Megillah 12a — La fin des soixante-dix ans et le déchiffrement du festin d'Assuérus

Megillah 12a

Sougya : Le folio se partage en deux. La première moitié achève le compte des soixante-dix ans annoncés par Jérémie : une baraita confirme qu'il restait une année à Babel après la mort de Belchatsar, Rava montre que Daniel lui-même s'était trompé dans ce calcul, puis résout la contradiction entre le verset qui compte soixante-dix ans « pour Babel » et celui qui les compte « pour les ruines de Jérusalem » : le premier né promet qu'une pekida, une simple visite, celle de la proclamation de Cyrus.

Un dracha de Rav Nahman bar Rav Hisda reproche à Cyrus de s'être arrêté là. La seconde moitié ouvre la lecture suivie du premier chapitre d'Esther : l'ordre de Perse et de Médie, les vêtements du kohen gadol portés par Assuérus, la sagesse ou la sottise du roi, puis, en réponse aux disciples de Rabbi Chimon bar Yohai, la faute qui valut à cette génération le décret d'anéantissement.

La description du festin est ensuite déchiffrée mot à mot, jusqu'au festin parallèle de Vachti.

Les soixante-dix ans : pourquoi il manque une année, et qui la complète Nabuchodonosor 45 ans Évil-Mérodakh 23 ans Belchatsar 3 ans Darius le Mède 1 année Cyrus, an 1 la pekida Depuis l'accession de Nabuchodonosor : 45 + 23 + 3 = 70 ans Depuis la conquête de Yehoyakim, où commence la domination sur Israël : 69 seulement L'année de Darius complète les 70 ans depuis la conquête de Yehoyakim L'explication de la baraita Les années des rois sont tronquées : une année partielle comptée deux fois fait disparaître une année entière du total.
La différence entre les deux comptes tient aux années de règne incomplètes, comptées à la fois pour le roi sortant et pour son successeur.
Deux versets, deux points de départ, deux promesses distinctes Jérémie 29,10 Lorsque seront accomplis pour Babel soixante-dix ans, je vous visiterai. Point de départ : la domination de Babel sur Israël, la conquête de Yehoyakim. Daniel 9,2 Pour accomplir, pour les ruines de Jérusalem, soixante-dix ans. Point de départ : la destruction du Temple, dix-huit ans plus tard. Ce qui échoit au terme : la pekida La proclamation de Cyrus, an 1 : qui parmi vous, qu'il monte. Une autorisation, rien de plus. Ce qui échoit au terme : la construction Le rétablissement effectif du Temple, sous Darius le Perse. La réponse de Rava Les deux comptes courent ensemble, décalés de dix-huit ans ; chacun a son propre terme et sa propre promesse.
Le mot pakad, employé par Jérémie et repris par Cyrus dans sa proclamation, est la clef qui sépare les deux échéances.
Le festin d'Assuérus (Esther 1) déchiffré mot à mot Le mot du verset Ce que la guemara y lit osher kevod malkhouto Il revêtit les vêtements du kohen gadol : kavod et tiferet. hatsar ginat bitan Trois rangs, ou trois enceintes successives, ou une cour à deux portes. hour karpas Tissu ajouré ou laine blanche ; des coussins de bandes. mitot zahav vakhessef Lits assortis au rang, ou lits d'argent aux pieds d'or. bahat vachech Des pierres qu'on n'obtient qu'à grand-peine et à grand prix. dar vessoharet Rangées circulaires, ou une pierre lumineuse, ou une franchise de taxe. kelim michonim chonim Vous recommencez avec les vases qui ont perdu vos prédécesseurs. kirtson ich vaich Les deux hommes de la meguila : Mordekhai et Haman, échansons du festin.
Chaque terme rare de la description est rapporté soit à un realia, soit à un autre verset, soit à un fait de l'histoire d'Israël.
1
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי: וְעוֹד שָׁנָה אַחֶרֶת לְבָבֶל וְעָמַד דָּרְיָוֶשׁ וְהִשְׁלִימָהּ.

Cela est également enseigné dans une baraita : et il restait encore une autre année pour Babel, et Darius se leva et la compléta.

📜 Rachi (2)
תַּנְיָא נָמֵי הָכִי דְּבִשְׁנוֹת נְבוּכַדְנֶצַּר וֶאֱוִיל מְרֹודַךְ נִבְלְעָה שָׁנָה:
Car dans les années de Nabuchodonosor et d'Évil-Mérodakh, une année a été absorbée.
עוֹד שָׁנָה אַחַת לְבָבֶל הָכִי אִיתָא בְּסֵדֶר עוֹלָם בֵּיהּ בְּלֵילְיָא קְטִיל בֵּלְשַׁצַּר מַלְכָּא וְדָרְיָוֶשׁ מָדָאָה קַבֵּיל מַלְכוּתָא הֲרֵי שִׁבְעִים שָׁנָה מִיּוֹם שֶׁמָּלַךְ נְבוּכַדְנֶצַּר שִׁבְעִים חָסֵר אַחַת מִיּוֹם שֶׁכִּיבֵּשׁ יְהוֹיָקִים וְעוֹד שָׁנָה אַחַת לְבָבֶל לְמַלֹּאות שִׁבְעִים שָׁנָה מִשֶּׁשָּׁלַט עַל יִשְׂרָאֵל וְעָמַד דָּרְיָוֶשׁ וְהִשְׁלִימָהּ וְאַחֲרָיו בְּשָׁנָה אַחֶרֶת מָלַךְ כּוֹרֶשׁ בְּבָבֶל וְנִפְקְדוּ פְּקִידָה בְּמִקְצָת שֶׁאָמַר מִי בָכֶם מִכָּל עַמּוֹ יְהִי אֱ-לֹהָיו עִמּוֹ וְיַעַל וְגוֹ' לָמַדְנוּ מִבָּרַיְיתָא זוֹ כְּשֶׁמֵּת בֵּלְשַׁצַּר לֹא הָיוּ לְכִיבּוּשׁ יְהוֹיָקִים אֶלָּא שִׁבְעִים חָסֵר אַחַת וַאֲנַחְנוּ מָנִינוּ לְמַעְלָה שִׁבְעִים שָׁנָה מ"ה דִּנְבוּכַדְנֶצַּר וכ"ג דֶּאֱוִיל מְרֹודַךְ וּשְׁלֹשָׁה דְּבֵלְשַׁצַּר הֲרֵי שָׁנִים מְקֻוטָּעוֹת הָיוּ:
Encore une année pour Babel — ainsi est-il rapporté dans le Seder Olam : « cette nuit-là, Belchatsar le roi fut tué, et Darius le Mède reçut la royauté ». Voilà soixante-dix ans depuis le jour où Nabuchodonosor commença de régner, et soixante-dix moins un depuis qu'il conquit Yehoyakim ; il restait donc encore une année à Babel pour compléter les soixante-dix ans depuis qu'elle domina Israël, et Darius se leva et la compléta. Après lui, l'année suivante, Cyrus régna sur Babel, et ils furent visités d'une visite partielle, car il dit : « qui parmi vous, de tout son peuple, que son D.ieu soit avec lui et qu'il monte... ». Nous apprenons de cette baraita que, lorsque Belchatsar mourut, il n'y avait depuis la conquête de Yehoyakim que soixante-dix moins un ; or nous avons compté plus haut soixante-dix ans : quarante-cinq de Nabuchodonosor, vingt-trois d'Évil-Mérodakh et trois de Belchatsar. Ce sont donc des années tronquées.
💡 Explication

La guemara achève la démonstration ouverte au folio précédent : les soixante-dix ans de Jérémie paraissent tantôt écoulés, tantôt inachevés, selon le point de départ retenu. La baraita tranche en faveur de la thèse des années tronquées : les années de règne incomplètes ont été comptées deux fois, pour le roi sortant et pour son successeur, de sorte qu'une année entière manque au total réel. Il restait donc une année à courir après la mort de Belchatsar, et c'est le règne de Darius le Mède qui l'a fournie.

