Megillah 10a — La première consécration de Jérusalem a-t-elle sanctifié pour toujours ; les sacrifices au Beit Honio et la consécration des villes murées

Megillah 10a

Sougya : Le folio part de la fin de la michna : la sainteté de Chilo admet une permission après elle, celle de Jérusalem n'en admet pas. Rabbi Its'hak rapporte avoir entendu qu'on offre des sacrifices au Beit Honio, le temple bâti en Égypte par Honio fils de Chimon le Juste ; cela suppose deux choses, que ce lieu ne soit pas une maison d'idolâtrie, et que la première consécration de Jérusalem ait sanctifié pour son temps seulement.

Rav Mari objecte de la michna elle-même et d'une michna de Zeva'him, et Rabbi Its'hak se rétracte. La guemara cherche alors si la question oppose deux tannaim : elle propose Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua à propos des tentures du second Temple, Ravina écarte cette lecture, et l'on aboutit à Rabbi Ichmael fils de Rabbi Yossi, dont deux baraitot sur les villes murées semblent se contredire.

Le mot qui clôt l'amud, kidechoum, ouvre la difficulté que résoudra la suite.

Kedoucha richona : les deux positions et ce qu'elles changent Kidecha le-cha'ata ve-lo le-atid lavo Kidecha le-cha'ata ve-kidecha le-atid lavo La consécration de Yehochoua a valu tant que le Temple tenait. La destruction l'a fait tomber ; il faudra une consécration nouvelle. La consécration a saisi le lieu une fois pour toutes. Ni la destruction ni l'exil ne la défont ; elle tient encore aujourd'hui. Les conséquences pratiques discutées dans l'amud Les bamot redeviennent permises après la destruction : on peut offrir au Beit Honio. Les bamot restent interdites : offrir ailleurs qu'à Jérusalem demeure passoul. Les villes murées du temps de Yehochoua ont perdu leur statut ; les exilés les réconsacrent. Le statut de ville murée tient toujours ; les exilés n'ont fait que les retrouver. Rabbi Eliezer, selon la lecture proposée : des tentures sont requises pour la azara. Rabbi Yehochoua : on sacrifie sans Maison, on mange sans tentures et sans muraille. Enjeu de fond : la sainteté d'un lieu tient-elle à l'acte qui l'a instituée, ou à l'état qui la porte.
La question traverse tout l'amud : sacrifices hors de Jérusalem, statut des villes murées, tentures du second Temple.
Le fil du folio, en six temps 1. Rabbi Its'hak J'ai entendu qu'on offre au Beit Honio aujourd'hui. Deux prémisses : ce n'est pas un lieu d'idolâtrie, et la consécration est tombée. 2. Le verset qui le porte Devarim 12,9 : menou'ha, c'est Chilo ; na'hala, c'est Jérusalem. Le hekech donne à la seconde ce qui vaut pour la première. 3. L'objection de Rav Mari La michna dit l'inverse, et une michna de Zeva'him aussi : depuis Jérusalem les bamot n'ont plus jamais été permises. 4. La rétractation Rabbi Its'hak nie avoir rien dit ; Rava atteste par serment qu'il l'a dit et qu'il l'a appris de lui, avant qu'il ne se rétracte. 5. Est-ce une ma'hloket de tannaim ? Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua sur les tentures. Ravina refuse : chacun rapporte ce qu'il a entendu, les tentures sont pour la pudeur. 6. La bonne paire de textes Deux baraitot de Rabbi Ichmael fils de Rabbi Yossi sur les villes murées. La première dit que la sainteté est tombée, la seconde ne le dit pas. L'amud s'arrête sur le mot kidechoum, ils les ont consacrées, qui fait justement difficulté.
Une thèse, un verset, une objection, une rétractation, une fausse piste, puis la contradiction qui restera ouverte à la page suivante.
Les bamot dans l'histoire : permises, interdites, puis la question de l'amud Désert Michkan : bamot interdites Guilgal Conquête : bamot permises Chilo Menou'ha : bamot interdites Nov et Guivon Après Chilo : bamot permises Jérusalem Na'hala : bamot interdites Après la destruction ? La lecture de Rabbi Its'hak Le verset sépare menou'ha et na'hala pour donner à Jérusalem le même sort qu'à Chilo : une permission. La michna et Rav Mari Le verset sépare pour marquer l'inverse : ce qui vaut de Chilo ne vaut plus de Jérusalem, na'hala est finale. Bama : autel privé hors du sanctuaire central. Toute la discussion porte sur la dernière case de la frise.
La séquence est enseignée en Zeva'him ; l'amud ne discute que du dernier segment, après la destruction du second Temple.
1
יֵשׁ אַחֲרֶיהָ הֶיתֵּר, וּקְדֻושַּׁת יְרוּשָׁלַיִם — אֵין אַחֲרֶיהָ הֶיתֵּר.

... il y a après elle une permission ; et la sainteté de Jérusalem — il n'y a pas après elle de permission.

📜 Rachi (1)
יֵשׁ אַחֲרֶיהָ הֶיתֵּר כְּשֶׁחָרְבָה שִׁילֹה הֻותְּרוּ הַבָּמוֹת כִּדְאָמְרִינַן בְּמַס' זְבָחִים (דַּף קיט.) כִּי לֹא בָּאתֶם עַד עָתָּה אֶל הַמְּנוּחָה זוֹ שִׁילֹה שֶׁנָּחוּ מִלִּכְבּוֹשׁ וְאֶל הַנַּחֲלָה זוֹ יְרוּשָׁלַיִם לָמָּה חִלְּקָן הַכָּתוּב כְּדֵי לִיתֵּן הֶיתֵּר בֵּין זוֹ לְזוֹ:
« Il y a après elle une permission. » Quand Chilo fut détruite, les bamot redevinrent permises, comme nous le disons dans le traité Zeva'him (119a) : « car vous n'êtes pas encore venus au repos et à l'héritage » — « au repos », c'est Chilo, où ils se sont reposés de la conquête ; « et à l'héritage », c'est Jérusalem. Pourquoi le verset les a-t-il séparés ? Pour donner une permission entre l'une et l'autre.
💡 Explication

Fin de la michna commencée au folio précédent. Elle compare Chilo et Jérusalem, les deux lieux où le service a été fixé après la conquête. Le point qui va occuper tout l'amud porte sur ce qui arrive quand le lieu est détruit : la sainteté de Chilo admet une permission après elle, c'est-à-dire que les bamot (autels privés, hors du sanctuaire central) redeviennent licites une fois Chilo tombée ; la sainteté de Jérusalem n'admet rien de tel.

