Sougya : Le folio achève d'abord la discussion sur les villes entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua : la baraita est relue de manière que les montants de Bavel aient trouvé ces villes et les aient dénombrées, et la contradiction interne à l'avis de Rabbi Yichmael be-Rabbi Yossi est levée de deux manières. Le traité revient ensuite à la meguila.
Rabbi Levi transmet au nom des hommes de la Grande Assemblée que le mot vayehi annonce une peine ; une longue série de versets confirme la règle, une autre série la met en difficulté, et Rav Achi la restreint : vayehi seul se prête aux deux sens, mais vayehi biméi annonce toujours la peine, et il n'y en a que cinq occurrences. Deux autres traditions de Rabbi Levi suivent : Amots et Amatsia étaient frères, ce qui établit que les prophètes aussi descendent de Tamar, récompense de sa modestie chez son beau-père ; et l'emplacement de l'aron n'entrait pas dans la mesure du Saint des Saints, puisque dix coudées le séparaient de chaque mur d'une pièce qui n'en mesurait que vingt.
Le folio s'achève sur les petihot : Rabbi Yonatan, Rabbi Chemouel bar Nahmani, Rabbi Yehochoua ben Levi, Rabbi Abba bar Kahana et Rabba bar Ofran ouvrent chacun l'exposé de la meguila par un verset, et la discussion de Rabbi Yehochoua ben Levi pose la question de savoir si le Ciel se réjouit de la chute des méchants.
Mais on vient de dire qu'il n'était pas nécessaire de les consacrer ! Il faut donc dire : ils ont trouvé ces villes-là et les ont dénombrées.
La guemara achève la discussion ouverte au folio précédent sur les villes entourées d'une muraille depuis les jours de Yehochoua. Une baraita semblait dire que les montants de Bavel avaient consacré ces villes ; or la suite du même texte affirme qu'une telle consécration était superflue, la première sanctification tenant toujours.
La baraita est donc relue : les montants n'ont rien consacré, ils ont seulement trouvé ces villes déjà saintes et les ont dénombrées, c'est-à-dire inscrites dans une liste pour qu'on sache lesquelles sont concernées.
« Et non seulement celles-là, mais toute ville pour laquelle te parvient une tradition de tes pères selon laquelle elle était entourée d'une muraille depuis les jours de Yehochoua bin Noun — toutes ces mitsvot y sont en vigueur, parce que la première consécration a consacré pour son temps et a consacré pour l'avenir. » Il y a donc une difficulté : Rabbi Yichmael contre Rabbi Yichmael.
La fin de la baraita étend le statut de ville murée à toute localité couverte par une tradition familiale, et elle en donne la raison : la première consécration de la terre par Yehochoua vaut pour son temps et pour l'avenir, de sorte que l'exil et la destruction ne l'ont pas annulée.
La difficulté est interne à un seul maître : Rabbi Yichmael be-Rabbi Yossi est cité ailleurs comme tenant que la première consécration a cessé, et ici comme tenant qu'elle demeure.
Ce sont deux tanaim qui rapportent l'avis de Rabbi Yichmael be-Rabbi Yossi. Et si tu veux, dis : cet enseignement, c'est Rabbi Elazar bar Yossi qui l'a dit, comme il est enseigné : Rabbi Elazar be-Rabbi Yossi a dit : « acher lo homa » — bien qu'elle n'en ait pas maintenant, elle en avait une auparavant.
Deux issues sont proposées. La première admet que deux tanaim ont transmis l'avis de Rabbi Yichmael be-Rabbi Yossi de deux manières divergentes ; le désaccord porte alors sur la transmission.
La seconde attribue l'enseignement à un autre fils de Rabbi Yossi, Rabbi Elazar, qui l'appuie sur le mot lo du verset de Vayikra 25,30 : écrit avec un alef il signifie l'absence de muraille, lu avec un vav il en affirme la présence. Une ville qui a eu une muraille garde son statut après sa ruine.
« Et il advint aux jours d'Ahachveroch » — Rabbi Levi a dit, et certains disent que c'est Rabbi Yonatan : cette chose est une tradition que nous tenons des hommes de la Grande Assemblée : partout où il est dit « vayehi », ce n'est rien d'autre qu'un terme de peine.
Le traité revient à son objet principal et commence l'exposé suivi de la meguila, verset par verset. Le premier mot du livre, vayehi, porte selon cette tradition une valeur constante : il annonce une peine.
La tradition est rapportée aux hommes de la Grande Assemblée, ceux-là mêmes qui ont fixé le texte de la meguila ; le lecteur est ainsi averti dès le premier mot de ce qui va suivre.
« Et il advint aux jours d'Ahachveroch » — il y eut Haman. « Et il advint aux jours où jugeaient les juges » — il y eut une famine.
