Sougya : L'amud poursuit le mur entre deux cours dont le sommet a moins de quatre sur quatre tefahim. Rabbi Yo'hanan permet ร chaque cour de faire monter sa nourriture et de manger sur le mur : ce sommet est un makom patour.
La michna, qui dit seulement monter, vise le sommet de quatre sur quatre. Entre domaine public et domaine privรฉ, on charge sur l'รฉpaule sans รฉchanger.
Pour deux cours, domaines des maรฎtres, les sages ont renforcรฉ leurs paroles plus que pour la Tora. Rav Nahman donne le mur, puis le fossรฉ, ร celui dont l'usage est aisรฉ.
La fin rรจgle la rรฉduction du mur et le bassin renversรฉ joint au sol.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : ceux-ci font monter d'ici et mangent, et ceux-lร font monter d'ici et mangent.
Rabbi Yo'hanan rรฉpond ร Rav, ร la fin de l'amud prรฉcรฉdent. Le sommet du mur a moins de quatre sur quatre. Chaque cour fait monter sa nourriture et mange sur le mur.
Rachi : on fait aussi descendre. Le sommet est un makom patour (lieu exempt). Il s'annule des deux cรดtรฉs, dans le sens de la permission.
Tossefot : faire monter se dit depuis la maison. Depuis la cour, mรชme une largeur de quatre reste permise. Rabbi Yo'hanan lit la suite au dรฉbut de Kol gagot (Eruvin 92a), selon Rabbi Chimon.
Nous avons appris : ceux-ci montent d'ici et mangent, et ceux-lร montent d'ici et mangent. Monter, oui.
Faire monter, non.
La michna dit montent (olin). Elle ne dit pas font monter (maalin). L'infรฉrence objecte ร Rabbi Yo'hanan : gravir le mur et manger sur place, oui. รlever la nourriture depuis la cour, non.
Voici ce qu'elle dit : s'il y a quatre sur quatre, monter, oui, faire monter, non. S'il n'y a pas quatre sur quatre, on fait aussi monter.
La michna couvre les deux largeurs. Quatre sur quatre : le sommet est un domaine. On y monte, on n'y fait pas monter. Moins de quatre : on fait aussi monter. C'est le cas de Rabbi Yo'hanan.
Tossefot : l'objection surprend, Rabbi Yo'hanan parle dรฉjร du cas sans quatre. On pensait que sa raison est l'usage peu courant, et qu'elle vaudrait aussi pour une largeur de quatre, le mur รฉtant haut de dix. L'objection ne vise donc que lui. Pour Rav, le sommet s'annule, et cela ne concerne que l'absence de quatre sur quatre.
Et Rabbi Yo'hanan suit son principe. Car lorsque Rav Dimi est venu, il a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : un endroit qui n'a pas quatre sur quatre, il est permis aux gens du domaine public (reshut harabim) et aux gens du domaine privรฉ (reshut hayahid) d'y charger sur l'รฉpaule, ร condition qu'ils n'รฉchangent pas.
Mรชme principe : moins de quatre sur quatre, l'endroit est un makom patour. Les deux cรดtรฉs y chargent sur l'รฉpaule (katef). รchanger, prendre d'un domaine pour poser dans l'autre, reste interdit.
Rachi : large de quatre et haut de trois, ce serait une karmelit. L'interdit d'รฉchanger vient des maรฎtres. La Tora demande une akira (soulรจvement) depuis un domaine et une hanaha (pose) dans l'autre domaine. Ici chaque geste s'arrรชte au makom patour.
Et Rav ne tient-il pas l'enseignement de Rav Dimi ? S'il s'agit de domaines de la Tora, il en va de mรชme.
Rav, qui interdit jusqu'ร un cheveu sur le mur des cours, semble รฉcarter Rav Dimi. La Gemara rรฉpond : pour des domaines de la Tora, domaine public et domaine privรฉ, Rav est d'accord. On charge sur l'รฉpaule.
Rachi cite la michna du seuil (Chabbat 6a). Debout sur le seuil, on donne au pauvre, on donne au maรฎtre de maison. On ne prend pas de l'un pour donner ร l'autre.
