Eruvin 75a : La demeure du non-Juif, puis deux cours l'une dans l'autre

Eruvin 75a

Sougya : La Guemara achève la tsrikhouta ouverte en 74b : les deux enseignements de Rav sont nécessaires, l'un sur la demeure du non-Juif, l'autre sur le nombre de maisons. La raison retenue est l'interdiction d'établir un isolé auprès d'un non-Juif, pour le mavoy et pour la cour.

La michna traite ensuite de deux cours, l'une ouverte sur l'autre : erouv de l'une, de l'autre, oubli d'un habitant, erouv déposé en un seul endroit, et le cas des particuliers. Rabbi Akiva et les Sages divergent sur le droit de passage.

Rav Dimi, puis Ravin, au nom de Rabbi Yannaï, dénombrent les avis sur le pied permis et le pied interdit. Rav place l'erouv commun dans la cour extérieure.

Deux cours, l'une dans l'autre L'intérieure n'atteint le domaine public qu'en traversant l'extérieure Domaine public reshut harabim ouverture de l'extérieure Cour extérieure Habitants nombreux, ou un particulier Passage obligé vers le dehors droit de passage : drissat haregel Cour intérieure Ouverte seulement sur l'extérieure L'erouv vise d'abord sa propre cour
La cour intérieure ouvre sur l'extérieure, et l'extérieure sur le domaine public. Le droit de passage de l'intérieure traverse l'extérieure.
Ce que la michna tranche Transport dans chaque cour, avant la discussion des avis Cas de la michna Intérieure Extérieure Intérieure seule a fait l'erouv permise interdite Extérieure seule a fait l'erouv interdite interdite Chacune pour soi Sages permise chez elle permise chez elle Chacune pour soi Rabbi Akiva permise chez elle interdite Oubli dans l'extérieure permise interdite Oubli dans l'intérieure interdite interdite Erouv commun, un oubli interdite interdite Un habitant par cour sans erouv commun sans erouv commun
Les cas de la michna : qui a fait l'erouv, qui a oublié, et ce qui en résulte pour chaque cour. La ligne des particuliers dispense de l'erouv commun.
Trois avis sur le pied qui passe Pied permis : regel muteret. Pied interdit : regel assoura Premier tanna Rabbi Akiva Derniers Sages Pied permis : n'interdit pas ailleurs Pied interdit : interdit ailleurs Même le pied permis interdit hors de son lieu Le pied interdit interdit à plus forte raison Pied permis : n'interdit pas ailleurs Pied interdit : n'interdit pas ailleurs Extérieure seule : les deux interdites Chacune pour soi : chacune permise Extérieure seule : les deux interdites Chacune pour soi : l'extérieure interdite Extérieure seule : l'extérieure permise Chacune pour soi : chacune permise Halakha, selon le Roch : l'avis médian, le premier tanna
Trois avis. Le premier tanna distingue le pied permis et le pied interdit. Rabbi Akiva interdit même le pied permis. Les derniers Sages n'interdisent ni l'un ni l'autre. Le Rosh suit l'avis médian.
1
הוה אמינא: דירת גוי שמה דירה, קא משמע לן דדירת גוי לא שמה דירה. ואי מהכא — הוה אמינא: לא ידענא בתים כמה, קא משמע לן בתים תרין.

j'aurais dit : la demeure d'un non-Juif porte le nom de demeure. Cela nous apprend que la demeure d'un non-Juif ne porte pas le nom de demeure.

Et si de celle-ci, j'aurais dit : je ne sais pas combien de maisons. Cela nous apprend : deux maisons.

📜 Rachi (2)
הוה אמינא שמה דירה להא מילתא קמ"ל:
C'est ce point que cela nous apprend.
ה"ג ואי מהכא ה"א בתים לא ידענא כמה כלומר אי מהא ה"א נהי דבחצירות שמעינן מינה דבתרתי סגי מדנקט צידו אחד עובד כוכבים הא תרוייהו ישראלים שרי אבל בתים לא ידענא כמה לכל חצר:
Notre version : Et si de celle-ci, j'aurais dit : des maisons, je ne sais pas combien. C'est-à-dire : si de celle-ci, j'aurais dit : soit, pour les cours, nous apprenons d'elle que deux suffisent, puisqu'il retient un côté occupé par un non-Juif, ce qui implique que si les deux étaient des Juifs, c'est permis. Mais pour les maisons, je ne sais pas combien pour chaque cour.
🗂️ Tossefot (1)
הוה אמינא דירת עובד כוכבים שמה דירה אע"ג דאמר בריש פרקין דלכולי עלמא לא שמה דירה הכא דלהקל להתיר המבוי להחשיב כבתים וחצירות פתוחים לתוכו אמר שמה דירה:
Bien qu'il ait été dit au début de notre chapitre que, pour tout le monde, elle ne porte pas le nom de demeure, ici, où il s'agit d'alléger afin de permettre le mavoy, en la comptant comme des maisons et des cours ouvertes sur lui, on aurait dit qu'elle porte le nom de demeure.
💡 Explication

La phrase continue la tsrikhouta de 74b. Rav a deux enseignements. Si l'on ne tenait que de l'un, on dirait que la demeure du non-Juif porte le nom de demeure et compte parmi les cours du mavoy. L'autre enseignement apprend qu'elle ne porte pas ce nom.

Rachi lit la seconde branche ainsi : du cas un côté non-Juif, on sait déjà les cours. Deux suffisent, puisque les deux côtés juifs seraient permis. Le nombre de maisons par cour resterait ouvert. On apprend : deux maisons.

Tossefot : au début du chapitre, tous conviennent que cette demeure ne compte pas. Ici, la hava amina vise un allègement, pour faire entrer la cour du non-Juif dans le compte qui permet le mavoy.

