Sougya : La Guemara achรจve d'abord la discussion sur la cour percรฉe : selon Rabba, l'enseignement de Rav sur la cour semble redondant avec la baraita, mais il apprend que l'on peut aussi y transporter, et pas seulement que le jet y rend coupable. Vient ensuite le mavoy ยซ fait comme un nadal ยป (mille-pattes) : Abaye exige une tsourat ha-petah au grand mavoy, Rava la place ร la jonction de chaque petit mavoy.
Rav Kahana et Rava discutent du mavoy dont un mur est plus long que l'autre : peut-on poser la kora en diagonale ? Rava rattache le dรฉbat ร la fonction de la kora, signe (hekker) ou sรฉparation (mehitsa).
Enfin, Amoraim d'Erets Israรซl et de Babylonie divergent sur l'usage de l'espace situรฉ sous la kora ; la Guemara propose trois lectures de leur dรฉbat, Rav Hisda prรฉcise le cas du lehi, puis Rami bar Hama pose le cas d'une kora posรฉe sur des chevilles ร l'extรฉrieur.
Mais [lorsque les brรจches sont] l'une en face de l'autre, j'aurais dit que non.
Fin de la rรฉponse commencรฉe en 8a : selon Abaye, l'enseignement de Rav sur la cour percรฉe n'est pas redondant avec la baraita (ยซ une cour oรน le public entre par ici et sort par lร ยป), car Rav prรฉcise que mรชme lorsque les brรจches sont alignรฉes l'une en face de l'autre, la cour reste un domaine privรฉ.
Et selon Rabba, qui a dit que [lorsqu'elles sont] l'une en face de l'autre c'est interdit, l'enseignement de Rav, comment l'รฉtablit-il ? Dans le cas oรน elles ne sont pas l'une en face de l'autre.
[Mais alors] pourquoi ai-je besoin de deux [enseignements] ?
Rabba tient qu'une cour percรฉe en face se comporte comme un mavoy mefoulach (percรฉ de part en part) et est interdite. Pour lui, Rav ne peut parler que de brรจches dรฉcalรฉes. Mais ce cas est dรฉjร couvert par la baraita : l'enseignement de Rav paraรฎt alors redondant (ยซ tarte lama li ยป).
Si [on l'avait appris] de lร -bas, j'aurais dit : cela ne vaut que pour jeter, mais pour transporter, je dirais que non. [Rav] nous enseigne [que c'est permis].
La baraita dit seulement que la cour est domaine privรฉ selon la Torah : on est coupable si l'on y jette depuis la reshout ha-rabim. On aurait pu penser que les Sages y interdisent le transport (tiltoul) ร cause du passage du public. Rav enseigne que le transport y est permis, mรชme au niveau rabbinique.
Il a รฉtรฉ dit : un mavoy fait comme un nadal (mille-pattes) โ Abaye a dit : on fait une tsourat ha-petah (forme de porte) pour le grand, et tous ceux-lร sont permis par un lehi ou une kora.
Nouveau cas : un grand mavoy sur lequel s'ouvrent, des deux cรดtรฉs, de petits mavoys dont l'autre extrรฉmitรฉ dรฉbouche sur la reshout ha-rabim, comme les pattes d'un nadal (mille-pattes). Chaque petit mavoy, joint au grand, forme un mavoy tordu (akoum).
Abaye : une tsourat ha-petah (deux montants et un linteau) ร l'entrรฉe du grand mavoy, puis un simple lehi (montant latรฉral) ou une kora (poutre transversale) ร l'entrรฉe de chaque petit. Le coude entre petit et grand ne reรงoit rien.
Rava lui dit : selon qui [dis-tu cela] ? Selon Chmouel, qui a dit que sa rรจgle est comme [celle d'un mavoy] fermรฉ ?
[Mais alors] pourquoi lui faut-il une tsourat ha-petah ? Et de plus, ce mavoy tordu qui รฉtait ร Nehardea, on y a tenu compte [de l'avis] de Rav !
Rappel (Eruvin 6a-b) : pour un mavoy tordu, Rav exige une tsourat ha-petah au coude ; Chmouel le traite comme fermรฉ ร cet endroit, un lehi ou une kora ร chaque extrรฉmitรฉ suffisent.
