Eruvin 72b : Cloisons du traklin, et frères à la table du père

Eruvin 72b

Sougya : La baraita de Rabbi Yehouda ha-Sabar fixe l'accord : une cloison jusqu'au plafond exige un erouv par groupe. Le débat de Beit Chammai et de Beit Hillel porte sur une cloison qui n'atteint pas le plafond.

Rav Nahman, au nom de Rav, fixe la halakha ainsi. Une baraita distingue ensuite l'endroit où l'on dépose l'erouv de la cour.

La michna des frères qui mangent chez leur père et dorment chez eux ouvre la question du lieu de la demeure : Rav la limite à des bénéficiaires d'une part, et retient le lieu du pain.

Trois hauteurs, trois statuts Baraita de Rabbi Yehouda ha-Sabar Jusqu'au plafond Sans le plafond Mesifas Tous conviennent. Un erouv par groupe. Halakha : Rabbi Yehouda. Beit Chammai : un par groupe. Beit Hillel : un seul pour tous. La baraita l'appuie. 1re version : là est le débat. 2e version : débat aussi. Même loi que la cloison.
Jusqu'au plafond : erouv par groupe, de l'avis de tous. Sans le plafond : Beit Chammai par groupe, Beit Hillel un seul. Le mesifas suit la cloison, dans la seconde version.
Où dépose-t-on l'erouv de la cour ? Le traklin, et les cinq qui ont déjà collecté 1re version 2e version On porte l'erouv ailleurs. Beit Chammai : par groupe. Beit Hillel : un seul. Cinq qui collectent : comme Beit Hillel. On porte l'erouv ailleurs. Tous : un par groupe. Cinq qui collectent : aucun des deux. L'erouv vient chez eux. Tous : un seul erouv. L'erouv vient chez eux. Beit Hillel : un seul. Beit Chammai : par groupe.
Porter l'erouv ailleurs, ou le recevoir dans le traklin. La seconde version inverse l'accord et le débat.
Où est la demeure ? Frères, allocation, pain et coucher Lecture d'abord Rav Chmouel Ils dorment chez eux. Chacun son erouv. Le coucher serait déterminant. Mekablei peras. Le pain est chez eux. Le lieu du pain décide. Halakha. Le coucher décide. Manger ailleurs laisse la demeure au lieu du sommeil. Rav cède pour bergers, kayatsin, bourganin et gardiens de fruits. S'ils couchent au champ, le tehoum part du lieu de coucher.
Le coucher semblait décider. Rav : bénéficiaires d'une part, le lieu du pain décide. Chmouel : le coucher. Au champ, Rav mesure le tehoum depuis le coucher.
1
מיתיבי, אמר רבי יהודה הסבר: לא נחלקו בית שמאי ובית הלל על מחיצות המגיעות לתקרה שצריכין עירוב לכל חבורה וחבורה. על מה נחלקו — על מחיצות שאין מגיעות לתקרה, שבית שמאי אומרים: עירוב לכל חבורה וחבורה, ובית הלל אומרים: עירוב אחד לכולן.

On objecte. Rabbi Yehouda ha-Sabar a dit : Beit Chammai et Beit Hillel n'ont pas divergé sur les cloisons qui atteignent le plafond, qui exigent un erouv pour chaque groupe.

Sur quoi ont-ils divergé ? Sur les cloisons qui n'atteignent pas le plafond.

Beit Chammai disent : un erouv pour chaque groupe. Beit Hillel disent : un seul erouv pour tous.

📜 Rachi (1)
הסבר על שם חורפיה קרי ליה הכי:
Ha-Sabar : on l'appelle ainsi à cause de sa vivacité d'esprit.
🗂️ Tossefot (1)
רבי יהודה הסבר רבינו חננאל גריס הסבך פירוש גדיל לסבכה כעין מצנפת וכובע כמו שבכים מעשה שבכה (מלכים א ז׳:י״ז) א"נ על שם עירו דבספר יהושע (טו) כמו כן כתיב מדין וסבכה:
Rabbi Yehouda ha-Sabar. Rabbeinou Hananel lit ha-Sabakh : il tresse une sebakha (treillis), à la manière d'un turban et d'un chapeau, comme les treillis, ouvrage de treillis (I Rois 7, 17). Autre explication : d'après sa ville, car dans le livre de Josué (chapitre 15) il est aussi écrit : Midin et Sabkha.
💡 Explication

La baraita de Rabbi Yehouda ha-Sabar place l'accord sur les cloisons qui touchent le plafond : chaque groupe donne son erouv. Le débat reste sur une cloison qui s'arrête avant.

Rachi lit le surnom depuis la vivacité d'esprit. Tossefot rapporte la lecture de Rabbeinou Hananel, ha-Sabakh : un treillis tressé, ou le nom d'une ville de Josué.

2
למאן דאמר במחיצות המגיעות לתקרה מחלוקת — תיובתא, ולמאן דאמר במחיצות שאין מגיעות לתקרה מחלוקת — סייעתא. להך לישנא דאמר רב נחמן: מחלוקת במסיפס — תיובתא.

Selon celui qui dit que le débat porte sur les cloisons qui atteignent le plafond : réfutation. Et selon celui qui dit que le débat porte sur les cloisons qui n'atteignent pas le plafond : appui.

Selon la version où Rav Nahman a dit que le débat porte sur un mesifas : réfutation.

📜 Rachi (2)
להך לישנא דאמר רב נחמן מחלוקת במסיפס אבל במחיצות מודו ב"ה תיובתא דהא בהדיא קתני דבמחיצות שרו:
Selon cette version, où Rav Nahman a dit que le débat porte sur un mesifas, mais que pour les cloisons Beit Hillel cèdent : c'est une réfutation, car on enseigne explicitement que, pour les cloisons, ils permettent.
אלא ללישנא בתרא דקאמר דבמסיפס נמי אסרי ב"ש מי לימא דתהוי הא תיובתיה דקתני במחיצות הוא דפליגי הא במסיפס מודו:
Mais selon la dernière version, qui dit que même pour un mesifas Beit Chammai interdisent : dirons-nous que ceci soit sa réfutation ? Car on enseigne qu'ils divergent sur les cloisons, ce qui implique que, pour un mesifas, ils conviennent.
💡 Explication

Trois lectures rencontrent la baraita. Un débat sur les cloisons jusqu'au plafond est réfuté. Un débat sur les cloisons qui n'y arrivent pas est appuyé : Beit Hillel y permettent un seul erouv.

