Sougya : Le folio achève la liste des passages que les soixante-douze anciens ont modifiés en traduisant la Torah pour le roi Talmai : ils écartent l'idée que Moche aurait pris autre chose qu'un âne, celle que les astres auraient été donnés aux nations pour être servis, celle que les divinités étrangères se seraient créées d'elles-mêmes, et ils remplacent le lièvre par une périphrase parce que la femme du roi portait ce nom. Rabbi Yo'hanan tranche ensuite comme Rabban Chimon ben Gamliel, pour qui seul le grec a été permis, et il fonde cette position sur le verset « yaft Elokim le-Yefet » : la beauté de Yefet, donc le grec, entre sous les tentes de Chem.
Le traité passe alors à une série de michnayot batiles sur la formule « il n'y a entre X et Y que Z ». La première oppose le kohen gadol oint à l'huile d'onction au kohen consacré par le surcroît de vêtements, et la seconde le kohen en fonction au kohen qui s'est retiré.
La guemara établit que le début suit les Sages et la fin Rabbi Meir, ce qui ouvre une contradiction interne résolue de deux manières : Rav Hisda accepte deux auteurs, Rav Yossef attribue le tout à Rabbi qui a composé sa michna selon des tanaim différents. Deux dernières michnayot comparent la grande bama et la petite, puis Chilo et Yerouchalayim ; le folio s'interrompt sur la sainteté de Chilo, dont le sort sera discuté au folio suivant.
« Je n'ai pas pris d'eux un seul objet de valeur ». « Que Hachem ton D.ieu a attribué pour éclairer tous les peuples ».
Le folio poursuit la liste des passages que les soixante-douze anciens ont modifiés en traduisant la Torah pour le roi Talmai. Moche avait dit : « je n'ai pas pris d'eux un seul âne » (Bamidbar 16,15) ; ils écrivent « un seul objet de valeur », afin que le roi ne comprenne pas que Moche s'était abstenu de l'âne et avait pris autre chose.
Le second verset (Devarim 4,19) parle du soleil et de la lune, que Hachem « a attribués à tous les peuples ». Les anciens ajoutent « pour éclairer » : les astres ont été donnés aux nations comme sources de lumière, et non comme objets de culte.
« Et il est allé servir d'autres divinités que je n'ai pas ordonné de servir ».
Le verset (Devarim 17,3) se termine par « que je n'ai pas ordonné ». Pris ainsi, il pouvait se lire : que je n'ai pas ordonné qu'elles existent, ce qui suggérerait que ces puissances se sont données l'existence elles-mêmes. Les anciens ajoutent « de les servir », et l'ambiguïté disparaît.
Et ils lui ont écrit : « la bête aux pattes courtes », et ils ne lui ont pas écrit « et le lièvre », parce que la femme de Talmai s'appelait Arnevet, pour qu'il ne dise pas : les Juifs se sont moqués de moi et ont placé le nom de ma femme dans la Torah.
Dans la liste des animaux impurs (Vayikra 11,6) figure l'arnevet, le lièvre. L'épouse du roi portait ce nom. Les anciens désignent l'animal par un de ses traits physiques plutôt que par son nom, pour éviter au roi le soupçon d'une moquerie délibérée.
Rabban Chimon ben Gamliel dit : même pour les sefarim, on n'a permis de les écrire qu'en grec. Rabbi Abahou a dit au nom de Rabbi Yo'hanan : la halakha est comme Rabban Chimon ben Gamliel.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : quelle est la raison de Rabban Chimon ben Gamliel ? Le verset dit : « yaft Elokim le-Yefet ve-yichkon be-ohalei Chem » (que D.ieu donne de l'ampleur à Yefet, et il demeurera sous les tentes de Chem) — les paroles de Yefet seront sous les tentes de Chem.
La michna du début du chapitre permettait d'écrire les sefarim, les livres saints, en toute langue. Rabban Chimon ben Gamliel restreint cette permission au seul grec, et Rabbi Yo'hanan tranche comme lui.
La raison vient du verset de Noah (Berechit 9,27). « Il demeurera sous les tentes de Chem » se lit comme une entrée de la langue de Yefet dans le domaine de Chem, celui de l'étude et du texte saint.
Et dis plutôt Gomer et Magog ? Rabbi Hiya bar Aba a dit : voici la raison, car il est écrit « yaft Elokim le-Yefet » — la beauté de Yefet sera sous les tentes de Chem.
Yefet a plusieurs fils, parmi lesquels Gomer, Magog et Yavan ; le verset ne désigne aucun d'eux nommément. La guemara demande donc pourquoi la permission vise le grec, langue de Yavan, plutôt que les langues des autres.
