Megillah 11b — Fin de la liste des rois qui ont régné sur le monde entier, puis les deux calculs erronés des soixante-dix ans : celui de Belchatsar et celui d'Ahachveroch, et le prix payé pour avoir sorti les ustensiles du Temple

Megillah 11b

Sougya : Le folio achève la liste des rois qui ont régné sur le monde entier. Un signe mnémotechnique annonce quatre candidats qui seront écartés : Chelomo, Sanheriv, Daryavech et Koresh.

Chacun est retiré pour une raison précise, et le cas de Chelomo oblige à distinguer entre deux avis sur la fin de son règne. Le traité revient ensuite au deuxième verset de la meguila, qui paraît se contredire : « lorsque le roi siégea » indique le début du règne, et la suite parle de la troisième année.

Rava lit « lorsqu'il siégea » comme le moment où l'esprit d'Ahachveroch s'est apaisé, une fois qu'il se fut persuadé que les soixante-dix ans annoncés par Yirmiya étaient passés sans délivrance. Deux calculs sont alors exposés côté à côté.

Belchatsar additionne quarante-cinq années de Nevoukhadnetsar, vingt-trois d'Evil Merodakh et deux des siennes ; la Guemara établit d'où viennent ces quarante-cinq par la lecture des versets sur les exils. Ahachveroch croit corriger l'erreur en comptant depuis l'exil de Bavel et non depuis l'avènement de la royauté babylonienne.

Les deux se trompent, et pour le même motif de fond : le verset de Daniel ordonne de compter depuis les ruines de Yerouchalayim, soit onze ans plus tard. Belchatsar est tué la nuit même ; chez Ahachveroch, le Satan danse au milieu du festin et Vachti est mise à mort.

La Guemara termine sur une dernière difficulté de comptage, que Rava résout par des années tronquées.

Qui a régné sur le monde entier ? Les quatre candidats écartés Signe mnémotechnique : chin - samekh - dalet - kaf Chelomo, Sanheriv, Daryavech, Koresh. Quatre noms proposés en objection, quatre noms retirés. Le roi proposé Le verset invoqué Ce qui le disqualifie Chelomo Sa royauté sur tout Israël Sa royauté n'est pas allée à son terme : il en fut chassé (Guittin 68b). Sanheriv Yechaya 36,20 Yerouchalayim lui a échappé : le verset lui-même l'avoue. Daryavech Daniel 6,26 Cent vingt satrapes seulement (Daniel 6,2), contre cent vingt-sept plus tard : sept manquent. Koresh Ezra 1,2 Parole de vantardise : le roi parle de lui-même, le verset ne fait que rapporter ses mots. Le cas particulier de Chelomo Pour l'avis roi - homme du commun - roi, la première réponse ne tient plus : Chelomo est retiré parce qu'il régnait aussi sur ceux d'en haut.
Chaque objection est levée par un détail du verset invoqué : une conquête manquante, un chiffre de provinces, ou le statut de la parole citée.
Les soixante-dix ans : deux calculs, deux erreurs Belchatsar Point de départ : l'avènement de la royauté de Bavel, quand Nevoukhadnetsar la prend à Essar Hadon, roi d'Achour. 45 années de Nevoukhadnetsar 23 années d'Evil Merodakh 2 années de son propre règne 70 : les années sont accomplies Il sort les ustensiles du Temple. Daniel : tu t'es élevé contre le Maître des cieux. Il est tué cette nuit-là. Ahachveroch Correction qu'il croit apporter : le verset dit pour Bavel, non pour la royauté de Bavel : donc depuis l'exil de Bavel. Il retire les 8 années de trop et introduit à leur place : 1 année de Belchatsar, 5 de Daryavech et Koresh, 2 des siennes. 70 de nouveau, sans délivrance Il sort les ustensiles du Temple. Le Satan danse parmi eux : Vachti est tuée. L'erreur commune, et le compte juste Le verset de Daniel dit : pour accomplir, pour les ruines de Yerouchalayim, soixante-dix ans. Le départ est donc la destruction de la ville, à l'exil de Tsidkiyahou, et non l'exil de Yehoyakhin. Entre les deux exils : 11 années. Il manquait donc encore 11 années au compte d'Ahachveroch. Il a régné 14 ans : le Temple aurait dû être rebâti de son vivant. Rava : les années comptées étaient tronquées.
Les deux rois manquent le même mot : le verset fixe le départ aux ruines de Yerouchalayim, non à l'avènement de Bavel ni au premier exil.
D'où viennent les quarante-cinq années de Nevoukhadnetsar an 1 Conquête de Ninve an 2 Conquête de Yehoyakim début du compte à sept an 8 Exil de Yehoyakhin an 7 depuis la conquête an 19 Exil de Tsidkiyahou an 18 depuis la conquête ruines de Yerouchalayim an 45 Avènement d'Evil Merodakh an 37 de l'exil de Yehoyakhin L'addition 8 années avant l'exil de Yehoyakhin, plus 37 années pendant lesquelles Yehoyakhin resta en prison : 45. Le verset de Yirmiya 52,31 le montre : Evil Merodakh libère Yehoyakhin en l'an 37 de son exil, et l'année de son propre avènement. Les onze années qui séparent l'exil de Yehoyakhin de celui de Tsidkiyahou sont le cœur de tout le folio.
Un seul exil est nommé deux fois, par deux points de départ différents ; c'est de ce dédoublement que sortent les quarante-cinq années.
1
(סִימָן: שסד״‎ך) וְתוּ לֵיכָּא? וְהָא אִיכָּא שְׁלֹמֹה! לָא סָלֵיק מַלְכוּתֵיהּ.

(Signe mnémotechnique : chin-samekh-dalet-kaf.) Et il n'y en a pas d'autre ? Mais il y a Chelomo !

Sa royauté n'est pas allée à son terme.

📜 Rachi (2)
סִימָן שְׁלֹמֹה סַנְחֵרִיב דָּרְיָוֶשׁ כּוֹרֶשׁ:
Chelomo, Sanheriv, Daryavech, Koresh.
לָא סָלֵיק מַלְכוּתֵיהּ לֹא הִשְׁלִים מַלְכוּתוֹ שֶׁהֲרֵי נִטְרַד כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת גִּיטִּין (דַּף סח:):
Il n'a pas achevé sa royauté, car il en fut chassé, comme nous le disons dans le traité Guittin (68b).
💡 Explication

Le folio précédent a nommé trois rois qui ont régné d'un bout du monde à l'autre. La Guemara demande maintenant s'il n'y en a pas davantage, et un signe mnémotechnique annonce d'avance les quatre noms qui vont être proposés puis écartés : Chelomo, Sanheriv, Daryavech, Koresh.

Première objection : Chelomo. La réponse porte sur le mot saleik, arriver à son terme : sa royauté n'a pas été menée jusqu'au bout, puisqu'il en fut chassé. Pour figurer dans cette liste, il ne suffit pas d'avoir régné sur le monde, il faut avoir achevé ce règne.

2
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר מָלַךְ וְהֶדְיוֹט. אֶלָּא לְמַאן דְּאָמַר מֶלֶךְ וְהֶדְיוֹט וּמֶלֶךְ — מַאי אִיכָּא לְמֵימַר? שְׁלֹמֹה מִילְּתָא אַחֲרִיתִי הֲוָה בֵּיהּ — שֶׁמָּלַךְ עַל הָעֶלְיוֹנִים וְעַל הַתַּחְתּוֹנִים, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַיֵּשֶׁב שְׁלֹמֹה עַל כִּסֵּא ה׳״.

Cela va bien selon celui qui dit : roi, puis homme du commun. Mais selon celui qui dit : roi, puis homme du commun, puis roi de nouveau — que peut-on dire ?

