Megillah 11a — La suite des petihot par lesquelles les maîtres ouvrent l'exposé de la meguila, puis le commentaire mot à mot du premier verset d'Esther : vayehi comme cri de peine, les quatre lectures du nom d'Ahachveroch, la règle du mot hou, l'étendue de son empire de Hodou à Koush et les trois rois qui ont régné sur toute la terre

Megillah 11a

Sougya : Le folio poursuit la série des petihot commencée à la fin de 10b : Rav Dimi bar Yitshak, Rabbi Hanina bar Papa, Rabbi Yo'hanan, Rech Lakich, Rabbi Elazar, Rav Nahman bar Yitshak, Rava, Rav Matna et Rav Achi ouvrent chacun l'exposé de la meguila par un verset lu comme l'annonce de la détresse de Haman et du retournement de Pourim. La Guemara passe ensuite au commentaire suivi du premier verset du livre d'Esther.

Le mot vayehi est entendu par Rav comme vay ve-hi, malheur et lamentation ; Chemouel et une baraita lisent les cinq membres de Vayikra 26,44 comme cinq périodes d'exil, avec deux répartitions concurrentes ; Rabbi Levi et Rabbi Hiya rattachent la détresse à la faute de Chaoul qui avait épargné Amalek. Le nom d'Ahachveroch reçoit quatre lectures : frère et pareil de Nevoukhadnetsar selon Rav, noirceur des visages selon Chemouel, cri de deuil selon Rabbi Yo'hanan, appauvrissement général selon Rabbi Hanina.

Le mot hou, là où il revient, marque une constance : dans la méchanceté pour Esav, Datan et Aviram, Ahaz ; dans la justice pour Avraham, Aharon et Moche, et dans la modestie pour David. Le folio s'achève sur l'étendue de l'empire : Rav et Chemouel divergent sur le sens de « de Hodou jusqu'à Koush », Rav Hisda lit une progression dans les cent vingt-sept provinces, et une baraita énumère les trois rois qui ont régné bekhipa, sous toute la voûte du firmament.

Les petihot de 11a : chaque maître entre dans la meguila par un verset Maître Verset Ce qu'il y lit Rav Dimi bar Yitshak Ezra 9,9 Esclaves, mais non abandonnés : le temps de Haman. Rabbi Hanina bar Papa Tehilim 66,12 Le feu, l'eau, puis l'abondance : Nevoukhadnetsar, Paro, Haman. Rabbi Yo'hanan Tehilim 98,3 Les confins de la terre voient le salut : les lettres circulent partout. Rech Lakich Michlei 28,15 Lion, ours, gouverneur méchant : Nevoukhadnetsar, Ahachveroch, Haman. Rabbi Elazar Kohelet 10,18 La paresse dans l'étude appauvrit la charpente du monde. Rav Nahman bar Yitshak Tehilim 124,1-2 Un homme s'est levé contre nous, et non un roi : Haman. Rava Michlei 29,2 Chouchan en liesse, Chouchan dans le trouble : les deux versets d'Esther. Rav Matna Devarim 4,7 Quelle nation a son D.ieu aussi proche d'elle ? Rav Achi Devarim 4,34 Prendre une nation du sein d'une nation. Rav Devarim 28,68 vayehi entendu vay ve-hi : vendus sans acheteur. Chemouel Vayikra 26,44 Cinq membres du verset, cinq périodes d'exil. Baraita Vayikra 26,44 Mêmes membres, lus par les sauveurs suscités à chaque époque. Rabbi Levi Bamidbar 33,55 Les habitants épargnés deviennent des épines : Amalek épargné par Chaoul. Rabbi Hiya Bamidbar 33,56 Ce que je pensais leur faire, je vous le ferai : Israël presque anéanti.
Une petiha ouvre l'exposé par un verset pris ailleurs dans l'Écriture, lu comme s'il annonçait déjà la détresse de Haman et son renversement.
Vayikra 26,44 : cinq membres, deux répartitions Le verset : même dans le pays de leurs ennemis Je ne les ai pas rejetés / ni pris en dégoût / pour les anéantir / pour rompre mon alliance avec eux / car je suis leur D.ieu. Membre du verset Chemouel : la période Baraita : le sauveur suscité Je ne les ai pas rejetés Les Grecs Les Kasdim : Daniel, Hanania, Michaël et Azaria Ni pris en dégoût Nevoukhadnetsar Les Grecs : Chimon le Juste, le Hachmonaï et ses fils, Matitiahou Pour les anéantir Haman Haman : Mordekhai et Esther Pour rompre mon alliance avec eux Les Perses Les Romains : la maison de Rabbi et les sages des générations Car je suis leur D.ieu. Gog et Magog L'avenir : aucune nation ne pourra plus les dominer Différence de regard Chemouel énumère les dominations subies ; la baraita nomme, pour chacune, l'homme suscité pour y tenir.
Le même verset se découpe en cinq, mais Chemouel y lit la suite des empires et la baraita la suite des sauveurs.
Le nom d'Ahachveroch, puis la règle du mot hou Quatre lectures du nom Rav : ahiv chel roch Frère et pareil de la tête, Nevoukhadnetsar : l'un a tué et détruit, l'autre a voulu le faire. Chemouel : chahor, noir Les visages d'Israël noircirent en ses jours. Rabbi Yo'hanan : ah le-rocho Qui le mentionnait disait : hélas pour sa tête. Rabbi Hanina : rach, pauvre Tous s'appauvrirent. L'appui scripturaire Tête de Nevoukhadnetsar : Daniel 2,38, c'est toi la tête d'or. Il a voulu détruire : Ezra 4,6, l'accusation portée contre les habitants de Yehouda et de Yerouchalayim, qui arrête le chantier ouvert par Zéroubavel. Tous devinrent pauvres : Esther 10,1, le roi imposa un tribut au pays. Le mot hou marque que l'homme est resté le même du début à la fin Constance dans la méchanceté Hou Ahachveroch Hou Esav Hen Datan ve-Aviram Hou ha-melekh Ahaz Chacun est demeuré dans sa voie jusqu'au bout. Constance dans la justice Avram hou Avraham Hen Aharon ou-Moche Ve-David hou ha-katan David jeune s'effaçait devant plus grand que lui en Torah ; roi, il s'effaçait devant plus grand que lui en sagesse.
Le même procédé sert deux fois : le nom se décompose pour dire ce que fut le règne, et le mot hou signale une conduite qui n'a pas varié.
L'étendue de l'empire : deux lectures, puis trois rois Mahloket de Rav et Chemouel sur deux formules parallèles Première lecture : aux deux bouts Hodou à un bout du monde, Koush à l'autre bout. De même Tifsah à un bout, Aza à l'autre. Le verset mesure directement l'empire. Seconde lecture : côté à côté Hodou et Koush sont voisines. Tifsah et Aza aussi. Comme il régnait sur ces deux-là sans peine, il régnait ainsi d'un bout du monde à l'autre. Rav Hisda : sept, vingt, cent D'abord sept provinces, puis vingt, puis cent : une progression. Objection : les années d'Amram, même tournure. Réponse : un verset en trop De Hodou à Koush dit déjà l'étendue. Le dénombrement qui suit reste donc disponible pour une deracha. Baraita : trois ont régné bekhipa, sous toute la voûte du firmament Ahav : Ovadia jure au nom de toutes les nations et royaumes, donc il régnait sur elles (Melakhim I 18,10). Nevoukhadnetsar : la nation qui ne mettra pas son cou sous son joug sera visitée (Yirmiya 27,8). Ahachveroch : comme il vient d'être dit, de Hodou jusqu'à Koush.
La question posée est la même partout : jusqu'où porte une formule géographique, et que reste-t-il à exposer quand le verset en dit plus que le strict nécessaire.
1
״כִּי עֲבָדִים אֲנַחְנוּ וּבְעַבְדֻותֵנוּ לֹא עֲזָבָנוּ אֱ-לֹהֵינוּ וַיַּט עָלֵינוּ חֶסֶד לִפְנֵי מַלְכֵי פָרַס״, אֵימָתַי — בִּזְמַן הַמָּן.

« Car nous sommes des esclaves, et dans notre servitude notre D.ieu ne nous a pas abandonnés ; il a étendu sur nous une faveur devant les rois de Perse. » Quand cela ? Au temps de Haman.

📜 Rachi (1)
כִּי עֲבָדִים אֲנַחְנוּ פָּסוּק הוּא בְּסֵפֶר עֶזְרָא וְסֵיפָא וַיַּט עָלֵינוּ חֶסֶד לִפְנֵי שָׂרֵי פְּרָס לָתֵת עָלֵינוּ מִחְיָה:
C'est un verset du livre d'Ezra, dont la fin est : « il a étendu sur nous une faveur devant les ministres de Perse, pour nous donner de quoi subsister ».
💡 Explication

La phrase achève la petiha de Rav Dimi bar Yitshak, amorcée à la dernière ligne du folio précédent. Une petiha ouvre l'exposé d'un livre par un verset pris ailleurs dans l'Écriture, lu comme s'il annonçait déjà l'épisode à commenter.

Le verset d'Ezra décrit une servitude qui dure et une faveur obtenue malgré elle. La Guemara demande à quel moment de l'histoire cette double situation s'est réalisée, et répond : au temps de Haman, où Israël était soumis à l'empire perse et y a pourtant trouvé grâce.

2
רַבִּי חֲנִינָא בַּר פָּפָּא פָּתַח לַהּ פִּתְחָא לְהָא פָּרַשְׁתָּא מֵהָכָא: ״הִרְכַּבְתָּ אֱנוֹשׁ לְרֹאשֵׁנוּ בָּאנוּ בָאֵשׁ וּבַמַּיִם״, ״בָּאֵשׁ״ — בִּימֵי נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע. ״וּבְמַיִם״ — בִּימֵי פַּרְעֹה, ״וְתוֹצִיאֶנּוּ לְרַוְיַהּ״ — בִּימֵי הַמָּן.

Rabbi Hanina bar Papa ouvrait l'exposé de ce passage par ce verset : « Tu as fait chevaucher un homme sur nos têtes, nous sommes entrés dans le feu et dans l'eau, et tu nous as fait sortir vers l'abondance. » « Dans le feu » : aux jours de Nevoukhadnetsar le méchant. « Et dans l'eau » : aux jours de Paro.

« Tu nous as fait sortir vers l'abondance » : aux jours de Haman.

📜 Rachi (1)
בְּאֵשׁ בִּימֵי נְבוּכַדְנֶצַּר שֶׁהֱטִילָנוּ לְתוֹךְ הַכִּבְשָׁן:
« Dans le feu, aux jours de Nevoukhadnetsar » : car il nous a jetés dans la fournaise.
💡 Explication

Le verset de Tehilim énumère trois épreuves successives. Rabbi Hanina bar Papa les rapporte à trois persécutions : la fournaise de Nevoukhadnetsar pour le feu, les nouveau-nés jetés au fleuve pour l'eau, et l'épisode de Haman pour la sortie.

Le mot revaya, abondance, évoque la satiété des festins : le danger de Pourim s'ouvre sur le banquet d'Ahachveroch et se résout par les deux banquets d'Esther. Le terme qui dit la délivrance est celui-là même qui disait le péril.

3
רַבִּי יוֹחָנָן פָּתַח לֵהּ פִּתְחָא לְהָא פָּרַשְׁתָּא מֵהָכָא: ״זָכַר חַסְדּוֹ וֶאֱמוּנָתוֹ לְבֵית יִשְׂרָאֵל רָאוּ כָל אַפְסֵי אָרֶץ אֵת יְשׁוּעַת אֱ-לֹהֵינוּ״, אֵימָתַי ״רָאוּ כָל אַפְסֵי אָרֶץ אֵת יְשׁוּעַת אֱ-לֹהֵינוּ״ — בִּימֵי מָרְדְּכַי וְאֶסְתֵּר.

Rabbi Yo'hanan ouvrait l'exposé de ce passage par ce verset : « Il s'est souvenu de sa bonté et de sa fidélité envers la maison d'Israël ; tous les confins de la terre ont vu le salut de notre D.ieu » Quand « tous les confins de la terre ont-ils vu le salut de notre D.ieu » ? Aux jours de Mordekhai et d'Esther.

📜 Rachi (1)
אֵימָתַי רָאוּ כָל אַפְסֵי אָרֶץ אֵת יְשׁוּעַת אֱ-לֹהֵינוּ בִּימֵי מָרְדֳּכַי שֶׁהַדָּבָר נִגְלֶה לְכָל הָאֻומּוֹת שֶׁהָלְכוּ אִגְּרוֹת בְּכָל הָעוֹלָם:
« Quand tous les confins de la terre ont-ils vu le salut de notre D.ieu ? Aux jours de Mordekhai » : car la chose fut révélée à toutes les nations, puisque des lettres circulèrent dans le monde entier.
💡 Explication

La force du verset tient à son universalité : il annonce que la terre entière a vu le salut. Rabbi Yo'hanan cherche l'événement qui remplit cette condition.

Le livre d'Esther le fournit : le décret comme le contre-décret sont diffusés par lettres dans les cent vingt-sept provinces, de sorte que le péril et la délivrance deviennent publics jusqu'aux extrémités de l'empire.

4
רֵישׁ לָקִישׁ פָּתַח לַהּ פִּתְחָא לְהָא פָּרַשְׁתָּא מֵהָכָא: ״אֲרִי נֹוהֵם וְדֹוב שׁוֹקֵק מֹושֵׁל רָשָׁע עַל עַם דָּל״, ״אֲרִי נוֹהֵם״ — זֶה נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע, דִּכְתִיב בֵּיהּ: ״עָלָה אַרְיֵה מִסֻּובְּכוֹ״. ״דּוֹב שׁוֹקֵק״ — זֶה אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, דִּכְתִיב בֵּיהּ: ״וַאֲרוּ חֵיוָה אָחֳרִי תִנְיָינָה דָּמְיָה לְדֹוב״, וְתָנֵי רַב יוֹסֵף: אֵלּוּ פַּרְסִיִּים, שֶׁאוֹכְלִין וְשׁוֹתִין כְּדֹוב, וּמְסֻורְבָּלִין בָּשָׂר כְּדֹוב, וּמְגַדְּלִין שֵׂעָר כְּדֹוב, וְאֵין לָהֶם מְנוּחָה כְּדֹוב.

