Sougya : La page achรจve le chapitre Halon. Chmouel et Rabbi Yehochoua ben Levi ne se contredisent pas : chacun a sa lecture de Rabbi Yehouda.
Rabbi Yehochoua ben Levi tient que quand et dans quel cas expliquent les Sages. Rabbi Yo'hanan rรฉserve la contestation ร dans quel cas.
L'objection des tรฉmoins invalides, le joueur de dรฉs et ses pareils, se lรจve : la baraita qui invalide toujours est Rabbi Yehouda au nom de Rabbi Tarfon, pour qui le doute empรชche l'engagement, comme pour le nazir sans dรฉclaration explicite. Le hadran clรดt Halon.
La michna nouvelle dit comment dรฉposer un tonneau pour les habitants de la ville, vers la maison de deuil ou le festin. Rav Yossef limite l'erouv ร une mitsva.
L'acceptation tant qu'il fait jour ouvre la question de la berera. Rav Ashi relit la michna comme une information donnรฉe de jour.
Rav Assi inclut l'enfant de six ans dans l'erouv de sa mรจre. La baraita, la souka, et l'รขge de quatre ou cinq ans mesurent qui a encore besoin de sa mรจre.
Tu opposes un homme ร un homme ?! L'un estime qu'ils contestent, et l'autre estime qu'ils ne contestent pas.
La page continue la fin de 81b. Dire que la halakha suit Rabbi Yehouda suppose une contestation. Rabbi Yehochoua ben Levi, lui, lit eimatai (quand) et bameh (dans quel cas) comme une explication des Sages.
La rรฉponse : on oppose un amora ร un autre. Chmouel tient qu'ils contestent. Rabbi Yehochoua ben Levi tient qu'ils ne contestent pas. Chacun reste sur sa lecture.
Pour revenir au sujet lui-mรชme. Rabbi Yehochoua ben Levi a dit : partout oรน Rabbi Yehouda a dit quand et dans quel cas dans notre michna, il ne fait qu'expliquer les paroles des Sages.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : quand sert ร expliquer, et dans quel cas sert ร contester.
Goufa reprend la rรจgle citรฉe plus haut, pour l'examiner en elle-mรชme.
Pour Rabbi Yehochoua ben Levi, les deux formules de Rabbi Yehouda dans la michna expliquent les Sages. Pour Rabbi Yo'hanan, eimatai explique, et bameh ouvre une contestation.
Et quand sert-il ร expliquer ? Or nous avons appris : et voici les invalides : celui qui joue aux dรฉs, celui qui prรชte ร intรฉrรชt, ceux qui font voler les pigeons, et les marchands de l'annรฉe sabbatique.
Si eimatai expliquait toujours, Rabbi Yehouda ne contesterait pas en l'employant. La michna de Sanhรฉdrin liste des gens passoul (invalides) pour le tรฉmoignage.
Rachi : tous sont des voleurs d'ordre rabbinique, parce qu'une asmakhta (engagement appuyรฉ sur une attente) n'acquiert pas. Les marchands de chemita font commerce de fruits destinรฉs ร รชtre mangรฉs, non vendus.
Rabbi Yehouda a dit : quand ? Lorsqu'il n'a pas d'autre mรฉtier que celui-lร .
Mais s'il a un mรฉtier autre que celui-lร , le voici valide.
Rabbi Yehouda ouvre par eimatai. Selon sa lecture, l'invaliditรฉ ne vise que celui dont ce gain est le seul mรฉtier. Un autre mรฉtier le rend kacher (apte ร tรฉmoigner).
Rachi lui prรชte un autre motif que le vol. L'asmakhta acquiert : il mise parce qu'il compte vaincre. On l'รฉcarte du tรฉmoignage parce qu'il ne s'occupe pas de l'yishouv ha-olam (l'amรฉnagement du monde) et qu'il ne mesure pas la perte d'autrui. S'il a un mรฉtier, ce motif tombe.
Et on a enseignรฉ ร son sujet dans une baraita : et les Sages disent : qu'il n'ait pas d'autre mรฉtier que celui-lร , ou qu'il ait un mรฉtier autre que celui-lร , le voici invalide.
La baraita fait parler les Sages contre la limite de Rabbi Yehouda : avec ou sans autre mรฉtier, l'homme reste passoul.
Si ces Sages sont le premier tanna de la michna, alors eimatai sert ici ร contester, et la rรจgle de Rabbi Yo'hanan, comme celle de Rabbi Yehochoua ben Levi, est en difficultรฉ.
