Megillah 10b — Fin de la sougya des villes entourées d'une muraille ; la règle du « vayehi » comme terme de peine et la mise au point de Rav Achi ; trois traditions de Rabbi Levi, dont la modestie de Tamar et l'emplacement de l'aron ; puis la série des petihot par lesquelles les maîtres ouvraient l'exposé de la meguila

Megillah 10b

Sougya : Le folio achève d'abord la discussion sur les villes entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua : la baraita est relue de manière que les montants de Bavel aient trouvé ces villes et les aient dénombrées, et la contradiction interne à l'avis de Rabbi Yichmael be-Rabbi Yossi est levée de deux manières. Le traité revient ensuite à la meguila.

Rabbi Levi transmet au nom des hommes de la Grande Assemblée que le mot vayehi annonce une peine ; une longue série de versets confirme la règle, une autre série la met en difficulté, et Rav Achi la restreint : vayehi seul se prête aux deux sens, mais vayehi biméi annonce toujours la peine, et il n'y en a que cinq occurrences. Deux autres traditions de Rabbi Levi suivent : Amots et Amatsia étaient frères, ce qui établit que les prophètes aussi descendent de Tamar, récompense de sa modestie chez son beau-père ; et l'emplacement de l'aron n'entrait pas dans la mesure du Saint des Saints, puisque dix coudées le séparaient de chaque mur d'une pièce qui n'en mesurait que vingt.

Le folio s'achève sur les petihot : Rabbi Yonatan, Rabbi Chemouel bar Nahmani, Rabbi Yehochoua ben Levi, Rabbi Abba bar Kahana et Rabba bar Ofran ouvrent chacun l'exposé de la meguila par un verset, et la discussion de Rabbi Yehochoua ben Levi pose la question de savoir si le Ciel se réjouit de la chute des méchants.

La règle du vayehi : énoncé, objections, mise au point Rabbi Levi, tradition reçue des hommes de la Grande Assemblée Partout où le texte dit vayehi, le mot annonce une peine. Les versets qui confirment Aux jours d'Ahachveroch : Haman. Aux jours des juges : la famine. Les hommes se multiplient : leur méchanceté. Le départ depuis l'orient : la tour. Aux jours d'Amrafel : la guerre. Yehochoua près de Yeriho : l'épée dégainée. Le Ciel avec Yehochoua : la malversation. L'homme de Ramatayim : Hanna sans enfant. Chemouel vieilli : ses fils dévoyés. David qui réussit : Chaoul qui l'épie. Le roi dans sa maison : tu ne bâtiras pas. Les versets qui résistent Le huitième jour : joie égale à celle du jour de la création. Réponse : Nadav et Avihou y sont morts. La quatre cent quatre-vingtième année : la construction du Temple. Yaakov voit Rahel. Il fut soir, il fut matin, jour un. Le deuxième jour, le troisième. Et beaucoup d'autres encore. La mise au point de Rav Achi vayehi employé seul : les deux sens se rencontrent, la peine et la joie. vayehi biméi, aux jours de : la peine, sans exception. Cinq occurrences en tout : Ahachveroch, les juges, Amrafel, Ahaz, Yehoyakim.
La règle est d'abord posée largement, puis les objections la ramènent à la seule formule vayehi biméi.
Le Ciel se réjouit-il de la chute des méchants ? Le verset de la petiha : Devarim 28,63 Comme le Ciel s'est réjoui à votre sujet pour vous faire du bien, ainsi il se réjouira pour vous faire périr. Première objection : Yehochafat L'armée sort en chantant : rendez grâce, car sa bonté est éternelle. Rabbi Yo'hanan : la formule omet ici les mots car il est bon. Seconde objection : les anges à la mer Ils veulent dire un chant, et l'un ne s'approche pas de l'autre. L'ouvrage de mes mains se noie dans la mer, et vous dites un chant ? La réponse de Rabbi Elazar Lui-même s'abstient de cette joie ; il en donne la joie à d'autres. La langue le confirme : le verset écrit yassiss, forme causative, là où yassouss dirait sa propre joie.
La contradiction se résout par la forme verbale : le verset annonce une joie donnée aux ennemis d'Israël.
Les petihot : six maîtres, six versets pour ouvrir la meguila Maître Verset d'ouverture Ce qu'il y lit Rabbi Yonatan Yechaya 14,22 Bavel perd son écriture, sa langue, sa royauté. Sa dernière descendance est Vachti. Rabbi Chemouel bar Nahmani Yechaya 55,13 L'épine et l'ortie cèdent la place au cyprès et au myrte : Mordekhai et Esther. Rabbi Yehochoua ben Levi Devarim 28,63 La joie annoncée contre Israël, et la question de la joie divine devant la chute des méchants. Rabbi Abba bar Kahana Kohelet 2,26 Le pécheur amasse et l'homme bon reçoit : Haman prépare la maison que prendra Mordekhai. Rabba bar Ofran Yirmiya 49,38 Le trône placé en Elam : disparition du roi, soit Vachti, et des princes, Haman et ses fils. Rav Dimi bar Yitshak Verset amorcé ici La citation est coupée par la fin du folio ; le folio suivant la donnera.
Chaque maître entre dans la meguila par un verset des Prophètes ou des Écrits, lu comme l'annonce du renversement de Pourim.
1
הַשְׁתָּא [הָא] אָמְרִי לָא צְרִיכָא לְקַדּוֹשֵׁי! אֶלָּא: מָצְאוּ אֶת אֵלּוּ וּמְנָאוּם.

Mais on vient de dire qu'il n'était pas nécessaire de les consacrer ! Il faut donc dire : ils ont trouvé ces villes-là et les ont dénombrées.

📜 Rachi (1)
הָא אָמְרִי לְקַמָּן בְּסֵיפָא דְּהָא מַתְנֵי' גּוּפָהּ דְּלָא צְרִיכִי לְקִדּוּשֵׁי דְּקָא מְסַיֵּים וְאָזֵיל בָּהּ וְכָל שֶׁתַּעֲלֶה בְּיָדְךָ מָסֹורֶת מֵאֲבוֹתֶיךָ:
Plus loin, dans la fin de cette baraita elle-même, il est dit qu'il n'est pas nécessaire de les consacrer, puisqu'elle poursuit et conclut : et toute ville pour laquelle te parvient une tradition de tes pères.
💡 Explication

La guemara achève la discussion ouverte au folio précédent sur les villes entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua. Une baraita semblait dire que les montants de Bavel avaient consacré ces villes ; or la suite du même texte affirme qu'une telle consécration était superflue, la première sanctification tenant toujours.

La baraita est donc relue : les montants n'ont rien consacré, ils ont seulement trouvé ces villes déjà saintes et les ont dénombrées, c'est-à-dire inscrites dans une liste pour qu'on sache lesquelles sont concernées.

2
וְלֹא אֵלּוּ בִּלְבַד, אֶלָּא כָּל שֶׁתַּעֲלֶה לְךָ מָסֹורֶת בְּיָדְךָ מֵאֲבוֹתֶיךָ שֶׁמֻּוקֶּפֶת חוֹמָה מִימוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּן נוּן — כָּל הַמִּצְוֹת הַלָּלוּ נוֹהֲגִין בָּהּ, מִפְּנֵי שֶׁקְּדֻושָּׁה רִאשׁוֹנָה קִידְּשָׁה לִשְׁעָתָהּ וְקִידְּשָׁה לֶעָתִיד לָבֹא. קַשְׁיָא דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל אַדְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל.

« Et non seulement celles-là, mais toute ville pour laquelle te parvient une tradition de tes pères selon laquelle elle était entourée d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun — toutes ces mitsvot y sont en vigueur, parce que la première consécration a consacré pour son temps et a consacré pour l'avenir. » Il y a donc une difficulté : Rabbi Yichmael contre Rabbi Yichmael.

📜 Rachi (1)
כָּל הַמִּצְוֹת הַלָּלוּ הַנּוֹהֲגוֹת בְּעָרֵי חוֹמָה שִׁילּוּחַ מְצֹורָע וּקְרִיאַת מְגִילָּה בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר וְהַבַּיִת חָלוּט בָּהּ לְסוֹף שָׁנָה:
Celles qui sont en vigueur dans les villes entourées d'une muraille : le renvoi du metsora hors de la ville, la lecture de la meguila le quinze, et la maison vendue qui devient définitivement acquise à l'acheteur au bout d'un an.
💡 Explication

La fin de la baraita étend le statut de ville murée à toute localité couverte par une tradition familiale, et elle en donne la raison : la première consécration de la terre par Yehochoua vaut pour son temps et pour l'avenir, de sorte que l'exil et la destruction ne l'ont pas annulée.

La difficulté est interne à un seul maître : Rabbi Yichmael be-Rabbi Yossi est cité ailleurs comme tenant que la première consécration a cessé, et ici comme tenant qu'elle demeure.

3
תְּרֵי תַּנָּאֵי אַלִּיבָּא דְּרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בְּרַבִּי יוֹסֵי. וְאִיבָּעֵית אֵימָא, הָא רַבִּי אֶלְעָזָר בַּר יוֹסֵי אַמְרַהּ, דְּתַנְיָא: רַבִּי אֶלְעָזָר בְּרַבִּי יוֹסֵי אָמַר: ״אֲשֶׁר לוֹא חוֹמָה״, אַף עַל פִּי שֶׁאֵין לוֹ עַכְשָׁיו וְהָיָה לוֹ קֹודֶם לָכֵן.

Ce sont deux tanaim qui rapportent l'avis de Rabbi Yichmael be-Rabbi Yossi. Et si tu veux, dis : cet enseignement, c'est Rabbi Elazar bar Yossi qui l'a dit, comme il est enseigné : Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi a dit : « acher lo homa » — bien qu'elle n'en ait pas maintenant, elle en avait une auparavant.

📜 Rachi (1)
אע"פ שֶׁאֵין כו' אַלְמָא סְבִירָא לֵיהּ קְדֻושָּׁה קַמַּיְיתָא לֹא בָּטְלָה מֵחֲמַת חֻורְבָּן וְהַייְנוּ תַּנָּאֵי:
On voit donc qu'il tient que la première consécration n'a pas été annulée par la destruction, et c'est là le tana dont l'avis vient d'être rapporté.
💡 Explication

Deux issues sont proposées. La première admet que deux tanaim ont transmis l'avis de Rabbi Yichmael be-Rabbi Yossi de deux manières divergentes ; le désaccord porte alors sur la transmission.

La seconde attribue l'enseignement à un autre fils de Rabbi Yossi, Rabbi Elazar, qui l'appuie sur le mot lo du verset de Vayikra 25,30 : écrit avec un alef il signifie l'absence de muraille, lu avec un vav il en affirme la présence. Une ville qui a eu une muraille garde son statut après sa ruine.

🖼️ Schéma
Deux manières de lever la contradiction La difficulté Rabbi Yichmael be-Rabbi Yossi tient ailleurs que la première consécration a cessé, et ici qu'elle vaut pour l'avenir. Première issue : deux tanaim Deux élèves rapportent le même maître de deux manières opposées. Le désaccord porte sur la transmission, non sur la position du maître. Seconde issue : un autre auteur L'enseignement vient de Rabbi Elazar bar Yossi, frère du précédent. Il l'appuie sur le mot lo : écrit sans muraille, lu avec muraille.
La guemara conserve les deux traditions en répartissant autrement les auteurs.
4
״וַיְהִי בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ״, אָמַר רַבִּי לֵוִי וְאִיתֵּימָא רַבִּי יוֹנָתָן: דָּבָר זֶה מָסֹורֶת בְּיָדֵינוּ מֵאַנְשֵׁי כְּנֶסֶת הַגְּדוֹלָה, כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר ״וַיְהִי״ אֵינוֹ אֶלָּא לְשׁוֹן צַעַר.

« Et il advint aux jours d'Ahachveroch » — Rabbi Levi a dit, et certains disent que c'est Rabbi Yonatan : cette chose est une tradition que nous tenons des hommes de la Grande Assemblée : partout où il est dit « vayehi », ce n'est rien d'autre qu'un terme de peine.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל מָקוֹם שֶׁנֶּאֱמַר 'וִיהִי' אֵינוֹ אֶלָּא לְשׁוֹן צַעַר.. 'וַיְהִי בִּימֵי שְׁפֹט הַשֹּׁפְטִים וַיְהִי רָעָב בָּאָרֶץ' (רוּת א, א) . הִקְשָׁה הָרַב טוּרֵי אֶבֶן לָמָּה הִקְדִּים הַאי קְרָא דְּדִבְרֵי קַבָּלָה לִקְרָאֵי שֶׁל תּוֹרָה טוּבָא דְּמַיְיתִי בָּתַר הָכִי? עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִשּׁוּם דִּתְחִילַּת דְּבָרָיו נָקֵיט לְהוּ עַל פָּסוּק מְגִילַּת אֶסְתֵּר שֶׁהָיָה דּוֹרֵשׁ בָּהּ, לְכָךְ הֵבִיא אַחַר פָּסוּק זֶה דִּמְגִילַּת אֶסְתֵּר פָּסוּק מִן חָמֵשׁ מְגִילּוֹת. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁסָּמַךְ פָּסוּק 'וַיְהִי בִּימֵי שָׁפַט הַשְּׁפָטִים' לִפְסֹוק (אֶסְתֵּר א, א) 'וַיְהִי בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ' דְּדָמְיָין לְהָדְדִי מַמָּשׁ, חֲדָא תַּרְוַוייְהוּ כְּתִיב בְּהוּ וַיְהִי בִּימֵי. וְעוֹד תַּרְוַוייְהוּ הֵם בְּרֹאשׁ הַמְּגִילָּה, וְעוֹד תַּרְוַוייְהוּ הָיָה הַצַּעַר סִיבָּה לְטוֹבָה שֶׁהָיָה אַחֲרִיתוֹ טוֹב שֶׁנֶּהְפַּךְ לְטוֹב, כִּי לוּלֵי הָרָעָב אֵיךְ הָיְתָה בָּאָה רוּת אֵצֶל בֹּועַז שֶׁיָּצָא מִמֶּנָּה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁרוֹוֵהוּ להקב"ה בְּשִׁירוֹת וְתִשְׁבָּחוֹת וְיָצָא מִמֶּנָּה מֶלֶךְ הַמָּשִׁיחַ? וְכֵן אָמְרוּ בַּגְּמָרָא (בָּבָא בָּתְרָא יד:) רוּת יֵשׁ לָהּ אַחֲרִית טוֹב, וְדוֹמֶה לָזֶה צַעַר שֶׁל יְמֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ דְּלוּלֵי עִנְיַן הַגְּזֵרָה שֶׁל הָמָן אֵיךְ הָיוּ זוֹכִים לְיוֹם טוֹב זֶה בְּכָל שָׁנָה וְשָׁנָה? וְאֵיךְ הָיָה מִתְגַּדֵּל מָרְדְּכַי הַצַּדִּיק ע"ה? וְאֵיךְ הָיוּ הָעֲמָלֵקִים נֶהֱרָגִים? וְאַף עַל גַּב דְּחַנָּה גַּם כֵּן הָיָה לָהּ אַחֲרִית טוֹב, עִם כָּל זֶה לֹא הָיָה הַצַּעַר סִיבָּה שֶׁל הַטּוֹבָה דְּאִם לֹא הָיְתָה עֲקָרָה מֵעִיקָּרָא גַּם כֵּן הָיְתָה מוֹלֶדֶת אֶת שְׁמוּאֵל הַנָּבִיא ע"ה.
« Partout où il est dit vayehi, ce n'est rien d'autre qu'un terme de peine... et il advint aux jours où jugeaient les juges, et il y eut une famine dans le pays » (Routh 1,1). Le Tourei Even demande pourquoi il place ce verset des Écrits avant les nombreux versets de la Torah cités ensuite ; vois là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que puisqu'il ouvre son propos sur le verset de la meguilat Esther qu'il expose, il a fait suivre ce verset d'Esther d'un verset pris dans les cinq meguilot. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il a rapproché « vayehi biméi chéfot ha-chofetim » de « vayehi biméi Ahachveroch » parce que les deux se ressemblent exactement : d'abord, tous deux portent la formule vayehi biméi ; ensuite, tous deux se trouvent en tête d'une meguila ; enfin, dans les deux cas la peine a été la cause d'un bien, car leur fin s'est retournée en bien. Sans la famine, comment Routh serait-elle venue auprès de Boaz, dont est sorti le roi David, qui a désaltéré le Saint béni soit-Il de chants et de louanges, et dont sortira le roi Machiah ? Ainsi ont-ils dit dans la guemara (Bava Batra 14b) : Routh a une bonne fin. Il en va de même de la peine des jours d'Ahachveroch : sans le décret de Haman, comment auraient-ils mérité cette fête chaque année ? Comment Mordekhai le juste se serait-il élève ? Comment les Amalécites auraient-ils été mis à mort ? Et bien que Hanna aussi ait connu une bonne fin, la peine n'y était pas la cause du bien : même sans avoir été stérile au départ, elle aurait enfanté Chemouel le prophète.
💡 Explication

Le traité revient à son objet principal et commence l'exposé suivi de la meguila, verset par verset. Le premier mot du livre, vayehi, porte selon cette tradition une valeur constante : il annonce une peine.