Rech Lakich ouvrait l'exposé de ce passage par ce verset : « Un lion rugissant et un ours avide, tel est un gouverneur méchant sur un peuple pauvre. » « Un lion rugissant » : c'est Nevoukhadnetsar le méchant, dont il est écrit : « un lion est monté de son fourré ». « Un ours avide » : c'est Ahachveroch, dont il est écrit : « et voici une autre bête, la seconde, semblable à un ours » ; et Rav Yossef a enseigné : ce sont les Perses, qui mangent et boivent comme un ours, qui sont enrobés de chair comme un ours, qui laissent pousser leurs cheveux comme un ours, et qui n'ont pas de repos comme un ours.

📜 Rachi (1)
מְסֻורְבָּלִין מְלֻובָּשִׁין בְּבָשָׂר:
<b>Mesourbalin</b> : revêtus de chair.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(מִשְׁלֵי כח, טו) 'אֲרִי נֹהֵם' זֶה נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע וְכוּ'.. נִרְאֶה לִי בס"ד אֲרִי נָהַם זֶה קִטְרוּג הַצֶּלֶם שֶׁל נְבוּכַדְנֶצַּר, וְדֹב שׁוֹקֵק זֶה קִטְרוּג סְעוּדַת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, וּמֵחֲמַת כֵּן נַעֲשָׂה מוֹשֵׁל רָשָׁע זֶה הָמָן עַל עַם דָּל אֵלּוּ יִשְׂרָאֵל, וְהוּא דְּיָדוּעַ שֶׁיִּשְׂרָאֵל נִרְמְזוּ בְּגֹודֶל לָכֵן 'הֵם עַם לְבָדָד יִשָּׁכֵן' (בַּמִּדְבָּר כג, ט) , וְאִם לֹא יִתְעַסְּקוּ בַּתּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב שֶׁהִיא אוֹרְיָין תְּלִיתַאי שֶׁהֵם תַּנַ"ך אָז יַחְשֹׂךְ אוֹת גִּימֶ"ל שֶׁמִּסְּפָרוֹ שְׁלֹשָׁה מֵאוֹתִיּוֹת גּוּדָל, וְאִם לֹא יִתְעַסְּקוּ בַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא שִׁשָּׁה סְדָרִים כְּמִנְיַן וָא"ו אָז יַחְשֹׂךְ גַּם אוֹת וָא"ו שֶׁל גּוּדָל וְיִשָּׁאֵר רַק אוֹתִיּוֹת דַּל, וְלָכֵן קְרָאָם כֵּן עַם דַּל כִּי אוֹתוֹ זְמַן נִתְרַשְּׁלוּ בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה וּכְמוֹ דְּדָרֵישׁ עַל פָּסוּק (קֹהֶלֶת י, יח) 'בַּעֲצַלְתַּיִם יִמַּךְ הַמִּקְרֶה'.
« Un lion rugissant, c'est Nevoukhadnetsar le méchant, etc. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « un lion rugissant » désigne l'accusation liée à la statue de Nevoukhadnetsar, et « un ours avide » l'accusation liée au festin d'Ahachveroch ; c'est à cause de cela que s'est levé « un gouverneur méchant », c'est Haman, « sur un peuple pauvre », ce sont Israël. On sait qu'Israël est évoqué par le mot <b>godel</b>, le pouce, car « c'est un peuple qui demeure à part » (Bamidbar 23,9). S'ils ne s'occupent pas de la Torah écrite, qui est une Torah triple, le Tanakh, alors s'obscurcit la lettre <b>guimel</b>, dont le compte est trois, parmi les lettres de godel ; et s'ils ne s'occupent pas de la Torah orale, qui compte six ordres, comme le compte de <b>vav</b>, alors s'obscurcit aussi la lettre vav de godel, et il ne reste que les lettres de <b>dal</b>, pauvre. C'est pourquoi il les appelle « peuple pauvre », car en ce temps-là ils s'étaient relâchés dans l'étude de la Torah, comme on l'expose sur le verset « par la paresse la charpente s'affaisse » (Kohelet 10,18).
💡 Explication

Le verset de Michlei aligne deux bêtes et un gouverneur. Rech Lakich y lit une suite historique : le lion pour Bavel, l'ours pour la Perse, le gouverneur méchant pour Haman.

L'identification de l'ours à la Perse vient de la vision de Daniel, où la seconde des quatre bêtes est un ours. Rav Yossef ajoute quatre traits de comportement qui justifient la comparaison, sur le mode des descriptions que les maîtres de Bavel donnent de leurs voisins perses.

🖼️ Schéma
Michlei 28,15 lu comme une suite d'empires Un lion rugissant Nevoukhadnetsar Yirmiya 4,7 : un lion est monté de son fourré. Empire de Bavel. Un ours avide Ahachveroch Daniel 7,5 : une seconde bête semblable à un ours. Empire de Perse. Un gouverneur méchant Haman sur un peuple pauvre : Israël, pauvre en mitsvot. Les quatre traits de l'ours selon Rav Yossef Manger et boire en quantité - être enrobé de chair - laisser pousser les cheveux - n'avoir aucun repos, allant sans cesse d'un lieu à l'autre.
Les trois termes du verset se répartissent en deux empires et un ministre, et Rav Yossef justifie l'image de l'ours par quatre traits.
5
״מוֹשֵׁל רָשָׁע״ — זֶה הַמָּן. ״עַל עַם דָּל״ — אֵלּוּ יִשְׂרָאֵל, שֶׁהֵם דַּלִּים מִן הַמִּצְוֹת.

« Un gouverneur méchant » : c'est Haman. « Sur un peuple pauvre » : ce sont Israël, qui sont pauvres en mitsvot.

💡 Explication

La fin du verset est distribuée à son tour. Le mot dal, pauvre, est entendu au sens spirituel : la faiblesse d'Israël devant Haman tient à son relâchement dans l'observance.

Cette lecture prépare la petiha suivante, celle de Rabbi Elazar, qui fait de la paresse dans l'étude la cause directe de la détresse.

6
רַבִּי אֶלְעָזָר פָּתַח לֵהּ פִּתְחָא לְהָא פָּרַשְׁתָּא מֵהָכָא: ״בַּעֲצַלְתַּיִם יִמַּךְ הַמְּקָרֶה וּבְשִׁפְלוּת יָדַיִם יִדְלֹוף הַבָּיִת״, בִּשְׁבִיל עַצְלוּת שֶׁהָיָה לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא עָסְקוּ בַּתּוֹרָה, נַעֲשָׂה שׂוֹנְאוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מָךְ. וְאֵין ״מָךְ״ אֶלָּא עָנִי, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאִם מָךְ הוּא מֵעֶרְכֶּךָ״, וְאֵין ״מִקְרֶה״ אֶלָּא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַמִּקְרֶה בַּמַּיִם עֲלִיּוֹתָיו״.

Rabbi Elazar ouvrait l'exposé de ce passage par ce verset : « Par la paresse la charpente s'affaisse, et par le relâchement des mains la maison prend l'eau. » À cause de la paresse qu'il y eut chez Israël, qui ne s'est pas occupé de Torah, l'ennemi du Saint béni soit-Il est devenu <b>makh</b>. Et <b>makh</b> désigne un pauvre, comme il est dit : « et s'il est trop pauvre pour ton estimation » ; et <b>mekaré</b> désigne le Saint béni soit-Il, comme il est dit : « celui qui charpente ses étages dans les eaux ».

📜 Rachi (1)
נַעֲשָׂה שׂוֹנְאוֹ שֶׁל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מָךְ כְּמִי שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לְהוֹשִׁיעַ:
« L'ennemi du Saint béni soit-Il est devenu makh » : comme quelqu'un qui ne pourrait pas sauver.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(קֹהֶלֶת י, יח) 'בַּעֲצַלְתַּיִם יִמַּךְ הַמְּקָרֶה וּבְשִׁפְלוּת יָדַיִם יִדְלֹף הַבַּיִת' בִּשְׁבִיל עַצְלוּת שֶׁהָיָה לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל שֶׁלֹּא עָסְקוּ בַּתּוֹרָה נַעֲשָׂה שׂוֹנְאוֹ שֶׁל הקב"ה מָךְ. נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי אוֹת סָמֶ"ךְ בְּמִילּוֹאוֹ רוֹמֵז להקב"ה דִּכְתִיב (תְּהִלִּים קמה, יד) 'סוֹמֵךְ ה' לְכָל הַנְּפָלִים' וְאִם יִשְׂרָאֵל יַעַסְקוּ בַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא שִׁשָּׁה סְדָרִים שֶׁכָּל א' כָּלוּל מַעֲשֵׂר הֲרֵי מִסְפַּר ס' בְּסוֹד ס' מַסֶּכְתּוֹת דְּנָקֵיט בַּתִּיקּוּנִים, אָז יִתְמַלֵּא אוֹת ס' לִהְיוֹת סָמֶ"ךְ וְיִתְקַיֵּים 'סוֹמֵךְ ה' לְכָל הַנְּפָלִים', וְאִם יִתְעַצְּלוּ בְּלִימּוּד הַתּוֹרָה שֶׁהִיא ס' מַסֶּכְתּוֹת אָז יַחְשֹׂךְ אוֹת ס' מִן סָמֶ"ךְ וְיִשָּׁאֵר מָךְ. אוֹ יוּבָן עַל יְדֵי עֵסֶק הַתּוֹרָה מִמַּשְׁכִין מוֹחִין דְּגַדְלוּת וְאִם יִתְעַצְּלוּ בָּזֶה נַעֲשֶׂה מָךְ שֶׁהוּא סוֹד הַקְּטַנּוֹת.
« Par la paresse la charpente s'affaisse et par le relâchement des mains la maison prend l'eau » : à cause de la paresse qu'il y eut chez Israël, qui ne s'est pas occupé de Torah, l'ennemi du Saint béni soit-Il est devenu makh. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la lettre <b>samekh</b>, dans son épellation pleine, renvoie au Saint béni soit-Il, comme il est écrit : « Hachem soutient (<b>somekh</b>) tous ceux qui tombent » (Tehilim 145,14). Si Israël s'occupe de la Torah orale, qui compte six ordres dont chacun est fait de dix, cela donne le nombre soixante, selon le <b>sod</b> (sens caché) des soixante traités mentionné dans les Tikounim ; alors la lettre samekh se remplit pour devenir samekh entier, et s'accomplit « Hachem soutient tous ceux qui tombent ». Et s'ils se relâchent dans l'étude de la Torah, qui est soixante traités, alors la lettre samekh de samekh s'obscurcit et il reste <b>makh</b>. On peut aussi le comprendre ainsi : par l'étude de la Torah on attire les <b>mohin de gadlout</b> (consciences d'état de grandeur), et si l'on s'y relâche on devient makh, qui est le sod de la <b>katnout</b> (état de petitesse).
💡 Explication

Rabbi Elazar lit le verset de Kohelet en trois mouvements. Il établit d'abord le sens des deux mots rares : makh veut dire pauvre, par un verset de Vayikra ; mekaré, celui qui pose la charpente, désigne Hachem, par un verset de Tehilim.

L'expression « l'ennemi du Saint béni soit-Il » est un kinouy, une formule de substitution employée par les maîtres pour éviter d'attribuer directement à Hachem une diminution ; le texte parle de Hachem lui-même. Le sens obtenu est que le relâchement d'Israël dans l'étude prive, pour ainsi dire, la délivrance de ses moyens.

🖼️ Schéma
Kohelet 10,18 : deux mots rares fixés par deux versets Par la paresse la charpente (mekaré) s'affaisse (yimakh), et par le relâchement des mains la maison prend l'eau. mekaré = le Saint béni soit-Il Tehilim 104,3 : celui qui charpente ses étages dans les eaux. Le mot ne s'emploie ailleurs qu'à propos de Hachem. makh = pauvre Vayikra 27,8 : et s'il est trop pauvre pour ton estimation. La paresse dans l'étude produit cet appauvrissement.
La deracha repose entièrement sur la définition préalable des deux mots du verset.
7
רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק פָּתַח לַהּ פִּתְחָא לְהָא פָּרַשְׁתָּא מֵהָכָא: ״שִׁיר הַמַּעֲלוֹת לוּלֵי ה׳ שֶׁהָיָה לָנוּ יֹאמַר נָא יִשְׂרָאֵל. לוּלֵי ה׳ שֶׁהָיָה לָנוּ בְּקוּם עָלֵינוּ אָדָם״. ״אָדָם״ — וְלֹא מֶלֶךְ.

Rav Nahman bar Yitshak ouvrait l'exposé de ce passage par ce verset : « Cantique des montées. Si Hachem n'avait pas été pour nous, qu'Israël le dise donc ; si Hachem n'avait pas été pour nous quand un homme s'est levé contre nous. » « Un homme » : et non un roi.

📜 Rachi (1)
אָדָם וְלֹא מֶלֶךְ זֶה הַמָּן:
« Un homme, et non un roi » : c'est Haman.
💡 Explication

Le verset dit adam, un homme, là où l'on attendrait la mention d'un roi. Rav Nahman bar Yitshak tire de ce choix de mot l'identité de l'adversaire : celui qui menace Israël dans la meguila est Haman, ministre et non souverain.

Ahachveroch reste en retrait dans le décret ; l'initiative vient de Haman, à qui le roi remet son anneau. Le verset se trouve ainsi décrire exactement la situation du livre d'Esther.

8
רָבָא פָּתַח לַהּ פִּתְחָא לְהָא פָּרַשְׁתָּא מֵהָכָא: ״בִּרְבוֹת צַדִּיקִים יִשְׂמַח הָעָם וּבִמְשֹׁול רָשָׁע יֵאָנַח עָם״, ״בִּרְבוֹת צַדִּיקִים יִשְׂמַח הָעָם״ — זֶה מָרְדְּכַי וְאֶסְתֵּר, דִּכְתִיב: ״וְהָעִיר שׁוּשָׁן צָהֲלָה וְשָׂמֵחָה״. ״וּבִמְשֹׁול רָשָׁע יֵאָנַח עָם״ — זֶה הַמָּן, דִּכְתִיב: ״וְהָעִיר שׁוּשָׁן נְבוֹכָה״.

