Sougya : La Guemara achรจve la clause de la michna : deux donnent un droit, et deux ne prennent pas de droit. On ne dรฉcrรจte pas d'interdire aux deux d'annuler vers un seul, de peur qu'un seul annule vers deux.
La formule " acquiers ร condition de transmettre " ne fait pas entrer le droit chez deux qui n'ont pas fait l'erouv. Abaye demande ร Rabba si, dans une cour de cinq, celui qui a oubliรฉ doit annuler en faveur de chacun.
Rabba dit oui. Une baraita semble permettre d'annuler vers un seul : Rabba la place dans le cas oรน le second partenaire est mort, puis la Guemara reprend chaque membre.
Le daf s'ouvre enfin sur la question de Rava ร Rav Nahman : l'hรฉritier peut-il annuler le droit ?
Que l'on dรฉcrรจte, de peur qu'on en vienne ร annuler en leur faveur. Cela nous apprend.
La phrase ouverte au 69b se ferme ici. Deux peuvent annuler vers un. On aurait dรฉcrรฉtรฉ de l'interdire, de peur qu'un seul annule vers deux.
La michna enseigne qu'on ne fait pas cette gezera (dรฉcret). Rachi : le pas redoutรฉ est d'รฉtendre le bitoul d'un seul vers deux.
Et ils ne prennent pas de droit. Pourquoi me le faut-il ?
Il le faut, mรชme lorsqu'ils lui disent : acquiers ร condition de transmettre.
La clause ils ne prennent pas semble dรฉjร dite : deux oublieux s'interdisent. Elle enseigne le cas de knei al menat lehaknot : acquiers ร condition de faire acquรฉrir.
Les autres parlent ร l'un des deux. On aurait fait de lui un chalia'h. Rachi bloque le pas : ร l'heure du bitoul, il n'avait pas de permission pour lui-mรชme. Ce qu'il n'a pas acquis, il ne le passe pas.
Abaye a interrogรฉ Rabba : cinq qui habitent une mรชme cour, et l'un d'eux a oubliรฉ et n'a pas fait l'erouv. Quand il annule son droit, doit-il annuler en faveur de chacun, ou non ?
Il lui a dit : il doit annuler en faveur de chacun.
Question d'Abaye ร Rabba. Un oublieux dans une cour de cinq. Le bitoul doit-il nommer chacun des autres ? Rabba : oui.
Tossefot : Abaye n'avait pas la baraita de la fin du chapitre 2 (26b), oรน l'on n'annule pas vers chacun. Cette baraita suit Rabbi Eliezer. La question d'Abaye vise donc la position des Sages. Le Roch place la halakha sur la rรฉponse de Rabba : vers chacun.
Il lui a objectรฉ : un qui n'a pas fait l'erouv donne son droit ร un qui a fait l'erouv ; deux qui ont fait l'erouv donnent leur droit ร un qui n'a pas fait l'erouv ; et deux qui n'ont pas fait l'erouv donnent leur droit ร deux qui ont fait l'erouv, ou ร un qui n'a pas fait l'erouv.
Abaye cite la baraita. Le premier membre suffit ร l'objection : on annule vers un qui a fait l'erouv, alors qu'un autre partenaire est forcรฉment lร . Rachi : les deux qui ont fait l'erouv comptent comme un.
Mais un qui a fait l'erouv ne donne pas son droit ร un qui n'a pas fait l'erouv ; deux qui ont fait l'erouv ne donnent pas leur droit ร deux qui n'ont pas fait l'erouv ; et deux qui n'ont pas fait l'erouv ne donnent pas leur droit ร deux qui n'ont pas fait l'erouv.
Trois interdits. Le premier : celui qui a fait l'erouv laisse encore son partenaire, qui continue d'interdire sur celui qui n'a pas fait l'erouv. Les deux suivants rejoignent la michna : deux ne prennent pas le droit.
En tout cas, le dรฉbut enseigne : un qui n'a pas fait l'erouv donne son droit ร un qui a fait l'erouv. Comment est le cas ?
S'il n'y a pas un autre avec lui, avec qui a-t-il fait l'erouv ?
L'objection se resserre sur le dรฉbut. Un erouv demande au moins deux. S'il n'y a personne d'autre, celui qui a fait l'erouv n'a fait l'erouv avec personne.
C'est donc รฉvident : il y a un autre avec lui. Et l'on enseigne : ร un qui a fait l'erouv.
Le partenaire est lร . La baraita dit pourtant : il donne ร un qui a fait l'erouv. Abaye en tire qu'on n'annule pas vers chacun. Ceux qui ont fait l'erouv sont comme un seul.
Et Rabba : de quoi s'agit-il ici ? Il y en avait un, et il est mort.
Rabba sauve sa position. Le second partenaire a existรฉ, le temps de l'erouv, puis il est mort. Il ne reste qu'un destinataire. Annuler vers lui ne contredit pas l'obligation d'annuler vers chacun.