Chelomo avait ceci de particulier : il a régné sur ceux d'en haut et sur ceux d'en bas, ainsi qu'il est dit : « et Chelomo s'assit sur le trône de Hachem ».

📜 Rachi (2)
הָנִיחָא לְמַאן דְּאָמַר וְכוּ' בְּמַס' גִּיטִּין פֶּ' מִי שֶׁאֲחָזוֹ:
Dans le traité Guittin, chapitre Mi che-ahazo.
עַל הָעֶלְיוֹנִים עַל הַשֵּׁדִים:
Sur les démons (chedim).
💡 Explication

La réponse précédente suppose que Chelomo, une fois chassé, n'est jamais remonté sur le trône. C'est l'avis melekh ve-hedyot, roi puis homme du commun. Un autre avis tient qu'il fut melekh, hedyot ou-melekh : chassé, puis rétabli. Pour cet avis, sa royauté a bien été achevée, et la première réponse tombe.

La Guemara change alors de motif : Chelomo est retiré de la liste non pour un défaut mais pour un excès. Son règne s'étendait aussi sur ceux d'en haut, les démons, si bien qu'il n'entre pas dans la même comparaison que des rois qui ont seulement dominé la terre.

3
וְהָא הֲוָה סַנְחֵרִיב, דִּכְתִיב: ״מִי בְּכָל אֱ-לֹהֵי הָאֲרָצוֹת הָאֵלֶּה אֲשֶׁר הִצִּילוּ אֶת אַרְצָם מִיָּדִי״! הָא אִיכָּא יְרוּשָׁלַיִם דְּלָא כַּבְשַׁהּ!

Mais il y avait Sanheriv, dont il est écrit : « qui, parmi tous les dieux de ces pays, a délivré son pays de ma main ? » — Il y a Yerouchalayim, qu'il n'a pas conquise.

💡 Explication

Sanheriv se vante d'avoir pris tous les pays. La réponse se lit dans la suite même du verset qu'il prononce : il y mentionne Yerouchalayim comme une ville qu'il compte encore prendre. Elle lui a échappé, et son empire n'était donc pas universel.

4
וְהָא אִיכָּא דָּרְיָוֶשׁ, דִּכְתִיב: ״דָּרְיָוֶשׁ מַלְכָּא כְּתַב לְכָל עַמְמַיָּא אֻומַיָּא וְלִשָּׁנַיָּא דִּי דָייְרִין בְּכָל אַרְעָא שְׁלָמְכוֹן יִסְגֵּא״! הָא אִיכָּא שְׁבַע דְּלָא מְלַךְ עֲלַיְיהוּ, דִּכְתִיב: ״שְׁפַר קֳדָם דָּרְיָוֶשׁ וַהֲקִים עַל מַלְכוּתָא לַאֲחַשְׁדַּרְפְּנַיָּא מְאָה וְעֶשְׂרִין״!

Mais il y a Daryavech, dont il est écrit : « le roi Daryavech écrivit à tous les peuples, nations et langues qui habitent sur toute la terre : que votre paix grandisse ! » — Il y a sept provinces sur lesquelles il n'a pas régné, car il est écrit : « il plut à Daryavech d'établir sur le royaume cent vingt satrapes ».

💡 Explication

L'argument est arithmétique. La formule d'adresse de Daryavech paraît couvrir toute la terre, mais un autre verset chiffre son administration : cent vingt satrapes. Or la meguila attribuera à Ahachveroch cent vingt-sept provinces. La différence de sept montre que sept provinces échappaient à Daryavech.

5
וְהָא אִיכָּא כּוֹרֶשׁ, דִּכְתִיב: ״כֹּה אָמַר כֹּורֶשׁ מֶלֶךְ פָּרַס כֹּל מַמְלְכוֹת הָאָרֶץ נָתַן לִי ה׳״! הָתָם אִשְׁתַּבּוֹחֵי הוּא דְּקָא מִשְׁתַּבַּח בְּנַפְשֵׁיהּ.

Mais il y a Koresh, dont il est écrit : « ainsi parle Koresh, roi de Perse : tous les royaumes de la terre, Hachem me les a donnés » ! Là, il ne faisait que se vanter lui-même.

💡 Explication

Le verset d'Ezra ne rapporte pas un constat de l'Écriture mais une parole du roi. L'Écriture cite fidèlement ce que Koresh a dit ; elle ne se porte pas garante du contenu. La Guemara distingue ainsi entre ce qu'un verset affirme et ce qu'un verset rapporte : ici, une vantardise.

6
״בַּיָּמִים הָהֵם כְּשֶׁבֶת הַמֶּלֶךְ״, וּכְתִיב בָּתְרֵיהּ: ״בִּשְׁנַת שָׁלֹשׁ לְמָלְכוֹ״! אָמַר רָבָא: מַאי ״כְּשַׁבָּת״, לְאַחַר שֶׁנִּתְייַשְּׁבָה דַּעְתּוֹ. אָמַר: בֵּלְשַׁצַּר חָשַׁב וְטָעָה, אֲנָא חָשֵׁיבְנָא וְלָא טָעֵינָא.

« En ces jours-là, lorsque le roi siégea » — et il est écrit ensuite : « en la troisième année de son règne » ! Rava dit : que signifie « lorsqu'il siégea » (ke-chevet) ?

Après que son esprit se fut apaisé (che-nitiachva daato). Il dit : Belchatsar a calculé et s'est trompé ; moi je calculerai et je ne me tromperai pas.

📜 Rachi (2)
כְּשַׁבָּת הַמֶּלֶךְ מַשְׁמַע בִּתְחִילַּת מַלְכוּתוֹ וַהֲדַר כְּתִיב בִּשְׁנַת שָׁלֹשׁ:
Cela indique le début de son règne, et ensuite il est écrit « en la troisième année ».
כְּשֶׁנִּתְייַשְּׁבָה דַּעְתּוֹ שֶׁמִּתְּחִלָּה הָיָה דּוֹאֵג שֶׁיָּצְאוּ יִשְׂרָאֵל מִתַּחַת יָדוֹ כְּשֶׁיִּגָּמְרוּ שִׁבְעִים שָׁנָה לְגָלוּת בָּבֶל וְעַכְשָׁיו נִתְיַישְּׁבָה:
Au début il craignait qu'Israël ne sorte de sous sa main lorsque s'achèveraient les soixante-dix ans de l'exil de Bavel ; maintenant son esprit s'est apaisé.
💡 Explication

Deux versets voisins de la meguila paraissent se contredire. Ke-chevet ha-melekh, lorsque le roi siégea, se lit naturellement comme le début du règne ; le verset suivant date pourtant le festin de la troisième année.

Rava résout en rattachant ke-chevet non au trône mais à l'esprit du roi, par le verbe yachav au sens de s'asseoir, se poser, se calmer : le moment où sa daat, son esprit, s'est apaisée. Ce qui l'inquiétait, Rachi l'explique : il redoutait qu'Israël ne lui échappe à l'issue des soixante-dix ans annoncés. Le calcul qui va suivre est ce qui l'a rassuré.

7
מַאי הִיא — דִּכְתִיב: ״כִּי לְפִי מְלֹאת לְבָבֶל שִׁבְעִים שָׁנָה אֶפְקֹוד אֶתְכֶם״, וּכְתִיב: ״לְמַלֹּאות לְחָרְבוֹת יְרוּשָׁלִַם שִׁבְעִים שָׁנָה״. חָשׁוּב: אַרְבְּעִין וְחָמֵשׁ דִּנְבוּכַדְנֶצַּר, וְעֶשְׂרִים וּתְלָת דֶּאֱוִיל מְרוֹדַךְ, וְתַרְתֵּי דִּידֵיהּ — הָא שִׁבְעִים. אַפֵּיק מָאנֵי דְּבֵי מַקְדְּשָׁא וְאִשְׁתַּמַּשׁ בְּהוּ.

