Eruvin 7a — Cumuler deux humrot contradictoires, et le mavoy mefoulach entre seratya, pelatya et bik'a

Eruvin 7a

Sougya : Le daf achève la discussion ouverte en 6b : peut-on suivre les humrot de deux avis opposés ? Après deux lectures de la baraita (Rabbi Yehochoua ne tient pas compte de la bat kol ; ou bien la baraita vise toute mahloket de Tannaim), la difficulté des gens de Nehardea demeure.

Rav Nahman bar Yitshak répond qu'ils ont suivi Rav seul (« halakha, mais on ne l'enseigne pas »). Rav Chizvi pose la règle : on ne cumule pas deux humrot qui se contredisent (la colonne vertébrale et le crâne, pour l'impureté du mort et pour la tereifa), mais on cumule celles qui ne se contredisent pas.

L'objection tirée de l'etrog de Rabbi Akiva est levée : il doutait de sa tradition. Rav Yosef rapporte enfin, au nom de Rav, que la mahloket sur le mavoy mefoulach porte sur une ruelle ouverte des deux côtés sur une reshout ha-rabim (seratya, pelatya) ; si un côté donne sur une bik'a (karmelit), tsourat ha-petah d'un côté et lehi ou koura de l'autre suffisent.

Il ajoute, au nom de Rav Yehouda, le cas du mavoy qui débouche sur une rehava ; Abaye précise que cette conclusion vient de Chmouel.

Peut-on cumuler les humrot de deux avis ? (Eruvin 6b-7a) Nehardea : mavoy akoum, humra de Rav + humra de Chmouel la baraita blâme celui qui cumule les humrot des deux écoles Lectures de la baraita : Rabbi Yehochoua (pas de bat kol) ou : la règle vaut pour toute mahloket de deux Tannaim / Amoraim Mikol makom kachya : Nehardea reste difficile Rav Nahman bar Yitshak : tout selon Rav Rav Houna au nom de Rav : halakha, mais on ne l'enseigne pas (on exige la porte) Question : selon Rav Ada bar Ahava (halakha, et on l'enseigne) ? alors on a bien cumulé deux humrot Rav Chizvi : on ne cumule pas des humrot qui se contredisent ex. : colonne vertébrale et crâne (impureté du mort / tereifa) sans contradiction (akoum / mefoulach) : on cumule Objection de Rav Mecharchia : l'etrog de Rabbi Akiva deux maasserot, selon Beit Chammai et selon Beit Hillel Réponse : Rabbi Akiva doutait de sa tradition Beit Hillel : 1er ou 15 Chevat ? Il suit Beit Hillel, par doute
Le fil de la sougya : du cas de Nehardea à la règle de Rav Chizvi et à l'etrog de Rabbi Akiva.
Mavoy mefoulach : sur quoi donnent les deux bouts ? Côté A / Côté B Loi (Rav, rapporté par Rav Yosef) seratya / seratya pelatya / pelatya Mahloket : T. kamma = tsourat ha-petah + lehi/koura Hanania = porte (delet) + lehi/koura seratya / bik'a (= bik'a / bik'a) Tous d'accord : tsourat ha-petah d'un côté + lehi ou koura de l'autre reshout ha-rabim / rehava (brèche en face) Rav Yehouda (de Chmouel, selon Abaye) : rien côté rehava ; lehi ou koura côté reshout ha-rabim seratya = route ; pelatya = place de marché ; bik'a = vallée (karmelit, interdit rabbinique)
La loi du mavoy mefoulach selon ce qui borde chacun de ses deux bouts.
1
ורבי יהושע היא דלא משגח בבת קול.

et [cette clause] est selon Rabbi Yehochoua, qui ne tient pas compte d'une bat kol (voix céleste).

📜 Rachi (1)
ורבי יהושע בפרק הזהב בבבא מציעא (ד' נט:):
Et Rabbi Yehochoua : au chapitre Ha-zahav, dans Bava Metsia (59b).
💡 Explication

Suite de la seconde réponse de 6b : la clause « celui qui veut agir selon Beit Chammai le fait » date d'après la bat kol, et elle suit Rabbi Yehochoua. Pour lui, la bat kol n'a pas d'autorité en halakha (« elle n'est pas dans le ciel », Bava Metsia 59b) ; la mahloket entre Beit Chammai et Beit Hillel reste donc ouverte, et chacun peut suivre l'une ou l'autre école, à condition de la suivre en entier.

2
ואיבעית אימא, הכי קאמר: כל היכא דמשכחת תרי תנאי ותרי אמוראי דפליגי אהדדי כעין מחלוקת בית שמאי ובית הלל — לא ליעבד כי קוליה דמר וכי קוליה דמר, ולא כחומריה דמר וכי חומריה דמר. אלא, או כי קוליה דמר וכחומריה עביד, או כקוליה דמר וכחומריה עביד.