« Et il advint quand les hommes commencèrent à se multiplier » — « et Hachem vit que la méchanceté de l'homme était grande ».
La démonstration procède par juxtaposition : à chaque fois, le vayehi est suivi de près par un malheur nommé dans le contexte immédiat du verset.
« Et il advint, dans leur voyage depuis l'orient » — « allons, bâtissons-nous une ville ». « Et il advint aux jours d'Amrafel » — « ils firent la guerre ».
« Et il advint, lorsque Yehochoua était près de Yeriho » — « son épée dégainée à la main ». « Et Hachem fut avec Yehochoua » — « et les enfants d'Israël commirent une malversation ».
« Et il y avait un homme de Ramatayim » — « car il aimait Hanna, et Hachem avait fermé son sein ».
« Et il advint que Chemouel avait vieilli » — « et ses fils ne marchèrent pas dans ses voies ». « Et David réussissait dans toutes ses voies, et Hachem était avec lui » — « et Chaoul regardait David d'un œil mauvais ».
« Et il advint que le roi demeurait dans sa maison » — « toi cependant, tu ne bâtiras pas la Maison ».
Le cas de David est instructif : le verset qui annonce sa réussite est encadré par la jalousie de Chaoul, de sorte que la réussite elle-même devient la source de la peine. Le dernier exemple prend le même tour : le repos du roi dans sa maison ouvre le projet du Temple, et la réponse qui lui parvient lui en refuse la construction.
Mais il est écrit : « et il advint au huitième jour », et il est enseigné : ce jour-là, il y eut une joie devant le Saint béni soit-Il comme au jour où furent créés les cieux et la terre. Il est écrit ici « et il advint au huitième jour », et il est écrit là « et il fut soir, jour un » !
L'objection est bâtie sur une guezera chava : le mot vayehi relie le huitième jour de l'inauguration du michkan au premier jour de la création, et la baraita en tire une joie égale. Le même mot porterait donc la joie.
Nadav et Avihou y sont morts.
La réponse maintient la règle : ce jour de joie à porte aussi un deuil, la mort des deux fils d'Aharon. Le vayehi annonce cette part de peine, sans nier la joie de l'inauguration.
Mais il est écrit : « et il advint en la quatre cent quatre-vingtième année » ! Et il est écrit : « et il advint lorsque Yaakov vit Rahel » !
Et il est écrit : « il fut soir, il fut matin, jour un » ! Et il y a le deuxième jour !
Et il y a le troisième ! Et il y en a beaucoup d'autres !
Les objections s'accumulent et changent de nature : la construction du Temple, la rencontre de Yaakov et Rahel, les jours de la création. La règle prise dans sa forme large devient intenable, ce qui prépare la restriction de Rav Achi.
Rav Achi a dit : tout « vayehi » — il y en a ainsi et il y en a ainsi ; « vayehi biméi » n'est rien d'autre qu'un terme de peine.
Rav Achi restreint la règle à la formule complète vayehi biméi, « et il advint aux jours de ». Le mot vayehi employé seul se prête aux deux sens ; la formule qui date un récit par le règne ou l'époque d'un homme annonce la peine.
La restriction sauve la tradition des hommes de la Grande Assemblée tout en répondant à toutes les objections, puisque aucune ne portait sur cette formule.
Il y a cinq « vayehi biméi » : « et il advint aux jours d'Ahachveroch », « et il advint aux jours où jugeaient les juges », « et il advint aux jours d'Amrafel », « et il advint aux jours d'Ahaz », « et il advint aux jours de Yehoyakim ».
La guemara vérifie la règle en recensant les cinq occurrences du Tanakh. La liste close, la règle devient vérifiable et chacune des cinq introduit bien un malheur.
Et Rabbi Levi a dit : cette chose est une tradition que nous tenons de nos pères : Amots et Amatsia étaient frères. Que vient nous apprendre cela ?
La guemara enchaîne les traditions transmises par Rabbi Levi. Celle-ci paraît n'être qu'une notice généalogique : le père du prophète Yechaya était le frère d'un roi de Yehouda. La question porte donc sur sa portée : quel enseignement en dépend ?
C'est comme ce qu'a dit Rabbi Chemouel bar Nahmani au nom de Rabbi Yonatan : toute kalla qui est modeste dans la maison de son beau-père mérite qu'il sorte d'elle des rois et des prophètes. D'où le savons-nous ?
De Tamar, car il est écrit : « Yehouda la vit et la prit pour une prostituée, car elle avait couvert son visage ». Est-ce parce qu'elle avait couvert son visage qu'« il la prit pour une prostituée » ?