2
אָמַר רָבָא: אַף דָּנִיאֵל טְעָה בְּהַאי חֻושְׁבָּנָא, דִּכְתִיב: ״בִּשְׁנַת אַחַת לְמָלְכוֹ אֲנִי דָּנִיֵּאל בִּינֹותִי בַּסְּפָרִים״. מִדְּקָאָמַר ״בִּינוֹתִי״ — מִכְּלָל דְּטָעָה.

Rava dit : Daniel aussi s'est trompé dans ce calcul, car il est écrit : « la première année de son règne, moi Daniel, j'ai scruté (binoti) dans les livres ». Du fait qu'il dit « j'ai scruté », il ressort qu'il s'était trompé.

📜 Rachi (1)
בִּינוֹתִי בַּסְּפָרִים לְשׁוֹן סְפִירָה וְחֶשְׁבּוֹן:
J'ai scruté dans les livres — c'est un terme de dénombrement et de calcul.
💡 Explication

Rava lit le verbe binoti comme un terme de recomptage. Un homme ne reprend un calcul que s'il a des raisons de douter du premier ; en reprenant les années dans les livres de Jérémie, Daniel reconnaît implicitement qu'il avait tenu le terme pour échu alors qu'il ne l'était pas encore. L'erreur n'est pas une faute : elle vient de l'ambiguïté du point de départ, qui est précisément l'objet de la discussion.

3
מִכָּל מָקוֹם קָשׁוּ קְרָאֵי אַהֲדָדֵי, כְּתִיב: ״מְלֵאוֹת לְבָבֶל״, וּכְתִיב: ״לְחָרְבוֹת יְרוּשָׁלִַם״!

En tout état de cause, les versets se contredisent : il est écrit « à l'accomplissement pour Babel », et il est écrit « pour les ruines de Jérusalem » !

📜 Rachi (2)
כְּתִיב לְפִי מְלֵאוֹת לְבָבֶל שִׁבְעִים שָׁנָה אֶפְקֹוד אֶתְכֶם בְּסֵפֶר יִרְמְיָה:
Il est écrit « car lorsque seront accomplis pour Babel soixante-dix ans, je vous visiterai » — dans le livre de Jérémie.
וּכְתִיב בְּסֵפֶר דָּנִיֵּאל לְמַלֹּאות לְחָרְבוֹת יְרוּשָׁלִַם שִׁבְעִים שָׁנָה מִסְפַּר הַשָּׁנִים אֲשֶׁר הָיָה דְבַר ה' אֶל יִרְמְיָה הַנָּבִיא:
Et il est écrit — dans le livre de Daniel : « pour accomplir, pour les ruines de Jérusalem, soixante-dix ans », le nombre des années au sujet desquelles la parole de Hachem fut adressée à Jérémie le prophète.
💡 Explication

La difficulté est frontale. Jérémie compte soixante-dix ans pour Babel, ce qui renvoie au début de la domination babylonienne. Daniel compte soixante-dix ans pour les ruines de Jérusalem, ce qui renvoie à la destruction du Temple, survenue dix-huit ans plus tard. Deux points de départ séparés par dix-huit ans donnent deux termes séparés par dix-huit ans : les deux versets ne peuvent désigner la même échéance.

4
אָמַר רָבָא: לִפְקִידָה בְּעָלְמָא. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״כֹּה אָמַר כֹּורֶשׁ מֶלֶךְ פָּרַס כֹּל מַמְלְכוֹת הָאָרֶץ נָתַן לִי ה׳ אֱ-לֹהֵי הַשָּׁמָיִם וְהוּא פָקַד עָלַי לִבְנוֹת לוֹ בַיִת בִּירוּשָׁלִַם״.

Rava dit : il s'agit d'une simple visite (pekida). Et c'est ce qui est écrit : « ainsi parle Cyrus, roi de Perse : tous les royaumes de la terre, Hachem, le D.ieu des cieux, me les a donnés, et il m'a chargé (pakad) de lui bâtir une maison à Jérusalem ».

📜 Rachi (1)
לִפְקִידָה בְּעָלְמָא וְאָמַר לְפִי מְלֵאוֹת לְבָבֶל שִׁבְעִים שָׁנָה אֶפְקֹוד אֶתְכֶם וְכָךְ הָיְתָה שֶׁנִּפְקְדוּ בְּשָׁנָה אַחַת לְכוֹרֶשׁ מֶלֶךְ פָּרַס שֶׁהִיא שְׁנַת ע"א לְכִיבּוּשׁ יְהוֹיָקִים שֶׁפָּשְׁטָה בָּבֶל עַל יִשְׂרָאֵל:
Pour une simple visite — le verset dit : « lorsque seront accomplis pour Babel soixante-dix ans, je vous visiterai », et ainsi fut-il : ils furent visités la première année de Cyrus roi de Perse, qui est la soixante et onzième année depuis la conquête de Yehoyakim, lorsque Babel s'étendit sur Israël.
💡 Explication

Rava résout la contradiction en distinguant deux promesses. Le verset de Jérémie n'annonce pas le rétablissement du Temple, mais une pekida, un acte de souvenir qui rouvre la voie du retour. Le terme employé par Cyrus dans sa proclamation, pakad, est le même que celui de Jérémie : la première année de Cyrus est donc le terme des soixante-dix ans « pour Babel ». Le verset de Daniel, compté depuis la destruction, vise le terme suivant, celui de la construction effective.

5
דָּרַשׁ רַב נַחְמָן בַּר רַב חִסְדָּא, מַאי דִכְתִיב: ״כֹּה אָמַר ה׳ לִמְשִׁיחוֹ לְכוֹרֶשׁ אֲשֶׁר הֶחֱזַקְתִּי בִימִינוֹ״, וְכִי כֹּורֶשׁ מָשִׁיחַ הָיָה? אֶלָּא אָמַר לֵיהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לְמָשִׁיחַ: קוֹבֵל אֲנִי לְךָ עַל כֹּורֶשׁ. אֲנִי אָמַרְתִּי: הוּא יִבְנֶה בֵּיתִי וִיקַבֵּץ גָּלִיּוֹתַי, וְהוּא אָמַר: ״מִי בָּכֶם מִכָּל עַמּוֹ וְיַעַל״.

Rav Nahman bar Rav Hisda enseigna : que signifie ce qui est écrit : « ainsi parle Hachem à son oint (limchiho), à Cyrus, dont j'ai saisi la droite » ? Cyrus était-il donc le machiah ?

En réalité, le Saint béni soit-Il dit au machiah : je porte plainte devant toi au sujet de Cyrus. Moi, j'avais dit : « c'est lui qui bâtira ma maison et rassemblera mes exilés », et lui a dit : « qui parmi vous, de tout son peuple, qu'il monte ».

