Megillah 9a — En quelle langue et en quelle écriture s'écrivent les livres saints ; l'affaire du roi Talmai et la traduction grecque de la Torah

Megillah 9a

Sougya : Le folio achève la discussion ouverte par la michna « il n'y a entre les livres saints et les tefillin et les mezouzot que... » : la michna permet d'écrire les livres en toute langue, tandis qu'une baraita déclare invalide un verset du texte écrit en araméen ou un passage araméen écrit dans la langue du texte, et exige l'écriture achourit, sur un rouleau et à l'encre. Quatre tentatives de conciliation se succèdent, chacune écartée par une objection, avant que Rav Achi ne rapporte la baraita aux Prophètes et aux Écrits selon Rabbi Yehouda.

La reconstitution de cette baraita conduit à la permission du grec, limitée par Rabbi Yehouda au seul rouleau de la Torah. La raison de cette permission est ensuite racontée : le roi Talmai réunit soixante-douze anciens dans soixante-douze maisons séparées et leur commanda de traduire la Torah ; tous écrivirent le même texte et y portèrent les mêmes modifications.

Le folio énumère ces modifications, verset par verset, avec chaque fois le malentendu qu'elles écartent.

Une contradiction, cinq lectures : comment accorder la michna et la baraita La michna (Megillah 8b) Les livres saints s'écrivent en toute langue ; tefillin et mezouzot, en achourit seulement. La baraita Mikra écrit en targoum et targoum écrit en mikra ne valent pas, tant qu'on n'écrit pas en achourit. La distinction proposée Ce qui lui est opposé 1. Rava : la michna vise notre écriture, la baraita vise leur écriture. Abaye : la fin de la baraita exige déjà l'achourit, la langue n'y change rien. 2. La michna suit les Sages, la baraita suit Rabban Chimon ben Gamliel. Rabban Chimon ben Gamliel admet aussi le grec, et la baraita ne dit qu'achourit. 3. La michna parle des livres, la baraita des tefillin et des mezouzot. Les passages du Chema ne contiennent aucun mot araméen à transposer. 4. La michna parle des livres, la baraita de la meguila. Rav Papa : pitgam. Rav Nahman bar Its'hak : yekar. Deux mots araméens. 5. Rav Achi : la baraita vise les autres livres, et suit Rabbi Yehouda. Lecture retenue : elle ouvre la baraita sur la permission du grec.
La guemara ne modifie jamais les deux textes : elle déplace à chaque fois l'objet dont chacun parle, jusqu'à ce qu'aucune objection ne subsiste.
Trois positions sur la langue des livres, et la place du grec Les Sages de la michna Rabban Chimon ben Gamliel Rabbi Yehouda Les livres saints s'écrivent en toute langue. Tefillin et mezouzot : achourit seulement. Même dans les livres, la seule langue permise en dehors de l'hébreu est le grec. La permission du grec vaut pour le rouleau de la Torah seul ; les autres livres restent en achourit. Pourquoi le grec seul à été distingué À cause de l'affaire du roi Talmai : la Torah y a été rendue en grec par soixante-douze anciens, et le résultat a montré que cette langue pouvait porter le texte sans le trahir. Pourquoi tefillin et mezouzot échappent à toute permission Il est écrit à leur propos ve-hayou, et elles seront : behavayatan yehou, elles doivent rester telles qu'elles sont, dans leur langue et dans leur écriture.
Le désaccord porte sur l'étendue de la permission ; l'exclusion des tefillin et des mezouzot fait l'unanimité, fondée sur un verset.
Les modifications écrites pour Talmai, dans l'ordre du folio Verset Ce qu'ils ont écrit Le malentendu écarté Berechit 1, 1 D.ieu créa au commencement Berechit lu comme un nom, deux puissances Berechit 1, 26 Je ferai l'homme à l'image Le pluriel faisons entendu comme plusieurs Berechit 2, 2 Il acheva le sixième jour Un travail achevé le jour du chabbat Berechit 5, 2 Mâle et femelle Il le créa Deux corps créés, en désaccord avec 1, 27 Berechit 11, 7 Que Je descende et que Je confonde Le pluriel descendons entendu comme plusieurs Berechit 18, 12 Sarah rit parmi ses proches Deux rires semblables, une seule réprimande Berechit 49, 6 Ils ont tué un bœuf, déraciné une mangeoire Les fils de Yaakov tenus pour des meurtriers Chemot 4, 20 Sur un porteur d'hommes L'âne tenu pour une marque de pauvreté Chemot 12, 40 En Égypte et dans d'autres pays, 400 ans Un compte d'années jugé impossible Chemot 24, 5 Il envoya les zaatoutei Des jeunes gens envoyés devant la Chekhina Chemot 24, 11 Sur les zaatoutei Il n'étendit pas la main Accord avec le mot choisi quelques versets plus haut
Onze modifications sont énumérées sur ce côté du folio ; chacune répond à une lecture fausse que le texte littéral aurait permise.
1
כָּאן בְּגוּפָן שֶׁלָּנוּ, כָּאן בְּגוּפָן שֶׁלָּהֶן.

Ici, dans notre écriture ; là, dans leur écriture.

📜 Rachi (2)
גּוּפָן כְּתִיבָה:
L'écriture, les caractères.
כָּאן בְּגוּפָן שֶׁלָּנוּ מַתְנִיתִין דְּקָתָנֵי בְּכָל לָשׁוֹן שֶׁלֹּא שִׁינָּה אֶת הַכְּתָב אֶלָּא שֶׁשִּׁינָּה אֶת הַלָּשׁוֹן וּבָרַיְיתָא בְּגוּפָן שֶׁלָּהֶן:
Notre michna, qui enseigne « en toute langue », vise le cas où il n'a pas changé l'écriture mais seulement la langue ; la baraita, elle, vise leur écriture.
💡 Explication

La guemara achève une réponse de Rava. La michna du folio précédent permet d'écrire les livres saints en toute langue, tandis qu'une baraita déclare qu'un verset du texte écrit en araméen, ou un passage araméen écrit dans la langue du texte, ne rend pas les mains impures. Rava sépare deux notions : le gofan, les caractères, et la lachon, la langue. La michna permet de changer la langue tant que les caractères restent ceux de l'écriture achourit ; la baraita invalide un texte écrit dans les caractères des nations.

🖼️ Schéma
Deux variables distinctes : l'écriture et la langue Gofan : les caractères tracés Lachon : la langue employée Achourit, les lettres de la Torah, ou bien les lettres des nations. Hébreu du texte, araméen du targoum, grec, ou toute autre langue. La michna, selon Rava Langue changée, caractères achourit conservés : le livre demeure valide. La baraita, selon Rava Caractères étrangers : le livre est invalide, quelle que soit la langue.
La réponse de Rava tient entièrement dans la séparation de ces deux variables ; l'objection d'Abaye va porter sur ce point.
2
אָמַר לֵיהּ אַבַּיֵּי: בְּמַאי אוֹקִימְתָּא לְהַהִיא? בְּגוּפָן שֶׁלָּהֶן, מַאי אִירְיָא מִקְרָא שֶׁכְּתָבוֹ תַּרְגּוּם וְתַרְגּוּם שֶׁכְּתָבוֹ מִקְרָא? אֲפִילּוּ מִקְרָא שֶׁכְּתָבוֹ מִקְרָא וְתַרְגּוּם שֶׁכְּתָבוֹ תַּרְגּוּם נָמֵי. דְּהָא קָתָנֵי: עַד שֶׁיִּכְתְּבֶנּוּ אַשּׁוּרִית עַל הַסֵּפֶר בִּדְיוֹ!

Abaye lui dit : comment as-tu expliqué cette baraita ? Dans leur écriture.

Alors pourquoi parler précisément d'un verset du texte (mikra) écrit en araméen (targoum) et d'un passage araméen écrit dans la langue du texte ? Même un verset du texte écrit dans la langue du texte, et un passage araméen écrit en araméen, le seraient également.

Car la baraita enseigne : jusqu'à ce qu'il l'écrive en achourit, sur un rouleau et à l'encre !

💡 Explication

Abaye retourne contre Rava la fin de la baraita. Si l'invalidation vient des caractères étrangers, alors la langue du contenu devient sans objet : un texte hébreu écrit dans les lettres des nations serait invalide au même titre. La baraita aurait donc énoncé des cas inutiles. Sa clause finale, « jusqu'à ce qu'il l'écrive en achourit, sur un rouleau et à l'encre », suffit à couvrir tous les cas d'écriture étrangère. L'énumération des deux cas de langue montre que la baraita vise autre chose.

3
אֶלָּא, לָא קַשְׁיָא: הָא רַבָּנָן, הָא רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל.

Plutôt, il n'y a pas de difficulté : celle-ci suit les Sages, celle-là suit Rabban Chimon ben Gamliel.

📜 Rachi (2)
הָא דְּאָמַר עַד שֶׁיִּכְתְּבֶנּוּ בִּכְתָב אַשּׁוּרִית:
Il s'agit de la baraita qui exige qu'il l'écrive en écriture achourit.
רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל הִיא דִּפְלִיג אַדְּרַבָּנָן בְּמַתְנִיתִין:
Il conteste l'avis des Sages dans notre michna.
💡 Explication

Deuxième tentative : les deux textes expriment deux avis distincts de la michna précédente. Les Sages permettent d'écrire les livres en toute langue, et c'est notre michna. Rabban Chimon ben Gamliel restreint la permission, et c'est la baraita qui exige l'écriture achourit.

4
אִי רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל הָא אִיכָּא יְוָנִית! אֶלָּא, לָא קַשְׁיָא: כָּאן בִּסְפָרִים, כָּאן בִּתְפִלִּין וּמְזוּזוֹת.

Si c'est Rabban Chimon ben Gamliel, il y a pourtant le grec ! Plutôt, il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit des livres saints, là des tefillin et des mezouzot.

📜 Rachi (2)
אִי רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל אַמַּאי קָתָנֵי בַּבָּרַייְתָא עַד שֶׁיִּכְתְּבֶנּוּ אַשּׁוּרִית:
Pourquoi la baraita enseigne-t-elle alors « jusqu'à ce qu'il l'écrive en achourit » ?
אֶלָּא לָא קַשְׁיָא גָּרְסִינַן:
Telle est la version que nous lisons.
💡 Explication

La deuxième tentative tombe. Rabban Chimon ben Gamliel ne restreint pas l'écriture au seul achourit : il permet aussi le grec. La baraita, qui ne mentionne que l'achourit, ne peut donc être la sienne.

Troisième tentative : la michna parle des livres saints, où toute langue est permise, et la baraita des tefillin et des mezouzot, qui ne s'écrivent qu'en hébreu et en caractères achourit.