La tradition est rapportée aux hommes de la Grande Assemblée, ceux-là mêmes qui ont fixé le texte de la meguila ; le lecteur est ainsi averti dès le premier mot de ce qui va suivre.

5
״וַיְהִי בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ״ — הֲוָה הָמָן. ״וַיְהִי בִּימֵי שְׁפֹוט הַשֹּׁופְטִים״ — הֲוָה רָעָב. ״וַיְהִי כִּי הֵחֵל הָאָדָם לָרֹוב״ — ״וַיַּרְא ה׳ כִּי רַבָּה רָעַת הָאָדָם״.

« Et il advint aux jours d'Ahachveroch » — il y eut Haman. « Et il advint aux jours où jugeaient les juges » — il y eut une famine.

« Et il advint quand les hommes commencèrent à se multiplier » — « et Hachem vit que la méchanceté de l'homme était grande ».

💡 Explication

La démonstration procède par juxtaposition : à chaque fois, le vayehi est suivi de près par un malheur nommé dans le contexte immédiat du verset.

6
״וַיְהִי בְּנָסְעָם מִקֹּדֶם״ — ״הָבָה נִבְנֶה לָּנוּ עִיר״. ״וַיְהִי בִּימֵי אַמְרָפֶל״ — ״עָשׂוּ מִלְחָמָה״. ״וַיְהִי בִּהְיוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּירִיחוֹ״ — ״וְחַרְבּוֹ שְׁלוּפָה בְּיָדוֹ״. ״וַיְהִי ה׳ אֶת יְהוֹשֻׁעַ״ — ״וְיִמְעֲלוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל״. ״וַיְהִי אִישׁ אֶחָד מִן הָרָמָתַיִם״ — ״כִּי אֶת חַנָּה אָהֵב וַה׳ סָגַר רַחְמָהּ״.

« Et il advint, dans leur voyage depuis l'orient » — « allons, bâtissons-nous une ville ». « Et il advint aux jours d'Amrafel » — « ils firent la guerre ».

« Et il advint, lorsque Yehochoua était près de Yeriho » — « son épée dégainée à la main ». « Et Hachem fut avec Yehochoua » — « et les enfants d'Israël commirent une malversation ».

« Et il y avait un homme de Ramatayim » — « car il aimait Hanna, et Hachem avait fermé son sein ».

📜 Rachi (1)
וְחַרְבּוֹ שְׁלוּפָה וְגוֹ' וְצִיעֲרוֹ שֶׁהוֹכִיחוּ עַל בִּיטּוּל תּוֹרָה וְתָמִיד שֶׁל בֵּין הָעַרְבַּיִם כִּדְאָמַר לְעֵיל בְּפִירְקִין (מְגִילָּה ג.):
Et l'ange lui causa de la peine, car il lui reprocha l'interruption de l'étude de la Torah et le tamid du soir, comme il a été dit plus haut dans ce chapitre (Meguila 3a).
7
״וַיְהִי (כִּי) זָקֵן שְׁמוּאֵל״ — ״וְלֹא הָלְכוּ בָנָיו בִּדְרָכָיו״. ״וַיְהִי דָּוִד לְכָל דְּרָכָיו מַשְׂכִּיל [וָהּ׳ עִמּוֹ]״ — ״וַיְהִי שָׁאוּל עוֹיֵן אֶת דָּוִד״. ״וַיְהִי כִּי יָשַׁב הַמֶּלֶךְ בְּבֵיתוֹ״ — ״רַק אַתָּה לֹא תִבְנֶה הַבָּיִת״.

« Et il advint que Chemouel avait vieilli » — « et ses fils ne marchèrent pas dans ses voies ». « Et David réussissait dans toutes ses voies, et Hachem était avec lui » — « et Chaoul regardait David d'un œil mauvais ».

« Et il advint que le roi demeurait dans sa maison » — « toi cependant, tu ne bâtiras pas la Maison ».

📜 Rachi (1)
וַיְהִי דָּוִד לְכָל דְּרָכָיו מַשְׂכִּיל וַה' עִמּוֹ וּכְתִיב הָתָם וַיְהִי שָׁאוּל עוֹיֵן אֶת דָּוִד בִּשְׁבִיל הַצְלָחָתוֹ:
Et il est écrit là : « et Chaoul regardait David d'un œil mauvais », à cause de sa réussite.
💡 Explication

Le cas de David est instructif : le verset qui annonce sa réussite est encadré par la jalousie de Chaoul, de sorte que la réussite elle-même devient la source de la peine. Le dernier exemple prend le même tour : le repos du roi dans sa maison ouvre le projet du Temple, et la réponse qui lui parvient lui en refuse la construction.

8
וְהָכְתִיב: ״וַיְהִי בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי״, וְתַנְיָא: אוֹתוֹ הַיּוֹם הָיְתָה שִׂמְחָה לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא כְּיוֹם שֶׁנִּבְרְאוּ בּוֹ שָׁמַיִם וָאָרֶץ, כְּתִיב הָכָא: ״וַיְהִי בַּיּוֹם הַשְּׁמִינִי״, וּכְתִיב הָתָם: ״וַיְהִי (בָּקָר) יוֹם אֶחָד״!

Mais il est écrit : « et il advint au huitième jour », et il est enseigné : ce jour-là, il y eut une joie devant le Saint béni soit-Il comme au jour où furent créés les cieux et la terre. Il est écrit ici « et il advint au huitième jour », et il est écrit là « et il fut soir, jour un » !

💡 Explication

L'objection est bâtie sur une guezera chava : le mot vayehi relie le huitième jour de l'inauguration du michkan au premier jour de la création, et la baraita en tire une joie égale. Le même mot porterait donc la joie.

9
הָא שְׁכֵיב נָדָב וַאֲבִיהוּא.

Nadav et Avihou y sont morts.

💡 Explication

La réponse maintient la règle : ce jour de joie à porte aussi un deuil, la mort des deux fils d'Aharon. Le vayehi annonce cette part de peine, sans nier la joie de l'inauguration.

10
וְהָכְתִיב: ״וַיְהִי בִשְׁמוֹנִים שָׁנָה וְאַרְבַּע מֵאוֹת שָׁנָה״! וְהָכְתִיב: ״וַיְהִי כַּאֲשֶׁר רָאָה יַעֲקֹב אֶת רָחֵל״! וְהָכְתִיב ״וַיְהִי עֶרֶב וַיְהִי בֹקֶר יוֹם אֶחָד״! וְהָאִיכָּא שֵׁנִי! וְהָאִיכָּא שְׁלִישִׁי! וְהָאִיכָּא טוּבָא!

Mais il est écrit : « et il advint en la quatre cent quatre-vingtième année » ! Et il est écrit : « et il advint lorsque Yaakov vit Rahel » !

Et il est écrit : « il fut soir, il fut matin, jour un » ! Et il y a le deuxième jour !

Et il y a le troisième ! Et il y en a beaucoup d'autres !

🪔 Ben Yehoyada (1)
וְהָכְתִיב: (מְלָכִים א' ו, א) 'וַיְהִי בִשְׁמוֹנִים שָׁנָה וְאַרְבַּע מֵאוֹת שָׁנָה'. קָשֶׁה לָמָּה נָקֵיט פָּסוּק זֶה שֶׁהוּא מֵהַנְּבִיאִים קֹודֶם פְּסוּקֵי תּוֹרָה, וְעוֹד גַּם פְּסוּקֵי תּוֹרָה לָא נָקֵיט לְהוּ כְּסִדְרָן דְּהִקְשָׁה מִפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית כט, י) 'וַיְהִי כַּאֲשֶׁר רָאָה יַעֲקֹב' קֹודֶם הָנָךְ קְרָאֵי דְּשֵׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּקֻושְׁיָא שֶׁיֵּשׁ לְהַקְשׁוֹת מִן פָּסוּק 'וַיְהִי בִּשְׁמוֹנִים שָׁנָה' הִיא חֲזָקָה וְאַלִּימָא מִכָּל קֻושְׁיוֹת אֲחֵרִים דִּשְׁאָר קְרָאֵי, יַעַן כִּי פָּסוּק 'וַיְהִי כַּאֲשֶׁר רָאָה יַעֲקֹב אֶת רָחֵל' יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דְּגַם בָּזֶה הֲוָה צַעַר כִּי עַל יְדֵי שֶׁרָאָה יַעֲקֹב אֶת רָחֵל תְּחִלָּה וְאָהַב אוֹתָהּ עָשָׂה תְּנַאי הָעֲבוֹדָה עַל רָחֵל, וְכֵיוָן דְּלָבָן אֵין רְצוֹנוֹ בְּכָךְ אֶלָּא רוֹצֶה שֶׁיִּתֵּן אֶת לֵאָה הֻוצְרַךְ לְרַמּוֹת וּמִכֹּחַ הַמִּרְמָה הַהִיא נִתְגַּלְגֵּל עִנְיַן מְכִירַת יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה, וִירִידַת יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה וְהַשְּׁבָטִים לְמִצְרַיִם, וְכַאֲשֶׁר פֵּירֵשׁ רַבֵּינוּ מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זַ"ל עַל פָּסוּק (דְּבָרִים כו, ה) 'אֲרַמִּי אֹבֵד אָבִי וַיֵּרֶד מִצְרַיְמָה', וְעַל כֵּן אֵין מִזֶּה הַכָּתוּב קֻושְׁיָא חֲזָקָה דְּיֵשׁ לְתָרֵץ בְּהָכִי, אַךְ הַמַּקְשָׁן אַף עַל פִּי שֶׁיָּדַע שֶׁיֵּשׁ לְתָרֵץ בְּהָכִי עִם כָּל זֶה הִקְשָׁה מִשּׁוּם דְּגִלְגּוּל הַצַּעַר שֶׁנִּתְגַּלְגֵּל מִזֶּה הָיָה בִּזְמַן רָחוֹק. וְכֵן פְּסוּקִים שֶׁל שֵׁשֶׁת יְמֵי בְּרֵאשִׁית לֵיכָּא קֻושְׁיָא חֲזָקָה מִנַּייְהוּ דְּיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הָתָם הֻוכְרַח לִכְּתִיב 'וִיהִי' וְלֹא כָּתַב 'וְהָיָה' כְּדֵי שֶׁלֹּא יִטְעוּ לוֹמַר עוֹלָם קַדְמוֹן ח"ו כִּי וְהָיָה לְשׁוֹן עָבַר אֲבָל וַיְהִי לְשׁוֹן עָתִיד, וְעִם כָּל זֶה הַמַּקְשָׁן אַחַר כָּךְ הִקְשָׁה מִזֶּה כְּדֵי לֵידַע מַה יָשִׁיב הִתְרַצֵּן אִם יָשִׁיב תֵּירוּץ זֶה אוֹ יֵשׁ לוֹ תֵּירוּץ אַחֵר, אַךְ מִפָּסוּק 'וַיְהִי בִּשְׁמוֹנִים שָׁנָה' הָיָה קֻושְׁיָא גְּדוֹלָה לְפִי דַּעַת הַמַּקְשָׁן לְכָךְ הִקְדִּים לְהַקְשׁוֹת מִזֶּה תְּחִלָּה.
« Mais il est écrit : et il advint en la quatre cent quatre-vingtième année » (I Rois 6,1). Difficulté : pourquoi prendre d'abord ce verset, qui vient des Prophètes, avant les versets de la Torah ? De plus, les versets de la Torah eux-mêmes ne sont pas cités dans leur ordre, puisqu'il objecte à partir de « et il advint lorsque Yaakov vit Rahel » (Berechit 29,10) avant les versets des six jours de la création. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'objection tirée du verset « en la quatre cent quatre-vingtième année » est la plus forte de toutes les autres. Car pour « et il advint lorsque Yaakov vit Rahel », on peut objecter qu'il y eut là aussi de la peine : c'est parce que Yaakov vit Rahel d'abord et l'aima qu'il posa sa condition de service sur Rahel ; et comme Lavan ne le voulait pas et voulait lui donner Léa, il dut user de tromperie, et de cette tromperie s'est enchaînée la vente de Yossef le juste, ainsi que la descente de Yaakov notre père et des tribus en Égypte, comme l'a expliqué notre maître le Maharam Alchikh sur le verset (Devarim 26,5) « un Araméen voulait perdre mon père, et il descendit en Égypte ». Ce verset ne fournit donc pas une objection forte, puisqu'on peut y répondre ainsi ; mais celui qui objecte, tout en sachant qu'on peut y répondre ainsi, a malgré tout objecté, parce que l'enchaînement de la peine qui en est résulte s'est produit en un temps éloigné. De même, les versets des six jours de la création ne fournissent pas d'objection forte, car on peut y répondre qu'il fallait écrire vayehi et non vehaya, pour qu'on n'en vienne pas à dire, à D.ieu ne plaise, que le monde est éternel : vehaya est un terme de passé, tandis que vayehi est un terme de futur. Malgré cela, celui qui objecte a ensuite objecté à partir de ces versets, pour savoir ce que répondra celui qui résout, s'il donnera cette réponse ou s'il en a une autre. Mais le verset « et il advint en la quatre cent quatre-vingtième année » constituait, selon lui, une grande difficulté, et c'est pourquoi il a commencé par objecter à partir de là.
💡 Explication

Les objections s'accumulent et changent de nature : la construction du Temple, la rencontre de Yaakov et Rahel, les jours de la création. La règle prise dans sa forme large devient intenable, ce qui prépare la restriction de Rav Achi.