Celle-lร , c'est Rabbi Yehouda qui la dit au nom de Rabbi Tarfon.
La baraita qui invalide toujours n'est pas la voix du premier tanna de la michna. C'est Rabbi Yehouda au nom de Rabbi Tarfon, pour qui l'asmakhta n'acquiert pas.
Dans la michna, Rabbi Yehouda ne conteste pas le premier tanna. Le mot eimatai explique son motif.
Car on a enseignรฉ : Rabbi Yehouda a dit au nom de Rabbi Tarfon : jamais aucun des deux n'est nazir, parce qu'il n'y a de nezirout que par une dรฉclaration explicite.
Preuve de la mรฉthode de Rabbi Tarfon. Deux hommes voient quelqu'un venir. L'un dit : je serai nazir si celui-ci est nazir. L'autre dit : je serai nazir s'il ne l'est pas.
La nezirout (รฉtat de nazir) n'existe que par haflaa : un vลu explicite portรฉ sur une certitude. Tant que chacun ignore s'il est nazir, aucun des deux ne l'est.
On en dรฉduit : puisqu'il doute s'il est nazir ou s'il n'est pas nazir, il ne s'engage pas lui-mรชme. Ici aussi : puisqu'il ne sait pas s'il acquiert ou s'il n'acquiert pas, il ne dรฉcide pas pleinement de faire acquรฉrir.
Le passage du nazir au jeu. Rabbi Tarfon : le doute empรชche de s'engager. Le joueur ignore s'il gagne et s'il acquiert la mise. Il ne transfรจre donc pas pleinement.
Celui qui empoche la mise reรงoit un bien que l'autre n'a pas donnรฉ de plein grรฉ. D'oรน l'invaliditรฉ, mรชme s'il a un autre mรฉtier. C'est l'avis de la baraita, non celui de Rabbi Yehouda dans la michna.
Nous reviendrons vers toi, Halon.
Hadran : formule de clรดture du chapitre Halon (la Fenรชtre). Le chapitre suivant s'ouvre aussitรดt : comment on se joint pour les tehoumin.
Michna. Comment se joint-on pour les tehoumin ?
On dรฉpose le tonneau, et l'on dit : ceci est pour tous les habitants de ma ville, pour quiconque ira ร la maison de deuil ou ร la maison du festin. Et quiconque l'a acceptรฉ tant qu'il fait jour est permis ; dรจs qu'il fait nuit, il est interdit.
Car on ne fait pas l'erouv une fois la nuit tombรฉe.
Ouverture du chapitre. Le shitouf tehoumin (mise en commun pour les limites de Chabbat) se fait en dรฉposant un tonneau de nourriture ร l'endroit qui devient la rรฉsidence. La formule vise toute la ville, pour aller ร une maison de deuil ou ร un festin de mariage, au-delร du tehoum.
L'acceptation doit avoir lieu tant qu'il fait jour. Aprรจs la tombรฉe de la nuit, on ne fait plus l'erouv : le Chabbat a dรฉjร fixรฉ la rรฉsidence.
Guemara. Rav Yossef a dit : on ne fait l'erouv que pour une chose de mitsva.
Qu'est-ce que cela nous apprend ? Nous l'avons dรฉjร enseignรฉ : pour quiconque ira ร la maison de deuil ou ร la maison du festin !
Rav Yossef รฉnonce la limite : l'erouv tehoumin ne sert qu'ร une mitsva. La guemara objecte que la michna le dit dรฉjร , par la maison de deuil et la maison du festin.
Tossefot rattache ร la michna plus haut : si des non-Juifs viennent de l'est, on peut conditionner l'erouv. Aller crier devant le maรฎtre de la ville, pour les habitants, est aussi une mitsva.
On aurait pu dire : il enseigne la maniรจre habituelle de la chose. Il nous l'apprend donc.
Sans Rav Yossef, on lirait la michna comme un cas habituel : on dรฉpose souvent l'erouv pour un deuil ou un festin, et l'on pourrait aussi le dรฉposer pour une marche ordinaire.
Rav Yossef enseigne que la limite est stricte. L'erouv de tehoumin ne se fait que pour une mitsva.
Et quiconque l'a acceptรฉ tant qu'il fait jour. On en apprend qu'il n'y a pas de berera, car s'il y avait berera, la chose se rรฉvรฉlerait rรฉtroactivement : tant qu'il faisait jour, cela lui convenait !
