Sougya : Le daf achève le récit de Bunyas : Rabbi fait place au fils de deux cents maneh, et Rabbi comme Rabbi Akiva honorent les riches, selon le verset lu par Rava bar Mari. La prise de main (tfisat yad) se précise : un pieu de charrue, puis la règle de l'école de Shmuel.
Un objet qu'on prend le Chabbat interdit ; un objet qu'on ne prend pas n'interdit pas. La michna suivante : celui qui quitte sa maison pour le Chabbat.
Rabbi Meir, Rabbi Yehouda, Rabbi Yossi et Rabbi Chimon divergent, et Rav tranche comme Rabbi Chimon, pour la fille seulement. Puis la citerne entre deux cours : cloison de dix tefahim, Beit Chammai en bas, Beit Hillel en haut.
Rav Houna et Rav Yehouda lisent ces hauteurs autrement, et Abaye répond par un tefah de roseaux, visible ou enfoncé. Le daf s'arrête sur la poutre de quatre qui permet dans une ruine.
Faites place au fils de deux cents maneh. Rabbi Yichmael, fils de Rabbi Yossi, dit devant lui : Rabbi, le père de celui-ci a mille navires en mer, et en regard mille villes sur la terre ferme.
Il lui dit : Quand tu arriveras chez son père, dis-lui : ne l'envoie pas devant moi dans ces ustensiles-là.
Suite du récit de Bunyas, commencé à la fin de 85b. Rabbi avait fait place au fils de cent maneh. Ici, il fait place au fils de deux cents maneh.
Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi rappelle la fortune du père : mille navires, mille villes. Rabbi répond qu'on le prévienne : qu'il n'envoie pas son fils dans ces vêtements, où la richesse ne se voit pas. Rachi lit כלים, ustensiles, comme des habits.
Rabbi honore les riches. Rabbi Akiva honore les riches.
Comme l'a exposé Rava bar Mari : Le monde siège devant Hachem, bonté et vérité, le man le préservera. Quand le monde siège-t-il devant Hachem ?
Quand la bonté et la vérité, le man, le préservent.
La place faite au riche s'explique ainsi : Rabbi et Rabbi Akiva honoraient les riches.
Rava bar Mari lit Tehilim 61, 8. Le mot man reste dans le verset. Rachi le lit comme des aliments (mezonot) : le monde se tient devant Hachem quand des riches nourrissent les pauvres, et que cette nourriture préserve.
Le Ben Ich Haï garde le même verset et lit man comme la manne du désert : honneur, argent net, aumône reçue sans peine.
Rabba bar bar Hana a dit : par exemple un pieu de charrue.
Retour à la prise de main (tfisat yad) de la michna précédente. Le maître laisse dans le logement un pieu de charrue. Rachi : cette cheville suffit. L'habitant compte avec la maison du maître, et il n'interdit pas la cour.
Rav Nahman a dit, un enseignant de l'école de Shmuel : une chose qui se prend le Chabbat interdit. Une chose qui ne se prend pas le Chabbat n'interdit pas.
L'école de Shmuel borne l'exemple du pieu. L'objet qu'on peut prendre le Chabbat ne fait pas prise de main : le maître peut le sortir. L'habitant interdit alors la cour.
L'objet qu'on ne peut pas prendre reste sur place. Il fait prise de main, et l'habitant n'interdit pas.
On a enseigné aussi ainsi : s'il a du tevel, s'il a une masse, et toute chose qui ne se prend pas le Chabbat, cela n'interdit pas.
La baraïta donne les exemples de l'objet qui ne se prend pas. Le tevel, récolte dont les prélèvements n'ont pas été séparés, reste interdit le Chabbat. La masse (ashashit) : Rachi, de gros morceaux de fer. Ces dépôts font prise de main, et l'habitant n'interdit pas.
Michna. Celui qui laisse sa maison et va passer le Chabbat dans une autre ville, qu'il soit non-Juif ou qu'il soit Juif, celui-ci interdit, paroles de Rabbi Meir.
Rabbi Yehouda dit : il n'interdit pas.
Nouvelle michna. L'homme a quitté sa maison de la cour commune pour le Chabbat, dans une autre ville. La maison vide interdit-elle encore les autres ?
Rabbi Meir : oui, Juif ou non-Juif. Une demeure sans maître reste une demeure. Rabbi Yehouda : non. Une maison vide ne compte plus comme demeure.
Rabbi Yossi dit : un non-Juif interdit, un Juif n'interdit pas, car un Juif n'a pas coutume de venir le Chabbat.
Rabbi Yossi rejoint Rabbi Yehouda sur la maison vide : elle ne compte plus comme demeure. Il sépare les personnes. Le Juif ne revient pas le Chabbat : il n'interdit pas. Le non-Juif peut revenir le jour même : il interdit.
Rabbi Chimon dit : même s'il a laissé sa maison et est allé passer le Chabbat chez sa fille, dans la même ville, il n'interdit pas, car il l'a déjà écarté de son cœur.
Rabbi Chimon va plus loin. Même dans la même ville, où il pourrait revenir à pied, celui qui est allé chez sa fille n'interdit pas. Il a écarté de son cœur (hessia mi-libo) la demeure de sa maison, et il a fixé son Chabbat ailleurs.
Guemara. Rav a dit : la halakha suit Rabbi Chimon.
Et précisément chez sa fille, mais chez son fils, non. Comme les gens disent : un chien aboie contre toi, entre ; une chienne aboie contre toi, sors.