Rava ouvrait l'exposé de ce passage par ce verset : « Quand les justes se multiplient le peuple se réjouit, et quand le méchant domine le peuple gémit. » « Quand les justes se multiplient le peuple se réjouit » : ce sont Mordekhai et Esther, comme il est écrit : « et la ville de Chouchan était dans la liesse et la joie ». « Et quand le méchant domine le peuple gémit » : c'est Haman, comme il est écrit : « et la ville de Chouchan était dans le trouble ».

🪔 Ben Yehoyada (1)
(מִשְׁלֵי כט, ב) 'בִּרְבוֹת צַדִּיקִים יִשְׂמַח הָעָם וּבִמְשֹׁל רָשָׁע יֵאָנַח עָם'. נִרְאֶה לִי בס"ד הַנֻּוקְבָּא דִּקְלִיפָּה נִקְרֵאת אֲנָחָה כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּסִידּוּר רַבֵּינוּ הָרַב שָׁלוֹם שַׁרְעַבִּי זַ"ל בְּכַוָּנַת 'וְהָסֵר מִמֶּנּוּ יָגוֹן וַאֲנָחָה', וְיִשְׂרָאֵל כּוֹחָם לְהִתְגַּבֵּר עַל הַקְּלִיפָּה עַל יְדֵי בֵּירוּר רפ"ט נְצוּצֵין בְּסוֹד (בַּמִּדְבָּר כג, כד) לֹא יִשְׁכַּב עַד יֹאכַל 'טֶרֶף' [289] , וְאִם תּוֹסִיף רפ"ט עַל מִסֵּפֶר נ"א ד' אַנ חָהּ' יִהְיֶה אוֹתִיּוֹת 'שָׁם' [340] וּתְצָרְפֵם עִם אוֹתִיּוֹת הַנִּשְׁאָרִים בְּ'אֵנ חָהּ ' וְיִהְיֶה צֵירוּף שִׂמְחָה [353] . וּבָזֶה יוּבָן בס"ד 'מִשֶּׁנִּכְנַס אֲדָר מַרְבִּין בְּשִׂמְחָה' (תַּעֲנִית כט.) שֶׁיִּתְהַפְּכוּ אוֹתִיּוֹת אֲנָחָה לְאוֹתִיּוֹת שִׂמְחָה עַל יְדֵי הַבֵּירוּר, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר בְּרַבּוֹת צַדִּיקִים זֶה מָרְדְּכַי שֶׁנִּתְרַבּוּ בְּבֵירוּר שֶׁעָשׂוּ וְהִצְלִיחוּ בּוֹ אָז יִשְׂמַח הָעָם כִּי עַל יָדָם נֶהְפְּכוּ אוֹתִיּוֹת אֲנָחָה לְאוֹתִיּוֹת שִׂמְחָה, וּבִמְשֹׁל רָשָׁע יֵאָנַח עָם כִּי הַמָּן כּוֹחוֹ מִן הַקְּלִיפָּה שֶׁנִּקְרֵאת אֲנָחָה.
« Quand les justes se multiplient le peuple se réjouit, et quand le méchant domine le peuple gémit. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la <b>noukva</b> (versant féminin) de la <b>kelipa</b> (écorce) est appelée <b>anaha</b>, gémissement, comme il est écrit dans le siddour de notre maître Rav Chalom Charabi, de mémoire bénie, dans l'intention de « et écarte de nous la peine et le gémissement ». La force d'Israël pour l'emporter sur la kelipa passe par le <b>birour</b> (tri, extraction) des deux cent quatre-vingt-neuf étincelles, selon le sod de « il ne se couche pas avant d'avoir dévoré sa proie (<b>teref</b>, 289) » (Bamidbar 23,24). Si tu ajoutes 289 aux lettres alef et noun de anaha, qui valent 51, tu obtiens 340, soit les lettres chin et mem ; combine-les avec les lettres qui restent dans anaha, et tu obtiens la combinaison <b>simha</b>, joie, 353. On comprend par là « dès l'entrée du mois d'Adar on augmente en joie » (Taanit 29a) : les lettres de anaha se renversent en lettres de simha par le birour. C'est le sens de « quand les justes se multiplient », c'est Mordekhai, qui se sont multipliés par le birour qu'ils ont accompli et où ils ont réussi ; alors « le peuple se réjouit », car par eux les lettres de anaha se sont renversées en lettres de simha. « Et quand le méchant domine le peuple gémit », car la force de Haman vient de la kelipa appelée anaha.
💡 Explication

La force de cette petiha tient à ce que les deux moitiés du verset trouvent chacune un verset d'Esther qui les réalise, et que ces deux versets emploient la même formule, « et la ville de Chouchan », avec deux issues opposées.

Le retournement de Pourim se lit donc dans le vocabulaire du livre lui-même : la même ville, décrite deux fois, passe du trouble à la liesse selon celui qui gouverne.

9
רַב מַתְנָה אָמַר מֵהָכָא: ״כִּי מִי גוֹי גָּדוֹל אֲשֶׁר לוֹ אֱ-לֹהִים קְרֹובִים אֵלָיו״. רַב אָשֵׁי אָמַר מֵהָכָא: ״אוֹ הֲנִסָּה אֱ-לֹהִים וְגוֹ׳״.

Rav Matna dit depuis ici : « Car quelle est la grande nation qui a un D.ieu proche d'elle ? » Rav Achi dit depuis ici : « Ou bien un D.ieu a-t-il tente de venir prendre pour lui une nation du sein d'une nation, etc. »

📜 Rachi (1)
רַב מַתָּנָה [אָמַר] מֵהָכָא פָּתַח פִּתְחָא:
« Rav Matna dit depuis ici » : il a ouvert par ce verset.
💡 Explication

Deux dernières petihot, tirées cette fois du Deutéronome. Le verset de Rav Matna porte sur la proximité de Hachem à l'égard d'Israël, vérifiée par les miracles du temps de Mordekhai et d'Esther.

Le verset de Rav Achi parle à l'origine de la sortie d'Égypte. Son application à Pourim demande une justification, que le Ben Ich Haï proposera plus bas : la détresse de Haman aussi fut une extraction d'Israël du milieu d'un empire.

10
״וַיְהִי בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ״, אָמַר רַב: וַיי וְהֵי, הָדָא דִּכְתִיב: ״וְהִתְמַכַּרְתֶּם שָׁם לְאֹויְבֶיךָ לַעֲבָדִים וְלִשְׁפָחוֹת וְגוֹ׳״.

« Et il advint aux jours d'Ahachveroch. » Rav a dit : <b>vay</b> et <b>hi</b>, malheur et lamentation. C'est ce qui est écrit : « et vous vous vendrez là-bas à vos ennemis comme esclaves et comme servantes, etc. »

📜 Rachi (1)
[הָדָא דִּכְתִיב כו'] מַה שֶׁכָּתַב בַּתּוֹרָה וְאֵין קוֹנֶה גְּזַר הַמָּן שֶׁלֹּא יְהֵא אָדָם רַשַּׁאי לִקְנוֹת מֵהֶן לְעֶבֶד:
« C'est ce qui est écrit, etc. » : ce qui est écrit dans la Torah, « et il n'y aura pas d'acheteur » — Haman décréta que nul ne soit autorisé à en acheter comme esclave.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר א, א) 'וַיְהִי בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ' אָמַר רַב: [וַיְהִי] וִי וְהֵי. הִקְשָׁה טוּרֵי אֶבֶן לָמָּה הִפְסִיק מִסֵּדֶר הַגְּמָרָא בְּהַאי דְּרָשָׁה דְּרַב בֵּין הַפְּתִיחוֹת? יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּבָא מְסַדֵּר הַשַּׁ"ס לְהוֹדִיעַ טַעְמוֹ שֶׁל רַב אַשִּׁי בַּפְּתִיחָה שֶׁעָשָׂה בַּפָּסוּק (דְּבָרִים ד, לד) 'לָקַחַת לוֹ גוֹי מִקֶּרֶב גּוֹי', מַה שַׁייָּכוּת יֵשׁ לְפָסוּק זֶה כָּאן וַהֲלֹא מְדַבֵּר זֶה בִּיצִיאַת מִצְרַיִם? לְכָךְ הֵבִיא דְּרָשָׁה דְּרַב שֶׁדָּרַשׁ וִי וְהֵי, שֶׁהָיָה לָהֶם שְׁתֵּי צָרוֹת אַחַת לְגוּפִים שֶׁנִּמְכַּר לְהָמָן, וְאַחַת לִנְפָשׁוֹת שֶׁגָּזַר עֲלֵיהֶם כְּלָיָה בי"ג אֲדָר, וְעַל שְׁתֵּי צָרוֹת אָמְרוּ וִי עַל חֲדָא וְהֵי עַל חֲדָא. וְיָדוּעַ כְּלָלוּת יִשְׂרָאֵל הֵם שְׁלֹשָׁה מִינִים שֶׁהֵם אֲנָשִׁים וְנָשִׁים וְטַף וְכַנִּזְכָּר בַּפָּסוּק הַקְהֵל הָאֲנָשִׁים וְהַנָּשִׁים וְהַטַּף בְּפָרָשַׁת וַיֵּלֶךְ (דְּבָרִים לֹא, יב) , וְלָכֵן נִקְרָאִים עַם תְּלִיתַאי וּבְמִצְרַיִם הָיְתָה צָרָה לְגוּפִים דַּוְקָא אִם כֵּן אָמְרוּ שְׁלֹשָׁה פְּעָמִים וִי כְּנֶגֶד מַה שֶׁמַּגִּיעַ מִן הַצָּרָה לִשְׁלֹשָׁה מִינִים הַנִּזְכָּר, וְלָזֶה אָמַר 'לָבוֹא לָקַחַת לוֹ גּוֹי' אֵלּוּ יִשְׂרָאֵל 'מִקֶּרֶב גּוֹי' רוֹצֶה לוֹמַר ג' וִי וְלָכֵן הֵבִיא רַב אַשִּׁי פָּסוּק זֶה פְּתִיחָה בְּצָרַת הַמָּן כִּי גַּם בְּצָרָה זוֹ הָיָה שְׁלֹשָׁה וִי אַךְ הָיוּ שְׁלֹשָׁה כְּפוּלִים שֶׁהֵם שְׁלֹשָׁה בְּצָרַת הַגּוּפִים וּשְׁלֹשָׁה בְּצָרַת הַנְּפָשׁוֹת וְעִם כָּל זֶה גָּבַר יִשְׂרָאֵל.
« Et il advint aux jours d'Ahachveroch », Rav a dit : vay et hi. Le Tourei Even demande : pourquoi le rédacteur de la Guemara a-t-il interrompu l'ordre du texte en plaçant cette deracha de Rav au milieu des petihot ? Voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le rédacteur du Talmud vient faire connaître la raison de Rav Achi dans la petiha qu'il a faite sur le verset « prendre pour lui une nation du sein d'une nation » (Devarim 4,34) : quel rapport ce verset a-t-il ici, puisqu'il parle de la sortie d'Égypte ? Il a donc apporté la deracha de Rav, qui expose vay et hi : ils eurent deux détresses, l'une pour les corps, vendus à Haman, et l'autre pour les âmes, puisqu'il décréta contre eux l'extermination le treize Adar ; sur ces deux détresses ils dirent vay sur l'une et hi sur l'autre. On sait que l'ensemble d'Israël se compose de trois catégories, les hommes, les femmes et les enfants, comme il est mentionné dans le verset « rassemble le peuple, les hommes, les femmes et les enfants » dans la paracha Vayélèkh (Devarim 31,12) ; c'est pourquoi on les appelle « peuple triple ». En Égypte la détresse portait sur les corps seulement ; ils dirent donc trois fois vay, correspondant à ce qui atteignait de cette détresse les trois catégories mentionnées. C'est ce que dit « venir prendre pour lui une nation », ce sont Israël, « du sein d'une nation (<b>mi-kerev goy</b>) », c'est-à-dire trois vay, le mot goy s'entendant guimel-vay. Rav Achi a donc apporté ce verset comme petiha pour la détresse de Haman, car dans cette détresse aussi il y avait trois vay, mais ils étaient doubles, trois pour la détresse des corps et trois pour celle des âmes ; et malgré tout Israël l'a emporté.
💡 Explication

La Guemara quitte les petihot et commence le commentaire suivi du premier verset d'Esther. Le mot vayehi est décomposé en deux interjections de deuil, vay et hi.

Le verset de Devarim cité en preuve s'achève par « et il n'y aura pas d'acheteur ». Rachi explique le rapport : Haman a décrété que nul ne puisse acquérir un Juif comme esclave, de sorte que la vente elle-même n'ouvre aucune issue. La détresse est double, ce que dit précisément un mot formé de deux cris.

🖼️ Schéma
vayehi entendu comme deux cris vayehi vay : malheur la détresse des corps, vendus à Haman hi : lamentation la détresse des âmes, le décret du treize Adar Preuve : Devarim 28,68, vous vous vendrez, et il n'y aura pas d'acheteur.
Le mot unique du verset se dédouble, et chaque moitié reçoit une détresse distincte.
11
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: ״לֹא מְאַסְתִּים וְלֹא גְעַלְתִּים לְכַלֹּותָם״. ״לֹא מְאַסְתִּים״ — בִּימֵי יְוָונִים. ״וְלֹא גְּעַלְתִּים״ — בִּימֵי נְבוּכַדְנֶצַּר. ״לְכַלּוֹתָם״ — בִּימֵי הַמָּן. ״לְהָפֵר בְּרִיתִי אַתֶּם״ — בִּימֵי פַּרְסִיִּים. ״כִּי אֲנִי ה׳ אֱ-לֹהֵיהֶם״ — בִּימֵי גּוֹג וּמָגוֹג.

Et Chemouel dit : « Je ne les ai pas rejetés et je ne les ai pas pris en dégoût pour les anéantir. » « Je ne les ai pas rejetés » : aux jours des Grecs. « Et je ne les ai pas pris en dégoût » : aux jours de Nevoukhadnetsar.

« Pour les anéantir » : aux jours de Haman. « Pour rompre mon alliance avec eux » : aux jours des Perses.

