Megillah 9b — Fin des changements des soixante-douze anciens et la beauté de Yefet sous les tentes de Chem ; puis trois michnayot de comparaison : le kohen gadol oint et le merubeh begadim, le kohen en fonction et le kohen retiré, la grande bama et la petite, Chilo et Yerouchalayim

Megillah 9b

Sougya : Le folio achève la liste des passages que les soixante-douze anciens ont modifiés en traduisant la Torah pour le roi Talmai : ils écartent l'idée que Moche aurait pris autre chose qu'un âne, celle que les astres auraient été donnés aux nations pour être servis, celle que les divinités étrangères se seraient créées d'elles-mêmes, et ils remplacent le lièvre par une périphrase parce que la femme du roi portait ce nom. Rabbi Yo'hanan tranche ensuite comme Rabban Chimon ben Gamliel, pour qui seul le grec a été permis, et il fonde cette position sur le verset « yaft Elokim le-Yefet » : la beauté de Yefet, donc le grec, entre sous les tentes de Chem.

Le traité passe alors à une série de michnayot batiles sur la formule « il n'y a entre X et Y que Z ». La première oppose le kohen gadol oint à l'huile d'onction au kohen consacré par le surcroît de vêtements, et la seconde le kohen en fonction au kohen qui s'est retiré.

La guemara établit que le début suit les Sages et la fin Rabbi Meir, ce qui ouvre une contradiction interne résolue de deux manières : Rav Hisda accepte deux auteurs, Rav Yossef attribue le tout à Rabbi qui a composé sa michna selon des tanaim différents. Deux dernières michnayot comparent la grande bama et la petite, puis Chilo et Yerouchalayim ; le folio s'interrompt sur la sainteté de Chilo, dont le sort sera discuté au folio suivant.

Les quatre couples du folio : il n'y a entre X et Y que Z 1. Kohen oint à l'huile d'onction — kohen merubeh begadim Seule différence : le taureau qui vient pour l'ensemble des mitsvot. Égaux pour le taureau de Kippour et le dixième d'épha. 2. Kohen en fonction — kohen retiré Seule différence : le taureau du jour de Kippour et le dixième d'épha. Égaux pour tout le reste. 3. Grande bama — petite bama Seule différence : les pessahim, et la guemara corrige : ce qui ressemble aux pessahim, soit les obligations à temps fixe. 4. Chilo — Yerouchalayim Seule différence : les kodachim kalim et le maasser cheni, mangés à Chilo dans tout le champ visuel, à Yerouchalayim dans la muraille.
Le chapitre poursuit sa série de comparaisons : chaque michna pose deux statuts proches et isole le seul point qui les sépare.
La contradiction interne de la michna et ses deux solutions Début : oint / merubeh begadim Le merubeh begadim n'apporte pas le taureau des mitsvot. Donc : les Sages, contre Rabbi Meir. Fin : en fonction / retiré Le retiré reste égal pour tout le reste, donc apte au service. Donc : Rabbi Meir, contre Rabbi Yossi. Une seule michna semble suivre deux auteurs opposés. Rav Hisda Il l'accepte : le début est des Sages, la fin est de Rabbi Meir. La michna rassemble deux sources telles quelles. Rav Yossef Tout est de Rabbi, qui a composé selon des tanaim différents. Un auteur unique retient les Sages ici et Rabbi Meir là.
Deux lectures du même texte : une michna à deux mains chez Rav Hisda, une michna d'auteur unique aux avis empruntés chez Rav Yossef.
Pourquoi le grec : la lecture de Rabban Chimon ben Gamliel yaft Elokim le-Yefet et il demeurera sous les tentes de Chem Gomer Fils de Yefet Écarte Yavan Fils de Yefet Retenu : le grec Magog Fils de Yefet Écarte Le mot qui tranche : yaft Rabbi Hiya bar Aba lit yaft d'après yofi, la beauté : la plus belle langue des fils de Yefet entre sous les tentes de Chem.
Le verset nomme Yefet dans son ensemble ; le terme yaft restreint la permission à ce qui fait sa beauté, le grec.
1
״לֹא חֶמֶד אֶחָד מֵהֶם נָשָׂאתִי״. ״אֲשֶׁר חָלַק ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ אֹתָם לְהָאִיר לְכָל הָעַמִּים״.

« Je n'ai pas pris d'eux un seul objet de valeur ». « Que Hachem ton D.ieu a attribué pour éclairer tous les peuples ».

📜 Rachi (2)
לֹא חֶמֶד אֶחָד מֵהֶם נָשָׂאתִי שֶׁלֹּא יֹאמַר חֲמוֹר לֹא לָקַח אֲבָל חֵפֶץ אַחֵר לָקַח:
Pour qu'il ne dise pas : il n'a pas pris d'âne, mais il a pris un autre objet.
לְהָאִיר לְכָל הָעַמִּים שֶׁאִם לֹא כֵן יֹאמַר בֶּן נֹחַ מֻותָּר בע"ז וּמִדְרָשׁוֹ (ע"ז נה.) לְהַחֲלִיקָן בִּדְבָרִים כְּדֵי לְטָורְדָן מִן הָעוֹלָם:
Car sans cela il dirait qu'un ben Noah a le droit de pratiquer l'idolâtrie. Son sens midrachique (Avoda Zara 55a) : les flatter par des paroles afin de les chasser du monde.
💡 Explication

Le folio poursuit la liste des passages que les soixante-douze anciens ont modifiés en traduisant la Torah pour le roi Talmai. Moche avait dit : « je n'ai pas pris d'eux un seul âne » (Bamidbar 16,15) ; ils écrivent « un seul objet de valeur », afin que le roi ne comprenne pas que Moche s'était abstenu de l'âne et avait pris autre chose.

Le second verset (Devarim 4,19) parle du soleil et de la lune, que Hachem « a attribués à tous les peuples ». Les anciens ajoutent « pour éclairer » : les astres ont été donnés aux nations comme sources de lumière, et non comme objets de culte.

2
״וַיֵּלֶךְ וַיַּעֲבֹוד אֱ-לֹהִים אֲחֵרִים אֲשֶׁר לֹא צִוִּיתִי לְעָובְדָם״.

« Et il est allé servir d'autres divinités que je n'ai pas ordonné de servir ».