5
תְּפִלִּין וּמְזוּזוֹת מַאי טַעְמָא? מִשּׁוּם דִּכְתִיב בְּהוּ: ״וְהָיוּ״ — בַּהֲוָייָתָן יְהוּ, מַאי תַּרְגּוּם שֶׁכְּתָבוֹ מִקְרָא אִיכָּא? בִּשְׁלָמָא תּוֹרָה — אִיכָּא ״יְגַר שָׂהֲדוּתָא״, אֶלָּא הָכָא מַאי תַּרְגּוּם אִיכָּא?

Pour les tefillin et les mezouzot, quelle est la raison ? Parce qu'il est écrit à leur propos « ve-hayou », et elles seront : elles doivent demeurer telles qu'elles sont.

Mais quel passage araméen écrit dans la langue du texte y a-t-il ? Pour la Torah, soit : il y a « yegar sahadouta ».

Mais ici, quel araméen y a-t-il ?

📜 Rachi (1)
וְהָיוּ הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה כְּתִיב בִּתְפִילִּין וּמְזוּזוֹת שֶׁכְּתוּבִין בָּהֶן פָּרָשִׁיּוֹת שֶׁל שְׁמַע:
Ce verset est écrit à propos des tefillin et des mezouzot, où l'on inscrit les passages du Chema.
🗂️ Tossefot (1)
בִּשְׁלָמָא תּוֹרָה אִיכָּא יְגַר שָׂהֲדוּתָא. וְקָשֶׁה אַמַּאי מִפַּסְלָא בְּהָכִי וַהֲלֹא אִילּוּ הָיָה חָסֵר כָּל אֵלּוּ הַשָּׁלֹשׁ תֵּיבוֹת לָא מִפְּסִיל בְּהָכִי כִּדְאָמְרִינַן בְּגִיטִּין (דַּף ס.) סֵפֶר תּוֹרָה שֶׁחָסַר יְרִיעָה אַחַת אֵין קוֹרִין בּוֹ מַשְׁמַע דַּווְקָא יְרִיעָה אַחַת אֲבָל פָּסוּק אֶחָד לֹא וְדָחַק הַקּוּנְטְרֵס לוֹמַר דְּגָרַע טְפֵי כְּשֶׁהוּא כָּתוּב תַּרְגּוּם מִכְּשֶׁהוּא לֹא נִכְתַּב כְּלָל וְיֵשׁ לוֹמַר דְּהָכָא לֹא בָּא אֶלָּא לְהַשְׁמִיעֵנוּ דְּהָוֵי טָעוּת וְצָרִיךְ לְהַגִּיהוֹ:
« Pour la Torah, soit : il y a yegar sahadouta ». Il y a une difficulté : pourquoi le rouleau serait-il invalide par là ? Si ces trois mots manquaient entièrement, il ne serait pas invalide pour autant, comme nous le disons dans Guittin (60a) : un rouleau de la Torah auquel manque une feuille entière, on n'y lit pas — ce qui laisse entendre une feuille entière, mais non un seul verset. Le Kountras, le commentaire de Rachi, s'est vu contraint de dire que le cas est plus grave lorsque le passage est écrit en araméen que lorsqu'il n'est pas écrit du tout. On peut dire qu'ici la baraita vient seulement nous enseigner qu'il s'agit d'une erreur et qu'il faut la corriger.
💡 Explication

La raison de l'exclusion des tefillin et des mezouzot vient du verset « et ces paroles seront » (Deutéronome 6, 6), lu comme behavayatan yehou : elles resteront dans l'état où elles sont, sans changement de langue ni d'écriture.

La troisième tentative tombe à son tour. La baraita parle d'un targoum écrit en mikra, c'est-à-dire d'un passage araméen transposé dans la langue du texte. Un tel passage existe dans la Torah, avec les mots yegar sahadouta que Lavan prononce (Genèse 31, 47). Les passages inscrits dans les tefillin et les mezouzot sont ceux du Chema, entièrement hébreux : le cas énoncé par la baraita n'y trouverait aucune application.

6
אֶלָּא, לָא קַשְׁיָא: כָּאן בִּמְגִילָּה, כָּאן בִּסְפָרִים. מְגִילָּה מַאי טַעְמָא, דִּכְתִיב בָּהּ: ״כִּכְתָבָם וְכִלְשׁוֹנָם״. מַאי תַּרְגּוּם שֶׁכְּתָבוֹ מִקְרָא אִיכָּא?

Plutôt, il n'y a pas de difficulté : ici il s'agit de la meguila, là des livres saints. Pour la meguila, quelle est la raison ?

Parce qu'il est écrit à son propos « selon leur écriture et selon leur langue ». Mais quel passage araméen écrit dans la langue du texte y a-t-il ?

🗂️ Tossefot (1)
כָּאן בִּמְגִילָּה כָּאן בִּשְׁאָר סְפָרִים. וְקָשֶׁה דְּהַךְ בָּרַייְתָא כְּמַאן מִתּוֹקְמָא לֹא כְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל וְלָא כְּרַבָּנָן דְּאִי רַבָּנַן א"כ הֲוָה לֵיהּ לְמִיתְנֵי בְּמָתְנֵי' מְגִילָּה גַּבֵּי תְּפִילִּין וּמְזוּזוֹת שֶׁאֵין נִכְתָּבִין אֶלָּא אַשּׁוּרִית וּכְרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל לֹא מִתּוֹקְמָא שֶׁהֲרֵי הוּא מַתִּיר אַף יְוָנִית וְאֵין לוֹמַר דְּהָנֵי מִילֵּי בִּשְׁאָר סְפָרִים [מַתִּיר רַשְׁבָּ"ג יְוָנִית] אֲבָל בִּמְגִילָּה מוֹדֶה שֶׁצָּרִיךְ אַשּׁוּרִית זֶה אֵינוֹ דְּהָא בְּפֶרֶק שֵׁנִי (דַּף יח.) אָמְרִי רַב וּשְׁמוּאֵל דְּלַעַז יְוָנִית לְכָל כָּשֵׁר וּמַסִּיק דְּאִינְהוּ אֱמֹור כְּרַשְׁבָּ"ג וּמַסִּיק נָמֵי הָתָם קָא מַשְׁמַע לַן דְּאַף בִּמְגִילָּה נַמֵּי אָמְרִי מִלְּתַייְהוּ וְעַל כָּרְחֲךָ צָרִיךְ לוֹמַר שֶׁזֶּה הַמְתָרֵץ אֵין סוֹבֵר דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל קָאֵי כְּוָותֵיהּ דְּרַב וּשְׁמוּאֵל דִּלְקַמָּן אֶלָּא סוֹבֵר לֵיהּ דְּרַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל לֹא הִתִּיר בִּמְגִילָּה אֶלָּא אַשּׁוּרִית וּמִשּׁוּם דִּכְתִיב בְּהוּ כִּכְתָבָם וְכִלְשׁוֹנָם וְרַב וּשְׁמוּאֵל דִּלְקַמָּן סְבִירָא לְהוּ [כְּשִׁינּוּיָא] דְּרַב אַשִּׁי דִּבְסָמוּךְ:
« Ici la meguila, là les autres livres ». Il y a une difficulté : selon quel avis cette baraita est-elle établie ? Ni celui de Rabban Chimon ben Gamliel, ni celui des Sages. Car si elle suivait les Sages, la michna aurait dû enseigner la meguila a côté des tefillin et des mezouzot, qui ne s'écrivent qu'en achourit. Et elle ne peut suivre Rabban Chimon ben Gamliel, puisqu'il permet même le grec. On ne peut pas davantage dire que cela vaut pour les autres livres, où Rabban Chimon ben Gamliel permet le grec, tandis que pour la meguila il reconnaîtrait l'exigence de l'achourit : cela ne tient pas, car au deuxième chapitre (18a) Rav et Chemouel disent que la langue grecque est valide pour tous, et la guemara conclut qu'ils ont parlé selon Rabban Chimon ben Gamliel ; elle conclut aussi que cela nous apprend qu'ils ont dit leur règle même à propos de la meguila. Il faut donc dire que celui qui donne ici cette réponse ne tient pas que Rabban Chimon ben Gamliel se range à l'avis de Rav et Chemouel rapporté plus loin, mais tient que Rabban Chimon ben Gamliel n'a permis pour la meguila que l'achourit, parce qu'il est écrit à son propos « selon leur écriture et selon leur langue » ; quant à Rav et Chemouel, ils suivent la réponse de Rav Achi rapportée plus bas.
💡 Explication

Quatrième tentative : la baraita vise la meguila d'Esther, qui exige l'écriture achourit, tandis que la michna vise les autres livres saints. La source est le verset « selon leur écriture et selon leur langue » (Esther 8, 9), qui fixe la forme du texte.

La même objection revient aussitôt : la meguila est écrite en hébreu d'un bout à l'autre. Quel passage araméen pourrait-on y transposer dans la langue du texte ? La réponse arrive au segment suivant.

7
אָמַר רַב פָּפָּא: ״וְנִשְׁמַע פִּתְגָּם הַמֶּלֶךְ״. רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: ״וְכָל הַנָּשִׁים יִתְּנוּ יְקָר לְבַעְלֵיהֶן״.

Rav Papa dit : « et l'édit (pitgam) du roi sera entendu ». Rav Nahman bar Its'hak dit : « et toutes les femmes rendront honneur (yekar) à leurs maris ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק אָמַר: (אֶסְתֵּר א, כ) 'וְכָל הַנָּשִׁים יִתְּנוּ יְקָר לְבַעֲלֵיהֶן'. הָא דְּלָא נְקַט פָּסוּק הַקּוֹדֵם דִּכְתִיב (אֶסְתֵּר א, ד) 'בְּהַרְאֹתוֹ אֶת עֹשֶׁר כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ וְאֶת יְקָר תִּפְאֶרֶת גְּדֻולָּתוֹ'? נִרְאֶה לִי כֵּיוָן דִּקְדִים וְאָמַר כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ אִם פֵּירוּשׁ יְקָר זֶה הוּא כָּבוֹד הֲוָה לֵיהּ לְעָרְבִנְהוּ וְלוֹמַר כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ וְתִפְאֶרֶת גְּדֻלָּתוֹ' שֶׁתִּהְיֶה תֵּיבַת כָּבוֹד קָאֵי עַל מַלְכוּתוֹ וְעַל תִּפְאֶרֶת גְּדֻולָּתוֹ, וְלָכֵן מֻוכְרָח לְפָרֵשׁ מִלַּת יָקָר הָרִאשֹׁנָה לְשׁוֹן כֹּובֶד, כְּמוֹ 'יָקָר מֵחָכְמָה מִכְּבוֹד' בְּקוֹהֶלֶת (קֹהֶלֶת י, א) , שֶׁשָּׁם הוּא לְשׁוֹן כֹּובֶד כְּמוֹ שֶׁפֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל שָׁם, וְאִם כֵּן אֵין זֶה לְשׁוֹן תַּרְגּוּם, אֲבָל פָּסוּק זֶה כֵּיוָן דְּאָמַר 'יִתְּנוּ יְקָר' מֻוכְרָח לְפָרְשׁוֹ כָּבוֹד דְּתַרְגּוּם שֶׁל כָּבוֹד יְקָר.
Rav Nahman bar Its'hak dit : « et toutes les femmes rendront honneur (yekar) à leurs maris » (Esther 1, 20). Pourquoi n'a-t-il pas pris le verset précédent, où il est écrit « lorsqu'il montra la richesse de la gloire de sa royauté et l'honneur (yekar) de la splendeur de sa grandeur » (Esther 1, 4) ? Il me semble que, puisque le verset a d'abord dit « la gloire de sa royauté », si le sens de ce yekar était la gloire, il aurait fallu les réunir et dire « la gloire de sa royauté et de la splendeur de sa grandeur », de sorte que le mot gloire porte à la fois sur sa royauté et sur la splendeur de sa grandeur. Il faut donc expliquer ce premier mot yekar au sens de poids, comme dans « plus lourd que la sagesse et que la gloire » (Kohelet 10, 1), où il signifie le poids, ainsi que Rachi l'a expliqué là-bas ; s'il en est ainsi, ce n'est pas un mot de l'araméen. Le verset cité ici, en revanche, puisqu'il dit « rendront yekar », doit s'expliquer au sens de gloire, car le targoum de kavod est yekar.
💡 Explication

Deux mots de la meguila appartiennent à l'araméen. Pitgam, l'édit, et yekar, l'honneur, figurent tous deux dans Esther 1, 20. Si on les transpose dans la langue du texte, on obtient le cas énoncé par la baraita : un targoum écrit en mikra. La quatrième tentative résiste donc à l'objection.