La première version de Rav Nahman, qui limite le débat au mesifas et fait convenir Beit Hillel pour les cloisons, est réfutée aussi. Rachi pose déjà la question sur la seconde version.

🖼️ Schéma
La baraita, face aux lectures Réfutation ou appui Jusqu'au plafond Sans le plafond Mesifas seul Si le débat est ici : réfutation. Si le débat est ici : appui. 1re version de Rav Nahman : réfutation.
Plafond en débat : réfutation. Cloison plus basse en débat : appui. Mesifas seul : réfutation.
3
להך לישנא דאמר רב נחמן: אף במסיפס מחלוקת, לימא תהוי תיובתא?

Selon la version où Rav Nahman a dit : même pour un mesifas, il y a débat. Dirons-nous que ce soit une réfutation ?

💡 Explication

Seconde version : Beit Chammai exigent un erouv par groupe même pour un mesifas. La baraita n'énonce le débat que sur les cloisons. Le silence sur le mesifas pourrait signifier qu'ils y conviennent.

4
אמר לך רב נחמן: פליגי במחיצה, והוא הדין במסיפס. והאי דקא מיפלגי במחיצה — להודיעך כחן דבית הלל.

Rav Nahman te dirait : ils divergent au sujet d'une cloison, et il en va de même pour un mesifas. Et s'ils divergent au sujet d'une cloison, c'est pour te faire connaître la force de Beit Hillel.

💡 Explication

Rav Nahman garde la seconde version. Le cas écrit est la cloison, et la même divergence vaut pour le mesifas. Énoncer la cloison montre jusqu'où va la permission de Beit Hillel : un seul erouv, même là.

5
וליפלגי במסיפס להודיעך כחן דבית שמאי! כח דהיתרא עדיף.

Et qu'ils divergent au sujet d'un mesifas, pour te faire connaître la force de Beit Chammai ! La force d'une permission est préférable.

🗂️ Tossefot (1)
כח דהיתרא עדיף ליה לא שייך הכא למיפרך ליפלגו בתרוייהו כדפריך בריש ביצה (דף ב:) דהתם כדי להודיע כחן דבית הלל דאוסרין הוה ליה לאשמעי' בתרוייהו משום דכח דהיתרא עדיף דב"ש לא חשיבי ליה כ"כ דב"ש במקום ב"ה אינה משנה:
La force d'une permission lui est préférable. Il n'y a pas lieu ici d'objecter : qu'ils divergent dans les deux cas, comme on objecte au début de Beitsa (2b). Là-bas, pour faire connaître la force de Beit Hillel qui interdisent, il aurait dû nous l'enseigner dans les deux cas, parce que la force d'une permission est préférable, et que Beit Chammai ne comptent pas autant pour lui : l'enseignement de Beit Chammai, là où Beit Hillel s'y opposent, n'est pas une michna.
💡 Explication

La Guemara demande d'énoncer le mesifas, pour montrer la sévérité de Beit Chammai. Réponse : le tanna préfère montrer la force d'une permission.

Tossefot écarte l'objection de Beitsa 2b, qui demande d'énoncer les deux cas. Là-bas, Beit Hillel interdisent, et l'avis de Beit Chammai, face à Beit Hillel, ne fait pas michna.

🖼️ Schéma
Pourquoi énoncer la cloison La force d'une permission est préférable Question Énoncer le mesifas, pour la force de Beit Chammai. Réponse La force d'une permission est préférable. La baraita montre Beit Hillel, qui permettent même une cloison.
La baraita montre jusqu'où Beit Hillel permettent. Cette permission l'emporte sur la sévérité de Beit Chammai.
6
אמר רב נחמן אמר רב: הלכה כרבי יהודה הסבר.

Rav Nahman a dit au nom de Rav : la halakha suit Rabbi Yehouda ha-Sabar.

📜 Rachi (1)
הלכה כרבי יהודה דבמחיצות המגיעות לתקרה מודו:
La halakha suit Rabbi Yehouda : pour les cloisons qui atteignent le plafond, ils conviennent.
🗂️ Tossefot (1)
אמר ר"נ אמר רב הלכה כרבי יהודה אע"ג דאותבי' מינה לל"ק דר"נ אתיא כלישנא בתרא:
Rav Nahman a dit au nom de Rav : la halakha suit Rabbi Yehouda. Bien qu'on en ait tiré une objection contre la première version de Rav Nahman, elle suit la dernière version.
💡 Explication

La halakha retient l'accord sur les cloisons qui touchent le plafond : un erouv par groupe. Le débat reste sur celles qui s'arrêtent avant. Tossefot : cela suit la seconde version, la première ayant été réfutée.

7
אמר רב נחמן בר יצחק: מתניתין נמי דיקא, דקתני: ומודים בזמן שמקצתן שרויין בחדרים ובעליות, שצריכין עירוב לכל חבורה וחבורה. מאי חדרים, ומאי עליות? אילימא חדרים — חדרים ממש, ועליות — עליות ממש, פשיטא. אלא לאו: כעין חדרים, כעין עליות. ומאי ניהו — מחיצות המגיעות לתקרה. שמע מינה.

Rav Nahman bar Yitshak a dit : la michna aussi est précise, car elle enseigne : et ils conviennent que, lorsque certains d'entre eux séjournent dans des chambres et des étages, ils ont besoin d'un erouv pour chaque groupe. Que sont les chambres, et que sont les étages ?

Si tu dis : les chambres, de vraies chambres, et les étages, de vrais étages, c'est évident. C'est donc comme des chambres, comme des étages.

Et qu'est-ce ? Des cloisons qui atteignent le plafond.

On l'apprend de là.

📜 Rachi (1)
חדרים ממש שלא היו מחוברין מעולם:
De vraies chambres : qui n'ont jamais été jointes.
💡 Explication

Des chambres et des étages réels rendraient la loi évidente. Rav Nahman bar Yitshak lit : des cloisons qui atteignent le plafond, semblables à des chambres. La michna confirme alors la halakha selon Rabbi Yehouda ha-Sabar.