Rachi place le cas dans une caravane : ร la mort, les hรฉritiers n'ont rien sur place. Dans une cour, ils interdiraient ร la place du pรจre. Tossefot : selon Rabbi Chimon, l'hรฉritier n'interdit que s'il vient habiter. La caravane n'est requise que si l'on lit le cas selon Rabbi Meir, ou si l'hรฉritier est celui-lร mรชme qui a fait l'erouv.
S'il y en avait un et qu'il est mort, dis la fin : mais un qui a fait l'erouv ne donne pas son droit ร un qui n'a pas fait l'erouv. Et s'il y en avait un et qu'il est mort, pourquoi non ?
Abaye retourne la lecture. Si le second est mort, la fin devient difficile : pourquoi celui qui a fait l'erouv ne pourrait-il pas annuler vers le seul qui reste, celui qui n'a pas fait l'erouv ? Il n'y a plus de partenaire pour interdire.
C'est donc รฉvident qu'il est lร . Et puisque dans la fin il est lร , dans le dรฉbut aussi il est lร .
La fin suppose le partenaire prรฉsent : sinon l'interdit n'a pas de sens. Abaye veut le mรชme cas pour le dรฉbut. Alors l'objection tient : on annule vers un seul, et l'autre est lร .
Y a-t-il lร une mรชme affaire ? Celle-ci selon son cas, et celle-lร selon son cas.
Rabba refuse d'aligner les deux clauses. Ha ke-daita, ve-ha ke-daita : chaque membre dans le cas qui lui convient. Le dรฉbut : le partenaire est mort. La fin : les deux sont lร , et l'interdit se comprend.
Sache-le, car on enseigne dans la fin du dรฉbut : et deux qui n'ont pas fait l'erouv donnent leur droit ร deux qui ont fait l'erouv. ร deux, oui.
ร un, non.
Preuve que les clauses ne racontent pas le mรชme fait. Dans la suite du dรฉbut, deux oublieux donnent ร deux qui ont fait l'erouv. L'infรฉrence : ร deux, oui ; ร un, non. Il faut donc viser chacun.
Rachi en tire que le tout dรฉbut, " ร un qui a fait l'erouv ", parle du partenaire mort. S'il รฉtait vivant, il faudrait l'inclure.
Et Abaye a dit : que signifie " ร deux " ? ร l'un des deux.
S'il en est ainsi, qu'elle enseigne : ร un qui a fait l'erouv, ou ร un qui n'a pas fait l'erouv. Difficultรฉ.
Abaye relit " ร deux " : ร l'un d'entre les deux. Alors l'infรฉrence " ร un, non " tombe.
La Guemara lui demande pourquoi la baraita dit " ร deux " plutรดt que " ร un ", formule du dรฉbut, qui suppose dรฉjร deux partenaires. La rรฉponse manque. Le mot de la Guemara est kasha (difficultรฉ), laissรฉe sur sa lecture.
Un qui n'a pas fait l'erouv donne son droit ร un qui a fait l'erouv. Selon Abaye : il est lร , et cela nous apprend qu'il n'a pas besoin d'annuler le droit en faveur de chacun.
Selon Rabba : il y en avait un, et il est mort, et l'on ne dรฉcrรจte pas pour le cas oรน parfois il est lร .
La Guemara reprend la baraita membre par membre, et dit ce que chacun apporte.
Selon Abaye, le partenaire est prรฉsent : l'enseignement est qu'un seul destinataire suffit. Selon Rabba, il est mort. L'enseignement est qu'on ne dรฉcrรจte pas d'interdire ce bitoul de peur que, parfois, le partenaire soit encore lร . Rachi : sans cela, le cas du mort serait dรฉjร connu par la fin, oรน mรชme deux annulent vers un.
Et deux qui ont fait l'erouv donnent leur droit ร un qui n'a pas fait l'erouv. C'est รฉvident ?
On aurait pu dire : puisqu'il n'a pas fait l'erouv, qu'on le pรฉnalise. Cela nous apprend.
Ici, pas de gezera du type " un viendra annuler vers deux ". Deux qui ont dรฉjร l'erouv peuvent recevoir un bitoul : leur erouv tient.
L'enseignement est ailleurs. On aurait pรฉnalisรฉ (kenas) celui qui a oubliรฉ, en lui refusant de recevoir le droit des autres. Le dรฉbut ne l'enseigne pas : lร , c'est l'oublieux qui annule vers eux. La baraita permet l'inverse.
Et deux qui n'ont pas fait l'erouv donnent leur droit ร deux qui ont fait l'erouv. Selon Rabba : il a enseignรฉ la fin pour รฉclairer le dรฉbut.
Selon Abaye : le cas de deux qui n'ont pas fait l'erouv lui รฉtait nรฉcessaire. On aurait pu penser : que l'on dรฉcrรจte, de peur qu'on en vienne ร annuler en leur faveur.