Et si tu veux, dis : voici ce qu'elle dit : partout où tu trouves deux Tannaim ou deux Amoraim qui sont en désaccord l'un avec l'autre, à la manière de la mahloket de Beit Chammai et Beit Hillel, on n'agira ni selon la koula (indulgence) de l'un et la koula de l'autre, ni selon la humra (rigueur) de l'un et la humra de l'autre. Mais on agit soit selon la koula de l'un et sa humra, soit selon la koula de l'autre et sa humra.

📜 Rachi (1)
ואיבעית אימא הרוצה לעשות דקתני לאו בית שמאי ובית הלל דווקא נקט על כרחיך כב"ה בעי למיעבד אלא אפלוגתא דשאר תנאי בעלמא קאי דפליגי בעלמא בשאר מילי כגון אלו מחלוקת דבית שמאי ובית הלל כלומר כי היכי דפליגי בית שמאי ובית הלל בדברי מחלוקתן:
Et si tu veux, dis : [la clause] « celui qui veut agir » qu'enseigne [la baraita] ne vise pas précisément Beit Chammai et Beit Hillel, car on doit forcément agir selon Beit Hillel ; elle vise la mahloket d'autres Tannaim en général, qui sont en désaccord sur d'autres sujets, à la manière des mahlokot de Beit Chammai et Beit Hillel ; c'est-à-dire : de la même façon que Beit Chammai et Beit Hillel sont en désaccord dans les sujets de leur mahloket.
💡 Explication

Troisième réponse : Beit Chammai et Beit Hillel servent seulement d'exemple type. La baraita énonce une règle générale pour toute mahloket : on choisit un maître et on le suit dans ses koulot comme dans ses humrot.

Rachi précise que pour Beit Chammai et Beit Hillel eux-mêmes, le choix n'existe pas : la halakha suit Beit Hillel.

3
מכל מקום קשיא!

Quoi qu'il en soit, c'est difficile !

📜 Rachi (1)
מכל מקום ברייתא (לא) מתרצה וקשיא לנהרדעי דעבוד כתרי חומרי:
Quoi qu'il en soit : la baraita est expliquée, mais [la question] reste difficile pour les gens de Nehardea, qui ont agi selon deux humrot.
💡 Explication

Quelle que soit la lecture retenue, la baraita interdit de cumuler les humrot de deux avis. Or à Nehardea on a exigé une porte pour le mavoy akoum (ruelle coudée) : humra de Rav (le akoum est traité comme mefoulach) jointe à la humra de Chmouel (le mefoulach exige une porte). La difficulté revient.

4
אמר רב נחמן בר יצחק: כוליה כרב עבדוה. דאמר רב הונא אמר רב: הלכה ואין מורין כן.

Rav Nahman bar Yitshak dit : ils l'ont fait entièrement selon Rav. Car Rav Houna a dit au nom de Rav : c'est la halakha, mais on ne l'enseigne pas ainsi.

📜 Rachi (2)
הלכה כתנא קמא:
C'est la halakha : selon le Tanna kamma.
ואין מורין כן אלא כחנניה דבעי דלתות:
Mais on ne l'enseigne pas ainsi : [on enseigne] plutôt selon Hanania, qui exige des portes.
💡 Explication

Rav tranche comme le Tanna kamma (tsourat ha-petah suffit pour le mavoy mefoulach), mais selon Rav Houna il ajoute : halakha ve-ein morin ken, on ne donne pas cette décision en public ; la directive pratique exige une porte, comme Hanania. À Nehardea, l'exigence de porte vient donc de Rav lui-même. Aucune humra de Chmouel n'a été ajoutée.

5
ולרב אדא בר אהבה אמר רב, דאמר: הלכה ומורין כן, מאי איכא למימר?

Et selon Rav Ada bar Ahava [au nom de] Rav, qui a dit : c'est la halakha et on l'enseigne ainsi, que peut-on dire ?

💡 Explication

Rav Ada bar Ahava rapporte autrement la position de Rav : halakha u-morin ken, on enseigne publiquement que tsourat ha-petah suffit. Selon cette version, l'exigence de porte à Nehardea vient de Chmouel, et le cumul des deux humrot réapparaît.

6
אמר רב שיזבי: כי לא עבדינן כחומרי דבי תרי — היכא דסתרי אהדדי.

Rav Chizvi dit : quand n'agissons-nous pas selon les humrot de deux [maîtres] ? La où elles se contredisent l'une l'autre.