Rabbi Hiya bar Aba s'appuie sur le verbe yaft, rapproché de yofi, la beauté. Le verset ne donne pas accès aux tentes de Chem à tout ce qui vient de Yefet, mais à ce qui en fait la beauté : la plus belle de ses langues, le grec.
Michna. Il n'y a entre un kohen oint avec l'huile d'onction et un kohen consacré par le surcroît de vêtements que le taureau qui vient pour l'ensemble des mitsvot.
Deux voies consacrent le kohen gadol. L'onction à l'huile valait tant que la fiole existait ; à partir du roi Yochiyahou, qui la fit cacher, et pendant tout le second Temple, le kohen gadol entre en fonction par le merubeh begadim, le fait de revêtir les huit vêtements propres à sa charge.
La michna enseigne que ces deux consécrations produisent le même statut, sauf sur un point : le par ha-ba al kol ha-mitsvot, le taureau qu'apporte le kohen gadol oint qui a rendu une décision erronée et l'a lui-même appliquée dans une matière dont la transgression volontaire entraîne le karet.
Il n'y a entre le kohen en fonction et le kohen qui s'est retiré que le taureau du jour de Kippour et le dixième d'épha.
Le kohen she-avar est celui qui a remplacé le kohen gadol frappé d'une invalidation passagère, puis s'est effacé quand le premier est revenu à son service. Les deux offrandes citées se prennent sur la personne même du kohen gadol en charge : le taureau qu'il apporte à Kippour et le dixième d'épha, les havitim offerts chaque jour. Ni l'un ni l'autre ne peut être double, ce qui les réserve à celui qui est effectivement en fonction.
Guemara. Donc, pour ce qui est du taureau du jour de Kippour et du dixième d'épha, l'un et l'autre sont égaux.
La guemara tire la conclusion implicite de la première michna. Puisque le seul écart signalé entre le kohen oint et le merubeh begadim porte sur le taureau des mitsvot, tout le reste leur est commun, y compris les deux offrandes que la michna suivante réservera au kohen en fonction.
Notre michna ne suit pas Rabbi Meir ; car si elle était de Rabbi Meir, [voici ce qui est enseigné dans une baraita] : le merubeh begadim apporte le taureau qui vient pour l'ensemble des mitsvot — paroles de Rabbi Meir ; et les Sages disent : il ne l'apporte pas.
Une baraita oppose Rabbi Meir aux Sages précisément sur le point isolé par la michna. Pour Rabbi Meir, le merubeh begadim apporte lui aussi ce taureau, donc aucune différence ne subsisterait entre les deux kohanim. La michna, qui maintient cette différence, suit donc les Sages.
Quelle est la raison de Rabbi Meir ? Comme il est enseigné : « mashiah » (oint) — je n'ai là que celui qui a été oint avec l'huile d'onction ; d'où le merubeh begadim ?
Le texte dit : « ha-mashiah » (l'oint).
Rabbi Meir lit l'article défini du verset comme une extension. Le mot seul viserait l'onction proprement dite ; l'article inclut toute forme de consécration à la grande prêtrise, donc aussi le merubeh begadim.
Comment l'avons-nous établie ? Autrement que selon Rabbi Meir.
Dis maintenant la fin : il n'y a entre le kohen en fonction et le kohen qui s'est retiré que le taureau du jour de Kippour et le dixième d'épha — donc pour tout le reste, l'un et l'autre sont égaux : nous voici arrivés à Rabbi Meir ! Car il est enseigné : s'il lui est survenu une invalidation et qu'on a nommé un autre kohen à sa place, le premier revient à son service ; quant au second, toutes les obligations de la grande prêtrise lui incombent — paroles de Rabbi Meir.
Rabbi Yossi dit : le premier revient à son service ; le second n'est apte ni comme kohen gadol ni comme kohen ordinaire.
La fin de la michna suppose que le kohen retiré garde tout le statut de kohen gadol, sauf les deux offrandes personnelles. Or cette position est exactement celle de Rabbi Meir dans la baraita, contre Rabbi Yossi qui prive le remplaçant de toute fonction.
Rabbi Meir maintient le second dans l'ensemble des mitsvot de la kehouna guedola citées par Rachi : le service en huit vêtements, l'interdiction de laisser pousser ses cheveux et de déchirer ses vêtements en deuil, l'obligation d'épouser une vierge, l'interdiction d'épouser une veuve, et le droit d'offrir alors même qu'il est onen. Le début de la michna suivait les Sages, sa fin suit Rabbi Meir.
Et Rabbi Yossi a dit : il est arrivé au sujet de Rabbi Yossef ben Elem de Tsippori qu'une invalidation survint au kohen gadol et qu'on le nomma à sa place ; le cas vint devant les Sages, qui dirent : le premier revient à son service, le second n'est apte ni comme kohen gadol ni comme kohen ordinaire.