11
אָמַר רַב אַשִּׁי: כָּל ״וַיְהִי״ — אִיכָּא הָכִי וְאִיכָּא הָכִי, ״וַיְהִי בִּימֵי״ — אֵינוֹ אֶלָּא לְשׁוֹן צַעַר.

Rav Achi a dit : tout « vayehi » — il y en a ainsi et il y en a ainsi ; « vayehi biméi » n'est rien d'autre qu'un terme de peine.

💡 Explication

Rav Achi restreint la règle à la formule complète vayehi biméi, « et il advint aux jours de ». Le mot vayehi employé seul se prête aux deux sens ; la formule qui date un récit par le règne ou l'époque d'un homme annonce la peine.

La restriction sauve la tradition des hommes de la Grande Assemblée tout en répondant à toutes les objections, puisque aucune ne portait sur cette formule.

12
חֲמִשָּׁה ״וַיְהִי בִּימֵי״ הָווּ: ״וַיְהִי בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ״, ״וַיְהִי בִּימֵי שְׁפֹוט הַשֹּׁופְטִים״, ״וַיְהִי בִּימֵי אַמְרָפֶל״, ״וַיְהִי בִּימֵי אָחָז״, ״וַיְהִי בִּימֵי יְהוֹיָקִים״.

Il y a cinq « vayehi biméi » : « et il advint aux jours d'Ahachveroch », « et il advint aux jours où jugeaient les juges », « et il advint aux jours d'Amrafel », « et il advint aux jours d'Ahaz », « et il advint aux jours de Yehoyakim ».

💡 Explication

La guemara vérifie la règle en recensant les cinq occurrences du Tanakh. La liste close, la règle devient vérifiable et chacune des cinq introduit bien un malheur.

🖼️ Schéma
Les cinq vayehi biméi et ce qui les suit Ahachveroch Le décret de Haman contre tous les Juifs de l'empire. Les juges La famine qui pousse Elimelekh hors du pays. Amrafel La guerre des rois et la capture de Lot. Ahaz La montée de Retsin et de Pekah contre Yerouchalayim. Yehoyakim L'exil annoncé par Yirmiya dès le début de son livre. La liste est close : la règle de Rav Achi porte sur ces cinq passages et sur eux seuls.
Les cinq emplois de la formule complète, chacun suivi du malheur qu'il introduit.
13
וְאָמַר רַבִּי לֵוִי, דָּבָר זֶה מָסֹורֶת בְּיָדֵינוּ מֵאֲבוֹתֵינוּ: אָמוֹץ וַאֲמַצְיָה — אֲחִי הָווּ. מַאי קָא מַשְׁמַע לַן?

Et Rabbi Levi a dit : cette chose est une tradition que nous tenons de nos pères : Amots et Amatsia étaient frères. Que vient nous apprendre cela ?

📜 Rachi (1)
אָמוֹץ וַאֲמַצְיָה אָמוֹץ אָבִיו שֶׁל יְשַׁעְיָה וַאֲמַצְיָה מֶלֶךְ יְהוּדָה:
Amots, père de Yechaya, et Amatsia, roi de Yehouda.
💡 Explication

La guemara enchaîne les traditions transmises par Rabbi Levi. Celle-ci paraît n'être qu'une notice généalogique : le père du prophète Yechaya était le frère d'un roi de Yehouda. La question porte donc sur sa portée : quel enseignement en dépend ?

14
כִּי הָא דְּאָמַר רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר רַבִּי יוֹנָתָן: כָּל כַּלָּה שֶׁהִיא צְנוּעָה בְּבֵית חָמִיהָ — זוֹכָה וְיוֹצְאִין מִמֶּנָּה מְלָכִים וּנְבִיאִים. מִנָּלַן? מִתָּמָר, דִּכְתִיב: ״וַיִּרְאֶהָ יְהוּדָה וַיַּחְשְׁבֶהָ לְזוֹנָה כִּי כִסְּתָה פָּנֶיהָ״, מִשּׁוּם דְּכִסְּתָה פָּנֶיהָ ״וַיַּחְשְׁבֶהָ לְזוּנָהּ״?

C'est comme ce qu'a dit Rabbi Chemouel bar Nahmani au nom de Rabbi Yonatan : toute kalla qui est modeste dans la maison de son beau-père mérite qu'il sorte d'elle des rois et des prophètes. D'où le savons-nous ?

De Tamar, car il est écrit : « Yehouda la vit et la prit pour une prostituée, car elle avait couvert son visage ». Est-ce parce qu'elle avait couvert son visage qu'« il la prit pour une prostituée » ?

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל כַּלָּה שֶׁהִיא צְנוּעָה בְּבֵית חָמִיהָ, זוֹכָה וְיוֹצְאִין מִמֶּנָּה מְלָכִים וּנְבִיאִים. קַשָּׁא בִּשְׁלָמָא נְבִיאִים אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיוּ בְּדוֹר אֶחָד אֶלֶף נְבִיאִים אִם יִרְבּוּ הַצְּנוּעוֹת, אֲבָל מְלָכִים אִם יִרְבּוּ הַצְּנוּעוֹת לֹא אֶפְשָׁר שֶׁיִּרְבּוּ הַמְּלָכִים כִּי אֵין מֶלֶךְ אֶלָּא אֶחָד אוֹ שְׁנַיִם אַחַר שֶׁנֶּחְלְקוּ עֲשֶׂרֶת הַשְּׁבָטִים? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כָּל רֹאשׁ יְשִׁיבָה נִקְרָא בְּשֵׁם מֶלֶךְ כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ מֶלֶךְ רַב אֶפֶס, מֶלֶךְ רַבָּה, מֶלֶךְ רַב יוֹסֵף וְכַיּוֹצֵא בָּזֶה הַרְבֵּה. אִי נָמֵי תִּזְכֶּה לַחֲכָמִים גְּדוֹלִים שֶׁנִּקְרָאִים בְּשֵׁם מְלָכִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ (גִּיטִּין סב:) מָאן מַלְכֵי רַבָּנָן, שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי ח, טו) 'בֵּי מְלָכִים יִמְלְכוּ'. וְהָא דִּנְקַט 'כָּל כַּלָּה שֶׁהִיא צְנוּעָה' וְלֹא אָמַר 'כָּל אִשָּׁה שֶׁהִיא צְנוּעָה' לִרְבוּתָא, שֶׁתִּהְיֶה צְנוּעָה מִתְּחִלַּת יְמֵי חֻופָּתָהּ דְּאָז אוֹתוֹ זְמַן נִקְרֵאת בְּשֵׁם כַּלָּה וְהָוֵי רְבוּתָא טְפֵי מִשּׁוּם דְּהַדֶּרֶךְ הַכֹּל מִסְתַּכְּלִים בְּכַלָּה כְּדֵי לְחַבְּבָהּ עַל בַּעְלָהּ, וְעִם כָּל זֶה תַּסְתִּיר עַצְמָהּ מֵעֵינֵי הַכֹּל שֶׁלֹּא יִסְתַּכְּלוּ בָּהּ אָז זוֹ רְאוּיָה לִזְכּוֹת זֶה. וְהָא דִּנְקַט 'כָּל' נִרְאֶה לִי בס"ד לְרַבּוֹת אֲפִילּוּ גִּדֶּמֶת וְכַיּוֹצֵא דְּאָז דַּרְכָּהּ לִהְיוֹת צְנוּעָה בִּשְׁבִיל הַמּוּם שֶׁלָּהּ, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּשַׁבָּת דַּף נ"ג מַעֲשֶׂה בְּאָדָם אֶחָד שֶׁנָּשָׂא אִשָּׁה גִּדֶּמֶת וְכוּ' יְעֻויַּן שָׁם, עִם כָּל זֶה אִם הִיא צְנוּעָה לְשֵׁם שָׁמַיִם וְלֹא בִּשְׁבִיל לְהַסְתִּיר הַמּוּם יוֹעִיל לָהּ זְכוּת הַצְּנִיעוּת לְדָבָר זֶה. וְצָרִיךְ לְהָבִין מַה מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה יֵשׁ בָּזֶה לִזְכּוֹת לְבָנִים מְלָכִים וּנְבִיאִים בִּשְׁבִיל הַצְּנִיעוּת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהַנְּבִיאִים דַּרְכָּן לְהִסְתַּתֵּר וְלָשֶׁבֶת בְּהֶצְנֵעַ וּבְמִסְתָּרִים לְהִתְבּוֹדֵד לְבַדָּם כְּדֵי שֶׁתִּשְׁרֶה עֲלֵיהֶם רוּחַ הַנְּבוּאָה, וְגַם הַמְּלָכִים אֵין דַּרְכָּן לָשֶׁבֶת עִם בְּנֵי אָדָם כָּל כָּךְ מִשּׁוּם כְּבוֹד מַלְכוּת וְגַם כָּל מַעֲשֵׂיהֶם נַעֲשִׂים בְּהֶצְנֵעַ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי שֶׁיֵּשׁ בָּזֶה מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, הִיא צְנוּעָה בְּבֵית חָמִיהָ כְּדֵי שֶׁלֹּא יִהְיֶה בָּהּ מִכְשׁוֹל לִפְנֵי אָדָם לְהַרְהֵר בָּהּ, לָכֵן יָצְאוּ מִמֶּנָּה מְלָכִים הַמְּסִירִים הַמִּכְשׁוֹלוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַחֲבֵירוֹ כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (מִשְׁנָה אָבוֹת ג, ב) 'אִלְמָלֵא מוֹרָאָהּ שֶׁל מַלְכוּת אִישׁ אֶת רֵעֵהוּ חַיִּים בָּלְעוּ' וְכֵן יָצְאוּ נְבִיאִים הַמְּסִירִים הַמִּכְשׁוֹלוֹת שֶׁבֵּין אָדָם לַמָּקוֹם דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָה נז, יד) 'וְאָמַר סֹלּוּ סֹלּוּ פַּנּוּ דָרֶךְ הָרִימוּ מִכְשׁוֹל מִדֶּרֶךְ עִמִּי'.
« Toute kalla qui est modeste dans la maison de son beau-père mérite qu'il sorte d'elle des rois et des prophètes. » Difficulté : pour les prophètes, on comprend, car une même génération peut compter mille prophètes si les femmes modestes se multiplient ; mais pour les rois, même si les femmes modestes se multiplient, les rois ne sauraient se multiplier, puisqu'il n'y a qu'un roi, ou deux depuis que les dix tribus se sont séparées. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que tout chef de yechiva est appelé du nom de roi, comme ils ont dit : le roi Rav Afess, le roi Rabba, le roi Rav Yossef, et bien d'autres expressions semblables. Ou bien : elle mérite des sages d'envergure, qui sont appelés rois, comme ils ont dit (Guitin 62b) : qui sont les rois ? Les rabbanim, ainsi qu'il est dit (Michlei 8,15) « par moi les rois règnent ». S'il a dit « toute kalla qui est modeste » plutôt que « toute femme qui est modeste », c'est pour renforcer : qu'elle soit modeste dès les premiers jours de sa houpa, temps où on l'appelle kalla, ce qui est plus fort, car l'usage veut que tous regardent la kalla pour la rendre aimable aux yeux de son mari ; malgré cela elle se dérobe aux regards de tous, et celle-là mérite cette récompense. Et s'il a dit « toute », il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour inclure même une femme privée d'une main ou semblable, dont l'usage est de se tenir discrète à cause de son défaut, comme ils ont rapporté dans Chabbat 53 : il arriva qu'un homme épousa une femme privée d'une main, etc., vois là-bas ; malgré cela, si elle est modeste pour le Ciel et non pour dissimuler son défaut, le mérite de la tsniout lui vaudra cette récompense. Il faut comprendre quelle mesure pour mesure il y a ici, à mériter des fils rois et prophètes en raison de la modestie. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les prophètes ont coutume de se retirer et de se tenir à l'écart, dans le secret, pour s'isoler afin que l'esprit de prophétie repose sur eux ; les rois non plus n'ont pas coutume de se tenir parmi les gens, par honneur de la royauté, et tous leurs actes aussi se font dans la discrétion. Il me semble encore qu'il y a ici mesure pour mesure : elle est modeste dans la maison de son beau-père afin de n'être pas un obstacle devant un homme qui viendrait à penser à elle ; c'est pourquoi sortent d'elle des rois, qui ôtent les obstacles entre l'homme et son prochain, comme ils ont dit (Avot 3,2) « sans la crainte de la royauté, les hommes s'avaleraient vivants les uns les autres », et sortent d'elle des prophètes, qui ôtent les obstacles entre l'homme et D.ieu, ainsi qu'il est écrit (Yechaya 57,14) « et il dira : frayez, frayez, déblayez le chemin, ôtez tout obstacle du chemin de mon peuple ».
💡 Explication

La réponse rattache la généalogie à un enseignement sur la tsniout, la réserve. La preuve part d'une difficulté du verset : une femme qui se couvre le visage devrait écarter le soupçon, non l'attirer.

15
אֶלָּא מִשּׁוּם דְּכִסְּתָה פָּנֶיהָ בְּבֵית חָמִיהָ, וְלָא הֲוָה יָדַע לַהּ, זָכְתָה וְיָצְאוּ מִמֶּנָּה מְלָכִים וּנְבִיאִים. מְלָכִים — מִדָּוִד, נְבִיאִים — דְּאָמַר רַבִּי לֵוִי, מָסֹורֶת בְּיָדֵינוּ מֵאֲבוֹתֵינוּ: אָמוֹץ וַאֲמַצְיָה אַחִים הָיוּ, וּכְתִיב: ״חֲזוֹן יְשַׁעְיָהוּ בֶן אָמוֹץ״.

Plutôt : parce qu'elle avait couvert son visage dans la maison de son beau-père et qu'il ne la connaissait pas, elle a mérité qu'il sorte d'elle des rois et des prophètes. Des rois — par David ; des prophètes — comme l'a dit Rabbi Levi : nous tenons de nos pères la tradition qu'Amots et Amatsia étaient frères, et il est écrit « vision de Yechaya fils d'Amots ».