📜 Rachi (1)
דסתרן אהדדי תרי תנאי דפליגי מר מחמיר ומר מיקל וטעמא דחומריה דמר בהאי הוי קולא בדוכתא אחריתי וטעמא דקוליה דמר בהאי הוי חומרא בדוכתא אחריתי מאן דעבד בהנך תרי דוכתי לחומרא מיקרי כסיל דהא חד טעמא הוא דהכא הוי חומרא והכא הוי קולא ואי ההוא טעמא סבירא ליה ליעביד כקוליה וכחומריה:
Qui se contredisent : deux Tannaim en désaccord, l'un est rigoureux et l'autre indulgent ; la raison de la humra de l'un, dans ce cas, devient une koula dans un autre domaine, et la raison de la koula de l'autre, dans ce cas, devient une humra dans un autre domaine. Celui qui agit avec rigueur dans ces deux domaines est appelé kessil (insensé), car c'est une seule et même raison qui ici est une humra et là une koula ; s'il adopte cette raison, qu'il agisse selon sa koula et selon sa humra.
💡 Explication

Rav Chizvi restreint la règle de la baraita. L'interdit vise deux humrot qui reposent sur des raisonnements opposés au sujet d'une même question. Adopter les deux revient à affirmer une chose et son contraire.

Rachi reprend l'expression de Kohelet (2, 14) employée dans la baraita : celui qui agit ainsi est un kessil, un insensé qui marche dans l'obscurité.

7
כגון שדרה וגולגולת. דתנן: השדרה והגולגולת שחסרו — וכמה חסרון? בשדרה, בית שמאי אומרים: שתי חוליות, ובית הלל אומרים: חוליא אחת. ובגולגולת, בית שמאי אומרים: כמלא מקדח, ובית הלל אומרים: כדי שינטל מן החי וימות.

Par exemple la colonne vertébrale et le crâne. Car nous avons appris [dans la michna] : la colonne vertébrale et le crâne auxquels il manque [une partie] — et quel est le manque ?

Pour la colonne, Beit Chammai disent : deux vertèbres, et Beit Hillel disent : une vertèbre. Et pour le crâne, Beit Chammai disent : la mesure d'un trou de foret, et Beit Hillel disent : [un manque tel que] s'il était enlevé à un vivant, celui-ci mourrait.