La michna pose donc une asymétrie entre deux saintetés. La guemara va demander sur quoi elle repose, et un amora va soutenir la position inverse.

2
גְּמָ׳ אָמַר רַבִּי יִצְחָק: שָׁמַעְתִּי שֶׁמַּקְרִיבִין בְּבֵית חוֹנְיוֹ בִּזְמַן הַזֶּה. קָסָבַר: בֵּית חוֹנְיוֹ לָאו בֵּית עֲבוֹדָה זָרָה הִיא, וְקָא סָבַר: קְדֻושָּׁה רִאשׁוֹנָה — קִידְּשָׁה לִשְׁעָתָהּ וְלֹא קִידְּשָׁה לֶעָתִיד לָבוֹא.

GUEMARA. Rabbi Its'hak dit : j'ai entendu qu'on offre des sacrifices au Beit Honio à notre époque.

Il tient que le Beit Honio n'est pas une maison d'idolâtrie, et il tient que la première consécration a sanctifié pour son temps et n'a pas sanctifié pour l'avenir.

📜 Rachi (4)
גְּמ' בֵּית חוֹנְיוֹ מִזְבַּח חוֹנְיוֹ בְּנוֹ שֶׁל שִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק בָּנָה בָּמָה בְּמִצְרַיִם לְשֵׁם שָׁמַיִם כִּדְאָמְרִינַן בְּמַס' מְנָחוֹת:
Guemara. « Le Beit Honio » : l'autel de Honio, fils de Chimon le Juste. Il bâtit une bama en Égypte au nom du Ciel, comme nous le disons dans le traité Mena'hot.
קָסָבַר כוּ' דְּאִיכָּא לְמָאֵן דְּאָמַר הָתָם שֶׁבְּנָאָהּ לְשֵׁם ע"ז:
« Il tient, etc. » : car il y a là-bas un avis selon lequel il l'a bâtie pour de l'idolâtrie.
וְקָסָבַר קְדֻושָּׁה שֶׁנִּתְקַדְּשָׁה יְרוּשָׁלַיִם אֵינָהּ קְדֻושָּׁה לְעוֹלָם וּמִשֶּׁחָרְבָה הֻותְּרוּ הַבָּמוֹת:
« Et il tient que la sainteté » dont Jérusalem a été sanctifiée n'est pas une sainteté pour toujours, et que depuis sa destruction les bamot sont permises.
לֶעָתִיד לָבֹא כְּלוֹמַר מִשֶּׁתֶּחֱרַב:
« Pour l'avenir » : c'est-à-dire à partir du moment où il sera détruit.
🗂️ Tossefot (1)
שָׁמַעְתִּי שֶׁמַּקְרִיבִין בְּבֵית חוֹנְיוֹ. קַשְׁיָא הֵיאַךְ מַקְרִיבִין שָׁם בְּטֻומְאָה דְּהָא גָּזְרוּ טֻומְאָה עַל אֶרֶץ הָעַמִּים וְיֵשׁ לוֹמַר דְּשֶׁמָּא לְגַבֵּי הָא לֹא גָּזְרוּ חֲכָמִים טֻומְאָה כֵּיוָן שֶׁמִּן הַתּוֹרָה יָכוֹל לְהַקְרִיב:
« J'ai entendu qu'on offre des sacrifices au Beit Honio. » Il y a une difficulté : comment y sacrifie-t-on en état de <b>touma</b> (impureté), puisqu'on a décrété l'impureté sur la terre des nations ? On peut dire que sur ce point les Sages n'ont peut-être pas décrété l'impureté, puisque selon la Torah il est possible d'y sacrifier.
💡 Explication

Le Beit Honio est le temple bâti en Égypte par Honio, fils de Chimon le Juste. Rabbi Its'hak rapporte une tradition reçue : on y offre encore des sacrifices. La guemara dégage aussitôt les deux prémisses que cette tradition suppose.

Première prémisse : le lieu a été bâti au nom du Ciel, et non pour de l'idolâtrie — un autre avis, dans Mena'hot, soutient le contraire. Seconde prémisse : la kedoucha richona, la consécration de Jérusalem au temps de Yehochoua, a sanctifié le-cha'ata, pour son temps, sans sanctifier le-atid lavo, pour l'avenir. La destruction du Temple a donc fait tomber l'interdiction des bamot, et un autel hors de Jérusalem redevient licite.

🖼️ Schéma
Ce que la phrase de Rabbi Its'hak suppose On offre des sacrifices au Beit Honio à notre époque Prémisse 1 Le Beit Honio n'est pas un lieu d'idolâtrie : Honio l'a bâti au nom du Ciel. Prémisse 2 La kedoucha richona a sanctifié pour son temps seulement : les bamot sont rouvertes. Si elle tombe : le lieu est interdit comme tout culte étranger. Si elle tombe : offrir hors de Jérusalem reste interdit, même au nom du Ciel.
Les deux prémisses sont indépendantes : il suffit que l'une cède pour que la tradition rapportée tombe.
3
דִּכְתִיב: ״כִּי לֹא בָּאתֶם עַד עָתָּה אֶל הַמְּנוּחָה וְאֶל הַנַּחֲלָה״. ״מְנוּחָה״ — זוֹ שִׁילֹה, ״נַחֲלָה״ — זוֹ יְרוּשָׁלַיִם, מַקִּישׁ נַחֲלָה לִמְנוּחָה: מַה ״מְנוּחָה״ יֵשׁ אַחֲרֶיהָ הֶיתֵּר, אַף ״נַחֲלָה״ יֵשׁ אַחֲרֶיהָ הֶיתֵּר.

Car il est écrit : « car vous n'êtes pas encore venus au repos et à l'héritage » (Devarim 12,9). « Repos », c'est Chilo ; « héritage », c'est Jérusalem.

On rapproche l'héritage du repos : de même qu'après le « repos » il y a une permission, de même après l'« héritage » il y a une permission.

