Eruvin 85b : Le trépied des ruines, et où déposer l'erouv

Eruvin 85b

Sougya : Celle du milieu, entre deux maisons et trois ruines, est interdite. Rav Brouna énonce l'enseignement au nom de Rav.

Rabbi Eliezer, de l'école de Rav, va le lui faire confirmer. Rav répond : les ruines se tiennent en trépied (hatsuva).

Les proches sont permises, car un homme n'interdit pas par l'air. Le milieu est interdit, car les deux y descendent d'un usage égal.

Rav Papa demande si Shmuel reçoit l'enseignement de Rav Dimi sur le lieu de moins de quatre sur quatre. Rava distingue les domaines de la Torah et les domaines des Sages.

Ravina objecte les deux maisons face au domaine public. Rava répond : l'une est haute, l'autre basse, l'objet peut rouler.

La michna passe au lieu du dépôt. Loge de portail, galerie et balcon ne valent pas comme erouv, et l'habitant n'interdit pas.

Remise à paille, étable, resserre et magasin valent, et l'habitant interdit, sauf prise de main (tfisat yad) selon Rabbi Yehouda. Rav Yehouda, fils de Rav Chmouel bar Chilat, pose la règle, avec deux exceptions : la loge d'un particulier, et l'air du mavoi.

Le pain des convives, au début du Chabbat, vaut erouv dans la maison et shitouf dans la cour. La prise de main est la cour de Bunyas.

Trois ruines : en ligne ou en trépied ? Rav : elles se tiennent comme un trépied (hatsuva). En ligne : lecture écartée Maison A Ruine A Milieu Ruine B Maison B La ruine du bord sépare la maison du milieu. En trépied : lecture de Rav Ruine proche de A Jet : permise à A Ruine proche de B Jet : permise à B Milieu Descente des deux Interdite Le voisin n'atteint la ruine proche que par l'air. Pour Rav, cet air n'interdit pas.
En ligne, la ruine du bord sépare. En trépied, le milieu touche les deux maisons et reste interdit.
Ou l'erouv vaut, et qui interdit Michna, puis la règle de Rav Yehouda bar Chilat. Loge, galerie, balcon Paille, étable, bois, magasin L'erouv ne vaut pas L'habitant n'interdit pas Le lieu ne vaut pas une demeure L'erouv vaut L'habitant interdit Le lieu est gardé, et ouvert sur la cour Exception : loge d'un particulier L'habitant n'interdit pas et l'erouv vaut Rabbi Yehouda : prise de main Le maître garde un usage là L'habitant n'interdit pas Là où l'erouv ne se dépose pas, le shitouf se dépose. Exception : l'air du mavoi.
Loge, galerie, balcon : l'erouv ne vaut pas. Paille, étable, bois, magasin : il vaut, et l'habitant interdit.
Le pain du vendredi soir Rabba : les deux versions parlent de deux lieux. Attablés dans la maison Attablés dans la cour Le pain de la table vaut comme erouv de la cour Le pain de la table vaut comme shitouf du mavoi Erouv de cours dans une maison de cette cour Shitouf de mavoi dans une cour de ce mavoi L'air du mavoi n'est pas gardé. On n'y dépose pas le shitouf.
Pain des convives : erouv dans la maison, shitouf dans la cour. L'air du mavoi reste exclu.
1
וְהָאֶמְצָעִי — אָסוּר.

Et celle du milieu est interdite.

📜 Rachi (1)
וְאֶמְצָעִי אָסוּר לְקַמֵּיהּ מְפָרֵשׁ טַעְמָא דַּעֲבִידָא כַּחֲצוּבָה וּשְׁנֵיהֶם הַבָּתִּים סְמוּכִים ואע"ג דְּאִיכָּא לְאַקְשׁוֹיֵי דִּבּוּר דִּלְעֵיל דָּמֵי לָאֶמְצָעִי שֶׁהֲרֵי שְׁנֵי הַבָּתִּים סִמּוּכִין לַאֲוִיר הַמָּבוֹי וְאִי מִשּׁוּם שֶׁיֵּשׁ הֶפְסֵק אַרְבָּעָה בֵּינוֹ לְכָל אֶחָד הָכָא נָמֵי אִיכָּא הֶפְסֵק כָּל חֲלַל חֻורְבָּה הָאֶמְצָעִית וְכֻולָּהּ אֲסוּרָה לָזֶה וְלָזֶה אֲפִילּוּ רְחָבָה כַּמָּה אַמּוֹת וְגַבֵּי חֲלַל הַמָּבוֹי נָמֵי לֵיסְרוּ אַהֲדָדֵי לָא תִּיקְשֵׁי דְּאִלּוּ חֻורְבָּה מִשְׁתַּמְּשִׁין בָּהּ תַּשְׁמִישׁוֹת הַרְבֵּה בֵּין בְּסָמוּךְ בֵּין בְּרָחוֹק אֲבָל הָכָא לֵיכָּא תַּשְׁמִישׁ אֶלָּא מִילּוּי וְהַהוּא עַל יְדֵי הַפְלָגַת אֲוִיר אַרְבָּעָה הוּא:
Plus loin il explique la raison : elle est faite comme un trépied (hatsuva), et les deux maisons sont adjacentes. Et même s'il y a à objecter le propos d'en haut, qui ressemble à celle du milieu : les deux maisons sont adjacentes à l'air du mavoi. Si c'est parce qu'il y a un intervalle de quatre entre lui et chacun, ici aussi il y a l'intervalle de tout le vide de la ruine du milieu, et elle tout entière est interdite à celui-ci et à celui-là, même si elle est large de plusieurs coudées. Pour le vide du mavoi aussi, ils devraient s'interdire l'un l'autre. Cela ne fait pas objection. Une ruine, on s'en sert de beaucoup d'usages, de près comme de loin. Ici, il n'y a d'usage que le puisage, et celui-là se fait par un écart d'air de quatre.
💡 Explication

Fin du cas ouvert en 85a : deux maisons, trois ruines entre elles. Chacun se sert de la ruine proche par un jet. Celle du milieu est interdite aux deux.

Rachi renvoie la raison plus loin : les ruines sont en trépied (hatsuva), et les deux maisons y touchent. Il écarte l'objection tirée de la citerne. Dans une ruine, les usages sont nombreux, de près comme de loin. Dans le mavoi de la citerne, le seul usage est le puisage, et il passe par un écart d'air de quatre.

2
יָתֵיב רַב בְּרוֹנָא וְקָאָמַר לְהָא שְׁמַעְתָּא. אֲמַר לֵיהּ רַבִּי אֱלִיעֶזֶר בַּר בֵּי רַב: אָמַר רַב הָכִי? אֲמַר לֵיהּ: אִין. אַחְוִי לִי אֻושְׁפִּיזֵיהּ. אַחְוִי לֵיהּ. אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַב, אֲמַר לֵיהּ: אָמַר מַר הָכִי? אֲמַר לֵיהּ: אִין.

Rav Brouna était assis et énonçait cet enseignement. Rabbi Eliezer, de l'école de Rav (bar bei rav), lui dit : Rav a-t-il dit ainsi ?

Il lui dit : oui. Montre-moi son logis.

Il le lui montra. Il vint devant Rav.

Il lui dit : le maître a-t-il dit ainsi ? Il lui dit : oui.

📜 Rachi (1)
אָמַר רַב הָכִי בִּתְמִיהַּ דר"א סָבַר מִדְּאָמַר רַב אֶמְצָעִי אָסוּר ואע"פ שֶׁיֵּשׁ הֶפְסֵק אֲוִיר חֻורְבָּה בֵּינוֹ וְלַבָּתִּים ש"מ אָדָם אוֹסֵר עַל חֲבֵרוֹ דֶּרֶךְ אֲוִיר סְבִירָא לֵיהּ וְטַעֲמָא דְּסִמּוּכִין מֻותָּרִין מִשּׁוּם דְּתַשְׁמִישָׁן קָשֶׁה לַחִיצוֹנִים:
En étonnement. Rabbi Eliezer pensait : puisque Rav a dit que celle du milieu est interdite, bien qu'il y ait un intervalle de l'air de la ruine entre elle et les maisons, on apprend qu'un homme interdit à son prochain par le chemin de l'air. Tel est son avis. Et la raison pour laquelle les adjacentes sont permises : leur usage est pénible pour ceux du dehors.
💡 Explication

Rabbi Eliezer entend que Rav interdit la ruine du milieu malgré l'air qui la sépare des maisons. Il en tire que Rav tiendrait : un homme interdit à son prochain par le chemin de l'air. Il ne s'en tient pas au rapport. Il va au logis de Rav.

3
אֲמַר לֵיהּ, וְהָא מָר הוּא דְּאָמַר: לָזֶה בְּשִׁלְשׁוּל וְלָזֶה בִּזְרִיקָה — שְׁנֵיהֶן אֲסוּרִין!

Il lui dit : or le maître est celui qui a dit : pour l'un par une descente (shilshoul) et pour l'autre par un jet (zerika), tous deux sont interdits !

📜 Rachi (1)
וְהָא מָר הוּא דְּאָמַר כו' אַלְמָא אַף עַל גַּב דְּשִׁלְשׁוּל נוֹחַ מִזְּרִיקָה הוֹאִיל דְּאֵינוֹ מַמָּשׁ לְאֶחָד מֵהֶן כְּפֶתַח לָא שָׁרֵינַן לֵיהּ לְחַד מִינַּייְהוּ וְהָכָא נָמֵי מֵאַחַר דְּאֵינוֹ כְּפֶתַח לֹא לָזֶה וְלֹא לָזֶה אע"ג דְּנָחַת לְזֶה מִזֶּה לִיתַּסְרוּ:
On voit donc que, bien que la descente soit plus aisée que le jet, puisque cela ne vaut pas une vraie ouverture pour aucun des deux, on ne le permet à aucun d'eux. Ici aussi, puisque cela ne vaut une ouverture ni pour l'un ni pour l'autre, bien que ce soit plus aisé pour celui-ci que pour celui-là, ils devraient être interdits.
💡 Explication

L'objection vient d'un enseignement de Rav lui-même, vu en 85a. Là où l'un n'a qu'une descente et l'autre qu'un jet, aucun des deux n'a une vraie ouverture. Rav les interdit tous les deux, bien que la descente soit plus aisée que le jet. Les ruines proches devraient donc, elles aussi, être interdites.

4
אֲמַר לֵיהּ: מִי סָבְרַתְּ דְּקָיְימִי כְּשׁוּרָה? לָא — דְּקָיְימִי כַּחֲצוּבָה.

Il lui dit : penses-tu qu'elles se tiennent en ligne ? Non.

Elles se tiennent comme un trépied (hatsuva).

📜 Rachi (2)
מִי סָבְרַתְּ דַּעֲבִידִי כִּי שׁוּרָה זוֹ אֵצֶל זוֹ שֶׁתְּהֵא הַחִיצוֹנָה מַפְסֶקֶת בֵּין הַבַּיִת וְלָאֶמְצָעִי דְּתִיסַּק אַדַּעְתָּךְ אָדָם אוֹסֵר דֶּרֶךְ אֲוִיר סְבִירָא לִי דְּתִיקְשֵׁי לָךְ סִמּוּכִין נָמֵי לִיתַּסְרוּ:
Penses-tu qu'elles sont faites comme une ligne, l'une à côté de l'autre, de sorte que l'extérieure sépare la maison de celle du milieu ? Tu en viendrais à penser que je tiens qu'un homme interdit par le chemin de l'air, et alors les adjacentes aussi devraient être interdites.
לָא דַּעֲבִידִי כְּחָצוּב' וּשְׁלָשְׁתָּן סִמּוּכִין לַבָּתִּים הָאֶמְצָעִי כְּנֶגֶד הַשְׁתַּיִם כִּשְׁלֹשָׁה רַגְלֵי הַקַּנְקַן הִלְכָּךְ הַסִּמּוּכִין מֻותָּרִין דְּאֵין אָדָם אוֹסֵר עַל חֲבֵרוֹ דֶּרֶךְ אֲוִיר וְהָאֶמְצָעִי אָסוּר דִּשְׁנֵיהֶן מִשְׁתַּמְּשִׁין בָּהּ בְּשִׁלְשׁוּל וּרְשׁוּת שְׁנֵיהֶם הִיא וְאַף עַל גַּב דִּשְׁתַּיִם הַסְּמוּכוֹת פְּרוּצוֹת לָאֶמְצָעִי הָאוֹסֵר לָא אַחְמוּר רַבָּנָן בְּמָקוֹם שֶׁאֵין לוֹ תַּשְׁמִישׁ גָּמוּר שֶׁיְּהֵא אָסוּר מִשּׁוּם פָּרוּץ:
Non : elles sont faites comme un trépied. Toutes trois sont adjacentes aux maisons. Celle du milieu est en face des deux, comme les trois pieds d'une cruche. Dès lors les adjacentes sont permises, car un homme n'interdit pas à son prochain par le chemin de l'air. Celle du milieu est interdite, car tous deux s'en servent par une descente, et c'est le domaine de tous deux. Et bien que les deux adjacentes soient ouvertes (peroutzot) sur celle du milieu, qui interdit, les Sages n'ont pas été stricts, là où il n'y a pas un usage complet, pour interdire à cause de la brèche (parutz).
💡 Explication

Rav écarte la lecture en ligne. En ligne, la ruine du bord séparerait la maison de celle du milieu, et l'interdit du milieu viendrait de l'air. Les proches devraient alors être interdites aussi.

