Sougya : Le folio poursuit la série des petihot commencée à la fin de 10b : Rav Dimi bar Yitshak, Rabbi Hanina bar Papa, Rabbi Yo'hanan, Rech Lakich, Rabbi Elazar, Rav Nahman bar Yitshak, Rava, Rav Matna et Rav Achi ouvrent chacun l'exposé de la meguila par un verset lu comme l'annonce de la détresse de Haman et du retournement de Pourim. La Guemara passe ensuite au commentaire suivi du premier verset du livre d'Esther.
Le mot vayehi est entendu par Rav comme vay ve-hi, malheur et lamentation ; Chemouel et une baraita lisent les cinq membres de Vayikra 26,44 comme cinq périodes d'exil, avec deux répartitions concurrentes ; Rabbi Levi et Rabbi Hiya rattachent la détresse à la faute de Chaoul qui avait épargné Amalek. Le nom d'Ahachveroch reçoit quatre lectures : frère et pareil de Nevoukhadnetsar selon Rav, noirceur des visages selon Chemouel, cri de deuil selon Rabbi Yo'hanan, appauvrissement général selon Rabbi Hanina.
Le mot hou, là où il revient, marque une constance : dans la méchanceté pour Esav, Datan et Aviram, Ahaz ; dans la justice pour Avraham, Aharon et Moche, et dans la modestie pour David. Le folio s'achève sur l'étendue de l'empire : Rav et Chemouel divergent sur le sens de « de Hodou jusqu'à Koush », Rav Hisda lit une progression dans les cent vingt-sept provinces, et une baraita énumère les trois rois qui ont régné bekhipa, sous toute la voûte du firmament.
« Car nous sommes des esclaves, et dans notre servitude notre D.ieu ne nous a pas abandonnés ; il a étendu sur nous une faveur devant les rois de Perse. » Quand cela ? Au temps de Haman.
La phrase achève la petiha de Rav Dimi bar Yitshak, amorcée à la dernière ligne du folio précédent. Une petiha ouvre l'exposé d'un livre par un verset pris ailleurs dans l'Écriture, lu comme s'il annonçait déjà l'épisode à commenter.
Le verset d'Ezra décrit une servitude qui dure et une faveur obtenue malgré elle. La Guemara demande à quel moment de l'histoire cette double situation s'est réalisée, et répond : au temps de Haman, où Israël était soumis à l'empire perse et y a pourtant trouvé grâce.
Rabbi Hanina bar Papa ouvrait l'exposé de ce passage par ce verset : « Tu as fait chevaucher un homme sur nos têtes, nous sommes entrés dans le feu et dans l'eau, et tu nous as fait sortir vers l'abondance. » « Dans le feu » : aux jours de Nevoukhadnetsar le méchant. « Et dans l'eau » : aux jours de Paro.
« Tu nous as fait sortir vers l'abondance » : aux jours de Haman.
Le verset de Tehilim énumère trois épreuves successives. Rabbi Hanina bar Papa les rapporte à trois persécutions : la fournaise de Nevoukhadnetsar pour le feu, les nouveau-nés jetés au fleuve pour l'eau, et l'épisode de Haman pour la sortie.
Le mot revaya, abondance, évoque la satiété des festins : le danger de Pourim s'ouvre sur le banquet d'Ahachveroch et se résout par les deux banquets d'Esther. Le terme qui dit la délivrance est celui-là même qui disait le péril.
Rabbi Yo'hanan ouvrait l'exposé de ce passage par ce verset : « Il s'est souvenu de sa bonté et de sa fidélité envers la maison d'Israël ; tous les confins de la terre ont vu le salut de notre D.ieu » Quand « tous les confins de la terre ont-ils vu le salut de notre D.ieu » ? Aux jours de Mordekhai et d'Esther.
La force du verset tient à son universalité : il annonce que la terre entière a vu le salut. Rabbi Yo'hanan cherche l'événement qui remplit cette condition.
Le livre d'Esther le fournit : le décret comme le contre-décret sont diffusés par lettres dans les cent vingt-sept provinces, de sorte que le péril et la délivrance deviennent publics jusqu'aux extrémités de l'empire.