🖼️ Schéma
Pourquoi Rav parle deux fois Suite de la tsrikhouta de 74b Si l'on n'avait que le cas un côté non-Juif Si l'on n'avait que l'autre enseignement On dirait que sa demeure porte le nom de demeure. L'autre enseignement apprend qu'elle ne le porte pas. Les cours : deux suffisent. Les maisons : le nombre resterait inconnu. On apprend : deux maisons. Raison retenue : interdit d'établir un isolé auprès d'un non-Juif
Chaque enseignement de Rav bouche ce que l'autre laisserait ouvert : le statut de la demeure, puis le nombre de maisons.
2
השתא דאמר רב אפילו חצר, טעמא דרב דקא סבר אסור לעשות יחיד במקום גוי.

Maintenant que Rav a dit : même une cour, la raison de Rav est qu'il tient qu'il est interdit d'établir un isolé à la place d'un non-Juif.

📜 Rachi (1)
אסור לעשות לדור יחיד במקום נכרי שלא ילמד ממעשיו לפיכך לא יערבו אלו עמו ולא ישתמשו עמו במבוי כדי שיהא יחיד ויירא מן הנכרי שלא יהרגנו ויצא:
Demeurer isolé à la place d'un non-Juif, de peur qu'il apprenne de ses actes. C'est pourquoi ceux-là ne feront pas l'erouv avec lui et n'useront pas du mavoy avec lui, afin qu'il soit isolé, qu'il craigne le non-Juif de peur que celui-ci le tue, et qu'il parte.
💡 Explication

Rav a étendu la règle à la cour, et non au seul mavoy. La raison retenue est donc l'interdiction d'établir un isolé (yahid) auprès d'un non-Juif. La règle du lehi et de la kora, qui vise le mavoy, ne porte pas cette extension.

Rachi : les voisins refusent l'erouv et l'usage commun. L'isolé reste seul, craint le non-Juif, et s'en va, pour ne pas apprendre de ses actes.

3
אמר רב יוסף: אי הכי היינו דשמענא ליה לרבי טבלא דאמר: ״גוי גוי״ תרי זימני, ולא ידענא מאי אמר.

Rav Yossef dit : s'il en est ainsi, c'est bien ce que j'ai entendu de Rabbi Tavla, qui disait : non-Juif, non-Juif, deux fois, et je ne savais pas ce qu'il disait.

📜 Rachi (2)
דשמענא ליה לר' טבלא דאמר בהא מילתא דרב:
Dans cette parole de Rav.
עובד כוכבים עובד כוכבים תרתי זמני ולא ידענא מאי קאמר השתא ודאי מפרש למלתיה דרב הוה מבוי שצידו אחד עובד כוכבים אין מערבין אותו כולו משום דאסור לעשות יחיד במקום עובד כוכבים לשון אחר חד למבוי וחד לחצר:
Maintenant, certes, il explique la parole de Rav : un mavoy dont un côté est un non-Juif, on n'en fait pas l'erouv tout entier, parce qu'il est interdit d'établir un isolé à la place d'un non-Juif. Autre explication : l'un pour le mavoy, et l'un pour la cour.
💡 Explication

Rabbi Tavla répétait le mot deux fois. Rav Yossef en saisit maintenant le sens, une fois la raison de Rav établie pour le mavoy et pour la cour.

Rachi donne deux lectures. L'une explique l'enseignement de Rav sur le mavoy dont un côté est un non-Juif. L'autre répartit les deux mots : l'un pour le mavoy, l'autre pour la cour.

4
מתני׳ שתי חצירות זו לפנים מזו, עירבה הפנימית ולא עירבה החיצונה — הפנימית מותרת והחיצונה אסורה.

Michna. Deux cours, l'une à l'intérieur de l'autre.

Si l'intérieure a fait l'erouv et que l'extérieure n'a pas fait l'erouv, l'intérieure est permise et l'extérieure est interdite.

📜 Rachi (2)
מתני' זו לפנים מזו פנימית פתוחה לחיצונה וחיצונה לרה"ר ודריסת רגלה של פנימית על החיצונה לצאת לרשות הרבים:
L'intérieure est ouverte sur l'extérieure, et l'extérieure sur le domaine public (reshut harabim). Le droit de passage de l'intérieure passe par l'extérieure pour sortir vers le domaine public.
עירבה פנימית לעצמה לטלטל בחצירה:
Pour elle-même, afin de transporter dans sa cour.
⚖️ Rosh (1)
מתני' שתי חצירות זו לפנים מזו עירבה הפנימית ולא עירבה החיצונה הפנימית מותרת והחיצונה אסורה. החיצונה ולא הפנימית שתיהן אסורות. עירבה זו לעצמה וזו לעצמה זו מותרת בפני עצמה וזו מותרת בפני עצמה ר"ע אוסר את החיצונה שדריסת הרגל אוסרתה. וחכמים אומרים אין דריסת הרגל אוסרתה. שכח אחד מן החיצונה ולא עירב. הפנימית מותרת והחיצונה אסורה. שכח אחד מהפנימית ולא עירב שתיהן אסורות. נתנו עירובן במקום אחד ושכח אחד בין מן הפנימית בין מן החיצונה ולא עירב שתיהן אסורות. ואם היו של יחידים אינן צריכין לערב:
Michna. Deux cours, l'une à l'intérieur de l'autre. Si l'intérieure a fait l'erouv et que l'extérieure n'a pas fait l'erouv, l'intérieure est permise et l'extérieure est interdite. Si l'extérieure a fait l'erouv et non l'intérieure, les deux sont interdites. Si celle-ci a fait l'erouv pour elle-même et celle-là pour elle-même, celle-ci est permise en elle-même et celle-là est permise en elle-même. Rabbi Akiva interdit l'extérieure, car le droit de passage l'interdit. Et les Sages disent : le droit de passage ne l'interdit pas. Si l'un de l'extérieure a oublié et n'a pas participé à l'erouv, l'intérieure est permise et l'extérieure est interdite. Si l'un de l'intérieure a oublié et n'a pas participé à l'erouv, les deux sont interdites. S'ils ont déposé leur erouv en un seul endroit, et que l'un a oublié, que ce soit de l'intérieure ou de l'extérieure, et n'a pas participé à l'erouv, les deux sont interdites. Et s'ils étaient des particuliers, ils n'ont pas besoin de faire l'erouv.
💡 Explication

Nouvelle michna. La cour intérieure ouvre sur l'extérieure, et l'extérieure ouvre sur le domaine public. Pour sortir, l'intérieure a un droit de passage (drissat haregel) sur l'extérieure.

