèbre en moins est-elle un manque ?) décide si un animal est tereifa. Suivre Beit Chammai pour le mort (encore impur) et Beit Hillel pour l'animal (déjà tereifa) revient à dire en même temps « manque » et « pas manque ». Voir le schéma.
Et Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : et il en est de même pour la tereifa.
Chmouel étend la mahloket à la tereifa : un animal auquel manque une vertèbre est tereifa selon Beit Hillel, kacher selon Beit Chammai. C'est ce lien entre les deux domaines qui crée la contradiction.
Mais là où elles ne se contredisent pas l'une l'autre, nous agissons [selon les deux].
Application à Nehardea : Rav est rigoureux sur la définition (le akoum est un mefoulach), Chmouel sur la loi du mefoulach (il faut une porte). Deux questions distinctes, deux raisons distinctes : le cumul est permis.
Et là où elles se contredisent, nous n'agissons pas [ainsi] ?! Rav Mecharchia objecta : il arriva que Rabbi Akiva cueillit un etrog le premier Chevat et y appliqua deux maasserot (dîmes) : l'une selon Beit Chammai, l'autre selon Beit Hillel ?!
Les fruits d'arbre sont dîmes selon l'année de leur formation, dont le début (Roch ha-chana des arbres) est le 1er Chevat pour Beit Chammai, le 15 Chevat pour Beit Hillel. Un etrog cueilli le 1er Chevat, à la charnière des années 2 et 3 du cycle, relève du maasser ani pour Beit Chammai et du maasser cheni pour Beit Hillel.
Rabbi Akiva prélève les deux : il semble cumuler deux humrot opposées sur une même question (quelle année ?), ce que Rav Chizvi déclarait interdit.
Rabbi Akiva avait un doute sur sa tradition : il ne savait pas si Beit Hillel l'avaient dit au premier Chevat ou au quinze Chevat ; et il agit ici avec rigueur et là avec rigueur.
Réponse : Rabbi Akiva suivait Beit Hillel seuls, mais ignorait quelle date ils avaient enseignée. Devant un safek (doute) portant sur la tradition, il prend les deux côtés du doute. Il s'agit d'une conduite de doute, sans cumul des humrot de deux écoles.
Rav Yosef était assis devant Rav Houna ; il était assis et disait : Rav Yehouda a dit au nom de Rav : la mahloket [porte sur le cas où il y a] une seratya (grande route) d'un côté et une seratya de l'autre, ou une pelatya (place) d'un côté et une pelatya de l'autre.
Retour au mavoy mefoulach (6b). Rav délimite la mahloket entre le Tanna kamma (tsourat ha-petah d'un côté, lehi ou koura de l'autre) et Hanania (une porte) : elle concerne une ruelle dont les deux bouts donnent sur une reshout ha-rabim, seratya (route) ou pelatya (place de marché).
Mais [s'il y a] une seratya d'un côté et une bik'a (vallée) de l'autre, ou une bik'a d'un côté et une bik'a de l'autre, on fait une tsourat ha-petah (forme de porte) d'un côté et un lehi ou une koura de l'autre.
Une bik'a (vallée, terrain ouvert) est une karmelit : ni domaine public ni domaine privé, le port y est interdit seulement d'ordre rabbinique. Si l'un des bouts donne sur une bik'a, même Hanania admet que tsourat ha-petah d'un côté et lehi ou koura de l'autre suffisent.
Or, si [dans le cas d'une] seratya d'un côté et d'une bik'a de l'autre, on fait une tsourat ha-petah d'un côté et un lehi ou une koura de l'autre, faut-il [le dire pour] une bik'a d'un côté et une bik'a de l'autre ?!
Question de style : si le cas le plus grave (route + vallée) se contente de tsourat ha-petah, le cas plus léger (vallée + vallée) va de soi. Pourquoi le mentionner ? Tossafot (segment précédent) note que la Guemara lit la phrase comme une indulgence (« cela suffit ») ; lue comme une exigence (« il faut au moins cela »), la mention aurait un sens.
Voici ce qu'il veut dire : [s'il y a] une seratya d'un côté et une bik'a de l'autre, [le mavoy] est considéré comme [ayant] une bik'a d'un côté et une bik'a de l'autre.
Réponse : la phrase énonce une assimilation. Il suffit qu'un seul bout donne sur une bik'a pour que tout le mavoy soit traité comme ouvert sur des bik'aot des deux côtés. La mention « bik'a et bik'a » sert de point de référence pour la loi.
Et il conclut [cet enseignement] au nom de Rav Yehouda : si le mavoy aboutissait à une rehava (enclos), il n'a besoin de rien.
Une rehava est un enclos fermé derrière les maisons, sans habitants. Selon Rachi et Tossafot, le cas vise un mavoy qui traverse la rehava, dont le mur d'en face est percé vers la reshout ha-rabim : le passage reste ouvert, pourtant rien n'est requis côté rehava. Seul le bout donnant sur la reshout ha-rabim reçoit un lehi ou une koura, comme un mavoy fermé.
Raison donnée par Tossafot : le mavoy finit au milieu de la rehava ; en sortant on tourne à droite ou à gauche, le passage n'est pas en ligne droite, et on ne confondra pas avec un vrai mefoulach.
Abaye dit à Rav Yosef : cet [enseignement] de Rav Yehouda est de Chmouel.
Rav Yehouda avait deux maîtres, Rav et Chmouel. Il a cité la première partie au nom de Rav et la conclusion sans nom : Abaye en déduit qu'elle vient de Chmouel. La Guemara (7b) en tirera les conséquences.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).