📜 Rachi (1)
אֲשֶׁר לֹא צִוִּיתִי לְעָובְדָם שֶׁאִם לֹא כְּתָבוֹ לְעָובְדָם מַשְׁמַע אֲשֶׁר לֹא צִוִּיתִי שֶׁיִּהְיוּ וְיֹאמַר א"כ אֱלֹהוּת הֵן שֶׁעַל כָּורְחוֹ נִבְרְאוּ:
S'ils n'avaient pas écrit « de les servir », on aurait compris : que je n'ai pas ordonné qu'elles existent ; le roi aurait dit alors qu'il s'agit de divinités, puisqu'elles ont été créées malgré Lui.
💡 Explication

Le verset (Devarim 17,3) se termine par « que je n'ai pas ordonné ». Pris ainsi, il pouvait se lire : que je n'ai pas ordonné qu'elles existent, ce qui suggérerait que ces puissances se sont données l'existence elles-mêmes. Les anciens ajoutent « de les servir », et l'ambiguïté disparaît.

3
וְכָתְבוּ לוֹ: ״אֶת צְעִירַת הָרַגְלַיִם״, וְלֹא כָּתְבוּ לוֹ ״אֶת הָאַרְנֶבֶת״, מִפְּנֵי שֶׁאִשְׁתּוֹ שֶׁל תַּלְמַי אַרְנֶבֶת שְׁמָהּ, שֶׁלֹּא יֹאמַר שָׂחֲקוּ בִּי הַיְּהוּדִים וְהֵטִילוּ שֵׁם אִשְׁתִּי בַּתּוֹרָה.

Et ils lui ont écrit : « la bête aux pattes courtes », et ils ne lui ont pas écrit « et le lièvre », parce que la femme de Talmai s'appelait Arnevet, pour qu'il ne dise pas : les Juifs se sont moqués de moi et ont placé le nom de ma femme dans la Torah.

📜 Rachi (1)
וְכָתְבוּ בְּמָקוֹם וְאֶת הָאַרְנֶבֶת וְאֶת צְעִירַת הָרַגְלַיִם לְפִי שֶׁיָּדֶיהָ קְצָרוֹת וּקְטַנּוֹת מֵרַגְלֶיהָ:
À la place de « et le lièvre » : « et la bête aux pattes courtes », parce que ses pattes de devant sont courtes et plus petites que celles de derrière.
💡 Explication

Dans la liste des animaux impurs (Vayikra 11,6) figure l'arnevet, le lièvre. L'épouse du roi portait ce nom. Les anciens désignent l'animal par un de ses traits physiques plutôt que par son nom, pour éviter au roi le soupçon d'une moquerie délibérée.

4
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: אַף בַּסְּפָרִים לֹא הִתִּירוּ שֶׁיִּכָּתְבוּ אֶלָּא יְוָנִית. אָמַר רַבִּי אֲבָהוּ אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הֲלָכָה כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל. וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מַאי טַעְמָא דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל, אֲמַר קְרָא: ״יַפְתְּ אֱ-לֹהִים לְיֶפֶת וְיִשְׁכֹּן בְּאָהֳלֵי שֵׁם״, דְּבָרָיו שֶׁל יֶפֶת יִהְיוּ בְּאָהֳלֵי שֵׁם.

Rabban Chimon ben Gamliel dit : même pour les sefarim, on n'a permis de les écrire qu'en grec. Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : quelle est la raison de Rabban Chimon ben Gamliel ? Le verset dit : « yaft Elokim le-Yefet ve-yichkon be-ohalei Chem » (que D.ieu donne de l'ampleur à Yefet, et il demeurera sous les tentes de Chem) — les paroles de Yefet seront sous les tentes de Chem.

💡 Explication

La michna du début du chapitre permettait d'écrire les sefarim, les livres saints, en toute langue. Rabban Chimon ben Gamliel restreint cette permission au seul grec, et Rabbi Yo'hanan tranche comme lui.

La raison vient du verset de Noah (Berechit 9,27). « Il demeurera sous les tentes de Chem » se lit comme une entrée de la langue de Yefet dans le domaine de Chem, celui de l'étude et du texte saint.

5
וְאֵימָא גּוֹמֵר וּמָגוֹג? אָמַר רַבִּי חִיָּיא בַּר אַבָּא: הַייְנוּ טַעְמָא, דִּכְתִיב: ״יֶפֶת אֱ-לֹהִים לְיֶפֶת״, יַפְיוּתוֹ שֶׁל יֶפֶת יְהֵא בְּאָהֳלֵי שֵׁם.

Et dis plutôt Gomer et Magog ? Rabbi Hiya bar Aba a dit : voici la raison, car il est écrit « yaft Elokim le-Yefet » — la beauté de Yefet sera sous les tentes de Chem.

📜 Rachi (1)
יָפְיוּתוֹ שֶׁל יֶפֶת הוּא לְשׁוֹן יָוָן לְשׁוֹנוֹ יָפֶה מִשֶּׁל כָּל בְּנֵי יֶפֶת:
C'est la langue grecque : sa langue est plus belle que celle de tous les fils de Yefet.
💡 Explication

Yefet a plusieurs fils, parmi lesquels Gomer, Magog et Yavan ; le verset ne désigne aucun d'eux nommément. La guemara demande donc pourquoi la permission vise le grec, langue de Yavan, plutôt que les langues des autres.

Rabbi Hiya bar Aba s'appuie sur le verbe yaft, rapproché de yofi, la beauté. Le verset ne donne pas accès aux tentes de Chem à tout ce qui vient de Yefet, mais à ce qui en fait la beauté : la plus belle de ses langues, le grec.

6
מַתְנִי׳ אֵין בֵּין כֹּהֵן מָשׁוּחַ בְּשֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה לִמְרֻובֵּה בְּגָדִים אֶלָּא פַּר הַבָּא עַל כָּל הַמִּצְוֹת.

Michna. Il n'y a entre un kohen oint avec l'huile d'onction et un kohen consacré par le surcroît de vêtements que le taureau qui vient pour l'ensemble des mitsvot.