Si seule l'intérieure a fait l'erouv, elle transporte dans sa cour. L'extérieure, sans erouv, reste interdite. Le passage de l'intérieure ne répare pas ce manque.

5
החיצונה ולא הפנימית — שתיהן אסורות. עירבה זו לעצמה וזו לעצמה — זו מותרת בפני עצמה וזו מותרת בפני עצמה.

Si l'extérieure a fait l'erouv et non l'intérieure, les deux sont interdites. Si celle-ci a fait l'erouv pour elle-même et celle-là pour elle-même, celle-ci est permise en elle-même et celle-là est permise en elle-même.

💡 Explication

Si seule l'extérieure a fait l'erouv, les gens de l'intérieure traversent chez elle sans erouv à eux. Les deux cours sont interdites.

Si chacune a fait l'erouv pour elle-même, chacune transporte chez elle. Ces deux erouv séparés ne couvrent pas le transport de l'une à l'autre. Rabbi Akiva, dans la phrase suivante, interdit malgré cela l'extérieure.

6
רבי עקיבא אוסר החיצונה, שדריסת הרגל אוסרתה. וחכמים אומרים: אין דריסת הרגל אוסרתה.

Rabbi Akiva interdit l'extérieure, car le droit de passage l'interdit. Et les Sages disent : le droit de passage ne l'interdit pas.

💡 Explication

Le cas est celui où chaque cour a fait son erouv. Rabbi Akiva interdit quand même l'extérieure : le droit de passage (drissat haregel) des gens de l'intérieure pèse sur elle comme une présence qui n'a pas mêlé son erouv au sien.

Les Sages : ce passage ne l'interdit pas. L'intérieure ne fait qu'y passer, et elle est permise chez elle.

7
שכח אחד מן החיצונה ולא עירב — הפנימית מותרת והחיצונה אסורה. מן הפנימית ולא עירב — שתיהן אסורות.

Si l'un de l'extérieure a oublié et n'a pas participé à l'erouv, l'intérieure est permise et l'extérieure est interdite. S'il est de l'intérieure et n'a pas participé à l'erouv, les deux sont interdites.

📜 Rachi (1)
מן הפנימית ולא עירבה שתיהן אסורות דהויא פנימית רגל האסורה:
Car l'intérieure est un pied interdit.
💡 Explication

Un oubli dans l'extérieure n'atteint pas l'intérieure : celle-ci a son erouv, et elle peut se tenir chez elle.

Un oubli dans l'intérieure fait d'elle un pied interdit (regel assoura). Ce pied traverse l'extérieure. Les deux cours sont interdites. Rachi le dit en ces termes.

8
נתנו עירובן במקום אחד ושכח אחד, בין מן הפנימית בין מן החיצונה, ולא עירב — שתיהן אסורות. ואם היו של יחידים — אינן צריכין לערב.

S'ils ont déposé leur erouv en un seul endroit, et que l'un a oublié, que ce soit de l'intérieure ou de l'extérieure, et n'a pas participé à l'erouv, les deux sont interdites. Et s'ils étaient des particuliers, ils n'ont pas besoin de faire l'erouv.

📜 Rachi (3)
נתנו עירובן במקום אחד שעירבו שתיהן זו עם זו והאי במקום אחד מפרש בגמ' שנתנוהו בחיצונה:
Les deux ont fait l'erouv l'une avec l'autre. Et ce en un seul endroit, la Guemara l'explique : ils l'ont déposé dans l'extérieure.
ושכח א' אפי' מן החיצונה ולא עירב שתיהן אסורות דפנימית נמי אסורה לטלטל בחצירה משום דלא מציא למיחד דשא ואסתלוקי מחיצונה לאשתמושי באנפי נפשה דהא ליתא לעירובה גבה דאותו עירוב המתירן בחצירן הוליכוהו בחיצונה:
Même s'il est de l'extérieure et n'a pas participé à l'erouv, les deux sont interdites. Car l'intérieure aussi est interdite de transporter dans sa cour, puisqu'elle ne peut fermer la porte et se retirer de l'extérieure pour user par elle-même : son erouv n'est pas auprès d'elle. Cet erouv qui les permet dans leur cour, ils l'ont porté dans l'extérieure.
אם היו של יחידים שאין בפנימית אלא אחד ובחיצונה אחד אין צריכין לערב זה עם זה משום דריסת הרגל דכיון דיחיד הוא והפנימית הויא רגל המותרת ואינה אוסרת וסתמא כרבנן ואם היו שנים אפילו בחיצונה גזרינן דילמא אתי למישרי שנים בפנימית ואחד בחיצונה:
S'il n'y a dans l'intérieure qu'un seul, et dans l'extérieure un seul, ils n'ont pas besoin de faire l'erouv l'un avec l'autre à cause du droit de passage. Puisque c'est un particulier, et que l'intérieure est un pied permis, elle n'interdit pas. Et l'anonyme suit les Sages. Et s'ils étaient deux, même dans l'extérieure, nous décrétons, de peur qu'on en vienne à permettre deux dans l'intérieure et un dans l'extérieure.
💡 Explication

L'erouv commun, déposé en un seul endroit, lie les deux cours. Un seul oubli, de quelque cour qu'il vienne, les interdit toutes deux. Rachi : l'endroit est l'extérieure, comme la Guemara l'expliquera. L'intérieure ne peut pas fermer sa porte et se retirer, car son erouv n'est pas chez elle.