« Car je suis Hachem leur D.ieu » : aux jours de Gog et Magog.

📜 Rachi (1)
וּשְׁמוּאֵל אָמַר מֵהָכָא פִּתְחָא לֹא מְאַסְתִּים וְגוֹ':
« Et Chemouel dit depuis ici » : sa petiha est le verset « je ne les ai pas rejetés », etc.
💡 Explication

Le verset de Vayikra 26,44 promet qu'aucun exil n'entraînera de rupture définitive. Chemouel répartit ses cinq membres sur cinq périodes de domination, la troisième, « pour les anéantir », revenant à Haman, dont le décret visait l'extermination totale.

La répartition suit la gravité croissante des termes : rejet, dégoût, anéantissement, rupture d'alliance, et enfin l'affirmation finale qui répond à tout.

12
בְּמַתְנִיתָא תַּנָּא: ״לֹא מְאַסְתִּים״ — בִּימֵי כַּשְׂדִּים, שֶׁהֶעֱמַדְתִּי לָהֶם דָּנִיֵּאל חֲנַנְיָה מִישָׁאֵל וַעֲזַרְיָה. ״וְלֹא גְּעַלְתִּים״ — בִּימֵי יְווָנִים, שֶׁהֶעֱמַדְתִּי לָהֶם שִׁמְעוֹן הַצַּדִּיק, וְחַשְׁמוֹנַאי וּבָנָיו, וּמַתִּתְיָה כֹּהֵן גָּדוֹל. ״לְכַלּוֹתָם״ — בִּימֵי הָמָן, שֶׁהֶעֱמַדְתִּי לָהֶם מָרְדֳּכַי וְאֶסְתֵּר. ״לְהָפֵר בְּרִיתִי אַתֶּם״ — בִּימֵי רוֹמִיִּים, שֶׁהֶעֱמַדְתִּי לָהֶם שֶׁל בֵּית רַבִּי וְחַכְמֵי דוֹרוֹת. ״כִּי אֲנִי ה׳ אֱ-לֹהֵיהֶם״ — לֶעָתִיד לָבוֹא, שֶׁאֵין כָּל אֻומָּה וְלָשׁוֹן יְכוֹלָה לִשְׁלֹוט בָּהֶם.

Dans une baraita on a enseigné : « Je ne les ai pas rejetés » : aux jours des Kasdim, où je leur ai suscité Daniel, Hanania, Michaël et Azaria. « Et je ne les ai pas pris en dégoût » : aux jours des Grecs, où je leur ai suscité Chimon le Juste, le Hachmonaï et ses fils, et Matitiahou le grand prêtre.

« Pour les anéantir » : aux jours de Haman, où je leur ai suscité Mordekhai et Esther. « Pour rompre mon alliance avec eux » : aux jours des Romains, où je leur ai suscité ceux de la maison de Rabbi et les sages des générations.

« Car je suis Hachem leur D.ieu » : pour l'avenir, où aucune nation ni aucune langue ne pourra les dominer.

💡 Explication

La baraita reprend le même découpage et déplace l'accent. Là où Chemouel nomme la domination subie, elle nomme l'homme suscité pour y tenir : à chaque époque correspond un sauveur ou un cercle de maîtres.

Les périodes elles-mêmes diffèrent de celles de Chemouel : les Kasdim prennent la place des Grecs au premier membre, les Grecs passent au second, et les Romains occupent la place attribuée plus haut aux Perses. Le dernier membre, chez les deux, porte sur l'avenir.

13
רַבִּי לֵוִי אָמַר מֵהָכָא: ״וְאִם לֹא תוֹרִישׁוּ אֶת יֹושְׁבֵי הָאָרֶץ״.

Rabbi Levi dit depuis ici : « Et si vous ne dépossédez pas les habitants du pays. »

📜 Rachi (1)
וְאִם לֹא תּוֹרִישׁוּ וְגוֹ' אַף אֵלּוּ נֶעֶנְשׁוּ עַל שֶׁחָמַל שָׁאוּל עַל עֲמָלֵק:
« Et si vous ne dépossédez pas, etc. » : ceux-là aussi furent punis parce que Chaoul avait épargné Amalek.
💡 Explication

Le verset de Bamidbar 33,55 continue ainsi : ceux que vous laisserez subsister seront des épines dans vos yeux. Rabbi Levi y voit l'annonce de Haman.

Le lien historique est donné par Rachi : Chaoul a épargné Agag, roi d'Amalek, et c'est de cette lignée que descend Haman, appelé dans la meguila l'Agaguite. Le péril de Pourim prolonge donc une désobéissance ancienne.

14
רַבִּי חִייָּא אָמַר מֵהָכָא: ״וְהָיָה כַּאֲשֶׁר דִּמִּיתִי לַעֲשׂוֹת לָהֶם אֶעֱשֶׂה לָכֶם״.

Rabbi Hiya dit depuis ici : « Et il adviendra que ce que je pensais leur faire, je vous le ferai. »

📜 Rachi (1)
אֶעֱשֶׂה לָכֶם אַף אֵלּוּ כִּמְעַט כֻּלּוֹ:
« Je vous le ferai » : ceux-là aussi furent presque anéantis.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבִּי חִייָּא אָמַר מֵהָכָא: (בַּמִּדְבָּר לג, נו) 'וְהָיָה כַּאֲשֶׁר דִּמִּיתִי לַעֲשׂוֹת לָהֶם אֶעֱשֶׂה לָכֶם'. נִרְאֶה לִי דְּרַבִּי חַייָּא בָּא לְפָרֵשׁ פְּתִיחָה דְּרַבִּי לֵוִי אֲתָא לוֹמַר מָרְדְּכַי חָכָם גָּדוֹל הָיָה שֶׁנִּשְׁמַר לְבִלְתִּי יַשְׁפִּיל עַצְמוֹ לְהָמָן כְּדֵי שֶׁלֹּא יִתְגַּבֵּר עָלָיו, וְכַאֲשֶׁר אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק 'וְאַתְּ לִמַּדְתְּ אֹתָם עָלַיִךְ אַלֻּפִים לְרֹאשׁ' וְהַיְינוּ עַל יְדֵי הַכְנָעָה שֶׁנִּכְנַע יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה לְעֵשָׂו בְּפָרָשַׁת וַיִּשְׁלַח.
Rabbi Hiya dit depuis ici : « et il adviendra que ce que je pensais leur faire, je vous le ferai. » Il me semble que Rabbi Hiya vient expliquer la petiha de Rabbi Levi : il veut dire que Mordekhai était un grand sage, qui s'est gardé de s'abaisser devant Haman afin que celui-ci ne prenne pas le dessus sur lui, selon ce qu'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie, sur le verset « et toi, tu leur as appris à s'établir sur toi comme des chefs », c'est-à-dire par la soumission dont Yaakov notre père, la paix sur lui, a fait preuve devant Esav dans la paracha Vayichlah.
💡 Explication

Rabbi Hiya prend le verset suivant, qui tire la conséquence du précédent : la mesure prévue pour les nations retombe sur Israël lorsqu'il ne l'applique pas.

Rachi précise la portée : eux aussi furent presque anéantis. Le décret de Haman accomplit à la lettre l'avertissement de la Torah.

15
״אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ״, אָמַר רַב: אָחִיו שֶׁל רֹאשׁ, וּבֶן גִּילוֹ שֶׁל רֹאשׁ. אָחִיו שֶׁל רֹאשׁ, אָחִיו שֶׁל נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע שֶׁנִּקְרָא ״רֹאשׁ״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אַנְתְּ הוּא רֵישָׁא דִּי דַהֲבָא״. בֶּן גִּילוֹ שֶׁל רֹאשׁ, הוּא הָרַג — הוּא בִּיקֵּשׁ לַהֲרֹוג, הוּא הֶחֱרִיב — הוּא בִּיקֵּשׁ לְהַחֲרִיב, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וּבְמַלְכוּת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ בִּתְחִלַּת מַלְכוּתוֹ כָּתְבוּ שִׂטְנָה עַל יֹושְׁבֵי יְהוּדָה וִירוּשָׁלִָם״.

« Ahachveroch. » Rav a dit : le frère de la tête et le pareil de la tête. Le frère de la tête : le frère de Nevoukhadnetsar le méchant, qui est appelé « tête », comme il est dit : « c'est toi la tête d'or ».

Le pareil de la tête : celui-là a tué, celui-ci a cherché à tuer ; celui-là a détruit, celui-ci a cherché à détruire, comme il est dit : « et sous le règne d'Ahachveroch, au commencement de son règne, ils écrivirent une accusation contre les habitants de Yehouda et de Yerouchalayim ».

📜 Rachi (4)
אָחִיו שֶׁל רֹאשׁ כְּלוֹמַר דּוֹמֶה לוֹ:
« Le frère de la tête » : c'est-à-dire semblable à lui.
בֶּן גִּילוֹ בֶּן מַזָּלוֹ שְׁנֵיהֶן דַּעַת אַחַת הָיָה לָהֶן:
<b>Ben guilo</b> : né sous le même astre ; tous deux avaient une seule et même intention.
בִּקֵּשׁ לְהַחֲרִיב יְסוֹד שֶׁיָּסַד זְרֻובָּבֶל בְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ בִּימֵי כּוֹרֶשׁ לִפְנֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ כְּמוֹ שֶׁאָמוּר בְּסֵפֶר עֶזְרָא (סִימָן ד'):
« Il a cherché à détruire » : les fondations que Zeroubavel avait posées pour le Temple aux jours de Koresh, avant Ahachveroch, comme il est dit dans le livre d'Ezra (chapitre 4).
שִׂטְנָה שֶׁנִּמְנָה לְשָׂטָן לָהֶם שֶׁלֹּא יִבְנוּהוּ:
<b>Sitna</b> : une accusation — il s'est fait l'adversaire qui les empêche de bâtir.
💡 Explication

Le nom est lu comme une contraction : ahiv chel roch, frère de la tête, et ben guilo chel roch, né sous le même astre que la tête. La « tête » est Nevoukhadnetsar, ainsi désigné par Daniel devant la statue du songe.

Le parallèle est ensuite vérifié sur deux actes. Nevoukhadnetsar a tué et détruit le Temple ; Ahachveroch a voulu tuer, par le décret de Haman, et voulu détruire, en faisant arrêter le chantier des fondations posées par Zeroubavel, ce que rapporte le quatrième chapitre d'Ezra.

16
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: שֶׁהֻושְׁחֲרוּ פְּנֵיהֶם שֶׁל יִשְׂרָאֵל בְּיָמָיו כְּשׁוּלֵי קְדֵרָה. וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: כֹּל שֶׁזּוֹכְרוֹ אָמַר ״אָח לְרֹאשׁוֹ״. וְרַבִּי חֲנִינָא אָמַר: שֶׁהַכֹּל נַעֲשׂוּ רָשִׁין בְּיָמָיו, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיָּשֶׂם הַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ מַס״.

Et Chemouel dit : parce que les visages d'Israël noircirent en ses jours comme le fond d'une marmite. Et Rabbi Yo'hanan dit : quiconque le mentionnait disait « hélas pour sa tête ».

Et Rabbi Hanina dit : parce que tous devinrent pauvres en ses jours, comme il est dit : « et le roi Ahachveroch imposa un tribut ».