De quoi s'agit-il ? Il est écrit : « car à l'accomplissement, pour Bavel, de soixante-dix ans, je me souviendrai de vous », et il est écrit : « pour accomplir, pour les ruines de Yerouchalayim, soixante-dix ans ».

Il calcula : quarante-cinq de Nevoukhadnetsar, vingt-trois d'Évil Mérodakh et deux des siennes — voilà soixante-dix. Il sortit les ustensiles du Temple et s'en servit.

📜 Rachi (4)
מַאי הִיא חֻושְׁבָּנֵיהּ דְּבֵלְשַׁצַּר וְטָעוּתֵיהּ:
Le calcul de Belchatsar et son erreur.
לְפִי מְלֵאוֹת לְבָבֶל כְּסָבוּר הוּא לְמַלְכוּת בָּבֶל מִיּוֹם שֶׁנָּטְלָה בָּבֶל מַלְכוּת וְזֶה נְבוּכַדְנֶצַּר נָטַל מַלְכוּת מֵאֵסַר חַדֹּון מֶלֶךְ אַשּׁוּר:
Il pensait qu'il s'agissait de la royauté de Bavel, à compter du jour où Bavel prit la royauté ; or c'est Nevoukhadnetsar qui prit la royauté à Essar Hadon, roi d'Achour.
חָשַׁב בֵּלְשַׁצַּר מ"ה דִּנְבוּכַדְנֶצַּר וכ"ג דֶּאֱוִיל מְרֹודַךְ:
Belchatsar compta les quarante-cinq années de Nevoukhadnetsar et les vingt-trois d'Évil Mérodakh.
וְתַרְתֵּי דִּידֵיהּ דְּאַשְׁכְּחַן דְּבֵלְשַׁצַּר מָלַךְ תְּלָת שְׁנִין דִּכְתִיב בְּסֵפֶר דָּנִיֵּאל בִּשְׁנַת שָׁלֹשׁ לְמַלְכוּת בֵּלְשַׁצַּר הַמֶּלֶךְ חָזוֹן נִרְאָה אֵלַי אֲנִי דָנִיֵּאל וְגוֹ':
Car nous trouvons que Belchatsar régna trois ans, comme il est écrit dans le livre de Daniel : « en la troisième année du règne du roi Belchatsar, une vision m'apparut, à moi Daniel... ».
💡 Explication

Deux versets fixent un terme de soixante-dix ans, mais ils ne désignent pas le même point de départ. Yirmiya dit le-Bavel, pour Bavel ; Daniel dit le-horvot Yerouchalayim, pour les ruines de Yerouchalayim. Tout le folio tient dans cet écart.

Belchatsar retient le premier verset et le lit comme la durée de la royauté babylonienne. Il additionne les règnes et arrive à soixante-dix. Concluant que la promesse est caduque, il tire les ustensiles du Temple pour son usage : le calcul n'est pas un exercice, il commande un acte.

8
וּנְבוּכַדְנֶצַּר, מְנָלַן דְּאַרְבְּעִין וַחֲמֵשׁ שְׁנִין מְלַךְ? דְּאָמַר מַר: גָּלוּ בְּשֶׁבַע, גָּלוּ בִּשְׁמוֹנָה, גָּלוּ בִּשְׁמוֹנָה עֶשְׂרֵה, גָּלוּ בְּתֵשַׁע עֲשָׂרָה.

Et Nevoukhadnetsar, d'où savons-nous qu'il a régné quarante-cinq ans ? Car le Maître a dit : ils furent exilés en sept, ils furent exilés en huit, ils furent exilés en dix-huit, ils furent exilés en dix-neuf.

📜 Rachi (1)
גָּלוּ בְּשֶׁבַע גָּלוּ בִּשְׁמֹונֶה חַד גָּלוּת הוּא וּקְרָאֵי קָא דְּרֵישׁ כְּתִיב בַּגָּלוּת יְהוֹיָכִין בִּשְׁנַת שְׁמוֹנָה לְמַלְכוּת נְבוּכַדְנֶצַּר בְּסוֹף סֵפֶר מְלָכִים וּבְסֵפֶר יִרְמְיָה בְּסוֹפוֹ אֲשֶׁר הִגְלָה נְבוּזַרְאֲדָן בִּשְׁנַת שֶׁבַע אֶלָּא שְׁמוֹנָה לְמַלְכוּת נְבוּכַדְנֶצַּר וְשֶׁבַע לְכִיבּוּשׁ יְהוֹיָקִים שֶׁכָּבְשׁוּ תַּחְתָּיו בְּשָׁנָה שְׁנִיָּה לְמַלְכוּתוֹ וְלֹא הִגְלָהוּ וַיְהִי לוֹ עֶבֶד שָׁלֹשׁ שָׁנִים וי"ח וי"ט כְּתִיב בְּגָלוּת צִדְקִיָּהוּ בְּסוֹף סֵפֶר יִרְמְיָה וְהַיְינוּ חֻורְבוֹת יְרוּשָׁלַיִם שֶׁהִיא י"א שָׁנָה אַחַר גָּלוּת יְהוֹיָכִין דִּכְתִיב וַיְהִי בְּעַשְׁתֵּי עֶשְׂרֵה שָׁנָה לַמֶּלֶךְ צִדְקִיָּהוּ וְגוֹ' וּמַאי י"ח וי"ט י"ח לְכִיבּוּשׁ יְהוֹיָקִים וי"ט לְמַלְכוּת נְבוּכַדְנֶצַּר:
Il s'agit d'un seul et même exil, et le Maître interprète les versets. À propos de l'exil de Yehoyakhin il est écrit « en la huitième année du règne de Nevoukhadnetsar », à la fin du livre des Rois ; et à la fin du livre de Yirmiya : « que Nevouzaradan exila en la septième année ». Mais c'est la huitième année du règne de Nevoukhadnetsar et la septième depuis la conquête de Yehoyakim, qu'il soumit sous lui en la deuxième année de son règne sans l'exiler, « et il lui fut assujetti trois ans ». Quant à dix-huit et dix-neuf, ils sont écrits à propos de l'exil de Tsidkiyahou, à la fin du livre de Yirmiya ; ce sont les ruines de Yerouchalayim, qui surviennent onze ans après l'exil de Yehoyakhin, car il est écrit « et ce fut en la onzième année du roi Tsidkiyahou... ». Et que sont dix-huit et dix-neuf ? Dix-huit depuis la conquête de Yehoyakim, et dix-neuf depuis le début du règne de Nevoukhadnetsar.
💡 Explication

La Guemara vérifie le premier terme de l'addition. La source est une baraita qui énumère quatre dates d'exil apparemment contradictoires. Rachi en donne la clé : il n'y a que deux exils, chacun daté deux fois — une fois depuis la conquête de Yehoyakim, une fois depuis l'avènement de Nevoukhadnetsar. Sept et huit désignent le même exil, celui de Yehoyakhin ; dix-huit et dix-neuf le même exil, celui de Tsidkiyahou. L'écart constant d'une année entre les deux comptes est ce qui permettra de dater le début du règne.