📜 Rachi (2)
מַתְנֵי' מְרֻובֵּה בְּגָדִים כֹּהֲנִים שֶׁשִּׁימְּשׁוּ בְּבַיִת שֵׁנִי וְאַף בְּבַיִת רִאשׁוֹן מֵימוֹת יֹאשִׁיָּהוּ וְאֵילָךְ שֶׁנִּגְנַז צְלוֹחִית שֶׁל שֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה:
Les kohanim qui ont officié dans le second Temple, et aussi dans le premier depuis les jours de Yochiyahou, lorsque la fiole d'huile d'onction fut cachée.
פַּר הַבָּא עַל כָּל הַמִּצְוֹת כֹּהֵן מָשִׁיחַ שֶׁהוֹרָה הֶיתֵּר בְּדָבָר שֶׁזְּדוֹנוֹ כָּרֵת וְעָשָׂה כְּהוֹרָאָתוֹ מֵבִיא פַּר שֶׁנֶּאֱמַר אִם הַכֹּהֵן הַמָּשִׁיחַ יֶחֱטָא לְאַשְׁמַת הָעָם וְגוֹ' (וַיִּקְרָא ד׳:ג׳):
Un kohen mashiah qui a rendu une décision permissive dans une matière dont la transgression volontaire entraîne le karet, et qui a agi conformément à sa décision, apporte un taureau, comme il est dit : « Si le kohen mashiah faute, rendant coupable le peuple... » (Vayikra 4,3).
🗂️ Tossefot (1)
אֵין בֵּין כֹּהֵן מָשׁוּחַ לִמְרֻובֵּה בְּגָדִים אֶלָּא פַּר הַבָּא עַל כָּל הַמִּצְוֹת. פֵּירוּשׁ פַּר כֹּהֵן מָשִׁיחַ שֶׁחָטָא בְּשׁוֹגֵג דְּעָשָׂה אַחַת מִכָּל מִצְוֹת ה' אֲשֶׁר לֹא תֵעָשֶׂינָה וְאָשֵׁם בְּדָבָר שֶׁזְּדוֹנוֹ כָּרֵת אֲבָל לָא מַיְירֵי בְּפַר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִבּוּר דִּכְתִיב בֵּיהּ הַכֹּהֵן הַמָּשִׁיחַ (יֶחֱטָא) דְּהָא מִרַבֵּינַן בת"כ וַאֲפִילּוּ כֹּהֵן הֶדְיוֹט יָכוֹל לַהֲבִיאוֹ וְכָל שֶׁכֵּן מְרֻובֵּה בְּגָדִים:
Il s'agit du taureau du kohen mashiah qui a fauté par inadvertance, ayant accompli l'une de toutes les mitsvot de Hachem qu'il ne faut pas faire, et s'est rendu coupable dans une matière dont la transgression volontaire entraîne le karet. La michna ne parle pas du taureau de la décision erronée de la collectivité, au sujet duquel il est pourtant écrit « le kohen mashiah », car nous incluons dans le Torat Kohanim que même un kohen ordinaire peut l'apporter, et à plus forte raison le merubeh begadim.
💡 Explication

Deux voies consacrent le kohen gadol. L'onction à l'huile valait tant que la fiole existait ; à partir du roi Yochiyahou, qui la fit cacher, et pendant tout le second Temple, le kohen gadol entre en fonction par le merubeh begadim, le fait de revêtir les huit vêtements propres à sa charge.

La michna enseigne que ces deux consécrations produisent le même statut, sauf sur un point : le par ha-ba al kol ha-mitsvot, le taureau qu'apporte le kohen gadol oint qui a rendu une décision erronée et l'a lui-même appliquée dans une matière dont la transgression volontaire entraîne le karet.

7
אֵין בֵּין כֹּהֵן מְשַׁמֵּשׁ לְכֹהֵן שֶׁעָבַר אֶלָּא פַּר יוֹם הַכִּפּוּרִים וַעֲשִׂירִית הָאֵיפָה.

Il n'y a entre le kohen en fonction et le kohen qui s'est retiré que le taureau du jour de Kippour et le dixième d'épha.