📜 Rachi (3)
כגון שדרה וגולגולת של מת דאיפליגו בה דלבית שמאי לא הוי חסרון אלא בב' חוליות ואם חסרה חוליא אחת עדיין מטמא באהל וגבי טריפה נמי לא הוי חסרון וכשירה והוי טעמא דבית שמאי חומרא לגבי מת ולבית הלל דאמרי חסרון הוא הוי חומרא לגבי טריפה ומאן דעביד בטריפה כבית הלל וכבית שמאי במת הוי כסיל דהא סתרין עובדי אהדדי דהכא הוי חסרון והכא לא הוי חסרון:
Par exemple la colonne vertébrale et le crâne : d'un mort, où ils sont en désaccord. Selon Beit Chammai, il n'y a de manque qu'avec deux vertèbres ; s'il manque une seule vertèbre, [la colonne] transmet encore l'impureté dans la tente (ohel) ; et pour la tereifa aussi ce n'est pas un manque, et [l'animal] est kacher. La raison de Beit Chammai est donc une humra pour le mort ; et pour Beit Hillel, qui disent que c'est un manque, c'est une humra pour la tereifa. Celui qui agit pour la tereifa selon Beit Hillel et pour le mort selon Beit Chammai est un kessil (insensé), car ses actes se contredisent : ici c'est un manque et là ce n'est pas un manque.
השדרה והגולגולת גבי טומאת אהל במת תנן כמה חסרון בשדרה ותצא מתורת שדרה ותידון כשאר עצם כשעורה שאינו מטמא באהל:
La colonne vertébrale et le crâne : nous l'avons appris à propos de l'impureté de la tente chez le mort : quel est le manque dans la colonne pour qu'elle sorte du statut de colonne et soit jugée comme les autres os de la taille d'un grain d'orge, qui ne transmettent pas l'impureté dans la tente ?
כמלא מקדח וכדי שינטל מן החי וימות מפרש להו בבכורות בפרק שלישי:
La mesure d'un trou de foret : [cette mesure] et « s'il était enlevé à un vivant, il mourrait » sont expliquées dans Bekhorot, au troisième chapitre.
🗂️ Tossefot (2)
כגון שדרה וגולגולת משמע דוכן לטרפה אתרוייהו קאי ואם תאמר מאי קאמרי ב"ה כדי שינטל מן החי וימות לב"ש נמי מיית בשיעורא דידהו ועוד מאי קמ"ל רב יהודה דאמר וכן לטרפה לענין גולגולת כיון דמיית בה וי"ל דרגילות הוא למות על ידי נטילה בחסרון מועט מעל ידי רקיבה וחולי וא"ת ובאלו טרפות (חולין ד' מב:) דפריך והאיכא בסג"ר ושב שמעתתא והסמ"ך הוי חסרון בשדרה ואמאי לא פריך נמי מגולגולת וי"ל דחסרון גולגולת דטריפה היינו משום דסוף הקרום של מוח ליפסק והוי בכלל י"ח טריפות אבל שדרה לא הוי משום דסוף החוט ליפסק דאפילו למטה מפרשות דליכא טרפות בפסיקת החוט איירי:
Par exemple la colonne vertébrale et le crâne : cela implique que « et de même pour la tereifa » se rapporte aux deux. Et si tu demandes : que disent Beit Hillel avec « s'il était enlevé à un vivant, il mourrait » ? Selon Beit Chammai aussi, il meurt avec leur mesure ! De plus, que nous apprend Rav Yehouda en disant « et de même pour la tereifa » au sujet du crâne, puisqu'il en meurt ? On peut répondre qu'on meurt plus couramment par l'ablation d'un petit manque que par pourriture et maladie. Et si tu demandes : au chapitre Elou tereifot (Houlin 42b), où [la Guemara] objecte : « mais il y a [les cas notés] BSGR, les sept enseignements et SMK », [parmi lesquels] le manque dans la colonne ; pourquoi n'objecte-t-elle pas aussi à partir du crâne ? On peut répondre que le manque du crâne rend tereifa parce que la membrane du cerveau finira par se déchirer, et cela entre dans les dix-huit tereifot ; mais la colonne n'est pas [comptée ainsi] au motif que la moelle finira par se rompre, car [son manque] s'applique même au-dessous des ramifications, où la rupture de la moelle ne rend pas tereifa.
(ומיהו כמה בני אדם שניטל הרבה מעצם גולגלתם ולא ניקב הקרום וחיו וצ"ל דחסרון הגולגולת הוי עם קרום העליון ואע"ג דאיכא למ"ד דבבהמה בכה"ג בנקיבת קרום העליון טריפה היינו משום דסוף התחתון ליפסק אבל באדם אין סופו ליפסק לפי שהוא קשה וחזק באדם יותר מבהמה ולכך צריך חסרון העצם אבל למ"ד עד דאינקיב תתאה אדם ובהמה שוים דבין באדם בין בבהמה כי נפסק העצם עם הקרום סוף התחתון ליפסק):
(Toutefois, bien des gens se sont vu enlever une grande partie de l'os du crâne sans que la membrane soit percée, et ils ont vécu. Il faut dire que le manque du crâne [dont on parle] est avec la membrane supérieure. Et bien qu'il y ait un avis selon lequel, chez l'animal, dans un tel cas, la perforation de la membrane supérieure rend tereifa, c'est parce que l'inférieure finira par se déchirer ; chez l'homme elle ne finira pas par se déchirer, car elle est plus dure et plus solide chez l'homme que chez l'animal ; c'est pourquoi il faut un manque de l'os. Mais selon l'avis qui dit [qu'il n'y a tereifa] que lorsque l'inférieure est percée, l'homme et l'animal sont égaux : chez l'un comme chez l'autre, quand l'os est enlevé avec la membrane, l'inférieure finira par se déchirer.)
💡 Explication

Exemple de humrot qui se contredisent. La colonne vertébrale ou le crâne complets d'un mort transmettent l'impureté par la tente (ohel) ; s'ils ont un hisaron (manque), ils ne transmettent plus cette impureté. Beit Chammai exigent un grand manque (deux vertèbres), Beit Hillel un petit (une vertèbre).

La même question (une vertèbre en moins est-elle un manque ?) décide si un animal est tereifa. Suivre Beit Chammai pour le mort (encore impur) et Beit Hillel pour l'animal (déjà tereifa) revient à dire en même temps « manque » et « pas manque ». Voir le schéma.

🖼️ Schéma
Il manque UNE vertèbre : est-ce un hisaron (manque) ? Impureté du mort (ohel) Tereifa (animal) Beit Chammai pas un manque impur dans la tente HUMRA animal kacher koula Beit Hillel c'est un manque pas d'impureté de tente koula animal tereifa HUMRA Prendre les deux HUMROT = dire à la fois manque et pas manque humrot qui se contredisent : interdit (Rachi : kessil, insensé)
Une même question, deux domaines : cumuler les deux humrot oblige à se contredire.
8
ואמר רב יהודה אמר שמואל: וכן לענין טריפה.

Et Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : et il en est de même pour la tereifa.

💡 Explication

Chmouel étend la mahloket à la tereifa : un animal auquel manque une vertèbre est tereifa selon Beit Hillel, kacher selon Beit Chammai. C'est ce lien entre les deux domaines qui crée la contradiction.