Cela nous apprend.
Selon Rabba, ce membre n'apporte pas une halakha neuve. Il รฉclaire le dรฉbut : " ร deux " montre qu'il faut chacun, donc " ร un " ne se dit que lorsque le second est mort.
Selon Abaye, " ร deux " veut dรฉjร dire " ร l'un des deux ", et un ou deux oublieux, c'est le mรชme bitoul. Le membre sert ร รฉcarter une gezera : interdire ร deux oublieux d'annuler vers deux qui ont fait l'erouv, de peur que ces deux-lร annulent vers les deux oublieux. On ne dรฉcrรจte pas.
Ou ร un qui n'a pas fait l'erouv. Pourquoi me le faut-il ?
On aurait pu dire : ces paroles visent le cas oรน une partie a fait l'erouv et une partie ne l'a pas fait. Mais lร oรน tous n'ont pas fait l'erouv, qu'on les pรฉnalise, afin que la rรจgle de l'erouv ne soit pas oubliรฉe.
Cela nous apprend.
Jusqu'ici, chaque bitoul laissait au moins un groupe qui avait fait l'erouv. Ici, deux oublieux annulent vers un troisiรจme qui n'a pas fait l'erouv non plus : personne n'a fait l'erouv.
On aurait posรฉ un kenas, pour que la torat erouv ne s'oublie pas chez les enfants qui viennent ensuite, glose de Rachi. La baraita permet quand mรชme le bitoul.
Mais un qui a fait l'erouv ne donne pas son droit ร un qui n'a pas fait l'erouv. Selon Abaye : il a enseignรฉ la fin pour รฉclairer le dรฉbut.
Selon Rabba : puisqu'il a enseignรฉ le dรฉbut, il a enseignรฉ aussi la fin.
Selon Abaye, l'interdit est รฉvident : le partenaire ร qui l'on n'a pas annulรฉ continue d'interdire. On ne l'enseigne que pour fixer le dรฉcor de toute la baraita : les deux sont prรฉsents. Dรจs lors, le dรฉbut, " ร un seul ", enseigne qu'un destinataire suffit.
Selon Rabba, la fin est un parallรจle de style (eidi). On n'en tire pas que le dรฉbut suppose les deux prรฉsents. Dรฉbut : mort. Fin : les deux sont lร .
Et deux qui ont fait l'erouv ne donnent pas leur droit ร deux qui n'ont pas fait l'erouv. Cela encore, pourquoi me le faut-il ?
Il le faut pour le cas oรน l'un d'eux a annulรฉ en faveur de son compagnon. On aurait pu dire : que ce soit permis pour lui.
Cela nous apprend : puisque au moment oรน il a annulรฉ, il n'avait pas de permission dans cette cour, non.
Deux qui ont fait l'erouv face ร deux oublieux : l'interdit est dรฉjร connu, ils s'interdisent entre eux.
Le cas neuf : l'un des oublieux annule ensuite vers l'autre. On aurait permis la cour, comme s'il ne restait qu'un oublieux. Au moment de ce second bitoul, il n'avait aucune permission dans la cour. Le droit annulรฉ par les premiers ne lui est pas acquis. Il ne le transmet pas. Rachi renvoie ร l'explication dรฉjร donnรฉe sur la michna.
Et deux qui n'ont pas fait l'erouv ne donnent pas leur droit ร deux qui n'ont pas fait l'erouv. Cela encore, pourquoi me le faut-il ?
Il le faut pour le cas oรน ils disent : acquiers ร condition de transmettre.
Mรชme enseignement que la michna, repris par une clause en trop de la baraita. Knei al menat lehaknot ne fait pas de l'un des deux un mandataire capable de passer le droit ร l'autre.
Rava a interrogรฉ Rav Nahman : un hรฉritier, peut-il annuler un droit ?
Nouvelle question, laissรฉe ouverte sur ce daf. Le pรจre a oubliรฉ l'erouv, il meurt le Chabbat sans avoir fait de bitoul. L'hรฉritier peut-il annuler ร sa place ?
Rachi fixe le cas : pas d'erouv du pรจre. Tossefot ajoute : l'hรฉritier est venu habiter lร pendant le Chabbat. S'il reste au loin, Rabbi Yehouda et Rabbi Chimon ne lui font interdire qu'un lieu d'habitation qu'il occupe. S'il habitait dรฉjร la cour, la maison hรฉritรฉe le Chabbat peut interdire, et l'erouv fait la veille ne couvre pas cette maison. On ne lira pas le cas comme un fils qui habitait avec son pรจre : la veille, le fils pouvait dรฉjร faire l'erouv pour la maison. Le Roch, sur la question d'Abaye, mรจne le psak : Rav Nahman dit qu'il annule, et la halakha est selon lui.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).