En trépied, les trois ruines touchent les maisons. Celle du milieu est en face des deux, comme les trois pieds d'une cruche. Les deux y ont le même usage, par descente : elle est interdite. La ruine proche, le voisin ne l'atteint que par l'air, et Rav tient que cet air n'interdit pas.

🖼️ Schéma
Pourquoi le milieu seul est interdit Usage égal par descente. L'air du voisin ne vaut pas un usage. Ruine proche Lui : jet, depuis chez lui Le voisin : par l'air seul Permise à lui Ruine du milieu Les deux : descente Usage égal Interdite aux deux Brèche vers le milieu Les Sages n'étendent pas l'interdit de la brèche là où l'usage est incomplet
Proche : jet d'un côté, air de l'autre. Milieu : descente des deux.
5
אֲמַר לֵיהּ רַב פָּפָּא לְרָבָא: לֵימָא שְׁמוּאֵל לֵית לֵיהּ דְּרַב דִּימִי. דְּכִי אֲתָא רַב דִּימִי אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מָקוֹם שֶׁאֵין בּוֹ אַרְבַּע עַל אַרְבַּע — מֻותָּר לִבְנֵי רְשׁוּת הָרַבִּים וְלִבְנֵי רְשׁוּת הַיָּחִיד לְכַתֵּף עָלָיו, וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַחֲלִיפוּ.

Rav Papa dit à Rava : dirons-nous que Shmuel n'a pas l'enseignement de Rav Dimi ? Car lorsque Rav Dimi vint, il dit que Rabbi Yo'hanan a dit : un lieu qui n'a pas quatre sur quatre, il est permis aux gens du domaine public et aux gens du domaine privé d'y réajuster leur charge (lekatef), à condition qu'ils n'échangent pas.

📜 Rachi (2)
לֵימָא שְׁמוּאֵל דְּאָמַר אָדָם אוֹסֵר עַל חֲבֵרוֹ דֶּרֶךְ אֲוִיר:
Dirons-nous que Shmuel, qui a dit qu'un homme interdit à son prochain par le chemin de l'air.
לֵית לֵיהּ דְּרַב דִּימִי דְּהָא מָקוֹם שֶׁאֵין בּוֹ אַרְבָּעָה כֵּיוָן דְּלֵית בֵּיהּ שִׁיעוּר מְקוֹם הַנָּחָה דִּידֵיהּ לָאו הַנָּחָה הִיא וַהֲרֵי הוּא כַּאֲוִיר בְּעָלְמָא וְקָאָמַר מֻותָּר בְּלֹא שׁוּם תִּיקּוּן וּשְׁמוּאֵל הוֹצָאַת זִיז בָּעֵי:
N'a pas l'enseignement de Rav Dimi. Un lieu qui n'a pas quatre, puisqu'il n'a pas la mesure d'un lieu de dépôt, son dépôt ne compte pas comme un dépôt, et il est comme un simple air. Et il a dit que c'est permis sans aucun aménagement. Or Shmuel exige de faire sortir une saillie (ziz).
🗂️ Tossefot (1)
לֵימָא שְׁמוּאֵל לֵית לֵיהּ דְּרַב דִּימִי פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י נִרְאֶה עִיקָּר דְּקָאֵי אַהַהִיא דִּבּוּר שֶׁבֵּין ב' חֲצֵירוֹת דְּקָסָבַר שְׁמוּאֵל אָדָם אוֹסֵר עַל חֲבֵירוֹ דֶּרֶךְ אֲוִיר אע"פ שֶׁהוּא תַּשְׁמִישׁ גָּרוּעַ וּמְשַׁנֵּי הָתָם רְשׁוּיוֹת דְּאוֹרָיְיתָא וְלֵיכָּא לְמִיחַשׁ שֶׁמָּא מִתּוֹךְ כָּךְ יָבֹא לְטַלְטֵל מרה"י לרה"ר דְּאִיסּוּרָא דְּאוֹרָייְתָא מִידָּע יָדַע אֲבָל הָכָא דְּאִי לָאו דְּאָסְרִי אַהֲדָדֵי שֶׁמָּא מִתּוֹךְ כָּךְ יְטַלְטֵל מֵחָצֵר לְחָצֵר ור"ת פֵּירֵשׁ בע"א וְאֵין נִרְאֶה פֵּירוּשׁוֹ:
L'explication de Rachi paraît être la principale. Cela porte sur l'énoncé d'entre deux cours, où Shmuel tient qu'un homme interdit à son prochain par le chemin de l'air, bien que l'usage soit médiocre. Et l'on répond : là, ce sont des domaines de la Torah, et il n'y a pas à craindre que, de là, on en vienne à transporter d'un domaine privé vers le domaine public, car un interdit de la Torah, on le sait. Ici, s'ils ne s'interdisaient pas l'un l'autre, on pourrait, de là, transporter d'une cour à une cour. Rabbeinou Tam a expliqué autrement, et son explication ne paraît pas juste.
⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' רֵישָׁא רַבָּנַן וְסֵיפָא ר"מ. אָמַר רַב יוֹסֵף בַּחֲפָצִים הַצְּרִיכִים לוֹ וְדִבְרֵי הַכֹּל. וּפִי' רַשִׁ"י לֵיכָּא לְמֵימַר דִּשְׁתִיַּית מַיִם לֶיהֱוֵי הַכְנָסָה כְּמַשְׁתִּין וְרַק. דְּלָא דָּמֵי לְהָתָם דְּהָתָם קָא עָקַר מֵרְשׁוּת זוֹ לִרְשׁוּת זוֹ וַעֲבִיד הַנָּחָה בִּרְשׁוּת אַחֶרֶת. אֲבָל שׁוֹתֶה עֲבִיד הַנָּחָה וַעֲקִירָה בְּחַד רְשׁוּתָא דְּהָא בִּרְשׁוּת שֶׁהוּא שׁוֹתֶה בּוֹ פִּיו עוֹמֵד וּבְפִיו נָחִין מִיָּד. ואע"פ שֶׁהֵן חוֹזְרִין וְנִבְלָעִין בְּמֵעָיו אֵין חֲשָׁשׁ הוֹאִיל וְנָחוּ בְּפִיו שֶׁהוּא מָקוֹם פָּטוּר. וְהָא דְּגַבֵּי מַשְׁתִּין וְרַק לָא חֲשִׁיב פִּיו מָקוֹם פָּטוּר. הָכָא שָׁאנֵי שֶׁהוּא בְּמָקוֹם אֶחָד וּפִיו בְּמָקוֹם אַחֵר וְאֵין לֶאֱסֹור מֵהַהוּא טַעְמָא דְּאָמַר לְעֵיל (עֵירוּבִין דַּף פֹּה:) מָקוֹם שֶׁאֵין בּוֹ אַרְבָּעָה עַל אַרְבָּעָה מֻותָּר לִבְנֵי רְשׁוּת הָרַבִּים וְלִבְנֵי רְשׁוּת הַיָּחִיד לְכַתֵּף עָלָיו וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַחֲלִיפוּ. דְּהָתָם הוּא דִּגְזוּר רַבָּנָן דִּלְמָא אָתֵי לְאַפּוּקֵי מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לרה"ר לְהֶדְיָא בְּלֹא הַנָּחַת מְקוֹם פָּטוּר אֲבָל הָכָא אִי אֶפְשָׁר בְּלֹא הַנָּחָה בְּפִיו שֶׁהוּא מְקוֹם פָּטוּר. וּלְפִי פֵּירוּשׁ זֶה הָעוֹמֵד ברה"י וְרֹאשׁוֹ בִּרְשׁוּת הָרַבִּים מֻותָּר לָרֹוק לרה"ר לְפִי שֶׁהָרוֹק נָח בְּפִיו שֶׁהוּא מְקוֹם פָּטוּר קֹודֶם שֶׁיֵּצֵא לרה"ר וְהָא דְּמִיבַּעְיָא לֵיהּ פִּי הָאַמָּה לרה"ר מַהוּ. הַייְנוּ דַּוְקָא בְּמֵי רַגְלַיִם שֶׁמִּשֶּׁנֶּעֱקָרִים שׁוּב אֵין נָחִין בְּפִי הָאַמָּה. מִיהוּ קָשֶׁה הָא דְּאָמַר בִּשְׁמַעְתָּא קַמַּיְיתָא דְּשַׁבָּת דַּף ג: גַּבֵּי הָיְתָה יָדוֹ מְלֵיאָה פֵּירוֹת וְהוֹצִיאָהּ לַחוּץ מִשֶּׁחֲשֵׁיכָה דְּאִי שָׁדֵי לְהוּ אָתֵי לִידֵי חִיּוּב חַטָּאת לִיקְנְסוּהָ. וְהֵיכִי אָתֵי לִידֵי חִיּוּב חַטָּאת וַהֲלֹא כְּשֶׁנָּחוּ הַפֵּירוֹת בְּיָדוֹ כְּשֶׁהָיְתָה יָדוֹ בִּרְשׁוּת הָרַבִּים נַעֲשֵׂית יָדוֹ מְקוֹם פָּטוּר וּכְבָר נָחוּ הַפֵּירוֹת בִּמְקוֹם פָּטוּר וְתוּ לָא אָתֵי לִידֵי חִיּוּב חַטָּאת אִי שָׁדֵי לְהוּ. וְי"ל דְּהָתָם לָא חֲשִׁיב הַנָּחַת הַפֵּירוֹת בְּיָדוֹ כְּמֻונָּחִין בִּמְקוֹם פָּטוּר כֵּיוָן שֶׁלֹּא נָתַן הַחֵפֶץ לְיָדוֹ מִמָּקוֹם אַחֵר אַחֲרֵי שֶׁהוֹצִיאָהּ לרה"ר כְּמוֹ גַּבֵּי שְׁתִיָּה שֶׁנָּתַן הַמַּיִם לְתוֹךְ פִּיו. וּלְפִי תֵּירוּץ זֶה אָסוּר לָרֹוק מֵרְשׁוּת הַיָּחִיד לרה"ר אֲפִילּוּ רֹאשׁוֹ ברה"ר דאע"פ שֶׁהָרוֹק נָח בְּפִיו אֵין חֲשִׁיבָא הַנָּחָה כֵּיוָן דְּלָא בָּא מִמָּקוֹם אַחֵר לְתוֹךְ פִּיו כְּמוֹ בִּשְׁתִיָּה: אִיבַּעְיָא לְהוּ כַּרְמְלִית מַאי. אָמַר אַבָּיֵי הִיא הִיא. רָבָא אָמַר הִיא גוּפָהּ גְּזֵירָה וַאֲנַן נֵיקוּם וְנִגְזוֹר גְּזֵירָה לִגְזֵירָה:
Guemara. Le début est des Sages, et la fin est de Rabbi Meir. Rav Yossef a dit : pour des objets qui lui sont nécessaires, et tout le monde est d'accord. Rachi a expliqué : on ne peut pas dire que boire de l'eau compterait comme une entrée (hakhnassa), à la manière de celui qui urine et de celui qui crache. Car le cas ne ressemble pas à celui-là. Là, il déracine (oker) de ce domaine vers ce domaine, et il fait un dépôt (hanaha) dans un autre domaine. Celui qui boit fait le dépôt et le déracinement dans un seul domaine. Dans le domaine où il boit, sa bouche se tient, et les eaux se déposent aussitôt dans sa bouche. Bien qu'elles reviennent et soient absorbées dans ses entrailles, il n'y a pas de crainte, puisqu'elles se sont déposées dans sa bouche, qui est un lieu exempt (makom patur). Au sujet de celui qui urine et de celui qui crache, sa bouche ne compte pas comme un lieu exempt. Ici le cas diffère : il est dans un lieu, et sa bouche est dans un autre lieu. On n'interdit pas pour la raison dite plus haut (Eruvin 85b) : un lieu qui n'a pas quatre sur quatre, il est permis aux gens du domaine public et aux gens du domaine privé d'y réajuster leur charge, à condition qu'ils n'échangent pas. C'est là que les Sages ont décrété, de peur qu'on en vienne à sortir d'un domaine privé vers le domaine public directement, sans dépôt dans un lieu exempt. Ici, le geste passe par un dépôt dans sa bouche, qui est un lieu exempt. Selon cette explication, celui qui se tient dans un domaine privé et dont la tête est dans le domaine public peut cracher vers le domaine public : le crachat se dépose dans sa bouche, lieu exempt, avant de sortir vers le domaine public. Et la question posée, l'orifice de la verge vers le domaine public, qu'en est-il, vise l'urine : une fois déracinée, elle ne se dépose plus dans l'orifice de la verge. Toutefois, une difficulté vient du premier enseignement de Chabbat 3b : sa main était pleine de fruits, il l'a sortie dehors après la tombée de la nuit, et s'il les jette il en vient à l'obligation d'un hatat, qu'on le punisse. Comment en vient-il à l'obligation d'un hatat ? Quand les fruits se sont déposés dans sa main, alors que sa main était dans le domaine public, sa main est devenue un lieu exempt, les fruits s'y sont déjà déposés, et le jet ne l'amène plus à l'obligation d'un hatat. On peut dire : là, le dépôt des fruits dans sa main ne compte pas comme un dépôt dans un lieu exempt, puisqu'il n'a pas mis l'objet dans sa main depuis un autre lieu après l'avoir sortie vers le domaine public, à la différence de la boisson, où il a mis l'eau dans sa bouche. Selon cette réponse, il est interdit de cracher d'un domaine privé vers le domaine public, même si sa tête est dans le domaine public. Le crachat se dépose dans sa bouche, et cela ne compte pas comme un dépôt, puisqu'il n'est pas venu d'un autre lieu dans sa bouche, comme dans la boisson. On a demandé : une karmelit, qu'en est-il ? Abaye a dit : c'est la même chose. Rava a dit : elle-même est un décret (gezeira). Allons-nous décréter un décret sur un décret ?
💡 Explication

Shmuel tient qu'un homme interdit à son prochain par l'air, même pour un usage médiocre, et il exige une saillie (ziz). Rav Dimi, au nom de Rabbi Yo'hanan, permet de réajuster sa charge sur un lieu de moins de quatre sur quatre, sans aucun aménagement. Un tel lieu n'a pas la mesure d'un dépôt (hanaha) : il compte comme un air.