💡 Explication

Voici le fondement scripturaire de la position de Rabbi Its'hak. Le verset nomme deux étapes distinctes, menou'ha et na'hala, identifiées respectivement à Chilo et à Jérusalem. Puisque le verset les place côte à côte, on applique un hekech, un rapprochement qui transfère un trait de l'un à l'autre.

Le trait transféré ici est la réversibilité : Chilo détruite, les bamot redeviennent permises ; il doit en aller de même pour Jérusalem. Rachi, au segment précédent, lisait la séparation des deux mots dans l'autre sens, comme marquant deux régimes distincts. Toute la difficulté du folio tient à cette double lecture possible du même verset.

🖼️ Schéma
Devarim 12,9 : un verset, deux lectures opposées Car vous n'êtes pas encore venus au repos (menou'ha) et à l'héritage (na'hala). Lecture de Rabbi Its'hak : hekech Les deux mots sont rapprochés pour que le second hérite du trait du premier. Lecture de Rachi sur la michna Les deux mots sont séparés pour marquer une coupure : une permission entre l'une et l'autre. Après Chilo, permission des bamot. Donc après Jérusalem aussi. La permission a eu lieu entre les deux étapes, à Nov et Guivon ; après na'hala, plus rien.
Le même verset sert les deux camps : tout dépend de ce que la juxtaposition des deux mots est censée enseigner.
4
אָמְרוּ לֵיהּ: אָמַרְתָּ? אֲמַר לְהוּ: לֹא. אָמַר רָבָא: הָאֱ-לֹהִים! אֲמָרָהּ, וּגְמִירְנָא לָהּ מִינֵּיהּ.

Ils lui dirent : as-tu dit cela ? Il leur dit : non.

Rava dit : Par D.ieu ! il l'a bien dit, et je l'ai appris de lui.

💡 Explication

Les Sages interrogent Rabbi Its'hak sur cette tradition ; il la désavoue. Rava intervient alors et atteste, en appuyant son propos d'un serment, qu'il la lui a bel et bien entendu enseigner et qu'il l'a reçue de lui.

Le désaveu n'est donc pas un oubli : Rabbi Its'hak s'est rétracté. La guemara va demander ce qui l'y a conduit.

5
וּמַאי טַעְמָא קָא הָדַר בֵּיהּ? מִשּׁוּם קֻשְׁיָא דְּרַב מָרִי. דְּמוֹתֵיב רַב מָרִי: קְדֻושַּׁת שִׁילֹה — יֵשׁ אַחֲרֶיהָ הֶיתֵּר. קְדֻושַּׁת יְרוּשָׁלַיִם — אֵין אַחֲרֶיהָ הֶיתֵּר. וְעוֹד תְּנַן: מִשֶּׁבָּאוּ לִירוּשָׁלַיִם נֶאֶסְרוּ הַבָּמוֹת, וְלֹא הָיָה לָהֶם עוֹד הֶיתֵּר, וְהִיא הָיְתָה נַחֲלָה.

Et quelle est la raison pour laquelle il s'est rétracté ? À cause de la difficulté soulevée par Rav Mari.

Car Rav Mari objecta : « la sainteté de Chilo — il y a après elle une permission ; la sainteté de Jérusalem — il n'y a pas après elle de permission ». Et de plus, nous avons appris (Zeva'him 112b) : « dès qu'ils vinrent à Jérusalem, les bamot furent interdites, et ils n'eurent plus jamais de permission, et elle fut l'héritage ».

📜 Rachi (1)
וְהִיא הָיְתָה נַחֲלָה הָאָמוּר בַּפָּסוּק אֶל הַמְּנוּחָה וְאֶל הַנַּחֲלָה:
« Et elle fut l'héritage » : celui dont parle le verset « au repos et à l'héritage ».
🗂️ Tossefot (1)
וּמַאי טַעְמָא הָדַר בֵּיהּ מִשּׁוּם קֻושְׁיָא דְּרַב מָרִי. הִקְשָׁה הָר"ר חַיִּים וּמִתְּחִילָּה הֵיכִי אָמַר לְמִילְּתֵיהּ וְכִי לֹא הָיָה יוֹדֵעַ הַמִּשְׁנָה וַהֲלֹא הֵן שְׁגוּרוֹת בְּפִי כֹּל וְעוֹד קַשְׁיָא כֵּיוָן דְּתַנָּאֵי הִיא אַמַּאי הֲדַר בֵּיהּ לֵימָא אֲנָא דְּאָמְרִי כְּמַאן דְּאָמַר לֹא קִדְּשָׁה לְכָךְ נִרְאֶה להר"ר חַיִּים דְּכ"ע מוֹדוּ דְּמִשֶּׁבָּאוּ לִירוּשָׁלַיִם נֶאֶסְרוּ הַבָּמוֹת וְשׁוּב לֹא הָיָה לָהֶן הֶיתֵּר וְהָנֵי תַּנָּאֵי בְּהָא פְּלִיגִי דְּמַאן דְּאָמַר לֹא קִדְּשָׁה סָבַר דְּאַף בִּמְקוֹמוֹ שֶׁל מִזְבֵּחַ אֵין יְכוֹלִין לְהַקְרִיב עַכְשָׁיו וּמַאן דְּאָמַר קִדְּשָׁה סָבַר דְּבִמְקוֹם מִזְבֵּחַ מֻותָּר לְהַקְרִיב אֲבָל לֹא בְּבָמָה:
« Et quelle est la raison pour laquelle il s'est rétracté ? À cause de la difficulté de Rav Mari. » Rabbenou 'Haim a demandé : au départ, comment a-t-il pu énoncer son propos ? Ne connaissait-il pas la michna, alors qu'elles sont familières à tous ? Et il y a une autre difficulté : puisque c'est une ma'hloket de tannaim, pourquoi s'est-il rétracté ? Qu'il dise : j'ai parlé selon celui qui tient qu'elle n'a pas sanctifié. Rabbenou 'Haim en conclut que tous s'accordent à dire que, dès qu'ils vinrent à Jérusalem, les bamot furent interdites et n'eurent plus jamais de permission ; et que ces tannaim divergent sur ce point : celui qui dit qu'elle n'a pas sanctifié tient que même à l'emplacement de l'autel on ne peut plus offrir aujourd'hui, tandis que celui qui dit qu'elle a sanctifié tient qu'à l'emplacement de l'autel il est permis d'offrir, mais non sur une bama.
💡 Explication

Rav Mari objecte deux fois. D'abord depuis la michna elle-même, qui énonce exactement l'inverse de ce qu'a dit Rabbi Its'hak. Ensuite depuis une michna de Zeva'him, qui ajoute une précision décisive : les bamot furent interdites et il n'y eut plus jamais de permission, la formule liant cette finalité au mot na'hala du verset.