📜 Rachi (1)
מְלַמֵּד שֶׁכִּיסְּתָה פָּנֶיהָ בְּבֵית חָמִיהָ לְפִיכָךְ לֹא הַכִּירָה עַכְשָׁיו שֶׁאַף בְּבֵיתוֹ לֹא רָאָה פָּנֶיהָ שֶׁיְּהֵא מַכִּירָהּ:
C'est pourquoi il ne l'a pas reconnue à ce moment : même dans sa maison il n'avait pas vu son visage, de sorte qu'il pût la reconnaître.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מְלָכִים מִדָּוִד. נִמְצָא דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה, לָקַח מְלוּכָה בִּשְׂכַר הַצְּנִיעוּת, וּבָזֶה יוּבָן בס"ד הַטַּעַם שֶׁחָס עַל שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁלֹּא הֲרָגוֹ בִּשְׁבִיל הַצְּנִיעוּת, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דִּבְרָכוֹת (בְּרָכוֹת סב:) עַל פָּסוּק (שְׁמוּאֵל א' כד, י) 'וַתָּחָס עָלֶיךָ' וְקָשֶׁה וְכִי לֹא מָצָא בּוֹ מִדָּה טוֹבָה יוֹתֵר מִזּוֹ? וּבָזֶה נִיחָא כֵּיוָן דְּהוּא זָכָה לִמְלוּכָה בִּשְׂכַר הַצְּנִיעוּת לְכָךְ חֲבִיבָה לֵיהּ מִדַּת הַצְּנִיעוּת טְפֵי מִשְּׁאָר מִידּוֹת טוֹבוֹת! מַעֲשֶׂה בְּעָנִי אֶחָד שֶׁהָיָה דּוֹלֶה מַיִם מִן בּוֹר עָמֹוק שֶׁיֵּשׁ לוֹ בַּחֲצֵרוֹ וְעַל יְדֵי כָּךְ נָפְלָה הַטַּבַּעַת מִיָּדוֹ לְתוֹךְ הַבּוֹר, וְהִיא אֵינָהּ שָׁוָה יוֹתֵר מֵעֲשָׂרָה דְּנֵרִים, אַךְ מֵחֲמַת שֶׁהָיָה עָנִי הָיְתָה חֲשׁוּבָה בְּעֵינָיו וְחָס עָלֶיהָ וְיָרַד בַּחֲבָלִים לְתוֹךְ הַבּוֹר לְחַפֵּשׂ אַחֲרֶיהָ בְּקַרְקָעִית הַבּוֹר וְלֹא מָצְאָה, וּמִדֵּי חִיפְּשׂוּ מָצָא רֹאשׁ כְּלִי יוֹצֵא בְּקַרְקָעִית הַבּוֹר וְיַחְפֹּור סְבִיב הַכְּלִי בְּיָדוֹ עַד שֶׁהוֹצִיאוֹ מִן הַקַּרְקַע שֶׁהָיָה טָמוּן שָׁם וַיִּמְצָאֵהוּ מָלֵא דִּינְרֵי זָהָב, וְעוֹדֶנּוּ מְחַפֵּשׂ וּמְמַשְׁמֵשׁ בְּיָדָיו בְּקַרְקַע הַבּוֹר וְיִמְצָא עוֹד כְּלִי אֶחָד טָמוּן שָׁם וְיוֹצִיאוֹ וְהוּא מָלֵא דִּינְרֵי זָהָב, עַד שֶׁמָּצָא חֲמִשָּׁה כֵּלִים, אָז רָאָה הַטַּבַּעַת וּלְקָחָהּ, וְאַחַר כָּךְ אַף עַל פִּי שֶׁהוּא נִתְעַשֵּׁר הַרְבֵּה וְיֵשׁ לוֹ יְכֹולֶת לִלְבֹּושׁ בְּאֶצְבָּעוֹ טַבַּעַת אֶבֶן טוֹבָה שֶׁשָּׁוֶה שְׁנֵי אֲלָפִים דְּנֵרֵי זָהָב, עִם כָּל זֶה לֹא הָיָה לוֹבֵשׁ אֶלָּא רַק אוֹתָהּ טַבַּעַת שֶׁשָּׁוֶה עֲשָׂרָה דְּנֵרֵי כֶּסֶף, דַּחֲבִיבָה לֵיהּ מִפְּנֵי שֶׁעַל יָדָהּ נִתְעַשֵּׁר עֹושֶׁר גָּדוֹל. כֵּן דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה הָיְתָה חֲבִיבָה אֶצְלוֹ הַצְּנִיעוּת שֶׁבַּעֲבוּרָהּ זָכָה לִמְלוּכָה לְכָךְ לֹא חָס עַל שָׁאוּל לְבִלְתִּי יַהַרְגֵהוּ, אֶלָּא בִּשְׁבִיל הַצְּנִיעוּת שֶׁמָּצָא בּוֹ.
« Des rois, par David. » Il se trouve que le roi David a reçu la royauté en récompense de la modestie ; par là se comprend, avec l'aide du Ciel, la raison pour laquelle il a épargné le roi Chaoul et ne l'a pas tué, à cause de la modestie, comme ils l'ont dit dans la guemara de Berakhot (62b) sur le verset (I Chemouel 24,10) « et mon œil t'a épargné ». Difficulté : n'a-t-il donc trouvé en lui aucune qualité meilleure que celle-là ? Mais tout s'éclaire : puisqu'il avait mérité la royauté en récompense de la modestie, la mesure de la tsniout lui était plus chère que les autres bonnes qualités. Il arriva qu'un pauvre puisait de l'eau d'un puits profond situé dans sa cour, et qu'à cette occasion sa bague tomba de sa main dans le puits. Elle ne valait pas plus de dix deniers, mais comme il était pauvre elle avait du prix à ses yeux ; il l'épargna et descendit avec des cordes dans le puits pour la chercher au fond, et il ne la trouva pas. En cherchant, il trouva le col d'un vase qui sortait du fond du puits ; il creusa autour du vase avec sa main jusqu'à le tirer de la terre où il était enfoui, et il le trouva plein de deniers d'or. Continuant à chercher et à tâtonner de ses mains le fond du puits, il trouva encore un autre vase enfoui là, le sortit, et il était plein de deniers d'or, jusqu'à ce qu'il eût trouvé cinq vases. Alors il vit la bague et la prit. Ensuite, bien qu'il se fût beaucoup enrichi et qu'il eût les moyens de porter au doigt une bague de pierre précieuse valant deux mille deniers d'or, il ne portait que cette bague-là, qui valait dix deniers d'argent, car elle lui était chère puisque c'est par elle qu'il s'était grandement enrichi. Ainsi le roi David : la modestie lui était chère, puisque c'est par elle qu'il avait mérité la royauté ; c'est pourquoi il a épargné Chaoul et ne l'a pas tué, en raison de la modestie qu'il avait trouvée en lui.
💡 Explication

Le verset se lit alors ainsi : Yehouda ne l'a pas reconnue parce que, dans sa propre maison, elle s'était toujours tenue le visage couvert. Sa réserve explique à la fois la méprise et la récompense.

Les rois descendent d'elle par Perets et David. Pour les prophètes, la tradition sur les deux frères fait d'Amots un membre de la maison de David, donc un descendant de Tamar, et son fils Yechaya avec lui.

🖼️ Schéma
Tamar : la modestie et sa double descendance Tamar Le visage couvert chez son beau-père. Les rois Perets, fils de Tamar. Puis la maison de David. La chaîne est explicite dans le texte. Les prophètes Amatsia, roi de Yehouda, et son frère Amots, père de Yechaya. La tradition seule établit ce chaînon.
La tradition sur les deux frères est le seul chaînon qui rattache le prophète Yechaya à la maison de David, donc à Tamar.
16
וְאָמַר רַבִּי לֵוִי, דָּבָר זֶה מָסֹורֶת בְּיָדֵינוּ מֵאֲבוֹתֵינוּ: מְקוֹם אָרוֹן אֵינוֹ מִן הַמִּדָּה.

Et Rabbi Levi a dit : cette chose est une tradition que nous tenons de nos pères : l'emplacement de l'aron n'entre pas dans la mesure.

📜 Rachi (1)
אֵינוֹ מִן הַמִּדָּה אֵינוֹ אוֹחֵז לְמַעֵט מִדַּת קַרְקַע לְכָל צְדָדָיו כְּלוּם כִּדְקָתָנֵי יֵשׁ לוֹ עֶשֶׂר אַמּוֹת לְכָל רוּחַ בְּאֶמְצַע בֵּית קֹדֶשׁ הַקֳּדָשִׁים הָיָה יוֹשֵׁב וְיֵשׁ רִיוַּח בֵּינוֹ לְבֵין הַכְּתָלִים עָשָׂר אַמּוֹת לְכָל צַד וְכָל הַבַּיִת אֵינוֹ אֶלָּא כ' עַל כ' נִמְצָא שֶׁאֵינוֹ מְמַעֵט כְּלוּם:
Il n'occupe rien qui retranche à la mesure du sol de ses côtés, comme il est enseigné : il a dix coudées de chaque côté. Il se tenait au milieu du Saint des Saints, et il y avait un espace de dix coudées entre lui et les murs de chaque côté, alors que toute la pièce ne fait que vingt sur vingt ; il se trouve donc qu'il ne retranche rien.
💡 Explication

Troisième tradition de Rabbi Levi : l'aron occupait une place dans le Saint des Saints sans rien retrancher aux dimensions de la pièce. La formule « n'entre pas dans la mesure » signifie que l'espace mesuré de part et d'autre reste entier.

17
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: אָרוֹן שֶׁעָשָׂה מֹשֶׁה יֵשׁ לוֹ עֶשֶׂר אַמּוֹת לְכָל רוּחַ, וּכְתִיב: ״וְלִפְנֵי הַדְּבִיר עֶשְׂרִים אַמָּה אֹורֶךְ״, וּכְתִיב: ״כְּנַף הַכְּרוּב הָאֶחָד עֶשֶׂר אַמּוֹת וּכְנַף הַכְּרוּב הָאֶחָד עֶשֶׂר אַמּוֹת״, אָרוֹן גּוּפֵיהּ הֵיכָא הֲוָה קָאֵי? אֶלָּא לָאו שְׁמַע מִינָּה: בְּנֵס הָיָה עוֹמֵד.

Cela aussi est enseigné : l'aron qu'a fait Moche avait dix coudées de chaque côté, et il est écrit « et devant le devir, vingt coudées de longueur », et il est écrit « l'aile d'un keroub, dix coudées, et l'aile de l'autre keroub, dix coudées ». L'aron lui-même, où se tenait-il donc ?

Ne faut-il pas en conclure qu'il se tenait par miracle ?

📜 Rachi (1)
לִפְנֵי הַדְּבִיר חֲלַל בֵּית קֹדֶשׁ הַקֳּדָשִׁים שֶׁהוּא לִפְנִים הַדְּבִיר הִיא הַמְּחִיצָּה הַמַּבְדֶּלֶת בֵּין הַקֹּדֶשׁ וּבֵין קֹדֶשׁ הַקֳּדָשִׁים:
L'espace intérieur du Saint des Saints, qui se trouve au-dedans. Le devir est la cloison qui sépare le Kodech du Kodech ha-Kodachim.
💡 Explication

La démonstration est arithmétique. Le Saint des Saints mesure vingt coudées sur vingt. Si dix coudées libres séparent l'aron de chaque mur, la somme remplit déjà tout l'espace, et l'aron lui-même, large d'une coudée et demie, ne trouve plus de place.

Les ailes des keroubim, dix et dix, confirment le calcul : elles couvrent à elles seules les vingt coudées. La seule conclusion possible est que l'aron se tenait là sans occuper d'espace, be-ness, par miracle.

🖼️ Schéma
Le calcul qui impose le miracle Le Saint des Saints : 20 coudées sur 20 10 coudées 10 coudées l'aron une coudée et demie de large Ce que donnent les versets Devant le devir : vingt coudées de longueur. L'aile d'un keroub : dix coudées ; celle de l'autre : dix. La baraita : dix coudées libres de chaque côté de l'aron. 10 plus 10 remplissent déjà les vingt coudées. La conclusion L'aron occupe une place et pourtant n'en retranche aucune. Il se tenait là be-ness, par miracle. C'est la tradition de Rabbi Levi : l'emplacement de l'aron n'entre pas dans la mesure.
Les mesures du verset saturent la pièce ; la place de l'aron y tient sans être comptée.
18
רַבִּי יוֹנָתָן פָּתַח לַהּ פִּיתְחָא לְהַאי פָּרַשְׁתָּא מֵהָכָא: ״וְקַמְתִּי עֲלֵיהֶם וְגוֹ׳ וְהִכְרַתִּי לְבָבֶל שֵׁם וּשְׁאָר וְנִין וָנֶכֶד נְאֻם ה׳״. ״שֵׁם״ — זֶה הַכְּתָב, ״שְׁאֵר״ — זֶה לָשׁוֹן, ״נִין״ — זֶה מַלְכוּת, ״וְנֶכֶד״ — זוֹ וּשְׁתֵּי.

Rabbi Yonatan ouvrait ce passage par ce verset : « je me lèverai contre eux... et je retrancherai de Bavel le nom et le reste, le rejeton et la descendance, dit Hachem ». « Le nom » — c'est l'écriture ; « le reste » — c'est la langue ; « le rejeton » — c'est la royauté ; « et la descendance » — c'est Vachti.

📜 Rachi (4)
פָּתַח לַהּ פִּיתְחָא לְהַאי פָּרַשְׁתָּא מֵהָכָא כְּשֶׁהָיָה רוֹצֶה לִדְרֹושׁ בְּעִנְיַן אִיגֶּרֶת פּוּרִים הָיָה מַתְחִיל לִדְרֹושׁ מִקְרָא זֶה:
Quand il voulait exposer le sujet de la lettre de Pourim, il commençait son exposé par ce verset.
וְקַמְתִּי עֲלֵיהֶם בְּפוּרְעָנוּת בָּבֶל כְּתִיב:
Ce verset est écrit à propos du châtiment de Bavel.
זֶה הַכְּתָב אֵין לָהֶן כְּתָב אֶלָּא מְאוּמָה אַחֶרֶת:
Ils n'ont pas d'écriture propre, mais celle d'une autre nation.
נִין לְשׁוֹן מֶמְשָׁלָה וְכֵן יִנּוֹן שְׁמוֹ (תְּהִילִּים ע״ב:י״ז) יִמְשֹׁול וַיִּגְדַּל:
Nin est un terme de domination ; de même « yinon chemo » (Tehilim 72,17), il dominera et grandira.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁאָר זֶה לָשׁוֹן. קָשֶׁה שֶׁעֲדַייִן הֵם מְסַפְּרִין [בְּבָבֶל] בִּלְשׁוֹן אֲרַמִּית וְנִרְאֶה דְּרוֹצֶה לוֹמַר [לְשׁוֹן מַלְכוּת] שֶׁהַמְּלָכִים מִשְׁתַּמְּשִׁין בּוֹ שֶׁאֵין שְׁאָר [הָעָם] מַכִּירִין בּוֹ:
« Le reste, c'est la langue » : c'est difficile, car on parle encore à Bavel la langue araméenne. Il semble donc qu'il veuille dire la langue de la royauté, celle dont les rois se servent et que le reste du peuple ne connaît pas.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(יְשַׁעְיָה יד, כב) וְקַמְתִּי עֲלֵיהֶם נְאֻם ה' צְבָאוֹת וְהִכְרַתִּי לְבָבֶל שֵׁם וּשְׁאָר וְנִין וָנֶכֶד נְאֻם ה': 'שָׁם' זֶה הַכְּתָב, 'שְׁאָר' זֶה לָשׁוֹן. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י אֵין לָהֶם כְּתָב אֶלָּא מְאוּמָה אַחֶרֶת. וְנִרְאֶה לִי הַטַּעַם נַעֲשָׂה כֵּן בְּהַשְׁגָּחָה מִן הַשָּׁמַיִם כְּדֵי שֶׁאַחַר חֻרְבַּן מַלְכוּתָם לֹא יִשָּׁאֵר לָהֶם זָכָר מִצַּד הַכְּתִיבָה שֶׁנִּקְרֵאת עַל שְׁמָם. גַּם דְּרֵישׁ 'שָׁם' [340] גֵּימַטְרְיָא 'סֵפֶר' [340] זֶה הַכְּתָב. וּמַה שֶׁאָמַר 'שְׁאֵר' זֶה הַלָּשׁוֹן אַף עַל גַּב דְּהָיָה לְשׁוֹנָם אֲרַמִּית וְגַם אַחַר חֻרְבַּן מַלְכוּתָם נִשְׁאַר לָשׁוֹן אֲרַמִּי, הִנֵּה זֶה הַלָּשׁוֹן לֹא הָיָה שֶׁלָּהֶם אֶלָּא הֹוֶה שֶׁל מַלְכוּת אֲרַם נַהֲרַיִם וּלְכָךְ נִקְרָא אֲרַמִּי וְלֹא נִקְרָא בַּבְלִי.
(Yechaya 14,22) « Et je me lèverai contre eux, dit Hachem Tsevaot, et je retrancherai de Bavel nom et reste, rejeton et descendance, dit Hachem » : « le nom », c'est l'écriture ; « le reste », c'est la langue. Rachi explique : ils n'ont pas d'écriture propre, mais celle d'une autre nation. Il me semble que la raison en est qu'il a été fait ainsi par une providence venue du Ciel, afin qu'après la ruine de leur royauté il ne leur reste aucun souvenir du côté de l'écriture, qui aurait porte leur nom. Il expose aussi « chem » [340] comme ayant la valeur numérique de « sefer », le livre [340] : c'est l'écriture. Et s'il dit « le reste, c'est la langue », bien que leur langue ait été l'araméen et que l'araméen soit demeuré après la ruine de leur royauté, cette langue était celle du royaume d'Aram Naharayim plutôt que la leur, et c'est pourquoi elle est appelée araméenne et non babylonienne.
💡 Explication

Commence ici la série des petihot : avant d'exposer la meguila, le maître ouvre par un verset des Prophètes ou des Écrits qu'il lit comme l'annonce de l'histoire de Pourim.