🖼️ Schéma
Chambres et étages de la michna Rav Nahman bar Yitshak Chambres réelles Comme des chambres Jamais jointes. La loi est évidente. La michna vise un autre cas. Cloisons jusqu'au plafond. Elles séparent comme une chambre.
De vraies chambres seraient évidentes. La michna vise des cloisons jusqu'au plafond.
8
תנא: במה דברים אמורים, כשמוליכין את עירובן למקום אחר. אבל אם היה עירובן בא אצלן — דברי הכל עירוב אחד לכולן.

On a enseigné : dans quel cas ces paroles sont-elles dites ? Lorsqu'ils portent leur erouv vers un autre endroit.

Mais si leur erouv venait chez eux, tout le monde convient : un seul erouv pour tous.

📜 Rachi (2)
במה דברים אמורים דאסרי ב"ש כשהם מוליכין העירוב באחד משאר בתי החצר:
Dans quel cas ces paroles sont-elles dites ? Quand Beit Chammai interdisent, c'est lorsqu'ils portent l'erouv dans l'une des autres maisons de la cour.
אבל אם היו שאר בני החצר מביאין פיתן לטרקלין דברי הכל כו' והאי תנא מדקא מפליג בין מקום אחר לבא אצלן סבירא ליה טעמייהו דב"ש ובית הלל לאו במחיצות פליגי אלא אפי' לבית שמאי נמי טרקלין מחברן ואין צריך עירוב בינייהו והוו להו כחמשה שגבו את עירובן וסבירא להו דחמשה שעירבו את חצירן ובאין לערב עם חצר אחרת אם מוליכין שם את עירובן אין א' מהן שליח לכולן אלא כולן צריכין ליתן פת ואם עירוב בא בבית א' מהן כולן שוין שם והנך דטרקלין נמי כיון דרשות אחת היא להני דמו דאי לבית שמאי רשויות חלוקות הן והן לא עירבו כי עירוב בא אצלן מאי הוי:
Mais si les autres habitants de la cour apportaient leur pain au traklin, tout le monde convient, etc. Et ce tanna, du fait qu'il distingue un autre endroit et le cas où l'erouv vient chez eux, tient que la raison de Beit Chammai et de Beit Hillel ne porte pas sur les cloisons. Même pour Beit Chammai, le traklin les joint, et ils n'ont pas besoin d'erouv entre eux. Ils sont alors comme cinq qui ont collecté leur erouv. Et ils tiennent que cinq personnes qui ont fait l'erouv de leur cour et viennent faire l'erouv avec une autre cour : s'ils y portent leur erouv, l'un d'eux n'est pas chalia'h (mandataire) de tous, et tous doivent donner du pain. Et si l'erouv vient dans la maison de l'un d'eux, tous y sont égaux. Ceux du traklin aussi, puisque c'est un seul domaine, ressemblent à ceux-là. Car si, pour Beit Chammai, c'étaient des domaines séparés et qu'ils n'avaient pas fait l'erouv, quand l'erouv vient chez eux, qu'en serait-il ?
🗂️ Tossefot (1)
אבל אם היה עירוב בא אצלן דברי הכל עירוב אחד לכולן וא"ת טעמא דב"ש אתא לאשמעינן דלב"ה לא איצטריך דאפילו מוליכין עירובן אמר עירוב אחד לכולן וכי האי גוונא פריך במס' שבת בפ' ר"א דמילה (שבת ד' קלה.) וי"ל דלב"ה נמי נפקא מינה דכעין חדרים ועליות דדווקא במוליכין עירובן קאמר דמודו שצריכין עירוב לכל חבורה וחבורה אבל בעירוב בא אצלן עירוב אחד לכולן דכעין חדרים ועליות לב"ה כמו מחיצות שאין מגיעות לתקרה לב"ש ומיהו בחדרים ועליות ממש אין נראה לחלק בין מוליכין עירובן לעירוב בא אצלן מדפשיט ליה כ"כ להש"ס דקאמר אילימא חדרים ועליות ממש פשיטא:
Mais si l'erouv venait chez eux, tout le monde convient : un seul erouv pour tous. Et si tu dis : c'est la raison de Beit Chammai qu'il vient nous enseigner, car pour Beit Hillel c'était inutile, puisqu'il dit un seul erouv pour tous même lorsqu'ils portent leur erouv. Et l'on objecte de cette manière dans le traité Chabbat, au chapitre Rabbi Eliezer de-mila (Chabbat 135a). On peut répondre : pour Beit Hillel aussi il y a une conséquence, au sujet de ce qui est comme des chambres et des étages. C'est seulement lorsqu'ils portent leur erouv qu'il dit qu'ils conviennent qu'il faut un erouv pour chaque groupe. Mais si l'erouv vient chez eux, un seul erouv pour tous. Car ce qui est comme des chambres et des étages, pour Beit Hillel, est comme les cloisons qui n'atteignent pas le plafond, pour Beit Chammai. Cependant, pour de vraies chambres et de vrais étages, il ne paraît pas justifié de distinguer entre porter leur erouv et l'erouv qui vient chez eux, puisque la Guemara tient cela pour si évident, en disant : si tu vises de vraies chambres et de vrais étages, c'est évident.
💡 Explication

L'erouv par groupe, chez Beit Chammai, vaut quand les groupes portent l'erouv dans une autre maison de la cour. Si les autres habitants apportent l'erouv dans le traklin, tous conviennent d'un seul.

Rachi : ce tanna tient que le traklin joint les groupes, même pour Beit Chammai. La divergence porte sur le mandat, comme pour cinq qui ont déjà fait l'erouv de leur cour. Tossefot trouve aussi une conséquence pour Beit Hillel, sur ce qui est comme des chambres.

9
כמאן אזלא הא דתניא: חמשה שגבו את עירובן, כשמוליכין את עירובן למקום אחר — עירוב אחד לכולן. כמאן, כבית הלל.

Selon qui va ce qui a été enseigné : cinq qui ont collecté leur erouv, lorsqu'ils portent leur erouv vers un autre endroit, un seul erouv pour tous ? Selon qui ?

Selon Beit Hillel.