La seconde source atteint la lecture de Rabbi Its'hak au point exact où elle s'appuyait : le hekech entre menou'ha et na'hala. Si na'hala désigne précisément ce qui ne se défait plus, le rapprochement ne peut plus transférer la réversibilité de Chilo à Jérusalem.

🖼️ Schéma
La double objection de Rav Mari Thèse visée : après la destruction, les bamot redeviennent permises. Objection 1 : notre michna La sainteté de Jérusalem n'admet pas de permission après elle. Contredit frontalement la thèse. Objection 2 : Zeva'him 112b Depuis Jérusalem, plus jamais de permission, et elle fut la na'hala. Atteint le hekech à sa racine. Effet Rabbi Its'hak se rétracte. La guemara cherche alors si sa thèse peut se rattacher à un tanna connu.
La première objection dit le contraire de la thèse ; la seconde lui retire le verset sur lequel elle reposait.
6
תַּנָּאֵי הִיא. (דְּתַנְיָא) אָמַר רַבִּי אֱלִיעֶזֶר: שָׁמַעְתִּי כְּשֶׁהָיוּ בּוֹנִין בַּהֵיכָל, עוֹשִׂין קְלָעִים לַהֵיכָל וּקְלָעִים לָעֲזָרָה. אֶלָּא שֶׁבַּהֵיכָל בּוֹנִין מִבַּחוּץ, וּבָעֲזָרָה בּוֹנִין מִבִּפְנִים.

C'est une ma'hloket de tannaim. Car il est enseigné : Rabbi Eliezer dit : j'ai entendu que lorsqu'ils bâtissaient le Heikhal, on faisait des tentures pour le Heikhal et des tentures pour la azara ; seulement, pour le Heikhal on bâtissait de l'extérieur, et pour la azara on bâtissait de l'intérieur.

📜 Rachi (2)
קְלָעִים לַהֵיכָל קָא סָלְקָא דַעְתָּךְ בִּמְקוֹם חוֹמוֹת הֵיכָל שֶׁיְּהֵא מִזְבֵּחַ הַבָּנוּי בָּעֲזָרָה קָרוּי אֲשֶׁר פֶּתַח אֹהֶל מוֹעֵד שֶׁאִלְמָלֵא כֵּן לֹא הָיוּ מַקְרִיבִין עַד שֶׁיִּגָּמֵר הַבִּנְיָן וְהֵם הִתְחִילוּ לְהַקְרִיב קָרְבָּנוֹת מִשֶּׁבָּאוּ שָׁם בִּימֵי כּוֹרֶשׁ כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר עֶזְרָא וְעַד עֶשְׂרִים וְשָׁנִים שָׁנָה אַחֲרֵי כֵן לֹא נִגְמַר הַבַּיִת בִּשְׁנַת שָׁלֹשׁ לְדָרְיָוֶשׁ הָאַחֲרוֹן:
« Des tentures pour le Heikhal. » Il te vient à l'esprit qu'elles tenaient lieu des murs du Heikhal, afin que l'autel bâti dans la azara soit appelé « qui est à l'entrée de la tente d'assignation » ; car sans cela ils n'auraient pas offert de sacrifices avant l'achèvement de la construction, or ils commencèrent à offrir des sacrifices dès leur arrivée là-bas, aux jours de Cyrus, comme il est écrit dans le livre d'Ezra ; et pendant les vingt-deux années qui suivirent la Maison ne fut pas achevée : elle le fut en la troisième année de Darius le dernier.
בּוֹנִין מִבַּחוּץ שֶׁהָיוּ הַקְּלָעִים פְּרוּשִׁים לִפְנִים מֵעֹובִי הַחוֹמָה שֶׁלֹּא יִכָּנְסוּ הַבּוֹנִין לְתוֹךְ הַהֵיכָל:
« On bâtissait de l'extérieur » : car les tentures étaient tendues en deçà de l'épaisseur du mur, afin que les bâtisseurs n'entrent pas dans le Heikhal.
💡 Explication

La guemara propose de rattacher la thèse à une divergence de tannaim, tirée d'une michna de Edouyot (8,6). Au temps de la reconstruction du second Temple, avant que les murs de pierre ne soient achevés, on tendait des kela'im (tentures) pour tenir lieu de cloisons, afin que le service puisse commencer sans attendre.

La différence de procédé tient au degré de sainteté : pour le Heikhal, les tentures étaient tendues à l'intérieur et les ouvriers bâtissaient depuis l'extérieur, sans y pénétrer ; pour la azara, moins sévère, ils bâtissaient depuis l'intérieur.

7
וְאָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ: שָׁמַעְתִּי שֶׁמַּקְרִיבִין אַף עַל פִּי שֶׁאֵין בַּיִת, אוֹכְלִין קָדְשֵׁי קָדָשִׁים אַף עַל פִּי שֶׁאֵין קְלָעִים, קָדָשִׁים קַלִּים וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי אַף עַל פִּי שֶׁאֵין חוֹמָה, מִפְּנֵי שֶׁקְּדֻושָּׁה רִאשׁוֹנָה קִידְּשָׁה לִשְׁעָתָהּ וְקִידְּשָׁה לֶעָתִיד לָבוֹא. מִכְּלָל דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר סָבַר לֹא קִידְּשָׁה לֶעָתִיד לָבוֹא.

Et Rabbi Yehochoua dit : j'ai entendu qu'on offre des sacrifices même s'il n'y a pas de Maison, qu'on mange les kodchei kodachim même s'il n'y a pas de tentures, et les kodachim kalim et le maasser cheni même s'il n'y a pas de muraille, parce que la première consécration a sanctifié pour son temps et a sanctifié pour l'avenir. Par déduction, Rabbi Eliezer tient qu'elle n'a pas sanctifié pour l'avenir.

