Sougya : La page achève l'âge où l'enfant sort par l'erouv de sa mère, puis fixe la nourriture de l'erouv. Rav Yehochoua fils de Rav Idi limite Rav Assi au père au nord et à la mère au sud, et la baraita jusqu'à six ans le réfute.
Rav Assi inclut la sixième année. Si le père est en ville, quatre ou cinq ans suffisent à Rabbi Yannaï et à Rech Lakich.
Une baraita dit pour qui l'on fait l'erouv sans sa connaissance, et Rava tient que faire son propre erouv est déjà une protestation. La michna mesure deux repas, le jour de semaine pour Rabbi Meir et Chabbat pour Rabbi Yehouda, et Rav Hisda rapproche Rabbi Yo'hanan ben Beroka et Rabbi Chimon en retirant le gain de l'épicier.
Rav Yehochoua, fils de Rav Idi, a dit : lorsque Rav Assi a dit cela, c'est par exemple lorsque son père a fait l'erouv pour lui vers le nord et sa mère vers le sud. Car même un enfant de six ans préfère aussi la compagnie de sa mère.
Rav Assi, à la page précédente, fait sortir un enfant de six ans par l'erouv de sa mère. Rav Yehochoua fils de Rav Idi restreint ce cas. Le père a déposé un erouv au nord, la mère au sud. Même à six ans, l'enfant veut rester avec sa mère. On le rattache à son erouv.
Rachi lit la suite. Un enfant de cinq ans, dans le cas ordinaire, ne sort que si l'on a fait l'erouv pour lui. La nouveauté est l'autre direction : on le place après la mère.
On objecte : un petit qui a besoin de sa mère sort par l'erouv de sa mère, jusqu'à l'âge de six ans. C'est une réfutation de Rav Yehochoua bar Rav Idi.
C'est une réfutation.
La baraita ne parle pas de deux erouv opposés. Elle dit jusqu'à six ans : l'enfant d'un an, de deux ans, de trois ans, et ainsi de suite, sort par l'erouv de sa mère.
Le petit d'un an ou de deux ans sort sans qu'on lui fasse acquérir une part. Il en va de même à quatre ans et à cinq ans. Même si jusqu'à excluait la sixième année, Rav Yehochoua, qui exige une acquisition des cinq ans, serait déjà réfuté.
Dirons-nous que ce soit une réfutation de Rav Assi ? Rav Assi te dira : jusqu'à, et jusqu'à inclus.
Rav Assi inclut l'enfant qui a six ans révolus. La baraita dit jusqu'à six ans. On pourrait lire : jusqu'à, et non au-delà du seuil, donc cinq ans au plus.
Rav Assi répond : ici, ad ve-ad bikhlal, jusqu'à, et le terme est compris. Tossefot : il ne répond pas par l'absence du père, pour ne pas mettre Rabbi Yannaï et Rech Lakich en désaccord avec lui. La halakha suit Rav Assi, cite à la fin du chapitre Af al pi (Ketoubot 65b).
Dirons-nous que ce soit une réfutation de Rabbi Yannaï et de Rech Lakich ? Il n'y a pas de difficulté.
Ici, son père est dans la ville. Là, son père n'est pas dans la ville.
Pour la souka, Rabbi Yannaï et Rech Lakich appellent sans besoin de sa mère l'enfant de quatre ou cinq ans. La baraita, elle, le fait sortir par l'erouv de sa mère jusqu'à six ans. Un enfant qui n'a plus besoin de sa mère ne sort pas par son erouv.
La réponse sépare deux cas. Pere en ville : dès quatre ans, l'enfant entre et sort avec lui, il n'a plus besoin de sa mère. Pere absent : la baraita va jusqu'à six ans. Rav Yehochoua ne pouvait pas user de cette distinction : face à l'objection faite plus haut à Rav Assi, il l'aurait dite, et il aurait enseigné qu'on sort même sans erouv fait pour l'enfant.