Rech Lakich ouvrait l'exposé de ce passage par ce verset : « Un lion rugissant et un ours avide, tel est un gouverneur méchant sur un peuple pauvre. » « Un lion rugissant » : c'est Nevoukhadnetsar le méchant, dont il est écrit : « un lion est monté de son fourré ». « Un ours avide » : c'est Ahachveroch, dont il est écrit : « et voici une autre bête, la seconde, semblable à un ours » ; et Rav Yossef a enseigné : ce sont les Perses, qui mangent et boivent comme un ours, qui sont enrobés de chair comme un ours, qui laissent pousser leurs cheveux comme un ours, et qui n'ont pas de repos comme un ours.
Le verset de Michlei aligne deux bêtes et un gouverneur. Rech Lakich y lit une suite historique : le lion pour Bavel, l'ours pour la Perse, le gouverneur méchant pour Haman.
L'identification de l'ours à la Perse vient de la vision de Daniel, où la seconde des quatre bêtes est un ours. Rav Yossef ajoute quatre traits de comportement qui justifient la comparaison, sur le mode des descriptions que les maîtres de Bavel donnent de leurs voisins perses.
« Un gouverneur méchant » : c'est Haman. « Sur un peuple pauvre » : ce sont Israël, qui sont pauvres en mitsvot.
La fin du verset est distribuée à son tour. Le mot dal, pauvre, est entendu au sens spirituel : la faiblesse d'Israël devant Haman tient à son relâchement dans l'observance.
Cette lecture prépare la petiha suivante, celle de Rabbi Elazar, qui fait de la paresse dans l'étude la cause directe de la détresse.
Rabbi Elazar ouvrait l'exposé de ce passage par ce verset : « Par la paresse la charpente s'affaisse, et par le relâchement des mains la maison prend l'eau. » À cause de la paresse qu'il y eut chez Israël, qui ne s'est pas occupé de Torah, l'ennemi du Saint béni soit-Il est devenu <b>makh</b>. Et <b>makh</b> désigne un pauvre, comme il est dit : « et s'il est trop pauvre pour ton estimation » ; et <b>mekaré</b> désigne le Saint béni soit-Il, comme il est dit : « celui qui charpente ses étages dans les eaux ».
Rabbi Elazar lit le verset de Kohelet en trois mouvements. Il établit d'abord le sens des deux mots rares : makh veut dire pauvre, par un verset de Vayikra ; mekaré, celui qui pose la charpente, désigne Hachem, par un verset de Tehilim.
L'expression « l'ennemi du Saint béni soit-Il » est un kinouy, une formule de substitution employée par les maîtres pour éviter d'attribuer directement à Hachem une diminution ; le texte parle de Hachem lui-même. Le sens obtenu est que le relâchement d'Israël dans l'étude prive, pour ainsi dire, la délivrance de ses moyens.
Rav Nahman bar Yitshak ouvrait l'exposé de ce passage par ce verset : « Cantique des montées. Si Hachem n'avait pas été pour nous, qu'Israël le dise donc ; si Hachem n'avait pas été pour nous quand un homme s'est levé contre nous. » « Un homme » : et non un roi.
Le verset dit adam, un homme, là où l'on attendrait la mention d'un roi. Rav Nahman bar Yitshak tire de ce choix de mot l'identité de l'adversaire : celui qui menace Israël dans la meguila est Haman, ministre et non souverain.
Ahachveroch reste en retrait dans le décret ; l'initiative vient de Haman, à qui le roi remet son anneau. Le verset se trouve ainsi décrire exactement la situation du livre d'Esther.
Rava ouvrait l'exposé de ce passage par ce verset : « Quand les justes se multiplient le peuple se réjouit, et quand le méchant domine le peuple gémit. » « Quand les justes se multiplient le peuple se réjouit » : ce sont Mordekhai et Esther, comme il est écrit : « et la ville de Chouchan était dans la liesse et la joie ». « Et quand le méchant domine le peuple gémit » : c'est Haman, comme il est écrit : « et la ville de Chouchan était dans le trouble ».
La force de cette petiha tient à ce que les deux moitiés du verset trouvent chacune un verset d'Esther qui les réalise, et que ces deux versets emploient la même formule, « et la ville de Chouchan », avec deux issues opposées.
Le retournement de Pourim se lit donc dans le vocabulaire du livre lui-même : la même ville, décrite deux fois, passe du trouble à la liesse selon celui qui gouverne.