8
רַב אַשִּׁי אָמַר: כִּי תַּנְיָא הָהִיא בִּשְׁאָר סְפָרִים, וְרַבִּי יְהוּדָה הִיא. דְּתַנְיָא: תְּפִלִּין וּמְזוּזוֹת אֵין נִכְתָּבִין אֶלָּא אַשּׁוּרִית, וְרַבּוֹתֵינוּ הִתִּירוּ יְוָנִית.

Rav Achi dit : cette baraita, lorsqu'elle a été enseignée, l'a été à propos des autres livres, et elle suit Rabbi Yehouda. Car il a été enseigné : les tefillin et les mezouzot ne s'écrivent qu'en achourit, et nos maîtres ont permis le grec.

📜 Rachi (1)
בִּשְׁאָר סְפָרִים נְבִיאִים וּכְתוּבִים:
Les Prophètes et les Écrits.
🗂️ Tossefot (1)
וְרַב אַשִּׁי אָמַר הַהוּא בִּשְׁאָר סְפָרִים וְר' יְהוּדָה הִיא. וְקָשֶׁה דְּהָא בְּפֶרֶק כָּל כִּתְבֵי (שַׁבָּת דַּף קטו: וְשָׁם) אָמַר רַב אָשֵׁי אֵין בֵּין סְפָרִים לִמְגִילָּה אֶלָּא שֶׁהַסְּפָרִים נִכְתָּבִין בְּכָל לָשׁוֹן וּמְגִילָּה צָרִיךְ אַשּׁוּרִית בְּסֵפֶר וּבִדְיוֹ אַלְמָא דְּבִשְׁאָר סְפָרִים לֹא צָרִיךְ אַשּׁוּרִית וְסֵפֶר וּדְיוֹ וְאִם כֵּן מְנָא לֵיהּ לְרַב אַשִּׁי לוֹמַר דְּר' יְהוּדָה מַחְמִיר וּמַצְרִיךְ כֻּולֵּי הַאי וְהָא לָא אַשְׁכַּח הָתָם שׁוּם תַּנָּא דִּפְלִיג עָלֶיהָ וְי"ל דְּהַהִיא דְּכָל כִּתְבֵי (ג"ז שָׁם) מַיְירֵי לְעִנְיַן הַצָּלָה מִפְּנֵי הַדְּלֵיקָה דַּווְקָא וְהָכֵי קָאָמַר בִּשְׁאָר סְפָרִים יֵשׁ לְהַצִּילָם אע"ג דְּנִכְתָּבִין בְּכָל לָשׁוֹן שֶׁהֲרֵי יֵשׁ בָּהֶן כַּמָּה שֵׁמוֹת קְדוֹשִׁים אֲבָל בִּמְגִילָּה שֶׁאֵין בָּהּ שׁוּם אַזְכָּרָה אֵין לְהַצִּילָהּ אֶלָּא אִם כֵּן כְּתוּבָה כְּהִלְכָתָהּ וְהָכָא מַיְירֵי לְהַכְשִׁיר לִקְרוֹת בָּהֶן:
« Et Rav Achi dit : cette baraita porte sur les autres livres et suit Rabbi Yehouda ». Il y a une difficulté : au chapitre Kol kitvei (Chabbat 115b), Rav Achi dit qu'il n'y a entre les livres saints et la meguila que ceci, que les livres s'écrivent en toute langue tandis que la meguila exige l'achourit, un rouleau et de l'encre — ce qui montre que les autres livres n'exigent ni achourit, ni rouleau, ni encre. D'où Rav Achi tirerait-il alors que Rabbi Yehouda est rigoureux et exige tout cela, puisqu'on ne trouve là-bas aucun tana qui le conteste ? On peut dire que le passage de Kol kitvei traite uniquement du sauvetage devant un incendie, et qu'il veut dire ceci : les autres livres, on peut les sauver bien qu'ils soient écrits en toute langue, puisqu'ils contiennent plusieurs noms saints ; tandis que la meguila, où aucune mention du Nom ne figure, ne peut être sauvée que si elle est écrite selon sa règle. Ici, en revanche, il s'agit de les rendre valides pour la lecture.
💡 Explication

Rav Achi propose une cinquième lecture, qui sera retenue. La baraita porte sur les autres livres, c'est-à-dire les Prophètes et les Écrits, et elle exprime l'avis de Rabbi Yehouda, plus exigeant que celui de la michna. Une autre baraita est alors citée pour établir la position de Rabbi Yehouda ; sa formulation va être corrigée par deux fois dans les segments suivants.

9
וְהָכְתִיב ״וְהָיוּ״! אֶלָּא אֵימָא: סְפָרִים נִכְתָּבִים בְּכָל לָשׁוֹן, וְרַבּוֹתֵינוּ הִתִּירוּ יְוָנִית. הִתִּירוּ?! מִכְּלָל דְּתַנָּא קַמָּא אָסַר!

Mais il est écrit « ve-hayou » ! Plutôt, dis ainsi : les livres saints s'écrivent en toute langue, et nos maîtres ont permis le grec.

« Ont permis » ?! Il faudrait donc conclure que le premier tana interdit !

📜 Rachi (1)
מִכְּלָל דְּתַנָּא קַמָּא בִּתְמִיהָה וְהָא תַּנָּא קַמָּא שָׁרִי בְּכָל לָשׁוֹן:
Question étonnée : le premier tana permet pourtant toute langue.
💡 Explication

La baraita citée par Rav Achi est corrigée deux fois. Dans sa première forme, elle ferait permettre le grec pour les tefillin et les mezouzot, ce que le verset « ve-hayou » exclut. On la reporte donc sur les livres saints.

La deuxième forme achoppe sur un mot. Dire que nos maîtres ont permis le grec suppose que le premier tana l'interdisait ; or celui-ci permet expressément toute langue, grec compris. Le verbe employé ne peut donc désigner un élargissement.

🖼️ Schéma
La baraita de Rabbi Yehouda, corrigée en trois temps Première forme Tefillin et mezouzot ne s'écrivent qu'en achourit, et nos maîtres ont permis le grec. Objection Il est écrit ve-hayou : rien ne peut y être changé. Deuxième forme Les livres saints s'écrivent en toute langue, et nos maîtres ont permis le grec. Objection Permettre suppose un interdit, or le premier tana permet tout. Troisième forme, retenue Nos maîtres n'ont permis de les écrire qu'en grec. Sens obtenu Une restriction : parmi les langues étrangères, le grec seul. Rabbi Yehouda ajoute enfin que cette permission vaut pour le rouleau de la Torah seul.
Le verbe permettre change de portée d'une forme à l'autre : d'un élargissement, il devient une limitation.
10
אֶלָּא אֵימָא: רַבּוֹתֵינוּ לֹא הִתִּירוּ שֶׁיִּכָּתְבוּ אֶלָּא יְוָנִית. וְתַנְיָא אָמַר רַבִּי יְהוּדָה: אַף כְּשֶׁהִתִּירוּ רַבּוֹתֵינוּ יְוָנִית — לֹא הִתִּירוּ אֶלָּא בְּסֵפֶר תּוֹרָה,

Plutôt, dis ainsi : nos maîtres n'ont permis de les écrire qu'en grec. Et il a été enseigné : Rabbi Yehouda a dit : même lorsque nos maîtres ont permis le grec, ils ne l'ont permis que dans un rouleau de la Torah,

📜 Rachi (1)
רַבּוֹתֵינוּ אָמְרוּ רַבָּן שִׁמְעוֹן בֶּן גַּמְלִיאֵל:
Il s'agit de Rabban Chimon ben Gamliel.
💡 Explication

La formulation retenue fait du grec la seule langue étrangère admise. Rabbi Yehouda y ajoute une limite d'objet : la permission vaut pour le rouleau de la Torah seul, tandis que les Prophètes et les Écrits restent en achourit. La baraita de Rav Achi s'accorde ainsi avec la michna sans la contredire.

11
וּמִשּׁוּם מַעֲשֶׂה דְּתַלְמַי הַמֶּלֶךְ. דְּתַנְיָא: מַעֲשֶׂה בְּתַלְמַי הַמֶּלֶךְ שֶׁכִּינֵּס שִׁבְעִים וּשְׁנַיִם זְקֵנִים וְהִכְנִיסָן בְּשִׁבְעִים וּשְׁנַיִם בָּתִּים וְלֹא גִּילָּה לָהֶם עַל מַה כִּינְסָן. וְנִכְנַס אֵצֶל כָּל אֶחָד וְאֶחָד, וְאָמַר לָהֶם: כִּתְבוּ לִי תּוֹרַת מֹשֶׁה רַבְּכֶם. נָתַן הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּלֵב כָּל אֶחָד וְאֶחָד עֵצָה וְהִסְכִּימוּ כֻּולָּן לְדַעַת אַחַת.

et cela à cause de l'affaire du roi Talmai. Car il a été enseigné : il arriva que le roi Talmai réunit soixante-douze anciens, les fit entrer dans soixante-douze maisons et ne leur révéla pas pourquoi il les avait réunis.

Il entra chez chacun d'eux et leur dit : écrivez-moi la Torah de Moché votre maître. Le Saint béni soit-Il mit dans le cœur de chacun d'eux un conseil, et tous s'accordèrent sur un seul avis.

