Sougya : La baraita reprend l'erouv dรฉposรฉ dans l'une des deux cours, l'une dans l'autre. Rabbi Akiva interdit les deux lorsqu'un habitant de l'extรฉrieure a oubliรฉ, parce que l'erouv dรฉposรฉ dans l'intรฉrieure y habitue le passage.
Les Sages permettent l'intรฉrieure : elle s'est associรฉe pour arranger, et non pour gรขter. Chmouel et Rabbi Yo'hanan montrent que leur dรฉbat sur le bitoul d'une cour ร une cour tient mรชme selon l'avis adverse.
Rav Ada bar Ahava interdit dรจs trois habitants, par dรฉcret. Chmouel n'interdit que deux dans l'intรฉrieure et un dans l'extรฉrieure, et Rabbi Elazar compte le non-Juif comme plusieurs.
Dix maisons l'une dans l'autre : Chmouel ne fait donner le pain qu'ร la plus intรฉrieure. Rabbi Yo'hanan y joint la maison qui la prรฉcรจde.
On enseigne aussi ainsi : ils ont dรฉposรฉ leur erouv dans l'extรฉrieure, et l'un a oubliรฉ, que ce soit de l'extรฉrieure ou de l'intรฉrieure, et il n'a pas fait l'erouv : les deux sont interdites. Ils ont dรฉposรฉ leur erouv dans l'intรฉrieure, et l'un de l'intรฉrieure a oubliรฉ et n'a pas fait l'erouv : les deux sont interdites.
L'un de l'extรฉrieure, et il n'a pas fait l'erouv : les deux sont interdites. Paroles de Rabbi Akiva.
Et les Sages disent : dans ce cas, l'intรฉrieure est permise et l'extรฉrieure est interdite.
La baraita confirme Rav, ร la fin de 75a : l'endroit unique de la michna est la cour extรฉrieure. L'erouv y est dรฉposรฉ, et un oubli, d'un cรดtรฉ ou de l'autre, interdit les deux cours.
Lorsque l'erouv est dans l'intรฉrieure, l'oubli d'un homme de l'intรฉrieure interdit aussi les deux : l'extรฉrieure ne peut pas se retirer, et son erouv n'est pas chez elle. Reste le cas de l'oubli d'un homme de l'extรฉrieure. Rabbi Akiva interdit les deux. Les Sages permettent l'intรฉrieure : elle ferme la porte et se retire.
Rabba bar Hanan dit ร Abaye : qu'est-ce qui diffรจre pour les Sages, qui disent que l'intรฉrieure est permise, parce qu'elle ferme la porte et s'en sert ? Pour Rabbi Akiva aussi : qu'elle ferme la porte et qu'elle s'en serve !
Il lui dit : l'erouv habitue.
Rabba bar Hanan demande pourquoi Rabbi Akiva ne laisse pas, lui aussi, l'intรฉrieure fermer sa porte. Abaye rรฉpond : l'erouv de l'extรฉrieure, posรฉ dans l'intรฉrieure, habitue les gens de l'extรฉrieure ร y entrer. Fermer la porte ne retire pas cette habitude.
Pour les Sages aussi, l'erouv habitue ! Elle dit : pour t'arranger je t'ai associรฉe, et non pour te gรขter.
La mรชme habitude vaudrait pour les Sages. Ils rรฉpondent par la formule de l'intรฉrieure : pour t'arranger je t'ai associรฉe, et non pour te gรขter. L'oubli de l'extรฉrieure gรขte l'association. L'intรฉrieure s'en retire, ferme, et use de sa cour.
Pour Rabbi Akiva aussi, qu'elle dise : pour t'arranger je t'ai associรฉe, et non pour te gรขter ? Elle lui dit : nous annulons pour toi notre droit.
Et les Sages : il n'y a pas de bitoul (annulation du droit) d'une cour ร une cour.
Selon Rabbi Akiva, l'extรฉrieure rรฉpond : nous te faisons bitoul de notre droit. L'interdiction de l'intรฉrieure ne dure donc que jusqu'ร cette annulation. Le passage habituรฉ par l'erouv s'efface quand l'extรฉrieure y renonce.
Les Sages tiennent qu'un bitoul ne passe pas d'une cour ร une autre. Laisser l'intรฉrieure interdite serait la gรขter. Elle peut donc dire la formule et quitter l'association, sans bitoul.