9
גָּלוּ בְּשֶׁבַע — לְכִיבּוּשׁ יְהוֹיָקִים גָּלוּת יְהוֹיָכִין, שֶׁהִיא שְׁמוֹנָה לִנְבוּכַדְנֶצַּר. גָּלוּ בִּשְׁמוֹנָה עֲשָׂרָה — לְכִיבּוּשׁ יְהוֹיָקִים גָּלוּת צִדְקִיָּהוּ שֶׁהִיא תְּשַׁע עֶשְׂרֵה לִנְבוּכַדְנֶצַּר, דְּאָמַר מַר: שָׁנָה רִאשׁוֹנָה כִּיבֵּשׁ נִינְוֵה, שְׁנִיָּה כִּיבֵּשׁ יְהוֹיָקִים. וּכְתִיב: ״וַיְהִי בִשְׁלֹשִׁים וָשֶׁבַע שָׁנָה לְגָלוּת יְהוֹיָכִין מֶלֶךְ יְהוּדָה בִּשְׁנֵים עָשָׂר חֹדֶשׁ בְּעֶשְׂרִים וַחֲמִשָּׁה לַחֹדֶשׁ נָשָׂא אֱוִיל מְרֹודַךְ מֶלֶךְ בָּבֶל [בִּשְׁנַת מַלְכוּתוֹ] אֶת רֹאשׁ יְהוֹיָכִין מֶלֶךְ יְהוּדָה וַיֹּוצֵא אוֹתוֹ מִבֵּית הַכֶּלֶא״.

« Ils furent exilés en sept » : depuis la conquête de Yehoyakim, c'est l'exil de Yehoyakhin, qui est la huitième année de Nevoukhadnetsar. « Ils furent exilés en dix-huit » : depuis la conquête de Yehoyakim, c'est l'exil de Tsidkiyahou, qui est la dix-neuvième année de Nevoukhadnetsar — car le Maître a dit : la première année il conquit Ninve, la deuxième il conquit Yehoyakim.

Et il est écrit : « et ce fut en la trente-septième année de l'exil de Yehoyakhin, roi de Yehouda, au douzième mois, le vingt-cinq du mois, qu'Évil Mérodakh, roi de Bavel, [en l'année de son avènement,] releva la tête de Yehoyakhin, roi de Yehouda, et le fit sortir de la maison d'arrêt ».

📜 Rachi (3)
דְּאָמַר מָר שָׁנָה רִאשׁוֹנָה כִּיבֵּשׁ נִינְוֵה שֶׁהָיְתָה רֹאשׁ מַלְכוּת אַשּׁוּר שֶׁהָיָה מֶלֶךְ בְּנִינְוֵה:
Ninve était la capitale du royaume d'Achour, dont le roi résidait à Ninve.
שְׁנִיָּה כִּיבֵּשׁ יְהוֹיָקִים קְרָאֵי קָא דְּרֵישׁ בְּסֵדֶר עוֹלָם כְּתִיב בְּרֹאשׁ סֵפֶר דָּנִיֵּאל בִּשְׁנַת שָׁלֹשׁ לְמַלְכוּת יְהוֹיָקִים בָּא נְבוּכַדְנֶצַּר בִּירוּשָׁלַיִם וְיִתֵּן ה' אֶת יְהוֹיָקִים בְּיָדוֹ אֶפְשָׁר לוֹמַר כֵּן וַהֲלֹא לֹא מָלַךְ אֶלָּא בִּשְׁנַת אַרְבַּע לִיהוֹיָקִים שֶׁנֶּאֱמַר בְּסֵפֶר יִרְמְיָהוּ (מַה) הַדָּבָר אֲשֶׁר הָיָה בִּשְׁנַת הָרְבִיעִית לִיהוֹיָקִים הִיא שָׁנָה הָרִאשׁוֹנָה לִנְבוּכַדְנֶצַּר אֶלָּא מַה תַּלְמוּד לוֹמַר בִּשְׁנַת שָׁלֹשׁ לְמַלְכוּת יְהוֹיָקִים בִּשְׁנַת שְׁלֹשָׁה לְמִרְדּוֹ לְאַחַר שֶׁכִּיבְּשׁוּ עַבְדּוֹ שְׁלֹשָׁה שָׁנִים וּמָרַד בּוֹ שֶׁנֶּאֱמַר וַיְהִי לוֹ [יְהוֹיָקִים] עֶבֶד שָׁלֹשׁ שָׁנִים וַיָּשָׁב וַיִּמְרָד בּוֹ (מְלָכִים ב כ״ד:א׳) וְלִמֶּדְךָ כָּאן שֶׁעָמַד בְּמִרְדּוֹ שָׁלֹשׁ שָׁנִים הֲרֵי שִׁשָּׁה שָׁנִים לְכִיבּוּשׁוֹ וּבַפַּעַם הַזֹּאת נִמְסַר בְּיָדוֹ וַהֲרָגוֹ וְנִתְקַיֵּים בּוֹ קְבוּרַת חֲמוֹר יִיקָּבֵר (יִרְמְיָהוּ כ״ב:י״ט) וְהִמְלִיךְ אֶת יְהוֹיָכִין בְּנוֹ תַּחְתָּיו וּבָא לוֹ לְבָבֶל (מִדְרַשׁ רַבָּה מְצֹורָע פי"ט) אָמְרוּ לוֹ יוֹעֲצָיו הָאָב מָרַד בְּךָ וְהִמְלַכְתָּ בְּנוֹ מַתְלָא אֲמָרָן מִכַּלְבָּא בִּישָׁא גּוּרְיָא טָבָא לָא נָפֵיק חָזַר עָלָיו לִתְשׁוּבַת הַשָּׁנָה וְהִגְלָהוּ וְהִמְלִיךְ צִדְקִיָּהוּ וְכֵן כְּתִיב בְּסֵפֶר מְלָכִים בְּסוֹפוֹ נִמְצֵאתָ גָּלוּת יְהוֹיָכִין בִּשְׁנַת שֶׁבַע לְכִיבּוּשׁ יְהוֹיָקִים וַהֲרֵי הַכָּתוּב קוֹרֵא אוֹתָהּ בִּשְׁנַת שְׁמוֹנָה לְמַלְכוּת נְבוּכַדְנֶצַּר בְּסֵפֶר מְלָכִים בְּסוֹפוֹ לָמַדְנוּ שֶׁבְּשָׁנָה שְׁנִיָּה לְמַלְכוּתוֹ כִּיבְּשׁוֹ:
Il interprète les versets, comme dans le Seder Olam. Au début du livre de Daniel il est écrit : « en la troisième année du règne de Yehoyakim, Nevoukhadnetsar vint à Yerouchalayim, et Hachem livra Yehoyakim entre ses mains ». Est-il possible de dire cela ? Il ne devint roi qu'en la quatrième année de Yehoyakim, ainsi qu'il est dit dans le livre de Yirmiya (chap. 25) : « la parole qui fut en la quatrième année de Yehoyakim, c'est-à-dire la première année de Nevoukhadnetsar ». Que vient donc enseigner « en la troisième année du règne de Yehoyakim » ? En la troisième année de sa rébellion : après l'avoir conquis, il lui fut assujetti trois ans, puis il se révolta contre lui, ainsi qu'il est dit « et Yehoyakim lui fut assujetti trois ans, puis il se retourna et se révolta contre lui » (Rois II 24,1). Le texte t'enseigne ici qu'il demeura trois ans dans sa rébellion, soit six années depuis sa conquête. Cette fois-là il fut livré entre ses mains, il le tua, et s'accomplit à son sujet « de la sépulture d'un âne il sera enseveli » (Yirmiya 22,19). Il fit régner Yehoyakhin son fils à sa place et s'en retourna à Bavel. Ses conseillers lui dirent : le père s'est révolté contre toi, et tu as fait régner son fils ? Le proverbe dit : d'un mauvais chien ne sort pas un bon chiot. Il revint contre lui au retour de l'année, l'exila et fit régner Tsidkiyahou ; ainsi est-il écrit à la fin du livre des Rois. Il se trouve que l'exil de Yehoyakhin eut lieu en la septième année depuis la conquête de Yehoyakim, alors que le verset l'appelle « la huitième année du règne de Nevoukhadnetsar », à la fin du livre des Rois : nous apprenons de là que c'est en la deuxième année de son règne qu'il l'a conquis.
נָשָׂא אֱוִיל מְרֹודַךְ מֶלֶךְ בָּבֶל וְגוֹ' לָמַדְנוּ שֶׁמָּלַךְ אֱוִיל מְרֹודַךְ בִּשְׁנַת ל"ז לְגָלוּת יְהוֹיָכִין וּכְבָר מָלַךְ נְבוּכַדְנֶצַּר שְׁמוֹנָה שָׁנִים קֹודֶם גָּלוּת יְהוֹיָכִין שְׁמוֹנָה ול"ז הֲרֵי מ"ה וכ"ג דֶּאֱוִיל מְרֹודַךְ וּב' דְּבֵלְשַׁצַּר:
Nous apprenons qu'Évil Mérodakh devint roi en la trente-septième année de l'exil de Yehoyakhin, et que Nevoukhadnetsar avait déjà régné huit années avant l'exil de Yehoyakhin : huit et trente-sept, voilà quarante-cinq ; et vingt-trois d'Évil Mérodakh, et deux de Belchatsar.
💡 Explication

Le dédoublement des dates est maintenant expliqué par un décalage d'une année : Nevoukhadnetsar a conquis Ninve la première année et soumis Yehoyakim la seconde. Tout compte fait depuis la conquête de Yehoyakim est donc en retard d'une année sur le compte de son règne.