📜 Rachi (1)
תַּלְמֵי מֶלֶךְ מִצְרַיִם הָיָה:
Talmai était roi d'Égypte.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מַעֲשֶׂה בְּתַלְמַי הַמֶּלֶךְ שֶׁכִּנֵּס שִׁבְעִים וּשְׁנַיִם זְקֵנִים. נִרְאֶה לִי הָיָה דָּבָר זֶה קָשֶׁה יוֹתֵר מִפְּנֵי שֶׁהָיְתָה הָעֲלִילָה עַל יְדֵי 'תַּלְמֵי' [480] שֶׁשְּׁמוֹ מִסְפַּר 'לִילִית' [480] שֶׁנִּתְלַבְּשָׁה בּוֹ הַסִּטְרָא אַחֲרָא לַעֲשׂוֹת סִכְסוּכִים לָהּ וְלָבֹא עַל יִשְׂרָאֵל בַּעֲלִילָה וּבַעֲקִיפִין, וְאָז הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לֹא עָזְבָם בְּיָדוֹ שֶׁהֵגֵין עֲלֵיהֶם זְכוּת תַּלְמוּד תּוֹרָה, כִּי 'תַּלְמוּד' [480] גֵּימַטְרְיָא 'תַּלְמֵי' שֶׁאִם תְּשַׁבֵּר אוֹת י' דְּתַלְמַי לִשְׁתֵּי אוֹתִיּוֹת ד' ו' יִהְיוּ אוֹתִיּוֹת תַּלְמוּד מַמָּשׁ. וּמַה שֶׁכִּנֵּס שִׁבְעִים וּשְׁנַיִם זְקֵנִים נִרְאֶה לִי מֵאֵת ה' הָיְתָה זֹּאת לְסִימָן טוֹב לְהוֹרוֹת כִּי גּוֹבֵר חַסְדּוֹ יִתְבָּרֵךְ, כִּי חֶסֶד [72] עוֹלֶה ע"ב שֶׁגָּבַר לַעֲשׂוֹת לָהֶם נֵס זֶה שֶׁיִּהְיוּ כֻּולָּם מִתְכַּווְּנִים לְדָבָר אֶחָד, וְגָבַר יִשְׂרָאֵל.
« Il arriva que le roi Talmai réunit soixante-douze anciens ». Il me semble que la chose fut plus redoutable encore du fait que l'accusation passait par Talmai, dont le nom a la valeur numérique de quatre cent quatre-vingts, celle de Lilit, la force du sitra ahara, le côté extérieur, s'étant revêtue de lui pour susciter des querelles et venir contre Israël par l'accusation et par le détour. Hachem, béni soit-Il, ne les abandonna pas entre ses mains, car le mérite de l'étude de la Torah les protégea : Talmoud a lui aussi la valeur de quatre cent quatre-vingts, la même que Talmai, et si l'on brise la lettre yod de Talmai en deux lettres, dalet et vav, on obtient exactement les lettres de Talmoud. Quant au fait qu'il réunit soixante-douze anciens, il me semble que cela vint de Hachem comme un signe favorable, pour montrer que Sa bonté l'emporte : 'hessed, la bonté, a la valeur numérique de soixante-douze, et elle l'emporta pour leur faire ce miracle, que tous visent une seule et même chose ; et Israël l'emporta.
💡 Explication

La baraita donne la raison de la place particulière du grec. Le roi Talmai, souverain d'Égypte, isole soixante-douze anciens pour qu'ils ne puissent se concerter, puis demande à chacun une traduction de la Torah. L'épreuve porte moins sur la compétence que sur la concordance : des versions divergentes auraient fourni matière à accusation.

Le résultat tient du miracle. Chacun écrit le même texte, et chacun y porte les mêmes modifications sur les passages exposés à un malentendu. Le folio énumère ensuite ces passages.

🖼️ Schéma
L'épreuve de Talmai : isoler pour comparer Soixante-douze anciens, soixante-douze maisons séparées, aucune indication sur le but de la convocation. Chacun reçoit le même ordre : écrire la Torah de Moché, sans concertation possible. Résultat Soixante-douze rouleaux identiques, y compris dans les passages volontairement modifiés. Une seule intention chez tous. Ce que l'accord établit La langue grecque a porte la Torah sans l'altérer ; de là vient la place qui lui est réservée.
L'isolement des traducteurs est le dispositif même de l'épreuve : il rend leur accord vérifiable.
12
וְכָתְבוּ לוֹ: ״אֱ-לֹהִים בָּרָא בְּרֵאשִׁית״. ״אֶעֱשֶׂה אָדָם בְּצֶלֶם וּבִדְמוּת״.

Et ils lui écrivirent : « D.ieu créa au commencement ». « Je ferai l'homme à l'image et à la ressemblance ».

📜 Rachi (2)
אֱ-לֹהִים בָּרָא בְּרֵאשִׁית אֶת הַשָּׁמַיִם שֶׁלֹּא יֹאמַר בְּרֵאשִׁית שֵׁם הוּא וּשְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת הֵן וְרִאשׁוֹן בָּרָא אֶת הַשֵּׁנִי:
« ...les cieux » : pour qu'il ne dise pas que Berechit est un nom, qu'il y a deux puissances, et que la première a créé la seconde.
אֶעֱשֶׂה אָדָם שֶׁמִּכָּאן פָּקְרוּ הָאוֹמְרִים שְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת הֵן דִּכְתִיב נַעֲשֶׂה אָדָם (בְּרֵאשִׁית א׳:כ״ו):
C'est de là que tirent leur hérésie ceux qui disent qu'il y a deux puissances, puisqu'il est écrit « faisons l'homme » (Genèse 1, 26).
🗂️ Tossefot (1)
אֱ-לֹהִים בָּרָא בְּרֵאשִׁית. פ"ה שֶׁאִם כָּתְבוּ בְּרֵאשִׁית בָּרָא הָיוּ אוֹמְרִים בְּרֵאשִׁית שֵׁם הוּא וּשְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת הֵן וְקָשֶׁה שֶׁהֲרֵי בְּרֵאשִׁית אֵין שֵׁם כְּלָל אֶלָּא בַּתְּחִלָּה וְעוֹד שֶׁכָּתְבוּ לוֹ בִּלְשׁוֹן יְוָנִית בַּתְּחִלָּה ונ"ל שֶׁהַיּוֹנִים הָיוּ יוֹדְעִים שֶׁלְּעוֹלָם יֵשׁ לְהַזְכִּיר הַבּוֹרֵא בַּתְּחִילָּה וְאִם כֵּן אִלּוּ כָּתְבוּ בְּרֵאשִׁית קֹודֶם הָיָה אוֹמֵר דִּשְׁתֵּי רְשׁוּיוֹת הֵן וְהַתֵּיבָה הָרִאשׁוֹנָה הָוֵי בּוֹרֵא אֶחָד וֶאֱ-לֹהִים הָוֵי הַשֵּׁנִי מִשּׁוּם הָכִי הָפְכוּ לוֹ:
« D.ieu créa au commencement ». Rachi a expliqué que, s'ils avaient écrit « au commencement il créa », ils auraient dit que Berechit est un nom et qu'il y a deux puissances. Il y a une difficulté : berechit n'est en rien un nom, mais signifie « au commencement » ; de plus, c'est en langue grecque qu'ils ont écrit « au commencement ». Il me semble donc que les Grecs savaient que l'on mentionne toujours le Créateur en premier ; des lors, si le mot berechit avait été placé en tête, il aurait dit qu'il y a deux puissances, le premier mot désignant un créateur et le nom divin le second. C'est pourquoi ils ont inversé l'ordre pour lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְכָתְבוּ לוֹ 'אֶת צְעִירַת הָרַגְלַיִם' וְלֹא כָּתְבוּ לוֹ 'אֶת הָאַרְנֶבֶת' (וַיִּקְרָא יא, ו) . פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל בְּמָקוֹם 'וְאֶת הָאַרְנֶבֶת' כָּתְבוּ וְאֶת צְעִירַת הָרַגְלַיִם' לְפִי שֶׁיָּדֶיהָ קְצָרוֹת מֵרַגְלֶיהָ עַיֵּין שָׁם, וְקַשָּׁא לְפִי זֶה הֲוָה לֵיהּ לִכְתֹּוב 'צְעִירַת הַיָּדַיִם'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִשְׁתּוֹ שֶׁל תַּלְמֵי הָיְתָה מְשֻׁונָּה בְּיָדֶיהָ שֶׁהָיוּ קְצָרוֹת הַרְבֵּה שֶׁלֹּא כְּדֶרֶךְ בְּנֵי אָדָם, וּמֵחֲמַת הַשִּׁינּוּי הַזֶּה שֶׁהָיָה בְּיָדֶיהָ קְרָאוּהָ כְּשֶׁנּוֹלְדָה בְּשֵׁם 'אַרְנֶבֶת' מִפְּנֵי שֶׁהָאַרְנֶבֶת מְשֻׁונָּה בְּיָדֶיהָ שֶׁהֵם קְצָרוֹת מֵרַגְלֶיהָ, וְהָיָה דַּרְכָּם לִקְרוֹת אֶת הַיֶּלֶד הַנּוֹלָד עַל שֵׁם הַמְאֹורָע שֶׁאֵירַע בְּעֵת לֵידָתוֹ אוֹ עַל שֵׁם חִידּוּשׁ הַנִּמְצָא בּוֹ בְּעַצְמוֹ, כְּמוֹ שֵׁם 'יַעֲקֹב' עַל שֵׁם שֶׁאָחַז בְּעֵקֶב אָחִיו (בְּרֵאשִׁית כה, כו) , וְשֵׁם 'עֵשָׂו' עַל שֵׁם שֶׁהָיָה כֻּלּוֹ כְּאַדֶּרֶת שֵׂעָר שֶׁהוּא עָשׂוּי וְנִגְמַר כַּאֲנָשִׁים גְּדוֹלִים בְּשַׂעֲרוֹתָיו, וְאֶפְשָׁר שֶׁגַּם אוֹתָהּ הָאֻומָּה שֶׁל אֵשֶׁת תַּלְמֵי הָיוּ קוֹרִין אֶת הָאַרְנֶבֶת בְּשֵׁם אַרְנְבָתָא בִּלְשׁוֹן תּוֹרָה, וְעַל כֵּן הֻוכְרְחוּ לִכְתֹּוב צְעִירַת הָרַגְלַיִם שֶׁאִם יִכְתְּבוּ צְעִירַת הַיָּדַיִם הָיָה אוֹמֵר עַל אִשְׁתּוֹ הֵם מִתְכַּוְּונִים שֶׁהִיא הָיְתָה צְעִירַת הַיָּדַיִם שֶׁיֵּשׁ בָּהּ שִׁינּוּי בְּיָדֶיהָ מֵחֲמַת קְצֵרוֹתָם. בְּרַם הָא קַשְׁיָא לִי לָמָּה הַבָּרַייְתָא הֵבִיא פָּסוּק 'וְאֶת הָאַרְנֶבֶת' הַכָּתוּב בְּסֵפֶר וַיִּקְרָא, אַחַר פְּסוּקִים שֶׁהֵבִיא מִסֵּפֶר דְּבָרִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּכָל אוֹתָם הַשִּׁינּוּיִים הֻוצְרְכוּ לַעֲשׂוֹת כְּדֵי שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה עִמָּהֶם וִיכּוּחַ בְּדִבְרֵי תּוֹרָה, מַה שֶׁאֵין כֵּן שִׁינּוּי פָּסוּק הָאַרְנֶבֶת לֹא הָיָה שָׁם סִיבַּת וִיכּוּחַ בְּדִבְרֵי תּוֹרָה, אֶלָּא רַק מִשּׁוּם שֶׁלֹּא יֹאמַר שָׂחֲקוּ בִּי הַיְּהוּדִים, מִיהוּ בַּיְּרוּשַׁלְמִי רָאִיתִי דְּנָקֵיט לְהוּ כְּסִדְרָן עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא הֵם עָשׂוּ שִׁינּוּי בְּ'יַד' פָּרָשִׁיּוֹת, כִּי יֵשׁ שְׁתַּייִם שֶׁהֵם בְּפָרָשָׁה אַחַת, וְנִרְאֶה כִּי הִ'יד' שֶׁנִּשְׁתַּלְּחָה בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ כְּמוֹ שֶׁמִּתְפַּלְּלִים בְּמוּסָף 'מִפְּנֵי הַיָּד שֶׁנִּשְׁתַּלְּחָה בְּמִקְדָּשָׁךְ' גָּרְמָה שֶׁיִּהְיוּ נִצְרָכִים לִשְׁלֹוחַ יָד בְּ'יַד' פָּרָשִׁיּוֹת מִפְּנֵי פַּחְדָּן מִן הָאוֹייֵב הַהוּא, שֶׁאִם לֹא הָיָה חֻרְבָּן וְגָלוּת לֹא הָיוּ חוֹשְׁשִׁין וְלֹא הָיוּ נִמְסָרִים בְּיָדוֹ.
« Et ils lui écrivirent : celle qui a les pattes courtes », au lieu de « et le lièvre » (Lévitique 11, 6). Rachi a expliqué qu'à la place de « et le lièvre », ils ont écrit « celle qui a les pattes courtes », parce que ses pattes de devant sont plus courtes que celles de derrière. Il y a une difficulté : selon cela, il aurait fallu écrire « celle qui a les membres antérieurs courts ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'épouse de Talmai avait les bras anormalement courts, contrairement aux autres hommes, et qu'à cause de cette particularité on l'avait appelée à sa naissance du nom d'Arnevet, le lièvre, puisque le lièvre se distingue par ses membres antérieurs plus courts que ses pattes de derrière. Leur usage était en effet de nommer l'enfant d'après l'événement survenu à sa naissance, ou d'après une particularité trouvée en lui : ainsi le nom de Yaakov, parce qu'il tenait le talon de son frère (Genèse 25, 26), et le nom d'Essav, parce qu'il était tout entier comme un manteau de poil, déjà fait et achevé dans sa pilosité comme un homme adulte. Il se peut que la nation de l'épouse de Talmai appelât elle aussi le lièvre arnevta, comme dans la langue de la Torah. Ils furent donc contraints d'écrire « celle qui a les pattes courtes », car s'ils avaient écrit « celle qui a les membres antérieurs courts », il aurait dit que c'est son épouse qu'ils visaient, elle dont les bras présentaient cette particularité. Une difficulté me reste cependant : pourquoi la baraita a-t-elle rapporté le verset « et le lièvre », qui figure dans le livre de Lévitique, après des versets tirés du Deutéronome ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que toutes ces modifications durent être faites pour qu'il n'engage pas avec eux de controverse sur des paroles de Torah, tandis que la modification du verset du lièvre n'avait pas là une cause de controverse sur des paroles de Torah, mais visait seulement à ce qu'il ne dise pas : les Juifs se sont moqués de moi. Dans le Yerouchalmi, toutefois, j'ai vu que ces versets sont pris dans leur ordre. Il se trouve ainsi qu'ils firent une modification dans quatorze passages, car deux d'entre eux appartiennent à un même passage ; et il me semble que la main qui fut portée sur le Temple, comme nous le disons dans la prière de moussaf, « à cause de la main qui a été portée sur Ton sanctuaire », fit qu'ils durent porter la main sur quatorze passages par crainte de cet ennemi. Sans la destruction et l'exil, ils n'auraient eu aucune appréhension et n'auraient pas été livrés entre ses mains.
💡 Explication