S'il n'y a qu'un habitant par cour, ils n'ont pas à faire l'erouv l'un avec l'autre à cause du passage. L'intérieure est un pied permis (regel muteret) et n'interdit pas. Rachi : la michna anonyme suit ici les Sages. S'ils sont deux, même dans l'extérieure, on décrète une interdiction, de peur qu'on en vienne à permettre deux dans l'intérieure et un dans l'extérieure.

9
גמ׳ כי אתא רב דימי אמר רבי ינאי: זו דברי רבי עקיבא, דאמר: אפילו רגל המותרת במקומה — אוסרת שלא במקומה. אבל חכמים אומרים: כשם שרגל המותרת אינה אוסרת — כך רגל האסורה אינה אוסרת.

Guemara. Lorsque Rav Dimi vint, il dit au nom de Rabbi Yannaï : ceci est la parole de Rabbi Akiva, qui a dit : même un pied permis dans son lieu interdit hors de son lieu.

Mais les Sages disent : de même qu'un pied permis n'interdit pas, de même un pied interdit n'interdit pas.

📜 Rachi (1)
גמ' אף רגל האסורה אינה אוסרת וממתני' מותבינן ליה לקמיה:
Et de la michna nous lui objectons plus loin.
⚖️ Rosh (1)
גמ' אמר ר' אבין אמר רבי ינאי שלש מחלוקת בדבר. ר' עקיבא סבר אפילו רגל המותרת במקומה אוסרת שלא במקומה. ורבנן סברי אפי' רגל האסורה במקומה אינה אוסרת שלא במקומה ותנא דקתני חיצונה ולא הפנימית שתיהן אסורות סבר דרגל המותרת במקומה אינה אוסרת שלא במקומה. ורגל האסורה במקומה אוסרת שלא במקומה. וקי"ל כדברי המכריע. וכן מוכחא סוגיא דכולה פירקין. וכן פסק הראב"ד ז"ל והר"ז הלוי ז"ל: נתנו במקום אחד. מאי מקום אחד. אמר רב יהודה אמר רב חיצונה ואמאי קרי לה מקום אחד. מקום המיוחד לשתיהן: ואם היו של יחידים כו' אמר רב ביבי משמיה דרב אדא בר אהבה שלשה אסורין. פרש"י אם שלשה דרין בשתי חצירות אסורין ואפילו יחיד בפנימית ושנים בחיצונה. מאי טעמא. הואיל ואני קורא בהן רבים בחיצונה דהרואים שנים דרים בחיצונה סבור דגם בפנימית דרים שנים ואתי למימר דרגל האסורה אינה אוסרת. ורב אלפס ז"ל פירש אין קורין יחידים אלא בזמן שהם שתי חצירות ובכל חצר וחצר דר אחד שנמצאו כולן שנים. אבל אם היו כולם שלש חצירות ובכל חצר דר אחד שנמצאו כולם שלשה אסורין. מ"ט הואיל ואני קורא בהן רבים בחיצונה דכל שלשה רבים. וכיון דשלשה דורסין בחיצונה הרי הן רבים ואוסרים. ושמואל אמר לעולם מותרים עד שיהו שנים בפנימית שנים שלא עירבו לפיכך אוסרים בחיצונה. אמר ר' אלעזר נכרי הרי הוא כרבים ואוסר. מאי שנא ישראל דיחיד אין אוסר. דכל מאן דחזי להו דמטלטלין אי ידע דיחיד הוא ידע דכל יחיד שרי לטלטולי ואי לא ידע אמר בדעתיה לא מטלטלי אלא משום דעירבו בהדי הדדי. אי הכי נכרי נמי נימא אי ידע דיחיד הוא הא ידע ואי לא ידע אמר בדעתיה האי דמטלטל דאגיר מיניה הוא. סתם נכרי אי איתא דאגר מיפעא פעי וכיון דלא פעי אמרי מטלטל במקום נכרי ולפיכך אסור פרש"י דר"א כשמואל ס"ל ומיירי משום דאיכא נכרי בפנימית ושני ישראלים בחיצונה וקאמר דאף על גב דישראל אחד בפנימית לא הוה אוסר נכרי אוסר. דאי כרב אדא בר אהבה ס"ל דאוסר מאי איריא נכרי אפילו ישראל נמי. וליכא למימר כרב אדא ס"ל ומיירי דאיכא נכרי בפנימית וישראל אחד בחיצונה. דבכי האי גונא אפי' נכרי לא אסר והלכה כשמואל דר"א קאי כוותיה. ועוד דהלכה כדברי המיקל בעירוב. ולפירוש רב אלפס ז"ל אתיא ר"א שפיר כרב אדא דרב אדא איירי בשלש חצירות ור' אלעזר איירי בשתי חצירות:
Guemara. Rabbi Avin a dit au nom de Rabbi Yannaï : il y a trois avis dans la chose. Rabbi Akiva tient : même un pied permis dans son lieu interdit hors de son lieu. Et les Sages tiennent : même un pied interdit dans son lieu n'interdit pas hors de son lieu. Et le tanna qui enseigne : l'extérieure a fait l'erouv et non l'intérieure, les deux sont interdites, tient qu'un pied permis dans son lieu n'interdit pas hors de son lieu, et qu'un pied interdit dans son lieu interdit hors de son lieu. Et la halakha est fixée selon les paroles de l'avis médian (le makhria). Ainsi le montre la sougya de tout notre chapitre. Ainsi ont tranché le Raavad, de mémoire bénie, et Rabbi Zerahya HaLévi, de mémoire bénie. Ils ont déposé en un seul endroit. Qu'est-ce qu'un seul endroit ? Rav Yehouda a dit au nom de Rav : l'extérieure. Et pourquoi l'appelle-t-on un seul endroit ? Un endroit réservé aux deux. Et s'ils étaient des particuliers, etc. Rav Bibi a dit au nom de Rav Ada bar Ahava : trois sont interdits. Rachi a expliqué : si trois habitent dans deux cours, ils sont interdits, même un particulier dans l'intérieure et deux dans l'extérieure. Quelle est la raison ? Puisque je les appelle plusieurs dans l'extérieure : ceux qui voient deux habiter dans l'extérieure pensent que dans l'intérieure aussi deux habitent, et l'on en viendrait à dire qu'un pied interdit n'interdit pas. Et Rav Alfas, de mémoire bénie, a expliqué : on n'appelle particuliers que lorsqu'il y a deux cours et que dans chaque cour habite un seul, de sorte qu'en tout ils sont deux. Mais s'il y avait en tout trois cours, et que dans chaque cour habite un seul, de sorte qu'en tout ils sont trois, ils sont interdits. Quelle est la raison ? Puisque je les appelle plusieurs dans l'extérieure, car tout groupe de trois compte pour plusieurs. Et puisque trois passent dans l'extérieure, les voici plusieurs, et ils interdisent. Et Chmouel a dit : ils sont toujours permis, jusqu'à ce qu'il y ait deux dans l'intérieure, deux qui n'ont pas fait l'erouv ; c'est pourquoi ils interdisent dans l'extérieure. Rabbi Elazar a dit : un non-Juif compte comme plusieurs, et il interdit. En quoi un Juif est-il différent, pour qu'un particulier n'interdise pas ? Quiconque les voit transporter : s'il sait que c'est un particulier, il sait que tout particulier est autorisé à transporter. S'il ne le sait pas, il se dit : ils ne transportent qu'en raison de l'erouv qu'ils ont fait l'un avec l'autre. S'il en est ainsi, pour un non-Juif aussi, disons : s'il sait que c'est un particulier, il le sait. S'il ne le sait pas, il se dit : celui-ci transporte parce qu'il a pris location de lui. Un non-Juif ordinaire, s'il y avait eu location, protesterait. Puisqu'il ne proteste pas, on dit : il transporte en présence d'un non-Juif, et c'est pourquoi c'est interdit. Rachi a expliqué : Rabbi Elazar tient comme Chmouel, et il s'agit d'un non-Juif dans l'intérieure et de deux Juifs dans l'extérieure. Et il dit : bien qu'un seul Juif dans l'intérieure n'aurait pas interdit, un non-Juif interdit. Car s'il tenait comme Rav Ada bar Ahava, qui interdit, pourquoi précisément un non-Juif ? Même un Juif aussi. Et l'on ne peut dire qu'il tient comme Rav Ada, et qu'il s'agit d'un non-Juif dans l'intérieure et d'un seul Juif dans l'extérieure. Car dans un cas pareil, même un non-Juif n'interdit pas. Et la halakha suit Chmouel, puisque Rabbi Elazar se range à son avis. De plus, la halakha suit les paroles de celui qui allège en matière d'erouv. Et selon l'explication de Rav Alfas, de mémoire bénie, Rabbi Elazar s'accorde bien avec Rav Ada : Rav Ada parle de trois cours, et Rabbi Elazar parle de deux cours.
💡 Explication