Rava formule deux objections. Incohรฉrence : si Abaye suit Chmouel, le grand mavoy lui-mรชme, dont les issues ne sont pas alignรฉes, n'aurait pas besoin de tsourat ha-petah. Pratique : ร Nehardea, ville de Chmouel, on a tenu compte de l'avis de Rav ; on ne peut donc pas s'appuyer sur Chmouel seul.
Rava a donc dit : on fait une tsourat ha-petah pour tous [les petits] de ce cรดtรฉ-ci, et l'autre cรดtรฉ est permis par un lehi ou une kora.
Rava suit Rav : chaque petit mavoy est un mavoy tordu, il faut donc une tsourat ha-petah au coude, lร oรน il rejoint le grand, et un lehi ou une kora ร son ouverture sur la reshout ha-rabim. Le Roch en dรฉduit que la halakha suit Rav sur le mavoy tordu.
Rav Kahana bar Tahalifa a dit au nom de Rav Kahana bar Menyoumi, au nom de Rav Kahana bar Malkiou, au nom de Rav Kahana, le maรฎtre de Rav โ et certains disent que Rav Kahana bar Malkiou est Rav Kahana, le maรฎtre de Rav : un mavoy dont un cรดtรฉ est long et l'autre cรดtรฉ court : [si l'รฉcart est] de moins de quatre coudรฉes, on pose la kora en diagonale ; [s'il est de] quatre coudรฉes, on ne pose la kora qu'en face du [mur] court. Rava a dit : dans un cas comme dans l'autre, on ne pose la kora qu'en face du court.
Un mur du mavoy avance dans la reshout ha-rabim plus loin que l'autre. Selon la chaรฎne des Rav Kahana : si le surplus fait moins de quatre coudรฉes, la kora peut รชtre posรฉe en diagonale, du bout du mur long au bout du mur court, et l'on utilise aussi la zone en biais. ร quatre coudรฉes ou plus, le surplus forme un espace ร part (le Roch : ยซ comme un mavoy ร part ยป) ; la kora se pose en face du mur court.
Rava : dans tous les cas, en face du mur court.
Je vais dire ma raison, et je vais dire leur raison. Je dis ma raison : la kora, quelle en est la raison ?
ร cause du hekker (signe distinctif), et en diagonale ce n'est pas un signe.
Pour Rava, la kora a une fonction de hekker : elle rappelle aux habitants la limite du domaine oรน le transport est permis. Une poutre en biais ne trace pas une limite claire ; l'observateur croirait que l'on transporte dans la reshout ha-rabim.
Et je dis leur raison : la kora, ร cause de quoi ? ร cause de la mehitsa (sรฉparation), et en diagonale aussi c'est une sรฉparation.
Pour les Rav Kahana, la kora vaut mehitsa : on la considรจre comme descendant jusqu'au sol pour fermer le mavoy. Une paroi fictive ferme aussi bien en biais qu'en ligne droite.
Rav Kahana a dit : puisque c'est un enseignement des Kahana, je vais y dire quelque chose. Ce que tu as dit, qu'on pose la kora en diagonale, nous ne l'avons dit que lorsque sa diagonale ne dรฉpasse pas dix [coudรฉes] ; mais si sa diagonale dรฉpasse dix, de l'avis de tous on ne la pose qu'en face du court.
Rappel : une kora ne peut permettre un mavoy dont l'entrรฉe dรฉpasse dix coudรฉes de large (michna, 2a). En diagonale, la longueur de la poutre est la largeur effective de l'entrรฉe. Si elle dรฉpasse dix, mรชme les Rav Kahana admettent qu'il faut la poser en face du mur court.
Ils ont demandรฉ : peut-on utiliser [l'espace] sous la kora ? Rav, Rabbi Hiya et Rabbi Yo'hanan ont dit : il est permis d'utiliser sous la kora.
Chmouel, Rabbi Chimon bar Rabbi et Rabbi Chimon ben Lakich ont dit : il est interdit d'utiliser sous la kora.
La question porte sur la bande de sol situรฉe exactement sous la poutre (au moins un tefah de large) : fait-elle partie du mavoy permis ? Trois maรฎtres de chaque cรดtรฉ.
Dirons-nous qu'ils divergent sur ceci : l'un pense que la kora [sert] de hekker, et l'autre pense que la kora [sert] de mehitsa ?