Les deux premières modifications écartent la même lecture fausse, celle de deux puissances. En plaçant le nom divin en tête, ils empêchent de prendre berechit pour le nom d'un premier créateur qui aurait produit le second. En mettant « Je ferai » au singulier, ils retirent l'appui que le pluriel « faisons l'homme » offrait à la même erreur.

13
״וַיְכַל בְּיוֹם הַשִּׁשִּׁי וַיִּשְׁבֹּות בְּיוֹם הַשְּׁבִיעִי״. ״זָכָר וּנְקֵבָה בְּרָאוֹ״, וְלֹא כָּתְבוּ ״בְּרָאָם״.

« Il acheva le sixième jour, et Il se reposa le septième jour ». « Mâle et femelle Il le créa », et ils n'écrivirent pas « Il les créa ».

📜 Rachi (2)
וַיְכַל בַּיּוֹם הַשִּׁשִּׁי שֶׁלֹּא יֹאמַר אִם כֵּן עָשָׂה מְלָאכָה בְּשַׁבָּת דְּהָא כְּתִיב וַיְכַל בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי וְהוּא לֹא יְקַבֵּל עָלָיו מִדְרַשׁ חֲכָמִים שֶׁדָּרְשׁוּ בּוֹ מֶה הָיָה הָעוֹלָם חָסֵר מְנוּחָה בְּאַתָּה שַׁבָּת בָּאתָה מְנוּחָה וְזֶהוּ גְּמָרוֹ:
Pour qu'il ne dise pas qu'un travail a été accompli le chabbat, puisqu'il est écrit « et Il acheva le septième jour » ; car il n'aurait pas accepté l'explication des Sages, qui ont demandé ce qui manquait encore au monde — le repos ; le chabbat vint, le repos vint, et ce fut son achèvement.
זָכָר וּנְקֵבָה בְּרָאוֹ וְלֹא כָּתְבוּ בְּרָאָם דְּמַשְׁמַע שְׁנֵי גּוּפִין בָּרָא כָּל אֶחָד זָכָר וּנְקֵבָה שְׁנֵי פַּרְצוּפִין לָכֵן כָּתְבוּ בְּרָאוֹ שֶׁכָּךְ נִבְרָא אָדָם בִּשְׁנֵי פַּרְצוּפִים:
« Mâle et femelle Il le créa », et ils n'écrivirent pas « Il les créa » : cela laisserait entendre qu'Il créa deux corps, chacun mâle et femelle, deux faces. Ils ont donc écrit « Il le créa », car l'homme fut créé ainsi, avec deux faces.
🪔 Ben Yehoyada (1)
'זָכָר וּנְקֵבָה בְּרָאוֹ' - וְלֹא כָּתְבוּ 'בְּרָאָם'. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל לֹא כָּתְבוּ 'בְּרָאָם' דְּמַשְׁמַע שְׁנֵי גּוּפִים בָּרָא כָּל אֶחָד וְאֶחָד זָכָר וּנְקֵבָה ב' פַּרְצוּפִין, לְכָךְ כָּתְבוּ 'בְּרָאוֹ' שֶׁכָּךְ נִבְרָא אָדָם בִּשְׁנֵי פַּרְצוּפִין עַד כָּאן לְשׁוֹנוֹ. וְקָשֶׁה מַה תּוֹאֲנָה וּמָה עֲלִילָה הָיָה לוֹ לִמְצוֹא אִי הֲוָה מַשְׁמַע הָכִי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי בַּתּוֹרָה לֹא כָּתוּב אֶלָּא שֵׁם אָדָם לְזָכָר וְשֵׁם חַוָּה לִנְקֵבָה, וְאִם הָיָה מַנִּיחַ בְּמֻונָּח שֶׁשְּׁנֵי גּוּפִים כָּל אֶחָד מֵהֶם יֵשׁ בּוֹ זָכָר וּנְקֵבָה, הָיָה אוֹמֵר שְׁמוֹת אָדָם וְחַוָּה הֵמָּה שֶׁל זָכָר וּנְקֵבָה בְּגוּף אֶחָד, וְצָרִיךְ שֶׁיֵּשׁ ב' שֵׁמוֹת אֲחֵרִים לְזָכָר וּנְקֵבָה שֶׁל גּוּף הַשֵּׁנִי וְאַיֵּה הֵם הַשֵּׁמוֹת בַּתּוֹרָה? וְאִם כֵּן מֻוכְרָח לוֹמַר שֶׁחִסַּרְתֶּם דְּבָרִים מִן הַתּוֹרָה, דְּוַדַּאי הָיָה כָּתוּב שְׁתֵּי שֵׁמוֹת עוֹד לְזָכָר וּנְקֵבָה שֶׁל גּוּף הַשֵּׁנִי וְחִסַּרְתֶּם אוֹתָם, וְאִם כֵּן כְּמוֹ שֶׁחִסַּרְתֶּם זֶה חִסַּרְתֶּם דְּבָרִים אֲחֵרִים, וְהָיָה עוֹשֶׂה עַל יְדֵי כָּךְ עֲלִילוֹת בְּרֶשַׁע לוֹמַר כָּךְ וְכָךְ הָיָה כָּתוּב בַּתּוֹרָה, וְאַתֶּם עֲקַרְתֶּם דְּבָרִים אֵלּוּ מִמֶּנָּה!
« Mâle et femelle Il le créa », et ils n'écrivirent pas « Il les créa ». Rachi a expliqué qu'ils n'ont pas écrit « Il les créa », ce qui laisserait entendre qu'Il créa deux corps, chacun mâle et femelle, deux faces ; ils ont donc écrit « Il le créa », car l'homme fut créé ainsi, avec deux faces. Fin de citation. Il y a une difficulté : quel prétexte et quelle accusation aurait-il pu trouver si tel avait été le sens ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la Torah ne mentionne que le nom d'Adam pour le mâle et celui de Hava pour la femelle. Si l'on avait posé qu'il y eût deux corps, chacun comportant mâle et femelle, il aurait dit que les noms d'Adam et de Hava sont ceux du mâle et de la femelle d'un seul corps, et qu'il faudrait deux autres noms pour le mâle et la femelle du second corps — or où sont ces noms dans la Torah ? Il faudrait donc dire que vous avez retranché des choses de la Torah, puisque deux autres noms y étaient assurément écrits pour le mâle et la femelle du second corps et que vous les avez supprimés ; et de même que vous avez retranché cela, vous avez retranché d'autres choses. Il aurait ainsi forgé des accusations mensongères, disant : voici ce qui était écrit dans la Torah, et vous l'en avez arraché.
💡 Explication

La première modification écarte l'idée qu'un travail aurait été achevé pendant le chabbat lui-même. Le texte porte « et Il acheva le septième jour son ouvrage » (Genèse 2, 2), que les Sages expliquent par le repos venu compléter la création ; un lecteur étranger à cette explication y verrait une besogne accomplie le septième jour.

