Sougya : Rav Yehouda, au nom de Shmuel, traite une citerne entre deux cours, éloignée de quatre tefahim de chaque mur. Chacun sort une saillie de la moindre taille et puise ; Rav Yehouda lui-même se contente d'un roseau.
Abaye range cette exigence du côté de Shmuel : selon Rav, un homme n'interdit pas à son prochain par le chemin de l'air. On écarte le toit à échelle fixe, à cause de la calotte et de l'écharpe, et l'on retient la saillie elle-même comme preuve de Shmuel.
Pour Rav, les deux balcons ne prouvent pas, parce que l'usage y est inégal ; la preuve retenue est celle des deux maisons et des trois ruines, où chacun jette dans la ruine proche.
Une citerne entre deux cours, éloignée de ce mur de quatre et de ce mur de quatre : celui-ci sort une saillie (ziz) de la moindre taille et puise, et celui-là sort une saillie de la moindre taille et puise. Et Rav Yehouda lui-même a dit : même un roseau (kanya).
La citerne est dans l'intervalle entre deux cours, à quatre tefahim de chaque mur. À cette distance, aucun des deux n'a un usage aisé (nahat) : le seau traverse l'air. Chacun tend depuis sa fenêtre une saillie (ziz) de la moindre taille, et puise.
Rav Yehouda lui-même allège encore : un roseau (kanya) suffit, même s'il se voit peu. Rachi : en droit la saillie ne serait pas exigée. Elle ne sert que de repère (heker), pour ne pas user d'un domaine commun sans erouv. Le cas du bateau, dans Chabbat 100b, est du même ordre.
Tossefot rapporte l'objection de Rachi, tirée des trois ruines en trépied (hatsuva) : si chacun tient les quatre tefahim qui le touchent, la ruelle serait interdite, et l'on ne pourrait pas puiser à travers son air. Réponse : dans la ruelle, le seul usage est le puisage, et il passe par quatre d'air. Le Ri propose deux lectures. La citerne court sur toute la longueur et sépare les deux bandes de quatre, chacune devenant un domaine. Ou bien l'intervalle est un domaine public ou une karmelit, les parois ont dix de haut, et l'on ramène l'eau par le dessus de dix, qui est un lieu exempt (makom patur).
Abaye a dit à Rav Yossef : cet enseignement de Rav Yehouda est de Shmuel. Car si c'était de Rav, il a dit : un homme n'interdit pas à son prochain par le chemin de l'air.
Abaye dit à Rav Yossef que l'exigence du roseau vient de Shmuel. Rav a enseigné qu'un homme n'interdit pas à son prochain par le chemin de l'air (derekh avir). Lancer le seau à travers quatre tefahim d'air ne demanderait aucun aménagement.
Et celle de Shmuel, d'où ? Si tu dis, de ceci, que Rav Nahman a dit que Shmuel a dit : un toit voisin du domaine public a besoin d'une échelle fixe pour le permettre.
Peut-être comme Rav Pappa !
D'où Abaye tire-t-il Shmuel ? Première piste : Rav Nahman au nom de Shmuel. Un toit voisin du domaine public n'est permis qu'avec une échelle fixe (sulam kavoua). Sans elle, la rue interdirait le toit par l'air : on ne peut s'en servir qu'en y jetant quelque chose, à cause des talus qui écartent du mur.
La piste tombe. Rav Pappa, à la page précédente : la rue pose sur le toit une calotte (kumta) et une écharpe (sudar). C'est un usage réel. Tossefot : on avait d'abord lu des charges lourdes, portées à l'épaule et posées sur le toit, avec quatre d'air. La calotte est légère : on s'approche du mur, et l'usage ne passe plus par l'air.
Mais de ceci : celui-ci sort une saillie de la moindre taille et puise, et celui-là sort une saillie de la moindre taille et puise. La raison, c'est qu'il a sorti la saillie.
S'il ne l'avait pas sortie, nous dirions : un homme interdit à son prochain par le chemin de l'air.