Le verset de Yirmiya 52,31 fournit la dernière pièce : Évil Mérodakh libère Yehoyakhin en la trente-septième année de son exil, et c'est l'année de son propre avènement. L'exil de Yehoyakhin étant la huitième année de Nevoukhadnetsar, le règne de ce dernier a dure huit années plus trente-sept, soit quarante-cinq.

🖼️ Schéma
Deux exils, quatre dates : le même événement compte de deux façons L'événement Depuis la conquête de Yehoyakim Depuis le règne Exil de Yehoyakhin an 7 an 8 Exil de Tsidkiyahou, ruines de la ville an 18 an 19 La raison du décalage d'une année Année 1 du règne : conquête de Ninve. Année 2 : conquête de Yehoyakim. Onze années séparent les deux exils : c'est l'écart qui décidera de tout le calcul.
Sept et huit désignent un seul exil, dix-huit et dix-neuf un seul autre ; seul le point de départ change.
10
תַּמְנֵי וּתְלָתִין וְשֶׁבַע — הֲרֵי אַרְבְּעִין וַחֲמֵשׁ דִּנְבוּכַדְנֶצַּר. וְעֶשְׂרִין וּתְלָת דֶּאֱוִיל מְרוֹדַךְ — גְּמָרָא, וְתַרְתֵּי דִּידֵיהּ — הָא שֶׁבָּעַיִן. אֲמַר: הַשְׁתָּא וַדַּאי תּוּ לָא מִיפַּרְקִי, אַפֵּיק מָאנֵי דְּבֵי מַקְדְּשָׁא וְאִשְׁתַּמַּשׁ בְּהוּ.

Huit et trente-sept — voilà les quarante-cinq années de Nevoukhadnetsar. Et les vingt-trois d'Évil Mérodakh sont une tradition reçue ; et deux des siennes — voilà soixante-dix.

Il dit : maintenant, assurément, ils ne seront plus délivrés. Il sortit les ustensiles du Temple et s'en servit.

📜 Rachi (1)
אַפֵּיק מָאנֵי דְּבֵית הַמִּקְדָּשׁ בִּשְׁנַת שְׁלִישִׁית לְמַלְכוּתוֹ:
En la troisième année de son règne.
💡 Explication

L'addition est close : 45 plus 23 plus 2 font 70. Les vingt-trois années d'Évil Mérodakh ne viennent pas d'un verset mais d'une guemara, une tradition reçue, terme qui désigne ici un enseignement transmis oralement.

Rachi précise que l'acte a eu lieu la troisième année du règne de Belchatsar, après que ses deux premières années eurent complété le compte.

11
הַייְנוּ דְּקָאָמַר לֵיהּ דָּנִיאֵל: ״וְעַל מָרֵי שְׁמַיָּא הִתְרוֹמַמְתָּ וּלְמָאנַיָּא דִּי בַיְיתֵיהּ הַיְתִיו קָדָמָךְ״, וּכְתִיב: ״בֵּיהּ בְּלֵילְיָא קְטִיל בֵּלְשַׁאצַּר מַלְכָּא [כְּשֶׁדָּאָה]״. וּכְתִיב: ״וְדָרְיָוֶשׁ מָדָאָה קַבֵּל מַלְכוּתָא כְּבַר שְׁנִין שִׁתִּין וְתַרְתֵּין״.

C'est ce que lui dit Daniel : « et contre le Maître des cieux tu t'es élevé, et l'on a apporté devant toi les ustensiles de sa Maison ». Et il est écrit : « cette nuit-là, Belchatsar, le roi [chaldéen], fut tué ».

Et il est écrit : « et Daryavech le Mède reçut la royauté, âgé d'environ soixante-deux ans ».

💡 Explication

Les trois versets de Daniel forment une suite serrée : le reproche, la mort, la succession. L'usage des ustensiles du Temple est présenté comme la cause immédiate de la chute, et la nuit du festin en est le terme.

Le troisième verset prépare la suite du folio : Daryavech le Mède ouvre la série des règnes que Ahachveroch fera entrer dans son propre calcul.

12
אֲמַר: אִיהוּ מִיטְעָא טָעֵי, אֲנָא חָשֵׁיבְנָא וְלָא טָעֵינָא. מִי כְּתִיב ״לְמַלְכוּת בָּבֶל״? ״לְבָבֶל״ כְּתִיב, מַאי ״לְבָבֶל״? לְגָלוּת בָּבֶל, כַּמָּה בְּצִירָן — תַּמְנֵי, חַשֵּׁיב וְעַיֵּיל חִילּוּפַייְהוּ חֲדָא דְּבֵלְשַׁצַּר, וְחָמֵשׁ דְּדָרְיָוֶשׁ וְכוֹרֶשׁ, וְתַרְתֵּי דִּידֵיהּ — הָא שֶׁבָּעַיִן. כֵּיוָן דְּחָזֵי דִּמְלוֹ שִׁבְעִין וְלָא אִיפְּרוּק — אֲמַר: הַשְׁתָּא וַדַּאי תּוּ לָא מִיפַּרְקִי, אַפֵּיק מָאנֵי דְּבֵי מַקְדְּשָׁא וְאִשְׁתַּמַּשׁ בְּהוּ. בָּא שָׂטָן וְרִיקֵּד בֵּינֵיהֶן וְהָרַג אֶת וַשְׁתִּי.

Il dit : lui, il s'est trompé ; moi je calculerai et je ne me tromperai pas. Est-il écrit « pour la royauté de Bavel » ?

C'est « pour Bavel » qui est écrit. Que signifie « pour Bavel » ?

Pour l'exil de Bavel. Combien en manque-t-il ?

Huit. Il calcula et introduisit à leur place une année de Belchatsar, cinq de Daryavech et de Koresh, et deux des siennes — voilà soixante-dix.

Ayant vu que les soixante-dix années étaient accomplies sans que la délivrance vienne, il dit : maintenant, assurément, ils ne seront plus délivrés. Il sortit les ustensiles du Temple et s'en servit.

Le Satan vint, dansa parmi eux et tua Vachti.

