Sougya : Le folio part de la fin de la michna : la sainteté de Chilo admet une permission après elle, celle de Jérusalem n'en admet pas. Rabbi Its'hak rapporte avoir entendu qu'on offre des sacrifices au Beit Honio, le temple bâti en Égypte par Honio fils de Chimon le Juste ; cela suppose deux choses, que ce lieu ne soit pas une maison d'idolâtrie, et que la première consécration de Jérusalem ait sanctifié pour son temps seulement.
Rav Mari objecte de la michna elle-même et d'une michna de Zeva'him, et Rabbi Its'hak se rétracte. La guemara cherche alors si la question oppose deux tannaim : elle propose Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua à propos des tentures du second Temple, Ravina écarte cette lecture, et l'on aboutit à Rabbi Ichmael fils de Rabbi Yossi, dont deux baraitot sur les villes murées semblent se contredire.
Le mot qui clôt l'amud, kidechoum, ouvre la difficulté que résoudra la suite.
... il y a après elle une permission ; et la sainteté de Jérusalem — il n'y a pas après elle de permission.
Fin de la michna commencée au folio précédent. Elle compare Chilo et Jérusalem, les deux lieux où le service a été fixé après la conquête. Le point qui va occuper tout l'amud porte sur ce qui arrive quand le lieu est détruit : la sainteté de Chilo admet une permission après elle, c'est-à-dire que les bamot (autels privés, hors du sanctuaire central) redeviennent licites une fois Chilo tombée ; la sainteté de Jérusalem n'admet rien de tel.
La michna pose donc une asymétrie entre deux saintetés. La guemara va demander sur quoi elle repose, et un amora va soutenir la position inverse.
GUEMARA. Rabbi Its'hak dit : j'ai entendu qu'on offre des sacrifices au Beit Honio à notre époque.
Il tient que le Beit Honio n'est pas une maison d'idolâtrie, et il tient que la première consécration a sanctifié pour son temps et n'a pas sanctifié pour l'avenir.
Le Beit Honio est le temple bâti en Égypte par Honio, fils de Chimon le Juste. Rabbi Its'hak rapporte une tradition reçue : on y offre encore des sacrifices. La guemara dégage aussitôt les deux prémisses que cette tradition suppose.
Première prémisse : le lieu a été bâti au nom du Ciel, et non pour de l'idolâtrie — un autre avis, dans Mena'hot, soutient le contraire. Seconde prémisse : la kedoucha richona, la consécration de Jérusalem au temps de Yehochoua, a sanctifié le-cha'ata, pour son temps, sans sanctifier le-atid lavo, pour l'avenir. La destruction du Temple a donc fait tomber l'interdiction des bamot, et un autel hors de Jérusalem redevient licite.
Car il est écrit : « car vous n'êtes pas encore venus au repos et à l'héritage » (Devarim 12,9). « Repos », c'est Chilo ; « héritage », c'est Jérusalem.
On rapproche l'héritage du repos : de même qu'après le « repos » il y a une permission, de même après l'« héritage » il y a une permission.
Voici le fondement scripturaire de la position de Rabbi Its'hak. Le verset nomme deux étapes distinctes, menou'ha et na'hala, identifiées respectivement à Chilo et à Jérusalem. Puisque le verset les place côte à côte, on applique un hekech, un rapprochement qui transfère un trait de l'un à l'autre.
Le trait transféré ici est la réversibilité : Chilo détruite, les bamot redeviennent permises ; il doit en aller de même pour Jérusalem. Rachi, au segment précédent, lisait la séparation des deux mots dans l'autre sens, comme marquant deux régimes distincts. Toute la difficulté du folio tient à cette double lecture possible du même verset.
Ils lui dirent : as-tu dit cela ? Il leur dit : non.
Rava dit : Par D.ieu ! il l'a bien dit, et je l'ai appris de lui.
Les Sages interrogent Rabbi Its'hak sur cette tradition ; il la désavoue. Rava intervient alors et atteste, en appuyant son propos d'un serment, qu'il la lui a bel et bien entendu enseigner et qu'il l'a reçue de lui.
Le désaveu n'est donc pas un oubli : Rabbi Its'hak s'est rétracté. La guemara va demander ce qui l'y a conduit.
Et quelle est la raison pour laquelle il s'est rétracté ? À cause de la difficulté soulevée par Rav Mari.
Car Rav Mari objecta : « la sainteté de Chilo — il y a après elle une permission ; la sainteté de Jérusalem — il n'y a pas après elle de permission ». Et de plus, nous avons appris (Zeva'him 112b) : « dès qu'ils vinrent à Jérusalem, les bamot furent interdites, et ils n'eurent plus jamais de permission, et elle fut l'héritage ».
Rav Mari objecte deux fois. D'abord depuis la michna elle-même, qui énonce exactement l'inverse de ce qu'a dit Rabbi Its'hak. Ensuite depuis une michna de Zeva'him, qui ajoute une précision décisive : les bamot furent interdites et il n'y eut plus jamais de permission, la formule liant cette finalité au mot na'hala du verset.
La seconde source atteint la lecture de Rabbi Its'hak au point exact où elle s'appuyait : le hekech entre menou'ha et na'hala. Si na'hala désigne précisément ce qui ne se défait plus, le rapprochement ne peut plus transférer la réversibilité de Chilo à Jérusalem.
C'est une ma'hloket de tannaim. Car il est enseigné : Rabbi Eliezer dit : j'ai entendu que lorsqu'ils bâtissaient le Heikhal, on faisait des tentures pour le Heikhal et des tentures pour la azara ; seulement, pour le Heikhal on bâtissait de l'extérieur, et pour la azara on bâtissait de l'intérieur.