📜 Rachi (2)
כֹּהֵן הַמְשַׁמֵּשׁ כְּגוֹן שֶׁאֵירַע בּוֹ פְּסוּל וּמִינּוּ אַחֵר תַּחְתָּיו וְעָבַר פְּסוּלוֹ וְחָזַר לַעֲבוֹדָתוֹ וְהֶעֱבִירוֹ הַבָּא תַּחְתָּיו הָרִאשׁוֹן קָרוּי מְשַׁמֵּשׁ וְהַשֵּׁנִי עָבַר:
Par exemple, une invalidation lui est survenue, on en a nommé un autre à sa place, puis son invalidation a pris fin, il est revenu à son service et on a écarté celui qui était venu à sa place : le premier est appelé « en fonction » et le second « retiré ».
אֶלָּא פַּר יוה"כ שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְהָבִיא שְׁנַיִם וְכֵן עֲשִׂירִית הָאֵיפָה חָבִיתִי כֹּהֵן [גָּדוֹל] שֶׁבְּכָל יוֹם שֶׁאִי אֶפְשָׁר לְהָבִיא שְׁנַיִם:
Car il est impossible d'en apporter deux ; de même le dixième d'épha, les havitim du kohen gadol offerts chaque jour, dont il est impossible d'en apporter deux.
🗂️ Tossefot (1)
אֵין בֵּין כֹּהֵן הַמְשַׁמֵּשׁ לְכֹהֵן שֶׁעָבַר אֶלָּא פַּר יוֹם הַכִּפּוּרִים. קָשֶׁה אַמַּאי נְקַט לְכֹהֵן שֶׁעָבַר דְּהָא אֲפִילּוּ בַּיּוֹם שֶׁאֵירַע בּוֹ פָּסוּל לְכֹהֵן הַמְשַׁמֵּשׁ וְשִׁמֵּשׁ זֶה תַּחְתָּיו הָוֵי חִילּוּק זֶה שֶׁהַפָּר בָּא מִן הַמְשַׁמֵּשׁ אע"פ שֶׁאֵין מְשַׁמֵּשׁ כְּדַאי' בַּיְּרוּשַׁלְמִי וְאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בֵּין הַכֹּהֵן הַמְשַׁמֵּשׁ לְכֹהֵן שֶׁיַּעֲבֹור וְי"ל דְּאִי נְקַט לְאוֹתוֹ שֶׁיַּעֲבֹור הֲוָה מַשְׁמַע הָא לְאוֹתוֹ שֶׁעָבַר כְּבָר דְּהָוֵי בְּכָל שָׁנָה יֵשׁ הַרְבֵּה חִילּוּקִים בֵּינֵיהֶם מִשּׁוּם הָכִי נְקַט לְאוֹתוֹ שֶׁעָבַר לְאַשְׁמוֹעִינַן דְּאַף בְּדִידֵיהּ לֵיכָּא אֶלָּא חִילּוּק זֶה וא"ת לְמַאי דְּפָרֵישִׁית שֶׁהַפָּר הָוֵי מֵאוֹתוֹ שֶׁאֵירַע בּוֹ הַפְּסוּל אע"ג שֶׁאֵין מְשַׁמֵּשׁ א"כ קַשְׁיָא מֵהָא דְּאָמַר סוֹף פ"ק דִּשְׁבוּעוֹת (דַּף יד:) אֲשֶׁר לוֹ וְלֹא מִשֶּׁל אֶחָיו הַכֹּהֲנִים וְאַדְּרַבָּה הָיָה לוֹ לוֹמַר וְלֹא מֵאוֹתוֹ הַמְשַׁמֵּשׁ תַּחְתָּיו דְּהָוֵי רְבוּתָא טְפֵי וְשֶׁמָּא מִשּׁוּם דְּהָוֵי מִלְּתָא דְלָא שְׁכִיחָא שַׁבְקֵיהּ וּנְקַט מִידֵּי דִּשְׁכִיחַ כָּל שָׁנָה וְהַהִיא נָמֵי דְּהַקּוֹמֵץ רַבָּה (מְנָחוֹת דַּף יט.) דְּקָאָמַר דְּגַלִּי רַחֲמָנָא שְׁחִיטָה בִּבְעָלִים לֹא קָשֶׁה לְפֵירוּשֵׁינוּ דְּשָׁרֵי דְּכֵיוָן דְּזָכֵי לֵיהּ רַחֲמָנָא הָוֵי כְּאִילּוּ מַקְדִּישׁ מִשֶּׁלּוֹ:
Difficulté : pourquoi la michna choisit-elle « le kohen qui s'est retiré » ? Même le jour où l'invalidation survient au kohen en fonction et où un autre officie à sa place, cette différence existe déjà, puisque le taureau vient de celui qui est en fonction bien qu'il n'officie pas, comme il est dit dans le Yerouchalmi. Elle aurait donc dû dire : entre le kohen en fonction et le kohen qui va se retirer. On peut répondre : si elle avait pris « celui qui va se retirer », on aurait compris qu'avec celui qui s'est déjà retiré — cas qui se présente chaque année — il existe entre eux beaucoup de différences ; elle prend donc « celui qui s'est retiré », pour nous enseigner que même avec lui il n'y a que cette seule différence. Et si tu objectes : d'après notre explication, selon laquelle le taureau vient de celui à qui l'invalidation est survenue bien qu'il n'officie pas, cela contredit ce qui est dit à la fin du premier chapitre de Chevouot (14b) : « qui est à lui » — et non des biens de ses frères les kohanim ; il aurait plutôt fallu dire : et non de celui qui officie à sa place, ce qui serait un enseignement plus fort. On peut répondre qu'il s'agit là d'un cas peu fréquent, que l'on a laissé pour prendre un cas qui se produit chaque année. Et ce qui est dit dans Hakometz Rabba (Menahot 19a), que la Torah a dévoilé la chehita faite par le propriétaire, ne contredit pas notre explication qui l'autorise : puisque la Torah lui en a accordé le droit, c'est comme s'il consacrait de ses propres biens.
💡 Explication

Le kohen she-avar est celui qui a remplacé le kohen gadol frappé d'une invalidation passagère, puis s'est effacé quand le premier est revenu à son service. Les deux offrandes citées se prennent sur la personne même du kohen gadol en charge : le taureau qu'il apporte à Kippour et le dixième d'épha, les havitim offerts chaque jour. Ni l'un ni l'autre ne peut être double, ce qui les réserve à celui qui est effectivement en fonction.

8
גְּמָ׳ הָא לְעִנְיַן פַּר יוֹם כִּפּוּרִים וַעֲשִׂירִית הָאֵיפָה — זֶה וָזֶה שָׁוִין.

Guemara. Donc, pour ce qui est du taureau du jour de Kippour et du dixième d'épha, l'un et l'autre sont égaux.

💡 Explication

La guemara tire la conclusion implicite de la première michna. Puisque le seul écart signalé entre le kohen oint et le merubeh begadim porte sur le taureau des mitsvot, tout le reste leur est commun, y compris les deux offrandes que la michna suivante réservera au kohen en fonction.

9
מַתְנִיתִין דְּלָא כְּרַבִּי מֵאִיר, דְּאִי רַבִּי מֵאִיר, [הָא תַּנְיָא]: מְרֻובֵּה בְּגָדִים מֵבִיא פַּר הַבָּא עַל כָּל הַמִּצְוֹת, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: אֵינוֹ מֵבִיא.

Notre michna ne suit pas Rabbi Meir ; car si elle était de Rabbi Meir, [voici ce qui est enseigné dans une baraita] : le merubeh begadim apporte le taureau qui vient pour l'ensemble des mitsvot — paroles de Rabbi Meir ; et les Sages disent : il ne l'apporte pas.

💡 Explication

Une baraita oppose Rabbi Meir aux Sages précisément sur le point isolé par la michna. Pour Rabbi Meir, le merubeh begadim apporte lui aussi ce taureau, donc aucune différence ne subsisterait entre les deux kohanim. La michna, qui maintient cette différence, suit donc les Sages.

10
מַאי טַעְמֵיהּ דְּרַבִּי מֵאִיר — דְּתַנְיָא: ״מָשִׁיחַ״, אֵין לִי אֶלָּא מָשׁוּחַ בְּשֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה, מְרֻובֵּה בְּגָדִים מִנַּיִן? תַּלְמוּד לוֹמַר: ״הַמָּשִׁיחַ״.

Quelle est la raison de Rabbi Meir ? Comme il est enseigné : « mashiah » (oint) — je n'ai là que celui qui a été oint avec l'huile d'onction ; d'où le merubeh begadim ?

Le texte dit : « ha-mashiah » (l'oint).

💡 Explication

Rabbi Meir lit l'article défini du verset comme une extension. Le mot seul viserait l'onction proprement dite ; l'article inclut toute forme de consécration à la grande prêtrise, donc aussi le merubeh begadim.