📜 Rachi (8)
אָמַר אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ אִיהוּ וַדַּאי מִיטְעָא טָעֵי:
Ahachveroch dit : lui, assurément, s'est trompé.
אֲנָא חָשֵׁיבְנָא כו' לְגָלוּת בָּבֶל תְּחִילַּת גּוֹלָה שֶׁהִגְלָה אֶת יְכָנְיָה:
Le début de l'exil, lorsqu'il exila Yekhonia.
כַּמָּה בְּצִירָן מִשִּׁבְעִים מִשְּׁנַת שְׁתַּיִם לְבֵלְשַׁצַּר תַּמְנֵי אוֹתָן שְׁמוֹנָה שָׁנִים שֶׁמָּלַךְ נְבוּכַדְנֶצַּר לִפְנֵי הַגְלוֹתוֹ אֶת יְכָנְיָה שֶׁלֹּא הָיָה לוֹ לְבֵלְשַׁצַּר לִמְנוֹתָן וּמְנָאָן:
Combien manque-t-il aux soixante-dix, à partir de la deuxième année de Belchatsar ? Huit : ces huit années durant lesquelles Nevoukhadnetsar régna avant d'exiler Yekhonia, que Belchatsar n'aurait pas dû compter et qu'il a comptées.
חָשַׁב אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ מב' לְבֵלְשַׁצַּר עַד שָׁלֹשׁ שֶׁלּוֹ:
Ahachveroch compta depuis la deuxième année de Belchatsar jusqu'à sa propre troisième année.
וְעָיֵיל הָנָךְ תַּמְנֵי תְּחוֹתַיְיהוּ:
Il introduisit ces années-là à la place de ces huit.
חֲדָא דְּבֵלְשַׁצַּר דַּהֲרֵי מִשְׁנַת שְׁתַּיִם שָׁלְמוּ שִׁבְעִים שָׁנָה לְפִי מִנְיָינוֹ וְשׁוּב מָנָה שְׁלִישִׁית:
Car dès la deuxième année les soixante-dix ans étaient accomplis selon son compte ; il compta donc encore la troisième.
וַחֲמִשָּׁה דְּדָרְיָוֶשׁ הַמָּדִי וְכוֹרֶשׁ הַפַּרְסִי דִּכְתִיב וְדָרְיָוֶשׁ מָדָאָה קַבֵּיל מַלְכוּתָא (דָּנִיֵּאל ו׳:א׳) וְאַחֲרָיו מָלַךְ כּוֹרֶשׁ הָרִאשׁוֹן שֶׁנָּתַן רְשׁוּת לִבְנֵי הַגּוֹלָה לַעֲלוֹת שֶׁנֶּאֱמַר כֹּה אָמַר כּוֹרֶשׁ וְגוֹ' (עֶזְרָא א׳:ב׳) וְקָסָלְקָא דַּעְתָּךְ הַשְׁתָּא שֶׁמָּלְכוּ בֵּין שְׁנֵיהֶן ה' שָׁנִים אע"ג דְּלָא כְּתִיב בִּקְרָא:
Car il est écrit « et Daryavech le Mède reçut la royauté » (Daniel 6,1), et après lui régna Koresh le premier, qui autorisa les exilés à monter, ainsi qu'il est dit « ainsi parle Koresh... » (Ezra 1,2). On suppose ici qu'à eux deux ils ont régné cinq années, bien que cela ne soit pas écrit dans le verset.
וְתַרְתֵּי דַּאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ כְּבָר עָבְרוּ לוֹ שְׁתֵּי שָׁנִים:
Deux années s'étaient déjà écoulées pour lui.
🪔 Ben Yehoyada (1)
בָּא שָׂטָן וְרִקֵּד בֵּינֵיהֶן וְהָרַג אֶת וַשְׁתִּי. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה בֵּלְשַׁצַּר נֶהֱרַג הוּא עַצְמוֹ, וַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ נֶהֶרְגָה אִשְׁתּוֹ? וְעוֹד מַאי קָא מַשְׁמַע לַן בְּאוֹמְרוֹ 'בֵּינֵיהֶם'? וְדַי לוֹמַר אֲתָא שָׂטָן וְרַקָּד וְהָרַג אֶת וּשְׁתֵּי. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּבֵלְשַׁצַּר הוּא הָיָה הָרִאשׁוֹן בְּחֵטְא שֶׁסָּמַךְ עַל חֶשְׁבּוֹנוֹ, וְעָשָׂה מַעֲשֶׂה לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּכֵלִים שֶׁל בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, וַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ רָאָה מַעֲשֵׂה בֵּלְשַׁצַּר שֶׁסָּמַךְ עַל חֶשְׁבּוֹנוֹ לַעֲשׂוֹת מַעֲשֶׂה, וְאָז גַּם הוּא לָמַד לִסְמֹוךְ עַל חֶשְׁבּוֹנוֹ וְלַעֲשׂוֹת מַעֲשֶׂה, נִמְצָא בֵּלְשַׁצַּר יֵשׁ לוֹ שֻׁותָּפוּת בְּחֵטְא אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ גַּם כֵּן כְּדִין הַחוֹפֵר בֹּור וְלֹא יְכַסֶּנּוּ וְנָפַל שָׁמָּה שּׁוֹר אוֹ חֲמוֹר בַּעַל הַבּוֹר יְשַׁלֵּם (בָּבָא קַמָּא נ:) , וּלְכָךְ בְּחֵטְא אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ נַעֲשָׂה הָעֹונֶשׁ בְּשֻׁותָּפוּת שְׁנֵיהֶם שֶׁנֶּהֶרְגָה וּשְׁתֵּי שֶׁהִיא בִּתּוֹ יְחִידָתוֹ שֶׁל בֵּלְשַׁצַּר, וְכָלָה זַרְעוֹ בָּהּ, וְהִגִּיעַ עֹונֶשׁ זֶה לְבֵלְשַׁצַּר, וְגַם הִגִּיעַ הָעֹונֶשׁ לַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, כִּי הָיְתָה וּשְׁתֵּי אִשְׁתּוֹ שֶׁהִיא כְּגוּפוֹ, וְהָיָה אוֹהֵב אוֹתָהּ יוֹתֵר מִנַּפְשׁוֹ. וּמַה שֶׁאָמַר בָּא שָׂטָן וְרִקֵּד בֵּינֵיהֶן , נִרְאֶה לִי בס"ד בֵּלְשַׁצַּר [622] מִסְפַּר שְׁמוֹ תרכ"ג, וַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ [821] מִסִּפְרוֹ תתכ"א וְהֶפְרֵשׁ שֶׁיֵּשׁ בֵּינֵיהֶם הוּא מִסְפַּר צַחַק [198] , וְיָדוּעַ מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּמִדְרַשׁ רַבָּה פָּרָשַׁת וַיֵּרָא, 'וַתֵּרֶא שָׂרָה אֶת בֶּן הָגָר הַמִּצְרִית מְצַחֵק' (בְּרֵאשִׁית כא, ט) , אֵין מְצַחֵק אֶלָּא גִּילּוּי עֲרָיוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר (בְּרֵאשִׁית לט, יד) 'רְאוּ הֵבִיא לָנוּ אִישׁ עִבְרִי לְצַחֶק בְּנוֹ' עַיֵּין שָׁם, נִמְצָא הוּא לְשׁוֹן זְנוּת וְגִילּוּי עֲרָיוֹת, וְיָדוּעַ סִיבַּת הֲרִיגַת וּשְׁתֵּי הָיְתָה שֶׁבָּא שָׂטָן וְגֵירָה בָּהֶם תַּאֲוַת נִיאוּף וּזְנוּת שֶׁכֻּולָּם נִתְכַּווְּנוּ לְכָךְ בְּאוֹתָהּ סְעוּדָה, הַלָּלוּ אוֹמְרִים מָדִיּוֹת נָאוֹת וְהַלָּלוּ אוֹמְרִים פָּרְסִיּוֹת נָאוֹת, אָמַר לוֹ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ כְּלִי שֶׁלִּי כְּשַׁדַּי הוּא וְנָאֶה בְּיוֹתֵר, וְהִסְכִּימוּ כֻּולָּם שֶׁיָּבִיאוּ נְשׁוֹתֵיהֶם עֲרוּמוֹת, וְתָבֹא גַּם וּשְׁתֵּי עֲרוּמָה כִּי בְּכֻולָּם בָּעֲרָה אֵשׁ תַּאֲוַת הַזְּנוּת שֶׁנִּתְכַּווְּנוּ לִזְנוּת, וְהוּא גַּם כֵּן עִמָּהֶם בְּתַאֲוָה זוֹ וְשָׁלַח לָהּ שֶׁתָּבֹא עֲרוּמָה וְסֵירְבָה, וְעַל יְדֵי כָּךְ נִתְגַּלְגְּלָה הֲרִיגָה שֶׁלָּהּ. וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר בָּא שָׂטָן וְרִקֵּד בֵּינֵיהֶן, רוֹצֶה לוֹמַר רִיקֵּד בְּתַאֲוַת הַנִּיאוּף הָרְמוּזָה בֵּין טוֹעֶה הָרִאשׁוֹן שֶׁהוּא בֵּלְשַׁצַּאר, וּבֵין טוֹעֶה הָאַחֲרוֹן שֶׁהִיא אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, כִּי הַטָּעוּת שֶׁל אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ נִמְשַׁךְ מִטָּעוּת בֵּלְשַׁצַּאר שֶׁסָּמַךְ עַל חֶשְׁבּוֹנוֹ לַעֲשׂוֹת מַעֲשֶׂה שֶׁל שִׁימּוּשׁ כְּלֵי הַקֹּודֶשׁ. אוֹ יוּבָן הֶפְרֵשׁ שֶׁיֵּשׁ בֵּין בֵּלְשַׁצַּר וּבֵין אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ הוּא מְסַפֵּר חִיצִּים [158] , שֶׁזָּרַק הַשָּׂטָן חִיצִּים מִן הַדְּבוֹרִים שֶׁלָּהֶם שֶׁעַל יְדֵי כָּךְ נֶהֶרְגָה וּשְׁתֵּי.
« Le Satan vint, dansa parmi eux et tua Vachti. » Il y a lieu de demander : pourquoi Belchatsar fut-il tué lui-même, tandis que chez Ahachveroch c'est sa femme qui fut tuée ? Et de plus, que vient nous apprendre le mot « parmi eux » ? Il aurait suffi de dire : le Satan vint, dansa et tua Vachti. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Belchatsar fut le premier dans la faute, en s'appuyant sur son calcul et en passant à l'acte pour se servir des ustensiles du Temple ; Ahachveroch vit l'acte de Belchatsar, qui s'était appuyé sur son calcul pour agir, et apprit de là à s'appuyer lui aussi sur son calcul et à agir. Belchatsar a donc une part dans la faute d'Ahachveroch, selon la règle de celui qui creuse une fosse et ne la couvre pas : si un bœuf ou un âne y tombe, le maître de la fosse paie (Baba Kama 50b). C'est pourquoi, dans la faute d'Ahachveroch, la punition fut faite en association entre les deux : Vachti fut tuée, elle qui était la fille unique de Belchatsar, et par elle sa descendance s'est éteinte ; la punition a donc atteint Belchatsar, et elle a atteint aussi Ahachveroch, car Vachti était sa femme, qui est comme son propre corps, et il l'aimait plus que lui-même. Quant à ce qui est dit « le Satan vint et dansa parmi eux », il me semble, avec l'aide du Ciel, que le nom Belchatsar [622] a pour valeur numérique 623, et Ahachveroch [821] a pour valeur 821 ; l'écart entre les deux est la valeur du mot tsahek, rire [198]. Et l'on sait ce que nos maîtres ont dit dans le Midrach Rabba, parachat Vayera, sur « et Sara vit le fils d'Agar l'Égyptienne qui riait (metsahek) » (Berechit 21,9) : metsahek désigne la débauche, ainsi qu'il est dit « voyez, il nous a amené un homme hébreu pour se jouer de nous » (Berechit 39,14) — vois-y ; le terme désigne donc la prostitution et la débauche. Or on sait que la cause de la mise à mort de Vachti fut que le Satan vint exciter en eux le désir de la débauche, tous s'étant tournés vers cela dans ce festin : les uns disaient que les Mèdes sont belles, les autres que les Perses sont belles, et Ahachveroch leur dit que sa propre femme était chaldéenne et la plus belle de toutes. Tous convinrent alors de faire venir leurs femmes nues, et que Vachti vienne nue elle aussi, car en tous brûlait le feu du désir de la débauche, vers laquelle ils se tournaient ; lui-même était avec eux dans ce désir, et il lui envoya l'ordre de venir nue, et elle refusa — c'est ainsi que sa mise à mort s'est enchaînée. C'est le sens de « le Satan vint et dansa parmi eux » : il a dansé dans le désir de débauche indiqué entre le premier de ceux qui se sont trompés, Belchatsar, et le dernier de ceux qui se sont trompés, Ahachveroch, car l'erreur d'Ahachveroch découle de celle de Belchatsar, qui s'appuya sur son calcul pour se servir des ustensiles sacrés. Ou bien l'on comprendra que l'écart entre Belchatsar et Ahachveroch est la valeur du mot hitsim, flèches [158] : le Satan a lancé des flèches à partir de leurs propres paroles, et c'est par là que Vachti fut mise à mort.
💡 Explication