Le verset de Yechaya annonce quatre retranchements pour Bavel ; Rabbi Yonatan les distribue en écriture, langue, royauté, puis descendance. Le dernier terme désigne Vachti, petite-fille de Nevoukhadnetsar, dont la chute ouvre le livre d'Esther.

19
רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי, פָּתַח לַהּ פִּיתְחָא לְהַאי פָּרַשְׁתָּא מֵהָכָא: ״תַּחַת הַנַּעֲצוּץ יַעֲלֶה בְרוֹשׁ וְתַחַת הַסִּרְפַּד יַעֲלֶה הֲדַס״.

Rabbi Chemouel bar Nahmani ouvrait ce passage par ce verset : « à la place de l'épine montera le cyprès, et à la place de l'ortie montera le myrte ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
(יְשַׁעְיָה נה, יג) 'וְתַחַת הַסִּרְפַּד' זוֹ וּשְׁתֵּי. הִקְשָׁה הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'תַּחַת הַסִּרְפַּד' קֹודֶם 'תַּחַת הַנַּעֲצוּץ' כִּי עִנְיַן וּשְׁתֵּי קָדִים לִצְלִיבַת הַמָּן! יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הַפְּתִילָה שֶׁל צְלִיבַת הַמָּן הֻודְלְקָה מִגַּחֶלֶת הָאֵשׁ שֶׁל הֲרִיגַת וּשְׁתֵּי, כִּי עַל יְדֵי שֶׁהָיְתָה בּוֹעֶרֶת בְּלֵב אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ לְכָךְ צִוָּה לִתְלוֹת אֶת הַמָּן תֶּיכֶף וּמִיָּד, וְאִם הָיָה מְעַכֵּב הַדָּבָר הָיָה מוֹצֵא הָמָן מָקוֹם לְהַצִּיל עַצְמוֹ וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (מְגִילָּה טז.) עַל פָּסוּק (אֶסְתֵּר ז, י) 'וַיִּתְלוּ אֶת הָמָן עַל הָעֵץ אֲשֶׁר הֵכִין לְמָרְדֳּכָי וַחֲמַת הַמֶּלֶךְ שָׁכָכָה', הַיְינוּ חֵימָה שֶׁהָיְתָה בְּלִבּוֹ עַל הַמָּן בַּעֲבוּר הֲרִיגַת וּשְׁתֵּי, נִמְצָא לְפִי זֶה יָפֶה נָקֵיט הַכָּתוּב מִי גָּרַם שֶׁ'תַּחַת הַנַּעֲצוּץ' זֶה הָמָן 'יַעֲלֶה בְּרוֹשׁ' זֶה מָרְדְּכַי שֶׁנִּצְלַב הָמָן וְעָמַד מָרְדְּכַי בִּמְקוֹמוֹ? מִפְּנֵי שֶׁ'תַּחַת הַסִּרְפַּד' זוֹ וּשְׁתֵּי 'יַעֲלֶה הֲדַס' זוֹ אֶסְתֵּר שֶׁנֶּהֶרְגָה וּשְׁתֵּי וּבָאָה אֶסְתֵּר בִּמְקוֹמָהּ. וּמַה שֶׁדָּרַשׁ 'סִרְפָּד' זוֹ וּשְׁתֵּי בַּת בְּנוֹ שֶׁל נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע, הַיְינוּ דְּדָרֵישׁ סִרְפָּד עַל אָבִיהָ נְבוּכַדְנֶצַּר שֶׁהוּא 'סָר פֵּד' וְהָעִנְיָן מוּבָן בס"ד כִּי יָדוּעַ כְּשֶׁיִּשְׂרָאֵל הֵם מוֹלְכִין עַל אַדְמָתָם בִּזְמַן שְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה אָז הֵם בְּתֹואַר נְקֻודַּת החול"ם שֶׁהוּא לְמַעְלָה מִן הָאוֹת, וּכְשֶׁהֵם עַל אַדְמָתָן אֶלָּא כְּפּוּפִין לִשְׁאָר מְלָכִים אָז הֵם דֻּוגְמַת השור"ק שֶׁהוּא בְּאֶמְצַע הָאוֹת, וּכְשֶׁהֵם גּוֹלִים מֵאַרְצָם וְהֵם עֲבָדִים אֵצֶל מַלְכֵי אוּמוֹת הָעוֹלָם אָז הֵם דֻּוגְמַת החיר"ק שֶׁהוּא לְמַטָּה מִן הָאוֹת, וְלָכֵן נִקְרְאוּ בִּשְׁלֹשָׁה שְׁמוֹת יִשְׂרָאֵל יַעֲקֹב יְשֻׁורוּן שֶׁרֹאשָׁם שְׁלֹשָׁה יודי"ן כְּנֶגֶד שְׁלֹשָׁה יודי"ן שֶׁל חול"ם ושור"ק וחיר"ק. וּבָזֶה פֵּירַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב (תְּהִלִּים קכו, א) 'בְּשׁוּב ה' אֶת שִׁיבַת צִיּוֹן הָיִינוּ כָּחֳלָמִים' שֶׁנִּהְיֶה תָּמִיד דֻּוגְמַת החול"ם שֶׁהוּא לְמַעְלָה, וְכַמְפֹורָשׁ בִּבְרָכָה (דְּבָרִים כח, א) 'וּנְתָנְךָ ה' אֱ-לֹהֶיךָ עֶלְיוֹן עַל כָּל גּוֹיֵי הָאָרֶץ'. וְהִנֵּה מִסְפַּר החול"ם הוּא פ"ד וְלָכֵן נְבוּכַדְנֶצַּר שֶׁהִגְלָה אֶת יִשְׂרָאֵל וּמִשֶּׁל בָּהֶם שֶׁעֲשָׂאָם דֻּוגְמַת החיר"ק נִקְרָא סִרְפָּד, שֶׁהוּא סָר פ"ד, רוֹצֶה לוֹמַר הֵסִיר דֻּוגְמַת החול"ם שֶׁהוּא מִסְפַּר פ"ד מִיִּשְׂרָאֵל, וְלָזֶה אָמַר חוֹרֵק עָלָיו שִׁינָּיו זוֹ הִיא חֲרִיקָתוֹ עָלָיו לַעֲשׂוֹתוֹ דֻּוגְמַת החיר"ק שֶׁהוּא לְמַטָּה, וְלָכֵן כְּתִיב (יְחֶזְקֵאל טז, יא) וְאַעֹדְךָ 'עֵדַי' בְּמִסְפַּר חול"ם.
(Yechaya 55,13) « Et à la place de l'ortie » — c'est Vachti. Le Iyoun Yaakov demande : il aurait fallu dire « à la place de l'ortie » avant « à la place de l'épine », car l'affaire de Vachti précède la pendaison de Haman ; vois là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la mèche de la pendaison de Haman a été allumée à la braise de la mise à mort de Vachti : c'est parce que celle-ci brûlait dans le cœur d'Ahachveroch qu'il ordonna de pendre Haman sur-le-champ ; s'il avait tardé, Haman aurait trouvé moyen de se sauver, comme l'ont dit nos maîtres (Meguila 16a) sur le verset (Esther 7,10) « et ils pendirent Haman à la potence qu'il avait préparée pour Mordekhai, et la colère du roi s'apaisa » : il s'agit de la colère qui était dans son cœur contre Haman à cause de la mise à mort de Vachti. Il se trouve donc que le verset indique bien ce qui a fait que « à la place de l'épine », c'est-à-dire Haman, « montera le cyprès », c'est-à-dire Mordekhai, Haman ayant été pendu et Mordekhai ayant pris sa place : c'est parce que « à la place de l'ortie », c'est-à-dire Vachti, « montera le myrte », c'est-à-dire Esther, Vachti ayant été mise à mort et Esther étant venue à sa place. Et s'il expose « sirpad » comme désignant Vachti, fille du fils de Nevoukhadnetsar le méchant, c'est qu'il l'expose à propos de son père Nevoukhadnetsar : sar pad, il a ôté pe-dalet. La chose se comprend, avec l'aide du Ciel : on sait que lorsque Israël règne sur sa terre, comme au temps du roi Chelomo, il est à l'image du point-voyelle holam, qui se tient au-dessus de la lettre ; lorsqu'il est sur sa terre mais soumis à d'autres rois, il est à l'image du chourouk, qui se tient au milieu de la lettre ; et lorsqu'il est exilé de son pays et esclave des rois des nations, il est à l'image du hirik, qui se tient au-dessous de la lettre. C'est pourquoi il porte trois noms, Israël, Yaakov, Yechouroun, dont les initiales sont trois youd, correspondant aux trois youd du holam, du chourouk et du hirik. J'ai expliqué ainsi, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset (Tehilim 126,1) « quand Hachem ramènera les captifs de Tsion, nous serons ke-holmim » : nous serons toujours à l'image du holam, qui est en haut, comme il est dit dans la bénédiction (Devarim 28,1) « et Hachem ton D.ieu te placera au-dessus de toutes les nations de la terre ». Or la valeur numérique de holam est 84 ; c'est pourquoi Nevoukhadnetsar, qui a exilé Israël et a dominé sur lui en le rendant semblable au hirik, est appelé sirpad, sar pe-dalet, c'est-à-dire qu'il a ôté d'Israël l'image du holam, dont le nombre est 84. C'est en ce sens qu'il est dit qu'il grince des dents contre lui : son grincement consiste à le rendre semblable au hirik, qui est en bas. Et c'est pourquoi il est écrit (Ye'hezkel 16,11) « et je t'ai paré d'une parure, adi », mot dont le nombre est celui du holam.
💡 Explication

La petiha suivante lit dans Yechaya 55,13 une substitution de plantes : deux végétaux nuisibles cèdent la place à deux arbres nobles. Les quatre termes vont être identifiés aux quatre personnages de la meguila.

20
״תַּחַת הַנַּעֲצוּץ״ — תַּחַת הָמָן הָרָשָׁע שֶׁעָשָׂה עַצְמוֹ עֲבוֹדָה זָרָה, דִּכְתִיב: ״וּבְכֹל הַנַּעֲצוּצִים וּבְכֹל הַנַּהֲלֹולִים״.