📜 Rachi (1)
שגבו את עירובן שדרין בחצר ועירבו את חצירן:
Qui ont collecté leur erouv : ils habitent une cour et ont fait l'erouv de leur cour.
🗂️ Tossefot (1)
כמאן כבית הלל וליכא למימר דאתיא כב"ש וברייתא באין עמהם דיורין כדאוקמינן לה לקמן אבל במתניתין כשיש עמהן דיורין דמיגו דהני אסרי אהדדי הני נמי אסרי דהיכי דמי הני דיורין אי בחצר קיימי מ"מ כל הטרקלין חשיב כחדא ומטלטלין זה עם זה בכל הטרקלין בלא עירוב כשיש דיורין בחצר כמו שאין דיורין בחצר ואי בעו ביניהם עירוב כשיש עמהן דיורין בחצר הכי נמי ליבעי כשאין עמהן דיורין דמה ענין דיורין בחצר לגבי הטרקלין ומיהו ה"מ למימר כגון שיש בטרקלין דמתניתין חדרים ועליות גמורין שאין להם פתח בחצר אלא יוצאין דרך טרקלין דמיגו דהני אסרי הנך ה' חבורות נמי אסרי אבל לא משמע ליה לאוקמי מתניתין בהכי ועוד דדילמא בהא הוו מודו ב"ה:
Selon qui ? Selon Beit Hillel. Et l'on ne peut pas dire que cela suit Beit Chammai, la baraita visant le cas où il n'y a pas d'autres habitants avec eux, comme on l'établit plus bas, et la michna le cas où il y a d'autres habitants avec eux, du fait que ceux-ci s'interdisent l'un l'autre et que ceux-là interdisent aussi. Comment sont ces habitants ? S'ils se tiennent dans la cour, de toute façon tout le traklin compte comme un seul, et ils transportent les uns avec les autres dans tout le traklin sans erouv, qu'il y ait des habitants dans la cour comme lorsqu'il n'y en a pas. Et s'ils avaient besoin d'un erouv entre eux lorsqu'il y a des habitants avec eux dans la cour, ils en auraient besoin de même lorsqu'il n'y a pas d'habitants avec eux. Quel rapport les habitants de la cour ont-ils avec le traklin ? Cependant, on aurait pu dire : par exemple, dans le traklin de la michna, il y a de vraies chambres et de vrais étages qui n'ont pas d'ouverture sur la cour, et dont on sort par le traklin. Du fait que ceux-ci interdisent, ces cinq groupes interdisent aussi. Mais il ne lui paraît pas juste d'établir la michna ainsi. Et de plus, peut-être que Beit Hillel conviendraient dans ce cas.
💡 Explication

Selon cette première version, la baraita des cinq qui ont déjà fait l'erouv de leur cour, et qui suffisent d'un seul pain quand ils le portent ailleurs, suit Beit Hillel.

Tossefot écarte une autre lecture : la baraita comme Beit Chammai sans autres habitants, et la michna avec d'autres habitants. Les habitants de la cour ne changent pas le statut intérieur du traklin.

10
ואיכא דאמרי: במה דברים אמורים, כשהיה עירוב בא אצלן. אבל אם היו מוליכין את עירובן למקום אחר — דברי הכל צריכין עירוב לכל חבורה וחבורה.

Et il en est qui disent : dans quel cas ces paroles sont-elles dites ? Lorsque l'erouv venait chez eux.

Mais s'ils portaient leur erouv vers un autre endroit, tout le monde convient qu'il faut un erouv pour chaque groupe.

📜 Rachi (1)
ואיכא דאמרי כו' ובהא פליגי דב"ש סברי אע"פ שרשות אחת היא ודמי לחמשה שעירבו ועירוב בא אצלן אפילו הכי כולהו בעי לערובי וב"ה סברי כיון דעירוב בא אצלן לא:
Et il en est qui disent, etc. Et c'est sur ce point qu'ils divergent. Beit Chammai tiennent : bien que ce soit un seul domaine, et que cela ressemble à cinq qui ont fait l'erouv et chez qui l'erouv est venu, même ainsi tous doivent faire l'erouv. Beit Hillel tiennent : puisque l'erouv est venu chez eux, ils n'exigent pas que tous fassent l'erouv.
💡 Explication

Seconde version de la baraita. Le seul erouv de Beit Hillel vaut quand l'erouv vient dans le traklin. S'ils le portent ailleurs, Beit Chammai et Beit Hillel exigent un erouv par groupe.

11
כמאן אזלא הא דתניא: חמשה שגבו את עירובן, כשמוליכין את עירובן למקום אחר — עירוב אחד לכולן, כמאן? דלא כחד.

Selon qui va ce qui a été enseigné : cinq qui ont collecté leur erouv, lorsqu'ils portent leur erouv vers un autre endroit, un seul erouv pour tous ? Selon qui ?

Selon aucun des deux.

💡 Explication

Dans cette seconde version, porter l'erouv ailleurs exige un pain par groupe, pour les deux écoles. La baraita d'un seul erouv demeure à part.

12
מתני׳ האחין שהיו אוכלין על שלחן אביהם וישנים בבתיהם — צריכין עירוב לכל אחד ואחד. לפיכך, אם שכח אחד מהם ולא עירב — מבטל את רשותו.

Michna. Des frères qui mangeaient à la table de leur père et dormaient dans leurs maisons ont besoin d'un erouv pour chacun.

C'est pourquoi, si l'un d'eux a oublié et n'a pas fait l'erouv, il annule son droit.

📜 Rachi (4)
מתני' השותפין לא גרסינן:
Dans la michna, on ne lit pas : les associés.
וישנים בבתיהם והם ואביהם ואחרים דרין בחצר אחת:
Et ils dorment dans leurs maisons : eux, leur père et d'autres habitent une même cour.
שצריכין עירוב לכל אחד ואחד אם רוצין לערב עם שאר בני החצר וטעמא מפרש בגמרא:
Qu'ils ont besoin d'un erouv pour chacun : s'ils veulent faire l'erouv avec les autres habitants de la cour. La raison est expliquée dans la Guemara.
מבטל את רשותו צריך לבטל את רשותו:
Il annule son droit : il doit annuler son droit.
⚖️ Rosh (1)
מתני' האחין שאוכלין על שולחן אביהן וישנים בבתיהן צריכין עירוב לכל אחד ואחד לפיכך אם שכח אחד מהם ולא עירב יבטל את רשותו. אימתי בזמן שמוליכין את עירובן למקום אחר. אבל אם עירובן בא אצלם או שאין עמהם דיורין בחצר אין צריכין לערב:
Michna. Des frères qui mangent à la table de leur père et dorment dans leurs maisons ont besoin d'un erouv pour chacun. C'est pourquoi, si l'un d'eux a oublié et n'a pas fait l'erouv, il annulera son droit. Quand ? Lorsqu'ils portent leur erouv vers un autre endroit. Mais si leur erouv vient chez eux, ou s'il n'y a pas d'habitants avec eux dans la cour, ils n'ont pas besoin de faire l'erouv.
💡 Explication

Nouvelle michna. Les frères mangent chez le père et dorment chacun dans sa maison. Chacun donne son erouv. Si l'un a oublié, il fait un bitoul reshut : il annule son droit dans la cour.