Rav Papa demande si Shmuel reçoit cet enseignement. Tossefot retient la lecture de Rachi : l'objection vise l'air entre deux cours. Rabbeinou Tam expliquait autrement. Tossefot écarte cette lecture.

6
הָתָם — רְשׁוּיוֹת דְּאוֹרָייְתָא, הָכָא — רְשׁוּיוֹת דְּרַבָּנָן. וַחֲכָמִים עָשׂוּ חִיזּוּק לְדִבְרֵיהֶם יוֹתֵר מִשֶּׁל תּוֹרָה.

Là, ce sont des domaines de la Torah. Ici, ce sont des domaines des Sages (derabbanan).

Et les Sages ont renforcé leurs paroles plus que celles de la Torah.

📜 Rachi (1)
רְשׁוּיוֹת דְּרַבָּנָן שְׁנֵיהֶן רה"י וְאֵין אוֹסְרִין מִזֶּה לָזֶה אֶלָּא מִדְּרַבָּנָן:
Des domaines des Sages : tous deux sont des domaines privés, et ils ne s'interdisent de l'un à l'autre que par les Sages.
⚖️ Rosh (1)
גְּמ' ת"ר עָשׂוּ לָהּ מְחִיצָּה בִּכְנִיסָה וְלֹא עָשׂוּ לָהּ בִּיצִיאָה בִּיצִיאָה וְלֹא עָשׂוּ לָהּ בִּכְנִיסָה אֵין מְמַלְּאִין מִמֶּנָּה. אֶלָּא א"כ עָשׂוּ לָהּ מְחִיצָה גְּבוֹהָ עֲשָׂרָה בִּכְנִיסָה וִיצִיאָה רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר מַעֲשֶׂה בְּאַמָּה שֶׁהָיְתָה מְבִיאָה הַמַּיִם מֵאָבֵל לְצִפּוֹרִי וְהָיוּ מְמַלְּאִין מִמֶּנָּה עַל פִּי זְקֵנִים. אָמְרוּ לוֹ מִשָּׁם רְאָיָה שֶׁמָּא אֵין בְּעָומְקָהּ עֲשָׂרָה וּרְחָבָה אַרְבָּעָה. פֵּירֵשׁ מְחִיצָּה זוֹ שֶׁל אַמַּת הַמַּיִם צְרִיכָה לִהְיוֹת מְשֻׁוקַּעַת בַּמַּיִם כְּדֵי שֶׁתֵּחָלֵק בֵּין הַמַּיִם שברה"י וּבֵין הַמַּיִם שֶׁבִּרְשׁוּת הָרַבִּים כְּמוֹ מְחִיצָּה שֶׁל בּוֹר שֶׁצְּרִיכָה לִהְיוֹת מְשֻׁוקַּעַת בְּתוֹכוֹ לְחַלֵּק בֵּין רְשׁוּתוֹ לִרְשׁוּת חֲבֵירוֹ: תָּנוּ רַבָּנַן אַמַּת הַמַּיִם שֶׁעוֹבֶרֶת בֵּין הַחַלּוֹנוֹת פָּחוֹת מִג' מְשַׁלְשֵׁל דְּלִי וּמְמַלֵּא. שְׁלֹשָׁה אֵין מְשַׁלְשֵׁל דְּלִי וּמְמַלֵּא. וְרַשְׁבָּ"ג אוֹמֵר פָּחוֹת מִד' מְשַׁלְשֵׁל דְּלִי וּמְמַלֵּא. אַרְבָּעָה אֵין מְשַׁלְשֵׁל דְּלִי. וּמְמַלֵּא. בְּמַאי עִסְקֵי' אִילֵימָא בְּאַמַּת הַמַּיִם גּוּפַהּ. אֶלָּא הָא דְּכִי אֲתָא רַב דִּימִי אֲמַר ר' יוֹחָנָן אֵין כַּרְמְלִית פְּחוּתָה מֵאַרְבָּעָה לֵימָא כְתַנָּאֵי אֲמָרָהּ לִשְׁמַעְתִּי'. אֶלָּא בַּאֲגַפֶּיהָ וּלְהַחֲלִיף. הָא כִּי אֲתָא רַב דִּימִי אָמַר ר' יוֹחָנָן מָקוֹם שֶׁאֵין בּוֹ אַרְבָּעָה עַל אַרְבָּעָה מֻותָּר לִבְנֵי רה"ר וְלִבְנֵי רה"י לְכַתֵּף עָלָיו וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַחֲלִיפוּ הָתָם רְשׁוּיוֹת דְּאוֹרָיְיתָא וְהָכָא רְשׁוּיוֹת דְּרַבָּנָן. וְהָא ר' יוֹחָנָן בָּרְשׁוּיוֹת דְּרַבָּנַן נָמֵי קָאָמַר דִּתְנַן כֹּותֶל שֶׁבֵּין שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה וְרֹחַב אַרְבָּעָה מְעָרְבִין שְׁנַיִם וְאֵין מְעָרְבִין אֶחָד. הָיוּ בְּרֹאשׁוֹ פֵּירוֹת. אֵלּוּ עוֹלִין מִכָּאן וְאוֹכְלִין וְאֵלּוּ עוֹלִין מִכָּאן וְאוֹכְלִין וְהָוֵינַן בָּהּ אֵין בָּהּ אַרְבָּעָה מַאי אָמַר רַב אֲוִיר שְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת שׁוֹלְטוֹת בּוֹ וְלֹא יָזִיז בּוֹ אֲפִילּוּ כִּמְלוֹא נִימָא וְרַבִּי יוֹחָנָן אוֹמֵר אֵלּוּ מַעֲלִין מִכָּאן וְאוֹכְלִין וְאֵלּוּ מַעֲלִין מִכָּאן וְאוֹכְלִין אֲבָל לְחַלּוֹפֵי מֵחָצֵר לְחָצֵר דֶּרֶךְ הַכֹּותֶל לֹא. אַלְמָא אִית לֵיהּ לְרַבִּי יוֹחָנָן דַּאֲפִילּוּ בִּרְשׁוּיוֹת דְּרַבָּנָן אָסוּר לְהַחֲלִיף. הַהוּא זְעֵירִי אֲמָרָהּ. וְלִזְעֵירִי תִּקְשֶׁה לָךְ מַתְנֵי'. זְעֵירִי מוּקֵי לַהּ בְּאַמַּת הַמַּיִם גּוּפַהּ וּדְרַב דִּימֵי תַּנָּאֵי הִיא. וְתִיהְוֵי כִּי חֹורֵי כַּרְמְלִית. אַבָּיֵי בַּר אָבִין וְרַב חִינָּנָא בַּר אָבִין דְּאָמְרִי תַּרְוַייְהוּ אֵין חוֹרִין לְכַרְמְלִית. רָבִינָא אוֹמֵר אֲפִילּוּ תֵּימָא יֵשׁ חוֹרִין לְכַרְמְלִית הָתָם בִּסְמוּכָה הָכָא בְּמֻופְלֶגֶת. נִרְאֶה דַּהֲלָכָה כְּאַבַּיֵּי בַּר אָבִין וְרַב חִינָּנָא בַּר אָבִין דְּאָמְרִי אֵין חוֹרִין לְכַרְמְלִית. אע"ג דְּרָבִינָא דְּהוּא בָּתְרָאָה קָאָמַר אֲפִילּוּ תֵּימָא יֵשׁ חוֹרִין לְכַרְמְלִית אִיהוּ לָא פְּלִיג בְּהֶדְיָא עֲלַיְיהוּ אֶלָּא קָאָמַר דַּאֲפִילּוּ יֵשׁ חוֹרִין לְכַרְמְלִית אִית לָן שִׁינּוּיָא אַחֲרִינָא. רַב אָשֵׁי אָמַר כְּגוֹן דַּעֲבִיד לֵיהּ נִיפְקֵי אַפֻּומַּייְהוּ וְאַזֵּדוֹ רַבָּנַן לְטַעְמַיְיהוּ וְרַשְׁבָּ"ג לְטַעְמֵיהּ. רַב אִלְפָּס זַ"ל כָּתַב לְעֵיל בְּפֶרֶק חַלּוֹן סִימָן א' הָא דְּאָמַר וּבִלְבַד שֶׁלֹּא יַחֲלִיפוּ אוֹקֵימְנָא בְּפֶ' כֵּיצַד מִשְׁתַּתְּפִין בִּרְשׁוּיוֹת דְּאוֹרָייְתָא כְּגוֹן ברה"י וּבִרְשׁוּת הָרַבִּים. אֲבָל בִּרְשׁוּיוֹת דְּרַבָּנָן כְּגוֹן כֹּותֶל שֶׁבֵּין שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת גָּבוֹהַּ עֲשָׂרָה וְאֵינוֹ רָחָב אַרְבָּעָה מֻותָּר לְכַתֵּף עָלָיו וּלְהַחֲלִיף. והר"ז הַלֵּוִי זַ"ל כָּתַב דְּאַשִּׁינּוּיָא דְּרַב אַשִּׁי דְּהוּא בָּתְרָאָה סָמְכִינַן וְלָא צְרִיכִין לְשִׁינּוּיָא דְּחִיקָא דִּלְעֵיל לִפְלוּגֵי דְּרַב דִּימֵי אַדִּזְעֵירִי וּלְחַלֵּק בֵּין רְשׁוּיוֹת דְּאוֹרָייְתָא לִרְשׁוּיוֹת דְּרַבָּנָן. וְאַדְּרַבָּה בִּרְשׁוּיוֹת דְּרַבָּנָן אַשְׁכְּחַן דְּמַחְמְרִי' טְפֵי בְּהַאי עִנְיָנָא כִּדְאָמַר לְעֵיל (עֵירוּבִין דַּף עז.) בִּרְשׁוּיוֹת דְּרַבָּנָן עֲבַדוּ רַבָּנָן חִזּוּק טְפֵי מִשֶּׁל תּוֹרָה. וְכֵן רַבִּי יוֹחָנָן אוֹמֵר אֵלּוּ מַעֲלִין מִכָּאן וְאוֹכְלִין וְכוּ'. אֲבָל לְהַחֲלִיף מֵחָצֵר זוֹ לְחָצֵר זוֹ אָסוּר. וְעוֹד הֵבִיא רְאָיָה מִפֶּרֶק הַמּוֹצֵא תְּפִילִּין (עֵירוּבִין דַּף קא:) גַּבֵּי הָא דְּתַנְיָא וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אַף בִּזְמַן שֶׁהַמַּנְעוּל לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה מֵבִיא מַפְתֵּחַ מע"ש וּמַנִּיחוֹ בָּאִסְקֻופָּה לְמָחָר פּוֹתֵחַ וְנוֹעֵל בּוֹ וּמַחְזִירוֹ לָאִסְקֻופָּה אוֹ לַחַלּוֹן שֶׁעַל גַּבֵּי הַפֶּתַח. וְאִם יֵשׁ בַּחַלּוֹן אַרְבָּעָה עַל אַרְבָּעָה אָסוּר מִפְּנֵי שֶׁהוּא כְּמוֹצִיא מֵרְשׁוּת לִרְשׁוּת כְּלוֹמַר מֵאַסְקֻופַּת כַּרְמְלִית לַחַלּוֹן שֶׁהִיא רְשׁוּת הַיָּחִיד דֶּרֶךְ הַמַּנְעוּל שֶׁהוּא מְקוֹם פָּטוּר. וְקָאָמַר עֲלָהּ ש"מ אִיתָא לִדְרַב דִּימֵי דְּאָמַר אָסוּר לְהַחֲלִיף. אַלְמָא אִיתָא לִדְרַב דִּימֵי דְּאָמַר אָסוּר לְהַחֲלִיף אֲפִילּוּ בִּרְשׁוּיוֹת דְּרַבָּנָן. וְהַתּוֹסְ' הִקְשׁוּ לְקַמָּן מֵהַךְ דִּשְׁמַעְתִּין וְתֵירְצוּ דְּרַב דִּימֵי סָבַר דְּבָרַייְתָא דִּלְקַמָּן פְּלִיג אַהַךְ דְּהָכָא וְהָכִי אָמַר לְקַמָּן אִיתָא לִדְרַב דִּימֵי וַעֲדִיפָא מִדִּידֵיהּ דְּאִיהוּ קָאָמַר דַּוְקָא בִּרְשׁוּיוֹת דְּאוֹרָיְיתָא וְהַךְ בָּרַייְתָא סוֹבֶרֶת אֲפִילּוּ בִּרְשׁוּיוֹת דְּרַבָּנָן וְאָתְיָא כִּזְעֵירִי דְּאָמַר דְּרַב דִּימֵי תַּנָּאֵי הִיא וּמַאן דְּאָסַר אָסַר אֲפִילּוּ בִּדְרַבָּנָן וְשִׁינּוּיָא דְּחִיקָא הִיא. וְנִרְאִין דִּבְרֵי הר"ז זַ"ל וְכֵן דַּעַת הָרָאָבָ"ד:
Guemara. Les Sages ont enseigné : on lui a fait une cloison à l'entrée et on ne lui en a pas fait à la sortie, ou à la sortie et on ne lui en a pas fait à l'entrée, on n'en puise pas. On n'en puise que si on lui a fait une cloison haute de dix à l'entrée et à la sortie. Rabbi Yehouda dit : il est arrivé qu'un canal (ama) amenait l'eau d'Avel à Tsippori, et l'on en puisait sur l'avis des anciens. Ils lui dirent : cela fait-il preuve ? Peut-être n'avait-il pas dix de profondeur ni quatre de largeur. Il a expliqué : cette cloison du canal doit être enfoncée dans l'eau, afin de séparer les eaux du domaine privé des eaux du domaine public, comme la cloison d'une citerne, qui doit être enfoncée dedans pour séparer son domaine du domaine de son prochain. Les Sages ont enseigné : un canal d'eau qui passe entre les fenêtres, à moins de trois on descend un seau et l'on puise. A trois, on ne descend pas un seau et l'on ne puise pas. Rabban Chimon ben Gamliel dit : à moins de quatre on descend un seau et l'on puise. A quatre, on ne descend pas un seau et l'on ne puise pas. De quoi parle-t-on ? Si tu dis : du canal lui-même. Mais alors, lorsque Rav Dimi vint, il dit que Rabbi Yo'hanan a dit : il n'y a pas de karmelit de moins de quatre. Dirons-nous qu'il a dit son enseignement selon un débat de tannaïm ? Plutôt : on parle de ses bords (agapim), et de l'échange. Or, lorsque Rav Dimi vint, il dit que Rabbi Yo'hanan a dit : un lieu qui n'a pas quatre sur quatre, il est permis aux gens du domaine public et aux gens du domaine privé d'y réajuster leur charge, à condition qu'ils n'échangent pas. Là, ce sont des domaines de la Torah. Ici, ce sont des domaines des Sages. Mais Rabbi Yo'hanan a parlé aussi de domaines des Sages. Nous avons appris : un mur entre deux cours, haut de dix et large de quatre, on fait deux erouv et l'on ne fait pas un seul. S'il y avait des fruits à son sommet, ceux-ci montent d'ici et mangent, et ceux-là montent d'ici et mangent. Et nous avons étudié : s'il n'y a pas quatre, qu'en est-il ? Rav a dit : l'air de deux domaines le régit, et l'on n'y déplace même pas l'épaisseur d'un cheveu. Rabbi Yo'hanan dit : ceux-ci font monter d'ici et mangent, et ceux-là font monter d'ici et mangent, mais échanger d'une cour à l'autre par le mur, non. On voit donc que Rabbi Yo'hanan tient l'échange pour interdit même dans des domaines des Sages. Celui-la, Zeiri l'a dit. Et pour Zeiri, la michna te fera difficulté. Zeiri l'établit au sujet du canal lui-même, et l'enseignement de Rav Dimi est un débat de tannaïm. Et que ce soit comme les creux (horim) d'une karmelit. Abaye bar Avin et Rav Hinena bar Avin ont dit tous deux : il n'y a pas de creux pour une karmelit. Ravina dit : même si tu dis qu'il y a des creux pour une karmelit, là c'est adjacent, ici c'est éloigné. Il paraît que la halakha suit Abaye bar Avin et Rav Hinena bar Avin, qui disent qu'il n'y a pas de creux pour une karmelit. Ravina, qui est le dernier, dit : même si tu dis qu'il y a des creux pour une karmelit. Il ne conteste pas leur avis en termes exprès. Il dit que, même s'il y a des creux pour une karmelit, nous avons une autre réponse. Rav Ashi a dit : par exemple, on lui a fait des saillies (nifkei) à leurs embouchures. Les Sages vont selon leur raison, et Rabban Chimon ben Gamliel selon la sienne. Rav Alfas, de mémoire bénie, a écrit plus haut, au chapitre Halon, siman 1 : ce qu'il a dit, à condition qu'ils n'échangent pas, on l'établit dans le chapitre Keitsad Mishtatfin au sujet de domaines de la Torah, comme un domaine privé et le domaine public. Dans des domaines des Sages, comme un mur entre deux cours, haut de dix et qui n'est pas large de quatre, il est permis d'y réajuster sa charge et d'échanger. Rabbi Zerahya HaLevi, de mémoire bénie, a écrit que nous nous appuyons sur la réponse de Rav Ashi, qui est le dernier. Nous n'avons pas besoin de la réponse forcée d'en haut, qui sépare Rav Dimi de Zeiri et qui distingue les domaines de la Torah des domaines des Sages. Dans les domaines des Sages, on trouve au contraire une sévérité plus grande en cette matière, comme il est dit plus haut (Eruvin 77a) : dans les domaines des Sages, les Sages ont fait un renforcement plus grand que pour la Torah. De même Rabbi Yo'hanan dit : ceux-ci font monter d'ici et mangent, et la suite. Échanger de cette cour à cette cour est interdit. Il a encore apporte une preuve du chapitre HaMotse Tefilin (Eruvin 101b). On enseigne : les Sages disent, même quand le verrou est au-dessus de dix, on apporte une cle des la veille de Chabbat et on la pose sur le seuil. Le lendemain on ouvre et on ferme avec elle, et on la remet sur le seuil, ou sur la fenêtre au-dessus de la porte. S'il y a dans la fenêtre quatre sur quatre, c'est interdit, parce qu'il est comme celui qui sort d'un domaine vers un domaine : du seuil, qui est une karmelit, vers la fenêtre, qui est un domaine privé, en passant par le verrou, qui est un lieu exempt. Et l'on dit là-dessus : on apprend de là qu'il y a l'enseignement de Rav Dimi, qui a dit qu'il est interdit d'échanger. On voit donc que l'enseignement de Rav Dimi, l'interdit d'échanger, vaut même dans des domaines des Sages. Les Tossefot ont objecté plus loin à partir de notre enseignement, et ils ont répondu : Rav Dimi tient que la baraïta d'en bas conteste celle d'ici. Voici ce qu'il dit plus loin : il y a l'enseignement de Rav Dimi, et plus encore que le sien. Lui ne parle que des domaines de la Torah, et cette baraïta tient le même interdit dans des domaines des Sages. Elle vient comme Zeiri, qui a dit que l'enseignement de Rav Dimi est un débat de tannaïm, et celui qui interdit, interdit même dans le droit des Sages. Et c'est une réponse forcée. Les paroles de Rabbi Zerahya, de mémoire bénie, paraissent justes, et tel est aussi l'avis du Ravad.
💡 Explication