Rabbi Yossi appuie son avis sur un cas réel jugé par les Sages. Le kohen remplaçant, une fois le titulaire rétabli, se trouve privé des deux statuts à la fois.
Kohen gadol — à cause de l'inimitié ; kohen ordinaire — parce qu'on élève en sainteté et qu'on ne fait pas descendre. Le début serait donc des Sages et la fin de Rabbi Meir !
La guemara explique d'abord les deux volets de la position de Rabbi Yossi. Le second kohen ne peut rester kohen gadol à cause de l'eiva, la rivalité qui naîtrait de deux titulaires de même rang dans le Temple ; il ne peut redevenir kohen ordinaire en vertu du principe maalin ba-kodech ve-ein moridin, on élève en matière de sainteté sans jamais faire descendre.
Elle formule ensuite la difficulté : la michna attribuerait son début aux Sages et sa fin à Rabbi Meir, ce qui suppose deux auteurs dans un même texte.
Rav Hisda dit : en effet, le début est des Sages et la fin de Rabbi Meir. Rav Yossef dit : la michna entière est de Rabbi, qui l'a formulée en suivant des tanaim différents.
Rav Hisda accepte la difficulté telle quelle : la michna rassemble deux enseignements d'origines distinctes. Rav Yossef maintient un auteur unique, Rabbi, le rédacteur de la michna, qui a retenu l'avis des Sages sur le merubeh begadim et celui de Rabbi Meir sur le kohen retiré. L'expression nassiv la aliba de-tanaei désigne cette composition d'une position propre à partir d'avis empruntés.
Michna. Il n'y a entre une grande bama et une petite bama que les sacrifices pascaux.
Voici la règle : tout ce qui peut être voué ou donné volontairement est offert sur une bama, et tout ce qui ne peut être ni voué ni donné volontairement n'est pas offert sur une bama.
Le mot bama désigne un autel élevé hors du sanctuaire central, au temps où ces autels étaient permis. La grande bama est l'autel public de Moche, à Nov puis à Guivon ; la petite bama est celle qu'un particulier dresse pour lui-même.
La règle finale distingue les offrandes selon leur origine : ce qui relève d'un engagement libre, nidar ve-nidav, peut monter sur une petite bama ; ce qui est imposé comme obligation en est exclu.
Guemara. Les sacrifices pascaux et rien de plus ?
Dis plutôt : ce qui est du même genre que les sacrifices pascaux.
La michna elle-même se contredit en apparence : elle annonce une différence unique, puis ajoute une règle générale qui exclut de la petite bama toute offrande obligatoire. La guemara corrige la formulation : le mot « pessahim » vaut pour toute une catégorie, les obligations dont le temps est fixé.
Qui en est l'auteur ? C'est Rabbi Chimon.
Car il est enseigné : Rabbi Chimon dit : même la collectivité n'a offert que les sacrifices pascaux et les obligations dont le temps est fixé ; mais les obligations dont le temps n'est pas fixé, ni ici ni la elles ne sont offertes.
La michna suppose que la grande bama elle-même ne reçoit pas toutes les offrandes publiques. Cette position est celle de Rabbi Chimon, pour qui les obligations sans temps fixé, comme le taureau de la décision erronée de la collectivité ou les boucs de l'idolâtrie, ne montent sur aucune bama et attendent le sanctuaire.
Rachi précise que la michna ne peut suivre les Sages de ce débat, qui autorisent sur la grande bama tout ce que la collectivité offrait dans la tente d'assignation du désert.
Michna. Il n'y a entre Chilo et Yerouchalayim que ceci : à Chilo on mange les kodachim kalim et le maasser cheni dans tout le champ visuel, et à Yerouchalayim à l'intérieur de la muraille.
Les kodachim kalim, offrandes de moindre sainteté, comme les chelamim, la toda ou le pessa'h, ainsi que le maasser cheni, se mangent dans un périmètre défini. À Yerouchalayim, ce périmètre est la muraille de la ville.
Chilo n'était pas une ville entourée d'une muraille : son périmètre est fixé par le regard. Tout lieu d'où l'on aperçoit Chilo entre dans la limite, ce que la michna appelle bekhol ha-roe.
Et ici et là, les kodchei kodachim se mangent à l'intérieur des tentures. La sainteté de Chilo —
Les kodchei kodachim, offrandes de haute sainteté, se mangent dans la cour du sanctuaire, délimitée à Chilo par les kelaïm, les tentures du michkan, et à Yerouchalayim par le mur de la azara.
Le folio s'interrompt sur l'amorce de la dernière distinction. Le folio suivant achèvera la phrase : la sainteté de Chilo a connu une suite, puisque les bamot ont été permises de nouveau après sa destruction, tandis que la sainteté de Yerouchalayim n'a jamais été suivie d'une telle permission.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).