Dirons-nous que Chmouel et Rabbi Yo'hanan divergent dans le dรฉbat des Sages et de Rabbi Akiva ? Chmouel ayant parlรฉ comme les Sages, et Rabbi Yo'hanan ayant parlรฉ comme Rabbi Akiva.
Le dรฉbat est connu depuis Eruvin 68a. Chmouel : pas de bitoul d'une cour ร une cour, comme les Sages. Rabbi Yo'hanan : le bitoul existe, comme Rabbi Akiva. La Guemara demande si c'est le mรชme dรฉbat.
Chmouel te dirait : moi, ce que je dis, c'est mรชme selon Rabbi Akiva. Rabbi Akiva n'a dit ici que pour deux cours, l'une dans l'autre, qui s'interdisent l'une l'autre.
Mais lร -bas, s'interdisent-elles l'une l'autre ?
Chmouel ne se limite pas aux Sages. Mรชme Rabbi Akiva n'admet le bitoul que dans ces deux cours enclavรฉes, qui s'interdisent l'une l'autre par l'habitude de l'erouv. Du fait qu'elles interdisent, elles annulent.
Lร -bas, en 68a, ce sont deux cours voisines, avec une ouverture entre elles, sans erouv. L'une a besoin de transporter dans le domaine de l'autre. Elles ne s'interdisent pas de cette faรงon. Mรชme Rabbi Akiva, selon Chmouel, refuse alors le bitoul.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : moi, ce que je dis, c'est mรชme selon les Sages. Les Sages n'ont dit ici que parce qu'elle lui a dit : tant que tu annules pour moi, tu m'interdis.
Mais lร -bas, lui interdit-elle ?
Rabbi Yo'hanan couvre aussi les Sages. Ils ne refusent le bitoul qu'ici : l'intรฉrieure dit que, tant que l'annulation n'est pas faite, l'extรฉrieure l'interdit. Elle รฉcarte donc et la partenaire, et son bitoul.
Lร -bas, une cour n'interdit pas l'autre par l'ouverture qui les sรฉpare, sans erouv. Exiger un bitoul serait un gรขt. Puisque cette interdiction manque, mรชme les Sages, selon Rabbi Yo'hanan, admettent le bitoul d'une cour ร une cour.
Et s'ils รฉtaient des particuliers, etc. Rav Yossef a dit : Rabbi enseigne : s'ils รฉtaient trois, ils sont interdits.
La michna dispense d'erouv commun lorsque chaque cour n'a qu'un particulier. Rav Yossef rapporte une leรงon de Rabbi : dรจs trois habitants dans les deux cours, le transport est interdit, mรชme deux dans l'extรฉrieure et un dans l'intรฉrieure, jusqu'ร ce que les deux cours fassent l'erouv ensemble.
Rachi lit dรฉjร le motif du dรฉcret : deux dans l'intรฉrieure sont un pied interdit. On interdit aussi deux dans l'extรฉrieure, de peur du cas de plusieurs dans l'intรฉrieure. Le segment suivant montre que le nom du maรฎtre est une mรฉprise.
Rav Bibi leur dit : ne l'รฉcoutez pas. C'est moi qui le lui ai dit, et c'est au nom de Rav Ada bar Ahava que je le lui ai dit : puisque je les appelle plusieurs dans l'extรฉrieure.
Rav Yossef dit : Maรฎtre d'Avraham ! Plusieurs s'est รฉchangรฉ pour moi avec Rabbi.
Rav Bibi rรฉtablit la chaรฎne : parole amoraรฏque, dite au nom de Rav Ada bar Ahava. Le motif est le mot plusieurs (rabbim) : dรจs qu'on appelle ainsi les habitants de l'extรฉrieure, on dรฉcrรจte ร cause de plusieurs dans l'intรฉrieure.
Rav Yossef avait รฉtรฉ malade et avait oubliรฉ son รฉtude. En reprenant sa premiรจre girsa, il se souvenait du mot plusieurs, et il l'avait rangรฉ au nom de Rabbi. Les deux mots se sont รฉchangรฉs. Le dรฉcret reste : deux dans l'extรฉrieure et un dans l'intรฉrieure sont interdits, parce que le passant croit voir deux aussi dans l'intรฉrieure, sans erouv.