📜 Rachi (1)
אָח אוֹי:
<b>Ah</b> : hélas.
🪔 Ben Yehoyada (2)
שֶׁהֻשְׁחֲרוּ פְּנֵיהֶם שֶׁל יִשְׂרָאֵל בְּיָמָיו כְּשׁוּלֵי קְדֵרָה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה דִּימָּה הַשַּׁחֲרוּת שֶׁלָּהֶם לְשׁוּלֵי קְדֵרָה וְדַי לוֹמַר שֶׁהֻשְׁחֲרוּ פְּנֵיהֶם בִּסְתָם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁבָּא לִיתֵּן טַעַם שֶׁנִּיצּוּלוֹ מֵאוֹתָהּ הַשְּׁחֹרָה וְלַיְּהוּדִים הָיְתָה אוֹרָה, דְּאִיתָא בַּגְּמָרָא (עֵירוּבִין סה.) יָכוְלֵנִי לִפְטוֹר אֶת כָּל הָעוֹלָם מִן הַדִּין דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָה נא, כא) 'וְשֶׁכָּרַת וְלֹא מִיַּיִן' כְּלוֹמַר דְּנֶחְשָׁבִים אֲנוּסִים כְּשֶׁכּוֹרִין שֶׁעוֹשִׂין בְּלֹא דַּעְתָּם, דְּבָזֶה הָיְתָה הַצָּלָתָם בְּאוֹתוֹ זְמַן, וּכְמוֹ שֶׁאָמַר רַשְׁבִּ"י לְתַלְמִידָיו הֵם עָשׂוּ לְפָנִים וְכוּ', וְלָכֵן נִמְצָא שֶׁדָּן אֶת אוּמַת יִשְׂרָאֵל כִּשְׂכוּרָה שֶׁאֵינָהּ עוֹשֶׂה מִדַּעַת, וְלָכֵן תִּמְצָא מִסְפַּר שְׂכוּרָה [531] הוּא מִסְפַּר פְּתָאִים [531] דְּנִידּוֹנוּ כִּפְתָאִים שֶׁלֹּא עָשׂוּ בְּדַעַת וּבַהַשְׂכֵּל. וְהִנֵּה תַּחַת אוֹתִיּוֹת קְדֵירָה יֵשׁ אוֹתִיּוֹת שְׂכוּרָה, לָזֶה אָמַר שַׁחֲרוּתָם הָיְתָה כְּשׁוּלֵי קְדֵרָה, כְּלוֹמַר לֹא הָיְתָה שַׁחֲרוּת הֶעָוֹן בָּהֶם בְּמַדְרֵגָה גְּדוֹלָה, אֶלָּא בְּמַדְרֵגַת עָוֹן שֶׁל שְׂכוּרָה הָרְמוּזָה בְּסוֹף אוֹתִיּוֹת קְדֵירָה.
« Parce que les visages d'Israël noircirent en ses jours comme le fond d'une marmite. » Il y a lieu de demander : pourquoi a-t-il comparé leur noirceur au fond d'une marmite, alors qu'il aurait suffi de dire que leurs visages noircirent ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il vient donner la raison pour laquelle ils furent sauvés de cette noirceur et que « pour les Juifs il y eut lumière ». Car il est dit dans la Guemara (Erouvin 65a) : je pourrais exempter le monde entier du jugement, puisqu'il est écrit « ivre, mais non de vin » (Yechaya 51,21), c'est-à-dire qu'ils sont tenus pour contraints, comme des gens ivres qui agissent sans conscience ; c'est en cela que consista leur salut en ce temps-là, comme l'a dit Rabbi Chimon bar Yohai à ses disciples : eux n'ont agi qu'en apparence, etc. On trouve donc qu'il a jugé la nation d'Israël comme une personne ivre qui n'agit pas en conscience ; aussi trouveras-tu que le nombre de <b>chekhora</b>, ivre, 531, est le nombre de <b>petaim</b>, naïfs, 531, car ils furent jugés comme des naïfs qui n'ont pas agi avec conscience ni discernement. Or, sous les lettres de <b>kedera</b>, marmite, se trouvent les lettres de chekhora. C'est pourquoi il a dit que leur noirceur était comme le fond de la marmite : la noirceur de la faute chez eux restait au degré de la faute d'une personne ivre, allusion contenue dans le fond des lettres de kedera.
כֹּל שֶׁזּוֹכְרוֹ אָמַר 'אָח' לְרֹאשׁוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה מְצָרֵף אוֹתִיּוֹת אָח דַּאֲחַשְׁוֵרֹשׁ לְאוֹת ר' דַּאֲחַשְׁוֵרֹשׁ, נַעֲשָׂה בָּזֶה צֵירוּף 'אַחֵר' וְנִשְׁאַר 'שׂוֹשׂ' וְהַייְנוּ אַחֵר כְּמוֹ (בְּרֵאשִׁית כב, יג) 'אַחַר נֶאֱחַז בַּסְּבַךְ בְּקַרְנָיו' וְרוֹצֶה לוֹמַר בְּאַחֲרִיתוֹ נַעֲשָׂה שׂוֹשׂ לְיִשְׂרָאֵל, וְהַיְינוּ אַחַר שׂוֹשׂ שֶׁנִּתְקַייֵּם לַיְּהוּדִים הָיְתָה אוֹרָה וְשִׂמְחָה וְשָׂשֹׂן. אוֹ יוּבָן 'אָח' רָאשֵׁי תֵּיבוֹת א ף ח יָמָּה הָרְמוּזִים בַּפָּסוּק (תְּהִלִּים עח, לח) וְהוּא רַחוּם יְכַפֵּר עָוֹ‍ן וְכוּ' נַעֲשׂוּ בְּרֹאשׁוֹ, שֶׁמִּשָּׁם יָצְאָה הַסְכָּמָתוֹ בִּדְבַר הַמַּעַל הַזֶּה לְכַלּוֹת בְּאוֹמְרוֹ (אֶסְתֵּר ג, יא) 'וְהָעָם לַעֲשׂוֹת בּוֹ כַּטּוֹב בְּעֵינֶיךָ'.
« Quiconque le mentionnait disait ah pour sa tête. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est la suivante : en joignant les lettres alef et het de Ahachveroch à la lettre rech de Ahachveroch, on obtient la combinaison <b>aher</b>, autre, et il reste <b>chos</b>, réjouis-toi. Aher, comme dans « un autre bélier pris par ses cornes dans le fourré » (Bereshit 22,13) : cela veut dire qu'à la fin de son règne il y eut réjouissance pour Israël, aher chos, puisque s'accomplit « pour les Juifs il y eut lumière, joie et allégresse ». On peut aussi comprendre <b>ah</b> comme les initiales de <b>af</b>, colère, et <b>hema</b>, fureur, évoquées dans le verset « et Lui, miséricordieux, pardonne la faute, etc. » (Tehilim 78,38) : elles se sont posées sur sa tête, car c'est de là qu'est sortie son accord pour cette trahison d'exterminer, lorsqu'il a dit « et ce peuple, fais-en ce qui te semblera bon » (Esther 3,11).
💡 Explication

Trois autres lectures du même nom, chacune fondée sur une racine différente entendue dans ses consonnes : chahor, noir, pour Chemouel ; ah, le cri de deuil, joint à roch, la tête, pour Rabbi Yo'hanan ; rach, pauvre, pour Rabbi Hanina.

La dernière lecture s'appuie sur le dernier chapitre du livre, où le roi impose un tribut au pays : le nom du souverain porte le bilan de son règne.

17
״הוּא אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ״ — הוּא בְּרִשְׁעוֹ מִתְּחִילָּתוֹ וְעַד סוֹפוֹ. ״הוּא עֵשָׂו״ — הוּא בְּרִשְׁעוֹ מִתְּחִילָּתוֹ וְעַד סוֹפוֹ. ״הוּא דָּתָן וַאֲבִירָם״ — הֵן בְּרִשְׁעָן מִתְּחִילָּתָן וְעַד סוֹפָן. ״הוּא הַמֶּלֶךְ אָחָז״ — הוּא בְּרִשְׁעוֹ מִתְּחִילָּתוֹ וְעַד סוֹפוֹ.

« C'est lui (<b>hou</b>) Ahachveroch » : lui, dans sa méchanceté, du début à la fin. « C'est lui Esav » : lui, dans sa méchanceté, du début à la fin.

« Ce sont eux Datan et Aviram » : eux, dans leur méchanceté, du début à la fin. « C'est lui le roi Ahaz » : lui, dans sa méchanceté, du début à la fin.

💡 Explication

Le pronom hou, redondant du point de vue de la syntaxe, est traité comme un signe. Partout où l'Écriture l'emploie de cette manière, elle indique que l'homme est resté identique à lui-même d'un bout à l'autre de sa vie.

Quatre exemples de constance dans la méchanceté sont donnés, pris dans la Torah, les Prophètes et les Écrits. Le segment suivant produira les exemples inverses.

18
״אַבְרָם הוּא אַבְרָהָם״ — הוּא בְּצִדְקוֹ מִתְּחִילָּתוֹ וְעַד סוֹפוֹ. ״הוּא אַהֲרֹן וּמֹשֶׁה״ — הֵן בְּצִדְקָן מִתְּחִילָּתָן וְעַד סוֹפָן. ״וְדָוִד הוּא הַקָּטָן״ — הוּא בְּקַטְנוּתוֹ מִתְּחִילָּתוֹ עַד סוֹפוֹ, כְּשֵׁם שֶׁבְּקַטְנוּתוֹ הִקְטִין עַצְמוֹ אֵצֶל מִי שֶׁגָּדוֹל מִמֶּנּוּ בַּתּוֹרָה, כָּךְ בְּמַלְכוּתוֹ הִקְטִין עַצְמוֹ אֵצֶל מִי שֶׁגָּדוֹל מִמֶּנּוּ בְּחָכְמָה.

« Avram, c'est lui Avraham » : lui, dans sa justice, du début à la fin. « Ce sont eux Aharon et Moche » : eux, dans leur justice, du début à la fin.

« Et David, c'est lui le petit » : lui, dans sa petitesse, du début à la fin ; de même que dans sa jeunesse il se faisait petit devant celui qui était plus grand que lui en Torah, ainsi, dans sa royauté, il se faisait petit devant celui qui était plus grand que lui en sagesse.

📜 Rachi (1)
אַבְרָם הוּא אַבְרָהָם פָּסוּק הוּא בְּדִבְרֵי הַיָּמִים:
« Avram, c'est lui Avraham » : c'est un verset dans Divrei ha-Yamim.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(שְׁמוּאֵל א' יז, יד) 'וְדָוִד הוּא הַקָּטָן' הוּא בְּקַטְנוּתוֹ מִתְּחִלָּתוֹ עַד סוֹפוֹ.. פֵּירוּשׁ אַף עַל גַּב דְּמַעֲשִׂים טוֹבִים צְרִיכִין כֹּחַ גַּבְרָא, וּכְפִי הַטֶּבַע הַזָּקֵן יִהְיֶה חָלוּשׁ, עִם כָּל זֶה הוּא שָׁוֶה בִּצְדָקוֹת מִתְּחִלָּתוֹ הַבַּחֲרוּת וְעַד סוֹפוֹ הַזְּקֵנָה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְכָךְ דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה רֹאשׁ שְׁמוֹ דָּלֶ"ת וְסוֹפוֹ דָּלֶ"ת וּבְאֶמְצַע ו', שֶׁרוֹמֵז לַתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא וָא"ו סְדָרִים, לִרְמֹוז בִּתְחִלָּתוֹ רָאָה עַצְמוֹ דַּל בַּתּוֹרָה וְהָיָה מַקְטִין עַצְמוֹ לִלְמֹוד תּוֹרָה אֵצֶל מִי שֶׁגָּדוֹל מִמֶּנּוּ וְכֵן סוֹפוֹ הָיָה רוֹאֶה עַצְמוֹ דַּל בַּתּוֹרָה וְהָיָה מַקְטִין עַצְמוֹ לִלְמֹוד אֵצֶל מִי שֶׁגָּדוֹל מִמֶּנּוּ.
« Et David, c'est lui le petit » : lui, dans sa petitesse, du début à la fin. Explication : bien que les bonnes actions demandent la force de l'homme, et que selon la nature le vieillard soit affaibli, il reste malgré tout égal à lui-même dans sa justice, depuis son début, la jeunesse, jusqu'à sa fin, la vieillesse. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour cela que le nom de David le roi, la paix sur lui, commence par un <b>dalet</b> et finit par un dalet, avec un <b>vav</b> au milieu, qui renvoie à la Torah orale, laquelle compte six ordres : allusion à ce qu'à son début il se voyait <b>dal</b>, pauvre, en Torah, et se faisait petit pour étudier auprès de plus grand que lui, et qu'à sa fin, de même, il se voyait pauvre en Torah et se faisait petit pour étudier auprès de plus grand que lui.
💡 Explication

Le même signe fonctionne en sens inverse. Avraham, Aharon et Moche n'ont pas varié dans leur justice ; le troisième exemple porte sur une vertu particulière.

Le mot katan, petit, décrit d'abord le rang de David parmi ses frères. La Guemara l'entend comme une disposition permanente : ce qui était sa condition de cadet devient, une fois roi, une conduite choisie devant plus savant que lui.

19
״הַמּוֹלֵךְ״, אָמַר רַב: שֶׁמָּלַךְ מֵעַצְמוֹ. אָמְרִי לַהּ לְשֶׁבַח וְאָמְרִי לַהּ לִגְנַאי. אָמְרִי לָהּ לְשֶׁבַח — דְּלָא הֲוָה אִינִישׁ דַּחֲשִׁיב לְמַלְכָּא כְּוָותֵיהּ, וְאָמְרִי לָהּ לִגְנַאי — דְּלָא הֲוָה חֲזֵי לְמַלְכוּתָא, וּמָמוֹנָא יַתִּירָא הוּא דִּיהַב וְקָם.

« Qui régnait. » Rav a dit : il régna de lui-même. Certains le disent à son éloge, et certains le disent à son blâme.

Certains le disent à son éloge : car il n'y avait pas d'homme aussi digne que lui de la royauté. Et certains le disent à son blâme : car il n'était pas apte à la royauté, et c'est en distribuant un argent considérable qu'il s'y est établi.

📜 Rachi (1)
שֶׁמָּלַךְ מֵעַצְמוֹ שֶׁלֹּא הָיָה מִזֶּרַע הַמְּלוּכָה:
« Il régna de lui-même » : il n'était pas de la lignée royale.
💡 Explication

Le participe ha-molèkh, celui qui régnait, est lu comme une précision sur l'origine du pouvoir : le trône ne lui vient pas par héritage.

Le même fait reçoit deux appréciations opposées. Un homme qui accède seul au trône peut l'avoir mérité par ses qualités ou l'avoir acheté. La Guemara laisse les deux lectures ouvertes, comme souvent dans les derachot sur le caractère d'Ahachveroch.

20
״מֵהֹודּוּ וְעַד כּוּשׁ״, רַב וּשְׁמוּאֵל חַד אָמַר: הֹודּוּ בְּסוֹף הָעוֹלָם וְכוּשׁ בְּסוֹף הָעוֹלָם, וְחַד אָמַר: הֹודּוּ וְכוּשׁ גַּבֵּי הֲדָדֵי הֲווֹ קָיְימִי; כְּשֵׁם שֶׁמָּלַךְ עַל הֹודּוּ וְכוּשׁ, כָּךְ מָלַךְ מִסּוֹף הָעוֹלָם וְעַד סוֹפוֹ.

« De Hodou jusqu'à Koush. » Rav et Chemouel : l'un dit que Hodou est à un bout du monde et Koush à l'autre bout du monde ; et l'autre dit que Hodou et Koush se trouvaient l'une à côté de l'autre, et de même qu'il régnait sur Hodou et sur Koush, ainsi régnait-il d'un bout du monde à l'autre.

🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר א, א) 'מֵהֹדּוּ וְעַד כּוּשׁ' חַד אָמַר הֹודּוּ בְּסוֹף הָעוֹלָם וְכוּשׁ בְּסוֹף הָעוֹלָם. הִנֵּה לְמָאֵן דְּאָמַר זֶה יֵשׁ לוֹמַר דְּהָיְתָה מְדִינָה אַחַת שָׁמָּה הוֹדוּ וְאֵין זוֹ הנדו'יא שֶׁקּוֹרִין עַתָּה עַל חֵלֶק הנדסת'אן, אַךְ לְמָאֵן דְּאָמַר הוֹדוּ וְכוּשׁ סְמִיכִי אַהֲדָדֵי וַדַּאי הוֹדוּ זֶה חֵלֶק הנדי'יא שֶׁהוּא עַתָּה סָמוּךְ לְחֵלֶק כּוּשׁ הַנִּקְרָא חב"ש. וְדַע כִּי עוֹלָם דְּנָקֵיט כָּאן לָאו עַל כָּל אלקמי"ם הוּא, אֶלָּא אַייְרֵי באלקי"ם שֶׁהָיָה מוֹשֵׁל בּוֹ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ שֶׁהוּא חֵלֶק אַסִי'יָא, וְזֶה עוֹלָם בִּפְנֵי עַצְמוֹ כִּי הוּא חֵלֶק גָּדוֹל וּמִקֹּודֶם הָיָה מָלֵא מְדִינוֹת גְּדוֹלוֹת וַעֲלֵיהֶם נָקֵיט הַמִּסְפָּר בִּמְגִילָּה, אַךְ מִלְּבַד הַמְּדִינוֹת הָיָה גַּם כֵּן עֲייָרוֹת הַרְבֵּה מְאוֹד וְגַם כְּפָרִים יוֹתֵר וְיוֹתֵר, וּבִזְמַנּוֹ הָיוּ רֹוב בְּנֵי אָדָם יוֹשְׁבִים בְּחֵלֶק אַסִי'יָא, וְכָל הַמִּדְבָּר הַזֶּה שֶׁהוּא עַל הַנְּהָרוֹת חִדֶּקֶל וּפְרָת הָיָה יִשּׁוּב שֶׁל מְדִינוֹת וַעֲייָרוֹת וּכְפָרִים, וְכֵן הָיָה יִשּׁוּב הַרְבֵּה בַּמִּדְבָּר אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וּסְבִיבוֹתֶיהָ, אַךְ וַדַּאי לֹא הִגִּיעָה מַלְכוּת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ בְּאֵירוֹפָּא וְאַפְרִיקָא וגי'נא וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁלֹּא הִגִּיעָה בְּאֶרֶץ אַמְרִיכָאן שֶׁלֹּא נִגְלֵית עֲדַיִין, וְכָל אֲרָצוֹת הַנִּזְכָּר אַחֲרֵי זֶה נַעֲשָׂה בָּהֶם יִשּׁוּב הַרְבֵּה. וְהָא דְּחָשֵׁיב לְקַמָּן לַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ מִשְּׁלֹשָׁה שֶׁמָּלְכוּ בְּכִיפָּה וְכֵן לְאַחְאָב וּנְבוּכַדְנֶצַּר, הַייְנוּ מִשּׁוּם כֵּיוָן שֶׁמָּלַךְ בְּחֵלֶק אַסְיָ'יא כֻּולּוֹ שֶׁרֹוב בְּנֵי אָדָם יוֹשְׁבִין שָׁם לְכָךְ אָמְרוּ 'מֶלֶךְ בְּכִיפָּה'. וְדַע כִּי בְּמִדְרַשׁ רָבָא אִיתָא שֶׁהָיָה בָּעוֹלָם רנ"ב מְדִינוֹת, וּבְפִרְקֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אִיתָא שֶׁהָיוּ רל"ב מְדִינוֹת, וְגַם זֶה לָא קָאֵי עַל כָּל שִׁבְעַת אלקמי"ם.
« De Hodou jusqu'à Koush », l'un dit : Hodou est à un bout du monde et Koush à l'autre bout du monde. Selon cet avis, on peut dire qu'il y avait une province nommée Hodou qui n'est pas l'Inde que l'on appelle aujourd'hui du nom d'Hindoustan ; mais selon l'avis que Hodou et Koush sont voisines, Hodou désigne certainement la région de l'Inde, qui est aujourd'hui proche de la région de Koush appelée Habach. Et sache que le mot « monde » employé ici ne porte pas sur l'ensemble des climats, mais sur le climat où régnait Ahachveroch, qui est la région de l'Asie ; celle-ci est un monde à elle seule, car c'est une grande partie de la terre, autrefois pleine de grandes provinces, et c'est sur elles que la meguila donne le nombre. Outre les provinces, il y avait aussi de très nombreuses villes, et des villages plus nombreux encore ; de son temps la plupart des hommes habitaient la région d'Asie, et tout ce désert qui longe le Hidekel et le Perat était peuple de provinces, de villes et de villages ; de même il y avait un peuplement important dans le désert de la terre d'Israël et ses alentours. Mais assurément la royauté d'Ahachveroch ne s'étendait pas à l'Europe, à l'Afrique ni à la Guinée, et moins encore à la terre d'Amérique, qui n'était pas encore découverte ; toutes ces terres n'ont été largement peuplées qu'ensuite. Et si l'on compte plus loin Ahachveroch parmi les trois qui ont régné <b>bekhipa</b>, sous toute la voûte, ainsi qu'Ahav et Nevoukhadnetsar, c'est parce qu'ayant régné sur toute la région d'Asie, où habitaient la plupart des hommes, on a dit de lui qu'il régnait bekhipa. Et sache que dans le Midrach Rabba il est dit qu'il y avait dans le monde deux cent cinquante-deux provinces, et dans les Pirkei de-Rabbi Eliezer deux cent trente-deux provinces ; cela non plus ne porte pas sur l'ensemble des sept climats.
💡 Explication

La formule géographique se prête à deux lectures. Prise à la lettre, elle mesure l'empire par ses deux extrémités. Prise comme comparaison, elle dit la facilité du règne : gouverner un empire entier lui coûtait aussi peu que gouverner deux provinces voisines.

La Guemara ne tranche pas laquelle des deux positions revient à Rav et laquelle à Chemouel ; la formule had amar, l'un dit, marque cette indétermination.

21
כַּיּוֹצֵא בַדָּבָר אַתָּה אוֹמֵר: ״כִּי הוּא רֹודֶה בְּכָל עֵבֶר הַנָּהָר מִתִּפְסַח וְעַד עַזָּה״, רַב וּשְׁמוּאֵל חַד אָמַר: תִּפְסַח בְּסוֹף הָעוֹלָם וְעַזָּה בְּסוֹף הָעוֹלָם, וְחַד אָמַר: תִּפְסַח וְעַזָּה בַּהֲדֵי הֲדָדֵי הֲווֹ קָיְימִי; כְּשֵׁם שֶׁמָּלַךְ עַל תִּפְסַח וְעַל עַזָּה, כָּךְ מָלַךְ עַל כָּל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ.

De même tu dis : « car il dominait sur tout le pays au-delà du fleuve, depuis Tifsah jusqu'à Aza. » Rav et Chemouel : l'un dit que Tifsah est à un bout du monde et Aza à l'autre bout du monde ; et l'autre dit que Tifsah et Aza se trouvaient l'une à côté de l'autre, et de même qu'il régnait sur Tifsah et sur Aza, ainsi régnait-il sur le monde entier.

📜 Rachi (2)
כִּי הוּא רוֹדֶה כְּתִיב בִּשְׁלֹמֹה:
« Car il dominait » : c'est écrit à propos de Chelomo.
כְּשֵׁם שֶׁמָּלַךְ עַל תִּפְסַח וְעַל עַזָּה וְכוּ' וְהָכִי קָאָמַר כִּי הוּא רֹודֶה בְּכָל עֵבֶר הַנָּהָר כְּמוֹ מִתִּפְסַח וְעַד עַזָּה:
« De même qu'il régnait sur Tifsah et sur Aza, etc. » : et voici ce que dit le verset — il dominait sur tout le pays au-delà du fleuve comme depuis Tifsah jusqu'à Aza.
💡 Explication

La même divergence se retrouve sur un verset parallèle, qui décrit le règne de Chelomo. La Guemara traite les deux formules ensemble, ce qui montre que le débat porte sur un procédé de lecture et non sur une donnée géographique particulière.

Rachi précise la reformulation exigée par la seconde position : le verset dit que Chelomo dominait sur tout le pays au-delà du fleuve comme il dominait depuis Tifsah jusqu'à Aza.

22
״שֶׁבַע וְעֶשְׂרִים וּמֵאָה מְדִינָה״, אָמַר רַב חִסְדָּא: בַּתְּחִילָּה מָלַךְ עַל שֶׁבַע, וּלְבַסּוֹף מָלַךְ עַל עֶשְׂרִים, וּלְבַסּוֹף מָלַךְ עַל מֵאָה. אֶלָּא מֵעַתָּה: ״וּשְׁנֵי חַיֵּי עַמְרָם שֶׁבַע וּשְׁלֹשִׁים וּמְאַת שָׁנָה״, מַאי דְּרָשַׁת בֵּיהּ? שָׁאנֵי הָכָא, דִּקְרָא יַתִּירָא הוּא: מִכְּדֵי כְּתִיב ״מֵהֹודּוּ וְעַד כּוּשׁ״, ״שֶׁבַע וְעֶשְׂרִים וּמֵאָה מְדִינָה״ לָמָּה לִי? שְׁמַע מִינָּה לִדְרָשָׁה.

« Cent vingt-sept provinces. » Rav Hisda a dit : au commencement il régna sur sept, ensuite il régna sur vingt, et enfin il régna sur cent. Mais s'il en est ainsi, « et les années de la vie d'Amram furent de cent trente-sept ans » — qu'en exposerais-tu ?

C'est différent ici, car il s'agit d'un verset superflu : puisqu'il est déjà écrit « de Hodou jusqu'à Koush », pourquoi ai-je besoin de « cent vingt-sept provinces » ? Apprends-en qu'il est là pour une deracha.

🪔 Ben Yehoyada (2)
מִכְּדֵי כְּתִיב מֵהֹדּוּ וְעַד כּוּשׁ, שֶׁבַע וְעֶשְׂרִים וּמֵאָה מְדִינָה לָמָּה לִי. קַשָּׁא דִּילְמָא פֵּירֵשׁ שֶׁהָיוּ קכ"ז לְלַמְּדֵינוּ שֶׁדָּרְיָוֶשׁ לֹא מָלַךְ בְּכִיפָּה, דְּהָא כְּתִיב בְּדָנִיֵּאל (דָּנִיֵּאל ו, כו) 'דָּרְיָוֶשׁ מַלְכָּא כְּתַב לְכָל עַמְמַיָּא אֻמַיָּא וְלִשָּׁנַיָּא דִּי דָיְרִין בְּכָל אַרְעָא שְׁלָמְכוֹן יִשְׂגֵּא', דִּשְׁמַע מִינָּהּ שֶׁמָּלַךְ בְּכִיפָּה וּכְתִיב (דָּנִיֵּאל ו, ב) 'לַאֲחַשְׁדַּרְפְּנַיָּא מֵאָה וְעֶשְׂרִין' וַהֲוָה אָמֵינָא דְּלָא הָיָה אֶלָּא ק"ך מְדִינוֹת וּמָלַךְ בְּכִיפָּה, וּלְכָךְ פֵּירֵשׁ כָּאן שֶׁהָיוּ קכ"ז, נִמְצָא לֹא מָלַךְ בְּכִיפָּה שֶׁהָיָה חָסֵר שִׁבְעָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּמִשּׁוּם הָא לֹא יִכְתְּבוּ בִּמְגִילָּה שֶׁהִיא כִּתְבֵי הַקֹּודֶשׁ קְרָא יַתִּירָא, דְּמַאי נָפְקָא לָן אִם דָּרְיָוֶשׁ מָלַךְ בְּכִיפָּה אוֹ לָאו?
« Puisqu'il est déjà écrit de Hodou jusqu'à Koush, pourquoi ai-je besoin de cent vingt-sept provinces ? » Difficulté : peut-être le verset précise-t-il qu'il y en avait cent vingt-sept afin de nous enseigner que Dariavech n'a pas régné <b>bekhipa</b>. Car il est écrit dans Daniel (6,26) « le roi Dariavech écrivit à tous les peuples, nations et langues qui habitent sur toute la terre : que votre paix grandisse », d'où l'on entendrait qu'il régnait bekhipa ; et il est écrit (Daniel 6,2) « cent vingt satrapes », d'où j'aurais pu dire qu'il n'y avait que cent vingt provinces et qu'il régnait bekhipa. Le verset précise donc ici qu'il y en avait cent vingt-sept : il se trouve ainsi qu'il ne régnait pas bekhipa, puisqu'il lui en manquait sept. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que pour cette raison on n'écrirait pas dans la meguila, qui fait partie des Écrits saints, un verset superflu : quelle conséquence y a-t-il pour nous a savoir si Dariavech a régné bekhipa ou non ?
(אֶסְתֵּר א, א) 'מֵהֹדּוּ וְעַד כּוּשׁ' חַד אָמַר הֹודּוּ בְּסוֹף הָעוֹלָם וְכוּשׁ בְּסוֹף הָעוֹלָם. הִנֵּה לְמָאֵן דְּאָמַר זֶה יֵשׁ לוֹמַר דְּהָיְתָה מְדִינָה אַחַת שָׁמָּה הוֹדוּ וְאֵין זוֹ הנדו'יא שֶׁקּוֹרִין עַתָּה עַל חֵלֶק הנדסת'אן, אַךְ לְמָאֵן דְּאָמַר הוֹדוּ וְכוּשׁ סְמִיכִי אַהֲדָדֵי וַדַּאי הוֹדוּ זֶה חֵלֶק הנדי'יא שֶׁהוּא עַתָּה סָמוּךְ לְחֵלֶק כּוּשׁ הַנִּקְרָא חב"ש. וְדַע כִּי עוֹלָם דְּנָקֵיט כָּאן לָאו עַל כָּל אלקמי"ם הוּא, אֶלָּא אַייְרֵי באלקי"ם שֶׁהָיָה מוֹשֵׁל בּוֹ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ שֶׁהוּא חֵלֶק אַסִי'יָא, וְזֶה עוֹלָם בִּפְנֵי עַצְמוֹ כִּי הוּא חֵלֶק גָּדוֹל וּמִקֹּודֶם הָיָה מָלֵא מְדִינוֹת גְּדוֹלוֹת וַעֲלֵיהֶם נָקֵיט הַמִּסְפָּר בִּמְגִילָּה, אַךְ מִלְּבַד הַמְּדִינוֹת הָיָה גַּם כֵּן עֲייָרוֹת הַרְבֵּה מְאוֹד וְגַם כְּפָרִים יוֹתֵר וְיוֹתֵר, וּבִזְמַנּוֹ הָיוּ רֹוב בְּנֵי אָדָם יוֹשְׁבִים בְּחֵלֶק אַסִי'יָא, וְכָל הַמִּדְבָּר הַזֶּה שֶׁהוּא עַל הַנְּהָרוֹת חִדֶּקֶל וּפְרָת הָיָה יִשּׁוּב שֶׁל מְדִינוֹת וַעֲייָרוֹת וּכְפָרִים, וְכֵן הָיָה יִשּׁוּב הַרְבֵּה בַּמִּדְבָּר אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וּסְבִיבוֹתֶיהָ, אַךְ וַדַּאי לֹא הִגִּיעָה מַלְכוּת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ בְּאֵירוֹפָּא וְאַפְרִיקָא וגי'נא וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁלֹּא הִגִּיעָה בְּאֶרֶץ אַמְרִיכָאן שֶׁלֹּא נִגְלֵית עֲדַיִין, וְכָל אֲרָצוֹת הַנִּזְכָּר אַחֲרֵי זֶה נַעֲשָׂה בָּהֶם יִשּׁוּב הַרְבֵּה. וְהָא דְּחָשֵׁיב לְקַמָּן לַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ מִשְּׁלֹשָׁה שֶׁמָּלְכוּ בְּכִיפָּה וְכֵן לְאַחְאָב וּנְבוּכַדְנֶצַּר, הַייְנוּ מִשּׁוּם כֵּיוָן שֶׁמָּלַךְ בְּחֵלֶק אַסְיָ'יא כֻּולּוֹ שֶׁרֹוב בְּנֵי אָדָם יוֹשְׁבִין שָׁם לְכָךְ אָמְרוּ 'מֶלֶךְ בְּכִיפָּה'. וְדַע כִּי בְּמִדְרַשׁ רָבָא אִיתָא שֶׁהָיָה בָּעוֹלָם רנ"ב מְדִינוֹת, וּבְפִרְקֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אִיתָא שֶׁהָיוּ רל"ב מְדִינוֹת, וְגַם זֶה לָא קָאֵי עַל כָּל שִׁבְעַת אלקמי"ם.
« De Hodou jusqu'à Koush », l'un dit : Hodou est à un bout du monde et Koush à l'autre bout du monde. Selon cet avis, on peut dire qu'il y avait une province nommée Hodou qui n'est pas l'Inde que l'on appelle aujourd'hui du nom d'Hindoustan ; mais selon l'avis que Hodou et Koush sont voisines, Hodou désigne certainement la région de l'Inde, qui est aujourd'hui proche de la région de Koush appelée Habach. Et sache que le mot « monde » employé ici ne porte pas sur l'ensemble des climats, mais sur le climat où régnait Ahachveroch, qui est la région de l'Asie ; celle-ci est un monde à elle seule, car c'est une grande partie de la terre, autrefois pleine de grandes provinces, et c'est sur elles que la meguila donne le nombre. Outre les provinces, il y avait aussi de très nombreuses villes, et des villages plus nombreux encore ; de son temps la plupart des hommes habitaient la région d'Asie, et tout ce désert qui longe le Hidekel et le Perat était peuple de provinces, de villes et de villages ; de même il y avait un peuplement important dans le désert de la terre d'Israël et ses alentours. Mais assurément la royauté d'Ahachveroch ne s'étendait pas à l'Europe, à l'Afrique ni à la Guinée, et moins encore à la terre d'Amérique, qui n'était pas encore découverte ; toutes ces terres n'ont été largement peuplées qu'ensuite. Et si l'on compte plus loin Ahachveroch parmi les trois qui ont régné bekhipa, ainsi qu'Ahav et Nevoukhadnetsar, c'est parce qu'ayant régné sur toute la région d'Asie, où habitaient la plupart des hommes, on a dit de lui qu'il régnait bekhipa. Et sache que dans le Midrach Rabba il est dit qu'il y avait dans le monde deux cent cinquante-deux provinces, et dans les Pirkei de-Rabbi Eliezer deux cent trente-deux provinces ; cela non plus ne porte pas sur l'ensemble des sept climats.
💡 Explication