Rav Matna dit depuis ici : « Car quelle est la grande nation qui a un D.ieu proche d'elle ? » Rav Achi dit depuis ici : « Ou bien un D.ieu a-t-il tente de venir prendre pour lui une nation du sein d'une nation, etc. »
Deux dernières petihot, tirées cette fois du Deutéronome. Le verset de Rav Matna porte sur la proximité de Hachem à l'égard d'Israël, vérifiée par les miracles du temps de Mordekhai et d'Esther.
Le verset de Rav Achi parle à l'origine de la sortie d'Égypte. Son application à Pourim demande une justification, que le Ben Ich Haï proposera plus bas : la détresse de Haman aussi fut une extraction d'Israël du milieu d'un empire.
« Et il advint aux jours d'Ahachveroch. » Rav a dit : <b>vay</b> et <b>hi</b>, malheur et lamentation. C'est ce qui est écrit : « et vous vous vendrez là-bas à vos ennemis comme esclaves et comme servantes, etc. »
La Guemara quitte les petihot et commence le commentaire suivi du premier verset d'Esther. Le mot vayehi est décomposé en deux interjections de deuil, vay et hi.
Le verset de Devarim cité en preuve s'achève par « et il n'y aura pas d'acheteur ». Rachi explique le rapport : Haman a décrété que nul ne puisse acquérir un Juif comme esclave, de sorte que la vente elle-même n'ouvre aucune issue. La détresse est double, ce que dit précisément un mot formé de deux cris.
Et Chemouel dit : « Je ne les ai pas rejetés et je ne les ai pas pris en dégoût pour les anéantir. » « Je ne les ai pas rejetés » : aux jours des Grecs. « Et je ne les ai pas pris en dégoût » : aux jours de Nevoukhadnetsar.
« Pour les anéantir » : aux jours de Haman. « Pour rompre mon alliance avec eux » : aux jours des Perses.
« Car je suis Hachem leur D.ieu » : aux jours de Gog et Magog.
Le verset de Vayikra 26,44 promet qu'aucun exil n'entraînera de rupture définitive. Chemouel répartit ses cinq membres sur cinq périodes de domination, la troisième, « pour les anéantir », revenant à Haman, dont le décret visait l'extermination totale.
La répartition suit la gravité croissante des termes : rejet, dégoût, anéantissement, rupture d'alliance, et enfin l'affirmation finale qui répond à tout.
Dans une baraita on a enseigné : « Je ne les ai pas rejetés » : aux jours des Kasdim, où je leur ai suscité Daniel, Hanania, Michaël et Azaria. « Et je ne les ai pas pris en dégoût » : aux jours des Grecs, où je leur ai suscité Chimon le Juste, le Hachmonaï et ses fils, et Matitiahou le grand prêtre.
« Pour les anéantir » : aux jours de Haman, où je leur ai suscité Mordekhai et Esther. « Pour rompre mon alliance avec eux » : aux jours des Romains, où je leur ai suscité ceux de la maison de Rabbi et les sages des générations.
« Car je suis Hachem leur D.ieu » : pour l'avenir, où aucune nation ni aucune langue ne pourra les dominer.
La baraita reprend le même découpage et déplace l'accent. Là où Chemouel nomme la domination subie, elle nomme l'homme suscité pour y tenir : à chaque époque correspond un sauveur ou un cercle de maîtres.
Les périodes elles-mêmes diffèrent de celles de Chemouel : les Kasdim prennent la place des Grecs au premier membre, les Grecs passent au second, et les Romains occupent la place attribuée plus haut aux Perses. Le dernier membre, chez les deux, porte sur l'avenir.
Rabbi Levi dit depuis ici : « Et si vous ne dépossédez pas les habitants du pays. »
Le verset de Bamidbar 33,55 continue ainsi : ceux que vous laisserez subsister seront des épines dans vos yeux. Rabbi Levi y voit l'annonce de Haman.
Le lien historique est donné par Rachi : Chaoul a épargné Agag, roi d'Amalek, et c'est de cette lignée que descend Haman, appelé dans la meguila l'Agaguite. Le péril de Pourim prolonge donc une désobéissance ancienne.
Rabbi Hiya dit depuis ici : « Et il adviendra que ce que je pensais leur faire, je vous le ferai. »
Rabbi Hiya prend le verset suivant, qui tire la conséquence du précédent : la mesure prévue pour les nations retombe sur Israël lorsqu'il ne l'applique pas.