Et Chmouel a dit : elles sont toujours permises, jusqu'ร ce qu'il y ait deux dans l'intรฉrieure et un dans l'extรฉrieure.
Chmouel ne dรฉcrรจte pas. Deux dans l'extรฉrieure et un dans l'intรฉrieure restent permis : l'intรฉrieure est un pied permis. L'interdit ne commence qu'avec deux dans l'intรฉrieure, qui n'ont pas fait l'erouv, et un dans l'extรฉrieure : c'est un pied interdit, et il interdit l'extรฉrieure.
Rabbi Elazar a dit : et un non-Juif, le voici comme plusieurs. En quoi un Juif est-il diffรฉrent, pour qu'il n'interdise pas ?
Celui qui sait, sait ; et celui qui ne sait pas pense : il a fait l'erouv. Un non-Juif aussi, nous disons : celui qui sait, sait ; celui qui ne sait pas pense : il a donnรฉ en location !
Selon Chmouel, un Juif seul dans l'intรฉrieure n'interdit pas les deux Juifs de l'extรฉrieure. Qui connaรฎt les lieux connaรฎt la rรจgle du particulier. Qui les ignore explique le transport par un erouv.
La mรชme lecture semblerait valoir pour un non-Juif : qui ignore croirait ร une location (sekhirut). Rabbi Elazar le compte pourtant comme plusieurs, et son passage interdit, jusqu'ร la location.
Un non-Juif ordinaire, s'il y avait eu location, protesterait.
La rรฉponse tient au non-Juif ordinaire. S'il avait louรฉ son domaine, il le ferait savoir : il a une voix. Le silence indique qu'il n'y a pas eu de location. Qui ignore qu'il habite seul lit donc un transport en prรฉsence d'un non-Juif, et c'est interdit.
Rav Yehouda a dit au nom de Chmouel : dix maisons, l'une ร l'intรฉrieur de l'autre, l'intรฉrieure donne son erouv, et cela suffit.
La maison extรฉrieure ouvre sur la cour. Chacune des autres n'en sort qu'en passant par elle. La plus intรฉrieure passe sur toutes. Toutes deviennent pour elle un beit shaar (loge du portier). Celui qui habite une loge n'interdit pas les habitants de la cour.
Lorsque les autres habitants ouverts sur la cour font leur erouv, seule la plus intรฉrieure donne le pain. Les neuf autres n'en ont pas besoin.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : mรชme l'extรฉrieure. L'extรฉrieure est-elle un beit shaar ?
L'extรฉrieure de l'intรฉrieure.
La maison la plus extรฉrieure est une loge pour tous ceux qui passent par elle. La question porte donc sur un autre extรฉrieur : la maison qui prรฉcรจde la plus intรฉrieure, la neuviรจme en partant de la cour. Rabbi Yo'hanan exige qu'elle donne le pain, elle aussi.
Sur quoi divergent-ils ? L'un tient : le beit shaar d'un particulier porte le nom de beit shaar.
Et l'autre tient : il ne porte pas le nom de beit shaar.
La neuviรจme maison ne sert de passage qu'ร un seul, l'habitant de la dixiรจme. Chmouel : la loge d'un particulier porte le nom de beit shaar. Elle n'interdit pas, et ne donne pas de pain.
Rabbi Yo'hanan : la loge d'un particulier ne porte pas ce nom. La neuviรจme est une maison, et elle donne le pain. Les maisons plus proches de la cour servent au moins deux habitants : elles restent des loges.
Rav Nahman a dit au nom de Rabba bar Avouha, au nom de Rav : deux cours et trois maisons entre elles. Celui-ci vient par celle-ci, et dรฉpose son erouv dans celle-lร .
Et celui-ci vient par celle-ci, et dรฉpose son erouv dans celle-lร .
Trois maisons sรฉparent deux cours. Chaque cour entre par la maison qui lui est ouverte et dรฉpose l'erouv dans la maison du milieu. La maison latรฉrale devient un beit shaar pour ce passage.
Rachi achรจve le cas : aucun habitant de ces maisons ne donne de pain. Les latรฉrales, parce que ce sont des loges. Celle du milieu, parce que c'est la maison oรน l'on dรฉpose l'erouv.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).