📜 Rachi (3)
מָשִׁיחַ נִמְשַׁח כְּמוֹ שֶׁמֶן הַמִּשְׁחָה:
Oint — oint, comme avec l'huile d'onction.
קוֹבֵל אֲנִי לְךָ כּוּ' וְהָכִי קָאָמַר כֹּה אָמַר ה' לִמְשִׁיחוֹ לְכוֹרֶשׁ אֲשֶׁר הֶחֱזַקְתִּי בִימִינוֹ וְגוֹ' הוּא יִבְנֶה אֶת בֵּיתִי תְּרֵי קְרָאֵי כְּתִיבִי דִּסְמִיכִי אַהֲדָדֵי וְנִיקּוּד טַעַם מִקְרָא זֶה מוֹכִיחַ עַל דְּרָשׁ זֶה שֶׁאֵין לְךָ טַעַם זַרְקָא בַּמִּקְרָא שֶׁאֵין סֶגוֹל בָּא אַחֲרָיו וְכָאן נִנְקַד לִמְשִׁיחוֹ בְּזַרְקָא וּלְכוֹרֶשׁ נִנְקַד בְּמַאֲרִיךְ לְהַפְרִישׁוֹ וּלְנַתְּקוֹ מֵעִם לִמְשִׁיחוֹ:
Je porte plainte devant toi, etc. — voici ce qu'il dit : « ainsi parle Hachem à son oint, à Cyrus dont j'ai saisi la droite... », « c'est lui qui bâtira ma maison » : deux versets sont écrits et voisins l'un de l'autre. Et la cantillation de ce verset atteste ce dracha, car il n'est pas de taam zarka dans l'Écriture sans qu'un segol vienne après lui ; or ici, limchiho est ponctué d'un zarka, tandis que leKhoresh est ponctué d'un maarikh, pour le séparer et le détacher de limchiho.
מִי בָכֶם מִכָּל עַמּוֹ וְגוֹ' וְהוּא עַצְמוֹ לֹא נִשְׁתַּדֵּל בַּדָּבָר:
« Qui parmi vous, de tout son peuple, etc. » — quant à lui-même, il ne s'en est pas occupé.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לֵיהּ הקב"ה לְמָשִׁיחַ: קוֹבֵל אֲנִי לְךָ עַל כֹּורֶשׁ וְכוּ'. הַדָּבָר יִפָּלֵא לָמָּה הקב"ה מֵבִיא דִּינוֹ שֶׁל כּוֹרֶשׁ לִפְנֵי הַמָּשִׁיחַ יוֹתֵר מִכָּל מַלְכֵי אוּמוֹת הָעוֹלָם? וְהָרַשְׁבָּ"א זַ"ל נִדְחַק בְּבֵיאוּר דָּבָר זֶה. וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מָצִינוּ בְּחַגִּי (חַגַּי ב, ט) עַל בַּיִת שֵׁנִי כָּתוּב 'גָּדוֹל יִהְיֶה כְּבוֹד הַבַּיִת הַזֶּה הָאַחֲרוֹן מִן הָרִאשׁוֹן נְאֻם יְיָ' וְעַל כֵּן מִתְפַּלְּאִים לוֹמַר ח"ו אֵין תִּקְוָה לְבַיִת שְׁלִישִׁי כֵּיוָן דְּקָרֵי לְבַיִת זֶה אַחֲרוֹן שְׁמַע מִינָּה לֹא יֵשׁ אַחֲרָיו עוֹד! וּמִתְרַצִּים דְּהָאֱמֶת הוּא אַחֲרוֹן בְּבִנְיַן בָּשָׂר וָדָם שֶׁלֹּא יִבְנֶה אַחֲרָיו עוֹד בִּנְיַן בָּשָׂר וָדָם, אַךְ בַּיִת שְׁלִישִׁי שֶׁאֲנַחְנוּ מְצַפִּים אֵלָיו הוּא מַעֲשֵׂה שָׁמַיִם, שֶׁעָלָיו נִתְנַבְּאוּ בְּשִׁירַת הַיָּם (שְׁמוֹת טו, יז) 'מִקְדַּשׁ אֵד' כּוֹנְנוּ יָדֶיךָ'. וְעוֹד מְתָרְצִים אִין הָכִי נָמֵי הָיָה רָאוּי שֶׁזֶּה בַּיִת שֵׁנִי יִהְיֶה אַחֲרוֹן, שֶׁלֹּא יֶחֱרַב וְיִשָּׁאֵר קַיָּים, אִם הָיָה כּוֹרֶשׁ עוֹשֶׂה כַּאֲשֶׁר נִצְטַוָּה מֵאֵת ה' שֶׁיַּעֲלֶה הוּא לִבְנוֹת הַבַּיִת, וְגַם יְקַבֵּץ כָּל הַגְלָיוֹת, כִּי הָיוּ כָּל הַמַּמְלָכוֹת תַּחַת יָדוֹ, וְהָיָה בְּיָדוֹ יְכֹולֶת לְהַעֲלוֹת כָּל יִשְׂרָאֵל הַקְּרוֹבִים וְהָרְחוֹקִים, וְאָז הָיָה הַבַּיִת הַהוּא אַחֲרוֹן שֶׁלֹּא הָיָה נֶחֱרָב לְעוֹלָם, שֶׁהָיָה הקב"ה עוֹשֶׂה לוֹ אַחַר כָּךְ קִיּוּם וְהַעֲמָדָה לְעוֹלָם, יַעַן כִּי הָיָה בִּנְיָינוֹ נַעֲשָׂה עַל יְדֵי כּוֹרֶשׁ בִּשְׁלִיחוּת מֵאֵת הַמָּקוֹם ב"ה, וְהָיָה נֶחְשָׁב כְּאִלּוּ נַעֲשָׂה בִּידֵי שָׁמַיִם, אַךְ כֵּיוָן שֶׁכּוֹרֶשׁ לֹא קִיֵּים מִצְוָתוֹ יִתְבָּרֵךְ בְּבַיִת זֶה, אִם כֵּן בָּטְלָה הַשְּׁלִיחוּת שֶׁלּוֹ, דְּכָל שָׁלִיחַ שֶׁשִּׁינָּה מִדִּבְרֵי הַמְשַׁלֵּחַ בָּטְלָה שְׁלִיחוּתוֹ וְנִמְצָא אִיהוּ עֲבִיד וְלֹא נֶחְשָׁב זֶה נִבְנָה עַל יָדוֹ יִתְבָּרֵךְ, וְאָז גַּם הַבְטָחָה שֶׁל אַחֲרוֹן שֶׁהִבְטִיחַ הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ שֶׁיִּהְיֶה זֶה אַחֲרוֹן, שֶׁלֹּא יֶחֱרַב וְלֹא יִצְטָרֵךְ לִבְנוֹת אַחֵר בִּמְקוֹמוֹ בָּטְלָה שֶׁנֶּחֱרַב, וְאָז יְקַיֵּים הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ דְּבָרָיו בְּבַיִת שְׁלִישִׁי שֶׁיִּבָּנֶה עַל יְדֵי שָׁמַיִם שֶׁיִּשָּׁאֵר זֶה קַיָּים. וּבָזֶה מְיֻושָּׁב הַמַּאֲמָר הֵיטֵב, כִּי אֶפְשָׁר שֶׁהַמָּשִׁיחַ בְּשָׁמְעוֹ נְבוּאָה שֶׁל פָּסוּק זֶה דְּקָרֵי לְבַיִת שֵׁנִי אַחֲרוֹן, וְרוֹאֶה שֶׁנֶּחֱרַב אַחַר כָּךְ, יִצְטַעֵר שֶׁיַּחְשֹׁוב גָּרַם הַחֵטְא וְאָבְדָה תִּקְוָה שֶׁל בִּנְיַן בַּיִת שְׁלִישִׁי ח"ו, לְכָךְ הקב"ה אוֹמֵר לוֹ קוֹבֵל אֲנִי אֵלֶיךָ עַל כּוֹרֶשׁ וְכוּ', שֶׁמַּרְאֶה לוֹ דְּכוֹרֶשׁ שִׁינָּה הַשְּׁלִיחוּת, וּלְכָךְ בָּטְלָה הַבְטָחָה זוֹ שֶׁל אַחֲרוֹן שֶׁלֹּא יִהְיֶה זֶה הַבַּיִת אַחֲרוֹן, כֵּיוָן דְּלָא חֲשִׁיב בִּנְיָינוֹ מַעֲשֵׂה יְדֵי הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ מִדִּין שְׁלִיחוּת וְאִם כֵּן עֲדַיִין נִשְׁאַר הַדָּבָר שֶׁיְּקַייֵּם הַבְטָחָתוֹ בְּבִנְיַן הַבַּיִת עַל יָדוֹ בְּבַיִת שְׁלִישִׁי, שֶׁאָז יִהְיֶה קַיָּים לְעוֹלָם, וּבְאוֹתוֹ זְמַן יִתְקַייֵּם כָּל הַבְטָחוֹת שֶׁל מַעְלָה, וּגְדוֹלָה שֶׁל מֶלֶךְ הַמָּשִׁיחַ. נִמְצָא כַּוָּנָתוֹ יִתְבָּרֵךְ בִּדְבָרִים אֵלּוּ שֶׁאָמַר לְמָשִׁיחַ כְּדֵי שֶׁיֵּדַע וְיָבִין שֶׁהַבְטָחָה שֶׁל בִּנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ עַל יְדֵי יִתְבָּרֵךְ עֲדַיִין לֹא נִתְקַייְּמָה, וְאוֹתָהּ הַבְטָחָה שֶׁל אַחֲרוֹן הָאֲמוּרָה עַל בַּיִת שֵׁנִי בְּטֵלָה, כִּי עַתָּה לֹא יִהְיֶה זֶה אַחֲרוֹן אֶלָּא בַּיִת שְׁלִישִׁי שֶׁיִּבָּנֶה בב"א יִהְיֶה אַחֲרוֹן, וְכָאָמוּר. וְנֶאֱמַר מָשָׁל לְעָשִׁיר שֶׁהָיָה לוֹ בַּת יְחִידָה יָפָה מְאֹד, וְהָיָה גָּדֵל בְּבֵיתוֹ יָתוֹם אֶחָד שֶׁהוּא חָכָם וְיָפֶה מְאֹד, וְרָמַז אוֹתוֹ עָשִׁיר לְאוֹתוֹ יָתוֹם שֶׁרְצוֹנוֹ לָתֵת לוֹ אֶת בִּתּוֹ לְאִשָּׁה, וְיִשְׂמַח מְאֹד, וְהִנֵּה יוֹם אֶחָד שָׁלַח שֻׁותָּפוֹ שֶׁל אוֹתוֹ עָשִׁיר מֵעִיר אַחֵר בָּחוּר אֶחָד יָפֶה מְאֹד לְהָבִיא לוֹ חֵפֶץ יָקָר שֶׁהָיָה לוֹ אֵצֶל זֶה הֶעָשִׁיר בְּפִקָּדוֹן, וְכָתַב לוֹ מִכְתָּב שֶׁיִּמְסֹור הַחֵפֶץ לָזֶה הַבָּחוּר, וְהִנֵּה הַיָּתוֹם הָיָה יוֹשֵׁב אֵצֶל הֶעָשִׁיר אֲדוֹנוֹ, וְרָאָה שֶׁזֶּה הַבָּחוּר הֵבִיא מִכְתָּב מִן שֻׁותָּף אוֹתוֹ עָשִׁיר, וּמְסָרוֹ לוֹ, וְהוּא חָשַׁב בְּדַעְתּוֹ כִּי הַשֻּׁותָּף שָׁלַח אֶת זֶה הַבָּחוּר לְאוֹתוֹ הֶעָשִׁיר כְּדֵי שֶׁיִּתֵּן לוֹ אֶת בִּתּוֹ וְנִתְכַּרְכְּמוּ פָּנָיו, וְהֶעָשִׁיר הִרְגִּישׁ שֶׁכָּךְ חָשַׁב זֶה הַיָּתוֹם וּלְכָךְ נִתְכַּרְכְּמוּ פָּנָיו, מֶה עָשָׂה הוֹדִיעַ לוֹ הָעִנְיָן בְּחָכְמָה לְשַׂמֵּחַ לְבָבוֹ, וַיֹּאמֶר לוֹ זֶה הַבָּחוּר שְׁלָחוֹ שֻׁותָּפִי אֵלַי שֶׁאֶמְסוֹר לוֹ חֵפֶץ יָקָר הַמֻּופְקָד אִתִּי, וַאֲנִי חוֹשֵׁשׁ פֶּן זֶה יֹאכַל הַחֵפֶץ וְיִבְרַח לְמָקוֹם אַחֵר, מָה אֶעֱשֶׂה? וְאָז צָהֲבוּ פָּנָיו שֶׁל הַיָּתוֹם כִּי יָדַע שֶׁלֹּא בָּא לִיקַּח בַּת הֶעָשִׁיר, וְגַם יָדַע שֶׁלֹּא נָשָׂא חֵן בְּעֵינֵי הֶעָשִׁיר אַף עַל פִּי שֶׁהָיָה יְפֵה תֹּואַר, דְּהָא חוֹשֵׁשׁ פֶּן יִגְזֹול הַחֵפֶץ! וְכֵן כָּאן, לֹא רָצָה הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ לְפָרֵשׁ לוֹ הַדָּבָר הַזֶּה שֶׁל בֵּיאוּר בַּיִת הָאַחֲרוֹן בְּפֵירוּשׁ, אֶלָּא אָמַר לוֹ קוֹבֵל אֲנִי וְכוּ' שֶׁמִּזֶּה יָבִין הַדָּבָר וְיִשְׂמַח וְיִתְחַזֵּק בְּתִקְוָתוֹ בְּבִנְיַן בַּיִת שְׁלִישִׁי שֶׁהוּא יִהְיֶה הָאַחֲרוֹן.