9
אבל היכא דלא סתרי אהדדי עבדינן.

Mais là où elles ne se contredisent pas l'une l'autre, nous agissons [selon les deux].

📜 Rachi (1)
אבל היכא דלא סתרן חומרי אהדדי כגון הכא דפליגי בתרי מילי דתליין בתרי טעמא מר מחמיר בהא עקום ומר מחמיר בהא מפולש ולא סתרן חומרי אהדדי עבדינן:
Mais là où les humrot ne se contredisent pas : comme ici, où ils sont en désaccord sur deux sujets qui dépendent de deux raisons : l'un est rigoureux sur celui-ci, le [mavoy] akoum, et l'autre est rigoureux sur celui-là, le mefoulach ; les humrot ne se contredisent pas, et nous agissons [selon les deux].
💡 Explication

Application à Nehardea : Rav est rigoureux sur la définition (le akoum est un mefoulach), Chmouel sur la loi du mefoulach (il faut une porte). Deux questions distinctes, deux raisons distinctes : le cumul est permis.

10
והיכא דסתרי אהדדי לא עבדינן?! מתיב רב משרשיא: מעשה ברבי עקיבא שליקט אתרוג באחד בשבט, ונהג בו שני עישורין: אחד כדברי בית שמאי, ואחד כדברי בית הלל?!

Et là où elles se contredisent, nous n'agissons pas [ainsi] ?! Rav Mecharchia objecta : il arriva que Rabbi Akiva cueillit un etrog le premier Chevat et y appliqua deux maasserot (dîmes) : l'une selon Beit Chammai, l'autre selon Beit Hillel ?!

📜 Rachi (4)
שליקט אתרוג כל האילן קרוי אתרוג:
Cueillit un etrog : [le fruit de] tout l'arbre est appelé etrog.
שני עישורין שניה יוצאה ושלישית נכנסת הואי שנה שניה לשמיטה מעשר ראשון ושני והשלישית מעשר ראשון ומעשר עני:
Deux maasserot : la deuxième [année] sortait et la troisième entrait. La deuxième année du cycle de chemita, [on prélève] maasser richon et maasser cheni ; la troisième, maasser richon et maasser ani.
אחד כדברי בית שמאי דאמרי באחד בשבט ראש השנה לאילן וכבר נכנסת שלישית:
L'une selon Beit Chammai : qui disent que le premier Chevat est le Roch ha-chana des arbres, et la troisième [année] est déjà entrée.
ואחד כדברי בית הלל דאמרי עד חמשה עשר בו לא הוי ראש השנה ועדיין שניה היא:
L'autre selon Beit Hillel : qui disent que jusqu'au quinze [Chevat] ce n'est pas Roch ha-chana, et c'est encore la deuxième [année].
🗂️ Tossefot (1)
ונהג בו ב' עישורים מפרש בירושלמי שעישר על תנאי וחללו ונתנו לעניים:
Et y appliqua deux maasserot : le Yerouchalmi explique qu'il préleva sous condition, le racheta (le maasser cheni) et le donna aux pauvres.
💡 Explication

Les fruits d'arbre sont dîmes selon l'année de leur formation, dont le début (Roch ha-chana des arbres) est le 1er Chevat pour Beit Chammai, le 15 Chevat pour Beit Hillel. Un etrog cueilli le 1er Chevat, à la charnière des années 2 et 3 du cycle, relève du maasser ani pour Beit Chammai et du maasser cheni pour Beit Hillel.

Rabbi Akiva prélève les deux : il semble cumuler deux humrot opposées sur une même question (quelle année ?), ce que Rav Chizvi déclarait interdit.

🖼️ Schéma
L'etrog cueilli le 1er Chevat (fin de la 2e année du cycle) 1er Chevat Roch ha-chana selon Beit Chammai 15 Chevat Roch ha-chana selon Beit Hillel Beit Chammai : déjà 3e année maasser ani (dîme du pauvre) Beit Hillel : encore 2e année maasser cheni (seconde dîme) Rabbi Akiva prélève les deux : il doutait de la date enseignée par Beit Hillel
Le 1er Chevat : troisième année pour Beit Chammai, encore deuxième pour Beit Hillel.
11
רבי עקיבא גמריה איסתפיק ליה, ולא ידע אי בית הלל בחד בשבט אמור, אי בחמיסר בשבט אמור, ועבד הכא לחומרא והכא לחומרא.

Rabbi Akiva avait un doute sur sa tradition : il ne savait pas si Beit Hillel l'avaient dit au premier Chevat ou au quinze Chevat ; et il agit ici avec rigueur et là avec rigueur.