Rachi : on ne lit pas le mot associés. Eux, leur père et d'autres habitants partagent la même cour.

13
אימתי, בזמן שמוליכין עירובן במקום אחר. אבל אם היה עירוב בא אצלן, או שאין עמהן דיורין בחצר — אינן צריכין לערב.

Quand ? Lorsqu'ils portent leur erouv vers un autre endroit.

Mais si l'erouv venait chez eux, ou s'il n'y a pas d'habitants avec eux dans la cour, ils n'ont pas besoin de faire l'erouv.

📜 Rachi (4)
אימתי בזמן שמוליכין את עירובן לתתו באחד מבתי שאר בני החצר דהואיל והוזקקו לעירוב אמרינן בגמרא מגו דשאר דיורין אסרי אינהו נמי אסרי וצריכין כולן ליתן פת הואיל וחלוקין דיוריהן בלינה ומקבלי פרס הן כדמוקי בגמ' שאין אוכלין בבית אביהן ממש:
Quand, lorsqu'ils portent leur erouv : pour le déposer dans l'une des maisons des autres habitants de la cour. Puisqu'ils ont été astreints à l'erouv, nous disons dans la Guemara : du fait que les autres habitants interdisent, eux aussi interdisent, et tous doivent donner du pain, puisque leurs demeures sont séparées pour le coucher, et qu'ils sont bénéficiaires d'une part (mekablei peras), comme la Guemara l'établit : ils ne mangent pas réellement dans la maison de leur père.
אבל אם היה עירוב כל החצר בא לבית אביהן שלא הוזקקו לעירוב דאמרינן במי שהוציאוהו (לעיל עירובין דף מט.) בית שמניחין בו עירוב אין צריך ליתן את הפת והם כולם נמשכין בו:
Mais si l'erouv de toute la cour venait dans la maison de leur père, de sorte qu'ils n'ont pas été astreints à l'erouv. Car nous disons dans Mi che-hotsiouhou (plus haut, Eruvin 49a) : la maison dans laquelle on dépose l'erouv n'a pas besoin de donner le pain, et eux tous sont rattachés à elle.
או שאין עמהן דיורין אחרים שאין דיורין מזקיקין אותו לעירוב:
Ou s'il n'y a pas d'autres habitants avec eux : il n'y a pas d'habitants qui l'astreignent à l'erouv.
אין צריכין לערב דכיחידים הן:
Ils n'ont pas besoin de faire l'erouv : car ils comptent comme des isolés.
💡 Explication

Le cas sévère est celui où l'on porte l'erouv dans la maison d'un autre habitant. Si l'erouv de la cour est déposé chez le père, la maison qui reçoit l'erouv ne donne pas de pain, et les frères sont rattachés à elle.

Sans autre habitant, personne ne les astreint à l'erouv. Ils comptent comme des isolés dans la cour.

14
גמ׳ שמע מינה מקום לינה גורם. אמר רב יהודה אמר רב: במקבלי פרס שנו.

Guemara. On en apprend que le lieu du coucher est déterminant.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : on l'a enseigné au sujet de bénéficiaires d'une part.

📜 Rachi (2)
גמ' שמעת מינה מקום לינה גורם דאי הוו ישנים בבית אביהן אפילו מוליכין עירובן למקום אחר לא הוו צריכין לערובי אלא אביהם ונימא תיהוי תיובתיה דרב דאמר לקמן בשמעתין מקום פיתא גורם והרי אלו אוכלין בבית אביהם וחשבינן להו חלוקין:
Guemara. On en apprend que le lieu du coucher est déterminant. Car s'ils dormaient dans la maison de leur père, même s'ils portent leur erouv ailleurs, ils n'auraient pas besoin de faire l'erouv, seulement leur père. Et dirons-nous que ce soit une réfutation de Rav, qui dit plus bas dans notre discussion que le lieu du pain est déterminant ? Or ceux-ci mangent dans la maison de leur père, et nous les comptons comme séparés.
במקבלי פרס הוצאה מבית אביהם ואין אוכלין על שולחנו ממש:
Au sujet de bénéficiaires d'une part : une dépense sortie de la maison de leur père, et ils ne mangent pas réellement à sa table.
🗂️ Tossefot (1)
במקבלי פרס שנו ואע"פ דמקום פיתא ולינה בבתיהם אהני מה שאוכלים משל אביהם דאם היה עירוב בא אצלם או שאין עמהם דיורין אין צריכין לערב:
On l'a enseigné au sujet de bénéficiaires d'une part. Et bien que le lieu du pain et le lieu du coucher soient dans leurs maisons, le fait qu'ils mangent des biens de leur père a un effet : si l'erouv venait chez eux, ou s'il n'y a pas d'habitants avec eux, ils n'ont pas besoin de faire l'erouv.
⚖️ Rosh (1)
גמ' שמע מינה מקום לינה גרים. אמר רב יהודה אמר רב במקבלי פרס שנו: ת"ר מי שיש לו בית שער אכסדרה ומרפסת בחצר חבירו אינו אוסר עליו. בית התבן ובית הבקר בית העצים ובית האוצרות הרי זה אוסר עליו. רבי יהודה אומר לא אמרו אלא בית דירה בלבד. אר"י מעשה בבן נפחא שהיו לו ה' חצירות באושא ובא מעשה לפני חכמים ולא אסרו אלא בית דירה בלבד בית דירה סלקא דעתך. אלא אימא מקום בית דירה. מאי מקום בית דירה. רב אמר מקום פיתא. ושמואל אמר מקום לינה. והלכתא כרב. ושמעינן מינה דהלכתא כרבי יהודה ומודה רב ברועים ובקייצין ובורגנין ושומרי פירות בזמן שדרכן ללון בשדה אע"ג דאכלי בדוכתח אחריתי כי משחינן להו תחומא ממקום לינה דידהו משחינן להו. משום דאנן סהדי דאי ממטינן להו ריפתא התם טפי ניחא להו:
Guemara. On en apprend que le lieu du coucher est déterminant. Rav Yehouda a dit au nom de Rav : on l'a enseigné au sujet de bénéficiaires d'une part. Les Sages ont enseigné : celui qui a une loge de portail, un portique et une galerie dans la cour de son prochain ne lui interdit pas. Une remise à paille, une étable, une remise à bois et un entrepôt, celui-là lui interdit. Rabbi Yehouda dit : ils n'ont visé qu'une maison d'habitation. Rabbi Yehouda a dit : un fait concernant ben Nafha, qui avait cinq cours à Oucha. Le cas est venu devant les Sages, et ils n'ont interdit qu'une maison d'habitation. Une maison d'habitation, cela monterait à l'esprit ? Dis plutôt : le lieu de la maison d'habitation. Qu'est-ce que le lieu de la maison d'habitation ? Rav a dit : le lieu du pain. Et Chmouel a dit : le lieu du coucher. Et la halakha suit Rav. Et nous en apprenons que la halakha suit Rabbi Yehouda. Et Rav convient au sujet des bergers, des kayatsin (occupants de la saison des fruits), des bourganin (gardiens de tour) et des gardiens de fruits : lorsque leur usage est de coucher dans le champ, bien qu'ils mangent dans un autre endroit, quand nous leur mesurons le tehoum, nous le mesurons depuis leur lieu de coucher. Parce que nous sommes témoins que, si on leur apportait le pain là-bas, cela leur conviendrait mieux.
💡 Explication