📜 Rachi (1)
לָאו מִכְּלָל דְּר' אֱלִיעֶזֶר דְּבָעֵי קְלָעִים סָבַר לֹא קִידְּשָׁהּ לְאַחַר חֻורְבָּן לְפִיכָךְ פֵּירְסוּ קְלָעִים בִּמְקוֹם בִּנְיָן וְחָזְרוּ וְקִידְּשׁוּ בְּתוֹדוֹת וּבְשִׁיר כִּדְאָמַר בְּמַס' שְׁבוּעוֹת (דַּף טז.):
« N'est-ce pas que par déduction Rabbi Eliezer », qui exige des tentures, « tient qu'elle n'a pas sanctifié » après la destruction ; c'est pourquoi ils étendirent des tentures à la place de la construction, puis consacrèrent à nouveau par des sacrifices de todot et par le chant, comme il est dit dans le traité Chevouot (16a).
💡 Explication

Rabbi Yehochoua énonce trois conséquences, chacune liée à une enceinte : l'autel sans le bâtiment du Temple, les kodchei kodachim (sacrifices de sainteté supérieure, qui se mangent dans la azara) sans tentures, les kodachim kalim et le maasser cheni (qui se mangent dans Jérusalem) sans muraille. Son motif est explicite : la consécration tient toujours, donc les limites qu'elle a tracées valent encore, même sans mur pour les marquer.

La guemara en tire une déduction sur Rabbi Eliezer. Si celui-ci exigeait des tentures, c'est qu'à ses yeux la sainteté de l'enceinte était tombée et devait être rétablie par une cloison réelle. Il tiendrait donc que la première consécration n'a pas sanctifié pour l'avenir, ce qui donnerait à Rabbi Its'hak un appui tannaitique.

🖼️ Schéma
Trois enceintes, trois conséquences selon Rabbi Yehochoua Le bâtiment du Temple Les tentures de la azara La muraille de Jérusalem On offre sur l'autel même sans Maison bâtie. On mange les kodchei kodachim sans cloison. On mange kodachim kalim et maasser cheni sans mur. Motif unique : la consécration tient toujours, donc la limite qu'elle a tracée vaut sans son mur. Déduction sur Rabbi Eliezer : s'il exige des tentures, la sainteté de l'enceinte est tombée.
Chaque enceinte délimite un domaine de consommation ; la question est de savoir si la limite survit à son support matériel.
8
אֲמַר לֵיהּ רָבִינָא לְרַב אָשֵׁי: מִמַּאי? דִּלְמָא דְּכֻולֵּי עָלְמָא קְדֻושָּׁה רִאשׁוֹנָה קִידְּשָׁה לִשְׁעָתָהּ וְקִידְּשָׁה לֶעָתִיד לָבוֹא, וּמַר — מַאי דִּשְׁמִיעַ לֵיהּ קָאָמַר, וּמַר — מַאי דִּשְׁמִיעַ לֵיהּ קָאָמַר. וְכִי תֵּימָא: קְלָעִים לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר לָמָּה לִי? לִצְנִיעוּתָא בְּעָלְמָא.

Ravina dit à Rav Achi : d'où tires-tu cela ? Peut-être que, de l'avis de tous, la première consécration a sanctifié pour son temps et a sanctifié pour l'avenir, et qu'un maître rapporte ce qu'il a entendu et que l'autre maître rapporte ce qu'il a entendu.

Et si tu disais : pourquoi donc des tentures selon Rabbi Eliezer ? Pour la simple pudeur.