De quoi s'agit-il ici ? De domaines des maรฎtres.
Et les sages ont renforcรฉ leurs paroles plus que celles de la Tora.
Le mur des cours relรจve des maรฎtres : deux domaines privรฉs, l'interdit vient de l'absence d'erouv. Lร , les sages ont รฉtรฉ plus stricts qu'avec la Tora. D'oรน l'interdit de Rav, jusqu'au cheveu.
Tossefot limite ce renforcement au cas oรน tout est domaine privรฉ. Entre domaine privรฉ et karmelit, Rav laisse charger sur l'รฉpaule. Plus loin, Rav Dimi permet mรชme l'รฉchange dans certains domaines des maรฎtres, et la phrase de Rabbi Yo'hanan est rapportรฉe ร Zeiri.
Le Roch dรฉroule le canal, les trous de la karmelit, puis deux pesakim. Le Rif permet d'รฉchanger d'une cour ร l'autre. Le Razah et le Raavad l'interdisent, en suivant Rav Ashi.
Rabba a dit, (a dit) Rav Houna a dit que Rav Nahman a dit : un mur entre deux cours, un cรดtรฉ haut de dix tefahim et un cรดtรฉ de niveau avec le sol, on le donne ร celui pour qui il est de niveau avec le sol.
Nouveau cas. Le sol d'une cour est plus haut. De ce cรดtรฉ, le mur n'atteint pas dix tefahim : on l'appelle de niveau avec le sol. L'usage du sommet lui est donnรฉ. L'autre cour en est exclue.
Le mot a dit entre parenthรจses dans le texte est une variante de la chaรฎne : Rabba, Rav Houna, Rav Nahman.
Tossefot : de niveau au sens strict ferait disparaรฎtre le mur. Selon Rav Hisda (Eruvin 93b), un talus de cinq et une cloison de cinq ne se joignent pas. Consรฉquence qui reste : dans les quatre tefahim, on transporte du mur vers la cour haute.
Parce que pour celui-ci son usage est aisรฉ, et pour celui-lร son usage est pรฉnible. Et chaque fois que pour l'un l'usage est aisรฉ et pour l'autre l'usage est pรฉnible, on le donne ร celui dont l'usage est aisรฉ.
Rรจgle. Benahat : l'usage est aisรฉ. Bekoshi : l'usage est pรฉnible. L'endroit revient ร celui qui s'en sert aisรฉment. Ici, c'est la cour dont le sol affleure le mur.
Rav Cheizvi a dit que Rav Nahman a dit : un fossรฉ entre deux cours, un cรดtรฉ profond de dix et un cรดtรฉ de niveau avec le sol, on le donne ร celui pour qui il est de niveau avec le sol, parce que pour celui-ci son usage est aisรฉ et pour celui-lร son usage est pรฉnible, et la suite.
Mรชme rรจgle pour un fossรฉ (harits). Profond de dix d'un cรดtรฉ, moindre de dix de l'autre. On le donne au cรดtรฉ oรน il est de niveau, l'usage y est aisรฉ.
Rachi : le fossรฉ court sur la longueur et sรฉpare les cours. C'est une cloison valable. De niveau veut dire : sa profondeur n'atteint pas dix, parce que le sol de cette cour est plus bas.
Et les deux sont nรฉcessaires. Car s'il nous avait enseignรฉ le mur, c'est que les gens se servent d'une hauteur.
Mais un fossรฉ, les gens ne se servent pas d'une profondeur. J'aurais dit : non.
On ne dรฉduit pas le fossรฉ du mur. Les gens se servent d'une hauteur. Une profondeur, peu. On aurait pu refuser le fossรฉ mรชme au cรดtรฉ de niveau : pour lui aussi, se baisser reste pรฉnible.
Et s'il nous avait enseignรฉ le fossรฉ, c'est que l'usage ne fait pas peur. Mais un mur, dont l'usage fait peur, j'aurais dit : non.
C'est nรฉcessaire.
L'autre sens. Dans le fossรฉ, l'objet dรฉposรฉ reste gardรฉ. Sur le mur, les objets tombent. Si l'on n'avait que le fossรฉ, on aurait pu exclure le mur des deux cรดtรฉs. Les deux enseignements sont donc requis.