La guemara propose de rattacher la thèse à une divergence de tannaim, tirée d'une michna de Edouyot (8,6). Au temps de la reconstruction du second Temple, avant que les murs de pierre ne soient achevés, on tendait des kela'im (tentures) pour tenir lieu de cloisons, afin que le service puisse commencer sans attendre.
La différence de procédé tient au degré de sainteté : pour le Heikhal, les tentures étaient tendues à l'intérieur et les ouvriers bâtissaient depuis l'extérieur, sans y pénétrer ; pour la azara, moins sévère, ils bâtissaient depuis l'intérieur.
Et Rabbi Yehochoua dit : j'ai entendu qu'on offre des sacrifices même s'il n'y a pas de Maison, qu'on mange les kodchei kodachim même s'il n'y a pas de tentures, et les kodachim kalim et le maasser cheni même s'il n'y a pas de muraille, parce que la première consécration a sanctifié pour son temps et a sanctifié pour l'avenir. Par déduction, Rabbi Eliezer tient qu'elle n'a pas sanctifié pour l'avenir.
Rabbi Yehochoua énonce trois conséquences, chacune liée à une enceinte : l'autel sans le bâtiment du Temple, les kodchei kodachim (sacrifices de sainteté supérieure, qui se mangent dans la azara) sans tentures, les kodachim kalim et le maasser cheni (qui se mangent dans Jérusalem) sans muraille. Son motif est explicite : la consécration tient toujours, donc les limites qu'elle a tracées valent encore, même sans mur pour les marquer.
La guemara en tire une déduction sur Rabbi Eliezer. Si celui-ci exigeait des tentures, c'est qu'à ses yeux la sainteté de l'enceinte était tombée et devait être rétablie par une cloison réelle. Il tiendrait donc que la première consécration n'a pas sanctifié pour l'avenir, ce qui donnerait à Rabbi Its'hak un appui tannaitique.
Ravina dit à Rav Achi : d'où tires-tu cela ? Peut-être que, de l'avis de tous, la première consécration a sanctifié pour son temps et a sanctifié pour l'avenir, et qu'un maître rapporte ce qu'il a entendu et que l'autre maître rapporte ce qu'il a entendu.
Et si tu disais : pourquoi donc des tentures selon Rabbi Eliezer ? Pour la simple pudeur.
Ravina refuse la déduction. Rabbi Eliezer et Rabbi Yehochoua ouvrent tous deux par « j'ai entendu » : chacun transmet la tradition qu'il a reçue, sur un objet différent, sans se prononcer sur celui de l'autre. Deux témoignages parallèles ne font pas une ma'hloket.
Reste l'objection : si la sainteté tient toujours, à quoi servent les tentures ? Réponse : à la tsniout, la pudeur — soustraire le service aux regards pendant les travaux. Leur fonction est pratique, non pas constitutive de la sainteté du lieu. La preuve tannaitique cherchée au segment précédent s'effondre.
Mais plutôt comme ces tannaim-ci. Car il est enseigné : Rabbi Ichmael fils de Rabbi Yossi dit : pourquoi les Sages ont-ils compté celles-ci ?
Parce que, lorsque les exilés montèrent, ils trouvèrent celles-ci et les consacrèrent ; mais les premières ont été annulées dès lors que la possession de la terre a été annulée. Il tient donc que la première consécration a sanctifié pour son temps et n'a pas sanctifié pour l'avenir.
La guemara change de paire de textes. Le traité Arakhin énumère neuf villes réputées entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun, statut qui commande le droit de rachat des maisons (Vayikra 25) et, pour notre traité, la date de lecture de la meguila. La question est de savoir pourquoi cette liste est si courte.
Réponse de Rabbi Ichmael fils de Rabbi Yossi : les exilés revenus de Babel n'ont trouvé que celles-là et les ont consacrées à nouveau ; les premières saintetés étaient tombées avec la perte de la terre. Le raisonnement suppose donc que la première consécration a valu pour son temps seulement.
Et l'on objecte de ceci : Rabbi Ichmael fils de Rabbi Yossi dit : n'y avait-il donc que celles-ci ? N'est-il pas déjà dit « soixante villes, toute la région d'Argov » (Devarim 3,4), et il est écrit « toutes ces villes fortifiées d'une haute muraille » (Devarim 3,5) ?
Mais alors, pourquoi les Sages ont-ils compté celles-ci ? Parce que, lorsque les exilés montèrent, ils trouvèrent celles-ci et les consacrèrent.
Une seconde baraita du même tanna pose la même question, la renforce par deux versets qui attestent un grand nombre de villes fortifiées, et y répond dans les mêmes termes — à une différence près : elle ne comporte pas la clause « mais les premières ont été annulées ». Le motif qui faisait de la première baraita une preuve manque ici.
La contradiction porte donc sur ce que la seconde baraita omet, et c'est le mot kidéchoum, ils les ont consacrées, qui devient le point sensible : si la sainteté tenait toujours, une consécration nouvelle n'avait pas lieu d'être.
« Ils les ont consacrées » ?!
L'amud se ferme sur ce seul mot, repris de la seconde baraita et retourné en question. Si le statut des villes murées avait subsiste, la mention d'une consécration par les exilés n'aurait aucun sens ; et si elle a un sens, la seconde baraita enseigne la même chose que la première, et la contradiction disparaît.
La réponse commence au folio suivant.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).