Réponse de Rava. Le lieu de moins de quatre sur quatre se tient entre un domaine public et un domaine privé, domaines de la Torah. Les Sages n'y ont pas interdit l'usage à cause de l'air. Entre deux cours, l'interdit de transporter est des Sages. Là, ils ont renforcé leurs dires plus que ceux de la Torah. Shmuel peut donc tenir que, d'une cour à l'autre, l'air interdit.

🖼️ Schéma
Lieu de moins de quatre sur quatre Rav Dimi au nom de Rabbi Yo'hanan. Réponse de Rava à Rav Papa. Domaine public Moins de 4 sur 4 Domaine privé Réajuster la charge permis des deux côtés Échanger un objet interdit La : domaines de la Torah Les Sages n'interdisent pas par l'air Ici : domaines des Sages Ils renforcent leurs dires plus que la Torah
Quatre sur quatre : réajuster, oui. Échanger, non. La règle sépare Torah et Sages.
7
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרָבָא: מִי אָמַר רַב הָכִי? וְהָא אִיתְּמַר: שְׁנֵי בָּתִּים מִשְּׁנֵי צִידֵּי רְשׁוּת הָרַבִּים, רַבָּה בַּר רַב הוּנָא אָמַר רַב: אָסוּר לִזְרוֹק מִזֶּה לָזֶה, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: מֻותָּר לִזְרוֹק מִזֶּה לָזֶה!

Ravina dit à Rava : Rav a-t-il dit ainsi ? Or on a énoncé : deux maisons des deux côtés du domaine public.

Rabba bar Rav Houna a dit que Rav a dit : il est interdit de jeter de celle-ci à celle-là. Et Shmuel a dit : il est permis de jeter de celle-ci à celle-là.

📜 Rachi (2)
מִי אָמַר רַב הָכִי זֶה מִשְׁתַּמֵּשׁ בְּסָמוּךְ לוֹ עַל יְדֵי זְרִיקָה וְאֵין חֲבֵירוֹ אוֹסֵר עָלָיו דֶּרֶךְ אֲוִיר:
Rav a-t-il dit ainsi : celui-ci se sert de ce qui lui est proche par un jet, et son prochain ne lui interdit pas par le chemin de l'air.
שְׁנֵי בָּתִּים שֶׁל אָדָם אֶחָד אָסוּר לִזְרֹוק ואע"ג דְּכִי סַגִּי בַּאֲוִיר רה"ר לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה קָא סַגִּי וְקָאָמַר דְּאוֹסֵר עָלָיו אֲוִירָן שֶׁל בְּנֵי רה"ר אע"פ שֶׁאֵין לָהֶם כָּאן תַּשְׁמִישׁ:
Deux maisons d'un seul homme. Il est interdit de jeter, bien que, lorsqu'il passe dans l'air du domaine public, il passe au-dessus de dix. Et il a dit que l'air des gens du domaine public lui interdit, bien qu'ils n'aient ici aucun usage.
🗂️ Tossefot (1)
וּמִי אָמַר רַב הָכִי פִּי' דְּאֵין אָדָם אוֹסֵר עַל חֲבֵירוֹ דֶּרֶךְ אֲוִיר וְהָא אִתְּמַר שְׁנֵי בָתִּים כּוּ' וְקס"ד טַעְמָא דְּאוֹסֵר לִזְרֹוק מִשּׁוּם דְּסַגִּי בַּאֲוִיר רה"ר לְמַעְלָה מֵעֲשָׂרָה וְקָאָמַר דְּאוֹסֵר עָלָיו אֲוִירָן שֶׁל בְּנֵי רה"ר אַף עַל פִּי שֶׁאֵין לָהֶם כָּאן תַּשְׁמִישׁ וְכֵן פֵּי' בַּקּוּנְטְרֵס וּמִדִּשְׁמוּאֵל אַדִּשְׁמוּאֵל לָא מָצֵי לְמִיפְרַךְ דְּאֵין תַּשְׁמִישׁ דַּאֲוִיר הָכָא חֲשִׁיב כְּהַהִיא דִּלְעֵיל אֲבָל לְרַב פָּרִיךְ מִכָּל שֶׁכֵּן וְרַשִׁ"י פֵּירֵשׁ דְּלָא פָּרֵיךְ שְׁמוּאֵל אַדִּשְׁמוּאֵל מִשּׁוּם דְּבִרְשׁוּיוֹת דְּאוֹרָיְיתָא מוֹדֶה:
Explication : un homme n'interdit pas à son prochain par le chemin de l'air. Mais on a énoncé : deux maisons, et la suite. Et l'on aurait pensé que la raison de l'interdit de jeter, c'est que l'objet passe dans l'air du domaine public au-dessus de dix, et qu'il dit : l'air des gens du domaine public lui interdit, bien qu'ils n'aient ici aucun usage. Ainsi a expliqué le commentaire. De Shmuel contre Shmuel on ne peut pas objecter, car l'usage de l'air ici ne compte pas comme celui d'en haut. Contre Rav, on objecte à plus forte raison (kal vahomer). Rachi a expliqué qu'on n'objecte pas de Shmuel contre Shmuel, parce que, dans les domaines de la Torah, Shmuel en convient.
⚖️ Rosh (1)
אִיתְּמַר שְׁנֵי בָּתִּים בִּשְׁנֵי צִידֵּי רְשׁוּת הָרַבִּים רַב אָמַר אָסוּר לִזְרוֹק מִזֶּה לָזֶה. וּשְׁמוּאֵל אָמַר מֻותָּר לִזְרוֹק מִזֶּה לָזֶה. וּמוּקֵי לָהּ כְּגוֹן דְּמִדְּלַאי חַד וּמִתַּתַּאי חַד דִּלְמָא מִיגְנְדַּר וְאָתֵי לַאֲתוּיֵי וְהִלְכְתָא כְּרַב. אִם הָיוּ שְׁנֵיהֶם שָׁוִין מֻותָּר לִזְרֹוק אִם שְׁנֵיהֶם שֶׁלּוֹ אוֹ שֶׁעֵירְבוּ:
On a énoncé : deux maisons des deux côtés du domaine public. Rav a dit : il est interdit de jeter de celle-ci à celle-là. Et Shmuel a dit : il est permis de jeter de celle-ci à celle-là. Et on l'établit dans le cas où l'une est haute et l'autre basse, de peur que l'objet roule et qu'on en vienne à l'apporter. La halakha suit Rav. Si toutes deux étaient de plain-pied, il est permis de jeter, si toutes deux sont à lui, ou s'ils ont fait un erouv.
💡 Explication