La seconde écarte une contradiction apparente. « Mâle et femelle Il les créa » (Genèse 5, 2) pourrait suggérer deux êtres créés séparément, alors que Genèse 1, 27 parle de la création d'un seul. Le singulier « Il le créa » rend le sens que Rachi rappelle : un seul homme, formé de deux faces.

14
״הָבָה אֵרְדָה וְאָבְלָה שָׁם שְׂפָתָם״. ״וַתִּצְחַק שָׂרָה בִּקְרוֹבֶיהָ״.

« Allons, que Je descende et que Je confonde là leur langue ». « Et Sarah rit parmi ses proches ».

📜 Rachi (1)
בִּקְרוֹבֶיהָ שֶׁלֹּא יֹאמַר עַל אַבְרָהָם לֹא הִקְפִּיד דִּכְתִיב וְיִצְחָק וְעַל שָׂרָה הִקְפִּיד לְפִיכָךְ כְּתָבוֹ בִּקְרוֹבֶיהָ לוֹמַר אַבְרָהָם בְּלִבּוֹ וְהִיא אָמְרָה בִּקְרוֹבֶיהָ:
« Parmi ses proches » : pour qu'il ne dise pas qu'Il n'a pas été sévère envers Abraham, dont il est écrit « il rit », alors qu'Il a été sévère envers Sarah. Ils ont donc écrit « parmi ses proches », pour dire qu'Abraham a ri en son cœur tandis qu'elle a parlé parmi ses proches.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וַתִּצְחַק שָׂרָה 'בִּקְרוֹבֶיהָ' [בִּמְקוֹם וַתִּצְחַק שָׂרָה 'בְּקִרְבָּהּ'] (בְּרֵאשִׁית יח, יב) . עַיֵּין פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל, וְלִי אֲנָא עֲבַדָא נִרְאֶה לִי 'בִּקְרוֹבֶיהָ' קָאֵי עַל אַבְרָהָם שֶׁצָּחֲקָה עָלָיו שֶׁנִּשְׁאַר זָקֵן וּלְכָךְ הִקְפִּיד עָלֶיהָ, אֲבָל שְׂחוֹק הַכָּתוּב בְּאַבְרָהָם הָיָה עִנְיַן שִׂמְחָה שֶׁשָּׂמֵחַ עַל הַנֵּס שֶׁלּוֹ וְשֶׁלָּהּ.
« Et Sarah rit parmi ses proches », à la place de « et Sarah rit en elle-même » (Genèse 18, 12). Vois le commentaire de Rachi. Pour moi, le serviteur, il me semble que « parmi ses proches » se rapporte à Abraham : elle a ri de lui, de ce qu'il était devenu vieux, et c'est pour cela qu'Il fut sévère envers elle. Le rire attribué à Abraham par l'Écriture était en revanche une joie, car il se réjouissait du miracle accompli pour lui et pour elle.
💡 Explication

Le verset de la tour de Babel porte « descendons et confondons » (Genèse 11, 7). Le pluriel a été rendu au singulier pour la même raison que précédemment.

La modification suivante porte sur le rire de Sarah. Le texte dit qu'elle rit « en elle-même » (Genèse 18, 12), et pourtant elle est reprise, tandis qu'Abraham, dont le rire est aussi rapporté, ne l'est pas. En écrivant « parmi ses proches », les anciens font apparaître la différence entre les deux : l'un a ri en son cœur, l'autre a parlé devant d'autres.

15
״כִּי בְּאַפָּם הָרְגוּ שׁוֹר וּבִרְצוֹנָם עִקְּרוּ אֵבוּס״. ״וַיִּקַּח מֹשֶׁה אֶת אִשְׁתּוֹ וְאֶת בָּנָיו וַיַּרְכִּיבֵם עַל נוֹשֵׂא בְּנֵי אָדָם״.

« Car dans leur colère ils ont tué un bœuf, et dans leur bon vouloir ils ont déraciné une mangeoire ». « Et Moché prit sa femme et ses fils, et les fit monter sur un porteur d'hommes ».