Premiรจre lecture : le dรฉbat dรฉpend de la fonction de la kora. Si elle est un hekker (signe), tout l'espace jusqu'ร elle compris est permis. Si elle est une mehitsa, Rachi prรฉcise que son bord intรฉrieur descend et ferme : ce qui est sous la poutre se trouve dรฉjร ร l'extรฉrieur de la paroi.
La glose du Roch rattachรฉe ici traite d'un autre passage (puits entre deux cours, Eruvin 86b) ; elle touche notre sougya par la distinction entre kora-signe et kora-sรฉparation, et par la notion de pi tikra (le bord d'un toit considรฉrรฉ comme descendant pour fermer).
Non : tous admettent que la kora [sert] de hekker, et ici ils divergent sur ceci : l'un pense que le signe [est] pour l'intรฉrieur, et l'autre pense que le signe [est] pour l'extรฉrieur.
Deuxiรจme lecture : tous tiennent que la kora est un signe. La question est : ร qui s'adresse-t-il ? S'il vise les habitants du mavoy, c'est le bord intรฉrieur qu'ils voient en premier : la limite passe la, le dessous de la poutre est exclu. S'il vise les gens de la reshout ha-rabim, la limite passe au bord extรฉrieur : le dessous de la poutre est inclus.
Et si tu veux, dis : tous admettent [qu'elle sert] de mehitsa, et ici ils divergent sur ceci : l'un pense que son bord intรฉrieur descend et ferme, et l'autre pense que son bord extรฉrieur descend et ferme.
Troisiรจme lecture : tous tiennent que la kora est une sรฉparation fictive, mais on discute du bord qui ยซ descend ยป (yored ve-sotem). Bord intรฉrieur : le dessous est dehors, interdit. Bord extรฉrieur : le dessous est dedans, permis.
Rav Hisda a dit : tous admettent qu'entre les lehayim c'est interdit.
Le lehi est un montant posรฉ contre l'un des murs ร l'entrรฉe du mavoy. L'espace situรฉ en face de lui (ยซ entre les lehayim ยป) est interdit, mรชme pour ceux qui permettent sous la kora.
Tossefot refuse d'y voir une consรฉquence de la fonction du lehi (sรฉparation) : la raison est pratique. Un lehi peut รชtre minime ; si l'on permettait l'espace en face de lui, on glisserait vers l'extรฉrieur. La kora, large d'au moins un tefah, ne prรฉsente pas ce risque.
Rami bar Hama demanda ร Rav Hisda : s'il a enfoncรฉ deux chevilles dans les deux murs du mavoy, ร l'extรฉrieur, et posรฉ une kora dessus, qu'en est-il ?
Cas pratique : au lieu de reposer sur les murs, la kora est posรฉe sur deux chevilles fichรฉes dans la face extรฉrieure des murs. Elle se trouve entiรจrement hors du mavoy, son bord intรฉrieur touchant l'extrรฉmitรฉ des murs.
Il lui dit : selon celui qui permet, c'est interdit ; selon celui qui interdit, c'est permis.
Rav Hisda applique la troisiรจme lecture (segment 13). Pour qui fait descendre le bord intรฉrieur, la paroi fictive tombe exactement contre l'extrรฉmitรฉ des murs : le mavoy est fermรฉ. Pour qui fait descendre le bord extรฉrieur, la paroi tombe ร un tefah en avant des murs, avec un vide sur les cรดtรฉs ; le lavoud (rรฉunion de ce qui est sรฉparรฉ de moins de trois tefahim) ne s'applique pas ร une paroi fictive, selon Rachi.
Rava a dit : selon celui qui interdit aussi, c'est interdit : il faut une kora au-dessus du mavoy, et il n'y en a pas.
Pour Rava, la condition est plus simple : la kora doit reposer sur le mavoy (au-dessus de ses murs). Une poutre accolรฉe de l'extรฉrieur ne remplit pas cette condition, quelle que soit l'opinion sur l'espace sous la kora. Le Roch retient cette position.
Rav Adda bar Matna objecta ร Rava : si sa kora รฉtait...
Dรฉbut d'une objection tirรฉe d'une baraita ; la suite se trouve en 9a.
Texte hรฉbreu et aramรฉen vocalisรฉ : รฉdition numรฉrique William Davidson du Talmud Koren Noรฉ, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction franรงaise, notes et schรฉmas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).