Ahachveroch croit tenir l'erreur de son prédécesseur. Le verset ne dit pas le-malkhout Bavel, pour la royauté de Bavel, mais le-Bavel, ce qu'il entend comme l'exil de Bavel. Le point de départ se déplace donc de l'avènement de Nevoukhadnetsar à l'exil de Yehoyakhin, soit huit années plus tard.

Ces huit années retranchées, il en manque huit au compte. Il les remplace par des années postérieures : une année de Belchatsar, cinq attribuées à Daryavech et Koresh — Rachi note que ce chiffre est supposé, aucun verset ne le donnant — et deux de son propre règne. Le total revient à soixante-dix.

Le même raisonnement produit le même acte, et la sanction tombe au milieu du festin : le Satan danse parmi les convives, et Vachti est mise à mort.

13
וְהָא שַׁפִּיר חֲשִׁיב? אִיהוּ נָמֵי מִיטְעָא טָעֵי, דְּאִיבְּעִי לֵיהּ לְמִימְנֵי מֵחָרְבוֹת יְרוּשָׁלַיִם.

Mais n'a-t-il pas calculé correctement ? Lui aussi s'est trompé, car il aurait dû compter depuis les ruines de Yerouchalayim.

📜 Rachi (1)
מֵחָרְבוֹת יְרוּשָׁלַיִם גָּלוּת צִדְקִיָּהוּ שֶׁנִּשְׂרְפָה הָעִיר וּבוֹ בְּהֶדְיָא כְּתִיב דִּלְחָרְבוֹת יְרוּשָׁלַיִם בָּעֵי לְמִימַּנְיָא דִּכְתִיב בְּסֵפֶר דָּנִיֵּאל לְמַלֹּאות לְחָרְבוֹת יְרוּשָׁלִַם שִׁבְעִים שָׁנָה:
L'exil de Tsidkiyahou, lorsque la ville fut incendiée. Et cela est écrit explicitement : c'est depuis les ruines de Yerouchalayim qu'il fallait compter, car il est écrit dans le livre de Daniel « pour accomplir, pour les ruines de Yerouchalayim, soixante-dix ans ».
💡 Explication

La Guemara refuse de laisser croire qu'Ahachveroch avait corrigé l'erreur. Le second verset, celui de Daniel, fixe expressément le départ aux ruines de Yerouchalayim, c'est-à-dire à l'incendie de la ville lors de l'exil de Tsidkiyahou. Ahachveroch est parti du premier exil, celui de Yehoyakhin, onze années trop tôt.