📜 Rachi (1)
וּמָר מַאי דִּשְׁמִיעַ לֵיהּ קָאָמַר וְלֹא מִשּׁוּם צֹורֶךְ קְדֻושָּׁה: וְכִי תֵּימָא כוּ':
« Et un maître rapporte ce qu'il a entendu » : et non pas en raison d'une exigence de sainteté. « Et si tu disais, etc. »
🗂️ Tossefot (1)
דְּכֻולֵּי עָלְמָא קְדֻושָּׁה רִאשׁוֹנָה קִדְּשָׁה לִשְׁעָתָהּ וְקִדְּשָׁה לֶעָתִיד לָבוֹא. הִקְשָׁה רַבֵּינוּ תָּם אַמַּאי לָא מַיְיתֵי רְאָיָה דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר אִית לֵיהּ בְּפֶ' קַמָּא דַּחֲגִיגָה (דַּף ג: וְשָׁם) דְּלָא קִדְּשָׁה לֶעָתִיד לָבוֹא דְּקָאָמַר הָתָם מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי יוֹסֵי בֶּן דּוֹרְמַסְקִית וּמַסִּיק אָמַר ר' אֱלִיעֶזֶר כָּךְ מְקֻּובְּלַנִי מֵרַבָּן יוֹחָנָן בֶּן זַכַּאי עַמּוֹן וּמוֹאָב מְעַשְּׂרִין מַעְשַׂר עָנִי בַּשְּׁבִיעִית מַה טַעַם מִשּׁוּם דְּהַרְבֵּה כְּרַכִּים כָּבְשׁוּ עוֹלֵי מִצְרַיִם וְלֹא כְּבָשׁוּם עוֹלֵי בָּבֶל וּקְדֻושָּׁה רִאשׁוֹנָה קִדְּשָׁה לִשְׁעָתָהּ וְלֹא קִדְּשָׁה לֶעָתִיד לָבֹא וְתֵירֵץ רַבֵּינוּ תָּם דְּמַה טַעַם דְּהָתָם גְּמָרָא הוּא דְּקָאָמַר לָהּ וְלָאו מִילְּתָא דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר הִיא וְתֵדַע דְּהָא בַּמִּשְׁנָה דְּמַסֶּכֶת יָדַיִם (פ"ד מִשְׁנָה ג) דְּתַנְיָא מִילְּתֵיהּ דְּרַבִּי אֱלִיעֶזֶר לָא תְּנָא לָהּ וְהָכִי פֵּירוּשָׁהּ מַה טַעַם מְעַשְּׂרִין מִשּׁוּם דְּכִי הַאי גַּווְנָא אַשְׁכְּחַן בְּעָרֵי יִשְׂרָאֵל שֶׁהִנִּיחוּם עוֹלֵי בָּבֶל מִלְּקַדֵּשׁ לְמָאֵן דְּאָמַר לֹא קִדְּשָׁה כְּדֵי שֶׁיִּסְמְכוּ עֲלֵיהֶן עֲנִיֵּי יִשְׂרָאֵל בִּשְׁבִיעִית וְכָל שֶׁכֵּן עַמּוֹן וּמוֹאָב שֶׁהֵן חוּצָה לָאָרֶץ שֶׁהִנִּיחוּם עוֹלֵי בָּבֶל מִלְּקַדֵּשׁ לְמָאֵן דְּאָמַר לֹא קָדְשָׁה וְהִנִּיחוּם לַעֲנִיִּים דְּהָא לָא מַיְירֵי בְּעַמּוֹן וּמוֹאָב שֶׁטָּהֲרוּ בְּסִיחוֹן אֶלָּא מַייְרֵי בְּאוֹתָן שֶׁהִנִּיחוּ יִשְׂרָאֵל בְּצֵאתָם מִמִּצְרַיִם וְלֹא כִּבְּשׁוּם וְהָכִי נָמֵי מַשְׁמַע בְּמַסֶּכֶת יָדַיִם (ג"ז שָׁם) דְּחָשֵׁיב לְהוּ עִם בָּבֶל וּמִצְרַיִם שֶׁהֵן חוּ"ל וְהַהִיא דְּחֶזְקַת הַבָּתִּים (ב"ב דַּף לח.) דְּקָאָמַר שָׁלֹשׁ אֲרָצוֹת לַחֲזָקָה יְהוּדָה וְעֵבֶר הַיַּרְדֵּן וְהַגָּלִיל דְּמַשְׁמַע דְּעַמּוֹן וּמוֹאָב שֶׁהָיוּ בְּעֵבֶר הַיַּרְדֵּן הָיוּ מא"י מַייְרֵי בְּעַמּוֹן וּמוֹאָב שֶׁטָּהֲרוּ בְּסִיחוֹן וְעוֹד הִקְשָׁה ר"ת מֵהָא דְּאָמַר בְּמַס' בֵּיצָה (דַּף ה: וְשָׁם) ובר"ה (דַּף לא:) כֶּרֶם רְבָעִי הָיָה לוֹ לְרַבִּי אֱלִיעֶזֶר וּבִקֵּשׁ לְהַפְקִירוֹ לַעֲנִיִּים וא"כ מַשְׁמַע דְּאִית לֵיהּ קָדְשָׁה לֶעָתִיד לָבוֹא וּמִשּׁוּם שֶׁלֹּא הָיָה רוֹצֶה לִטְרֹוחַ לְהוֹלִיכוֹ לִירוּשָׁלַיִם הָיָה מַפְקִירוֹ לַעֲנִיִּים שֶׁיּוֹלִיכוּ אוֹתוֹ וְיֹאכְלוּהוּ שָׁמָּה דְּאִי סָבַר לֹא קִדְּשָׁהּ וְהָיָה צָרִיךְ לִפְדּוֹתוֹ כְּאוֹתוֹ שֶׁבְּחוּצָה לָאָרֶץ שֶׁצָּרִיךְ לִפְדּוֹתוֹ אַמַּאי הָיָה צָרִיךְ לְהוֹלִיךְ לִירוּשָׁלַיִם וְגַם מֶה הָיוּ הָעֲנִיִּים מַרְוִיחִים אַחֲרֵי שֶׁצָּרִיךְ לִפְדּוֹתוֹ וְי"ל מִשּׁוּם דְּבָרִאשׁוֹנָה כֶּרֶם רְבָעִי שֶׁבְּאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל הָיָה צָרִיךְ לְהוֹלִיכוֹ לִירוּשָׁלַיִם גַּם בִּקֵּשׁ ר' אֱלִיעֶזֶר לְהוֹלִיכוֹ מִשּׁוּם דְּכָל דָּבָר שֶׁנֶּאֱסַר בְּמִנְיָין צָרִיךְ מִנְייָן אַחֵר לְהַתִּירוֹ וְאַהָא מַייְתֵי לָהּ בְּבֵיצָה (ג"ז שָׁם) וּמִכָּל מָקוֹם הָעֲנִיִּים הָיוּ מַרְוִיחִים בְּמַה שֶׁהָיוּ יְכוֹלִים לְחַלְּלוֹ בְּשָׁוֶה פְּרוּטָה כְּדִשְׁמוּאֵל וּנְהִי דִּשְׁמוּאֵל לֹא אָמַר לְמִלְּתֵיהּ אֶלָּא בְּדִיעֲבַד כִּדְמַשְׁמַע לִישָּׁנָא שֶׁחִלְּלוֹ הַיְינוּ דַּווְקָא בִּזְמַן שֶׁבֵּית הַמִּקְדָּשׁ קַייָּם אֲבָל בַּזְּמַן הַזֶּה לֹא וַאֲפִילּוּ לְכַתְּחִילָּה וְהָכֵי נָמֵי אִיתָא בִּשְׁאִלְתּוֹת דְּרַב אַחַאי בְּפָרָשַׁת קְדוֹשִׁים תִּהְיוּ (סוֹף סִימָן ק') וּמְבָרֵךְ עַל פִּדְיוֹן עוֹבֵר לַעֲשִׂיָּיתָן וְקָלֵי לֵיהּ לִדְמֵי פִּדְיוֹנֵיהּ אוֹ יַשְׁלִיכֵם לַנָּהָר: [וְע"ע תּוֹסְ' ר"ה לא: ד"ה בְּקַשׁ]:
« De l'avis de tous, la première consécration a sanctifié pour son temps et a sanctifié pour l'avenir. » Rabbenou Tam a demandé : pourquoi n'apporte-t-on pas la preuve que Rabbi Eliezer tient, au premier chapitre de 'Haguiga (3b), qu'elle n'a pas sanctifié pour l'avenir ? Car on dit là-bas : il arriva que Rabbi Yossi ben Dourmaskit... et l'on conclut : Rabbi Eliezer dit : ainsi l'ai-je reçu de Rabban Yo'hanan ben Zakkai — Ammon et Moav prélèvent le maasser ani pendant la septième année. Quelle en est la raison ? Parce que beaucoup de villes furent conquises par ceux qui montèrent d'Égypte et ne furent pas conquises par ceux qui montèrent de Babel, et la première consécration a sanctifié pour son temps et n'a pas sanctifié pour l'avenir. Rabbenou Tam a répondu que le « quelle en est la raison » de là-bas est un propos de la guemara, et non une parole de Rabbi Eliezer. La preuve : dans la michna du traité Yadayim (4,3), où l'on enseigne la parole de Rabbi Eliezer, on ne l'enseigne pas. Et voici son sens : quelle est la raison pour laquelle on prélève ? Parce qu'on trouve un cas semblable dans les villes d'Israël que ceux qui montèrent de Babel ont laissées sans les consacrer, selon l'avis qui dit qu'elle n'a pas sanctifié, afin que les pauvres d'Israël puissent s'en nourrir pendant la septième année ; et à plus forte raison Ammon et Moav, qui sont hors de la terre, que ceux qui montèrent de Babel ont laissés sans les consacrer, selon l'avis qui dit qu'elle n'a pas sanctifié, et qu'ils ont laissés aux pauvres. Car il ne s'agit pas de l'Ammon et du Moav qui furent rendus permis par Si'hon, mais de ceux qu'Israël a laissés en sortant d'Égypte et qu'ils n'ont pas conquis. C'est aussi ce qui ressort du traité Yadayim (ibid.), où on les compte avec Babel et l'Égypte, qui sont hors de la terre. Quant au passage de 'Hezkat haBatim (Baba Batra 38a), qui dit : trois pays pour la 'hazaka, la Judée, l'au-delà du Jourdain et la Galilée — d'où il ressortirait qu'Ammon et Moav, qui étaient au-delà du Jourdain, faisaient partie d'Eretz Israël — il parle de l'Ammon et du Moav qui furent rendus permis par Si'hon. Rabbenou Tam a encore objecté de ce qu'on dit dans Betsa (5b) et dans Roch Hachana (31b) : Rabbi Eliezer avait une vigne de quatrième année et voulut la déclarer hefker au profit des pauvres. Cela indiquerait qu'il tient qu'elle a sanctifié pour l'avenir : parce qu'il ne voulait pas se donner la peine de la monter à Jérusalem, il la déclarait hefker pour les pauvres, afin qu'ils l'y montent et la mangent là-bas. Car s'il tenait qu'elle n'a pas sanctifié, et qu'il fallait donc la racheter comme celle de hors de la terre, qu'il faut racheter, pourquoi aurait-il fallu la monter à Jérusalem ? Et que gagnaient les pauvres, puisqu'il faut la racheter ? On peut répondre qu'à l'origine la vigne de quatrième année d'Eretz Israël devait être montée à Jérusalem, et que Rabbi Eliezer voulut lui aussi l'y monter, parce que toute chose interdite par un vote requiert un autre vote pour la permettre ; c'est à ce propos qu'on l'apporte dans Betsa (ibid.). En tout état de cause, les pauvres y gagnaient de pouvoir la racheter pour la valeur d'une perouta, selon Chmouel. Et bien que Chmouel n'ait dit son propos qu'a posteriori, comme l'indique l'expression « qu'il a rachetée », cela vaut précisément du temps où le Temple existait ; mais à notre époque, non, et c'est permis même a priori. Ainsi est-il également dans les Cheiltot de Rav A'haï, section Kedochim tihyou (fin du siman 100) : on récite la bénédiction sur le rachat avant de l'accomplir, et on brûle l'argent du rachat ou on le jette au fleuve. [Voir encore Tossefot Roch Hachana 31b, s.v. « bikech ».]
💡 Explication