La source retenue est la phrase elle-même. On ne permet le puisage que parce qu'il a sorti la saillie. Sans cette sortie, un homme interdit à son prochain par l'air. C'est l'avis de Shmuel.
Rachi : Abaye a entendu Rav Yehouda sur la parole de Shmuel. Shmuel n'a pas exigé une saillie de quatre, seulement de la moindre taille. Rav Yehouda en conclut qu'un roseau suffit.
Et celle de Rav, d'où ? Si tu dis, de ceci : deux balcons, l'un au-dessus de l'autre.
Ils ont fait une cloison pour le supérieur, et ils n'ont pas fait de cloison pour l'inférieur : tous deux sont interdits jusqu'à ce qu'ils fassent un erouv.
Même recherche du côté de Rav : d'où tient-on qu'un homme n'interdit pas par l'air ? La michna des deux balcons (gezuztraot), l'un au-dessus de l'autre, ouvre la piste. Cloison au supérieur seul : les deux sont interdits jusqu'à l'erouv. La suite, celle de Rav Houna, donne la distinction entre proche et éloigné.
Et Rav Houna a dit que Rav a dit : on ne l'a enseigné que pour le cas proche. Mais s'il est éloigné de quatre, le supérieur est permis et l'inférieur est interdit.
Rav Houna au nom de Rav : la michna, les deux interdits, ne vise que le balcon proche, dans les quatre tefahim en longueur, même s'il est plus haut de dix. Éloigné de quatre, en retrait le long du mur : le supérieur puise, l'inférieur est interdit. L'inférieur n'atteint le trou que par l'air, et cet air n'interdit pas le supérieur.
Rachi : le mot éloignement (haflaga), dans le Talmud, se mesure en longueur, le long du mur, et non en hauteur. Tant que les balcons sont dans les quatre, descente (shilshul) et jet (zerika) comptent tous deux comme un usage. C'est le principe de Rav : pour l'un par descente et pour l'autre par jet, les deux sont interdits.
Peut-être qu'ici le cas diffère. Puisque pour celui-ci c'est par un jet et une descente, et pour celui-là par une descente seule, cela ressemble à pour l'un par un jet et pour l'autre par une ouverture.
La preuve ne tient pas. Pour l'inférieur, il faut jeter le seau en l'air et en hauteur, puis le descendre. Pour le supérieur, la descente seule, le seau filant vers la mer. Les deux usages ne se valent pas : c'est le cas d'un jet d'un côté et d'une ouverture de l'autre, et l'usage aisé l'emporte.
Dans la citerne, les deux cours sont à la même distance. On peut encore dire qu'elles s'interdisent. Il faut une autre source pour Rav.
Mais de ceci, que Rav Nahman a dit que Rabba bar Avouha a dit que Rav a dit : deux maisons et trois ruines entre elles. Celui-ci se sert de celle qui lui est proche par un jet, et celui-là se sert de celle qui lui est proche par un jet.
La source de Rav : Rav Nahman, au nom de Rabba bar Avouha, au nom de Rav. Deux maisons et trois ruines entre elles, sans demeure. Chacun, par sa fenêtre, se sert de la ruine proche en jetant. Le voisin, qui n'y arrive qu'en jetant à travers l'air et la brèche, ne l'interdit pas.
Rachi : en semaine il n'y a pas d'usage complet, seulement une fenêtre, donc la brèche de la cloison n'interdit pas, et l'on peut user de toute la ruine proche. On ne jette pas dans la ruine proche du voisin : lui y a une descente aisée, près de sa fenêtre.
Tossefot discute les propriétaires. Rachi semble dire qu'un propriétaire interdirait les gens des maisons, même sans habiter la ruine, alors qu'à l'intérieur le transport resterait interdit. Le Ri refuse cette demeure à demi. Des ruines qui ont des propriétaires n'interdisent pas, dès lors qu'on n'y habite pas. La fin de Hader vise une ruine ouverte sur une maison, et cette maison donne de l'autre côté : la ruelle n'est pas permise par le poteau (lehi) et la poutre (kora) à cause d'elle.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).