11
בְּמַאי אוֹקֵימְנָא — דְּלָא כְּרַבִּי מֵאִיר. אֵימָא סֵיפָא: אֵין בֵּין כֹּהֵן מְשַׁמֵּשׁ לְכֹהֵן שֶׁעָבַר אֶלָּא פַּר יוֹם הַכִּפּוּרִים וַעֲשִׂירִית הָאֵיפָה. הָא לְכָל דִּבְרֵיהֶן — זֶה וָזֶה שָׁוִין, אֶתְאַן לְרַבִּי מֵאִיר, דְּתַנְיָא: אֵירַע בּוֹ פְּסוּל וּמִינּוּ כֹּהֵן אַחֵר תַּחְתָּיו, רִאשׁוֹן — חוֹזֵר לַעֲבוֹדָתוֹ, שֵׁנִי — כָּל מִצְוֹת כְּהֻונָּה גְּדוֹלָה עָלָיו, דִּבְרֵי רַבִּי מֵאִיר. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: רִאשׁוֹן — חוֹזֵר לַעֲבוֹדָתוֹ, שֵׁנִי — אֵינוֹ רָאוּי לֹא לְכֹהֵן גָּדוֹל וְלֹא לְכֹהֵן הֶדְיוֹט.

Comment l'avons-nous établie ? Autrement que selon Rabbi Meir.

Dis maintenant la fin : il n'y a entre le kohen en fonction et le kohen qui s'est retiré que le taureau du jour de Kippour et le dixième d'épha — donc pour tout le reste, l'un et l'autre sont égaux : nous voici arrivés à Rabbi Meir ! Car il est enseigné : s'il lui est survenu une invalidation et qu'on a nommé un autre kohen à sa place, le premier revient à son service ; quant au second, toutes les obligations de la grande prêtrise lui incombent — paroles de Rabbi Meir.

Rabbi Yossi dit : le premier revient à son service ; le second n'est apte ni comme kohen gadol ni comme kohen ordinaire.

📜 Rachi (3)
גְּמ' הָא לְכָל דִּבְרֵיהֶן זֶה וָזֶה שָׁוִין וְאִם בָּא לְהַקְטִיר אוֹ לַעֲבֹוד שׁוּם עֲבוֹדָה מְשַׁמֵּשׁ בִּשְׁמוֹנָה בְּגָדִים כֹּהֵן שֶׁעָבַר כְּכֹהֵן הַמְשַׁמֵּשׁ:
Et s'il vient faire fumer une offrande ou accomplir un service quelconque, il officie avec les huit vêtements : le kohen retiré comme le kohen en fonction.
כָּל מִצְוֹת כְּהֻונָּה גְּדוֹלָה עָלָיו מְשַׁמֵּשׁ בְּח' בְּגָדִים לֹא פּוֹרֵעַ וְלֹא פּוֹרֵם וּמְצֻוֶּוה עַל הַבְּתוּלָה וּמֻוזְהָר עַל הָאַלְמָנָה וּמַקְרִיב אוֹנֵן:
Il officie avec les huit vêtements, ne laisse pas pousser ses cheveux ni ne déchire ses vêtements, il lui est ordonné d'épouser une vierge, il lui est interdit d'épouser une veuve, et il offre alors même qu'il est onen.
וְאֵינוֹ רָאוּי לְשַׁמֵּשׁ לֹא בִּשְׁמוֹנָה בְּגָדִים כְּכֹהֵן גָּדוֹל וְלֹא בְּאַרְבָּעָה כְּכֹהֵן הֶדְיוֹט:
À officier : ni avec les huit vêtements comme un kohen gadol, ni avec les quatre comme un kohen ordinaire.
💡 Explication

La fin de la michna suppose que le kohen retiré garde tout le statut de kohen gadol, sauf les deux offrandes personnelles. Or cette position est exactement celle de Rabbi Meir dans la baraita, contre Rabbi Yossi qui prive le remplaçant de toute fonction.

Rabbi Meir maintient le second dans l'ensemble des mitsvot de la kehouna guedola citées par Rachi : le service en huit vêtements, l'interdiction de laisser pousser ses cheveux et de déchirer ses vêtements en deuil, l'obligation d'épouser une vierge, l'interdiction d'épouser une veuve, et le droit d'offrir alors même qu'il est onen. Le début de la michna suivait les Sages, sa fin suit Rabbi Meir.

🖼️ Schéma
Le kohen nommé en remplacement : quel statut après le retour du premier Point commun aux deux avis : le premier kohen, une fois son invalidation passée, revient à son service. Rabbi Meir Le second garde toutes les obligations de la grande prêtrise : service en huit vêtements ; ni cheveux longs ni vêtements déchirés ; épouse une vierge, pas une veuve ; offre même en état de onen. C'est l'avis que suit la fin de la michna. Rabbi Yossi Le second n'est apte à rien : pas kohen gadol, à cause de l'inimitié entre deux titulaires égaux ; pas kohen ordinaire, car on élève en sainteté et on ne fait pas descendre. Appuyé sur le cas de Yossef ben Elem.
Les deux avis se séparent sur le sort du remplaçant, et la michna se range du côté de Rabbi Meir.
12
וְאָמַר רַבִּי יוֹסֵי: מַעֲשֶׂה בְּרַבִּי יוֹסֵף בֶּן אִלֵּם מִצִּיפּוֹרִי שֶׁאֵירַע בּוֹ פְּסוּל בְּכֹהֵן גָּדוֹל וּמִינּוּהוּ תַּחְתָּיו, וּבָא מַעֲשֶׂה לִפְנֵי חֲכָמִים, וְאָמְרוּ: רִאשׁוֹן — חוֹזֵר לַעֲבוֹדָתוֹ, שֵׁנִי — אֵינוֹ רָאוּי לֹא לְכֹהֵן גָּדוֹל וְלֹא לְכֹהֵן הֶדְיוֹט.

Et Rabbi Yossi a dit : il est arrivé au sujet de Rabbi Yossef ben Elem de Tsippori qu'une invalidation survint au kohen gadol et qu'on le nomma à sa place ; le cas vint devant les Sages, qui dirent : le premier revient à son service, le second n'est apte ni comme kohen gadol ni comme kohen ordinaire.

💡 Explication

Rabbi Yossi appuie son avis sur un cas réel jugé par les Sages. Le kohen remplaçant, une fois le titulaire rétabli, se trouve privé des deux statuts à la fois.

13
כֹּהֵן גָּדוֹל — מִשּׁוּם אֵיבָה, כֹּהֵן הֶדְיוֹט — מִשּׁוּם מַעֲלִין בַּקֹּודֶשׁ וְלֹא מוֹרִידִין. רֵישָׁא רַבָּנָן, וְסֵיפָא רַבִּי מֵאִיר!