Nos maîtres ont enseigné : un homme fait l'erouv par l'intermédiaire de son fils et de sa fille mineurs, par l'intermédiaire de son esclave et de sa servante cananéens, avec leur connaissance ou sans leur connaissance. Mais il ne fait l'erouv ni par l'intermédiaire de son esclave et de sa servante hébreux, ni par l'intermédiaire de son fils et de sa fille majeurs, ni par l'intermédiaire de sa femme, sauf avec leur connaissance.
Nouvelle baraita. Al yedei : pour eux, à leur place. Mineurs, esclave et servante cananéens : on dépose l'erouv qu'ils le sachent ou non.
Esclave et servante hébreux, fils et fille majeurs, épouse : seulement mi-daatam, avec leur connaissance. Tossefot : ici, petit veut dire petit au sens propre. Rabbi Yo'hanan lui-même, qui ailleurs mesure le petit à la table du père, le reconnaît.
On enseigne dans une autre baraita : un homme ne fera l'erouv ni par l'intermédiaire de son fils et de sa fille majeurs, ni par l'intermédiaire de son esclave et de sa servante hébreux, ni par l'intermédiaire de sa femme, sauf avec leur connaissance. Mais il fait l'erouv par l'intermédiaire de son esclave et de sa servante cananéens, et par l'intermédiaire de son fils et de sa fille mineurs, avec leur connaissance et sans leur connaissance, parce que leur main est comme sa main.
La seconde baraita reprend la même règle, et elle ajoute le motif : yadan ke-yado, leur main est comme sa main. Ce qu'ils tiennent, il le tient.
Tossefot rattache ce motif à l'esclave et à la servante, comme au debut de Ha-zorek (Guitin 77b) : la main de l'esclave, son maître l'acquiert. Le mineur, lui, releve de l'éducation aux mitsvot.
Et tous ceux qui ont fait l'erouv, alors que leur maître a fait l'erouv pour eux, sortent par celui de leur maître, hormis la femme, parce qu'elle peut protester.
Ils ont déposé leur propre erouv, et le maître en a déposé un autre, dans une autre direction. Ils sortent néanmoins par l'erouv du maître.
L'épouse est exemptée de cette règle : yekhola limhot, elle peut protester.
Une femme, en quoi est-elle différente ? Rabba a dit : une femme, et tout ce qui lui est semblable.
La baraita ne nomme que l'épouse parmi ceux qui peuvent protester. L'esclave hébreu, le fils majeur et la fille majeure sont pourtant aussi sous leur propre autorite.
Rabba élargit : isha ve-khol de-dami lah, la femme et quiconque lui est semblable. Le même pouvoir de protestation vaut pour eux.
Le maître a dit : hormis la femme, parce qu'elle peut protester. La raison est qu'elle a protesté.
Mais si elle s'est tue, elle sort par celui de son mari. Or le debut enseigne : sauf avec leur connaissance.
N'est-ce pas qu'ils ont dit : oui ?
Si la baraita ne sort l'épouse que lorsqu'elle proteste, le silence la laisserait sortir par l'erouv du mari. Rachi : elle s'est tue, et elle n'a pas non plus fait d'erouv dans une autre direction.
Le debut exige pourtant mi-daatam, avec leur connaissance. La guemara propose d'abord : ils ont répondu oui. Sans ce oui, l'erouv du mari ne vaudrait pas.
Non. Que signifie sauf avec leur connaissance ?
Qu'ils se sont tus. Pour exclure le cas où ils ont dit : non.
La guemara retourne la lecture. Avec leur connaissance désigne le silence. Ils savent, et ils ne refusent pas.
Le cas exclu est le refus explicite : ils ont dit non. Tant qu'ils ne refusent pas, ils sortent par l'erouv du chef de maison.
Or voici : et tous ceux qui ont fait l'erouv, alors que leur maître a fait l'erouv pour eux, sortent par celui de leur maître. Et c'est un cas de silence.
Et on enseigne : hormis la femme, qui ne sort pas !