Rav Dimi rapporte Rabbi Yannaï. La clause où l'extérieure a fait l'erouv et non l'intérieure, et où les deux sont interdites, serait de Rabbi Akiva. Pour lui, même un pied permis dans son lieu (regel muteret) interdit la cour qu'il ne fait que traverser.

Les Sages, dans ce rapport, vont jusqu'au bout : même un pied interdit (regel assoura) n'interdit pas hors de son lieu. Rachi annonce que la michna servira d'objection.

Le Roch, sur ce segment, cite déjà la version à trois avis, celle de Ravin, et fixe la halakha sur l'avis médian. Il enchaîne le lieu de l'erouv, le compte des particuliers, et le non-Juif assimilé à plusieurs.

10
תנן: עירבה חיצונה ולא פנימית שתיהן אסורות. מני? אילימא רבי עקיבא, מאי איריא רגל אסורה? אפילו רגל מותרת נמי. אלא לאו רבנן!

Nous avons appris : l'extérieure a fait l'erouv et non l'intérieure, les deux sont interdites. De qui est-ce ?

Si tu dis : de Rabbi Akiva. Pourquoi précisément un pied interdit ?

Même un pied permis aussi. C'est donc des Sages.

📜 Rachi (2)
תנן חיצונה ולא פנימית שתיהן אסורות הא עירבה נמי פנימית תרוייהו שריין אלמא רגל המותרת לא אסרה:
Donc, si l'intérieure avait elle aussi fait l'erouv, les deux seraient permises. On apprend qu'un pied permis n'a pas interdit.
אפילו רגל המותרת נמי דקתני סיפא גבי עירבו שתיהן כל אחת לעצמה ר"ע אוסר את החיצונה ומשום לאשמועינן היא גופה לא איצטריך דמסיפא נפקא לן דהשתא מותרת אסרה אסורה מיבעיא:
Car la fin enseigne, au sujet du cas où les deux ont fait l'erouv, chacune pour elle-même, que Rabbi Akiva interdit l'extérieure. Et pour nous apprendre le cas lui-même, ce n'était pas nécessaire : nous le tirons de la fin. Maintenant qu'un pied permis a interdit, un pied interdit, faut-il encore le demander ?
💡 Explication

Première objection au rapport de Rav Dimi. Si la clause était de Rabbi Akiva, le cas du pied interdit n'aurait rien de particulier : même un pied permis interdit l'extérieure, comme la fin de la michna le dit en son nom.

Rachi : de la fin on tire déjà que Rabbi Akiva interdit le pied permis. Dès lors, le pied interdit suivrait de lui-même. La clause vise donc un maître pour qui le pied permis n'interdit pas, et pour qui le pied interdit interdit. Rav Dimi prêtait aux Sages l'avis contraire.

11
לעולם רבי עקיבא, ולא זו אף זו קתני.

En réalité, c'est Rabbi Akiva, et il enseigne : non seulement ceci, mais encore cela.