Ravina retourne l'enseignement contre Rav. Dans les ruines, Rav dit que l'air du voisin n'interdit pas. Ici, Rav interdit de jeter d'une maison à l'autre par-dessus le domaine public, alors que l'objet passe au-dessus de dix, là où les gens de la rue n'ont pas d'usage. On lirait donc que leur air interdit.

Tossefot : de Shmuel contre Shmuel, l'objection ne part pas. L'usage de cet air ne se compare pas à celui des ruines. Rachi : dans les domaines de la Torah, Shmuel en convient. Contre Rav, l'objection va à plus forte raison.

8
אֲמַר לֵיהּ: לָאו מִי אוֹקֵימְנָא דְּמִדְּלֵי חַד וּמִתַּתֵּי חַד, זִימְנִין דִּמְגַנְדֵּר וְנָפֵיל, וְאָתֵי לְאֵיתוֹיֵי.

Il lui dit : ne l'avons-nous pas établi ainsi : l'une est haute et l'autre est basse. Parfois cela roule et tombe, et l'on en vient à l'apporter.

📜 Rachi (1)
דְּמִידְּלֵי חַד וּמִיתַּתֵּי חַד א' גָּבוֹהַּ וְא' נָמוּךְ שֶׁמָּא יִזְרֹוק מִן הַנָּמוּךְ לְגָבוֹהַּ וְלֹא יַגִּיעַ וְיִפּוֹל לרה"ר וְלִשְׁמוּאֵל דְּאָמַר מֻותָּר לָא קַשְׁיָא דִּידֵיהּ אַדִּידֵיהּ דְּאָמַר אָדָם אוֹסֵר עַל חֲבֵירוֹ דֶּרֶךְ אֲוִיר דְּהָא אָמְרִינַן בִּרְשׁוּיוֹת דְּאוֹרָיְיתָא שְׁמוּאֵל מוֹדֵי:
L'une haute et l'autre basse. De peur qu'il jette de la basse vers la haute, que cela n'atteigne pas, et que cela tombe dans le domaine public. Pour Shmuel, qui a dit que c'est permis, son propre dire contre son propre dire ne fait pas difficulté. Il a dit qu'un homme interdit à son prochain par le chemin de l'air, et nous disons que, dans les domaines de la Torah, Shmuel en convient.
🗂️ Tossefot (1)
לָאו מִי אוֹקִימְנָא כו' בְּשַׁבָּת פֶּרֶק הַזּוֹרֵק (שַׁבָּת דַּף צז.) מוֹקֵי לָהּ הָכִי מִשּׁוּם פִּירְכָא אַחֲרִיתִי וק"ק דְּהָתָם נָמֵי קָאָמַר וְלָאו מִי אוֹקֵימְנָא:
Ne l'avons-nous pas établi, et la suite. Dans Chabbat, chapitre HaZorek (Chabbat 97a), on l'établit ainsi à cause d'une autre objection. Et c'est un peu difficile : là aussi, il dit : ne l'avons-nous pas établi.
💡 Explication

Rava rappelle un établissement déjà fait. Rav n'interdit pas le jet à cause de l'air de la rue. L'une des maisons est plus haute. Lance de la basse vers la haute, l'objet peut manquer, retomber dans le domaine public, et l'on viendrait le ramasser pour le rentrer : transport d'un domaine à l'autre.

Pour Shmuel, qui permet le jet, son dire ne se contredit pas. Dans les domaines de la Torah, il convient que l'air n'interdit pas. Tossefot note qu'à Chabbat 97a le même cas est établi pour une autre objection, et que la formule s'y trouve déjà.

🖼️ Schéma
Deux maisons, de part et d'autre de la rue L'une haute, l'autre basse. Établissement de Rava. Maison haute Maison basse le jet peut manquer Domaine public : l'objet roule On viendrait le ramasser et le porter d'un domaine à l'autre. Rav interdit le jet pour ce risque.
Maison haute, maison basse. L'objet peut rouler dans la rue.
9
מַתְנִי׳ הַנּוֹתֵן אֶת עֵירוּבוֹ בְּבֵית שַׁעַר, אַכְסַדְרָה וּמִרְפֶּסֶת — אֵינוֹ עֵירוּב. וַהֲדַר שָׁם — אֵינוֹ אוֹסֵר עָלָיו.

Michna. Celui qui place son erouv dans une loge de portail (beit shaar), une galerie (akhsadra) ou un balcon (mirpeset) : cela ne vaut pas un erouv.

Et celui qui habite là n'interdit pas sur lui.

📜 Rachi (3)
מַתְנֵי' אֶת עֵירוּבוֹ עֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת:
Son erouv : un erouv de cours (eruvei hatzerot).
וַהֲדַר שָׁם בְּבֵית שַׁעַר שֶׁבֶּחָצֵר:
Et celui qui habite là : dans une loge de portail qui est dans la cour.
אֵינוֹ אוֹסֵר עַל בַּעַל חָצֵר וְאֵין צָרִיךְ לִיתֵּן אֶת הַפַּת דְּלָאו דִּירָה הִיא:
Il n'interdit pas le maître de la cour, et il n'a pas à donner le pain, car ce lieu ne vaut pas une demeure.
💡 Explication

Nouvel enseignement. L'erouv de cours joint les demeures : on le dépose dans un lieu qui vaut demeure. Loge de portail, galerie ouverte, balcon : le dépôt ne vaut pas. Celui qui y habite n'interdit pas les gens de la cour. Il n'a pas à donner le pain : le lieu ne vaut pas une demeure.

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בֵּית הַתֶּבֶן וּבֵית הַבָּקָר וּבֵית הָעֵצִים וּבֵית הָאוֹצָרוֹת — הֲרֵי זֶה עֵירוּב, וַהֲדַר שָׁם — אוֹסֵר. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם יֵשׁ שָׁם תְּפִיסַת יָד שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת — אֵינוֹ אוֹסֵר.

Une remise à paille (beit hateven), une étable (beit habakar), une resserre à bois (beit haetsim) et un magasin (beit haotsarot) : voilà un erouv. Et celui qui habite là interdit.

Rabbi Yehouda dit : s'il y a là une prise de main (tfisat yad) du maître de la maison, il n'interdit pas.

📜 Rachi (3)
וַהֲדַר שָׁם אִם הִשְׁאִיל בַּעַל הַבַּיִת בֵּית הַתֶּבֶן שֶׁלּוֹ לְאַחֵר לָדוּר שָׁם אוֹסֵר עָלָיו בֶּחָצֵר הוֹאִיל וּפָתוּחַ לֶחָצֵר:
Et celui qui habite là : si le maître de la maison a prêté sa remise à paille à un autre pour y habiter, celui-ci lui interdit la cour, puisqu'elle s'ouvre sur la cour.
אִם יֵשׁ שָׁם תְּפִיסַת יָד שֶׁל בַּעַל הַבַּיִת שֶׁיֵּשׁ לְבַעַל הַבַּיִת מָקוֹם בְּדִירָתוֹ שֶׁל זֶה שֶׁנּוֹתֵן שָׁם כֵּלָיו לְהַצְנִיעַ:
S'il y a là une prise de main du maître de la maison : le maître de la maison a un endroit dans la demeure de celui-ci, où il dépose ses ustensiles pour les mettre à l'abri.
אֵינוֹ אוֹסֵר עָלָיו דְּכָל רְשׁוּתָא דְּחָצֵר דִּידֵיהּ הוּא כְּאִילּוּ דָּר עִמּוֹ בַּבַּיִת:
Il ne lui interdit pas : car tout le domaine de la cour est à lui, comme s'il habitait avec lui dans la maison.
🗂️ Tossefot (1)
בֵּית הַתֶּבֶן כו' הֲרֵי זֶה עֵירוּב וַאֲפִילּוּ אֵין שָׁם תֶּבֶן דִּלְעִנְיַן הַנָּחַת עֵירוּב לָא בָּעֵי אֶלָּא דַּחֲזֵי לְדִירָה אֲבָל הָא דְּקָאָמַר בְּפֶ' הֲדַר (לְעֵיל עֵירוּבִין ד' עב:) דְּבֵית הַתֶּבֶן אוֹסֵר הַיְינוּ דַּוְקָא כְּשֶׁיֵּשׁ שָׁם תֶּבֶן כְּמוֹ שֶׁלֵּר' יְהוּדָה אֵינוֹ אוֹסֵר אֶלָּא מְקוֹם דִּירָה וְהַיְינוּ דַּוְקָא כְּשֶׁדָּר שָׁם בְּשַׁבָּת דְּבָעֵינַן מְקוֹם פִּיתָּא אוֹ מְקוֹם לִינָה וְהָא דְּקָתָנֵי הָכָא הַדָּר שָׁם אוֹסֵר עָלָיו דַּוְוקָא שֶׁאֵין לְבַעַל הַבַּיִת שָׁם תֶּבֶן דְּאִם יֵשׁ שָׁם תֶּבֶן הָוֵי כְּאִילּוּ דָּר עִמּוֹ שָׁם בַּבַּיִת לְר' מֵאִיר דַּחֲשִׁיב בֵּית הַתֶּבֶן כִּמְקוֹם דִּירָה בְּפֶרֶק הֲדַר וְלָא אָסְרִי אַהֲדָדֵי:
Une remise à paille, et la suite : voilà un erouv. Même s'il n'y a pas de paille là. Pour déposer un erouv, on n'exige que le lieu soit propre à la demeure. Ce qui est dit au chapitre HaDar (plus haut, Eruvin 72b), qu'une remise à paille interdit, vise le cas où il y a de la paille là. De même, pour Rabbi Yehouda, seul un lieu de demeure interdit, et c'est quand il y habite le Chabbat : nous exigeons un lieu de pain ou un lieu de nuitée. Ce qui est enseigné ici, celui qui habite là lui interdit, vise le cas où le maître de la maison n'a pas de paille là. S'il y a de la paille là, c'est comme s'il habitait avec lui dans la maison, selon Rabbi Meir, qui compte la remise à paille comme un lieu de demeure au chapitre HaDar, et ils ne s'interdisent pas l'un l'autre.
💡 Explication

Ces locaux sont gardés et peuvent servir de demeure. L'erouv qu'on y dépose vaut. Si le maître prete le local et qu'un autre y habite, ouvert sur la cour, cet habitant interdit tant qu'il n'a pas donne le pain.

Rabbi Yehouda : si le maître garde là une prise de main, un endroit où il dépose ses ustensiles, l'habitant n'interdit pas. La cour reste au maître, comme s'ils habitaient la même maison.

Tossefot : pour le dépôt de l'erouv, le local suffit dès qu'il est propre à la demeure, même sans paille. L'interdit de la remise à paille, au chapitre HaDar, suppose qu'il y ait de la paille, et que l'on y habite le Chabbat, lieu de pain ou lieu de nuitée.