La clause suivante parle sans dire qu'ils ont protesté en paroles. C'est donc un silence. Pourtant elle enseigne : hormis la femme, elle ne sort pas par l'erouv du mari.
Le silence ne suffit donc pas à la faire entrer dans l'erouv du mari, dès lors qu'elle a le sien.
Rava a dit : dès lors qu'ils ont fait l'erouv, il n'y a pas de protestation plus grande que celle-là.
Rava ferme le raisonnement. Avoir depose son propre erouv dans une autre direction est déjà le refus. On n'attend pas une parole de plus.
Pour les autres, le silence sans erouv à soi les laisse sur l'erouv du maître. Pour l'épouse, et ceux qui lui sont semblables, l'erouv qu'ils ont fait eux-mêmes est le mihoui, la protestation.
Michna. Quelle est sa mesure ?
De la nourriture pour deux repas, pour chacun. Sa nourriture de jour de semaine, et non de Chabbat : telles sont les paroles de Rabbi Meir.
Rabbi Yehouda dit : de Chabbat, et non de jour de semaine. Et l'un et l'autre visent à alléger.
La michna demande le chiour de l'erouv des tehoumin : mezonot chetei seoudot, la nourriture de deux repas, pour chaque personne comptée.
Rabbi Meir prend ce que l'on mange un jour de semaine. À Chabbat les plats sont plus agréables, et l'on mange davantage : la mesure de semaine est la plus petite. Rabbi Yehouda prend ce que l'on mange à Chabbat. On y fait trois repas, donc chaque repas est moindre. Les deux choix vont vers le léger.
Rabbi Yo'hanan ben Beroka dit : d'un pain d'un pundeyon, lorsque quatre séa se vendent un sela. Rabbi Chimon dit : deux parts d'un pain, sur trois pour un kav.
Rabbi Yo'hanan ben Beroka fixe deux repas au pain acheté un pundeyon, quand quatre séa coûtent un sela. Rachi détaille la monnaie. Six maa au dinar, deux pundeyon par maa, donc douze pundeyon au dinar, quarante-huit au sela. Quatre séa font vingt-quatre kav, soit quarante-huit demi-kav. Un demi-kav coûte un pundeyon. Pour l'instant, ce demi-kav est deux repas : quatre repas dans un kav.
Rabbi Chimon réduit. Trois pains dans un kav : le pain entier est un tiers de kav. Deux parts de ce pain font deux repas. Il y a donc neuf repas dans un kav.
Sa moitié, pour la maison atteinte. Et la moitié de sa moitié, pour rendre le corps passoul.
La michna reprend le même pain. Sa moitié mesure le séjour dans une maison atteinte de tsaraat (nega). Qui entre est impur aussitôt. Le lavage des vêtements n'est dû qu'après un temps d'un repas, même sans avoir mangé. Cette moitié de pain est ce temps. On l'appelle peras, parce que la mesure est une proussa, une moitié de pain.
La moitié de la moitié, un demi-peras, est la quantité d'aliments impurs qui rend le corps passoul pour la terouma. C'est d'ordre rabbinique : un aliment ne rend pas un homme impur. Les Sages ont décrété qu'il reste passoul jusqu'à l'immersion. Tossefot, au nom de Rabbeinou Tam : ce décret est ancien, antérieur aux dix-huit décrets, et il vise le corps, à la mesure de deux œufs.
Guemara. Et combien est la nourriture de deux repas ?
Rav Yehouda a dit au nom de Rav : deux pains de paysans. Rav Ada bar Ahava a dit : deux pains de Nehar Papita.
La question vise Rabbi Meir et Rabbi Yehouda, qui n'ont pas donné un pain chiffré. Rav, au nom transmis par Rav Yehouda : tartei rifta ikharyata, deux pains que les paysans emportent au champ. Rachi : les ikarim mènent les bœufs.
Rav Ada bar Ahava : deux pains de Nehar Papita, le lieu de Nehar Papa.