📜 Rachi (1)
לעולם ר"ע ולא תידוק מינה עירבה לא אסרה אלא היא גופה קמ"ל דרגל האסורה אוסרת ודקא קשיא לך מסיפא נפקא אין ה"נ אלא הא אשמועינן ברישא והדר אמר לא זו בלבד אסר ר"ע דהויא רגל האסורה אלא אף זו עירבה זו לעצמה וזו לעצמה דפנימית רגל המותרת היא אפ"ה רבי עקיבא אוסר החיצונה:
Et n'en déduis pas que, si elle a fait l'erouv, elle n'a pas interdit. Le cas lui-même nous apprend qu'un pied interdit interdit. Et ce qui te fait difficulté, qu'on le tire de la fin : oui, il en est ainsi. Mais ceci, il nous l'apprend dans le début, puis il dit : non seulement Rabbi Akiva a interdit là où c'est un pied interdit, mais encore ceci, celle-ci a fait l'erouv pour elle-même et celle-là pour elle-même, où l'intérieure est un pied permis, et même ainsi Rabbi Akiva interdit l'extérieure.
💡 Explication

La Guemara maintient d'abord Rabbi Akiva. La michna suivrait la formule lo zo af zo : non seulement le cas du pied interdit, mais encore le cas du pied permis, où chaque cour a fait son erouv, et où Rabbi Akiva interdit quand même l'extérieure.

On ne déduit donc pas, de la première clause, que l'erouv de l'intérieure lèverait l'interdiction. Cette clause apprend le pied interdit. La suite ajoute le pied permis.

12
תנן: עירבה זו לעצמה וזו לעצמה — זו מותרת בפני עצמה וזו מותרת בפני עצמה. טעמא דעירבה, הא לא עירבה — שתיהן אסורות,

Nous avons appris : si celle-ci a fait l'erouv pour elle-même et celle-là pour elle-même, celle-ci est permise en elle-même et celle-là est permise en elle-même. La raison est qu'elle a fait l'erouv.

Donc, si elle n'a pas fait l'erouv, les deux sont interdites.

📜 Rachi (2)
טעמא דעירבה פנימית דהויא רגל המותרת:
L'intérieure, qui est un pied permis.
הא לא עירבה שתיהן אסורות דרגל האסורה אוסרת דהא ליכא למידק הא לא עירבה חיצונה המעורבת מותרת ושאינה מעורבת אסורה דהא פשיטא דשאינה מעורבת אסורה דהא כבר תני לה לעיל מתני' ואי משום היא גופה לאשמועינן רגל המותרת אינה אוסרת לאשמועינן רגל האסורה וליתני כגון עירבה חיצונה ולא פנימית חיצונה מותרת וכל שכן האי אלא ודאי דוקא קתני:
Car un pied interdit interdit. On ne peut pas déduire : si l'extérieure n'a pas fait l'erouv, celle qui a fait l'erouv est permise et celle qui n'a pas fait l'erouv est interdite. Car il est évident que celle qui n'a pas fait l'erouv est interdite : la michna l'a déjà enseignée plus haut. Et si c'était pour le cas lui-même, pour nous apprendre qu'un pied permis n'interdit pas, qu'il nous apprenne qu'un pied interdit interdit, et qu'il enseigne par exemple : l'extérieure a fait l'erouv et non l'intérieure, l'extérieure est permise, et à plus forte raison ce cas-ci. Donc, certes, il enseigne de façon précise.
💡 Explication

Nouvelle déduction, sur la clause chacune pour soi. Les deux cours ne sont permises chez elles que parce que l'intérieure a fait l'erouv : c'est un pied permis. S'il manquait, les deux seraient interdites : le pied interdit interdit hors de son lieu.

Rachi écarte une autre lecture de la déduction, celle qui porterait sur l'extérieure. Le cas de l'extérieure sans erouv est déjà enseigné plus haut, et il est évident. S'il s'agissait seulement d'apprendre que le pied permis n'interdit pas, la michna aurait enseigné le cas plus fort : l'extérieure a fait l'erouv, l'intérieure non, et l'extérieure reste permise. Elle enseigne donc ce cas-ci de façon précise.

13
והא האי תנא דאמר: רגל המותרת אינה אוסרת רגל האסורה אוסרת, מני הא? אילימא רבי עקיבא היא — אפילו רגל המותרת נמי, אלא לאו, רבנן היא. ועוד: מדסיפא רבי עקיבא, רישא לאו רבי עקיבא.

Or ce tanna qui a dit : un pied permis n'interdit pas, un pied interdit interdit, qui est-ce ? Si tu dis que c'est Rabbi Akiva : même un pied permis aussi.

C'est donc des Sages. Et encore : puisque la fin est de Rabbi Akiva, le début n'est pas de Rabbi Akiva.

📜 Rachi (1)
מדסיפא רבי עקיבא דהא רבי עקיבא אהא מילתא פליג:
Car Rabbi Akiva conteste sur cette parole.
💡 Explication

L'auteur de cette déduction tient les deux : le pied permis n'interdit pas, le pied interdit interdit. Rabbi Akiva interdit même le pied permis. L'auteur est donc du côté des Sages, dans le rapport de Rav Dimi. Or Rav Dimi leur prêtait l'avis que le pied interdit n'interdit pas non plus.

Second appui : Rabbi Akiva est nommé sur la fin, là où il conteste. Le début, qu'il conteste, a un autre auteur.

14
כולה רבי עקיבא היא, וחסורי מיחסרא והכי קתני: עירבה זו לעצמה וזו לעצמה — זו מותרת בפני עצמה וזו מותרת בפני עצמה. במה דברים אמורים — שעשתה דקה, אבל לא עשתה דקה — חיצונה אסורה, דברי רבי עקיבא, שרבי עקיבא אוסר את החיצונה, מפני שדריסת הרגל אוסרת. וחכמים אומרים: אין דריסת הרגל אוסרת.