Ravina refuse la déduction. Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua ouvrent tous deux par « j'ai entendu » : chacun transmet la tradition qu'il a reçue, sur un objet différent, sans se prononcer sur celui de l'autre. Deux témoignages parallèles ne font pas une ma'hloket.

Reste l'objection : si la sainteté tient toujours, à quoi servent les tentures ? Réponse : à la tsniout, la pudeur — soustraire le service aux regards pendant les travaux. Leur fonction est pratique, non pas constitutive de la sainteté du lieu. La preuve tannaitique cherchée au segment précédent s'effondre.

🖼️ Schéma
Pourquoi Ravina refuse d'y voir une ma'hloket Rabbi Eliezer J'ai entendu : on tendait des tentures pendant la construction. Rabbi Yehochoua J'ai entendu : on offre et on mange sans Maison, sans tentures, sans mur. Deux traditions reçues, portant sur deux objets. Aucune ne contredit l'autre ni ne se prononce sur elle. La fonction des tentures Tsniout, la pudeur : soustraire le service aux regards pendant les travaux. Rien à voir avec la sainteté du lieu.
Deux formules « j'ai entendu » ne forment une divergence que si elles portent sur le même objet.
9
אֶלָּא כִּי הָנֵי תַּנָּאֵי, דְּתַנְיָא: אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי: לָמָּה מָנוּ חֲכָמִים אֶת אֵלּוּ? שֶׁכְּשֶׁעָלוּ בְּנֵי הַגּוֹלָה מָצְאוּ אֶת אֵלּוּ וְקִידְּשׁוּם, אֲבָל הָרִאשׁוֹנוֹת בָּטְלוּ מִשֶּׁבָּטְלָה הָאָרֶץ. אַלְמָא קָסָבַר: קְדֻושָּׁה רִאשׁוֹנָה קִידְּשָׁה לִשְׁעָתָהּ וְלֹא קִידְּשָׁה לֶעָתִיד לָבוֹא.

Mais plutôt comme ces tannaim-ci. Car il est enseigné : Rabbi Ichmael fils de Rabbi Yossi dit : pourquoi les Sages ont-ils compté celles-ci ?

Parce que, lorsque les exilés montèrent, ils trouvèrent celles-ci et les consacrèrent ; mais les premières ont été annulées dès lors que la possession de la terre a été annulée. Il tient donc que la première consécration a sanctifié pour son temps et n'a pas sanctifié pour l'avenir.

📜 Rachi (2)
וְלָמָּה מְנָאוּם וַהֲלֹא הַרְבֵּה הָיוּ שָׁם וְהָתָם נָמֵי תְּנַן וְכֹל כַּיּוֹצֵא בָּהֶן:
« Et pourquoi les a-t-on comptées ? » : or il y en avait beaucoup là-bas, et là-bas aussi nous avons appris « et toutes celles qui leur sont semblables ».
אֶת אֵלּוּ עֲייָרוֹת נִמְנוּ בְּפֶ' בָּתְרָא דַּעֲרָכִין לְעִנְיַן בָּתֵּי עָרֵי חוֹמָה לוֹמַר שֶׁהָיוּ מֻוקָּפוֹת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן וְאֵין שָׁם יוֹתֵר מִתִּשְׁעָה:
« Celles-ci » : des villes énumérées au dernier chapitre de Arakhin a propos des maisons des villes murées, pour dire qu'elles étaient entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun, et il n'y en a pas là plus de neuf.
💡 Explication

La guemara change de paire de textes. Le traité Arakhin énumère neuf villes réputées entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun, statut qui commande le droit de rachat des maisons (Vayikra 25) et, pour notre traité, la date de lecture de la meguila. La question est de savoir pourquoi cette liste est si courte.