La réponse rattache la généalogie à un enseignement sur la tsniout, la réserve. La preuve part d'une difficulté du verset : une femme qui se couvre le visage devrait écarter le soupçon, non l'attirer.
Plutôt : parce qu'elle avait couvert son visage dans la maison de son beau-père et qu'il ne la connaissait pas, elle a mérité qu'il sorte d'elle des rois et des prophètes. Des rois — par David ; des prophètes — comme l'a dit Rabbi Levi : nous tenons de nos pères la tradition qu'Amots et Amatsia étaient frères, et il est écrit « vision de Yechaya fils d'Amots ».
Le verset se lit alors ainsi : Yehouda ne l'a pas reconnue parce que, dans sa propre maison, elle s'était toujours tenue le visage couvert. Sa réserve explique à la fois la méprise et la récompense.
Les rois descendent d'elle par Perets et David. Pour les prophètes, la tradition sur les deux frères fait d'Amots un membre de la maison de David, donc un descendant de Tamar, et son fils Yechaya avec lui.
Et Rabbi Levi a dit : cette chose est une tradition que nous tenons de nos pères : l'emplacement de l'aron n'entre pas dans la mesure.
Troisième tradition de Rabbi Levi : l'aron occupait une place dans le Saint des Saints sans rien retrancher aux dimensions de la pièce. La formule « n'entre pas dans la mesure » signifie que l'espace mesuré de part et d'autre reste entier.
Cela aussi est enseigné : l'aron qu'a fait Moche avait dix coudées de chaque côté, et il est écrit « et devant le devir, vingt coudées de longueur », et il est écrit « l'aile d'un keroub, dix coudées, et l'aile de l'autre keroub, dix coudées ». L'aron lui-même, où se tenait-il donc ?
Ne faut-il pas en conclure qu'il se tenait par miracle ?
La démonstration est arithmétique. Le Saint des Saints mesure vingt coudées sur vingt. Si dix coudées libres séparent l'aron de chaque mur, la somme remplit déjà tout l'espace, et l'aron lui-même, large d'une coudée et demie, ne trouve plus de place.
Les ailes des keroubim, dix et dix, confirment le calcul : elles couvrent à elles seules les vingt coudées. La seule conclusion possible est que l'aron se tenait là sans occuper d'espace, be-ness, par miracle.
Rabbi Yonatan ouvrait ce passage par ce verset : « je me lèverai contre eux... et je retrancherai de Bavel le nom et le reste, le rejeton et la descendance, dit Hachem ». « Le nom » — c'est l'écriture ; « le reste » — c'est la langue ; « le rejeton » — c'est la royauté ; « et la descendance » — c'est Vachti.
Commence ici la série des petihot : avant d'exposer la meguila, le maître ouvre par un verset des Prophètes ou des Écrits qu'il lit comme l'annonce de l'histoire de Pourim.
Le verset de Yechaya annonce quatre retranchements pour Bavel ; Rabbi Yonatan les distribue en écriture, langue, royauté, puis descendance. Le dernier terme désigne Vachti, petite-fille de Nevoukhadnetsar, dont la chute ouvre le livre d'Esther.
Rabbi Chemouel bar Nahmani ouvrait ce passage par ce verset : « à la place de l'épine montera le cyprès, et à la place de l'ortie montera le myrte ».
La petiha suivante lit dans Yechaya 55,13 une substitution de plantes : deux végétaux nuisibles cèdent la place à deux arbres nobles. Les quatre termes vont être identifiés aux quatre personnages de la meguila.
« À la place de l'épine » — à la place de Haman le méchant, qui s'est fait lui-même objet d'idolâtrie, comme il est écrit : « et dans tous les buissons d'épines et dans tous les taillis ».
Haman est désigné par l'épine, naatsouts, parce que le mot sert ailleurs à désigner les lieux d'idolâtrie. La derasha rappelle que Haman exigeait qu'on se prosterne devant lui, ce qui explique le refus de Mordekhai.
« Montera le cyprès » — c'est Mordekhai, qui est appelé le premier de tous les aromates, comme il est dit : « et toi, prends-toi des aromates de premier choix, de la myrrhe pure », et nous traduisons : mari dakhi.
Le lien passe par le mot berosh, cyprès, qui contient roch, la tête ou le premier. Le verset de l'huile d'onction nomme les « aromates de premier choix », besamim roch, en tête desquels vient la myrrhe pure, mar deror.
Le targoum traduit mar deror par mari dakhi, où l'oreille entend le nom de Mordekhai. Il est donc le premier des aromates, et le cyprès du verset.
« À la place de l'ortie » — à la place de Vachti la méchante, fille du fils de Nevoukhadnetsar le méchant, qui a brûlé la refida de la Maison de Hachem, comme il est écrit : « sa refida d'or ».