Tout est de Rabbi Akiva, et le texte est incomplet, et voici ce qu'il enseigne : si celle-ci a fait l'erouv pour elle-même et celle-là pour elle-même, celle-ci est permise en elle-même et celle-là est permise en elle-même. Dans quel cas est-ce dit ?

Lorsqu'elle a fait une daka. Mais si elle n'a pas fait de daka, l'extérieure est interdite.

Paroles de Rabbi Akiva. Car Rabbi Akiva interdit l'extérieure, parce que le droit de passage interdit.

Et les Sages disent : le droit de passage n'interdit pas.

📜 Rachi (2)
שעשתה דקה פנימית עשתה דלת קטנה לפני פתחה וסילקה דריסת רגלה מחיצונה:
L'intérieure a fait une petite porte devant son ouverture, et elle a retiré son droit de passage de l'extérieure.
אין דריסת הרגל אוסרת ואתרוייהו מילי דרבי עקיבא פליגי ואפי' ארישא דקתני חיצונה ולא פנימית שתיהן אסורות ונטרוה לרבי עקיבא עד דאסקיה למלתיה והדר איפליגו עליה:
Et ils contestent les deux paroles de Rabbi Akiva, même le début qui enseigne : l'extérieure a fait l'erouv et non l'intérieure, les deux sont interdites. Ils ont attendu Rabbi Akiva jusqu'à ce qu'il achève sa parole, puis ils ont contesté sur lui.
💡 Explication

Réponse par hassorei mehassera : la michna est lacunaire, et tout le passage reste de Rabbi Akiva. Chacune permise chez elle ne vaut que si l'intérieure a fait une daka, une petite porte devant son ouverture, qui retire son droit de passage.

Sans daka, Rabbi Akiva interdit l'extérieure. Les Sages contestent les deux volets de sa parole, y compris le début, où l'extérieure seule a fait l'erouv et où les deux sont interdites. Rachi : on a laissé Rabbi Akiva achever, puis on a contesté.

🖼️ Schéma
La daka retire le passage Lecture qui maintient toute la michna selon Rabbi Akiva Avec une daka Sans daka Petite porte devant l'ouverture intérieure. Le droit de passage est retiré. Chaque cour chez elle. Le passage demeure. Rabbi Akiva interdit l'extérieure. Les Sages : le passage ne l'interdit pas.
La petite porte retire le passage : chacune est alors permise chez elle. Sans elle, Rabbi Akiva interdit l'extérieure.
15
מתיב רב ביבי בר אביי: ואם היו של יחידים אין צריכין לערב. הא של רבים צריכין לערב, אלמא רגל המותרת במקומה — אינה אוסרת, רגל האסורה — אוסרת!

Rav Bibi bar Abaye objecte : Et s'ils étaient des particuliers, ils n'ont pas besoin de faire l'erouv. Donc, s'ils sont plusieurs, ils ont besoin de faire l'erouv.

On apprend qu'un pied permis dans son lieu n'interdit pas, et qu'un pied interdit interdit.

🗂️ Tossefot (2)
מתיב רב ביבי בר אביי ק"ק דה"ל לאקשויי מרישא מעיקרא:
C'est un peu difficile : il aurait dû objecter dès le début, à partir du début.
אלמא רגל המותרת אינה אוסרת כו' הא דלא מוקי בעשתה דקה היינו משום דתיקשי רישא וסיפא בעשתה דקה ומציעתא ההיא דשכח אחד מן הפנימית בלא עשתה דקה:
Ce qu'on n'établit pas dans le cas où elle a fait une daka, c'est parce que le début et la fin feraient difficulté s'ils étaient dans le cas d'une daka, et le milieu, celui où l'un de l'intérieure a oublié, sans daka.
💡 Explication

La fin de la michna : des particuliers (yehidim), un par cour, n'ont pas besoin d'erouv commun. À l'inverse, des plusieurs en ont besoin. Le particulier est un pied permis et n'interdit pas. Plusieurs sans erouv sont un pied interdit, et ils interdisent. Cela heurte la lecture qui prête aux Sages l'avis que le pied interdit n'interdit pas.

Tossefot : l'objection aurait pu partir du début de la michna. On ne place pas cette clause dans le cas de la daka : le début et la fin seraient alors avec daka, et le milieu, l'oubli dans l'intérieure, sans daka.

16
ועוד מתיב רבינא: שכח אחד מן החיצונה ולא עירב — הפנימית מותרת וחיצונה אסורה. שכח אחד מן הפנימית ולא עירב — שתיהן אסורות. טעמא דשכח, הא לא שכח — שתיהן מותרות. אלמא רגל המותרת — אינה אוסרת, רגל האסורה — אוסרת.

Et Ravina objecte encore : si l'un de l'extérieure a oublié et n'a pas participé à l'erouv, l'intérieure est permise et l'extérieure est interdite. Si l'un de l'intérieure a oublié et n'a pas participé à l'erouv, les deux sont interdites.

La raison est qu'il a oublié. Donc, s'il n'a pas oublié, les deux sont permises.

On apprend qu'un pied permis n'interdit pas, et qu'un pied interdit interdit.

📜 Rachi (1)
טעמא דשכח אחד מן הפנימית הא לא שכח שתיהן מותרות והא דלא כרבי עקיבא דאי כר"ע אי עירבו שתיהן נמי אסר על החיצונה אלא לאו רבנן ובשכח אסרי אלמא רגל האסורה אוסרת:
L'un de l'intérieure. Donc, s'il n'a pas oublié, les deux sont permises. Et ceci n'est pas selon Rabbi Akiva. Car si c'était selon Rabbi Akiva, même s'ils ont fait l'erouv tous les deux, il interdirait pour l'extérieure. C'est donc des Sages, et lorsqu'il a oublié ils interdisent. On apprend qu'un pied interdit interdit.
💡 Explication

Même déduction, sur les clauses de l'oubli. Les deux cours ne sont interdites, quand l'oubli vient de l'intérieure, que parce que quelqu'un a oublié. Sans oubli, chacune ayant fait son erouv, les deux sont permises : le pied permis n'interdit pas.