« À la place de l'épine » — à la place de Haman le méchant, qui s'est fait lui-même objet d'idolâtrie, comme il est écrit : « et dans tous les buissons d'épines et dans tous les taillis ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
'תַּחַת הַנַּעֲצוּץ יַעֲלֶה בְּרוֹשׁ' (יְשַׁעְיָה נה, יג) תַּחַת הָמָן הָרָשָׁע שֶׁעָשָׂה עַצְמוֹ עֲבוֹדָה זָרָה וְכוּ'. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (אֶסְתֵּר רַבָּה פָּרָשָׁה ז, ח) שֶׁהָיָה הָמָן תּוֹלֶה עֲבוֹדָה זָרָה כְּנֶגֶד לִבּוֹ כְּדֵי לְהַכְשִׁיל בְּנֵי אָדָם כְּשֶׁיָּבוֹאוּ לְהִשְׁתַּחֲוֹת לוֹ מִשּׁוּרַת דֶּרֶךְ אֶרֶץ, נִמְצָא הֵם מִשְׁתַּחֲוִים לַעֲבוֹדָה זָרָה שֶׁלּוֹ וְלָכֵן (אֶסְתֵּר ג, ב) מָרְדְּכַי לֹא יִכְרַע וְלֹא יִשְׁתַּחֲוֶה לוֹ אַף עַל פִּי שֶׁכֵּן צִוָּה הַמֶּלֶךְ לְהִשְׁתַּחֲוֹת לְהָמָן, דְּחָשׁ אִם יִשְׁתַּחֲוֶה לְהָמָן נִמְצָא מִשְׁתַּחֲוֶה לַעֲבוֹדָה זָרָה. וְיָדוּעַ כִּי עֲבוֹדָה זָרָה נִקְרֵאת צַו וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (סַנְהֶדְרִין נו:) אֵין צַו אֶלָּא עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁנֶּאֱמַר (הוֹשֵׁעַ ה, יא) 'הוֹאִיל הָלַךְ אַחֲרֵי צַו', וְזֶה נִרְמַז בְּתֵיבַת 'נִעַצּוּץ' חִלֵּק הַתֵּיבָה לִשְׁתַּיִם וְקָרֵי בֵּיהּ 'נָעַץ צַו' זֶה הָמָן הָרָשָׁע שֶׁנָּעַץ בְּבִגְדוֹ עֲבוֹדָה זָרָה כְּדֵי לְהַכְשִׁיל אֲחֵרִים. וְהִנֵּה 'נַעֲצוּץ' [306] גֵּימַטְרְיָא ש"ו שֶׁהָיָה הָמָן מִסִּטְרָא דָּשׁוּ שֶׁל עֵשָׂו שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁנִּקְרָא עֵשָׂו 'ע' שו' שֶׁהָיוּ בּוֹ ע' כּוֹחוֹת שֶׁל שו וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זַ"ל בַּפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית כה, כה) 'וְיִקְרְאוּ שְׁמוֹ עֵשָׂו', וְלָכֵן נַעֲצוּץ גֵּימַטְרְיָא 'שו' הוּא הָמָן הָרָשָׁע שֶׁהוּא מִסִּטְרָא דָּשׁוּ אֲבָל מָרְדְּכַי הַצַּדִּיק ע"ה נִתְגַּבֵּר עַל שו, וְלָכֵן נִקְרָא בְּרוֹשׁ שֶׁנּוֹסַף עַל אוֹתִיּוֹת 'שו' אוֹתִיּוֹת 'רַב' בְּסוֹד 'כָּל רַב מִבָּבֶל' שֶׁהוּא ע"ב ק"ל [=רַב 202] וּבָזֶה נַעֲשָׂה בְּרוֹשׁ וְלָזֶה אָמַר 'בְּרוֹשׁ' זֶה מָרְדְּכַי הַצַּדִּיק זָכוּר לַטּוֹב. וְדַע דְּכָל פְּתִיחוֹת אֵלּוּ דְּנָקְטִי תַּנָּאֵי וְאָמוֹרָאֵי הָכָא הוּא כְּדֵי לְתָרֵץ כָּל אֶחָד בַּפְּתִיחָה שֶׁלּוֹ הַטַּעַם שֶׁאוֹתוֹ הַדּוֹר נִיצּוּלוֹ אַחַר שֶׁכְּבָר נִגְזְרָה עֲלֵיהֶם גְּזֵרָה זוֹ מִן הַשָּׁמַיִם וְאַף עַל פִּי שֶׁהִשְׁתַּחֲווּ לַצֶּלֶם, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא בִּשְׁאֵלָה שֶׁשָּׁאֲלוּ לְרַשְׁבִּ"י וְכִי מַשּׂוֹא פָּנִים יֵשׁ בַּדָּבָר (מְגִילָּה יב.) , וְרַבִּי יוֹנָתָן לְתָרֵץ קֻושְׁיָא זוֹ מַייְתֵי קְרָא וְהִכְרַתִּי לְבָבֶל וְכוּ' דְּנִמְצָא שֶׁנֶּעֱנַשׁ נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע שֶׁנִּכְרַת זַרְעוֹ שֶׁאֲפִילּוּ וּשְׁתֵּי לֹא נִתְקַייְּמָה, וּבַעַל כָּרְחוֹ לָקָה בָּזֶה הָעֹונֶשׁ בִּשְׁבִיל שֶׁאָנַס אֶת יִשְׂרָאֵל לְהִשְׁתַּחֲווֹת לַצֶּלֶם, דְּאִם בַּעֲבוּר חֻרְבַּן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְגָלוּת יִשְׂרָאֵל הָא נִיתַּן לוֹ רְשׁוּת עַל פִּי הַנְּבוּאָה לְכָךְ, וְכֵיוָן דְּנֶעֱנַשׁ בִּשְׁבִיל שֶׁאָנַס אֶת יִשְׂרָאֵל לַעֲבוֹדָה זָרָה אִם כֵּן נִתְרַצָּה הַקֻּושְׁיָא דִּלְכָךְ נִיצּוּלוֹ בִּשְׁבִיל שֶׁהָיוּ אֲנוּסִים. וּמַה שֶׁהֵבִיא פָּסוּק 'תַּחַת הַנַּעֲצוּץ יַעֲלֶה בְּרוֹשׁ' דְּשָׁמַע מִינָּהּ מֵהַאי דְּרָשָׁה דְּמָרְדְּכַי מָסַר עַצְמוֹ לַהֲרִיגָה כְּדֵי שֶׁלֹּא יִשְׁתַּחֲוֶה לַעֲבוֹדָה זָרָה שֶׁל הָמָן הָרָשָׁע, וְלָכֵן כְּדַאי הוּא זְכוּת מָרְדְּכַי שֶׁיֵּשׁ לוֹ בְּדָבָר זֶה לְהַצִּיל אֶת יִשְׂרָאֵל מִקִּטְרוּג שֶׁיֵּשׁ עֲלֵיהֶם מִצַּד שֶׁהִשְׁתַּחֲווּ לַצֶּלֶם, וְגַם מִדְּרָשָׁה זוֹ שְׁמַע מִינָּה שֶׁגַּם אֶסְתֵּר מָסְרָה עַצְמָהּ כְּדֵי לְאַבֵּד אֶת הַמָּן שֶׁהָיָה הוּא עַצְמוֹ עֲבוֹדָה זָרָה, לְכָךְ הַגִּין גַּם זְכוּתָהּ לְהַצִּיל אֶת יִשְׂרָאֵל מִקִּטְרוּג שֶׁל הַצֶּלֶם. וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי הֵבִיא פָּסוּק (דְּבָרִים כח, סג) 'כֵּן יָשִׂישׂ' שֶׁיֵּשׁ לוֹמַר צְדָקָה עָשָׂה הקב"ה עִם יִשְׂרָאֵל שֶׁתִּהְיֶה הַגְּזֵרָה קָשָׁה עַל זְמַן רָחוֹק וְלֹא תִּהְיֶה פִּתְאוֹמִית, שֶׁעַל יְדֵי כָּךְ הָיוּ שִׁשִּׁים אוֹיְבֵי יִשְׂרָאֵל בְּמַפַּלְתָּם וְזוֹ הָיְתָה סִיבָּה לְהַצָּלַת יִשְׂרָאֵל דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי כד, יז) בִּנְפֹל אוֹיִבְךָ אַל תִּשְׂמָח וְכוּ' וְהֵשִׁיב מֵעָלָיו אַפּוֹ, נִמְצָא בְּזוֹ הַפְּתִיחָה בֵּיאֵר הַטַּעַם שֶׁל בִּיטּוּל הַגְּזֵרָה מִפְּנֵי שֶׁהַמָּן וְסִיעָתוֹ שָׂמְחוּ בְּמַפַּלְתָּם וּבָזֶה הָיְתָה אֲרֻוכָּה לְמִכְתָּם: וּמַה שֶׁאָמַר הַפְּתִיחָה בַּפָּסוּק (קֹהֶלֶת ב כו) 'כִּי לְאָדָם שֶׁטּוֹב לְפָנָיו נָתַן חָכְמָה וְדַעַת וְשִׂמְחָה' זֶה מָרְדְּכַי הַצַּדִּיק וְכוּ', וְהָעִנְיָן הוּא כִּי יָדוּעַ שֶׁהַמֶּלֶךְ שָׁלַח אֶת מָרְדְּכַי וְאֶת הָמָן שָׂרִים עַל חַיְּילוֹתָיו שֶׁשָּׁלַח לְהִלָּחֵם בְּעִיר אַחַת וְנָתַן לָהֶם מְזוֹן הַחַיִל לְכָל אֶחָד מֵהֶם, וְאָרְכָּהּ הַמִּלְחָמָה וּמָרְדְּכַי הָיָה לוֹ חָכְמָה לְכַלְכֵּל בְּמִשְׁפָּט אֶת הַמָּסוּר לוֹ בִּשְׁבִיל חַיְּילוֹתָיו, וְהָמָן טִפֵּשׁ הָיָה שֶׁלֹּא שָׁמַר אֶת הַמָּזוֹן וְנִשְׁלַם, וּבִקְּשׁוּ הַחַייִל לְהָרְגוֹ בִּשְׁבִיל רַעֲבוֹנָם, וּבָא אֵצֶל מָרְדְּכַי לִלְווֹת לוֹ וְלֹא קִבֵּל בְּשׁוּם אֹופֶן אֶלָּא רַק בָּזֹאת שֶׁיִּמְכֹּור אֶת עַצְמוֹ עֶבֶד לְמָרְדְּכַי וְאִם יְסָרֵב אַחַר כָּךְ יִתְנַסֵּחַ עא מִן בֵּיתֵיהּ וְזָקֵיף יְתַמְחֵי עֲלוֹהִי, וְנִכְתַּב הַשְּׁטָר בִּכְתֻובַּת קַעֲקַע עַל יְרֵכוֹ שֶׁל הָמָן, וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר מָנוֹת הַלֵּוִי. וּבֶאֱמֶת דָּבָר זֶה שֶׁעָשָׂה מָרְדְּכַי שֶׁלֹּא יִתֵּן הַמָּזוֹן אֶלָּא רַק שֶׁיִּמְכֹּור הָמָן אֶת עַצְמוֹ עֶבֶד לְמָרְדְּכַי יָצָא מִמֶּנּוּ תּוֹעֶלֶת לְיִשְׂרָאֵל, שֶׁנִּמְצָא בְּעֵת שֶׁקָּנָה הָמָן אֶת יִשְׂרָאֵל לֹא זָכָה הוּא בָּהֶם אֶלָּא נַעֲשׂוּ קְנוּיִים לְמָרְדְּכַי, כִּי כָּל מַה שֶּׁקָּנָה עֶבֶד קָנָה רַבּוֹ, וְגַם הַכֶּסֶף שֶׁשָּׁקַל הָמָן לַמֶּלֶךְ בַּעֲדָם לֹא הָיָה מִשֶּׁלּוֹ אֶלָּא מִשֶּׁל מָרְדְּכַי, וְלֹא עוֹד אֶלָּא נִתְחַכֵּם מָרְדְּכַי לִכְתֹּוב הַשְּׁטָר עַל יֶרֶךְ הָמָן בִּכְתָב שֶׁאֵינוֹ נִמְחָק, וּפֵירֵשׁ בּוֹ שֶׁיִּתְלֶה הַמָּן עַל הָעֵץ שֶׁלּוֹ וּבְרִית כְּרוּתָה לַשְּׂפָתַיִם שֶׁכָּךְ נִתְקַיֵּים בּוֹ, וְעַל יְדֵי כָּךְ גָּבְרוּ יִשְׂרָאֵל וְנִיצּוּלוֹ שֶׁלֹּא שָׁלַט בָּהֶם קִטְרוּג הַמְקַטְרְגִים. וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר ' לְאָדָם שֶׁטּוֹב לְפָנָיו ' זֶה מָרְדְּכַי נָתַן חָכְמָה שֶׁלֹּא קִבֵּל לִמְכֹּור הַמָּזוֹן אֶלָּא רַק בִּמְכִירַת הָמָן לְעֶבֶד לוֹ שֶׁבָּזֶה לָקַח כָּל כּוֹחוֹ שֶׁל הָמָן שֶׁכָּל מַה שֶׁקּוֹנֶה הָעֶבֶד הוּא שֶׁל רַבּוֹ, וְעוֹד נָתַן לוֹ דַּעַת שֶׁיִּכְתֹּוב הַשְּׁטָר עַל יְרֵיכוֹ וְיִכְתֹּוב בּוֹ הַצְּלִיבָה שֶׁל הָמָן בְּפֵירוּשׁ וּבְרִית כְּרוּתָה לַשְּׂפָתַיִם וְאַחַר כָּךְ נָתַן הקב"ה לְחוֹטֵא זֶה הָמָן עִנְיָן לֶאֱסֹוף וְלִכְנֹוס כְּדֵי שֶׁיִּטְרַח וְיָכִין לְמָרְדְּכַי, כְּדֵי לָתֵת לְטוֹב זֶה מָרְדְּכַי לִפְנֵי הָאֱלֹקִים, כִּי מָרְדְּכַי שֶׁהָיָה טוֹב לִפְנֵי הָאֱלֹקִים זָכָה בַּטּוֹב הָרָמוּז לִפְנֵי אוֹתִיּוֹת 'אֱלֹקִים' שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת 'בְּמוּכָן' וְעַל יְדֵי כָּךְ סוֹף דָּבָר (אֶסְתֵּר ח, ב) 'וַתָּשֶׂם אֶסְתֵּר אֶת מָרְדֳּכַי עַל בֵּית הָמָן', כִּי נַעֲשָׂה הַכֹּל שֶׁלּוֹ מִדִּין מַה שֶּׁקָּנָה עֶבֶד קָנָה רַבּוֹ וְגַם נִצְלַב הָמָן כַּאֲשֶׁר כָּתוּב וּמְפֹורָשׁ עַל יְרֵיכוֹ, וְנִמְצָא דָּבָר זֶה הָיָה סִיּוּעַ לְיִשְׂרָאֵל שֶׁנִּיצּוּלוֹ מִשְּׁלִיטַת הַמָּן וְלֹא הוֹעִיל קִטְרוּג הַמְקַטְרְגִים. וְרַבָּה בַּר עָופְרָן פָּתַח לָתֵת טַעַם לְהַצָּלַת יִשְׂרָאֵל, מִקִּטְרוּג שֶׁנֶּהֱנוּ מִסְּעוּדַת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, בִּזְכוּת דָּנִיֵּאל ע"ה אֲשֶׁר מָסַר עַצְמוֹ לְבִלְתִּי יִתְגָּאַל בְּמַאֲכָלוֹת אֲסוּרוֹת וְיֵין נֶסֶךְ, וְלָזֶה אָמַר (יִרְמְיָהוּ מט לח) 'וְשַׂמְתִּי כִּסְאִי בְּעֵילָם' זֶה דָּנִיֵּאל ע"ה שֶׁהָיָה בְּעֵילָם שֶׁהָיָה שָׁם מֶרְכָּבָה לַשְּׁכִינָה, וּבִזְכוּתוֹ אָבְדוּ 'מֶלֶךְ' זוֹ וּשְׁתֵּי 'וְשָׂרִים' זֶה הַמָּן, וּבָנָיו שֶׁרָצוּ לְהִתְגַּבֵּר עַל יִשְׂרָאֵל בִּגְזֵרָה זוֹ מִשּׁוּם קִטְרוּג הֲנָאַת יִשְׂרָאֵל מִסְּעוּדַת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ. וְאוֹתִיּוֹת 'מֶלֶךְ' נֶהְפְּכוּ עַל וּשְׁתֵּי לְאוֹתִיּוֹת 'כֻּלָּם' וְאוֹתִיּוֹת 'שָׂרִים' נֶהְפְּכוּ לְהָמָן וּבָנָיו לְאוֹתִיּוֹת 'רָשִׁים'. וְרַב דִּימִי בַּר יִצְחָק פָּתַח (עֶזְרָא ט, ט) 'כִּי עֲבָדִים אֲנַחְנוּ וּבְעַבְדֻתֵנוּ לֹא עֲזָבָנוּ אֱלֹקֵינוּ וַיַּט עָלֵינוּ חֶסֶד לִפְנֵי מַלְכֵי פָּרַס' הִנֵּה בָּזֶה נָתַן טַעַם לְהַצָּלַת יִשְׂרָאֵל מִקִּטְרוּג הַצֶּלֶם, לוֹמַר כֵּיוָן שֶׁהָיוּ עֲבָדִים אִם כֵּן אֲנוּסִים הָיוּ בְּעִנְיַן הַצֶּלֶם שֶׁל נְבוּכַדְנֶצַּר, וְלָכֵן בִּימֵי מָרְדְּכַי שֶׁנִּתְעוֹרֵר קִטְרוּג עֲוֹן הַצֶּלֶם, וְגָזְרוּ כְּלָיָה הִטָּה עָלֵינוּ חֶסֶד לִפְנֵי מַלְכֵי פָרַס שֶׁשָּׁב אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וּבִטֵּל גְּזֵרָתוֹ כִּי נִצּוּלוֹ יִשְׂרָאֵל מִקִּטְרוּג עֲוֹן הַצֶּלֶם בְּטַעֲנָה זוֹ דַּאֲנוּסִים הָיוּ. וּפָסוּק (תְּהִלִּים סו, יב) 'הִרְכַּבְתָּ אֱנוֹשׁ לְרֹאשֵׁנוּ בָּאנוּ בְּאֵשׁ' גַּם כֵּן בָּא לְהַגִּיד בִּיטּוּל קִטְרוּג עֲוֹן הַצֶּלֶם מֵחֲמַת אֹונֶס שֶׁגָּזַר נְבוּכַדְנֶצַּר מִי שֶׁלֹּא יִשְׁתַּחֲוֶה יַפִּילוּ בַּכִּבְשָׁן הָאֵשׁ וְאֵין לָךְ אֹונֶס גָּדוֹל מִזֶּה! וְעוֹד תֵּירֵץ בְּאוֹמְרוֹ 'בָּאנוּ בָּאֵשׁ' שֶׁנָּפְלוּ חֲנַנְיָה מִישָׁאֵל וַעֲזַרְיָה בְּאֵשׁ וּזְכוּתָם זֶה הַגִּין בְּעַד כָּל יִשְׂרָאֵל שֶׁהֵם כֹּהֲנִים לְוִיִּם יִשְׂרְאֵלִים כִּי שְׁלֹשָׁה צַדִּיקִים הָיוּ. וּבַפָּסוּק (תְּהִלִּים צח, ג) 'זָכַר חַסְדּוֹ וֶאֱמוּנָתוֹ' בָּא לְהַגִּיד טַעַם הַהַצָּלָה כְּמוֹ שֶׁטָּעַן מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לְהַצִּילָם בַּעֲוֹן הָעֵגֶל (שְׁמוֹת לב, יג) זְכֹר לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיִשְׂרָאֵל עֲבָדֶיךָ אֲשֶׁר נִשְׁבַּעְתָּ לָהֶם בָּךְ וְכוּ', וְכֵן עַתָּה זָכַר חַסְדּוֹ וֶאֱמוּנָתוֹ שֶׁל הַבְטָחָה שֶׁהִבְטִיחַ לָאָבוֹת. וּפָסוּק (מִשְׁלֵי כח, טו) 'אֲרִי נֹהֵם וְדֹב שׁוֹקֵק מֹשֵׁל רָשָׁע עַל עַם דַּל' בָּא לְהַגִּיד טַעַם הַהַצָּלָה מִקִּטְרוּג עֲוֹן הַצֶּלֶם מִשּׁוּם דַּאֲרִי זֶה נְבוּכַדְנֶצַּר נוֹהֵם, וְאִם כֵּן אֲנוּסִים הָיוּ מִן הָאֲרִי וּמִצַּד קִטְרוּג עֲוֹן הַסְּעוּדָה, דּוֹב זֶה אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ שׁוֹקֵק שֶׁעָשָׂה לָהֶם הַמְצָאוֹת לִפְתוֹתָם. וּבַפָּסוּק (קֹהֶלֶת י, יח) 'בַּעֲצַלְתַּיִם יִמַּךְ הַמִּקְרֶה' בָּא לוֹמַר כִּי הַכְּלָיָה לֹא הָיְתָה בַּעֲבוּר עֲוֹן הַצֶּלֶם, אֶלָּא הָיְתָה בַּעֲבוּר עַצְלוּתָם בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה, וּלְכָךְ כַּאֲשֶׁר נִתְקַן הַדָּבָר הַזֶּה שֶׁחָזְרוּ וְקָבְעוּ לִימּוּדָם בַּתּוֹרָה בַּיָּמִים וּבַלֵּילוֹת וַהֲדוּר קִבְּלוּהָ בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ לְכָךְ בָּטְלָה הַגְּזֵרָה. וּפָסוּק (תְּהִלִּים קכד, ב) 'בְּקוּם עָלֵינוּ אָדָם' וְלֹא מֶלֶךְ בָּא לְהַגִּיד טַעַם הַהַצָּלָה כִּי יִשְׂרָאֵל נִתְיָיאֲשׁוּ מֵעַצְמָן בִּשְׁבִיל שֶׁרָאוּ שֶׁקָּם עֲלֵיהֶם הַמָּן בַּעַל בְּחִירָה וְלֹא מֶלֶךְ אֲשֶׁר לִבּוֹ מָסוּר בְּיַד הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ, וְלָכֵן כֵּיוָן שֶׁנִּתְייָאֲשׁוּ מֵעַצְמָן סָבְלוּ צַעַר גָּדוֹל כְּאִלּוּ נֶהֶרְגוּ מַמָּשׁ כִּי חָשְׁבוּ דָּבָר זֶה לְוַדַּאי הַגָּמוּר, וּלְכָךְ הִסְפִּיק לָהֶם זֶה הַצַּעַר הֶעָצוּם בִּמְקוֹם כְּלָיָה מַמָּשׁ עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ (בְּרָכוֹת נה.) 'חֶלְמָא בִּישָׁא עֲצִיבוּתֵיהּ מִסְתָּיֵיהּ'. וּפָסוּק (מִשְׁלֵי כט, ב) 'בְּרַבּוֹת צַדִּיקִים יִשְׂמַח הָעָם' בָּא לְהַגִּיד כִּי הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ גִּילָּה הַהֶאָרָה הַגְּדוֹלָה אֲשֶׁר מִמֶּנָּה הָיְתָה נִשְׁמַת מָרְדְּכַי שֶׁהֵאִירָה בְּשֹׁורֶשׁ אֶסְתֵּר, וּבָזֶה נִסְתַּם פֶּה הַמְקַטְרְגִים וְנִיצּוּלוֹ יִשְׂרָאֵל, וְזֶהוּ בְּרַבּוֹת צַדִּיקִים זֶה מָרְדְּכַי וְאֶסְתֵּר יִשְׂמַח הָעָם. וּפָסוּק (דְּבָרִים ד, ז) 'אֲשֶׁר לוֹ אֱלֹקִים קְרֹבִים אֵלָיו' בָּא לִרְמֹוז עַל הַצָּלַת יִשְׂרָאֵל מִפְּנֵי שֶׁשֵּׁם יִשְׂרָאֵל כָּלוּל בְּשֵׁם אֱלֹקִים כְּמוֹ שֶׁכָּתַבְתִּי בסה"ק 'אַדֶּרֶת אֵלִיָּהוּ' בְּהַפְטָרַת מַסְעֵי בַּפָּסוּק (יִרְמְיָה ב, ה) 'כִּי רָחֲקוּ מְעַלֵּי' עַיֵּין שָׁם.