Lue seule, la michna prouverait que le lieu du coucher fixe la demeure. Rav limite le cas aux mekablei peras : le père leur fournit la dépense, et ils mangent chez eux. Le lieu du pain est alors leur maison, et ils restent séparés.

Tossefot : manger des biens du père a tout de même un effet. Si l'erouv vient chez eux, ou s'il n'y a pas d'autre habitant, ils n'ont pas d'erouv à faire. Le Roch poursuit : Rav dit le lieu du pain, Chmouel le lieu du coucher, et la halakha suit Rav.

15
תנו רבנן: מי שיש לו בית שער, אכסדרה, ומרפסת בחצר חבירו — הרי זה אין אוסר עליו. (את) בית התבן (ואת) בית הבקר בית העצים ובית האוצרות — הרי זה אוסר עליו. רבי יהודה אומר: אינו אוסר אלא מקום דירה בלבד.

Les Sages ont enseigné : celui qui a une loge de portail, un portique et une galerie dans la cour de son prochain, celui-là ne lui interdit pas. Une remise à paille, une étable, une remise à bois et un entrepôt, celui-là lui interdit.

Rabbi Yehouda dit : seul un lieu d'habitation interdit.

🗂️ Tossefot (1)
מי שיש לו בית שער אינו אוסר עליו אע"פ שדרין בו כדתנן לקמן בפרק כיצד משתתפין (עירובין דף פה:) ואם תאמר אי בבית שער דבית תיפוק ליה משום בית דאסר על בני החצר אע"פ שאין דרין בו מידי דהוה אבית התבן וי"ל כגון שנתן בעל הבית עירובו וקמ"ל דהדר בבית שער לא בעי לערב דלא אסר:
Celui qui a une loge de portail ne lui interdit pas. Bien qu'on y habite, comme la michna l'enseigne plus bas au chapitre Keitsad mishtatfin (Eruvin 85b). Et si tu dis : s'il s'agit de la loge de portail d'une maison, cela découlerait déjà de la maison, qui interdit aux habitants de la cour bien qu'on n'y habite pas, à la manière d'une remise à paille. On peut répondre : par exemple, le maître de la maison a donné son erouv, et cela nous enseigne que celui qui habite dans la loge de portail n'a pas besoin de faire l'erouv, car il n'interdit pas.
⚖️ Rosh (1)
גמ' פשיטא לזה בפתח ולזה בפתח היינו חלון שבין שתי חצירות. לזה בזריקה ולזה בזריקה היינו כותל שבין שתי חצירות. לזה בשלשול ולזה בשלשול היינו חריץ שבין שתי חצירות. לזה בפתח ולזה בזריקה היינו דרבה בר רב הונא אמר רב נחמן. לזה בפתח ולזה בשלשול היינו דרב שיזבי אמר רב נחמן. לזה בשלשול ולזה בזריקה מאי. אמר רב שתיהם אסורין. ושמואל אמר נותנין אותו לזה שבשלשול. והלכתא כרב דקיימא לן כרב באיסורי. ועוד דרב הונא ושאר אמוראי שקלי וטרי לתרוצי מתניתין אליבא דרב: אמר רב יהודה אמר שמואל בור שבין שתי חצירות מופלגת מכותל זה בארבעה ומכותל זה בארבעה זה מוציא זיז כל שהוא וממלא וזה מוציא זיז כל שהוא וממלא ורב יהודה דידיה אמר אפילו קניא. אמר ליה אביי לרב יוסף הא דרב יהודה דשמואל היא. דאי דרב הא אמר אין אדם אוסר על חבירו דרך אויר. דאמר רב נחמן אמר רבה בר אבוה אמר רב ב' בתים ושלש חורבות ביניהם זה משתמש בסמוך לו על ידי זריקה וזה משתמש בסמוך לו ע"י זריקה ואמצעית שניהם אסורים בה. ומוקי לה דעבידא כחצובה כזה ואמצעית נוגעת בשני הבתים ותשמיש בני שני הבתים שוין בה פירש רש"י שאין לחורבות בעלים אלא בעלי בתים הללו. משמע דסבירא ליה דאם יש להם בעלים אוסרין אותן הבעלים על בעלי הבתים אע"פ שאין לבעלים דיורין בחורבה. וקשה דהא קיימא לן כרבי יהודה לעיל (עירובין דף עב:) דאמר בית התבן אין אוסר. ולקמן בפירקין (עירובין דף פו.) נמי פסקינן כרבי שמעון דאמר דירה בלא בעלים לא שמה דירה. ונראה דרש"י סובר דנהי דאין אוסרת את החצר ואת המבוי שהיא פתוחה להם בתוכה מיהא אסור לטלטל. וכן פירש לעיל בהדיא בסוף פרק הדר (עירובין דף עד.) דלמא אתי לאפוקי מאני דחצר לחורבה. ופי' רש"י ורשות אחרת היא שיש לה בעלים ובמבוי לא נשתתפה שהרי אינה אוסרת כדתניא לעיל בית התבן אין אוסר דאין אוסר אלא מקום דירה בלבד דהיינו מקום פיתא ומקום לינה. וקשה לר"י לעשות דירה בלא בעלים דירה לחצאין לאסור טלטול לתוכה ולא לאסור על הבתים ועל החצר שהיא פתוחה להם. הלכך נראה דאין אוסרת כלום והא דאמר בסוף הדר דלמא אתי לאפוקי מאני דחצר לחורבה מיירי בחורבה הפתוחה לבית. וא"ת א"כ יאסור הבית על המבוי. ועוד דל חורבה מהכא לישתרי בלחי וקורה משום בית. יש לומר כגון שאותו הבית פתוח נמי לחצר אחרת ואינו רגיל במבוי זה וחורבה דהכא אפילו אית לה בעלים אינה אוסרת על שני הבתים להשתמש בהן כיון דלא דיירי בהו. ומיהו אמצעית דשניהם משתמשין בה אסרי אהדדי. מידי דהוה אשני בתים של אחרים שאם דרים בהן אוסרין זה על זה אע"ג דלאו דידהו נינהו. והלכתא כרב דאין אדם אוסר על חבירו דרך אויר:
Guemara. C'est évident. Pour l'un par une ouverture et pour l'autre par une ouverture : c'est une fenêtre entre deux cours. Pour l'un par un jet et pour l'autre par un jet : c'est un mur entre deux cours. Pour l'un par une descente et pour l'autre par une descente : c'est un fossé entre deux cours. Pour l'un par une ouverture et pour l'autre par un jet : c'est le cas de Rabba bar Rav Houna, au nom de Rav Nahman. Pour l'un par une ouverture et pour l'autre par une descente : c'est le cas de Rav Cheizbi, au nom de Rav Nahman. Pour l'un par une descente et pour l'autre par un jet, qu'en est-il ? Rav a dit : tous les deux sont interdits. Et Chmouel a dit : on l'attribue à celui de la descente. Et la halakha suit Rav, car nous tenons comme Rav en matière d'interdits. Et de plus, Rav Houna et les autres amoraim discutent pour résoudre la michna selon Rav. Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : un puits entre deux cours, écarté de ce mur de quatre tefahim et de ce mur de quatre, celui-ci sort une saillie (ziz) de la moindre mesure et puise, et celui-là sort une saillie de la moindre mesure et puise. Et Rav Yehouda, en son nom, a dit : même un roseau. Abaye a dit à Rav Yossef : cette parole de Rav Yehouda est de Chmouel. Car si elle était de Rav, il a déjà dit : un homme n'interdit pas à son prochain par le chemin de l'air. Car Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouha, au nom de Rav : deux maisons et trois ruines entre elles. Celui-ci se sert de celle qui lui est proche par un jet, et celui-là se sert de celle qui lui est proche par un jet, et dans celle du milieu tous les deux sont interdits. Et il établit le cas comme disposé en trépied, de cette forme : la ruine du milieu touche les deux maisons, et l'usage des habitants des deux maisons y est égal. Rachi a expliqué : les ruines n'ont pas d'autres propriétaires que les maîtres de ces maisons. Il en ressort qu'il tient ceci : si elles ont des propriétaires, ces propriétaires interdisent aux maîtres des maisons, bien que ces propriétaires n'aient pas de demeure dans la ruine. Et c'est difficile, car nous tenons comme Rabbi Yehouda plus haut (Eruvin 72b), qui a dit qu'une remise à paille n'interdit pas. Et plus bas dans notre chapitre (Eruvin 86a), nous tranchons aussi comme Rabbi Chimon, qui a dit : une demeure sans propriétaires ne porte pas le nom de demeure. Et il semble que Rachi tienne : certes, elle n'interdit pas la cour ni la ruelle sur lesquelles elle ouvre. À l'intérieur, du moins, le transport est interdit. Et c'est ainsi qu'il a expliqué plus haut, explicitement, à la fin du chapitre Ha-dar (Eruvin 74a) : de crainte qu'on en vienne à sortir les ustensiles de la cour vers la ruine. Et Rachi a expliqué : c'est un autre domaine, qui a des propriétaires, et elle n'a pas été jointe au shitouf de la ruelle, puisqu'elle n'interdit pas, comme la baraita l'enseigne plus haut : une remise à paille n'interdit pas, car seul un lieu d'habitation interdit, c'est-à-dire le lieu du pain et le lieu du coucher. Et c'est difficile pour le Ri (Rabbeinou Yitshak) de traiter une demeure sans propriétaires comme une demeure à demi : interdire d'y transporter, sans interdire aux maisons ni à la cour sur lesquelles elle ouvre. C'est pourquoi il semble qu'elle n'interdit rien. Et ce qui est dit à la fin de Ha-dar, de crainte qu'on en vienne à sortir les ustensiles de la cour vers la ruine, vise une ruine ouverte sur une maison. Et si tu dis : alors la maison interdirait la ruelle. Et de plus, retire la ruine d'ici : cela devrait être permis par un lehi (poteau) et une kora (poutre), à cause de la maison. On peut répondre : par exemple, cette maison est ouverte aussi sur une autre cour, et il n'a pas l'habitude de cette ruelle. Et la ruine dont il s'agit ici, même si elle a des propriétaires, n'interdit pas aux deux maisons de s'en servir, puisqu'ils n'y habitent pas. Cependant, celle du milieu, dont tous les deux se servent, ils s'interdisent l'un l'autre. Comme deux maisons appartenant à d'autres : s'ils y habitent, ils s'interdisent l'un l'autre, bien que ces maisons ne soient pas à eux. Et la halakha suit Rav : un homme n'interdit pas à son prochain par le chemin de l'air.
💡 Explication

La baraita classe les bâtiments de la cour. Loge de portail, portique et galerie n'interdisent pas au maître de la cour. Remise à paille, étable, remise à bois et entrepôt interdisent, pour le premier tanna. Rabbi Yehouda ne retient que le lieu où l'on habite.