Rav tranche comme Rabbi Chimon, avec une limite. Chez la fille, on reste : le gendre peut protester, on entre quand même. Chez le fils, la bru peut chasser le beau-père. Il n'a donc pas vraiment quitté sa propre maison, et il interdit.
Rachi lit le proverbe : le chien mâle est le gendre, la chienne est la bru.
Michna. Une citerne entre deux cours : on n'en puise pas le Chabbat, sauf s'ils lui ont fait une cloison haute de dix tefahim, que ce soit par le bas, ou depuis l'intérieur de son rebord.
La citerne est à cheval : moitié dans une cour, moitié dans l'autre. Puiser, ce serait prendre de l'eau dans le domaine du voisin.
Une cloison de dix tefahim sépare. Elle peut être en bas, ou dans l'air du rebord (ougen), même sans toucher l'eau. Rachi : pour l'eau, les Sages appliquent goud ahit, la cloison est vue comme descendant, pourvu qu'elle soit à l'intérieur du rebord et qu'elle paraisse une séparation.
Rabban Chimon ben Gamliel dit : Beit Chammai disent par le bas, et Beit Hillel disent par le haut. Rabbi Yehouda a dit : la cloison ne sera pas plus grande que le mur qui est entre eux.
Rabban Chimon ben Gamliel rapporte un débat ancien. Beit Chammai : la cloison en bas. Beit Hillel : en haut. La guemara dira ce que ces mots visent.
Rabbi Yehouda : le mur déjà dressé entre les deux cours, qui passe au-dessus de la citerne, suffit. On n'exige pas une cloison plus forte que ce mur, même s'il n'entre pas dans le rebord.
Guemara. Rav Houna a dit : en bas, réellement en bas ; en haut, réellement en haut ; et l'un et l'autre dans la citerne.
Et Rav Yehouda a dit : en bas, en dessous de l'eau ; en haut, au-dessus de l'eau.
Deux lectures de en bas et en haut.
Rav Houna : les deux cloisons sont dans l'air de la citerne. En bas, près de l'eau, sans que les roseaux la touchent. En haut, près du rebord, par l'intérieur. Même pour Beit Hillel, les dix tefahim sont depuis le rebord vers le dedans.
Rav Yehouda : en bas, la cloison entre dans l'eau, fichée jusqu'au fond. En haut, au-dessus de l'eau, et les roseaux n'ont pas à la toucher. Rachi : ce en haut-là est le en bas de Rav Houna.
Rabba bar Rav Hanan lui dit, à Abaye : ce que Rav Yehouda a dit, en bas, en dessous de l'eau, en quoi réellement en bas est-il écarté ? Parce que les eaux se mêlent.
En dessous de l'eau aussi, les eaux se mêlent !
Si réellement en bas est écarté parce que les eaux se mêlent sous la cloison, la cloison sous l'eau laisse le même mélange au-dessus d'elle, dès que l'eau dépasse dix tefahim. Pourquoi Rav Yehouda l'accepte-t-il ?
Tossefot : le souci est l'absence de signe de séparation. Dès qu'un signe existe, le passage de l'eau d'un côté à l'autre ne compte pas. Sinon, une cloison de fer elle-même ne servirait pas.
Il lui dit : n'as-tu pas entendu ce que Rav Yehouda a dit que Rav a dit, et certains le rapportent au nom de Rabbi Hiyya : il faut que les têtes des roseaux se voient au-dessus de l'eau d'un tefah.
Abaye répond pour le cas en dessous de l'eau. Les têtes des roseaux doivent dépasser d'un tefah au-dessus de la surface. Ce dépassement est le signe de la cloison.
Rachi, plus haut, fichait la cloison jusqu'au fond. Tossefot lisent autrement : Beit Chammai demandent dix tefahim dans l'eau, même si l'eau est plus profonde et se mêle en dessous. Ils ne demandent pas d'atteindre le fond.
Et encore, ce que Rav Yehouda a dit : en haut, au-dessus de l'eau. En quoi réellement en haut est-il écarté ?
Parce que les eaux se mêlent. Au-dessus de l'eau aussi, les eaux se mêlent !
Il lui dit : n'as-tu pas entendu ce qu'a enseigné Yaakov Karhina : il faut enfoncer les têtes des roseaux dans l'eau d'un tefah.
Même question pour Beit Hillel. Si réellement en haut est écarté parce que les eaux se mêlent en dessous, une cloison simplement au-dessus de l'eau laisse le même intervalle.
Yaakov Karhina : les extrémités inférieures entrent dans l'eau d'un tefah. Rachi : Beit Chammai veulent une cloison jusqu'au fond ; Beit Hillel veulent un signe de cloison. Tossefot, au segment précédent : Beit Hillel veulent dix tefahim hors de l'eau, plus un tefah dedans.
Mais ce que Rav Yehouda a dit : une poutre de quatre permet dans une ruine. Et Rav Nahman a dit que Rabba bar Avouha a dit :
Nouvelle difficulté, coupée à la fin de l'amud. Rav Yehouda : une poutre large de quatre tefahim, de mur à mur dans une ruine, permet de transporter dessous. Ses deux bords sont vus comme descendant et bouchant (pi ha-tikra, le bord du plafond descend et bouche).
Rachi rattache cela à Rabbi Yichmael fils de Rabbi Yossi : une cloison suspendue permet, et il note que la halakha ne suit pas cet avis. Il explique le chiffre quatre : le vide entre les deux bords doit atteindre quatre, sinon la cloison ne compte pas. Tossefot refusent ce rattachement : la poutre de quatre relève du bord du plafond, et Rav lui-même ne permet la cloison suspendue que dans l'eau.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).