14
סוֹף סוֹף כַּמָּה בְּצִירָן? חֲדֵיסַר. אִיהוּ כַּמָּה מֶלֶךְ? אַרְבֵּיסַר, בְּאַרְבֵּיסַר דִּידֵיהּ אִיבְּעִי לֵיהּ לְמִיבְנֵי בֵּית הַמִּקְדָּשׁ, אַלְּמָה כְּתִיב: ״בֵּאדַיִן בְּטֵילַת עֲבִידַת בֵּית אֱלָהָא דִּי בִּירוּשְׁלֶם״, אָמַר רָבָא: שָׁנִים מְקֻוטָּעוֹת הָווּ.

En fin de compte, combien en manque-t-il ? Onze.

Et lui, combien de temps à-t-il régné ? Quatorze.

En sa quatorzième année, le Temple aurait donc dû être bâti. Pourquoi alors est-il écrit : « alors cessa le travail de la Maison de D.ieu qui est à Yerouchalayim » ?

Rava dit : les années étaient des années tronquées.

📜 Rachi (4)
חֲדֵיסַר שֶׁכָּךְ עָמַד הַבַּיִת אַחַר גָּלוּת יְכָנְיָה:
Car le Temple demeura debout onze années après l'exil de Yekhonia.
אִיהוּ כַּמָּה מְלַךְ אַרְבֵּיסַר דִּכְתִיב בִּשְׁנַת שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה הִפִּיל פּוּר הוּא הַגּוֹרָל וּלְשָׁנָה אַחֶרֶת נַעֲשָׂה הַנֵּס. הֲרֵי י"ג דְּמַלְכֵי אוּמוֹת הָעוֹלָם מִתִּשְׁרֵי מָנֵינַן וְנִתְחַדְּשָׁה הַשָּׁנָה בְּתִשְׁרֵי וּכְתִיב לְשָׁנָה אַחֶרֶת לְקַיֵּים אֵת אִגֶּרֶת הַפּוּרִים הַזֹּאת הַשֵּׁנִית הֲרֵי י"ד:
Car il est écrit « en la douzième année on jeta le pour, c'est-à-dire le sort », et l'année suivante le miracle eut lieu : voilà treize, puisque pour les rois des nations on compte depuis Tichri et que l'année s'est renouvelée en Tichri ; et il est écrit « l'année suivante, pour confirmer cette seconde lettre de Pourim » : voilà quatorze.
בֵּאדַיִן בִּימֵי כּוֹרֶשׁ בְּטֵילַת עֲבִידַת בֵּית אֱלָהָא שֶׁצִּוָּה כּוֹרֶשׁ לִבְנוֹת וְחָזַר בּוֹ עַל יְדֵי צָרֵי יְהוּדָה וּבִנְיָמִין כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר עֶזְרָא עַד שְׁנַת תַּרְתֵּין לְמַלְכוּת דָּרְיָוֶשׁ הַשֵּׁנִי שֶׁמָּלַךְ אַחַר אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וְנִקְרָא שְׁלֹשָׁה שֵׁמוֹת דָּרְיָוֶשׁ כּוֹרֶשׁ אַרְתַּחְשַׁסְתְּא:
Aux jours de Koresh cessa le travail de la Maison de D.ieu, que Koresh avait ordonné de bâtir avant de se rétracter à cause des adversaires de Yehouda et de Binyamin, comme il est écrit dans le livre d'Ezra — et cela jusqu'à la deuxième année du règne de Daryavech le second, qui régna après Ahachveroch et que l'on nomme de trois noms : Daryavech, Koresh, Artahchasta.
שָׁנִים מְקֻוטָּעוֹת הָיוּ אוֹתָן שָׁנִים שֶׁמְּנֵינַן לְמַעְלָה יֵשׁ בָּהֶן שֶׁנִּבְלְעוּ מִשֶּׁל אַחֲרוֹן בָּרִאשׁוֹן כְּגוֹן לְדָרְיָוֶשׁ הַמָּדִי וְכוֹרֶשׁ שֶׁמָּנֵינַן לָהֶם ה' שָׁנִים לֹא תִּמְצָא אֶלָּא ד' דִּכְתִיב בִּשְׁנַת אַחַת לְדָרְיָוֶשׁ בֶּן אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ בְּסֵפֶר דָּנִיֵּאל בִּשְׁנַת שָׁלֹשׁ לְמַלְכוּת כּוֹרֶשׁ וְגוֹ' וְתַנְיָא בְּסֵדֶר עוֹלָם לֹא מָצִינוּ לְמָדַי שָׁנָה בַּכְּתוּבִים אֶלָּא זוֹ בִּלְבַד וּלְכוֹרֶשׁ מָצִינוּ שְׁלֹשָׁה שָׁנִים בְּסֵפֶר דָּנִיֵּאל בִּשְׁנַת שָׁלֹשׁ לְמַלְכוּת כּוֹרֶשׁ וְגוֹ' וְתַנְיָא נָמֵי בְּסֵדֶר עוֹלָם כּוֹרֶשׁ מָלַךְ שָׁלֹשׁ שָׁנִים מְקֻוטָּעוֹת הֲרֵי שֶׁמָּנִיתָ שָׁנָה יְתֵרָה וְגַם דְּבִשְׁנוֹת נְבוּכַדְנֶצַּר וֶאֱוִיל מְרֹודַךְ נִבְלְעָה שָׁנָה וּכְנֶגְדּוֹ נִשְׁתַּהָה הַבִּנְיָן שְׁתַּיִם שָׁנִים לְדָרְיָוֶשׁ:
Parmi les années comptées plus haut, certaines ont été absorbées, la fin de l'une étant comptée dans le début de la suivante. Ainsi pour Daryavech le Mède et Koresh, auxquels nous avons compté cinq années, tu n'en trouveras que quatre : il est écrit « en la première année de Daryavech fils d'Ahachveroch » dans le livre de Daniel, et « en la troisième année du règne de Koresh... » ; et il est enseigné dans le Seder Olam que nous ne trouvons dans les Écritures, pour le Mède, que cette seule année. Pour Koresh nous trouvons trois années, « en la troisième année du règne de Koresh... », et il est enseigné également dans le Seder Olam que Koresh régna trois années tronquées. Tu as donc compté une année de trop. De même, dans les années de Nevoukhadnetsar et d'Évil Mérodakh une année a été absorbée ; c'est en regard de cela que la construction fut différée jusqu'à la deuxième année de Daryavech.
💡 Explication

La correction se chiffre : il manquait onze années, soit l'intervalle entre l'exil de Yehoyakhin et la destruction de la ville. Ahachveroch ayant régné quatorze ans, les soixante-dix véritables années se seraient achevées pendant son règne, et le Temple aurait dû être rebâti de son vivant.

Le verset d'Ezra contredit ce résultat : la construction est restée interrompue. Rava répond par les chanim mekouta'ot, des années tronquées : plusieurs règnes n'ont pas dure une année pleine, et la fin de l'un a été comptée dans le début du suivant. Le compte réel est donc plus court que la somme apparente, et l'achèvement tombe la deuxième année de Daryavech.

🖼️ Schéma
Onze années manquantes contre quatorze années de règne Ce qui manquait au compte De l'exil de Yehoyakhin aux ruines de Yerouchalayim : 11 années. Le vrai terme tombe 11 ans plus tard. Durée du règne d'Ahachveroch An 12 : le pour est jeté. An 13 : le miracle. An 14 : la seconde lettre de Pourim. La difficulté, et la réponse de Rava 11 est inférieur à 14 : le Temple aurait dû être rebâti sous Ahachveroch. Or Ezra 4,24 dit que le travail resta interrompu. Rava : chanim mekouta'ot, années tronquées. La fin d'un règne et le début du suivant tombent dans une seule année comptée. Le compte réel se prolonge donc, et le Temple est rebâti la deuxième année de Daryavech.
Le chiffre de onze rend la difficulté visible ; les années tronquées allongent le compte réel jusqu'au règne suivant.
✉ Signaler une erreur de traduction

Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).