Kohen gadol — à cause de l'inimitié ; kohen ordinaire — parce qu'on élève en sainteté et qu'on ne fait pas descendre. Le début serait donc des Sages et la fin de Rabbi Meir !

🗂️ Tossefot (1)
וְלֹא לְכֹהֵן הֶדְיוֹט מִשּׁוּם מַעֲלִין בַּקֹּדֶשׁ וְכוּ'. קַשְׁיָא לָמָּה לֵיהּ הַאי טַעְמָא תִּיפּוֹק לֵיהּ דְּכֵיוָן דְּרָאוּי לְכֹהֵן גָּדוֹל אִי לָאו מִשּׁוּם אֵיבָה א"כ אֵינוֹ יָכוֹל לְשַׁמֵּשׁ בְּאַרְבָּעָה בְּגָדִים מִשּׁוּם דַּהֲוָה לֵיהּ מְחֻוסַּר בְּגָדִים וְיֵשׁ לוֹמַר דְּמִשּׁוּם הַאי טַעְמָא לֹא הָיִינוּ מַקְפִּידִין כֵּיוָן דְּעַל פִּי בֵּית דִּין הוּא אִי לָאו טַעְמָא דְּמַעֲלִין:
Difficulté : pourquoi cette raison ? On pouvait l'obtenir autrement : puisqu'il est apte à la grande prêtrise, n'était l'inimitié, il ne peut pas officier avec quatre vêtements, car il lui manquerait alors des vêtements. On peut répondre que pour cette raison seule nous n'aurions pas été stricts, puisque sa mise à l'écart se fait sur décision du beit din, n'était le motif de « on élève en sainteté ».
💡 Explication

La guemara explique d'abord les deux volets de la position de Rabbi Yossi. Le second kohen ne peut rester kohen gadol à cause de l'eiva, la rivalité qui naîtrait de deux titulaires de même rang dans le Temple ; il ne peut redevenir kohen ordinaire en vertu du principe maalin ba-kodech ve-ein moridin, on élève en matière de sainteté sans jamais faire descendre.

Elle formule ensuite la difficulté : la michna attribuerait son début aux Sages et sa fin à Rabbi Meir, ce qui suppose deux auteurs dans un même texte.

14
אָמַר רַב חִסְדָּא, אִין: רֵישָׁא רַבָּנַן וְסֵיפָא רַבִּי מֵאִיר. רַב יוֹסֵף אָמַר: רַבִּי הִיא, וְנָסֵיב לָהּ אַלִּיבָּא דְּתַנָּאֵי.

Rav Hisda dit : en effet, le début est des Sages et la fin de Rabbi Meir. Rav Yossef dit : la michna entière est de Rabbi, qui l'a formulée en suivant des tanaim différents.

📜 Rachi (2)
רַבִּי הִיא וּסְתָמָהּ אַלִּיבָּא דְּנַפְשֵׁיהּ:
Et il l'a enseignée de manière anonyme selon sa propre opinion.
וְנָסֵיב לֵיהּ אַלִּיבָּא דְּתַנָּאֵי בִּמְרֻובֶּה בְּגָדִים סָבַר לָהּ כְּרַבָּנָן וּבְכֹהֵן שֶׁעָבַר סָבַר לָהּ כְּר' מֵאִיר:
Au sujet du merubeh begadim il pense comme les Sages, et au sujet du kohen retiré il pense comme Rabbi Meir.
💡 Explication

Rav Hisda accepte la difficulté telle quelle : la michna rassemble deux enseignements d'origines distinctes. Rav Yossef maintient un auteur unique, Rabbi, le rédacteur de la michna, qui a retenu l'avis des Sages sur le merubeh begadim et celui de Rabbi Meir sur le kohen retiré. L'expression nassiv la aliba de-tanaei désigne cette composition d'une position propre à partir d'avis empruntés.

15
מַתְנִי׳ אֵין בֵּין בָּמָה גְּדוֹלָה לַבָּמָה קְטַנָּה אֶלָּא פְּסָחִים. זֶה הַכְּלָל: כֹּל שֶׁהוּא נִידָּר וְנִידָּב — קָרֵב בְּבָמָה, וְכֹל שֶׁאֵינוֹ לֹא נִידָּר וְלֹא נִידָּב — אֵינוֹ קָרֵב בְּבָמָה.

Michna. Il n'y a entre une grande bama et une petite bama que les sacrifices pascaux.

Voici la règle : tout ce qui peut être voué ou donné volontairement est offert sur une bama, et tout ce qui ne peut être ni voué ni donné volontairement n'est pas offert sur une bama.

📜 Rachi (4)
מַתְנִי' אֵין בֵּין בָּמָה אֵין הֶפְרֵשׁ בִּשְׁעַת הֶיתֵּר הַבָּמוֹת בֵּין בָּמָה גְדוֹלָה זֶה מִזְבֵּחַ שֶׁל מֹשֶׁה בְּעוֹדוֹ בְּנוֹב וְגִבְעוֹן:
Il n'y a pas de différence, au temps où les bamot étaient permises, entre une grande bama, c'est-à-dire l'autel de Moche lorsqu'il se trouvait à Nov et à Guivon,
לְבָמָה קְטַנָּה מִזְבֵּחַ שֶׁל יָחִיד שֶׁכָּל יָחִיד וְיָחִיד עוֹשֶׂה בָּמָה לְעַצְמוֹ:
et l'autel d'un particulier, chacun se faisant une bama pour lui-même.
קָרֵב בְּבָמָה קְטַנָּה:
Sur la petite.
כֹּל שֶׁאֵינוֹ נִידָּר וְנִידָּב כו' בִּזְבָחִים יָלֵיף לָהּ בְּפֶרֶק בָּתְרָא:
Cela est déduit dans le traité Zevahim, au dernier chapitre.
💡 Explication

Le mot bama désigne un autel élevé hors du sanctuaire central, au temps où ces autels étaient permis. La grande bama est l'autel public de Moche, à Nov puis à Guivon ; la petite bama est celle qu'un particulier dresse pour lui-même.

La règle finale distingue les offrandes selon leur origine : ce qui relève d'un engagement libre, nidar ve-nidav, peut monter sur une petite bama ; ce qui est imposé comme obligation en est exclu.