Deuxiรจme enseignement de la michna. Si la berera (clarification rรฉtroactive) existait, celui qui s'appuie sur l'erouv aprรจs la nuit rรฉvรฉlerait qu'il y consentait dรฉjร de jour. L'erouv tiendrait. La michna l'interdit. Premiรจre lecture : ein berera, il n'y a pas de clarification rรฉtroactive.
Tossefot trouve l'infรฉrence difficile. L'erouv de tehoumin est d'ordre rabbinique. Au chapitre Bekhol me'arvin (Eruvin 37b), la guemara demande quel tanna refuse la berera mรชme dans une rรจgle rabbinique. Cette question montre qu'une telle position est rare.
Rav Ashi a dit : il enseigne le cas oรน on le lui a fait savoir, et le cas oรน on ne le lui a pas fait savoir.
Rav Ashi relit la michna. Le partage n'est pas le moment du consentement. C'est le moment oรน on l'a informรฉ de l'erouv.
Informรฉ de jour, il peut consentir aprรจs la nuit : on clarifie qu'avant l'acquisition de l'erouv sa pensรฉe y allait dรฉjร . Informรฉ seulement aprรจs la nuit, il ignorait l'erouv. Il n'y a rien ร clarifier.
Rav Assi a dit : un petit de six ans sort par l'erouv de sa mรจre. On objecte : un petit qui a besoin de sa mรจre sort par l'erouv de sa mรจre, et celui qui n'a pas besoin de sa mรจre ne sort pas par l'erouv de sa mรจre.
Rav Assi fixe un รขge : ร six ans, l'enfant sort avec l'erouv de sa mรจre, mรชme si elle ne lui a pas fait acquรฉrir une part. Rachi : il est comme son corps, et la prรฉsomption est qu'elle pense ร lui, puisqu'il ne peut se passer d'elle.
La baraita ne donne pas un รขge. Elle donne un critรจre : tsarikh le-imo, celui qui a besoin de sa mรจre. Celui qui n'en a plus besoin doit avoir sa propre acquisition.
Et nous avons aussi appris, au sujet de la souka, de la mรชme maniรจre : un petit qui n'a pas besoin de sa mรจre est astreint ร la souka.
La mรชme formule existe pour la souka. L'enfant qui n'a plus besoin de sa mรจre est astreint ร la souka, d'ordre rabbinique, par hinoukh (รฉducation aux mitsvot).
Rachi en tire qu'on ne peut pas appeler un enfant de six ans quelqu'un qui a besoin de sa mรจre. La souka dรฉfinit ailleurs quel enfant a encore besoin d'elle. C'est cette dรฉfinition que la guemara va chercher.
Et nous avons examinรฉ : et quel est le petit qui n'a pas besoin de sa mรจre ? On a dit dans la maison de Rabbi Yannai : tout enfant qui se soulage et dont la mรจre ne le nettoie pas.
Premier critรจre, maison de Rabbi Yannai. L'enfant qui se soulage et que sa mรจre ne nettoie plus n'a plus besoin d'elle. S'il dรฉpend encore d'elle pour cela, il a besoin d'elle : il sort par son erouv, et la souka ne l'astreint pas encore.
Rabbi Chimon ben Lakich a dit : tout enfant qui s'รฉveille et n'appelle pas maman. Maman, cela te viendrait ร l'esprit ?
Les grands aussi appellent. Dis plutรดt : tout enfant qui s'รฉveille de son sommeil et n'appelle pas maman, maman.
Rech Lakich propose un autre signe : l'enfant qui se rรฉveille et n'appelle pas ima (maman).
L'objection : un grand aussi appelle sa mรจre en se rรฉveillant. On corrige. Le critรจre est l'appel rรฉpรฉtรฉ, ima, ima. Rachi : celui qui ne crie pas jusqu'ร ce qu'elle vienne devant lui est celui qui n'a plus besoin d'elle.
Et de combien ? Vers quatre ans, vers cinq ans.
La guemara demande l'รขge de celui qui n'a plus besoin de sa mรจre. Vers quatre ans, vers cinq ans : chacun selon sa prรฉcocitรฉ.
Rachi en tire la consรฉquence pour l'erouv. Dรจs cinq ans, il faut lui faire acquรฉrir sa part. Au-delร de quatre ans, on ne l'appelle plus qui a besoin de sa mรจre pour le faire sortir par l'erouv de celle-ci. La parole de Rav Assi, qui parle de six ans, se heurte ร cette mesure.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).