Rav Yossef dit à Rav Yossef fils de Rava : ton père, selon qui tient-il ? Il tient selon Rabbi Meir.
Moi aussi, je tiens selon Rabbi Meir. Car si c'était selon Rabbi Yehouda, le propos des gens ferait difficulté : il se trouve toujours de la place pour le doux.
On mesure l'erouv sur la nourriture de chaque homme. S'il se mesure lui-même, prend-il Chabbat ou le jour de semaine ? Rava, d'après son fils, tient comme Rabbi Meir. Rav Yossef aussi.
Le proverbe rav'ha le-vassima chekhiah : les entrailles s'élargissent pour le mets doux. On mange donc plus quand le repas est agréable, ce qui est le Chabbat. Tenir comme Rabbi Yehouda, pour qui le repas de Chabbat est le plus petit, heurterait ce propos.
Rabbi Yo'hanan ben Beroka dit. Un tanna a enseigné : et leurs paroles sont proches d'être égales.
Se ressemblent-elles ? Selon Rabbi Yo'hanan, quatre repas pour un kav.
Selon Rabbi Chimon, neuf repas pour un kav !
Une tosefta dit que Rabbi Yo'hanan ben Beroka et Rabbi Chimon sont proches. La guemara compte. Chez le premier, le pain d'un pundeyon est un demi-kav, soit deux repas : quatre repas par kav. Chez Rabbi Chimon, deux repas sont deux neuvièmes de kav : neuf repas par kav.
Quatre et neuf ne se ressemblent pas. La suite va retirer le gain de l'épicier pour rapprocher les deux comptes.
Rav Hisda a dit : retranche-en un tiers pour l'épicier.
Rabbi Yo'hanan ben Beroka a mesuré le pain vendu un pundeyon, pas le demi-kav en gros. L'épicier gagne un tiers : du demi-kav acheté un pundeyon, il en vend les deux tiers pour ce prix.
Dans ces deux tiers, il y a deux repas. Le demi-kav entier fait donc trois repas, et le kav en fait six.
Et encore : selon l'un, neuf. Et selon l'autre, six !
Après le retrait d'un tiers, Rabbi Yo'hanan ben Beroka donne six repas au kav. Rabbi Chimon reste à neuf. L'écart demeure trop grand pour dire que leurs paroles sont proches.
Plutot selon l'autre enseignement de Rav Hisda, qui a dit : retranche-en la moitié pour l'épicier.
La guemara quitte le tiers et prend l'autre formule de Rav Hisda : le gain de l'épicier est une moitié. Le pain d'un pundeyon est alors la moitié du demi-kav de gros, soit un quart de kav, pour deux repas.
Chaque repas est un huitième de kav. On obtient huit repas dans le kav.
Et encore : selon l'un, neuf, et selon l'autre, huit ! C'est cela qu'il dit : et leurs paroles sont proches d'être égales.
Huit repas contre neuf. Les mesures ne coïncident pas, et l'écart est faible. C'est le sens de kerovim divreihem lihyot shavin : leurs paroles sont proches d'être égales.
Rav Hisda contredit Rav Hisda ! Il n'y a pas de difficulté.
Ici, le maître de maison fournit le bois. Là, le maître de maison ne fournit pas le bois.
Rav Hisda a parle une fois d'un tiers, une fois d'une moitié. Les deux formules tiennent, selon le bois de cuisson, tsivei.
Si le maître de maison fournit le bois, l'épicier ne gagne que le tiers, pour la peine de cuire. S'il ne le fournit pas, le bois s'ajoute à la peine, et le gain monte à la moitié. C'est ce second cas qui rapproche les deux tanaïm.
Sa moitié, pour la maison atteinte, et la moitié de sa moitié, pour rendre le corps passoul.
La guemara reprend la fin de la michna. La moitié du pain mesure le séjour qui rend les vêtements impurs dans la maison atteinte. Le quart mesure l'aliment impur qui rend le corps passoul pour la terouma. L'examen de ces mesures se poursuit au daf suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).