« À la place de l'épine montera le cyprès » (Yechaya 55,13) : à la place de Haman le méchant, qui s'est fait lui-même objet d'idolâtrie, etc. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont dit (Esther Rabba 7,8) que Haman suspendait une idole face à son cœur, afin de faire trébucher les gens qui viendraient se prosterner devant lui par simple usage du monde : ils se trouvaient alors se prosterner devant son idole. C'est pourquoi (Esther 3,2) « Mordekhai ne fléchissait pas le genou et ne se prosternait pas », bien que le roi eût ordonné de se prosterner devant Haman : il craignait qu'en se prosternant devant Haman il se trouve se prosterner devant une idole. On sait que l'idolâtrie est appelée tsav, comme l'ont dit nos maîtres (Sanhédrin 56b) : tsav ne désigne que l'idolâtrie, ainsi qu'il est dit (Hochea 5,11) « car il a voulu aller après le tsav ». Cela est fait allusion dans le mot naatsouts : partage le mot en deux et lis naats tsav, il a fiché un tsav, c'est-à-dire Haman le méchant, qui avait fiché dans son vêtement une idole pour faire trébucher autrui. Et naatsouts [306] a la valeur numérique de chin-vav [306], car Haman était du côté du chou d'Essav, dont nos maîtres ont dit qu'Essav se lit ayin-chou : il y avait en lui soixante-dix forces de chou, comme l'a écrit notre maître le Maharam Alchikh sur le verset (Berechit 25,25) « et ils l'appelèrent du nom d'Essav ». Naatsouts a donc la valeur de chou : c'est Haman le méchant, qui est de ce côté-là. Mais Mordekhai le juste l'a emporté sur chou, et c'est pourquoi il est appelé berosh, où aux lettres de chou s'ajoutent les lettres reich et beit, dans le secret de « tout ce qui est rav vient de Bavel » [rav, 202] ; ainsi se forme berosh, et c'est pourquoi il est dit : « berosh », c'est Mordekhai le juste, que son souvenir soit pour la bénédiction. Sache que toutes ces petihot que rapportent ici les tanaim et les amoraim visent, chacune à sa manière, à expliquer pourquoi cette génération a été sauvée alors que le décret avait déjà été porte contre elle depuis le Ciel, et bien qu'ils se fussent prosternés devant la statue, comme il est dit dans la guemara à propos de la question posée à Rabbi Chimon bar Yohai : y aurait-il donc du favoritisme en la matière ? (Meguila 12a). Rabbi Yonatan, pour résoudre cette difficulté, apporte le verset « et je retrancherai de Bavel », etc. : il se trouve que Nevoukhadnetsar le méchant a été puni par le retranchement de sa descendance, au point que même Vachti n'a pas subsiste ; et il a nécessairement subi ce châtiment pour avoir contraint Israël à se prosterner devant la statue, car pour la destruction du Temple et l'exil d'Israël, l'autorisation lui en avait été donnée par la prophétie. Puisqu'il a été puni pour avoir contraint Israël à l'idolâtrie, la difficulté est résolue : Israël a été sauvé parce qu'il agissait sous la contrainte. Quant au verset « à la place de l'épine montera le cyprès » qu'il apporte, on apprend de cette derasha que Mordekhai s'est livré à la mort pour éviter de se prosterner devant l'idole de Haman le méchant ; le mérite de Mordekhai en cette affaire suffit donc à sauver Israël de l'accusation portée contre lui pour s'être prosterné devant la statue. On apprend encore de cette derasha qu'Esther aussi s'est livrée pour faire périr Haman, qui était lui-même idolâtrie, de sorte que son mérite a lui aussi protégé Israël de l'accusation de la statue. Rabbi Yehochoua ben Levi a apporté le verset (Devarim 28,63) « ainsi il se réjouira » : on peut dire que le Saint béni soit-Il a fait une bonté avec Israël en rendant le décret dur mais porte sur un terme éloigné plutôt que soudain, car de la sorte les ennemis d'Israël se réjouissaient de leur chute, et ce fut là une cause de leur salut, comme il est écrit (Michlei 24,17) « lorsque ton ennemi tombe, ne te réjouis pas... et il détournerait de lui sa colère ». Il se trouve que par cette petiha il explique la raison de l'annulation du décret : Haman et les siens se sont réjouis de leur chute, et ce fut là guérison de leur plaie. Quant à la petiha sur le verset (Kohelet 2,26) « car à l'homme qui est bon devant lui il a donné sagesse, science et joie », c'est Mordekhai le juste, etc. Voici la chose : on sait que le roi envoya Mordekhai et Haman comme chefs des troupes qu'il dépêchait contre une certaine ville, et qu'il donna à chacun d'eux les vivres de l'armée. La guerre se prolongea. Mordekhai eut la sagesse de gérer avec mesure ce qui lui avait été confié pour ses troupes, tandis que Haman, sot, ne ménagea pas les vivres, qui s'épuisèrent ; ses soldats voulurent le tuer à cause de leur faim. Il vint emprunter à Mordekhai, qui n'accepta à aucune condition, sinon que Haman se vende lui-même comme esclave à Mordekhai et que, s'il refusait ensuite, une poutre soit arrachée de sa maison et qu'il y soit pendu. L'acte fut écrit en tatouage sur la cuisse de Haman, comme il est rapporté dans le livre Menot ha-Levi. En vérité, ce qu'a fait Mordekhai, ne donner les vivres qu'à la condition que Haman se vende à lui comme esclave, a produit un profit pour Israël : lorsque Haman a acheté Israël, celui-ci est devenu acquis à Mordekhai plutôt qu'à lui, car tout ce qu'acquiert un esclave, son maître l'acquiert ; et l'argent que Haman a pesé au roi pour eux appartenait en réalité à Mordekhai. Bien plus, Mordekhai a eu l'habileté d'écrire l'acte sur la cuisse de Haman, d'une écriture ineffaçable, et il y a précisé que Haman serait pendu à son propre arbre ; or une alliance est conclue avec les lèvres, et il en fut ainsi. Par là, Israël l'a emporté et a été sauvé, l'accusation des accusateurs demeurant sans prise. C'est ce que dit le verset : « à l'homme qui est bon devant lui », c'est Mordekhai, « il a donné sagesse » : il n'a accepté de céder les vivres qu'en vendant Haman comme esclave, ce par quoi il a pris toute la force de Haman, puisque tout ce qu'acquiert l'esclave appartient à son maître ; « et science » : écrire l'acte sur sa cuisse et y préciser la pendaison de Haman, une alliance étant conclue avec les lèvres. Ensuite le Saint béni soit-Il a donné « au pécheur », c'est Haman, « la tâche de ramasser et d'amasser », afin qu'il peine et prépare pour Mordekhai, « pour donner à celui qui est bon », c'est Mordekhai, « devant Elokim » : car Mordekhai, qui était bon devant D.ieu, a mérité le bien qui est fait allusion dans les lettres précédant celles du Nom Elokim, lesquelles forment be-moukhan, en préparation. Et par là, finalement (Esther 8,2) « Esther établit Mordekhai sur la maison de Haman », car tout devint sien selon la règle « ce qu'acquiert l'esclave, son maître l'acquiert », et Haman fut pendu comme il était écrit et précisé sur sa cuisse. Il se trouve que cette affaire fut un secours pour Israël, sauvé de l'emprise de Haman, l'accusation des accusateurs demeurant sans effet. Et Rabba bar Ofran a ouvert pour donner la raison du salut d'Israël face à l'accusation d'avoir joui du festin d'Ahachveroch : par le mérite de Daniel, qui s'est livré pour éviter de se souiller par des aliments interdits et du vin de libation. C'est pourquoi il dit (Yirmiya 49,38) « et je placerai mon trône en Elam » : c'est Daniel, qui était en Elam et y était un char pour la Chekhina ; et par son mérite ont péri « le roi », c'est Vachti, « et les princes », c'est Haman et ses fils, qui voulaient l'emporter sur Israël par ce décret, à cause de l'accusation née de la jouissance du festin d'Ahachveroch. Les lettres de melekh, roi, se sont retournées contre Vachti en les lettres koulam, et les lettres de sarim, princes, se sont retournées contre Haman et ses fils en les lettres rachim. Et Rav Dimi bar Yitshak a ouvert (Ezra 9,9) « car nous sommes des esclaves, et dans notre servitude notre D.ieu ne nous a pas abandonnés, et il a étendu sur nous une faveur devant les rois de Perse » : il donne ainsi la raison du salut d'Israël face à l'accusation de la statue, en disant que, puisqu'ils étaient esclaves, ils agissaient sous la contrainte dans l'affaire de la statue de Nevoukhadnetsar ; c'est pourquoi, aux jours de Mordekhai, lorsque l'accusation de la faute de la statue se réveilla et que l'extermination fut décrétée, il a étendu sur nous une faveur devant les rois de Perse, Ahachveroch revenant sur son décret et l'annulant, Israël étant sauvé de l'accusation de la faute de la statue par cet argument : la contrainte. Le verset (Tehilim 66,12) « tu as fait chevaucher un homme sur notre tête, nous sommes entrés dans le feu » vient lui aussi dire l'annulation de l'accusation de la faute de la statue en raison de la contrainte : Nevoukhadnetsar avait décrété que quiconque ne se prosternerait pas serait jeté dans la fournaise ardente, et il n'est pas de contrainte plus grande que celle-là. Il répond encore, en disant « nous sommes entrés dans le feu », que Hanania, Michaël et Azaria sont tombés dans le feu et que leur mérite a protégé tout Israël, kohanim, leviim et israélim, car ils étaient trois justes. Le verset (Tehilim 98,3) « il s'est souvenu de sa bonté et de sa fidélité » vient dire la raison du salut, à la manière dont Moche notre maître a plaidé pour les sauver dans la faute du veau (Chemot 32,13) « souviens-toi d'Avraham, de Yitshak et d'Israël tes serviteurs, auxquels tu as juré par toi-même », etc. ; de même ici : il s'est souvenu de sa bonté et de la fidélité de la promesse faite aux pères. Le verset (Michlei 28,15) « un lion rugissant et un ours affamé, tel est le méchant qui domine sur un peuple pauvre » vient dire la raison du salut face à l'accusation de la faute de la statue : le lion, c'est Nevoukhadnetsar qui rugit, et donc ils agissaient sous la contrainte du lion ; et du côté de l'accusation née du festin : l'ours, c'est Ahachveroch, affamé, qui leur a ménagé des ruses pour les séduire. Le verset (Kohelet 10,18) « par la paresse la charpente s'affaisse » vient dire que l'extermination tenait à leur paresse dans l'étude de la Torah plutôt qu'à la faute de la statue ; c'est pourquoi, lorsque cela fut réparé et qu'ils reprirent leur étude régulière de jour et de nuit, la génération acceptant de nouveau la Torah aux jours d'Ahachveroch, le décret fut annulé. Le verset (Tehilim 124,2) « lorsque des hommes se sont levés contre nous », un homme et non un roi, vient dire la raison du salut : Israël a désespéré de lui-même en voyant se lever contre lui Haman, un homme doté du libre arbitre, là où le cœur d'un roi est remis entre les mains du Nom béni ; et puisqu'ils ont désespéré d'eux-mêmes, ils ont enduré une peine immense, comme s'ils avaient été réellement tués, car ils tenaient la chose pour absolument certaine ; cette peine immense leur a donc tenu lieu de l'extermination elle-même, à la manière de ce qu'ils ont dit (Berakhot 55a) : pour un mauvais rêve, la tristesse qu'il cause lui suffit. Le verset (Michlei 29,2) « quand les justes se multiplient, le peuple se réjouit » vient dire que le Nom béni a dévoilé la grande lumière dont procédait l'âme de Mordekhai, laquelle a éclairé dans la racine d'Esther ; par là, la bouche des accusateurs a été fermée et Israël a été sauvé. C'est le sens de « quand les justes se multiplient », Mordekhai et Esther, « le peuple se réjouit ». Le verset (Devarim 4,7) « qui a un D.ieu proche de lui » vient faire allusion au salut d'Israël, parce que le nom d'Israël est compris dans le Nom Elokim, comme je l'ai écrit dans le livre saint Aderet Eliyahou, sur la haftara de Massei, au verset (Yirmiya 2,5) « car ils se sont éloignés de moi » ; vois là-bas.
💡 Explication