16
גְּמָ׳ פְּסָחִים וְתוּ לָא? אֵימָא כְּעֵין פְּסָחִים.

Guemara. Les sacrifices pascaux et rien de plus ?

Dis plutôt : ce qui est du même genre que les sacrifices pascaux.

📜 Rachi (2)
גְּמָ' פְּסָחִים וְתוּ לָא וְהָא קָתָנֵי סֵיפָא כֹּל שֶׁאֵינוֹ נִידָּר וְנִידָּב אֵינוֹ קָרֵב בְּבָמָה קְטַנָּה וְאִילּוּ בִּגְדוֹלָה הָיוּ מַקְרִיבִין קָרְבְּנוֹת צִבּוּר תְּמִידִין וּמוּסָפִין וְקָא ס"ד דְּאַף חוֹבוֹת צִבּוּר שֶׁאֵין קָבוּעַ לָהֶן זְמַן הָיוּ קְרֵיבִין בָּהּ כְּגוֹן פַּר הֶעְלֵם דָּבָר שֶׁל צִבּוּר וּשְׂעִירֵי ע"ז:
Mais la suite enseigne : tout ce qui ne peut être ni voué ni donné volontairement n'est pas offert sur une petite bama — alors que sur la grande on offrait les sacrifices de la collectivité, temidim et moussafim. On pouvait penser que même les obligations de la collectivité dont le temps n'est pas fixé y étaient offertes, comme le taureau de la décision erronée de la collectivité et les boucs de l'idolâtrie.
כְּעֵין פְּסָחִים וְכָל חוֹבוֹת הַקָּבוּעַ לָהֶם זְמַן כִּפְסָחִים:
Et toutes les obligations dont le temps est fixé, comme les sacrifices pascaux.
💡 Explication

La michna elle-même se contredit en apparence : elle annonce une différence unique, puis ajoute une règle générale qui exclut de la petite bama toute offrande obligatoire. La guemara corrige la formulation : le mot « pessahim » vaut pour toute une catégorie, les obligations dont le temps est fixé.

17
מַנִּי — רַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא. דְּתַנְיָא, רַבִּי שִׁמְעוֹן אוֹמֵר: אַף צִבּוּר לֹא הִקְרִיבוּ אֶלָּא פְּסָחִים וְחוֹבוֹת שֶׁקָּבוּעַ לָהֶם זְמַן, אֲבָל חוֹבוֹת שֶׁאֵין קָבוּעַ לָהֶם זְמַן — הָכָא וְהָכָא לָא קְרוּב.

Qui en est l'auteur ? C'est Rabbi Chimon.

Car il est enseigné : Rabbi Chimon dit : même la collectivité n'a offert que les sacrifices pascaux et les obligations dont le temps est fixé ; mais les obligations dont le temps n'est pas fixé, ni ici ni la elles ne sont offertes.

📜 Rachi (2)
מַנִּי מַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי דְּבָמָה קְטַנָּה אֵין קָרֵב בָּהּ שׁוּם חוֹבָה וְאָמַר דְּבָמָה גְּדוֹלָה לָא עֲדִיפָא מִינָּהּ אֶלָּא בְּחוֹבוֹת הַקָּבוּעַ לָהֶן זְמַן:
Notre michna, qui enseigne que sur une petite bama aucune obligation n'est offerte, et qui dit que la grande bama ne lui est supérieure que pour les obligations dont le temps est fixé.
ר' שִׁמְעוֹן הִיא דְּאָמַר בְּפֶרֶק בָּתְרָא דִּזְבָחִים אַף צִבּוּר לֹא הִקְרִיבוּ בְּבָמָה גְּדוֹלָה שׁוּם חוֹבָה אֶלָּא פְּסָחִים וְחוֹבוֹת הַקָּבוּעַ לָהֶן זְמַן אֲבָל חוֹבוֹת שֶׁאֵין קָבוּעַ לָהֶן זְמַן כְּגוֹן פַּר הֶעֱלֵם דָּבָר וּשְׂעִירֵי ע"ז הָכָא וְהָכָא לֹא קָרַב אֲבָל כִּדְרַבָּנָן דְּהָתָם לָא מִתּוֹקְמָא מַתְנִיתִין דְּהָא אָמְרִי כֹּל שֶׁהַצִּבּוּר מַקְרִיבִין בְּאֹהֶל מוֹעֵד שֶׁבַּמִּדְבָּר מַקְרִיבִין בְּאֹהֶל מוֹעֵד שֶׁבַּגִּלְגָּל דְּהִיא בָּמָה גְּדוֹלָה וַאֲפִילּוּ פַּר הֶעֱלֵם דָּבָר וּמַתְנִיתִין קָתָנֵי פֶּסַח וְכַיּוֹצֵא בָּהֶן:
Qui dit, au dernier chapitre de Zevahim, que même la collectivité n'a offert sur la grande bama aucune obligation, sinon les sacrifices pascaux et les obligations dont le temps est fixé ; quant aux obligations dont le temps n'est pas fixé, comme le taureau de la décision erronée et les boucs de l'idolâtrie, ni ici ni la elles ne sont offertes. Selon les Sages de ce même passage, notre michna ne tient pas, car ils disent : tout ce que la collectivité offrait dans la tente d'assignation du désert, elle l'offrait dans la tente d'assignation du Guilgal, qui est une grande bama, y compris le taureau de la décision erronée ; or notre michna enseigne les sacrifices pascaux et ce qui leur ressemble.
🗂️ Tossefot (1)
מַנִּי רַבִּי שִׁמְעוֹן הִיא דְּאָמַר אַף צִבּוּר לֹא הִקְרִיבוּ. נִרְאֶה דְּכֵיוָן דְּמוֹקְמִינַן לְמִתְנֵי' כְּרַבִּי שִׁמְעוֹן א"כ סֵיפָא נָמֵי אָתְיָא כְּוָותֵיהּ דְּקָתָנֵי זֶה הַכְּלָל כָּל הַנִּידָּר וְנִידָּב קָרֵב בְּבָמָה וְקָשֶׁה דְּהָא נְזִירוּת דְּהָוֵי דָּבָר הַנִּידָּר וְנִידָּב כִּדְאָמְרִינַן בְּפֶרֶק שֵׁנִי דִתְמוּרָה (דַּף יד: וְשָׁם) וַאֲפִילּוּ הָכֵי אִית לֵיהּ לְר' שִׁמְעוֹן פֶּ' בָּתְרָא דִּזְבָחִים (דַּף קיז. וְשָׁם) דִּמְנָחוֹת וּנְזִירוּת אֵין קָרֵב אֲפִילּוּ בְּבָמָה גְדוֹלָה וי"ל דְּהָכִי מִיפָּרְשָׁא מַתְנִיתִין זֶה הַכְּלָל כָּל הַנִּידָּר וְנִידָּב שֶׁקָּרֵב בְּבָמָה גְּדוֹלָה כְּגוֹן עוֹלָה וּשְׁלָמִים לְיָחִיד קָרֵב בְּבָמָה קְטַנָּה וְכָל שֶׁאֵינוֹ נִידָּר וְנִידָּב ואע"פ שֶׁקָּרֵב בְּבָמָה גְּדוֹלָה אֵין קָרֵב בְּבָמָה קְטַנָּה אֲבָל מוֹדֶה הוּא דְּיֵשׁ נִידָּר וְנִידָּב שֶׁאֵין קָרֵב לֹא בְּבָמָה גְּדוֹלָה וְלֹא בְּבָמָה קְטַנָּה:
Il apparaît que, puisque nous établissons notre michna selon Rabbi Chimon, la fin aussi suit son avis, elle qui enseigne : voici la règle, tout ce qui est voué ou donné volontairement est offert sur une bama. Et c'est difficile, car le nezirout est chose vouée et donnée volontairement, comme nous le disons au deuxième chapitre de Temoura (14b), et pourtant Rabbi Chimon soutient, au dernier chapitre de Zevahim (117a), que les minhot et le nezirout ne sont offerts même pas sur une grande bama. On peut répondre que la michna s'explique ainsi : voici la règle, tout ce qui est voué et donné volontairement et qui est offert sur une grande bama, comme la ola et les chelamim d'un particulier, est offert sur une petite bama ; et tout ce qui n'est ni voué ni donné volontairement, même s'il est offert sur une grande bama, n'est pas offert sur une petite bama. Mais il admet qu'il existe des offrandes vouées et volontaires qui ne sont offertes ni sur une grande bama ni sur une petite.
💡 Explication