« Le Saint béni soit-Il dit au machiah : je porte plainte devant toi au sujet de Cyrus, etc. » La chose étonne : pourquoi le Saint béni soit-Il porte-t-il le jugement de Cyrus devant le machiah, plutôt que celui de tous les autres rois des nations du monde ? Le Rachba a peine à expliquer ce point. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nous trouvons chez Haggai (2,9), à propos du second Temple, qu'il est écrit : « grande sera la gloire de cette maison, la dernière, plus que la première, dit Hachem ». Aussi s'étonne-t-on en disant : à D.ieu ne plaise, n'y aurait-il pas d'espoir pour un troisième Temple, puisque cette maison est appelée « la dernière », d'où il ressort qu'il n'y en aura plus après elle ! On répond que la vérité est qu'elle est la dernière quant à une construction de chair et de sang : aucune construction humaine ne sera plus bâtie après elle ; mais le troisième Temple, que nous attendons, est œuvre du Ciel, celui sur lequel on a prophétisé dans le cantique de la mer (Exode 15,17) : « le sanctuaire de Hachem, que tes mains ont établi ». On répond encore : en effet, il aurait convenu que ce second Temple fut le dernier, qu'il ne fût pas détruit et demeurât debout, si Cyrus avait fait comme il lui avait été ordonné de la part de Hachem, à savoir monter lui-même bâtir le Temple et rassembler aussi tous les exilés, car tous les royaumes étaient sous sa main et il avait le pouvoir de faire monter tout Israël, les proches et les lointains. Cette maison eût alors été la dernière et n'eût jamais été détruite, car le Saint béni soit-Il lui eût donné ensuite subsistance et permanence pour toujours, puisque sa construction eût été faite par Cyrus en mission de la part du Lieu, béni soit-Il, et eût été tenue pour faite par les mains du Ciel. Mais puisque Cyrus n'a pas accompli l'ordre divin quant à cette maison, sa mission fut annulée, car tout émissaire qui s'écarte des paroles de son mandant voit sa mission annulée, et il se trouve avoir agi pour son propre compte ; cette construction ne fut donc pas tenue pour bâtie par Lui. Dès lors, la promesse de « dernière » que Hachem avait faite, qu'elle serait la dernière, qu'elle ne serait pas détruite et qu'il ne faudrait pas en bâtir une autre à sa place, fut annulée, puisqu'elle fut détruite ; et Hachem accomplira sa parole dans le troisième Temple, qui sera bâti par le Ciel et demeurera debout. Par là, le propos s'explique bien : il se peut que le machiah, entendant la prophétie de ce verset qui appelle le second Temple « le dernier », et le voyant ensuite détruit, s'afflige en pensant que la faute en fut cause et que l'espoir de la construction du troisième Temple est perdu, à D.ieu ne plaise. C'est pourquoi le Saint béni soit-Il lui dit : « je porte plainte devant toi au sujet de Cyrus, etc. », lui montrant que Cyrus a modifié sa mission, et que par là cette promesse de « dernière » fut annulée, de sorte que cette maison ne sera pas la dernière, puisque sa construction n'est pas tenue pour l'œuvre de Hachem au titre de la chelihout. Il reste donc encore qu'Il accomplira sa promesse de bâtir le Temple par Lui-même, dans le troisième Temple, qui subsistera pour toujours ; et en ce temps-là s'accompliront toutes les promesses d'en haut et la grandeur du roi machiah. Il se trouve que son intention, en disant ces paroles au machiah, était qu'il sache et comprenne que la promesse de la construction du Temple par Lui-même n'est pas encore accomplie, et que cette promesse de « dernière », dite du second Temple, est annulée : car désormais la dernière sera le troisième Temple, qui sera bâti promptement et de nos jours, comme il a été dit. Disons une parabole : un homme riche avait une fille unique, très belle, et il élevait chez lui un orphelin, sage et très beau. Ce riche fit entendre à cet orphelin qu'il souhaitait lui donner sa fille pour épouse, et il s'en réjouit fort. Or un jour, l'associé de ce riche, d'une autre ville, envoya un jeune homme fort beau pour lui rapporter un objet précieux qu'il avait laissé en dépôt chez ce riche, et il lui écrivit une lettre lui demandant de remettre l'objet à ce jeune homme. L'orphelin était assis auprès du riche son maître, et il vit que ce jeune homme apportait une lettre de l'associé de ce riche et la lui remettait. Il pensa en lui-même que l'associé avait envoyé ce jeune homme à ce riche pour qu'il lui donne sa fille, et son visage s'assombrit. Le riche sentit que l'orphelin avait pensé cela et que son visage s'en était assombri. Que fit-il ? Il lui fit connaître l'affaire avec sagesse, pour réjouir son cœur, et lui dit : ce jeune homme, mon associé me l'a envoyé pour que je lui remette un objet précieux déposé chez moi, et je crains qu'il ne dilapide l'objet et ne s'enfuie ailleurs ; que ferai-je ? Alors le visage de l'orphelin s'éclaira, car il sut qu'il n'était pas venu prendre la fille du riche, et il sut aussi qu'il n'avait pas trouvé grâce aux yeux du riche, bien qu'il fut de belle apparence, puisque celui-ci craignait qu'il ne dérobe l'objet. De même ici : Hachem ne voulut pas lui exposer explicitement cette affaire de l'explication du Temple « dernier », mais lui dit « je porte plainte, etc. », d'où il comprendra la chose, se réjouira et se fortifiera dans son espoir de la construction du troisième Temple, qui sera le dernier.
💡 Explication