Haman est désigné par l'épine, naatsouts, parce que le mot sert ailleurs à désigner les lieux d'idolâtrie. La derasha rappelle que Haman exigeait qu'on se prosterne devant lui, ce qui explique le refus de Mordekhai.

21
״יַעֲלֶה בְּרוֹשׁ״ — זֶה מָרְדֳּכַי שֶׁנִּקְרָא רֹאשׁ לְכָל הַבְּשָׂמִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאַתָּה קַח לְךָ בְּשָׂמִים רֹאשׁ מָר דְּרוֹר״, וּמְתַרְגְּמִינַן: ״מַר דְּכִי״.

« Montera le cyprès » — c'est Mordekhai, qui est appelé le premier de tous les aromates, comme il est dit : « et toi, prends-toi des aromates de premier choix, de la myrrhe pure », et nous traduisons : mari dakhi.

💡 Explication

Le lien passe par le mot berosh, cyprès, qui contient roch, la tête ou le premier. Le verset de l'huile d'onction nomme les « aromates de premier choix », besamim roch, en tête desquels vient la myrrhe pure, mar deror.

Le targoum traduit mar deror par mari dakhi, où l'oreille entend le nom de Mordekhai. Il est donc le premier des aromates, et le cyprès du verset.

22
״תַּחַת הַסִּרְפַּד״ — תַּחַת וַשְׁתִּי הָרְשָׁעָה בַּת בְּנוֹ שֶׁל נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע שֶׁשָּׂרַף רְפִידַת בֵּית ה׳, דִּכְתִיב: ״רְפִידָתוֹ זָהָב״.

« À la place de l'ortie » — à la place de Vachti la méchante, fille du fils de Nevoukhadnetsar le méchant, qui a brûlé la refida de la Maison de Hachem, comme il est écrit : « sa refida d'or ».

💡 Explication

Le mot sirpad est lu comme la contraction de saraf refidat : il a brûlé la boiserie du Temple. Le verset du Chir ha-Chirim qui parle d'une refida d'or fournit le sens du mot. Vachti est désignée par la faute de son grand-père.

23
״יַעֲלֶה הֲדַס״ — זוֹ אֶסְתֵּר הַצַּדֶּקֶת שֶׁנִּקְרֵאתָ הֲדַסָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיְהִי אֹומֵן אֶת הֲדַסָּה״. ״וְהָיָה לָה׳ לְשֵׁם״ — זוֹ מִקְרָא מְגִילָּה. ״לְאוֹת עוֹלָם לֹא יִכָּרֵת״ — אֵלּוּ יְמֵי פּוּרִים.

« Montera le myrte » — c'est Esther la juste, appelée Hadassa, comme il est dit : « et il élevait Hadassa ». « Et ce sera pour Hachem un nom » — c'est la lecture de la meguila.

« Un signe éternel qui ne sera pas retranché » — ce sont les jours de Pourim.

💡 Explication

La derasha se ferme sur la fin du verset : le nom acquis au Ciel devient la lecture annuelle de la meguila, et le signe éternel les jours de Pourim. Le verset de Yechaya se lit ainsi de bout en bout comme le programme du livre.

🖼️ Schéma
Yechaya 55,13 lu terme à terme Le mot du verset Ce qu'il désigne dans la meguila naatsouts, l'épine Haman, qui s'est fait objet d'idolâtrie berosh, le cyprès Mordekhai, premier des aromates, mari dakhi sirpad, l'ortie Vachti, petite-fille de celui qui brûla la refida hadas, le myrte Esther, appelée Hadassa et ce sera pour un nom La lecture de la meguila signe éternel qui ne sera pas retranché Les jours de Pourim
Les deux plantes nuisibles sont les deux ennemis, les deux arbres nobles les deux justes, et la fin du verset la fête elle-même.
24
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי פָּתַח לַהּ פִּיתְחָא לְהַאי פָּרַשְׁתָּא מֵהָכָא: ״וְהָיָה כַּאֲשֶׁר שָׂשׂ ה׳ עֲלֵיכֶם לְהֵיטִיב אֶתְכֶם כֵּן יָשִׂישׂ... לְהָרַע אֶתְכֶם״.

Rabbi Yehochoua ben Levi ouvrait ce passage par ce verset : « et il adviendra que, comme Hachem s'est réjoui à votre sujet pour vous faire du bien, ainsi il se réjouira... pour vous faire périr ».

💡 Explication

La petiha prend un verset des malédictions de Devarim. Sa lettre semble attribuer au Ciel une joie devant le malheur d'Israël, ce qui va soulever une objection de fond dans la suite immédiate.

25
וּמִי חָדֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא בְּמַפַּלְתָּן שֶׁל רְשָׁעִים? וְהָא כְּתִיב: ״בְּצֵאת לִפְנֵי הֶחָלוּץ וְאֹומְרִים הוֹדוּ לַה׳ כִּי לְעוֹלָם חַסְדּוֹ״, וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִפְּנֵי מַה לֹא נֶאֱמַר ״כִּי טוֹב״ בְּהוֹדָאָה זוֹ? לְפִי שֶׁאֵין הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא שָׂמֵחַ בְּמַפַּלְתָּן שֶׁל רְשָׁעִים.

Le Saint béni soit-Il se réjouit-il donc de la chute des méchants ? Mais il est écrit : « lorsqu'ils sortirent devant l'avant-garde, disant : rendez grâce à Hachem, car sa bonté est éternelle », et Rabbi Yo'hanan a dit : pourquoi les mots « car il est bon » n'ont-ils pas été dits dans cette action de grâce ?

Parce que le Saint béni soit-Il ne se réjouit pas de la chute des méchants.

📜 Rachi (2)
בְּצֵאת לִפְנֵי הֶחָלוּץ בִּיהוֹשָׁפָט כְּתִיב בְּדִבְרֵי הַיָּמִים כְּשֶׁיָּצָא לְהִלָּחֵם עַל הָעַמּוֹנִים וְהַגִּבְעֹונִים שֶׁבָּאוּ עָלָיו:
Ce verset est écrit à propos de Yehochafat, dans les Chroniques, lorsqu'il sortit combattre les Amonites et les Gabaonites venus contre lui.
הוֹדוּ לַה' כִּי טוֹב מַשְׁמַע טוֹב שֶׁיְּקַלְּסוּ לְפָנָיו עַל זֹאת:
« Rendez grâce à Hachem car il est bon » impliquerait qu'il est bon qu'on le loue pour cela.
💡 Explication

La première objection s'appuie sur une omission liturgique. La formule complète d'action de grâce est « rendez grâce à Hachem car il est bon, car sa bonté est éternelle » ; devant l'armée de Yehochafat partant au combat, les mots « car il est bon » manquent.

Rabbi Yo'hanan en tire la raison : une victoire militaire entraîne la chute des méchants, et le Ciel s'abstient alors de cette formule.

26
וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן, מַאי דִכְתִיב: ״וְלֹא קָרַב זֶה אֶל זֶה כָּל הַלָּיְלָה״ — בִּקְּשׁוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת לוֹמַר שִׁירָה, אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: מַעֲשֵׂה יָדַי טוֹבְעִין בַּיָּם, וְאַתֶּם אוֹמְרִים שִׁירָה?

Et Rabbi Yo'hanan a dit : que signifie ce qui est écrit, « et l'un ne s'approcha pas de l'autre de toute la nuit » ? Les anges du service voulaient dire un chant.

Le Saint béni soit-Il leur dit : l'ouvrage de mes mains se noie dans la mer, et vous dites un chant ?

💡 Explication

Seconde objection, tirée de la nuit du passage de la mer. Les anges se répondent d'ordinaire l'un à l'autre dans leur chant ; le verset dit qu'ils ne se sont pas approchés, ce qui signifie que le chant a été suspendu.

27
אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: הוּא אֵינוֹ שָׂשׂ, אֲבָל אֲחֵרִים מֵשִׂישׂ. וְדַיְקָא נָמֵי, דִּכְתִיב: ״כֵּן יָשִׂישׂ״, וְלָא כְּתִיב ״יָשׂוּשׂ״. שְׁמַע מִינָּה.

Rabbi Elazar a dit : lui ne se réjouit pas, mais il fait réjouir d'autres. Et le texte est précis en ce sens, car il est écrit « ken yassiss » et non « yassouss ».

Conclus-en ainsi.

📜 Rachi (1)
אֲחֵרִים מֵשִׂישׂ וּכְשֶׁנִּתְחַיְּיבוּ כְּלָייָה בִּימֵי הַמָּן הָיוּ אוֹיְבֵיהֶן שְׂמֵחִין לָהֶן:
Lorsqu'ils furent passibles d'extermination aux jours de Haman, leurs ennemis se réjouissaient à leur sujet.
💡 Explication

La réponse distingue deux joies. Le verset de Devarim emploie la forme yassiss, causative, qui dit une joie donnée à d'autres, là où yassouss dirait la joie du sujet lui-même.

Rachi précise à qui revient cette joie : aux ennemis d'Israël, qui se réjouissaient aux jours de Haman. La lettre du verset et les deux objections tiennent ensemble.

28
רַבִּי אַבָּא בַּר כָּהֲנָא פָּתַח לַהּ פִּיתְחָא לְהַאי פָּרַשְׁתָּא מֵהָכָא: ״לְאָדָם שֶׁטּוֹב לְפָנָיו נָתַן חָכְמָה וְדַעַת וְשִׂמְחָה״ — זֶה מָרְדְּכַי הַצַּדִּיק, ״וְלַחוֹטֶא נָתַן עִנְיָן לֶאֱסוֹף וְלִכְנוֹס״ — זֶה הָמָן, ״לָתֵת לְטוֹב לִפְנֵי הָאֱ-לֹהִים״ — זֶה מָרְדְּכַי וְאֶסְתֵּר, דִּכְתִיב: ״וַתָּשֶׂם אֶסְתֵּר אֶת מָרְדֳּכַי עַל בֵּית הָמָן״.

Rabbi Abba bar Kahana ouvrait ce passage par ce verset : « à l'homme qui est bon devant lui, il a donné sagesse, science et joie » — c'est Mordekhai le juste ; « et au pécheur il a donné la tâche de ramasser et d'amasser » — c'est Haman ; « pour donner à celui qui est bon devant D.ieu » — ce sont Mordekhai et Esther, car il est écrit : « et Esther établit Mordekhai sur la maison de Haman ».

💡 Explication

Le verset de Kohelet décrit un renversement de fortune : le pécheur accumule, et son bien passe finalement à l'homme droit. La meguila en donne l'illustration exacte, la maison de Haman revenant à Mordekhai par la main d'Esther.

29
רַבָּה בַּר עוֹפְרָן פָּתַח לַהּ פִּיתְחָא לְהַאי פָּרַשְׁתָּא מֵהָכָא: ״וְשַׂמְתִּי כִסְאִי בְּעֵילָם וְהַאֲבַדְתִּי מִשָּׁם מֶלֶךְ וְשָׂרִים״. ״מֶלֶךְ״ — זוֹ וּשְׁתֵּי, ״וְשָׂרִים״ — זֶה הָמָן וַעֲשֶׂרֶת בָּנָיו.

Rabba bar Ofran ouvrait ce passage par ce verset : « et je placerai mon trône en Elam, et j'en ferai disparaître roi et princes ». « Roi » — c'est Vachti ; « et princes » — c'est Haman et ses dix fils.

📜 Rachi (1)
וְשַׂמְתִּי כִּסְאִי בְּעֵילָם שׁוּשַׁן הַבִּירָה הָיְתָה בְּעֵילָם דִּכְתִיב בְּסֵפֶר דָּנִיֵּאל בְּשׁוּשַׁן הַבִּירָה אֲשֶׁר בְּעֵילָם הַמְּדִינָה:
Chouchan la capitale se trouvait en Elam, car il est écrit dans le livre de Daniel : « à Chouchan la capitale, qui est dans la province d'Elam ».
🗂️ Tossefot (1)
רַבָּה בַּר עָופְרָן. גָּרְסִינַן וְלָא גָּרְסִינַן עֶפְרוֹן דְּשֵׁם רְשָׁעִים יִרְקָב וְלָא מַסְּקוּ בִּשְׁמַיְיהוּ:
« Rabba bar Ofran » : telle est la leçon à retenir ; on ne lit pas Efron, car « le nom des méchants pourrira », et l'on ne donne pas leurs noms aux enfants.
💡 Explication

Le verset de Yirmiya vise Elam, province où se trouve Chouchan. La derasha y lit les deux chutes du livre : celle de la reine, appelée ici roi, et celle de Haman avec ses dix fils, appelés princes.

30
רַב דִּימִי בַּר יִצְחָק פָּתַח לַהּ פִּיתְחָא לְהַאי פָּרַשְׁתָּא מֵהָכָא,

Rav Dimi bar Yitshak ouvrait ce passage par ce verset :

💡 Explication

Le folio s'interrompt sur l'annonce d'une dernière petiha. Le verset cité par Rav Dimi bar Yitshak, tiré d'Ezra, sera donné au début du folio suivant : « car nous sommes des esclaves, et dans notre servitude notre D.ieu ne nous a pas abandonnés ».

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).