📜 Rachi (1)
גמריה איסתפיק ליה וכוליה כבית הלל עבד:
Il avait un doute sur sa tradition : et il agit entièrement selon Beit Hillel.
💡 Explication

Réponse : Rabbi Akiva suivait Beit Hillel seuls, mais ignorait quelle date ils avaient enseignée. Devant un safek (doute) portant sur la tradition, il prend les deux côtés du doute. Il s'agit d'une conduite de doute, sans cumul des humrot de deux écoles.

12
יתיב רב יוסף קמיה דרב הונא, ויתיב וקאמר, אמר רב יהודה אמר רב: מחלוקת בסרטיא מכאן וסרטיא מכאן, ופלטיא מכאן ופלטיא מכאן.

Rav Yosef était assis devant Rav Houna ; il était assis et disait : Rav Yehouda a dit au nom de Rav : la mahloket [porte sur le cas où il y a] une seratya (grande route) d'un côté et une seratya de l'autre, ou une pelatya (place) d'un côté et une pelatya de l'autre.

📜 Rachi (2)
מחלוקת דמבואות המפולשין דת"ק וחנניה:
La mahloket : celle des mavoot mefoulachim, entre le Tanna kamma et Hanania.
סרטיא ופלטיא שתיהן רה"ר כדאמרינן ביציאות השבת (שבת ד' ו.) איזהו רה"ר סרטיא ופלטיא סרטיא דרך הילוך בני אדם פלטיא רחוב לשווקים והיכא דשני ראשין מפולשין ברה"ר הוא דפליג חנניה ואמר בעי דלת:
Seratya et pelatya : toutes deux sont reshout ha-rabim, comme nous disons au chapitre Yetsiot ha-Chabbat (Chabbat 6a) : qu'est-ce qu'une reshout ha-rabim ? Seratya et pelatya. Seratya : route où passent les gens ; pelatya : place des marchés. C'est là où les deux bouts sont ouverts sur la reshout ha-rabim que Hanania est en désaccord et dit qu'il faut une porte.
💡 Explication

Retour au mavoy mefoulach (6b). Rav délimite la mahloket entre le Tanna kamma (tsourat ha-petah d'un côté, lehi ou koura de l'autre) et Hanania (une porte) : elle concerne une ruelle dont les deux bouts donnent sur une reshout ha-rabim, seratya (route) ou pelatya (place de marché).

13
אבל סרטיא מכאן ובקעה מכאן, או בקעה מכאן ובקעה מכאן — עושה צורת הפתח מכאן ולחי וקורה מכאן.

Mais [s'il y a] une seratya d'un côté et une bik'a (vallée) de l'autre, ou une bik'a d'un côté et une bik'a de l'autre, on fait une tsourat ha-petah (forme de porte) d'un côté et un lehi ou une koura de l'autre.

📜 Rachi (1)
בקעה כרמלית היא ואיסורא דרבנן הוא:
Bik'a : c'est une karmelit, et [l'interdit y] est d'ordre rabbinique.
🗂️ Tossefot (1)
בקעה מכאן ובקעה מכאן מיבעיא ולא משמע ליה דאתא לאשמועינן דאפ"ה בעי צורת הפתח אלא אתי לאשמועינן דסגי בצורת הפתח:
Bik'a d'un côté et bik'a de l'autre, est-ce nécessaire ? Il ne comprend pas qu'il vient nous apprendre que même ainsi il faut une tsourat ha-petah ; il vient nous apprendre que la tsourat ha-petah suffit.
💡 Explication

Une bik'a (vallée, terrain ouvert) est une karmelit : ni domaine public ni domaine privé, le port y est interdit seulement d'ordre rabbinique. Si l'un des bouts donne sur une bik'a, même Hanania admet que tsourat ha-petah d'un côté et lehi ou koura de l'autre suffisent.

14
השתא סרטיא מכאן ובקעה מכאן, עושה לו צורת הפתח מכאן ולחי וקורה מכאן — בקעה מכאן ובקעה מכאן מיבעיא?!

Or, si [dans le cas d'une] seratya d'un côté et d'une bik'a de l'autre, on fait une tsourat ha-petah d'un côté et un lehi ou une koura de l'autre, faut-il [le dire pour] une bik'a d'un côté et une bik'a de l'autre ?!

💡 Explication

Question de style : si le cas le plus grave (route + vallée) se contente de tsourat ha-petah, le cas plus léger (vallée + vallée) va de soi. Pourquoi le mentionner ? Tossafot (segment précédent) note que la Guemara lit la phrase comme une indulgence (« cela suffit ») ; lue comme une exigence (« il faut au moins cela »), la mention aurait un sens.

15
הכי קאמר: סרטיא מכאן ובקעה מכאן — נעשה כבקעה מכאן ובקעה מכאן.