Le Roch enchaîne sur le puits entre deux cours, le jet et la descente, et tranche comme Rav : on n'interdit pas à son prochain par le chemin de l'air.

🖼️ Schéma
Quel bâtiment interdit la cour ? Baraita, puis Rabbi Yehouda Sans interdit Interdit, tanna kamma Loge de portail. Portique (akhsadra). Galerie (marpeset). Remise à paille. Étable. Remise à bois. Entrepôt. Rabbi Yehouda : seul un lieu d'habitation interdit.
Loge, portique et galerie : pas d'interdit. Paille, bétail, bois, entrepôt : le premier tanna interdit. Rabbi Yehouda : la demeure seule.
16
אמר רבי יהודה: מעשה בבן נפחא שהיו לו חמש חצרות באושא, ובא מעשה לפני חכמים, ואמרו: אינו אוסר אלא בית דירה בלבד.

Rabbi Yehouda a dit : un fait concernant ben Nafha, qui avait cinq cours à Oucha. Le cas est venu devant les Sages, et ils ont dit : seule une maison d'habitation interdit.

💡 Explication

Ben Nafha avait une maison dans cinq cours d'Oucha, et n'habitait que dans l'une d'elles. Les Sages n'ont fait interdire que la maison d'habitation.

17
בית דירה סלקא דעתך? אלא אימא: מקום דירה.

Une maison d'habitation, cela monterait à l'esprit ? Dis plutôt : un lieu d'habitation.

💡 Explication

Il a bien une maison dans chaque cour. La formule de la baraita est donc corrigée : seul le lieu d'habitation, l'endroit où il demeure vraiment, interdit.

18
מאי מקום דירה? רב אמר:

Qu'est-ce qu'un lieu d'habitation ? Rav a dit :

⚖️ Rosh (1)
גמ' אמר רב נחמן מחלוקת במסיפס אבל במחיצות י' ד"ה עירוב לכל חבורה וחבורה. איכא דאמרי אמר רב נחמן אף במסיפס מחלוקת מיתיבי אמר ר' יהודה הסבך פירוש גדיל סבכה לא נחלקו ב"ש וב"ה על המחיצות המגיעות לתקרה שצריכין עירוב לכל חבורה וחבורה. ואפילו הן מחיצות גרועות כגון של יריעות. על מה נחלקו על מחיצות שאינן מגיעות לתקרה. שב"ש אומרים עירוב לכל חבורה וחבורה. וב"ה אומרים עירוב אחד לכולן. להך לישנא דאמר רב נחמן מחלוקת במסיפס תיובתא. ולהך לישנא דאמר רב נחמן אף במסיפס מחלוקת לימא תיהוי תיובתיה. אמר לך רב נחמן פליגי במחיצות והוא הדין במסיפס והאי דקמפלגי במחיצות עשרה להודיעך כחו דבית הלל. אמר רב נחמן הלכה כר' יהודה הסבך. תניא במה דברים אמורים כשמוליכים את עירובן למקום אחר. אבל אם היה עירוב בא אצלן ד"ה עירוב אחד לכולן. וכן לב"ה דבעי חדרים ועליות דוקא במוליכין עירובן למקום אחר הוא דמודו שצריכין עירוב לכל חבורה וחבורה אבל בעירוב בא אצלן עירוב אחד לכולן. מיהו בחדרים ועליות ממש אין נראה לחלק בין עירוב בא אצלם ובין מוליכין עירובן למקום אחר מדפשיטא לי' כל כך לגמרא דקאמר אילימא חדרים ועליות ממש פשיטא:
Guemara. Rav Nahman a dit : le débat porte sur un mesifas. Mais pour des cloisons de dix, tout le monde convient : un erouv pour chaque groupe. Il en est qui disent : Rav Nahman a dit : même pour un mesifas, il y a débat. On objecte. Rabbi Yehouda ha-Sabakh a dit. Explication : il tresse une sebakha (treillis). Beit Chammai et Beit Hillel n'ont pas divergé sur les cloisons qui atteignent le plafond : il faut un erouv pour chaque groupe. Même si ce sont des cloisons de peu de valeur, comme des tentures. Sur quoi ont-ils divergé ? Sur des cloisons qui n'atteignent pas le plafond. Beit Chammai disent : un erouv pour chaque groupe. Beit Hillel disent : un seul erouv pour tous. Selon la version où Rav Nahman a dit que le débat porte sur un mesifas : réfutation. Et selon la version où Rav Nahman a dit que même pour un mesifas il y a débat : dirons-nous que ce soit sa réfutation ? Rav Nahman te dirait : ils divergent au sujet des cloisons, et il en va de même pour un mesifas. Et s'ils divergent au sujet de cloisons de dix, c'est pour te faire connaître la force de Beit Hillel. Rav Nahman a dit : la halakha suit Rabbi Yehouda ha-Sabakh. Une baraita enseigne : dans quel cas ces paroles sont-elles dites ? Lorsqu'ils portent leur erouv vers un autre endroit. Mais si l'erouv venait chez eux, tout le monde convient : un seul erouv pour tous. Et de même pour Beit Hillel, qui exigent les chambres et les étages : c'est seulement lorsqu'ils portent leur erouv vers un autre endroit qu'ils conviennent qu'il faut un erouv pour chaque groupe. Mais si l'erouv vient chez eux, un seul erouv pour tous. Cependant, pour de vraies chambres et de vrais étages, il ne paraît pas justifié de distinguer entre l'erouv qui vient chez eux et le fait de porter leur erouv vers un autre endroit, puisque la chose est si évidente pour la Guemara, qui dit : si tu vises de vraies chambres et de vrais étages, c'est évident.
💡 Explication

Le daf s'arrête sur l'ouverture de Rav. Le Roch, plus haut, sur les bénéficiaires d'une part, donne la suite : Rav dit le lieu du pain, Chmouel le lieu du coucher, et la halakha suit Rav.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).