Rachi précise la portée : eux aussi furent presque anéantis. Le décret de Haman accomplit à la lettre l'avertissement de la Torah.
« Ahachveroch. » Rav a dit : le frère de la tête et le pareil de la tête. Le frère de la tête : le frère de Nevoukhadnetsar le méchant, qui est appelé « tête », comme il est dit : « c'est toi la tête d'or ».
Le pareil de la tête : celui-là a tué, celui-ci a cherché à tuer ; celui-là a détruit, celui-ci a cherché à détruire, comme il est dit : « et sous le règne d'Ahachveroch, au commencement de son règne, ils écrivirent une accusation contre les habitants de Yehouda et de Yerouchalayim ».
Le nom est lu comme une contraction : ahiv chel roch, frère de la tête, et ben guilo chel roch, né sous le même astre que la tête. La « tête » est Nevoukhadnetsar, ainsi désigné par Daniel devant la statue du songe.
Le parallèle est ensuite vérifié sur deux actes. Nevoukhadnetsar a tué et détruit le Temple ; Ahachveroch a voulu tuer, par le décret de Haman, et voulu détruire, en faisant arrêter le chantier des fondations posées par Zeroubavel, ce que rapporte le quatrième chapitre d'Ezra.
Et Chemouel dit : parce que les visages d'Israël noircirent en ses jours comme le fond d'une marmite. Et Rabbi Yo'hanan dit : quiconque le mentionnait disait « hélas pour sa tête ».
Et Rabbi Hanina dit : parce que tous devinrent pauvres en ses jours, comme il est dit : « et le roi Ahachveroch imposa un tribut ».
Trois autres lectures du même nom, chacune fondée sur une racine différente entendue dans ses consonnes : chahor, noir, pour Chemouel ; ah, le cri de deuil, joint à roch, la tête, pour Rabbi Yo'hanan ; rach, pauvre, pour Rabbi Hanina.
La dernière lecture s'appuie sur le dernier chapitre du livre, où le roi impose un tribut au pays : le nom du souverain porte le bilan de son règne.
« C'est lui (<b>hou</b>) Ahachveroch » : lui, dans sa méchanceté, du début à la fin. « C'est lui Esav » : lui, dans sa méchanceté, du début à la fin.
« Ce sont eux Datan et Aviram » : eux, dans leur méchanceté, du début à la fin. « C'est lui le roi Ahaz » : lui, dans sa méchanceté, du début à la fin.
Le pronom hou, redondant du point de vue de la syntaxe, est traité comme un signe. Partout où l'Écriture l'emploie de cette manière, elle indique que l'homme est resté identique à lui-même d'un bout à l'autre de sa vie.
Quatre exemples de constance dans la méchanceté sont donnés, pris dans la Torah, les Prophètes et les Écrits. Le segment suivant produira les exemples inverses.
« Avram, c'est lui Avraham » : lui, dans sa justice, du début à la fin. « Ce sont eux Aharon et Moche » : eux, dans leur justice, du début à la fin.
« Et David, c'est lui le petit » : lui, dans sa petitesse, du début à la fin ; de même que dans sa jeunesse il se faisait petit devant celui qui était plus grand que lui en Torah, ainsi, dans sa royauté, il se faisait petit devant celui qui était plus grand que lui en sagesse.
Le même signe fonctionne en sens inverse. Avraham, Aharon et Moche n'ont pas varié dans leur justice ; le troisième exemple porte sur une vertu particulière.
Le mot katan, petit, décrit d'abord le rang de David parmi ses frères. La Guemara l'entend comme une disposition permanente : ce qui était sa condition de cadet devient, une fois roi, une conduite choisie devant plus savant que lui.
« Qui régnait. » Rav a dit : il régna de lui-même. Certains le disent à son éloge, et certains le disent à son blâme.
Certains le disent à son éloge : car il n'y avait pas d'homme aussi digne que lui de la royauté. Et certains le disent à son blâme : car il n'était pas apte à la royauté, et c'est en distribuant un argent considérable qu'il s'y est établi.
Le participe ha-molèkh, celui qui régnait, est lu comme une précision sur l'origine du pouvoir : le trône ne lui vient pas par héritage.