Voici ce qu'il veut dire : [s'il y a] une seratya d'un côté et une bik'a de l'autre, [le mavoy] est considéré comme [ayant] une bik'a d'un côté et une bik'a de l'autre.

💡 Explication

Réponse : la phrase énonce une assimilation. Il suffit qu'un seul bout donne sur une bik'a pour que tout le mavoy soit traité comme ouvert sur des bik'aot des deux côtés. La mention « bik'a et bik'a » sert de point de référence pour la loi.

16
ומסיים בה משמיה דרב יהודה: אם היה מבוי כלה לרחבה, אין צריך כלום.

Et il conclut [cet enseignement] au nom de Rav Yehouda : si le mavoy aboutissait à une rehava (enclos), il n'a besoin de rien.

📜 Rachi (2)
ומסיים בה רב יוסף משמיה דרב יהודה סתמא ולא פירש לו רב יהודה לרב יוסף ממי קבל האי סיום דאם היה סוף המבוי הזה המפולש לרה"ר כלה לרחבה ודרך הרחבה היה המבוי מפולש שנפרץ כותל הרחבה שכנגדו לרה"ר . רחבה היקף חצר שאחורי בתים קרי רחבה מוקפת ארבע מחיצות:
Et il conclut : Rav Yosef, au nom de Rav Yehouda, sans précision ; Rav Yehouda n'avait pas expliqué à Rav Yosef de qui il avait reçu cette conclusion. [La voici :] si l'extrémité de ce mavoy ouvert sur la reshout ha-rabim aboutissait à une rehava, et que le mavoy était ouvert à travers la rehava, parce que le mur de la rehava situé en face était percé vers la reshout ha-rabim. Rehava : on appelle rehava l'enclos de cour situé derrière les maisons, entouré de quatre murs.
אין צריך כלום לתקן אותה פתיחה של צד הרחבה אלא ראש המופלש לרה"ר צריך לחי או קורה כתורת מבוי סתום ועל כרחיך בדנפרצה נמי רחבה כנגד פרצת המבוי בכותל שכנגדו לרה"ר אתא לאשמועינן ואמפולשין דלעיל קאי דאי ברחבה סתומה לגמרי פשיטא דהא סתימה מעלייתא היא והא ליכא למימר דמשום בני רחבה איצטריך לאשמועינן דלא אסרי אבני מבוי ואפילו לא עירבו עמהן דהא נמי פשיטא דרחבה לא בעיא לערובי דסתם רחבה אין בה דיורין לצאת ולבא ואין תשמישה תדיר כדאמרינן בפרק שני (ד' כה.) מאן דשרי לטלטולי מן המבוי לתוכה משום דלית בה דיורין והלכתא כוותיה דקיימא לן בכל התורה רב אחא לחומרא ורבינא לקולא והלכתא כרבינא לקולא בר מאומצא ביעי ומזריקי ורחבה לאו דוקא נקט והוא הדין לחצר שיש בה דיורין וערבו אלא עובדא ברחבה היתה כדאמרינן לקמן עובדא הוה בדורא דרעותא כו'. כל כניסה ויציאה דבתים שבהש"ס דרך החצר הוא וחצר לפני הבתים:
Il n'a besoin de rien : pour aménager cette ouverture du côté de la rehava ; seule l'extrémité ouverte sur la reshout ha-rabim a besoin d'un lehi ou d'une koura, selon la loi du mavoy fermé. Il vient forcément nous apprendre [le cas] où la rehava aussi était percée en face de l'ouverture du mavoy, dans le mur qui fait face à la reshout ha-rabim, et il se rapporte aux mavoot mefoulachim dont il est question plus haut. Car si la rehava est entièrement fermée, c'est évident, puisque c'est une vraie fermeture. Et on ne peut pas dire qu'il fallait nous apprendre que les habitants de la rehava n'interdisent pas [le port] aux habitants du mavoy, même s'ils n'ont pas fait d'erouv avec eux : cela aussi est évident, puisqu'une rehava n'a pas besoin d'erouv, car une rehava ordinaire n'a pas d'habitants qui entrent et sortent et son usage n'est pas fréquent, comme nous disons au deuxième chapitre (25a) : celui qui permet de porter du mavoy vers elle, [le fait] parce qu'elle n'a pas d'habitants ; et la halakha est comme lui, car nous tenons dans toute la Torah : Rav Aha est rigoureux et Ravina indulgent, et la halakha est comme Ravina, dans l'indulgence, sauf pour oumtsa, beiei et mezariki. Et la rehava n'est pas mentionnée de façon précise : il en va de même d'une cour qui a des habitants et qui ont fait un erouv ; mais l'incident concernait une rehava, comme nous dirons plus loin : il y eut un incident à Doura de-Reouta, etc. Toute entrée et sortie des maisons, dans tout le Talmud, se fait par la cour, et la cour est devant les maisons.
🗂️ Tossefot (1)
אם היה מבוי כלה לרחבה אינו צריך כו' פירש רש"י דנפרצה רחבה כנגדו איירי דאל"כ מאי אשמועינן דלאשמועינן דאין רחבה אוסרת על המבוי לא איצטריך דרחבה לית בה דיורין כדאמרינן בפ' ב' (ד' כד:) גבי רחבה דהוה בפום נהרא מאן דשרי משום דלית בה דיורין והלכתא כרבינא לקולא ועוד דאין צריך כלום משמע דקאי אאיסור פילוש דאיירי ביה לכך נראה דבנפרצה כנגדו איירי והא דנקט רחבה ולא נקט חצר משום דבעי למימר אין צריך כלום אפילו לא עירבו אבל חצר דאית ביה דיורין אסור עד שיערבו דסבר נראה מבחוץ ושוה מבפנים אינו נידון משום לחי ופתח ובכלה לאמצע רחבה איירי ולא חשיב ליה כמפולש משום דביציאתו מן המבוי יש מקום לנטות לכאן ולכאן ולא אתי למישרי מפולש:
Si le mavoy aboutissait à une rehava, il n'a besoin, etc. : Rachi a expliqué qu'il s'agit [du cas où] la rehava était percée en face de lui ; sinon, qu'est-ce qu'il nous apprendrait ? Pour nous apprendre que la rehava n'interdit pas [le port] au mavoy, ce n'était pas nécessaire, puisque la rehava n'a pas d'habitants, comme nous disons au chapitre deux (24b) à propos de la rehava à l'embouchure du fleuve : celui qui permet, [le fait] parce qu'elle n'a pas d'habitants, et la halakha est comme Ravina, dans l'indulgence. De plus, « n'a besoin de rien » implique qu'il se rapporte à l'interdit du pilouch (ouverture traversante), dont il est question. Il semble donc qu'il s'agisse [du cas où elle est] percée en face de lui. Et s'il a dit rehava et non cour, c'est parce qu'il veut dire « n'a besoin de rien » même s'ils n'ont pas fait d'erouv ; mais une cour, qui a des habitants, est interdite tant qu'ils n'ont pas fait d'erouv, car il pense que [un mur] visible de l'extérieur et plat à l'intérieur n'est pas jugé comme lehi ni comme porte. Et il s'agit [du mavoy] qui aboutit au milieu de la rehava ; on ne le considère pas comme mefoulach, car en sortant du mavoy il y a de la place pour tourner d'un côté ou de l'autre, et on n'en viendra pas à permettre un mefoulach.
💡 Explication