📜 Rachi (2)
נוֹשֵׂא בְּנֵי אָדָם דְּמַשְׁמַע גָּמָל שֶׁלֹּא יֹאמַר מֹשֶׁה רַבְּכֶם לֹא הָיָה לוֹ סוּס אוֹ גָּמָל:
Cela évoque un chameau : pour qu'il ne dise pas que Moché votre maître n'avait ni cheval ni chameau.
הֲרָגוֹ שׁוֹר שֶׁלֹּא יֹאמַר רַצְחָנִים הָיוּ אֲבוֹתֵיכֶם שֶׁהֲרֵי אֲבִיהֶם מֵעִיד עֲלֵיהֶם שֶׁהֵם הָרְגוּ אִישׁ לְכָךְ כָּתְבוּ שׁוֹר שֶׁלֹּא הָיוּ חֲשׁוּבֵין בְּעֵינָיו אֶלָּא כִּבְהֵמוֹת וְלֹא הִקְפִּיד עַל הַבְּהֵמוֹת:
Pour qu'il ne dise pas que vos pères étaient des meurtriers, puisque leur propre père témoigne d'eux qu'ils ont tué un homme. Ils ont donc écrit « un bœuf », pour dire qu'ils ne les tenaient que pour des bêtes, et qu'il ne s'est pas montré sévère pour des bêtes.
🗂️ Tossefot (1)
עַל נוֹשֵׂא אָדָם. פֶּן יֹאמַר לָהֶם וְכִי לֹא הָיָה לוֹ לְמֹשֶׁה רַבְּכֶם סוּס אוֹ גָּמָל:
« Sur un porteur d'hommes » : de peur qu'il ne leur dise : Moché votre maître n'avait-il donc ni cheval ni chameau ?
🪔 Ben Yehoyada (1)
וַיִּקַּח מֹשֶׁה אֶת אִשְׁתּוֹ וְאֶת בָּנָיו וַיַּרְכִּבֵם עַל 'נוֹשֵׂא בְּנֵי אָדָם' [בִּמְקוֹם וַיִּקַּח מֹשֶׁה אֶת אִשְׁתּוֹ וְאֶת בָּנָיו וַיַּרְכִּבֵם עַל 'הַחַמָּר' (שְׁמוֹת ד, כ) ]. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י דְּמַשְׁמַע גָּמָל שֶׁלֹּא יֹאמַר מֹשֶׁה רַבְּכֶם לֹא הָיָה לוֹ סוּס אוֹ גָּמָל. וּבְתוֹסְפוֹת כָּתְבוּ פֶּן יֹאמַר לָהֶם וְכִי לֹא הָיָה לוֹ לְמֹשֶׁה רַבְּכֶם סוּס אוֹ גָּמָל? עַיֵּין שָׁם. וּמָצָאתִי כָּתוּב בַּחֲתִיכַת נְייָר בָּלוּי שֶׁהִקְשָׁה עט"ר הרה"ג מוֹר זְקֵינִי רַבֵּינוּ מֹשֶׁה חַיִּים זלה"ה לַתַּלְמִידִים, מָה הוֹסִיפוּ וּמָה חִידְּשׁוּ הַתּוֹסָפוֹת עַל פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל? וּפֵירֵשׁ לָהֶם דְּרַשִׁ"י לֹא כָּתַב וְכִי לֹא הָיָה לוֹ וְכוּ' אֶלָּא כָּתַב שֶׁלֹּא יֹאמַר מֹשֶׁה רַבְּכֶם לֹא הָיָה לוֹ סוּס אוֹ גָּמָל, מַשְׁמַע דְּכַוָּנַת רַשִׁ"י בָּזֶה לוֹמַר כְּדֵי שֶׁלֹּא יְגַנֶּה ח"ו אֶת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לוֹמַר עָלָיו עָנִי הָיָה שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ סוּס אוֹ גָּמָל, אֲבָל הַתּוֹסָפוֹת לֹא בָּחֲרוּ בָּזֶה הַטַּעַם מִשּׁוּם דְּמַה בְּכָךְ אִם לֹא הָיָה לוֹ סוּס אוֹ גָּמָל, דְּאֵין זֶה גְּנַאי, גַּם מֵעִיקָּרָא הָעֲנִיּוּת לַאֲנָשִׁים חֲכָמִים גְּדוֹלִים אֵין לָהֶם בָּהּ גְּנַאי, לְכָךְ דִּקְדְּקוּ לוֹמַר וְכִי לֹא הָיָה לוֹ לְמֹשֶׁה רַבְּכֶם וְכוּ', הַכַּוָּנָה כִּי הוּא הָיָה עוֹשֶׂה הֶכְרֵחַ מִצַּד הַסְּבָרָה דְּוַדַּאי הָיָה לוֹ סוּס וְגָמָל, וּבְוַדַּאי כֵּיוָן דְּהָיָה לוֹ סוּס וְגָמָל לֹא יַרְכִּיב בָּנָיו וְאִשְׁתּוֹ עַל הַחֲמוֹר כַּעֲנִיִּים, וְנִמְצָא דְּמַה שֶׁאָמַר בַּתּוֹרָה וִירַכְּבֵם עַל הַחֲמוֹר אֵין זֶה אֱמֶת ח"ו. עַד כָּאן דְּבָרָיו זלה"ה וְהוּא נָכוֹן וְיַצִּיב. וְהִנֵּה לְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י זַ"ל דְּפֵירֵשׁ 'נוֹשֵׂא בְּנֵי אָדָם' מַשְׁמַע גָּמָל, נִרְאֶה לִי בס"ד אִם הָיוּ כּוֹתְבִים 'עַל הַחֹמֶר' אָז הָיָה טוֹעֵן וְקוֹרֵא תַּגָּר אֵיךְ לֹא חָשַׁשׁ מֹשֶׁה רַבְּכֶם לְצַעֵר בַּעֲלֵי חַיִּים לְהַרְכִּיב שְׁלֹשָׁה גּוּפִים עַל הַחֲמוֹר, לְכָךְ כָּתְבוּ נוֹשֵׂא בְּנֵי אָדָם דְּמַשְׁמַע גָּמָל שֶׁהוּא יָכוֹל לָשֵׂאת עָלָיו מַשּׂוֹי שְׁלֹשָׁה גּוּפִים בְּיַחַד בְּשׁוֹפִי. וְלִכְאוֹרָה יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דְּאַמַּאי לֹא חָשׁוּ עַל כְּבוֹדוֹ שֶׁל אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה דִּכְתִיב בֵּיהּ (בְּרֵאשִׁית כב, ג) 'וְיַחֲבֹשׁ אֶת חֲמָרוֹ' שֶׁיֹּאמַר: לֹא הָיָה לוֹ לְאַבְרָהָם אֲבִיכֶם סוּס אוֹ גָּמָל? לְפִי פֵּירוּשׁ רָשִׁ"י זַ"ל. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּגַבֵּי אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה בְּהֶדְיָא כְּתִיב (בְּרֵאשִׁית יב, טז) 'וַיְהִי לוֹ צֹאן וּבָקָר וַחֲמֹרִים וַעֲבָדִים וְשֶׁפְּחָת', וְכֵן כְּתִיב (בְּרֵאשִׁית כד, י) 'וַיִּקַּח הָעֶבֶד עֲשָׂרָה גְמַלִּים מִגְּמַלֵּי אֲדֹנָיו' וְאִם כֵּן מְפֹורָשׁ בַּתּוֹרָה שֶׁהָיָה עָשִׁיר וְהָיָה לוֹ מִכָּל מִינֵי בַּעֲלֵי חַיִּים, וְלָכֵן מֻוכְרָח לוֹמַר דְּאוֹתוֹ חֲמוֹר שֶׁחָבַשׁ לִרְכֹּוב עָלָיו הֲוָה נִיחָא לֵיהּ בִּרְכִיבָתוֹ טוּבָא, אוֹ אֶפְשָׁר שֶׁהָיָה חַמְרָא לוּבָא שֶׁהוּא חָשׁוּב מְאֹד אוֹ הָיָה חַמְרָא בַּר מֵאָה גַּוְונֵי כְּמוֹ שֶׁאָמַר שְׁמוּאֵל לִשְׁבֹּור מַלְכָּא עַל חֲמוֹרוֹ שֶׁל מָשִׁיחַ (סַנְהֶדְרִין צח.) . אָמְנָם הָא קַשְׁיָא לְפֵירוּשׁ רַשִׁ"י זַ"ל מַאי אִכְפַּת לֵיהּ אִם הָיָה עָנִי? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דַּאֲפִילּוּ אוּמוֹת הָעוֹלָם יוֹדְעִים זֶה הַכְּלָל דְּ'אֵין הַנְּבוּאָה שׁוֹרָה אֶלָּא עַל חָכָם גִּיבּוֹר וְעָשִׁיר' (שַׁבָּת צב.) וּבְאוֹתוֹ זְמַן דִּכְתִיב 'וַיַּרְכִּבֵם עַל הַחַמָּר' הָיָה נָבִיא שֶׁשְּׁלָחוֹ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לְהוֹצִיא אֶת יִשְׂרָאֵל מִמִּצְרַיִם, וְאִם כֵּן יֹאמַר מַה שֶׁאָמַר וִירַכְּבֵם עַל הַחַמָּר הוּא זִיּוּף ח"ו! לְכָךְ כָּתְבוּ 'עַל נוֹשֵׂא בְּנֵי אָדָם'. אוֹ יוּבָן בס"ד הָיָה טוֹעֵן שֶׁכָּתוּב בַּתּוֹרָה (דְּבָרִים לג, ה) 'וַיְהִי בְּיִשְׁרוֹן מֶלֶךְ' הוּא מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁיֵּשׁ לוֹ דִּין מֶלֶךְ, וְהַמֶּלֶךְ צָרִיךְ לִהְיוֹת עָשִׁיר וְאִם אֵין לוֹ יְגַדְּלוּהוּ מִשֶּׁל אָחִיו, וְכֵיוָן דְּמַשְׁמַע שֶׁהָיָה עָנִי אֵיךְ נַעֲשָׂה מֶלֶךְ? אֶלָּא וַדַּאי גִּדְּלוּהוּ מִשֶּׁל אֶחָיו, וְאִם כֵּן אֵיךְ יֹאמַר (בַּמִּדְבָּר טז, טו) 'לֹא חֲמוֹר אֶחָד מֵהֶם נָשָׂאתִי' וְאִם כֵּן מִמַּה נַפְשָׁךְ כְּתַבְתֶּם זִיּוּף ח"ו! לְכָךְ כָּתְבוּ 'עַל נוֹשֵׂא בְּנֵי אָדָם' דִּלְעוֹלָם הָיָה עָשִׁיר מֵעִיקָּרוֹ. וְאֵין לְהַקְשׁוֹת אַמַּאי לֹא חָשׁוּ שֶׁיָּבֹא עֲלֵיהֶם בְּטַעֲנָה שֶׁל זִיּוּף מִן בִּלְעָם שֶׁהָיָה נָבִיא, וּכְתִיב בֵּיהּ (בַּמִּדְבָּר כב, כב) 'רָכַב עַל אִתָּנוּ' דְּמַשְׁמַע שֶׁהָיָה עָנִי? דְּהָתָם קָאָמַר שֶׁרָכַב עַל אַתּוּן נְקֵבָה דְּגַם הַגְּדוֹלִים דַּרְכָּם לִרְכֹּוב עַל אַתּוּן נְקֵבָה מִשּׁוּם דְּנָח לָהֶם בִּרְכִיבָה, וְלֵיכָּא לְמֵידַק מִינָּהּ שֶׁהָיָה עָנִי. וַעֲדַייִן צָרִיךְ לְהָבִין הָא דְּנָקֵיט רַשִׁ"י זַ"ל בְּרֵישׁ דְּבָרָיו דְּמַשְׁמַע גָּמָל, וְלֹא אָמַר דְּמַשְׁמַע סוּס אוֹ גָּמָל, וּבְסוֹף דְּבָרָיו נָקֵיט סוּס אוֹ גָּמָל. וְנִרְאֶה לִי דְּאִשָּׁה וּבָנִים לָאו אוֹרְחַיְיהוּ לִרְכֹּוב עַל סוּס שֶׁהוּא חָזָק וּתְקֵיף וְקָשֶׁה רְכִיבָתוֹ לְכָךְ כָּתַב דְּמַשְׁמַע שֶׁהוּא גָּמָל, אֲבָל בְּטַעֲנָתוֹ שֶׁל תַּלְמֵי נָקֵיט לְתַרְוַוייְהוּ, כִּי תַּלְמֵי הָיָה אוֹמֵר כֵּן אִם הָיָה מוֹצֵא מָקוֹם לְהַלְעִיג בְּדָבָר זֶה.
« Et Moché prit sa femme et ses fils et les fit monter sur un porteur d'hommes », à la place de « et les fit monter sur l'âne » (Exode 4, 20). Rachi a expliqué que cela évoque un chameau, pour qu'il ne dise pas que Moché votre maître n'avait ni cheval ni chameau. Les Tossefot ont écrit : de peur qu'il ne leur dise : Moché votre maître n'avait-il donc ni cheval ni chameau ? J'ai trouvé écrit sur un morceau de papier usé que mon grand-père, notre maître Moche Haim, que son souvenir soit une bénédiction, posa cette question à ses élèves : qu'ont ajouté les Tossefot au commentaire de Rachi ? Et il leur expliqua que Rachi n'a pas écrit « n'avait-il donc pas », mais « pour qu'il ne dise pas que Moché votre maître n'avait ni cheval ni chameau » : l'intention de Rachi est qu'il ne dénigre pas, à Dieu ne plaise, Moché notre maître, en disant de lui qu'il était pauvre au point de n'avoir ni cheval ni chameau. Les Tossefot n'ont pas retenu cette raison, car qu'importe qu'il n'ait eu ni cheval ni chameau : il n'y a là aucune honte, et de toute façon la pauvreté n'est pas une honte pour les grands sages. Ils ont donc formulé avec précision : « Moché votre maître n'avait-il donc pas... », c'est-à-dire qu'il aurait tiré de son raisonnement une conclusion contraignante : assurément il avait un cheval et un chameau ; et, les ayant, il n'aurait pas fait monter ses fils et sa femme sur un âne comme des indigents ; il s'ensuivrait que la parole de la Torah « et il les fit monter sur l'âne » n'est pas vraie, à Dieu ne plaise. Fin de ses paroles, et elles sont justes et fermes. Or, selon l'explication de Rachi, pour qui « porteur d'hommes » évoque un chameau, il me semble, avec l'aide du Ciel, que s'ils avaient écrit « sur l'âne », il aurait protesté et crié : comment Moché votre maître n'a-t-il pas pris garde à la souffrance des animaux, en faisant monter trois personnes sur un âne ? Ils ont donc écrit « porteur d'hommes », ce qui évoque un chameau, capable de porter la charge de trois personnes ensemble sans peine. On pourrait demander pourquoi ils ne se sont pas souciés de l'honneur d'Abraham notre père, dont il est écrit « et il sella son âne » (Genèse 22, 3), de sorte qu'il aurait pu dire : Abraham votre père n'avait-il ni cheval ni chameau, selon l'explication de Rachi ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'à propos d'Abraham il est écrit explicitement « et il eut du menu et du gros bétail, des ânes, des serviteurs et des servantes » (Genèse 12, 16), ainsi que « le serviteur prit dix chameaux parmi les chameaux de son maître » (Genèse 24, 10). La Torah dit donc expressément qu'il était riche et possédait toutes sortes de bêtes ; il faut par conséquent dire que l'âne qu'il sella pour le monter lui convenait particulièrement, ou bien qu'il s'agissait peut-être d'un âne de Libye, très estimé, ou d'un âne aux cent couleurs, comme Chemouel le dit à Chevor Malka à propos de l'âne du Machiah (Sanhédrin 98a). Une difficulté demeure cependant sur l'explication de Rachi : en quoi cela lui importait-il qu'il fut pauvre ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que même les nations du monde connaissent cette règle, que la prophétie ne repose que sur un homme sage, fort et riche (Chabbat 92a) ; or à l'époque dont il est écrit « et il les fit monter sur l'âne », il était prophète, envoyé par Hachem pour faire sortir Israël d'Égypte. Il aurait donc dit que la parole « et il les fit monter sur l'âne » est une falsification, à Dieu ne plaise. C'est pourquoi ils ont écrit « sur un porteur d'hommes ». On peut aussi comprendre, avec l'aide du Ciel, qu'il aurait argué de ce qui est écrit dans la Torah, « et il y eut un roi en Yechouroun » (Deutéronome 33, 5), ce qui désigne Moché notre maître, à qui s'applique le statut de roi ; or un roi doit être riche, et s'il ne l'est pas on l'enrichit du bien de ses frères. Puisqu'il semble qu'il était pauvre, comment fut-il fait roi ? Il faut donc dire qu'on l'a enrichi du bien de ses frères ; mais alors comment aurait-il pu dire « je n'ai pas pris un seul âne d'entre eux » (Nombres 16, 15) ? De part et d'autre, vous avez écrit une falsification, à Dieu ne plaise. C'est pourquoi ils ont écrit « sur un porteur d'hommes », montrant qu'il fut riche dès l'origine. Et l'on ne peut objecter qu'ils auraient dû craindre la même accusation de falsification à propos de Bilaam, qui était prophète et dont il est écrit « montant sur son ânesse » (Nombres 22, 22), ce qui laisse entendre qu'il était pauvre : là, en effet, le verset dit qu'il montait une ânesse, et les grands eux-mêmes ont coutume de monter des ânesses parce que la monture en est agréable ; on ne peut donc en déduire qu'il était pauvre. Il reste encore à comprendre pourquoi Rachi, au début de ses paroles, dit « cela évoque un chameau » sans dire « cela évoque un cheval ou un chameau », alors qu'à la fin il mentionne « ni cheval ni chameau ». Il me semble qu'une femme et des enfants n'ont pas coutume de monter un cheval, qui est fort et dont la monture est rude ; il a donc écrit que cela évoque un chameau. Mais dans la protestation de Talmai, il a mentionné les deux, car Talmai aurait ainsi parlé s'il avait trouvé matière à railler là-dessus.
💡 Explication

La bénédiction de Yaakov dit « dans leur colère ils ont tué un homme » (Genèse 49, 6). Le mot a été remplacé pour ne pas laisser entendre que les fils de Yaakov furent des meurtriers ; Rachi précise que le terme choisi revient à dire que les habitants de Chekhem ne comptaient à leurs yeux que comme des bêtes.