Le verset d'Isaie appelle Cyrus machiah, ce qui surprend. Rav Nahman bar Rav Hisda redistribue les destinataires : le discours s'adresse au machiah, et Cyrus en est l'objet. Rachi appuie cette lecture sur la cantillation : le zarka placé sur limchiho appelle normalement un segol, et son absence marque une rupture entre limchiho et leKhoresh. Le reproche porte sur l'écart entre le mandat et son exécution : Cyrus devait bâtir et rassembler, il s'est contenté d'autoriser.

🖼️ Schéma
Le mandat confié à Cyrus et ce qu'il en a fait Ce qui avait été dit 1. Il bâtira ma maison. 2. Il rassemblera mes exilés. Tous les royaumes étaient sous sa main. Ce qu'il a fait Une proclamation : qui parmi vous, qu'il monte. Une autorisation donnée à qui le voudrait. Lui-même ne s'en est pas occupé. L'indice de cantillation, selon Rachi Un zarka appelle un segol ; ici il n'en vient pas. Le mot leKhoresh est détaché de limchiho. La lecture qui en résulte Le discours s'adresse au machiah ; Cyrus en est l'objet, et non le destinataire.
Le titre de machiah reste au machiah ; Cyrus n'est que le sujet de la plainte qui lui est adressée.
6
״חֵיל פָּרַס וּמָדַי הַפַּרְתְּמִים״, וּכְתִיב: ״לְמַלְכֵי מָדַי וּפָרַס״. אָמַר רָבָא: אִתְּנוֹיֵי אִתָּנוּ בַּהֲדָדִי, אִי מִינָן מַלְכֵי — מִינַּייְכוּ אִיפַּרְכֵי וְאִי מִינַּייְכוּ מַלְכֵי — מִינָן אִיפַּרְכִי.

« L'armée de Perse et de Médie, les nobles (haPartemim) », et il est écrit : « aux rois de Médie et de Perse ». Rava dit : ils avaient passé une convention entre eux : si les rois viennent de chez nous, les gouverneurs (ipparkhei) viendront de chez vous ; et si les rois viennent de chez vous, les gouverneurs viendront de chez nous.

📜 Rachi (1)
כְּתִיב פָּרַס וּמִדֵּי הַפַּרְתְּמִים סָמַךְ הַפַּרְתְּמִים אֵצֶל מָדַי וּכְתִיב לְמַלְכֵי מָדַי וּפָרָס. סָמַךְ מַלְכִּי אֵצֶל מָדָי:
Il est écrit « Perse et Médie, les nobles » — il a placé « les nobles » auprès de Médie ; et il est écrit « aux rois de Médie et de Perse » — il a placé « les rois » auprès de Médie.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּתִיב (אֶסְתֵּר א, ג) 'חֵיל פָּרַס וּמָדַי הַפַּרְתְּמִים' וּכְתִיב (אֶסְתֵּר י, ב) 'לְמַלְכֵי מָדַי וּפָרַס'. עַיֵּין מַה שֶּׁכָּתַב הַגָּאוֹן טוּרֵי אֶבֶן זַ"ל, וּמַה שֶׁכָּתַב עַל דְּבָרָיו הַגָּאוֹן פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל יְעֻויַּן שָׁם. וְתֵימַהּ דְּאַמַּאי לָא נָקֵיט הֶעָרָה זוֹ עַל הַמָּהַרְשָׁ"א זַ"ל.
« Il est écrit (Esther 1,3) : l'armée de Perse et de Médie, les nobles, et il est écrit (Esther 10,2) : aux rois de Médie et de Perse. » Voir ce qu'a écrit le gaon Tourei Even, et ce qu'a écrit sur ses propos le gaon Petah Einayim ; qu'on s'y reporte. Et il est étonnant qu'il n'ait pas adressé cette remarque au Maharcha.
💡 Explication

L'ordre des deux peuples varie d'un bout à l'autre de la meguila. Rava y voit la trace d'un accord de partage entre Perses et Mèdes : la préséance change selon la fonction dont il est question. Comme le relève Rachi, dans les deux versets c'est Médie qui touche le mot décisif, les nobles dans l'un, les rois dans l'autre.

🖼️ Schéma
La convention entre la Perse et la Médie Esther 1,3 : la fonction de noble Perse et Médie, les nobles. Le mot nobles touche Médie. Esther 10,2 : la fonction de roi Aux rois de Médie et de Perse. Le mot rois touche Médie. L'accord, selon Rava Si les rois sortent de chez nous, les gouverneurs sortiront de chez vous ; si les rois sortent de chez vous, les gouverneurs sortiront de chez nous. L'ordre des noms suit donc la charge dont parle le verset.
La préséance n'est pas fixe : elle se déplace avec la fonction mentionnée.
7
״בְּהַרְאֹותוֹ אֶת עֹושֶׁר כְּבוֹד מַלְכוּתוֹ״, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא: מְלַמֵּד שֶׁלָּבַשׁ בִּגְדֵי כְהֻונָּה. כְּתִיב הָכָא: ״יְקָר תִּפְאֶרֶת גְּדֻולָּתוֹ״, וּכְתִיב הָתָם: ״לְכָבוֹד וּלְתִפְאָרֶת״.

« Lorsqu'il montra la richesse de la gloire (kevod) de sa royauté » — Rabbi Yossi bar Hanina dit : cela enseigne qu'il revêtit les vêtements de la kehouna (sacerdoce). Il est écrit ici : « la splendeur magnifique (tiferet) de sa grandeur », et il est écrit là-bas : « pour la gloire (kavod) et pour la splendeur (tiferet) ».