S'il vient ร le rรฉduire : s'il y a quatre dans la rรฉduction, il est permis de se servir de tout le mur. Sinon, on ne se sert que vis-ร -vis de la rรฉduction.
On abaisse le mur pour s'en servir. La rรฉduction compte en longueur, le long du mur. Quatre : c'est un petah (ouverture). Au-dessus de cet endroit, la hauteur restante est moindre que dix. On se sert de tout le mur, l'usage est aisรฉ.
En deรงร de quatre : on se sert seulement en face de la rรฉduction. Rachi lisait d'abord un monticule, une banquette (itztaba), ou des marches, au pied du mur.
Dans les deux sens. Si la rรฉduction agit, qu'il se serve de tout le mur.
Si elle n'agit pas, mรชme vis-ร -vis de la rรฉduction, non plus. Ravina a dit : par exemple, il a arrachรฉ une assise de son sommet.
L'objection : une rรฉduction efficace ouvre tout le mur. Une rรฉduction sans effet ne permet mรชme pas la bande d'en face.
Ravina dรฉplace le cas. On a รดtรฉ une houlia (assise) du haut du mur. Quatre de long : ouverture pour tout le mur. Moins de quatre : l'ouverture pour l'ensemble fait dรฉfaut, et cet endroit reste utilisable, puisqu'il est sous dix et ne forme pas un domaine. En bas, moins de quatre n'agit en rien.
Rav Yehiel a dit : s'il a renversรฉ un bassin, cela rรฉduit.
Un bassin (safal) renversรฉ contre le mur ramรจne la hauteur sous dix. Rachi : de son sommet au sommet du mur, il reste moins de dix. Toutes les rรฉductions de la sougya se lisent ainsi.
Et pourquoi ? C'est un objet que l'on prend le chabbat, et un objet que l'on prend le chabbat ne rรฉduit pas.
Ce cas est nรฉcessaire : il l'a joint au sol.
Rรจgle : un objet qu'on peut prendre le chabbat ne rรฉduit pas une cloison. On peut l'รดter ร tout moment. Rรฉponse : il l'a joint au sol. La suite demande comment ce joint le fixe vraiment.
Et s'il l'a joint au sol, qu'en est-il ? Or on a enseignรฉ : une figue verte qu'il a enfouie dans la paille, et une galette qu'il a enfouie dans les braises, si une partie en est ร dรฉcouvert, on la prend le chabbat.
Joindre au sol ne suffit pas. La figue verte (paga) dans la paille, la galette (harara) dans les braises : si une partie dรฉpasse, on les prend le chabbat, bien que la paille et les braises soient mouktse.
Rachi : la paille a รฉtรฉ rรฉservรฉe pour cuire des briques. Les braises รฉteintes restent mouktse. Si elles brรปlent encore, prendre la galette les retourne : on รฉteint les infรฉrieures et on allume les supรฉrieures (Keritot 20a).
De quoi s'agit-il ici ? Il a des rebords.
Le bassin a des ogenim (rebords). La terre repose sur ces rebords. Le retirer dรฉplace la terre de sa place, ร la maniรจre de creuser, interdit le chabbat. Alors le bassin rรฉduit vraiment la hauteur.
Et s'il a des rebords, qu'en est-il ? Or nous avons appris : celui qui enfouit un navet et un radis sous la vigne, lorsque
Nouvelle objection, par une michna. On enfouit navet et radis sous la vigne. La phrase s'arrรชte sur lorsque. La suite est hors de cet amud.
Tossefot : le cas vise des lรฉgumes sans racines. Avec des racines, on ne les prendrait pas le chabbat. Pour les kilayim et la cheviit, on n'รฉdicte pas de dรฉcret quand il veut seulement enfouir. Pour la dรฎme, le Ri parle d'un grossissement dรป ร l'humiditรฉ du sol : cet ajout n'exige pas une nouvelle dรฎme, les lรฉgumes รฉtaient dรฉjร en rรจgle. S'il plante, tous ces interdits restent en cause.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).