Le même fait reçoit deux appréciations opposées. Un homme qui accède seul au trône peut l'avoir mérité par ses qualités ou l'avoir acheté. La Guemara laisse les deux lectures ouvertes, comme souvent dans les derachot sur le caractère d'Ahachveroch.
« De Hodou jusqu'à Koush. » Rav et Chemouel : l'un dit que Hodou est à un bout du monde et Koush à l'autre bout du monde ; et l'autre dit que Hodou et Koush se trouvaient l'une à côté de l'autre, et de même qu'il régnait sur Hodou et sur Koush, ainsi régnait-il d'un bout du monde à l'autre.
La formule géographique se prête à deux lectures. Prise à la lettre, elle mesure l'empire par ses deux extrémités. Prise comme comparaison, elle dit la facilité du règne : gouverner un empire entier lui coûtait aussi peu que gouverner deux provinces voisines.
La Guemara ne tranche pas laquelle des deux positions revient à Rav et laquelle à Chemouel ; la formule had amar, l'un dit, marque cette indétermination.
De même tu dis : « car il dominait sur tout le pays au-delà du fleuve, depuis Tifsah jusqu'à Aza. » Rav et Chemouel : l'un dit que Tifsah est à un bout du monde et Aza à l'autre bout du monde ; et l'autre dit que Tifsah et Aza se trouvaient l'une à côté de l'autre, et de même qu'il régnait sur Tifsah et sur Aza, ainsi régnait-il sur le monde entier.
La même divergence se retrouve sur un verset parallèle, qui décrit le règne de Chelomo. La Guemara traite les deux formules ensemble, ce qui montre que le débat porte sur un procédé de lecture et non sur une donnée géographique particulière.
Rachi précise la reformulation exigée par la seconde position : le verset dit que Chelomo dominait sur tout le pays au-delà du fleuve comme il dominait depuis Tifsah jusqu'à Aza.
« Cent vingt-sept provinces. » Rav Hisda a dit : au commencement il régna sur sept, ensuite il régna sur vingt, et enfin il régna sur cent. Mais s'il en est ainsi, « et les années de la vie d'Amram furent de cent trente-sept ans » — qu'en exposerais-tu ?
C'est différent ici, car il s'agit d'un verset superflu : puisqu'il est déjà écrit « de Hodou jusqu'à Koush », pourquoi ai-je besoin de « cent vingt-sept provinces » ? Apprends-en qu'il est là pour une deracha.
Rav Hisda lit l'ordre inhabituel des nombres, sept puis vingt puis cent, comme une chronologie de l'expansion.
L'objection vient d'un verset construit de la même façon, sur les années d'Amram, où personne n'expose une progression. La réponse pose un principe général des derachot : un énoncé redondant appelle une exposition. Ici, l'étendue de l'empire est déjà donnée par « de Hodou jusqu'à Koush », donc le dénombrement qui suit reste disponible pour autre chose.
Nos maîtres ont enseigné : trois ont régné sur toute la voûte, et les voici : Ahav, Ahachveroch et Nevoukhadnetsar. Ahav, comme il est écrit : « par la vie de Hachem ton D.ieu, il n'est ni nation ni royaume où mon maître n'ait envoyé te chercher, etc. » Et s'il n'avait pas régné sur elles, comment aurait-il pu leur faire prêter serment ?
L'expression malkhou bekhipa désigne, selon Rachi, un règne qui s'étend sous toute la voûte du firmament. La baraita en compte trois.
La preuve pour Ahav est indirecte : Ovadia dit à Eliyahou que son maître a fait jurer toutes les nations et royaumes qu'ils ne l'avaient pas trouvé. Un roi ne peut imposer un serment qu'à ceux qui lui sont soumis ; le verset suppose donc une autorité universelle.
Nevoukhadnetsar, comme il est écrit : « et il adviendra que la nation et la royauté qui ne mettra pas son cou sous le joug du roi de Bavel. » Ahachveroch, comme nous l'avons dit.
La preuve pour Nevoukhadnetsar suit la même logique que celle d'Ahav : la formule « toute nation et toute royauté » suppose qu'aucune n'échappe à sa domination.
Pour Ahachveroch, la Guemara renvoie à ce qui précède, « de Hodou jusqu'à Koush », entendu selon la lecture qui en fait les deux extrémités du monde.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).