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גְּמָ׳ אָמַר רַב יְהוּדָה בְּרֵיהּ דְּרַב שְׁמוּאֵל בַּר שִׁילַת: כָּל מָקוֹם שֶׁאָמְרוּ הַדָּר שָׁם אֵינוֹ אוֹסֵר — הַנּוֹתֵן אֶת עֵירוּבוֹ אֵינוֹ עֵירוּב, חוּץ מִבֵּית שַׁעַר דְּיָחִיד. וְכָל מָקוֹם שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים אֵין מַנִּיחִין בּוֹ עֵירוּב — מַנִּיחִין בּוֹ שִׁיתּוּף, חוּץ מֵאֲוִיר מָבוֹי.

Guemara. Rav Yehouda, fils de Rav Chmouel bar Chilat, a dit : tout lieu dont ils ont dit que celui qui y habite n'interdit pas, celui qui y place son erouv, cela ne vaut pas un erouv, sauf une loge de portail d'un particulier.

Et tout lieu dont les Sages ont dit qu'on n'y dépose pas d'erouv, on y dépose un shitouf, sauf l'air d'un mavoi.

📜 Rachi (1)
גְּמ' חוּץ מִבֵּית שַׁעַר דְּיָחִיד דְּחָצֵר שֶׁל יָחִיד וּמַתְנִי' בְּבֵית שַׁעַר דְּחָצֵר דְּרַבִּים עָסְקִינַן:
Sauf une loge de portail d'un particulier : d'une cour d'un seul homme. Et la michna parle d'une loge de portail d'une cour de plusieurs.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל עֲשָׂרָה בָּתִּים זוֹ לִפְנִים מִזּוֹ פְּנִימִי נוֹתֵן עֵירוּבוֹ וְדַיּוֹ. רַבִּי יוֹחָנָן אוֹמֵר אֲפִילּוּ חִיצוֹן. חִיצוֹן בֵּית שַׁעַר הוּא. אֵימָא חִיצוֹן שֶׁל פְּנִימִי. וּבְהָא קָמִיפַּלְגִי מָר סָבַר חִיצוֹן שֶׁל פְּנִימִי הָוֵי בֵּית שַׁעַר. וּמָר סָבַר לָא הָוֵי בֵּית שַׁעַר. וַהֲלָכָה כַּר' יוֹחָנָן. ואע"ג דִּלְקַמָּן בְּפֶרֶק כֵּיצַד מִשְׁתַּתְּפִין (עֵירוּבִין דַּף פֹּה:) אָמַר כָּל מָקוֹם שֶׁאָמְרוּ חֲכָמִים הֲדַר שָׁם אֵין אוֹסֵר הַנּוֹתֵן עֵירוּבוֹ שָׁם אֵין עֵירוּב חוּץ מִבֵּית שַׁעַר דְּיָחִיד. פֵּירוּשׁ דאע"פ דְּהָדַר שָׁם אֵין אוֹסֵר הַנּוֹתֵן עֵירוּבוֹ שָׁם עֵירוּבוֹ עֵירוּב. וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהַהִיא פְּלִיגָא אַר' יוֹחָנָן. וְהִלְכְתָא כַּר' יוֹחָנָן לְגַבֵּי רַב וּשְׁמוּאֵל. אִי נָמֵי הָתָם בְּבֵית שַׁעַר חָצֵר דְּיָחִיד דְּלָא עֲבִיד לְדִירָה. אֲבָל הָכָא בַּיִת דַּעֲבִיד לְדִירָה אָמְרִינַן בֵּית שַׁעַר דְּיָחִיד לָא שְׁמֵיהּ בֵּית שַׁעַר. אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַבָּה בַּר אֲבוּהּ שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת וּשְׁלֹשָׁה בָּתִּים בֵּינֵיהֶם זֶה בָּא דֶּרֶךְ זֶה וּמַנִּיחַ עֵירוּבוֹ בָּזֶה וְזֶה בָּא דֶּרֶךְ זֶה וּמַנִּיחַ עֵירוּבוֹ בָּזֶה זֶה נַעֲשֶׂה בֵּית שַׁעַר לָזֶה. וְזֶה נַעֲשֶׂה בֵּית שַׁעַר לָזֶה. וְאֶמְצָעִי הָוֵי בַּיִת שֶׁמַּנִּיחִין בּוֹ אֶת הָעֵירוּב וּבַיִת שֶׁמַּנִּיחִין בּוֹ אֶת הָעֵירוּב אֵין צָרִיךְ לִיתֵּן פַּת. אֲבָל שְׁתֵּי חֲצֵירוֹת וּשְׁנֵי בָתִּים בֵּינֵיהֶם וּבָא זֶה דֶּרֶךְ זֶה וְהִנִּיחַ עֵירוּבוֹ בָּזֶה שְׁתֵּיהֶן לֹא קָנוּ עֵירוּב מִמַּה נַפְשָׁךְ. אִי בֵּית שַׁעַר הוּא הָא תְּנַן הַנּוֹתֵן עֵירוּבוֹ בְּבֵית שַׁעַר אַכְסַדְרָה אֵין עֵירוּב. וְאִי בַּיִת הוּא הָא קָמְטַלְטֵל בַּבַּיִת דְּלָא קָמְעָרֵב. וְלָא מַשְׁוִינַן כָּל בַּיִת וּבַיִת לְגַבֵּי הַאי בַּיִת וּלְגַבֵּי הַאי בֵּית שַׁעַר. וּמַאי שְׁנָא מִדְּרַבָּה:
Rav Yehouda a dit que Shmuel a dit : dix maisons, l'une à l'intérieur de l'autre, la plus intérieure donne son erouv, et cela suffit. Rabbi Yo'hanan dit : même l'extérieure. L'extérieure est une loge de portail. Dis : l'extérieure de l'intérieure. Et c'est en cela qu'ils divergent. L'un tient que l'extérieure de l'intérieure est une loge de portail. L'autre tient qu'elle ne porte pas ce nom. La halakha suit Rabbi Yo'hanan. Et bien que plus loin, au chapitre Keitsad Mishtatfin (Eruvin 85b), il ait dit : tout lieu dont les Sages ont dit que celui qui y habite n'interdit pas, celui qui y place son erouv n'a pas d'erouv, sauf une loge de portail d'un particulier. Explication : bien que celui qui y habite n'interdise pas, celui qui y place son erouv, son erouv vaut. On peut dire que cet enseignement conteste Rabbi Yo'hanan. Et la halakha suit Rabbi Yo'hanan face à Rav et à Shmuel. Ou bien : là, c'est une loge de portail d'une cour d'un particulier, qui n'est pas faite pour la demeure. Ici, c'est une maison faite pour la demeure. Nous disons : une loge de portail d'un particulier ne porte pas le nom de loge de portail. Rav Nahman a dit que Rabba bar Avouha a dit : deux cours et trois maisons entre elles. Celui-ci vient par celle-ci et dépose son erouv dans celle-là, et celui-là vient par celle-là et dépose son erouv dans celle-ci. Celle-ci devient loge de portail pour celle-là, et celle-là devient loge de portail pour celle-ci. Celle du milieu est la maison où l'on dépose l'erouv. Une maison où l'on dépose l'erouv n'a pas à donner de pain. Mais deux cours et deux maisons entre elles, et celui-ci est venu par celle-ci et a déposé son erouv dans celle-là : toutes deux n'ont pas acquis d'erouv, de toute façon. Si c'est une loge de portail, nous avons appris : celui qui place son erouv dans une loge de portail ou une galerie, il n'y a pas d'erouv. Si c'est une maison, voilà qu'il transporte dans une maison qui n'a pas fait l'erouv. Et nous ne faisons pas de chaque maison, vis-à-vis de celle-ci une maison, et vis-à-vis de celle-là une loge de portail. Et en quoi cela diffère-t-il de l'enseignement de Rabba ?
💡 Explication

Règle en deux membres. Là où l'habitant n'interdit pas, l'erouv déposé là ne vaut pas. Exception : la loge d'un particulier. La michna parle d'une loge de cour à plusieurs. Chez un seul, l'habitant n'interdit pas, et l'erouv vaut.

Là où l'on ne dépose pas d'erouv, on dépose un shitouf du mavoi. Exception : l'air du mavoi, qui n'est pas un lieu gardé.

12
מַאי קָא מַשְׁמַע לַן? תְּנֵינָא: הַנּוֹתֵן אֶת עֵירוּבוֹ בְּבֵית שַׁעַר אַכְסַדְרָה וּמִרְפֶּסֶת — אֵינוֹ עֵירוּב. עֵירוּב הוּא דְּלָא הָוֵי, הָא שִׁיתּוּף הָוֵי?

Que nous apprend-il ? Nous l'avons enseigné : celui qui place son erouv dans une loge de portail, une galerie ou un balcon, cela ne vaut pas un erouv.

Un erouv, cela ne le fait pas. Un shitouf, cela le fait donc ?

📜 Rachi (1)
עֵירוּב מִשּׁוּם דִּירָה דִּמְעָרֵב לְהוּ לְבָתֵּי דִּירָה כְּאִילּוּ כָּל בְּנֵי הַבָּתִּים דָּרִין כָּאן הִלְכָּךְ אִי לָא חֲזִי לְדִירָה לָא מָצֵי שָׁרִי אֲבָל שִׁיתּוּף לָאו מִשּׁוּם דִּירָה הוּא דְּהָא לָא בָּתִּים שָׁיְיכִי בֵּיהּ אֶלָּא חֲצֵירוֹת הִלְכָּךְ לָאו דִּירָה בָּעֵינַן אֶלָּא מָקוֹם הַמִּשְׁתַּמֵּר כְּגוֹן חָצֵר אֲבָל אֲוִיר דְּמָבוֹי לָאו מִשְׁתַּמֵּר הוּא:
L'erouv est à cause de la demeure : il joint les maisons de demeure, comme si tous les gens des maisons habitaient ici. Dès lors, si le lieu n'est pas propre à la demeure, il ne peut pas permettre. Le shitouf n'est pas à cause de la demeure : des maisons ne s'y rattachent pas, seules des cours s'y rattachent. Dès lors nous n'exigeons pas une demeure, seulement un lieu gardé, comme une cour. L'air d'un mavoi n'est pas gardé.
🗂️ Tossefot (1)
עֵירוּב הוּא דְּלָא הָוֵי הָא שִׁיתּוּף הָוֵי קָשֶׁה דְּאַשְׁכְּחַן דְּקָרֵי עֵירוּב לְשִׁיתּוּף בְּפֶ' הֲדַר (לְעֵיל עֵירוּבִין ד' עא.) בַּעַל הַבַּיִת שֶׁהָיָה שֻׁותָּף לִשְׁכֵנָיו לָזֶה בְּיַיִן וְלָזֶה בְּיַיִן אֵין צְרִיכִין לְעָרֵב וּלְקַמָּן בְּפֶרֶק כָּל גַּגּוֹת (עֵירוּבִין דַּף צֵא:) קָאָמַר מַאי לֹא עֵירְבוּ לֹא נִשְׁתַּתְּפוּ:
Un erouv, cela ne le fait pas. Un shitouf, cela le fait. C'est difficile : nous trouvons qu'il appelle erouv le shitouf, au chapitre HaDar (plus haut, Eruvin 71a). Un maître de maison qui était associé à ses voisins, à celui-ci par du vin et à celui-là par du vin, ils n'ont pas à faire d'erouv. Et plus loin, au chapitre Kol Gagot (Eruvin 91b), il dit : que signifie : ils n'ont pas fait d'erouv ? Ils n'ont pas fait de shitouf.
💡 Explication

La michna a déjà dit que ces lieux ne valent pas pour l'erouv. On pourrait en tirer que le shitouf, lui, y vaut. Que reste-t-il à enseigner ?

Rachi sépare les deux. L'erouv joint des maisons : il lui faut un lieu propre à la demeure. Le shitouf joint des cours : il lui faut un lieu gardé, comme une cour. L'air du mavoi n'est pas gardé. Tossefot objecte que, ailleurs, le mot erouv désigne le shitouf.

13
בֵּית שַׁעַר דְּיָחִיד וַאֲוִיר דְּמָבוֹי אִיצְטְרִיכָא לֵיהּ, דְּלָא תְּנַן. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: הַנּוֹתֵן אֶת עֵירוּבוֹ בְּבֵית שַׁעַר אַכְסַדְרָה וּמִרְפֶּסֶת וּבְחָצֵר וּבְמָבוֹי — הֲרֵי זֶה עֵירוּב. וְהִתְנָן: אֵין זֶה עֵירוּב! אֵימָא: הֲרֵי זֶה שִׁיתּוּף.

La loge de portail d'un particulier et l'air du mavoi lui étaient nécessaires, car la michna ne les enseigne pas. On enseigne aussi ainsi : celui qui place son erouv dans une loge de portail, une galerie, un balcon, dans une cour et dans un mavoi, voilà un erouv.