📜 Rachi (1)
בִּגְדֵי כְּהֻונָּה שֶׁהָיוּ בְּיָדוֹ שָׁם בִּגְדֵי כֹּהֵן גָּדוֹל שֶׁהֱבִיאָן מִירוּשָׁלַיִם:
Les vêtements de la kehouna — les vêtements du kohen gadol étaient là-bas en sa possession, ayant été rapportés de Jérusalem.
💡 Explication

La démonstration procède par guezera chava, un rapprochement fondé sur deux mots communs. Le couple kavod et tiferet ne se rencontre qu'ici, à propos du faste d'Assuérus, et dans l'ordre donné à Moche de confectionner les vêtements d'Aharon. Rachi précise le point historique qui rend la lecture possible : ces vêtements se trouvaient à Chouchan, emportés de Jérusalem avec les vases du Temple.

8
״וּבִמְלֹאות הַיָּמִים הָאֵלֶּה וְגוֹ׳״. רַב וּשְׁמוּאֵל, חַד אָמַר: מֶלֶךְ פִּיקֵּחַ הָיָה, וְחַד אָמַר: מֶלֶךְ טִיפֵּשׁ הָיָה. מַאן דְּאָמַר מֶלֶךְ פִּיקֵּחַ הָיָה — שַׁפִּיר עֲבַד דְּקָרֵיב רַחִיקָא בְּרֵישָׁא, דִּבְנֵי מָאתֵיהּ כָּל אֵימַת דְּבָעֵי מְפַייֵּס לְהוּ. וּמַאן דְּאָמַר טִיפֵּשׁ הָיָה — דְּאִיבְּעִי לֵיהּ לְקָרוֹבֵי בְּנֵי מָאתֵיהּ בְּרֵישָׁא, דְּאִי מָרְדוּ בֵּיהּ הָנָךְ, הָנֵי הֲווֹ קָיְימִי בַּהֲדֵיהּ.

« Et lorsque ces jours furent accomplis, etc. » Rav et Chemouel : l'un dit que c'était un roi avisé, l'autre dit que c'était un roi sot. Celui qui dit que c'était un roi avisé : il a bien fait d'inviter d'abord les lointains, car les gens de sa propre ville, il peut se les concilier quand il le veut.

Et celui qui dit qu'il était sot : il aurait dû inviter d'abord les gens de sa ville, car si ceux-là s'étaient révoltés contre lui, ceux-ci seraient restés à ses côtés.

📜 Rachi (1)
פִּיקֵּחַ הָיָה שֶׁהִקְדִּים מִשְׁתֶּה הָרְחוֹקִים יוֹתֵר מִמִּשְׁתֵּה בְּנֵי עִירוֹ:
Il était avisé — car il a fait précéder le festin des lointains à celui des gens de sa ville.
💡 Explication

Le verset mentionne deux festins successifs : celui des dignitaires venus des provinces, puis celui des habitants de Chouchan. Rav et Chemouel évaluent différemment cette séquence. Les deux avis partent du même constat, que la faveur des proches est plus facile à obtenir, et en tirent des conclusions opposées : l'un y voit la raison de les garder pour la fin, l'autre la raison de s'assurer d'eux avant tout.

🖼️ Schéma
Inviter les lointains d'abord : avisé ou sot ? Un roi avisé Un roi sot Les lointains sont difficiles à gagner : il faut saisir l'occasion quand elle se présenté. Les proches sont la garde rapprochée : il faut s'assurer d'eux avant d'exposer le trône. Les gens de sa ville, il se les concilie quand il le veut. Rien n'est perdu à les servir en second. Si les provinces se révoltent pendant leur festin, les habitants de Chouchan, non encore honorés, ne le soutiendront pas.
Le même fait, l'ordre des deux festins, reçoit deux lectures politiques opposées.
9
שָׁאֲלוּ תַּלְמִידָיו אֶת רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן יוֹחַאי: מִפְּנֵי מַה נִתְחַייְּבוּ שׂוֹנְאֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל שֶׁבְּאוֹתוֹ הַדּוֹר כְּלָיָה? אָמַר לָהֶם: אִמְרוּ אַתֶּם. אָמְרוּ לוֹ: מִפְּנֵי שֶׁנֶּהֱנוּ מִסְּעוּדָתוֹ שֶׁל אוֹתוֹ רָשָׁע. אִם כֵּן שֶׁבְּשׁוּשַׁן יֵהָרְגוּ, שֶׁבְּכָל הָעוֹלָם כֻּולּוֹ אַל יֵהָרְגוּ! אָמְרוּ לוֹ: אֱמֹור אַתָּה! אָמַר לָהֶם: מִפְּנֵי שֶׁהִשְׁתַּחֲווּ לַצֶּלֶם.

Les disciples de Rabbi Chimon bar Yohai lui demandèrent : pour quelle raison les ennemis d'Israël de cette génération ont-ils mérité l'anéantissement ? Il leur dit : dites-le vous-mêmes.

Ils lui dirent : parce qu'ils ont tiré jouissance du festin de ce racha (mécréant). Si c'est ainsi, que ceux de Chouchan soient tués, mais que ceux du monde entier ne le soient pas !

Ils lui dirent : dis-le, toi. Il leur dit : parce qu'ils se sont prosternés devant la statue.

📜 Rachi (1)
שֶׁהִשְׁתַּחֲווּ לַצֶּלֶם בִּימֵי נְבוּכַדְנֶצַּר:
Qu'ils se sont prosternés devant la statue — aux jours de Nabuchodonosor.
💡 Explication

L'expression sonehem chel Israël, « les ennemis d'Israël », est un euphémisme qui désigne Israël lui-même : on évite de faire porter à Israël, dans la phrase, un décret de malheur. La question porte sur l'étendue du décret de Haman, qui visait toutes les provinces. La réponse des disciples, le festin, ne couvre que Chouchan ; la réponse du maître, la prosternation devant la statue de Nabuchodonosor, couvre le monde entier, puisque tous s'y étaient soumis à l'exception de Hanania, Michaël et Azaria.

🖼️ Schéma
Une faute à la mesure du décret La donnée à expliquer : le décret de Haman visait les cent vingt-sept provinces, non la seule Chouchan. Réponse des disciples Ils ont joui du festin d'Assuérus. Portée : les habitants de Chouchan seuls. La faute est plus étroite que le décret. Réponse de Rabbi Chimon bar Yohai Ils se sont prosternés devant la statue. Portée : toutes les provinces de l'exil. La faute est à la mesure du décret. La difficulté qui suit aussitôt Si la faute était l'idolâtrie, comment ont-ils mérité le miracle ? C'est la question du segment suivant.
Le critère retenu est l'adéquation entre l'étendue de la faute et l'étendue du décret.
10
אָמְרוּ לוֹ: וְכִי מַשּׂוֹא פָּנִים יֵשׁ בַּדָּבָר? אָמַר לָהֶם: הֵם לֹא עָשׂוּ אֶלָּא לִפְנִים — אַף הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לֹא עָשָׂה עִמָּהֶן אֶלָּא לִפְנִים. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״כִּי לֹא עִנָּה מִלִּבּוֹ״.

Ils lui dirent : y a-t-il donc du favoritisme en cette affaire ? Il leur dit : eux n'ont agi qu'en apparence (lifnim), et le Saint béni soit-Il, lui aussi, n'a agi envers eux qu'en apparence.

Et c'est ce qui est écrit : « car ce n'est pas de son cœur qu'il afflige ».