Le mot sirpad est lu comme la contraction de saraf refidat : il a brûlé la boiserie du Temple. Le verset du Chir ha-Chirim qui parle d'une refida d'or fournit le sens du mot. Vachti est désignée par la faute de son grand-père.
« Montera le myrte » — c'est Esther la juste, appelée Hadassa, comme il est dit : « et il élevait Hadassa ». « Et ce sera pour Hachem un nom » — c'est la lecture de la meguila.
« Un signe éternel qui ne sera pas retranché » — ce sont les jours de Pourim.
La derasha se ferme sur la fin du verset : le nom acquis au Ciel devient la lecture annuelle de la meguila, et le signe éternel les jours de Pourim. Le verset de Yechaya se lit ainsi de bout en bout comme le programme du livre.
Rabbi Yehochoua ben Levi ouvrait ce passage par ce verset : « et il adviendra que, comme Hachem s'est réjoui à votre sujet pour vous faire du bien, ainsi il se réjouira... pour vous faire périr ».
La petiha prend un verset des malédictions de Devarim. Sa lettre semble attribuer au Ciel une joie devant le malheur d'Israël, ce qui va soulever une objection de fond dans la suite immédiate.
Le Saint béni soit-Il se réjouit-il donc de la chute des méchants ? Mais il est écrit : « lorsqu'ils sortirent devant l'avant-garde, disant : rendez grâce à Hachem, car sa bonté est éternelle », et Rabbi Yo'hanan a dit : pourquoi les mots « car il est bon » n'ont-ils pas été dits dans cette action de grâce ?
Parce que le Saint béni soit-Il ne se réjouit pas de la chute des méchants.
La première objection s'appuie sur une omission liturgique. La formule complète d'action de grâce est « rendez grâce à Hachem car il est bon, car sa bonté est éternelle » ; devant l'armée de Yehochafat partant au combat, les mots « car il est bon » manquent.
Rabbi Yo'hanan en tire la raison : une victoire militaire entraîne la chute des méchants, et le Ciel s'abstient alors de cette formule.
Et Rabbi Yo'hanan a dit : que signifie ce qui est écrit, « et l'un ne s'approcha pas de l'autre de toute la nuit » ? Les anges du service voulaient dire un chant.
Le Saint béni soit-Il leur dit : l'ouvrage de mes mains se noie dans la mer, et vous dites un chant ?
Seconde objection, tirée de la nuit du passage de la mer. Les anges se répondent d'ordinaire l'un à l'autre dans leur chant ; le verset dit qu'ils ne se sont pas approchés, ce qui signifie que le chant a été suspendu.
Rabbi Elazar a dit : lui ne se réjouit pas, mais il fait réjouir d'autres. Et le texte est précis en ce sens, car il est écrit « ken yassiss » et non « yassouss ».
Conclus-en ainsi.
La réponse distingue deux joies. Le verset de Devarim emploie la forme yassiss, causative, qui dit une joie donnée à d'autres, là où yassouss dirait la joie du sujet lui-même.
Rachi précise à qui revient cette joie : aux ennemis d'Israël, qui se réjouissaient aux jours de Haman. La lettre du verset et les deux objections tiennent ensemble.
Rabbi Abba bar Kahana ouvrait ce passage par ce verset : « à l'homme qui est bon devant lui, il a donné sagesse, science et joie » — c'est Mordekhai le juste ; « et au pécheur il a donné la tâche de ramasser et d'amasser » — c'est Haman ; « pour donner à celui qui est bon devant D.ieu » — ce sont Mordekhai et Esther, car il est écrit : « et Esther établit Mordekhai sur la maison de Haman ».
Le verset de Kohelet décrit un renversement de fortune : le pécheur accumule, et son bien passe finalement à l'homme droit. La meguila en donne l'illustration exacte, la maison de Haman revenant à Mordekhai par la main d'Esther.
Rabba bar Ofran ouvrait ce passage par ce verset : « et je placerai mon trône en Elam, et j'en ferai disparaître roi et princes ». « Roi » — c'est Vachti ; « et princes » — c'est Haman et ses dix fils.
Le verset de Yirmiya vise Elam, province où se trouve Chouchan. La derasha y lit les deux chutes du livre : celle de la reine, appelée ici roi, et celle de Haman avec ses dix fils, appelés princes.
Rav Dimi bar Yitshak ouvrait ce passage par ce verset :
Le folio s'interrompt sur l'annonce d'une dernière petiha. Le verset cité par Rav Dimi bar Yitshak, tiré d'Ezra, sera donné au début du folio suivant : « car nous sommes des esclaves, et dans notre servitude notre D.ieu ne nous a pas abandonnés ».
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).