Or nous avons appris : cela ne vaut pas un erouv ! Dis : voilà un shitouf.

📜 Rachi (1)
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי דְּמַנִּיחִין בּוֹ שִׁיתּוּף:
On enseigne aussi ainsi : qu'on y dépose un shitouf.
💡 Explication

L'apport est dans les deux bouts que la michna ne dit pas : la loge d'un particulier, où l'erouv vaut, et l'air du mavoi, ou même le shitouf ne vaut pas.

La baraïta dit : voilà un erouv, y compris dans la cour et dans le mavoi. La michna dit le contraire pour la loge, la galerie et le balcon. On lit donc la baraïta au titre de shitouf.

14
שִׁיתּוּף בְּמָבוֹי לָא מִינְּטַר? אֵימָא: בְּחָצֵר שֶׁבַּמָּבוֹי.

Un shitouf dans le mavoi, il n'est pas gardé ? Dis : dans une cour qui est dans le mavoi.

💡 Explication

Déposer le shitouf dans le mavoi lui-même le laisse sans garde : autant ne pas l'avoir déposé. On lit : dans une cour ouverte sur ce mavoi.

15
אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר שְׁמוּאֵל: בְּנֵי חֲבוּרָה שֶׁהָיוּ מְסֻובִּין וְקִדֵּשׁ עֲלֵיהֶן הַיּוֹם, פַּת שֶׁעַל הַשֻּׁלְחָן סוֹמְכִין עֲלֵיהֶן מִשּׁוּם עֵירוּב. וְאָמְרִי לָהּ: מִשּׁוּם שִׁיתּוּף.

Rav Yehouda a dit que Shmuel a dit : des gens d'une compagnie qui étaient attablés, et le jour s'est sanctifié sur eux, le pain qui est sur la table, on s'appuie dessus au titre d'erouv. Et d'autres disent : au titre de shitouf.

📜 Rachi (2)
סֻובִּין בְּבֵית מִשּׁוּם עֵירוּב:
Attablés dans la maison : au titre d'erouv.
מִי מִינְּטַר ל"ג דְּטַעְמָא לָאו מִשּׁוּם נְטִירוּתָא הוּא:
Nous ne lisons pas : est-ce gardé ? La raison ne tient pas à la garde.
⚖️ Rosh (1)
תַּנְיָא מְעָרְבִין בֶּחָצֵר בְּפַת וְאִם רוֹצֶה לְעָרֵב בְּיַיִן אֵין מְעָרְבִין וּמִשְׁתַּתְּפִין בִּמְבוֹאוֹת בְּיַיִן וְאִם רָצוּ לְהִשְׁתַּתֵּף בְּפַת מִשְׁתַּתְּפִין מְעָרְבִין בַּחֲצֵירוֹת וּמִשְׁתַּתְּפִין בְּמָבוֹי כְּדֵי שֶׁלֹּא תִּשְׁתַּכַּח תּוֹרַת עֵירוּב מִן הַתִּינוֹקוֹת דִּבְרֵי ר"מ. וַחֲכָמִים אוֹמְרִים אוֹ מְעָרְבִין אוֹ מִשְׁתַּתְּפִין. פְּלִיגִי בָּהּ רַב רַחוּמֵי וְרַבָּה בַּר יוֹסֵף. חַד אָמַר בְּפַת כ"ע ל"פ דְּבַחֲדָא סַגִּי. כִּי פְּלִיגִי בְּיַיִן. וְחַד אָמַר בְּיַיִן דכ"ע ל"פ דְּבָעֵי תַּרְתֵּי. כ"פ בְּפַת. הָרָאָבָ"ד פָּסַק כמ"ד בְּיַיִן כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְלִיגִי. חֲדָא דִּפְשָׁטֵיהּ דְּבָרַייְתָא כָּךְ הִיא בְּכָל עִנְיָן. וְעוֹד רַב גִּידֵּל מְתָרֵץ לְבָרַיְיתָא כְּוָותֵיהּ. וְעוֹד דְּסֻוגְיָא דִּשְׁמַעְתִּין לְקַמָּן (עֵירוּבִין דַּף עג.) בְּעִנְיַן חָמֵשׁ חֲצֵירוֹת הַפְּתוּחוֹת זוֹ לָזוֹ וּפְתוּחוֹת לְמָבוֹי כְּמַאן דְּאָמַר בְּפַת נָמֵי פְּלִיג רַבִּי מֵאִיר. וְעוֹד דְּגָרְסִינַן בְּפִירְקִין שָׁם וּלְקַמָּן בִּכְיָצֹד מִשְׁתַּתְּפִין (עֵירוּבִין דַּף פֹּה:) אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב בְּנֵי חֲבוּרָה שֶׁהָיוּ מְסֻובִּין וְקִדֵּשׁ עֲלֵיהֶם הַיּוֹם פַּת שֶׁעַל גַּבֵּי הַשֻּׁולְחָן סוֹמְכִין עָלָיו מִשּׁוּם עֵירוּב וא"ל מִשּׁוּם שִׁיתּוּף. ול"פ כָּאן בִּמְסֻובִּין בְּבֵית סוֹמְכִין עָלָיו מִשּׁוּם עֵירוּב כָּאן בִּמְסֻובִּין בְּחָצֵר סוֹמְכִין עָלָיו מִשּׁוּם שִׁיתּוּף. מִשּׁוּם שִׁיתּוּף אִין מִשּׁוּם עֵירוּב לָא. וְרֵישָׁא נָמֵי מִשּׁוּם עֵירוּב אִין מִשּׁוּם שִׁיתּוּף לָא. שְׁמַע מִינָּה דִּבְפַת נָמֵי בָּעֵי עֵירוּב וּבָעֵי שִׁיתּוּף. והר"ז זַ"ל כָּתַב דַּהֲלָכָה כְּמַאן דְּאָמַר בְּפַת כֻּולֵּי עָלְמָא לָא פְלִיגִי דִּפְשָׁטֵיהּ דְּבָרַייְתָא מַשְׁמַע הָכִי אוֹ מִשְׁתַּתְּפִין בְּמַה שֶׁרְגִילִין לְהִשְׁתַּתֵּף דְּהַיְינוּ בְּיַיִן כִּדְפָרִיךְ מִינָּהּ לָמֶ"ד בְּיַיִן לָא פְלִיגִי. וְרַב גִּידֵּל אָמַר רַב דָּחֵיק לִשְׁנוּיָיה בְּדֹוחַק וְדִיחוּי בְּעָלְמָא קָאָמַר וְלָא דִּסְבִירָא לֵיהּ הָכִי. וְגַם דְּקַייְמָא לַן הֲלָכָה כְּדִבְרֵי הַמֵּיקֵל בְּעֵירוּב. וּמַה שֶׁכָּתַב הָרָאָבָ"ד זַ"ל דְּסֻוגְייַן דִּשְׁמַעְתִּין בְּחָמֵשׁ חֲצֵירוֹת כְּמַאן דְּאָמַר בְּפַת נָמֵי פְּלִיג ר' מֵאִיר אֵינָהּ רְאָיָה לפר"י דִּלְמַאן דְּאָמַר בְּפַת מוֹדֶה רַבִּי מֵאִיר הַיְינוּ דַּוְקָא כְּשֶׁנִּשְׁתַּתְּפוּ בַּמָּבוֹי בְּפַת. מִשּׁוּם דְּשִׁיתּוּף סַגִּי בְּיַיִן וְעָשׂוּ בְּפַת וְאַלְּמוּהָ טְפֵי מוֹעִיל אַף לַחֲצֵירוֹת. וְעוֹד שֶׁהַשִּׁיתּוּף שַׁייָּךְ לַבָּתִּים כְּמוֹ לַחֲצֵירוֹת שֶׁהַכֹּל מִשְׁתַּתְּפִין יַחַד. אֲבָל עֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת דְּפַת אֵין לוֹ לְהוֹעִיל כָּל כָּךְ לַמָּבוֹי. וּלְשׁוֹן הַבָּרַיְיתָא מוֹכַחַת כֵּן דְּקָתָנֵי מְעָרְבִין בַּחֲצֵירוֹת וּמִשְׁתַּתְּפִין בְּמָבוֹי דְּמַשְׁמַע אע"פ שֶׁעֵירְבוּ בַּחֲצֵירוֹת צָרִיךְ לְהִשְׁתַּתֵּף בַּמָּבוֹי. וְהַשְׁתָּא נִיחָא לְמָאֵן דְּאָמַר דִּבְפַת מוֹדֶה ר"מ. וּמַה שֶׁהֵבִיא רְאָיָה לְקַמָּן מִבְּנֵי חֲבוּרָה אֵינָהּ רְאָיָה דְּהָא דְּקָאָמַר בִּמְסֻובִּין דְּחָצֵר מִשּׁוּם שִׁיתּוּף אִין מִשּׁוּם עֵירוּב לֹא רַב לְטַעְמֵיהּ דְּסָבַר כר"מ. וְהָא דְּקָאָמַר בִּמְסֻובִּין בְּבַיִת מִשּׁוּם עֵירוּב אִין מִשּׁוּם שִׁיתּוּף לָא נִיחָא לפר"י דִּבְהָא לֹא מוֹדֶה ר"מ: אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב הֲלָכָה כר"מ. וְרַב הוּנָא אָמַר מִנְהָג כְּר' מֵאִיר. וְר' יוֹחָנָן אָמַר נָהֲגוּ כְּר' מֵאִיר וְהִלְכְתָא כַּר' יוֹחָנָן דְּלָא מוֹרִינַן כְּר' מֵאִיר אֶלָּא כְּרַבָּנָן וְסוֹמְכִין עַל שִׁיתּוּף בִּמְקוֹם עֵירוּב. וַאֲפִילּוּ נִשְׁתַּתְּפוּ בַּמָּבוֹי בְּיַיִן אֵין צְרִיכִין לְעָרֵב בַּחֲצֵירוֹת. וְעַל עֵירוּב בִּמְקוֹם שִׁיתּוּף אִם כָּל הַחֲצֵירוֹת שֶׁבַּמָּבוֹי פְּתוּחוֹת זוֹ לָזוֹ בִּפְתָחִים אוֹ בְּחַלּוֹנוֹת וְעֵירְבוּ יַחַד אֵין צְרִיכִין שִׁיתּוּף בַּמָּבוֹי:
On a enseigné : on fait l'erouv dans la cour avec du pain, et s'il veut faire l'erouv avec du vin, on ne fait pas l'erouv. On fait le shitouf dans les mavoi avec du vin, et s'ils ont voulu faire le shitouf avec du pain, ils font le shitouf. On fait l'erouv dans les cours et l'on fait le shitouf dans le mavoi, afin que la règle de l'erouv ne s'oublie pas chez les enfants. Paroles de Rabbi Meir. Et les Sages disent : ou l'on fait l'erouv, ou l'on fait le shitouf. Rav Rehoumi et Rabba bar Yossef divergent là-dessus. L'un a dit : pour le pain, tout le monde s'accorde, un seul suffit. Quand ils divergent, c'est pour le vin. L'autre a dit : pour le vin, tout le monde s'accorde, il en faut deux. Quand ils divergent, c'est pour le pain. Le Ravad a tranché comme celui qui dit : pour le vin, tout le monde s'accorde. D'abord, le sens simple de la baraïta est ainsi en toute matière. De plus, Rav Guidel répond à la baraïta selon cet avis. De plus, la sougya plus loin (Eruvin 73a), au sujet de cinq cours ouvertes l'une sur l'autre et ouvertes sur le mavoi, suit celui qui dit que, pour le pain aussi, Rabbi Meir diverge. De plus, nous lisons dans notre chapitre, et plus loin dans Keitsad Mishtatfin (Eruvin 85b) : Rav Yehouda a dit que Rav a dit : des gens d'une compagnie qui étaient attablés, et le jour s'est sanctifié sur eux, le pain qui est sur la table, on s'appuie sur lui au titre d'erouv. Et d'autres disent : au titre de shitouf. Et ils ne divergent pas. Ici, attablés dans la maison, on s'appuie sur lui au titre d'erouv. Ici, attablés dans la cour, on s'appuie sur lui au titre de shitouf. Au titre de shitouf, oui. Au titre d'erouv, non. Et le début aussi : au titre d'erouv, oui. Au titre de shitouf, non. Apprends-en que, pour le pain aussi, il faut un erouv et il faut un shitouf. Rabbi Zerahya, de mémoire bénie, a écrit que la halakha suit celui qui dit : pour le pain, tout le monde s'accorde. Le sens simple de la baraïta indique : ou l'on fait le shitouf avec ce dont on a coutume de faire le shitouf, c'est-à-dire le vin, comme on objecte de là à celui qui dit que, pour le vin, on s'accorde. Et Rav Guidel, au nom de Rav, force sa réponse. Il dit un simple rejet, et il ne tient pas ainsi. Nous tenons aussi que la halakha suit les paroles de celui qui est indulgent en matière d'erouv. Ce qu'a écrit le Ravad, de mémoire bénie, que notre sougya des cinq cours suit celui qui dit que, pour le pain aussi, Rabbi Meir diverge, cela ne fait pas preuve pour l'explication du Ri. Selon celui qui dit que, pour le pain, Rabbi Meir s'aligne sur les Sages, c'est seulement quand ils ont fait le shitouf dans le mavoi avec du pain. Le shitouf suffit avec du vin. Eux l'ont fait avec du pain, et ils l'ont renforcé : cela sert aussi pour les cours. De plus, le shitouf se rattache aux maisons comme aux cours, car tous s'associent ensemble. Un erouv de cours fait de pain n'a pas à servir autant pour le mavoi. La langue de la baraïta le prouve. Elle enseigne : on fait l'erouv dans les cours et l'on fait le shitouf dans le mavoi. Bien qu'ils aient fait l'erouv dans les cours, il faut faire le shitouf dans le mavoi. Cela s'arrange pour celui qui dit que, pour le pain, Rabbi Meir s'aligne sur les Sages. La preuve qu'il a apportée plus loin, des gens de la compagnie, ne fait pas preuve. Ce qu'il dit des attablés de la cour, au titre de shitouf oui, au titre d'erouv non, Rav va selon sa raison, car il tient comme Rabbi Meir. Ce qu'il dit des attablés dans la maison, au titre d'erouv oui, au titre de shitouf non, cela ne s'arrange pas pour l'explication du Ri : en cela, Rabbi Meir ne s'aligne pas sur les Sages. Rav Yehouda a dit que Rav a dit : la halakha suit Rabbi Meir. Rav Houna a dit : l'usage (minhag) suit Rabbi Meir. Rabbi Yo'hanan a dit : on a pris l'habitude selon Rabbi Meir. La halakha suit Rabbi Yo'hanan. Nous n'instruisons pas selon Rabbi Meir. Nous instruisons selon les Sages, et l'on s'appuie sur le shitouf à la place de l'erouv. Même s'ils ont fait le shitouf dans le mavoi avec du vin, ils n'ont pas à faire l'erouv dans les cours. Et pour l'erouv à la place du shitouf : si toutes les cours du mavoi sont ouvertes l'une sur l'autre par des portes ou par des fenêtres, et qu'elles ont fait l'erouv ensemble, elles n'ont pas besoin de shitouf dans le mavoi.
💡 Explication