Réponse de Rabbi Ichmael fils de Rabbi Yossi : les exilés revenus de Babel n'ont trouvé que celles-là et les ont consacrées à nouveau ; les premières saintetés étaient tombées avec la perte de la terre. Le raisonnement suppose donc que la première consécration a valu pour son temps seulement.

10
וּרְמִינְהוּ, אָמַר רַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי: וְכִי אֵלּוּ בִּלְבַד הָיוּ? וַהֲלֹא כְּבָר נֶאֱמַר: ״שִׁשִּׁים עִיר כָּל חֶבֶל אַרְגֹּוב״, וּכְתִיב: ״כָּל אֵלֶּה עָרִים בְּצֻורוֹת חוֹמָה גְבֹוהָה״. אֶלָּא לָמָּה מָנוּ חֲכָמִים אֶת אֵלּוּ? שֶׁכְּשֶׁעָלוּ בְּנֵי הַגּוֹלָה מָצְאוּ אֵלּוּ וְקִידְּשׁוּם.

Et l'on objecte de ceci : Rabbi Ichmael fils de Rabbi Yossi dit : n'y avait-il donc que celles-ci ? N'est-il pas déjà dit « soixante villes, toute la région d'Argov » (Devarim 3,4), et il est écrit « toutes ces villes fortifiées d'une haute muraille » (Devarim 3,5) ?

Mais alors, pourquoi les Sages ont-ils compté celles-ci ? Parce que, lorsque les exilés montèrent, ils trouvèrent celles-ci et les consacrèrent.

📜 Rachi (1)
וּרְמִינְהוּ מַסְּקָנָא דְּמִילְּתֵיהּ הוּא דְּאָמַר לְעֵיל הָנֵי תַּנָּאֵי פְּלִיגִי בְּקִידְּשָׁהּ וְלֹא קִידְּשָׁהּ:
« Et l'on objecte de ceci » : c'est la conclusion de son propos, lui qui a dit plus haut que ces tannaim divergent sur « elle a sanctifié » et « elle n'a pas sanctifié ».
🗂️ Tossefot (1)
לָמָּה מָנוּ חֲכָמִים אֶת אֵלּוּ. קָשֶׁה אַמַּאי מַיְיתֵי הַךְ בָּרַיְיתָא דְּלָא מוֹכְחָא אֶלָּא דִּקְדֻושָּׁה רִאשׁוֹנָה לֹא בָּטְלָה וְהָאִיכָּא תַּנָּא דְּאִית לֵיהּ בְּפֶ' הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף פב:) דִּקְדֻושָּׁה רִאשׁוֹנָה וּשְׁנִיָּה יֵשׁ לָהֶן הָא שְׁלִישִׁית אֵין לָהֶן דִּקְדֻושָּׁה אַחֲרוֹנָה לֹא בָּטְלָה וּקְדֻושַּׁת חוֹנְיוֹ הָיְתָה לְאַחַר קְדֻושָּׁה שְׁלִישִׁית וְיֵשׁ לוֹמַר דַּאֲפִילּוּ לְמָאֵן דְּאָמַר קְדֻושָּׁה אַחֲרוֹנָה לֹא בָּטְלָה הַייְנוּ דַּוְקָא לְעִנְיַן תְּרוּמָה בַּזְּמַן הַזֶּה אֲבָל לְכָל מִילֵּי אַחֲרִינֵי וַדַּאי בָּטְלָה:
« Pourquoi les Sages ont-ils compté celles-ci. » Il y a une difficulté : pourquoi apporter cette baraita, qui ne prouve rien d'autre que ceci, que la première consécration ne s'est pas annulée ? Or il y a un tanna qui tient, au chapitre HéArel (Yevamot 82b), que la première et la deuxième consécration ont une annulation, tandis que la troisième n'en a pas, car la dernière consécration ne s'est pas annulée ; et la consécration de Honio fut postérieure à la troisième consécration. On peut dire que, même selon celui qui dit que la dernière consécration ne s'est pas annulée, cela vaut précisément pour la terouma à notre époque, mais pour tout le reste elle s'est assurément annulée.
💡 Explication

Une seconde baraita du même tanna pose la même question, la renforce par deux versets qui attestent un grand nombre de villes fortifiées, et y répond dans les mêmes termes — à une différence près : elle ne comporte pas la clause « mais les premières ont été annulées ». Le motif qui faisait de la première baraita une preuve manque ici.

La contradiction porte donc sur ce que la seconde baraita omet, et c'est le mot kidéchoum, ils les ont consacrées, qui devient le point sensible : si la sainteté tenait toujours, une consécration nouvelle n'avait pas lieu d'être.

🖼️ Schéma
Deux baraitot de Rabbi Ichmael fils de Rabbi Yossi Première baraita Seconde baraita Pourquoi les Sages ont-ils compté celles-ci ? Les exilés les ont trouvées et consacrées. Même question, appuyée sur Devarim 3,4-5 : soixante villes à la haute muraille. Ajoute : les premières ont été annulées dès lors que la terre a été annulée. N'ajoute rien de tel : le motif qui faisait la preuve est absent. La guemara s'arrête sur kidéchoum : pourquoi consacrer à nouveau, si la sainteté n'était pas tombée ?
Le même tanna, la même question, la même réponse ; seule la clause finale sépare les deux enseignements.
11
קִידְּשׁוּם?!

« Ils les ont consacrées » ?!

💡 Explication

L'amud se ferme sur ce seul mot, repris de la seconde baraita et retourné en question. Si le statut des villes murées avait subsiste, la mention d'une consécration par les exilés n'aurait aucun sens ; et si elle a un sens, la seconde baraita enseigne la même chose que la première, et la contradiction disparaît.

La réponse commence au folio suivant.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).