Rav Hisda lit l'ordre inhabituel des nombres, sept puis vingt puis cent, comme une chronologie de l'expansion.

L'objection vient d'un verset construit de la même façon, sur les années d'Amram, où personne n'expose une progression. La réponse pose un principe général des derachot : un énoncé redondant appelle une exposition. Ici, l'étendue de l'empire est déjà donnée par « de Hodou jusqu'à Koush », donc le dénombrement qui suit reste disponible pour autre chose.

🖼️ Schéma
Sept, vingt, cent : une progression ou une simple somme ? 7 au commencement + 20 ensuite + 100 enfin 127 Objection Les années d'Amram : sept, trente et cent ans, même tournure. Personne n'y lit trois étapes de vie. Pourquoi exposer ici et pas là ? Réponse Le verset d'Esther dit déjà l'étendue par de Hodou jusqu'à Koush. Le dénombrement est donc superflu, et un mot superflu appelle une deracha.
La deracha n'est admise que parce que le verset dit deux fois la même chose ; le verset d'Amram, lui, ne comporte aucune redondance.
23
תָּנוּ רַבָּנַן: שְׁלֹשָׁה מָלְכוּ בְּכִיפָּה, וְאֵלּוּ הֵן: אַחְאָב וַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וּנְבוּכַדְנֶצַּר. אַחְאָב, דִּכְתִיב: ״חַי ה׳ אֱ-לֹהֶיךָ אִם יֶשׁ גּוֹי וּמַמְלָכָה אֲשֶׁר לֹא שָׁלַח אֲדֹונִי שָׁם לְבַקֶּשְׁךָ וְגוֹ׳״. וְאִי לָא דַּהֲוָה מָלֵיךְ עֲלַייְהוּ, הֵיכִי מָצֵי מַשְׁבַּע לְהוּ?

Nos maîtres ont enseigné : trois ont régné sur toute la voûte, et les voici : Ahav, Ahachveroch et Nevoukhadnetsar. Ahav, comme il est écrit : « par la vie de Hachem ton D.ieu, il n'est ni nation ni royaume où mon maître n'ait envoyé te chercher, etc. » Et s'il n'avait pas régné sur elles, comment aurait-il pu leur faire prêter serment ?