Le verset de l'Exode dit que Moché fit monter les siens « sur l'âne » (Exode 4, 20). L'expression porteur d'hommes, qui évoque un chameau, écarte le reproche portant sur la monture.

16
״וּמוֹשַׁב בְּנֵי יִשְׂרָאֵל אֲשֶׁר יָשְׁבוּ בְּמִצְרָיִם וּבִשְׁאָר אֲרָצוֹת אַרְבַּע מֵאוֹת שָׁנָה״. ״וַיִּשְׁלַח אֶת זַאֲטוּטֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״. ״וְאֶל זַאֲטוּטֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לֹא שָׁלַח יָדוֹ״.

« Et le séjour des enfants d'Israël, durant lequel ils ont séjourné en Égypte et dans d'autres pays, fut de quatre cents ans ». « Et il envoya les zaatoutei, les élus des enfants d'Israël ».

« Et sur les zaatoutei des enfants d'Israël Il n'étendit pas la main ».

📜 Rachi (3)
וּבִשְׁאָר אֲרָצוֹת שֶׁלֹּא יֹאמַר שֶׁקֶר כָּתוּב בַּתּוֹרָה שֶׁהֲרֵי קְהָת מִיּוֹרְדֵי מִצְרַיִם הָיָה וּכְשֶׁאַתָּה מוֹנֶה שְׁנוֹתָיו שֶׁל קְהָת וּשְׁנוֹתָיו שֶׁל עַמְרָם וּשְׁנוֹתָיו שֶׁל מֹשֶׁה כֻּולָּן אֵין מַגִּיעוֹת לד' מֵאוֹת שָׁנָה כָּל שֶׁכֵּן שֶׁהַרְבֵּה מִשְּׁנוֹת הַבָּנִים נִבְלָעִין בְּתוֹךְ שְׁנוֹת הָאָבוֹת אֶלָּא שֶׁמָּנָה הַכָּתוּב מִיּוֹם שֶׁנִּגְזְרָה גְּזֵירַת גָּלוּת מִצְרַיִם בֵּין הַבְּתָרִים וּמִשָּׁם עַד שֶׁנּוֹלַד יִצְחָק שְׁלֹשִׁים שָׁנָה וּמִשֶּׁנּוֹלַד יִצְחָק עַד שֶׁיָּצְאוּ יִשְֹרָאֵל מִמִּצְרַיִם אַרְבַּע מֵאוֹת שָׁנָה צֵא מֵהֶם שִׁשִּׁים שֶׁל יִצְחָק וּמֵאָה וְל' שֶׁחָיָה יַעֲקֹב כְּשֶׁבָּא לְמִצְרַיִם נִשְׁאֲרוּ מָאתַיִם וְעֶשֶׂר וְכֵן הָיְתָה הַגְּזֵרָה כִּי גֵר יִהְיֶה זַרְעֲךָ בְּאֶרֶץ לֹא לָהֶם (בְּרֵאשִׁית ט״ו:י״ג) וְלֹא נֶאֱמַר בְּמִצְרַיִם אֶלָּא בָּאָרֶץ לֹא לָהֶם וּכְשֶׁנּוֹלַד יִצְחָק הָיָה אַבְרָהָם גָּר בְּאֶרֶץ פְּלִשְׁתִּים וּמֵאָז עַד שֶׁיֵּצְאוּ מִמִּצְרַיִם נִמְצָא יִצְחָק וְזַרְעוֹ שֶׁהֵן זַרְעוֹ שֶׁל אַבְרָהָם גֵּרִים וּשְׁלֹשִׁים שֶׁל קֹודֶם לָכֵן לֹא נִמְנוּ בַּגְּזֵרָה דְּהָא זַרְעֲךָ כְּתִיב:
« Et dans d'autres pays » : pour qu'il ne dise pas qu'un mensonge est écrit dans la Torah. Kehat était en effet parmi ceux qui descendirent en Égypte, et si tu comptes les années de Kehat, celles d'Amram et celles de Moché, leur total n'atteint pas quatre cents ans, d'autant que beaucoup des années des fils sont comprises dans celles des pères. En réalité l'Écriture compte depuis le jour où le décret de l'exil d'Égypte fut prononcé, lors de l'alliance entre les morceaux ; de là jusqu'à la naissance d'Its'hak, trente ans ; et depuis la naissance d'Its'hak jusqu'à la sortie d'Égypte, quatre cents ans. Retranches-en les soixante ans d'Its'hak et les cent trente ans de Yaakov lorsqu'il vint en Égypte, il reste deux cent dix. Tel fut en effet le décret : « ta descendance sera étrangère dans un pays qui n'est pas à elle » (Genèse 15, 13) ; il n'est pas dit « en Égypte », mais « dans un pays qui n'est pas à elle ». Or lorsque Its'hak naquit, Abraham était étranger au pays des Philistins, et depuis lors jusqu'à la sortie d'Égypte, Its'hak et sa descendance, qui est la descendance d'Abraham, furent étrangers. Les trente années antérieures n'ont pas été comptées dans le décret, puisqu'il est écrit « ta descendance ».
זַאֲטוּטֵי לְשׁוֹן חֲשִׁיבוּת אֲבָל נַעֲרֵי לְשׁוֹן קַטְנוּת וְיֹאמַר גְּרוּעִים שֶׁלָּכֶם שְׁלַחְתֶּם לְקַבֵּל פְּנֵי שְׁכִינָה:
Zaatoutei est un terme d'importance, tandis que naarei évoque la petitesse : il aurait dit que vous avez envoyé les moindres d'entre vous recevoir la face de la Chekhina.
וְאֶל זַאֲטוּטֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל בְּאוֹתָהּ פָּרָשָׁה עַצְמָהּ וּלְפִי שֶׁכָּתְבוּ זַאֲטוּטֵי תְּחִילָּה חָזְרוּ וּכְתָבוּם כִּשְׁמָם הָרִאשׁוֹן וְלֹא כָּתְבוּ וְאֶל אֲצִילֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל:
Dans ce même passage. Puisqu'ils avaient d'abord écrit zaatoutei, ils les ont de nouveau désignés par ce premier nom et n'ont pas écrit « et sur les atsilei des enfants d'Israël ».
🗂️ Tossefot (1)
(וְאֶל) זַאֲטוּטֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל. וְקָשֶׁה אַמַּאי לֹא כָּתְבוּ לוֹ וַיִּשְׁלַח אֶת אֲצִילֵי בְּנֵי יִשְׂרָאֵל כְּדִכְתִיב בְּסָמוּךְ וְהָוֵי לְשׁוֹן גְּדֻולָּה וְיֵשׁ לוֹמַר לְפִי שֶׁלֹּא רָצוּ לְשַׁקֵּר וּלְכָךְ כָּתְבוּ לוֹ זַאֲטוּטֵי בִּמְקוֹם נְעָרַי וּבִמְקוֹם אֲצִילֵי דְּמַשְׁמַע לְשׁוֹן גְּדֻולָּה כְּמוֹ זוֹטוֹ שֶׁל יָם (בּ"מ דַּף כא:) וּמַשְׁמַע נַמֵּי לְשׁוֹן הַשְׁפָּלָה כִּדְאָמְרִינַן הָתָם הָאוֹמֵר לַצּוּלָה חַרְבִּי (יְשַׁעְיָהוּ מד) זוֹ בָּבֶל שֶׁהוּא זוֹטוֹ שֶׁל עוֹלָם פִּי' עָומְקוֹ וְתַחְתִּיתוֹ וּשְׁפֵלָה מִכָּל אֲרָצוֹת כִּדְאָמְרִינַן נָמֵי הָתָם (שַׁבָּת דַּף קיג:) הִלְכָּךְ נִקְרָא שְׁמָהּ בָּבֶל שֶׁכָּל מֵתֵי מַבּוּל נִנְעֲרוּ שָׁם (זְבָחִים דַּף קיג:):
« Et sur les zaatoutei des enfants d'Israël ». Il y a une difficulté : pourquoi ne lui ont-ils pas écrit « et il envoya les atsilei des enfants d'Israël », comme il est écrit peu après, ce qui est un terme de grandeur ? On peut dire qu'ils n'ont pas voulu mentir. Ils lui ont donc écrit zaatoutei, à la place de naarei comme à la place de atsilei, car ce mot peut évoquer la grandeur, et peut aussi évoquer l'abaissement, comme dans l'expression zouto chel yam (Baba Metsia 21b) ; c'est ainsi qu'on dit là-bas, à propos du verset « celui qui dit à l'abîme : dessèche-toi » (Isaie 44), qu'il s'agit de Babel, le zouto du monde, c'est-à-dire sa profondeur et son fond, la plus basse de toutes les terres, comme on le dit également ailleurs (Chabbat 113b) ; c'est pourquoi elle fut appelée Babel, car tous les morts du déluge y ont été secoués (Zevahim 113b).
💡 Explication

Le verset de l'Exode compte quatre cent trente ans de séjour en Égypte (Exode 12, 40). Pris à la lettre, ce chiffre se heurte à la chronologie des générations ; les anciens ont donc précisé « et dans d'autres pays », ce qui rejoint le calcul rappelé par Rachi, depuis l'alliance entre les morceaux.

Les deux autres modifications portent sur un même passage. Le texte dit que Moché envoya les naarei, les jeunes gens, offrir les sacrifices (Exode 24, 5), puis parle des atsilei, les notables (Exode 24, 11). Le mot zaatoutei, employé aux deux endroits, évite le reproche d'avoir envoyé des hommes de peu devant la Chekhina, tout en gardant la cohérence des deux versets.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).