Une rehava est un enclos fermé derrière les maisons, sans habitants. Selon Rachi et Tossafot, le cas vise un mavoy qui traverse la rehava, dont le mur d'en face est percé vers la reshout ha-rabim : le passage reste ouvert, pourtant rien n'est requis côté rehava. Seul le bout donnant sur la reshout ha-rabim reçoit un lehi ou une koura, comme un mavoy fermé.

Raison donnée par Tossafot : le mavoy finit au milieu de la rehava ; en sortant on tourne à droite ou à gauche, le passage n'est pas en ligne droite, et on ne confondra pas avec un vrai mefoulach.

🖼️ Schéma
Mavoy qui débouche sur une rehava (lecture de Rachi et Tossafot) reshout ha-rabim mavoy lehi / koura rehava (enclos derrière les maisons) rien reshout ha-rabim brèche Le mavoy finit au milieu de la rehava : en sortant on peut tourner à droite ou à gauche
Le mavoy aboutit au milieu d'une rehava percée en face : rien du côté de la rehava.
17
אמר ליה אביי לרב יוסף: הא דרב יהודה דשמואל היא.

Abaye dit à Rav Yosef : cet [enseignement] de Rav Yehouda est de Chmouel.

📜 Rachi (1)
הא דר"י הא דסיימת משמיה דרב יהודה ולא פירש לך ממאן גמרה כדמפרש ברישא דמילתיה משמיה דרב האי סיומא ע"כ משמואל רביה גמרה:
Celui de Rav Yehouda : ce que tu as conclu au nom de Rav Yehouda sans préciser de qui il l'avait appris, alors qu'au début de son propos il précisait [qu'il le disait] au nom de Rav ; cette conclusion, il l'a forcément apprise de Chmouel, son maître.
💡 Explication

Rav Yehouda avait deux maîtres, Rav et Chmouel. Il a cité la première partie au nom de Rav et la conclusion sans nom : Abaye en déduit qu'elle vient de Chmouel. La Guemara (7b) en tirera les conséquences.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).