📜 Rachi (1)
מַלְכּוֹ בְּכִיפָּה תַּחַת כָּל כִּיפַּת הָרָקִיעַ:
<b>Malkhou bekhipa</b> : sous toute la voûte du firmament.
🗂️ Tossefot (1)
שְׁלֹשָׁה מַלְכּוֹ בְּכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ. וְהָא דְּלָא חֲשִׁיב אֲלֶכְּסַנְדֶּר מוֹקְדוֹן מִשּׁוּם דְּלָא אַיְירֵי הָכָא אֶלָּא בְּאוֹתָם הַכְּתוּבִים לְהֶדְיָא:
« Trois ont régné sur le monde entier. » Si Alexandre de Macédoine n'est pas compté, c'est parce qu'on ne traite ici que de ceux qui sont explicitement mentionnés dans les Écrits.
🪔 Ben Yehoyada (2)
תָּנוּ רַבָּנַן: שְׁלֹשָׁה מָלְכוּ בְּכַפָּהּ, וְאֵלּוּ הֵן: אַחְאָב וַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וּנְבוּכַדְנֶצַּר. כָּתְבוּ הַתּוֹסָפוֹת גַּם אָלֶכְּסַנְדְּרוֹס מוֹקְדוֹן מָלַךְ בְּכִיפָּה, וְלָא חֲשִׁיב מִשּׁוּם דְּלָא נִזְכַּר שְׁמוֹ לְהֶדְיָא בַּכְּתוּבִים. וּבַגְּמָרָא אָמְרוּ שֶׁשְּׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה מָלַךְ בְּכִיפָּה וְלָא חֲשִׁיב לֵיהּ הָכָא בַּבָּרַייְתָא, מִשּׁוּם דְּקִים לֵיהּ בִּדְרָבָא מִינָּהּ דְּמִילְּתָא אַחֲרִיתִי הֲוָה בֵּיהּ שֶׁמָּלַךְ עַל הָעֶלְיוֹנִים וְעַל הַתַּחְתּוֹנִים. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָא כְתִיב (יְשַׁעְיָה מח, יג) 'אַף יָדִי יְסָדָהּ אֶרֶץ', נִמְצָא הָעוֹלָם נִבְרָא בְּאוֹרוֹת שֶׁהֵם תְּמוּנַת הַיָּד, שֶׁיֵּשׁ בָּהּ חֲמִשָּׁה אֶצְבָּעוֹת שֶׁהֵם אַרְבָּעָה עוֹמְדִים בְּיַחַד בִּפְנֵי עַצְמוֹ, וְאֶחָד מֻובְדָּל בִּפְנֵי עַצְמוֹ, וְלָכֵן מַלְכּוֹ בְּכִיפָּה שֶׁהוּא כְּלָלוּת הָאָרֶץ, אַרְבָּעָה כְּנֶגֶד תְּמוּנַת אַרְבָּעָה אֶצְבָּעוֹת שֶׁהֵם עוֹמְדִים בְּיַחַד, וּשְׁלֹמֹה הַמֶּלֶךְ ע"ה מָלַךְ גַּם כֵּן בְּכִיפָּה שֶׁהוּא כְּנֶגֶד הַגּוּדָל הַמֻּובְדָּל בִּפְנֵי עַצְמוֹ, כִּי הוּא כֹּחַ מַלְכוּתוֹ לֹא תִּתְעָרֵב עִם כּוֹחוֹת מַלְכוּת הָאַרְבָּעָה הָהֵם, יַעַן שֶׁהוּא מֶלֶךְ בָּעֶלְיוֹנִים וּבַתַּחְתּוֹנִים. וּבָזֶה מוּבָן הַכָּתוּב דִּכְתִיב גַּבֵּי שְׁלֹמֹה (מְלָכִים א' י, כג) 'וַיּגְדּל הַמּלֶךְ שׁלֹמֹה מִכּל מַלְכֵי הָאָרֶץ לְעֹשׁר וּלְחָכְמָה', אָמַר לְשׁוֹן וַיּגְדּל לִרְמֹוז כִּי הוּא כְּנֶגֶד הַגּוּדָל. בְּרַם יֵשׁ מַקְשִׁים, דְּמַאי נָפְקָא לָן מֵהָא אִם מָלְכוּ בְּכִיפָּה? וּמַאי דַּהֲוָה הֲוָה! וְאִם הָיוּ אֲנָשִׁים צַדִּיקִים לֵיכָּא קֻושְׁיָא, דְּקָא מַשְׁמַע לָן הַכָּבוֹד שֶׁנָּתַן הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לְעוֹשֵׂי רְצוֹנוֹ אַךְ אַחְאָב הָיָה עוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה, וּמָנוּ אוֹתוֹ בִּכְלָל אֵין לָהֶם חֵלֶק לָעוֹלָם הַבָּא, וּנְבוּכַדְנֶצַּר וַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ הָיוּ עַכּוּ"ם וּרְשָׁעִים גְּמוּרִים אֲשֶׁר לֹא מִזֶּרַע יִשְׂרָאֵל הֵמָּה, וּמַאי נָפְקָא מִינַּהּ לֵידַע שֶׁהָיוּ מוֹלְכִים בְּכִיפָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּבְאַחְאָב קָא מַשְׁמָע לַן בָּזֶה כְּבוֹד הַתּוֹרָה כַּמָּה יְקָר הוּא, דְּהָא אָמְרִינַן בְּסַנְהֶדְרִין (סַנְהֶדְרִין קב:) מִפְּנֵי מַה זָכָה אַחְאָב לַמַּלְכוּת כ"ב שָׁנָה? מִפְּנֵי שֶׁכִּיבֵּד אֶת הַתּוֹרָה שֶׁנִּיתְּנָה בכ"ב אוֹתִיּוֹת, שֶׁבִּקֵּשׁ מִמֶּנּוּ לִמְסֹור לוֹ סֵפֶר תּוֹרָה כְּדֵי לַעֲקֹור פָּסוּק (דְּבָרִים כג, ד) 'לֹא יָבֹא עַמּוֹנִי וּמוֹאָבִי' וְלֹא קִבֵּל, וְעָשָׂה מִלְחָמָה בַּעֲבוּר זֹאת עַיֵּין שָׁם. וּבָזֶה מוּבָן הַטַּעַם נָמֵי שֶׁמָּלַךְ בְּכִיפָּה, כִּי כָּל הַכִּיפָּה קַייֶּמֶת בִּזְכוּת הַתּוֹרָה, דִּכְתִיב (יִרְמְיָה לג, כה) 'אִם לֹא בְרִיתִי יוֹמָם וָלָיְלָה חֻקּוֹת שָׁמַיִם וָאָרֶץ לֹא שָׂמְתִּי', וְכֵיוָן שֶׁהוּא כִּיבֵּד אֶת הַתּוֹרָה זָכָה לִמְלֹוךְ בְּכִיפָּה כֻּולָּהּ שֶׁהִיא קַייֶּמֶת עַל הַתּוֹרָה. וּלְפִי זֶה קָא מַשְׁמָע לַן דָּבָר זֶה בְּאַחְאָב כְּדֵי לְהוֹדִיעֵנוּ כַּמָּה זְכוּת יֵשׁ לִמְכַבֵּד אֶת הַתּוֹרָה, שֶׁאַף עַל פִּי שֶׁהָיָה עוֹבֵד עֲבוֹדָה זָרָה זָכָה לִמְלֹוךְ בְּכִיפָּה בִּשְׁבִיל שֶׁכִּיבֵּד אֶת הַתּוֹרָה. וְגַבֵּי נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע קָא מַשְׁמָע לַן כַּמָּה גָּדוֹל זְכוּת הַמְכַבֵּד אֶת הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ, כִּי נְבוּכַדְנֶצַּר זָכָה לְכָל הַכָּבוֹד שֶׁנָּתַן לוֹ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ בְּמַלְכוּתוֹ בַּעֲבוּר שֶׁרָץ אַרְבָּעָה פְּסִיעוֹת לִכְבוֹד הקב"ה לְהַחֲלִיף הַמִּכְתָּב שֶׁשָּׁלַח מֶלֶךְ בָּבֶל לְחִזְקִיָּהוּ הַמֶּלֶךְ ע"ה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּסַנְהֶדְרִין (סַנְהֶדְרִין דַּף צו:) יְעֻויַּן שָׁם, וְלָכֵן מָלַךְ בְּכִיפָּה שֶׁנִּתְפַּשְּׁטָה מַלְכוּתוֹ בַּד' רוּחוֹת הָאָרֶץ בִּשְׁבִיל אַרְבַּע פְּסִיעוֹת שֶׁרָץ בְּרַגְלָיו עַל הָאָרֶץ לִכְבוֹד הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ, נִמְצָא בָּזֶה נִלְמוֹד כַּמָּה גָּדוֹל שְׂכַר הַמְכַבֵּד אֶת הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ. וְגַבֵּי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ קָא מַשְׁמָע לַן כַּמָּה גָּדוֹל זְכוּת הִדָּבֵק בַּצַּדִּיקִים, דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לֹא זָכָה אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ לְכָל הַכָּבוֹד אֶלָּא בִּשְׁבִיל שֶׁהָיָה עָתִיד לְהִדָּבֵק בְּאֶסְתֵּר, וְהַיְינוּ דְּאָמְרִינַן בַּגְּמָרָא תָּבֹא אֶסְתֵּר בִּתָּהּ שֶׁל שָׂרָה שֶׁחִיְּיתָה קכ"ז שָׁנִים, וְתִמְשֹׁול עַל קכ"ז מְדִינוֹת, נִמְצָא מֶלֶךְ בְּכִיפָּה שֶׁהוּא מֶשֶׁךְ קכ"ז מְדִינוֹת בִּשְׁבִיל אֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה ע"ה. וְהָשְׁתָּא בָּא לְלַמְּדֵינוּ בֹּא וּרְאֵה עָרֵל זֶה בִּשְׁבִיל שֶׁדָּבַק בְּצִדְקַת זָכָה לְכָךְ, צַדִּיקִים עַצְמָן עַל אַחַת כַּמָּה וְכַמָּה שֶׁיִּזְכּוּ לֶעָתִיד לָבוֹא לְשֵׁם וְלִתְהִלָּה וּלְתִפְאֶרֶת.
« Nos maîtres ont enseigné : trois ont régné bekhipa, et les voici : Ahav, Ahachveroch et Nevoukhadnetsar. » Les Tossefot ont écrit qu'Alexandre de Macédoine aussi a régné bekhipa, et qu'il n'est pas compté parce que son nom n'est pas mentionné explicitement dans les Écrits. Dans la Guemara on a dit que le roi Chelomo, la paix sur lui, a régné bekhipa, et il n'est pas compté ici dans la baraita parce qu'il y avait chez lui quelque chose de plus grand encore : il régnait sur les êtres d'en haut et sur ceux d'en bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel : il est écrit « ma main aussi a fondé la terre » (Yechaya 48,13) ; il se trouve donc que le monde à été créé par des lumières qui ont la forme de la main, laquelle a cinq doigts, dont quatre se tiennent ensemble et un se tient à part. C'est pourquoi ceux qui ont régné bekhipa, c'est-à-dire sur l'ensemble de la terre, sont quatre, correspondant à la forme des quatre doigts qui se tiennent ensemble ; et le roi Chelomo, la paix sur lui, a lui aussi régné bekhipa, correspondant au pouce qui se tient à part, car la force de sa royauté ne se mêle pas aux forces de la royauté de ces quatre-là, puisqu'il régnait sur les êtres d'en haut et d'en bas. On comprend ainsi le verset écrit à propos de Chelomo (Melakhim I 10,23) : « et le roi Chelomo fut plus grand (<b>vayigdal</b>) que tous les rois de la terre en richesse et en sagesse » ; il emploie le terme vayigdal pour faire allusion à ce qu'il correspond au pouce (<b>godel</b>). Mais certains objectent : quelle conséquence y a-t-il pour nous a savoir s'ils ont régné bekhipa ? Ce qui fut, fut ! S'ils avaient été des justes, il n'y aurait pas de difficulté, car cela nous enseignerait l'honneur que le Nom béni accorde à ceux qui font Sa volonté. Mais Ahav servait l'idolâtrie et on l'a compté parmi ceux qui n'ont pas de part au monde à venir, et Nevoukhadnetsar et Ahachveroch étaient idolâtres et entièrement méchants, et ils n'étaient pas de la descendance d'Israël : quelle conséquence y a-t-il à savoir qu'ils régnaient bekhipa ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que pour Ahav cela nous enseigne combien l'honneur de la Torah est précieux. Car nous disons dans Sanhédrin (102b) : pourquoi Ahav a-t-il mérite vingt-deux ans de royauté ? Parce qu'il a honoré la Torah, qui a été donnée par vingt-deux lettres ; car on lui demanda de livrer un sefer Torah afin d'abroger le verset « l'Amonite et le Moavite n'entreront pas » (Devarim 23,4), et il refusa, et il fit la guerre pour cela ; voir là-bas. On comprend par là aussi la raison pour laquelle il a régné bekhipa : toute la voûte ne subsiste que par le mérite de la Torah, comme il est écrit « si mon alliance jour et nuit n'était pas, je n'aurais pas posé les lois du ciel et de la terre » (Yirmiya 33,25) ; et puisqu'il a honoré la Torah, il a mérité de régner sur toute la voûte, qui subsiste par la Torah. Cela nous est donc enseigné à propos d'Ahav pour nous faire connaître quel mérite revient à celui qui honore la Torah : bien qu'il servît l'idolâtrie, il a mérité de régner bekhipa parce qu'il a honoré la Torah. À propos de Nevoukhadnetsar le méchant, cela nous enseigne combien grand est le mérite de celui qui honore le Nom béni : car Nevoukhadnetsar a mérité tout l'honneur que le Nom béni lui a donné dans sa royauté parce qu'il a couru quatre pas en l'honneur du Saint béni soit-Il, pour remplacer la lettre que le roi de Bavel avait envoyée au roi Hizkiyahou, la paix sur lui, comme ils l'ont dit dans Sanhédrin (96b) ; voir là-bas. C'est pourquoi il a régné bekhipa, sa royauté s'étendant aux quatre coins de la terre, pour les quatre pas qu'il a courus de ses pieds sur la terre en l'honneur du Nom béni ; on apprend donc par là combien grande est la récompense de celui qui honore le Nom béni. Et à propos d'Ahachveroch, cela nous enseigne combien grand est le mérite de celui qui s'attache aux justes, car nos maîtres, de mémoire bénie, ont dit qu'Ahachveroch n'a mérité tout cet honneur que parce qu'il devait s'attacher à Esther ; c'est ce que nous disons dans la Guemara : que vienne Esther, fille de Sarah qui a vécu cent vingt-sept ans, et qu'elle règne sur cent vingt-sept provinces. Il se trouve qu'il a régné bekhipa, soit l'étendue de cent vingt-sept provinces, à cause d'Esther la reine, la paix sur elle. Et voici ce que cela vient nous enseigner : viens et vois, cet incirconcis, parce qu'il s'est attaché à une femme juste, a mérité cela ; les justes eux-mêmes, à plus forte raison, mériteront dans l'avenir le renom, la louange et la splendeur.
(אֶסְתֵּר א, א) 'מֵהֹדּוּ וְעַד כּוּשׁ' חַד אָמַר הֹודּוּ בְּסוֹף הָעוֹלָם וְכוּשׁ בְּסוֹף הָעוֹלָם. הִנֵּה לְמָאֵן דְּאָמַר זֶה יֵשׁ לוֹמַר דְּהָיְתָה מְדִינָה אַחַת שָׁמָּה הוֹדוּ וְאֵין זוֹ הנדו'יא שֶׁקּוֹרִין עַתָּה עַל חֵלֶק הנדסת'אן, אַךְ לְמָאֵן דְּאָמַר הוֹדוּ וְכוּשׁ סְמִיכִי אַהֲדָדֵי וַדַּאי הוֹדוּ זֶה חֵלֶק הנדי'יא שֶׁהוּא עַתָּה סָמוּךְ לְחֵלֶק כּוּשׁ הַנִּקְרָא חב"ש. וְדַע כִּי עוֹלָם דְּנָקֵיט כָּאן לָאו עַל כָּל אלקמי"ם הוּא, אֶלָּא אַייְרֵי באלקי"ם שֶׁהָיָה מוֹשֵׁל בּוֹ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ שֶׁהוּא חֵלֶק אַסִי'יָא, וְזֶה עוֹלָם בִּפְנֵי עַצְמוֹ כִּי הוּא חֵלֶק גָּדוֹל וּמִקֹּודֶם הָיָה מָלֵא מְדִינוֹת גְּדוֹלוֹת וַעֲלֵיהֶם נָקֵיט הַמִּסְפָּר בִּמְגִילָּה, אַךְ מִלְּבַד הַמְּדִינוֹת הָיָה גַּם כֵּן עֲייָרוֹת הַרְבֵּה מְאוֹד וְגַם כְּפָרִים יוֹתֵר וְיוֹתֵר, וּבִזְמַנּוֹ הָיוּ רֹוב בְּנֵי אָדָם יוֹשְׁבִים בְּחֵלֶק אַסִי'יָא, וְכָל הַמִּדְבָּר הַזֶּה שֶׁהוּא עַל הַנְּהָרוֹת חִדֶּקֶל וּפְרָת הָיָה יִשּׁוּב שֶׁל מְדִינוֹת וַעֲייָרוֹת וּכְפָרִים, וְכֵן הָיָה יִשּׁוּב הַרְבֵּה בַּמִּדְבָּר אֶרֶץ יִשְׂרָאֵל וּסְבִיבוֹתֶיהָ, אַךְ וַדַּאי לֹא הִגִּיעָה מַלְכוּת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ בְּאֵירוֹפָּא וְאַפְרִיקָא וגי'נא וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁלֹּא הִגִּיעָה בְּאֶרֶץ אַמְרִיכָאן שֶׁלֹּא נִגְלֵית עֲדַיִין, וְכָל אֲרָצוֹת הַנִּזְכָּר אַחֲרֵי זֶה נַעֲשָׂה בָּהֶם יִשּׁוּב הַרְבֵּה. וְהָא דְּחָשֵׁיב לְקַמָּן לַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ מִשְּׁלֹשָׁה שֶׁמָּלְכוּ בְּכִיפָּה וְכֵן לְאַחְאָב וּנְבוּכַדְנֶצַּר, הַייְנוּ מִשּׁוּם כֵּיוָן שֶׁמָּלַךְ בְּחֵלֶק אַסְיָ'יא כֻּולּוֹ שֶׁרֹוב בְּנֵי אָדָם יוֹשְׁבִין שָׁם לְכָךְ אָמְרוּ 'מֶלֶךְ בְּכִיפָּה'. וְדַע כִּי בְּמִדְרַשׁ רָבָא אִיתָא שֶׁהָיָה בָּעוֹלָם רנ"ב מְדִינוֹת, וּבְפִרְקֵי רַבִּי אֱלִיעֶזֶר אִיתָא שֶׁהָיוּ רל"ב מְדִינוֹת, וְגַם זֶה לָא קָאֵי עַל כָּל שִׁבְעַת אלקמי"ם.
« De Hodou jusqu'à Koush », l'un dit : Hodou est à un bout du monde et Koush à l'autre bout du monde. Selon cet avis, on peut dire qu'il y avait une province nommée Hodou qui n'est pas l'Inde que l'on appelle aujourd'hui du nom d'Hindoustan ; mais selon l'avis que Hodou et Koush sont voisines, Hodou désigne certainement la région de l'Inde, qui est aujourd'hui proche de la région de Koush appelée Habach. Et sache que le mot « monde » employé ici ne porte pas sur l'ensemble des climats, mais sur le climat où régnait Ahachveroch, qui est la région de l'Asie ; celle-ci est un monde à elle seule, car c'est une grande partie de la terre, autrefois pleine de grandes provinces, et c'est sur elles que la meguila donne le nombre. Outre les provinces, il y avait aussi de très nombreuses villes, et des villages plus nombreux encore ; de son temps la plupart des hommes habitaient la région d'Asie, et tout ce désert qui longe le Hidekel et le Perat était peuple de provinces, de villes et de villages ; de même il y avait un peuplement important dans le désert de la terre d'Israël et ses alentours. Mais assurément la royauté d'Ahachveroch ne s'étendait pas à l'Europe, à l'Afrique ni à la Guinée, et moins encore à la terre d'Amérique, qui n'était pas encore découverte ; toutes ces terres n'ont été largement peuplées qu'ensuite. Et si l'on compte plus loin Ahachveroch parmi les trois qui ont régné bekhipa, ainsi qu'Ahav et Nevoukhadnetsar, c'est parce qu'ayant régné sur toute la région d'Asie, où habitaient la plupart des hommes, on a dit de lui qu'il régnait bekhipa. Et sache que dans le Midrach Rabba il est dit qu'il y avait dans le monde deux cent cinquante-deux provinces, et dans les Pirkei de-Rabbi Eliezer deux cent trente-deux provinces ; cela non plus ne porte pas sur l'ensemble des sept climats.
💡 Explication

L'expression malkhou bekhipa désigne, selon Rachi, un règne qui s'étend sous toute la voûte du firmament. La baraita en compte trois.

La preuve pour Ahav est indirecte : Ovadia dit à Eliyahou que son maître a fait jurer toutes les nations et royaumes qu'ils ne l'avaient pas trouvé. Un roi ne peut imposer un serment qu'à ceux qui lui sont soumis ; le verset suppose donc une autorité universelle.

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נְבוּכַדְנֶצַּר, דִּכְתִיב: ״וְהָיָה הַגּוֹי וְהַמַּמְלָכָה אֲשֶׁר לֹא יִתֵּן אֶת צַוָּארוֹ בְּעֹול מֶלֶךְ בָּבֶל״. אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, הָא דַּאֲמָרָן.

Nevoukhadnetsar, comme il est écrit : « et il adviendra que la nation et la royauté qui ne mettra pas son cou sous le joug du roi de Bavel. » Ahachveroch, comme nous l'avons dit.

📜 Rachi (1)
הָא דַּאֲמָרָן מֵהֹודּוּ וְעַד כּוּשׁ:
« Comme nous l'avons dit » : de Hodou jusqu'à Koush.
💡 Explication

La preuve pour Nevoukhadnetsar suit la même logique que celle d'Ahav : la formule « toute nation et toute royauté » suppose qu'aucune n'échappe à sa domination.

Pour Ahachveroch, la Guemara renvoie à ce qui précède, « de Hodou jusqu'à Koush », entendu selon la lecture qui en fait les deux extrémités du monde.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).