Rachi : selon Rabbi Akiva, même lorsque les deux ont fait l'erouv, il interdit l'extérieure. La clause est donc des Sages, et l'oubli interdit. Le pied interdit interdit hors de son lieu.

17
אלא כי אתא רבין אמר רבי ינאי: שלש מחלוקות בדבר: תנא קמא סבר: רגל המותרת — אינה אוסרת, רגל האסורה — אוסרת. רבי עקיבא סבר: אפילו רגל המותרת אוסרת. ורבנן בתראי סברי: כשם שרגל מותרת אינה אוסרת — כך רגל האסורה אינה אוסרת.

Plutôt, lorsque Ravin vint, il dit au nom de Rabbi Yannaï : il y a trois avis dans la chose. Le premier tanna tient : un pied permis n'interdit pas, un pied interdit interdit.

Rabbi Akiva tient : même un pied permis interdit. Et les derniers Sages tiennent : de même qu'un pied permis n'interdit pas, de même un pied interdit n'interdit pas.

💡 Explication

La version de Rav Dimi est écartée. Ravin rapporte le même Rabbi Yannaï avec trois avis.

Le premier tanna (tanna kamma) : le pied permis n'interdit pas hors de son lieu, le pied interdit interdit. Rabbi Akiva : même le pied permis interdit. Les derniers Sages : le pied interdit n'interdit pas plus que le pied permis.

Les clauses de la michna se répartissent sur ces avis. L'avis médian est celui que le Roch retient pour la halakha.

🖼️ Schéma
De Rav Dimi à Ravin Même maître, deux rapports du nombre d'avis Rav Dimi, Rabbi Yannaï Deux avis seulement La clause sévère : Rabbi Akiva Les Sages : même le pied interdit n'interdit pas Ravin, Rabbi Yannaï Trois avis Un avis médian demeure : le pied interdit interdit hors de son lieu le pied permis, non > Les objections de la michna écartent la version à deux avis
Rav Dimi ne rapporte que deux avis. Ravin en rapporte trois, et l'avis médian reste en place.
18
נתנו עירובן במקום אחד ושכח אחד בין מן הפנימית וכו׳. מאי מקום אחד?

Ils ont déposé leur erouv en un seul endroit, et l'un a oublié, que ce soit de l'intérieure, etc. Qu'est-ce qu'un seul endroit ?

💡 Explication

La Guemara revient à la michna. En un seul endroit demande une définition : les deux cours ont mêlé leur erouv, et le lieu de ce dépôt change la conséquence d'un oubli.

19
(סימן חיצונה עצמה בבית יחידאה רבינא דלא משכח בפנים)

(Signe : extérieure ; elle-même ; dans la maison ; un particulier ; Ravina ; qu'il n'a pas oublié à l'intérieur.)

💡 Explication

Signe mnémotechnique des cas qui s'ouvrent. Le premier mot, l'extérieure, est pris tout de suite : c'est le lieu de l'erouv. Les autres mots balisent la suite de la discussion.

20
אמר רב יהודה אמר רב: חיצונה, ומאי קרו לה ״מקום אחד״ — מקום המיוחד לשתיהן.

Rav Yehouda a dit au nom de Rav : l'extérieure. Et pourquoi l'appellent-ils un seul endroit ?

Un endroit réservé aux deux.

📜 Rachi (1)
אמר רבי יהודה אמר רב חיצונה דהתם פנימית אסורה משום שכחה דחיצונה דליכא למימר תסתלק מינה ותשמש דליתיה לעירובה גבה וחיצונה מיתסרא בשכחה דפנימית משום רגל האסורה אבל נתנוה בפנימית חיצונה הוא דמיתסרא בשכחה דפנימית משום רגל האסורה אבל פנימית לא מיתסרא משום שכחה דחיצונה דאחדא דשא ומשתמשא:
Car là, l'intérieure est interdite à cause de l'oubli de l'extérieure : on ne peut pas dire qu'elle se retire d'elle et qu'elle use de sa cour, car son erouv n'est pas auprès d'elle. Et l'extérieure est interdite à cause de l'oubli de l'intérieure, à cause d'un pied interdit. Mais s'ils l'ont déposé dans l'intérieure, c'est l'extérieure qui est interdite à cause de l'oubli de l'intérieure, à cause d'un pied interdit. Mais l'intérieure n'est pas interdite à cause de l'oubli de l'extérieure, car elle ferme la porte et use de sa cour.
💡 Explication

Rav : l'erouv commun est déposé dans la cour extérieure. On l'appelle un seul endroit (makom ehad) parce que c'est un endroit réservé (meyuhad) aux deux cours. L'intérieure y passe.

Conséquence, selon Rachi. L'oubli d'un homme de l'extérieure interdit aussi l'intérieure : elle ne peut pas se retirer, son erouv n'étant pas chez elle. L'oubli d'un homme de l'intérieure interdit l'extérieure, comme pied interdit. Si l'erouv avait été déposé dans l'intérieure, celle-ci fermerait sa porte et resterait permise malgré l'oubli de l'extérieure.

🖼️ Schéma
Où est déposé l'erouv commun Un seul endroit : la cour extérieure, lieu réservé aux deux Erouv déposé dehors Erouv déposé dedans C'est le cas de la michna. Oubli dehors : l'intérieure ne peut fermer et se retirer, son erouv n'est pas chez elle. Oubli dedans : pied interdit, l'extérieure est interdite. Hors du cas retenu. Oubli dehors : l'intérieure ferme la porte et use de sa cour. Oubli dedans : l'extérieure seule est interdite.
Déposé dans l'extérieure, l'erouv empêche l'intérieure de se retirer. Déposé dans l'intérieure, elle ferme et use de sa cour.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).