La michna suppose que la grande bama elle-même ne reçoit pas toutes les offrandes publiques. Cette position est celle de Rabbi Chimon, pour qui les obligations sans temps fixé, comme le taureau de la décision erronée de la collectivité ou les boucs de l'idolâtrie, ne montent sur aucune bama et attendent le sanctuaire.

Rachi précise que la michna ne peut suivre les Sages de ce débat, qui autorisent sur la grande bama tout ce que la collectivité offrait dans la tente d'assignation du désert.

🖼️ Schéma
Selon Rabbi Chimon : ce qui monte sur chaque bama Petite bama Autel d'un particulier. Offrandes vouées ou données volontairement : ola, chelamim. Aucune obligation, même à temps fixé. Grande bama Autel public, à Nov et Guivon. Tout ce qui précède, plus les obligations à temps fixé : pessahim, temidim, moussafim. Ni l'une ni l'autre Obligations sans temps fixé : taureau de la décision erronée de la collectivité ; boucs de l'idolâtrie. Réservées au sanctuaire. Le seul écart entre les deux bamot Les obligations à temps fixé, dont le pessa'h est l'exemple donné par la michna.
Trois zones : ce qui monte partout, ce qui monte sur la seule grande bama, et ce qui attend le sanctuaire.
18
מַתְנִי׳ אֵין בֵּין שִׁילֹה לִירוּשָׁלַיִם, אֶלָּא שֶׁבְּשִׁילֹה אוֹכְלִין קָדָשִׁים קַלִּים וּמַעֲשֵׂר שֵׁנִי בְּכָל הָרוֹאֶה, וּבִירוּשָׁלַיִם לִפְנִים מִן הַחוֹמָה.

Michna. Il n'y a entre Chilo et Yerouchalayim que ceci : à Chilo on mange les kodachim kalim et le maasser cheni dans tout le champ visuel, et à Yerouchalayim à l'intérieur de la muraille.

📜 Rachi (1)
מַתְנֵי' בְּכָל הָרוֹאֶה בְּכָל מָקוֹם שֶׁיּוּכַל לִרְאוֹת מִשָּׁם אֶת שִׁילֹה וּבְפֶרֶק בָּתְרָא דִּזְבָחִים יָלֵיף טַעְמָא:
En tout lieu d'où l'on peut voir Chilo ; et au dernier chapitre de Zevahim la raison en est déduite.
💡 Explication

Les kodachim kalim, offrandes de moindre sainteté, comme les chelamim, la toda ou le pessa'h, ainsi que le maasser cheni, se mangent dans un périmètre défini. À Yerouchalayim, ce périmètre est la muraille de la ville.

Chilo n'était pas une ville entourée d'une muraille : son périmètre est fixé par le regard. Tout lieu d'où l'on aperçoit Chilo entre dans la limite, ce que la michna appelle bekhol ha-roe.

🖼️ Schéma
Chilo et Yerouchalayim : deux manières de tracer la limite Chilo Sans muraille. Kodachim kalim et maasser cheni : partout d'où l'on voit Chilo. La limite dépend du regard. Yerouchalayim Ville entourée d'une muraille. Kodachim kalim et maasser cheni : à l'intérieur de la muraille. La limite dépend de la construction. Identique des deux côtés Les kodchei kodachim se mangent à l'intérieur des tentures, la cour du sanctuaire.
Le seul point qui sépare les deux lieux tient au tracé de la limite pour les offrandes de moindre sainteté.
19
וְכָאן וְכָאן, קָדְשֵׁי קֳדָשִׁים נֶאֱכָלִין לִפְנִים מִן הַקְּלָעִים. קְדֻושַּׁת שִׁילֹה —

Et ici et là, les kodchei kodachim se mangent à l'intérieur des tentures. La sainteté de Chilo —

💡 Explication

Les kodchei kodachim, offrandes de haute sainteté, se mangent dans la cour du sanctuaire, délimitée à Chilo par les kelaïm, les tentures du michkan, et à Yerouchalayim par le mur de la azara.

Le folio s'interrompt sur l'amorce de la dernière distinction. Le folio suivant achèvera la phrase : la sainteté de Chilo a connu une suite, puisque les bamot ont été permises de nouveau après sa destruction, tandis que la sainteté de Yerouchalayim n'a jamais été suivie d'une telle permission.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).