Vendredi soir, le Chabbat entre pendant le repas. Le pain déjà sur la table peut servir. Une version : comme erouv de cours. L'autre : comme shitouf de mavoi. Rachi, sur la suite, lit la première version des attablés dans la maison. Il ne lit pas une question sur la garde : la raison ne tient pas à la garde.

16
אָמַר רַבָּה, וְלָא פְּלִיגִי: כָּאן — בִּמְסֻובִּין בַּבַּיִת, כָּאן — בִּמְסֻובִּין בֶּחָצֵר.

Rabba a dit : et ils ne divergent pas. Ici, des attablés dans la maison.

Ici, des attablés dans la cour.

⚖️ Rosh (1)
גְּמָ' אָמַר רַב יְהוּדָה אָמַר רַב בְּנֵי חֲבוּרָה שֶׁהָיוּ מְסֻובִּין וְקִדֵּשׁ עֲלֵיהֶם הַיּוֹם פַּת שֶׁעַל גַּבֵּי הַשֻּׁולְחָן סוֹמְכִין עָלָיו מִשּׁוּם עֵירוּב. וְאָמְרִי לַהּ מִשּׁוּם שִׁיתּוּף. אָמַר רַבָּה וְלָא פְּלִיגִי כָּאן שֶׁמְּסֻובִּין בַּבַּיִת כָּאן שֶׁמְּסֻובִּין בֶּחָצֵר. דְּתַנְיָא עֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת בְּבַיִת שֶׁבֶּחָצֵר. וְשִׁיתּוּפֵי מְבוֹאוֹת בְּחָצֵר שֶׁבַּמָּבוֹי. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י כָּל שֶׁכֵּן אִם הִנִּיחַ הַשִּׁיתּוּף בַּבַּיִת דְּעָדִיף טְפֵי וְכֵן מַשְׁמַע בִּירוּשַׁלְמִי דִּבְפֶרֶק הֲדַר פִּיסְקָא ח' דְּגָרְסִי' הָתָם עֵירוּב צָרִיךְ בַּיִת. שִׁיתּוּף מַהוּ שֶׁיְּהֵא צָרִיךְ בַּיִת. מִילְּתָא דִּשְׁמוּאֵל שִׁיתּוּף צָרִיךְ בַּיִת. וּמַסִּיק רַבִּי אָבָהוּ בְּשֵׁם ר' יוֹחָנָן שִׁיתּוּף בֵּין אֲוִיר חָצֵר בֵּין אֲוִיר מָבוֹי: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר אִם יֵשׁ שָׁם תְּפִיסַת יָד וְכוּ'. ה"ד תְּפִיסַת יָד. אָמַר ר' חֲנִינָא כְּגוֹן חָצֵר שֶׁל בֶּן בּוֹנְיוּס. פֵּירוּשׁ בֶּן בּוֹנְיוּס הָיָה עָשִׁיר וְכָל בַּיִת שֶׁהָיָה בַּחֲצֵירוֹ הָיָה לוֹ בָּהּ סְחוֹרָה וּמִינֵי פְּרַקְמַטְיָא: רַבָּה בַּר חַיָּיא אָמַר אֲפִילּוּ יָתֵד שֶׁל מַחֲרֵישָׁה. אָמַר רַב נַחְמָן הָנֵי דְּבֵי שְׁמוּאֵל תָּנוּ דָּבָר הַנִּיטָּל בְּשַׁבָּת אוֹסֵר וְשֶׁאֵין נִיטָּל בְּשַׁבָּת אֵינוֹ אוֹסֵר. תַּנְיָא נָמֵי הָכִי יֵשׁ לוֹ טֶבֶל וַעֲשָׁשִׁית וְכָל דָּבָר שֶׁאֵינוֹ נִיטָּל בְּשַׁבָּת אֵינוֹ אוֹסֵר:
Guemara. Rav Yehouda a dit que Rav a dit : des gens d'une compagnie qui étaient attablés, et le jour s'est sanctifié sur eux, le pain qui est sur la table, on s'appuie sur lui au titre d'erouv. Et d'autres disent : au titre de shitouf. Rabba a dit : et ils ne divergent pas. Ici, ils sont attablés dans la maison. Ici, ils sont attablés dans la cour. Car on a enseigné : les erouv de cours, dans une maison qui est dans la cour. Et les shitouf de mavoi, dans une cour qui est dans le mavoi. Rachi a expliqué : à plus forte raison s'il a déposé le shitouf dans une maison, car c'est meilleur encore. Le Talmud de Jerusalem l'indique aussi, au chapitre HaDar, pisqa 8. Nous lisons la : l'erouv exige une maison. Le shitouf, exige-t-il une maison ? Parole de Shmuel : le shitouf exige une maison. Rabbi Abahou conclut au nom de Rabbi Yo'hanan : le shitouf vaut dans l'air d'une cour comme dans l'air d'un mavoi. Rabbi Yehouda dit : s'il y a là une prise de main, et la suite. Quelles sont les circonstances d'une prise de main ? Rabbi Hanina a dit : par exemple la cour de Ben Bunyos. Explication : Ben Bunyos était riche, et dans chaque maison de sa cour il avait de la marchandise et des sortes de commerce (prakmatia). Rabba bar Hiyya a dit : même un pieu de charrue. Rav Nahman a dit : ceux de la maison de Shmuel enseignent : une chose que l'on peut prendre le Chabbat interdit, et une chose que l'on ne peut pas prendre le Chabbat n'interdit pas. On enseigne aussi ainsi : s'il a du tevel (produit non prélevé), une lampe, et toute chose que l'on ne prend pas le Chabbat, il n'interdit pas.
💡 Explication

Les deux versions ne se contredisent pas. Elles parlent de deux lieux. Dans la maison, le pain déposé vaut erouv de la cour. Dans la cour, il vaut shitouf du mavoi, et il ne vaut pas erouv : l'erouv demande une maison de la cour.

17
אֲמַר לֵיהּ אַבָּיֵי לְרַבָּה: תַּנְיָא דִּמְסַיֵּיעַ לָךְ: עֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת בְּחָצֵר, וְשִׁיתּוּפֵי מְבוֹאוֹת בַּמָּבוֹי. וְהָוֵינַן בָּהּ, עֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת בְּחָצֵר? וְהִתְנָן: הַנּוֹתֵן אֶת עֵירוּבוֹ בְּבֵית שַׁעַר אַכְסַדְרָה וּמִרְפֶּסֶת אֵינוֹ עֵירוּב! אֵימָא: עֵירוּבֵי חֲצֵירוֹת — בְּבַיִת שֶׁבֶּחָצֵר, שִׁיתּוּפֵי מְבוֹאוֹת — בְּחָצֵר שֶׁבַּמָּבוֹי.

Abaye dit à Rabba : on a enseigné une baraïta qui te soutient. Les erouv de cours, dans la cour.

Et les shitouf de mavoi, dans le mavoi. Et nous avons étudié : les erouv de cours, dans la cour ?

Or nous avons appris : celui qui place son erouv dans une loge de portail, une galerie ou un balcon, cela ne vaut pas un erouv ! Dis : les erouv de cours, dans une maison qui est dans la cour.

Les shitouf de mavoi, dans une cour qui est dans le mavoi.

📜 Rachi (2)
בְּבַיִת שֶׁבֶּחָצֵר לְאַפּוֹקֵי בַּיִת שֶׁבְּחָצֵר אַחֶרֶת:
Dans une maison qui est dans la cour : pour exclure une maison qui est dans une autre cour.
בְּחָצֵר שֶׁבַּמָּבוֹי לְאַפּוֹקֵי חָצֵר שֶׁאֵינָהּ פְּתוּחָה לוֹ:
Dans une cour qui est dans le mavoi : pour exclure une cour qui ne s'ouvre pas sur lui.
💡 Explication

La baraïta, lue telle quelle, déposerait l'erouv de cours dans la cour. La michna refuse déjà la loge, la galerie et le balcon, qui sont l'air de la cour. On corrige : erouv dans une maison de cette cour, à l'exclusion d'une maison d'une autre cour. Shitouf dans une cour de ce mavoi, à l'exclusion d'une cour qui ne s'ouvre pas sur lui.

18
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אִם יֵשׁ שָׁם תְּפִיסַת יָד וְכוּ׳. הֵיכִי דָּמֵי תְּפִיסַת יָד? כְּגוֹן חֲצֵירוֹ שֶׁל בּוֹנְיָיס.

Rabbi Yehouda dit : s'il y a là une prise de main, et la suite. Quelles sont les circonstances d'une prise de main ?

Par exemple la cour de Bunyas.

💡 Explication

Retour à la michna. La prise de main (tfisat yad) : le maître garde un droit d'usage dans le local où l'autre habite. L'exemple est la cour de Bunyas. Rachi, au segment suivant, dit qu'il était riche, prêtant les maisons de la cour, avec des ustensiles dans chacune. L'habitant compte alors avec la maison du maître, et il n'interdit pas la cour.

19
בֶּן בּוֹנְייָס אֲתָא לְקַמֵּיהּ דְּרַבִּי, אֲמַר לְהוּ: פַּנּוּ מָקוֹם לְבֶן מֵאָה מָנֶה. אֲתָא אִינִישׁ אַחַרְיַנָא, אֲמַר לְהוּ:

Le fils de Bunyas vint devant Rabbi. Il leur dit : faites place au fils de cent maneh.

Un autre homme vint. Il leur dit :

📜 Rachi (2)
(בּוּנְיָיס) בֶּן בּוּנְיָיס עָשִׁיר הֲוָה וּמַשְׁאִיל בָּתִּים שֶׁבֶּחָצֵר לַאֲחֵרִים וְהָיוּ לוֹ כֵּלִים בְּכֻולָּן שֶׁמִּתּוֹךְ עָושְׁרוֹ הָיוּ לוֹ כֵּלִים הַרְבֵּה:
Le fils de Bunyas était riche. Il prêtant les maisons de la cour à d'autres, et il avait des ustensiles dans toutes, car, de sa richesse, il avait beaucoup d'ustensiles.
פַּנּוּ מָקוֹם לְבֶן מֵאָה מָנֶה כְּלוֹמַר מָקוֹם חָשׁוּב:
Faites place au fils de cent maneh : c'est-à-dire une place de marque.
💡 Explication

Récit à la suite de Bunyas. Son fils se présente devant Rabbi (Rabbi Yehouda HaNassi). Rabbi dit à ses gens de faire place à un homme de cent maneh, cent fois cent zouz. Rachi : une place de marque. Un autre homme arrive, et la phrase s'arrête à la fin de l'amud.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).