📜 Rachi (2)
וְכִי מַשּׂוֹא פָּנִים יֵשׁ בַּדָּבָר אֵיךְ זָכוּ לְנֵס:
Y a-t-il du favoritisme en cette affaire — comment ont-ils mérité un miracle ?
הֵם עָשׂוּ לִפְנִים מִיִּרְאָה:
Eux ont agi en apparence — par crainte.
🪔 Ben Yehoyada (1)
'תַּחַת הַנַּעֲצוּץ יַעֲלֶה בְּרוֹשׁ' (יְשַׁעְיָה נה, יג) תַּחַת הָמָן הָרָשָׁע שֶׁעָשָׂה עַצְמוֹ עֲבוֹדָה זָרָה וְכוּ'. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (אֶסְתֵּר רַבָּה פָּרָשָׁה ז, ח) שֶׁהָיָה הָמָן תּוֹלֶה עֲבוֹדָה זָרָה כְּנֶגֶד לִבּוֹ כְּדֵי לְהַכְשִׁיל בְּנֵי אָדָם כְּשֶׁיָּבוֹאוּ לְהִשְׁתַּחֲוֹת לוֹ מִשּׁוּרַת דֶּרֶךְ אֶרֶץ, נִמְצָא הֵם מִשְׁתַּחֲוִים לַעֲבוֹדָה זָרָה שֶׁלּוֹ וְלָכֵן (אֶסְתֵּר ג, ב) מָרְדְּכַי לֹא יִכְרַע וְלֹא יִשְׁתַּחֲוֶה לוֹ אַף עַל פִּי שֶׁכֵּן צִוָּה הַמֶּלֶךְ לְהִשְׁתַּחֲוֹת לְהָמָן, דְּחָשׁ אִם יִשְׁתַּחֲוֶה לְהָמָן נִמְצָא מִשְׁתַּחֲוֶה לַעֲבוֹדָה זָרָה. וְיָדוּעַ כִּי עֲבוֹדָה זָרָה נִקְרֵאת צַו וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (סַנְהֶדְרִין נו:) אֵין צַו אֶלָּא עֲבוֹדָה זָרָה שֶׁנֶּאֱמַר (הוֹשֵׁעַ ה, יא) 'הוֹאִיל הָלַךְ אַחֲרֵי צַו', וְזֶה נִרְמַז בְּתֵיבַת 'נִעַצּוּץ' חִלֵּק הַתֵּיבָה לִשְׁתַּיִם וְקָרֵי בֵּיהּ 'נָעַץ צַו' זֶה הָמָן הָרָשָׁע שֶׁנָּעַץ בְּבִגְדוֹ עֲבוֹדָה זָרָה כְּדֵי לְהַכְשִׁיל אֲחֵרִים. וְהִנֵּה 'נַעֲצוּץ' [306] גֵּימַטְרְיָא ש"ו שֶׁהָיָה הָמָן מִסִּטְרָא דָּשׁוּ שֶׁל עֵשָׂו שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל שֶׁנִּקְרָא עֵשָׂו 'ע' שו' שֶׁהָיוּ בּוֹ ע' כּוֹחוֹת שֶׁל שו וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זַ"ל בַּפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית כה, כה) 'וְיִקְרְאוּ שְׁמוֹ עֵשָׂו', וְלָכֵן נַעֲצוּץ גֵּימַטְרְיָא 'שו' הוּא הָמָן הָרָשָׁע שֶׁהוּא מִסִּטְרָא דָּשׁוּ אֲבָל מָרְדְּכַי הַצַּדִּיק ע"ה נִתְגַּבֵּר עַל שו, וְלָכֵן נִקְרָא בְּרוֹשׁ שֶׁנּוֹסַף עַל אוֹתִיּוֹת 'שו' אוֹתִיּוֹת 'רַב' בְּסוֹד 'כָּל רַב מִבָּבֶל' שֶׁהוּא ע"ב ק"ל [=רַב 202] וּבָזֶה נַעֲשָׂה בְּרוֹשׁ וְלָזֶה אָמַר 'בְּרוֹשׁ' זֶה מָרְדְּכַי הַצַּדִּיק זָכוּר לַטּוֹב. וְדַע דְּכָל פְּתִיחוֹת אֵלּוּ דְּנָקְטִי תַּנָּאֵי וְאָמוֹרָאֵי הָכָא הוּא כְּדֵי לְתָרֵץ כָּל אֶחָד בַּפְּתִיחָה שֶׁלּוֹ הַטַּעַם שֶׁאוֹתוֹ הַדּוֹר נִיצּוּלוֹ אַחַר שֶׁכְּבָר נִגְזְרָה עֲלֵיהֶם גְּזֵרָה זוֹ מִן הַשָּׁמַיִם וְאַף עַל פִּי שֶׁהִשְׁתַּחֲווּ לַצֶּלֶם, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא בִּשְׁאֵלָה שֶׁשָּׁאֲלוּ לְרַשְׁבִּ"י וְכִי מַשּׂוֹא פָּנִים יֵשׁ בַּדָּבָר (מְגִילָּה יב.) , וְרַבִּי יוֹנָתָן לְתָרֵץ קֻושְׁיָא זוֹ מַייְתֵי קְרָא וְהִכְרַתִּי לְבָבֶל וְכוּ' דְּנִמְצָא שֶׁנֶּעֱנַשׁ נְבוּכַדְנֶצַּר הָרָשָׁע שֶׁנִּכְרַת זַרְעוֹ שֶׁאֲפִילּוּ וּשְׁתֵּי לֹא נִתְקַייְּמָה, וּבַעַל כָּרְחוֹ לָקָה בָּזֶה הָעֹונֶשׁ בִּשְׁבִיל שֶׁאָנַס אֶת יִשְׂרָאֵל לְהִשְׁתַּחֲווֹת לַצֶּלֶם, דְּאִם בַּעֲבוּר חֻרְבַּן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְגָלוּת יִשְׂרָאֵל הָא נִיתַּן לוֹ רְשׁוּת עַל פִּי הַנְּבוּאָה לְכָךְ, וְכֵיוָן דְּנֶעֱנַשׁ בִּשְׁבִיל שֶׁאָנַס אֶת יִשְׂרָאֵל לַעֲבוֹדָה זָרָה אִם כֵּן נִתְרַצָּה הַקֻּושְׁיָא דִּלְכָךְ נִיצּוּלוֹ בִּשְׁבִיל שֶׁהָיוּ אֲנוּסִים. וּמַה שֶׁהֵבִיא פָּסוּק 'תַּחַת הַנַּעֲצוּץ יַעֲלֶה בְּרוֹשׁ' דְּשָׁמַע מִינָּהּ מֵהַאי דְּרָשָׁה דְּמָרְדְּכַי מָסַר עַצְמוֹ לַהֲרִיגָה כְּדֵי שֶׁלֹּא יִשְׁתַּחֲוֶה לַעֲבוֹדָה זָרָה שֶׁל הָמָן הָרָשָׁע, וְלָכֵן כְּדַאי הוּא זְכוּת מָרְדְּכַי שֶׁיֵּשׁ לוֹ בְּדָבָר זֶה לְהַצִּיל אֶת יִשְׂרָאֵל מִקִּטְרוּג שֶׁיֵּשׁ עֲלֵיהֶם מִצַּד שֶׁהִשְׁתַּחֲווּ לַצֶּלֶם, וְגַם מִדְּרָשָׁה זוֹ שְׁמַע מִינָּה שֶׁגַּם אֶסְתֵּר מָסְרָה עַצְמָהּ כְּדֵי לְאַבֵּד אֶת הַמָּן שֶׁהָיָה הוּא עַצְמוֹ עֲבוֹדָה זָרָה, לְכָךְ הַגִּין גַּם זְכוּתָהּ לְהַצִּיל אֶת יִשְׂרָאֵל מִקִּטְרוּג שֶׁל הַצֶּלֶם. וְרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי הֵבִיא פָּסוּק (דְּבָרִים כח, סג) 'כֵּן יָשִׂישׂ' שֶׁיֵּשׁ לוֹמַר צְדָקָה עָשָׂה הקב"ה עִם יִשְׂרָאֵל שֶׁתִּהְיֶה הַגְּזֵרָה קָשָׁה עַל זְמַן רָחוֹק וְלֹא תִּהְיֶה פִּתְאוֹמִית, שֶׁעַל יְדֵי כָּךְ הָיוּ שִׁשִּׁים אוֹיְבֵי יִשְׂרָאֵל בְּמַפַּלְתָּם וְזוֹ הָיְתָה סִיבָּה לְהַצָּלַת יִשְׂרָאֵל דִּכְתִיב (מִשְׁלֵי כד, יז) בִּנְפֹל אוֹיִבְךָ אַל תִּשְׂמָח וְכוּ' וְהֵשִׁיב מֵעָלָיו אַפּוֹ, נִמְצָא בְּזוֹ הַפְּתִיחָה בֵּיאֵר הַטַּעַם שֶׁל בִּיטּוּל הַגְּזֵרָה מִפְּנֵי שֶׁהַמָּן וְסִיעָתוֹ שָׂמְחוּ בְּמַפַּלְתָּם וּבָזֶה הָיְתָה אֲרֻוכָּה לְמִכְתָּם: וּמַה שֶׁאָמַר הַפְּתִיחָה בַּפָּסוּק (קֹהֶלֶת ב כו) 'כִּי לְאָדָם שֶׁטּוֹב לְפָנָיו נָתַן חָכְמָה וְדַעַת וְשִׂמְחָה' זֶה מָרְדְּכַי הַצַּדִּיק וְכוּ', וְהָעִנְיָן הוּא כִּי יָדוּעַ שֶׁהַמֶּלֶךְ שָׁלַח אֶת מָרְדְּכַי וְאֶת הָמָן שָׂרִים עַל חַיְּילוֹתָיו שֶׁשָּׁלַח לְהִלָּחֵם בְּעִיר אַחַת וְנָתַן לָהֶם מְזוֹן הַחַיִל לְכָל אֶחָד מֵהֶם, וְאָרְכָּהּ הַמִּלְחָמָה וּמָרְדְּכַי הָיָה לוֹ חָכְמָה לְכַלְכֵּל בְּמִשְׁפָּט אֶת הַמָּסוּר לוֹ בִּשְׁבִיל חַיְּילוֹתָיו, וְהָמָן טִפֵּשׁ הָיָה שֶׁלֹּא שָׁמַר אֶת הַמָּזוֹן וְנִשְׁלַם, וּבִקְּשׁוּ הַחַייִל לְהָרְגוֹ בִּשְׁבִיל רַעֲבוֹנָם, וּבָא אֵצֶל מָרְדְּכַי לִלְווֹת לוֹ וְלֹא קִבֵּל בְּשׁוּם אֹופֶן אֶלָּא רַק בָּזֹאת שֶׁיִּמְכֹּור אֶת עַצְמוֹ עֶבֶד לְמָרְדְּכַי וְאִם יְסָרֵב אַחַר כָּךְ יִתְנַסֵּחַ עא מִן בֵּיתֵיהּ וְזָקֵיף יְתַמְחֵי עֲלוֹהִי, וְנִכְתַּב הַשְּׁטָר בִּכְתֻובַּת קַעֲקַע עַל יְרֵכוֹ שֶׁל הָמָן, וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּסֵפֶר מָנוֹת הַלֵּוִי. וּבֶאֱמֶת דָּבָר זֶה שֶׁעָשָׂה מָרְדְּכַי שֶׁלֹּא יִתֵּן הַמָּזוֹן אֶלָּא רַק שֶׁיִּמְכֹּור הָמָן אֶת עַצְמוֹ עֶבֶד לְמָרְדְּכַי יָצָא מִמֶּנּוּ תּוֹעֶלֶת לְיִשְׂרָאֵל, שֶׁנִּמְצָא בְּעֵת שֶׁקָּנָה הָמָן אֶת יִשְׂרָאֵל לֹא זָכָה הוּא בָּהֶם אֶלָּא נַעֲשׂוּ קְנוּיִים לְמָרְדְּכַי, כִּי כָּל מַה שֶּׁקָּנָה עֶבֶד קָנָה רַבּוֹ, וְגַם הַכֶּסֶף שֶׁשָּׁקַל הָמָן לַמֶּלֶךְ בַּעֲדָם לֹא הָיָה מִשֶּׁלּוֹ אֶלָּא מִשֶּׁל מָרְדְּכַי, וְלֹא עוֹד אֶלָּא נִתְחַכֵּם מָרְדְּכַי לִכְתֹּוב הַשְּׁטָר עַל יֶרֶךְ הָמָן בִּכְתָב שֶׁאֵינוֹ נִמְחָק, וּפֵירֵשׁ בּוֹ שֶׁיִּתְלֶה הַמָּן עַל הָעֵץ שֶׁלּוֹ וּבְרִית כְּרוּתָה לַשְּׂפָתַיִם שֶׁכָּךְ נִתְקַיֵּים בּוֹ, וְעַל יְדֵי כָּךְ גָּבְרוּ יִשְׂרָאֵל וְנִיצּוּלוֹ שֶׁלֹּא שָׁלַט בָּהֶם קִטְרוּג הַמְקַטְרְגִים. וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר ' לְאָדָם שֶׁטּוֹב לְפָנָיו ' זֶה מָרְדְּכַי נָתַן חָכְמָה שֶׁלֹּא קִבֵּל לִמְכֹּור הַמָּזוֹן אֶלָּא רַק בִּמְכִירַת הָמָן לְעֶבֶד לוֹ שֶׁבָּזֶה לָקַח כָּל כּוֹחוֹ שֶׁל הָמָן שֶׁכָּל מַה שֶׁקּוֹנֶה הָעֶבֶד הוּא שֶׁל רַבּוֹ, וְעוֹד נָתַן לוֹ דַּעַת שֶׁיִּכְתֹּוב הַשְּׁטָר עַל יְרֵיכוֹ וְיִכְתֹּוב בּוֹ הַצְּלִיבָה שֶׁל הָמָן בְּפֵירוּשׁ וּבְרִית כְּרוּתָה לַשְּׂפָתַיִם וְאַחַר כָּךְ נָתַן הקב"ה לְחוֹטֵא זֶה הָמָן עִנְיָן לֶאֱסֹוף וְלִכְנֹוס כְּדֵי שֶׁיִּטְרַח וְיָכִין לְמָרְדְּכַי, כְּדֵי לָתֵת לְטוֹב זֶה מָרְדְּכַי לִפְנֵי הָאֱלֹקִים, כִּי מָרְדְּכַי שֶׁהָיָה טוֹב לִפְנֵי הָאֱלֹקִים זָכָה בַּטּוֹב הָרָמוּז לִפְנֵי אוֹתִיּוֹת 'אֱלֹקִים' שֶׁהֵם אוֹתִיּוֹת 'בְּמוּכָן' וְעַל יְדֵי כָּךְ סוֹף דָּבָר (אֶסְתֵּר ח, ב) 'וַתָּשֶׂם אֶסְתֵּר אֶת מָרְדֳּכַי עַל בֵּית הָמָן', כִּי נַעֲשָׂה הַכֹּל שֶׁלּוֹ מִדִּין מַה שֶּׁקָּנָה עֶבֶד קָנָה רַבּוֹ וְגַם נִצְלַב הָמָן כַּאֲשֶׁר כָּתוּב וּמְפֹורָשׁ עַל יְרֵיכוֹ, וְנִמְצָא דָּבָר זֶה הָיָה סִיּוּעַ לְיִשְׂרָאֵל שֶׁנִּיצּוּלוֹ מִשְּׁלִיטַת הַמָּן וְלֹא הוֹעִיל קִטְרוּג הַמְקַטְרְגִים. וְרַבָּה בַּר עָופְרָן פָּתַח לָתֵת טַעַם לְהַצָּלַת יִשְׂרָאֵל, מִקִּטְרוּג שֶׁנֶּהֱנוּ מִסְּעוּדַת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, בִּזְכוּת דָּנִיֵּאל ע"ה אֲשֶׁר מָסַר עַצְמוֹ לְבִלְתִּי יִתְגָּאַל בְּמַאֲכָלוֹת אֲסוּרוֹת וְיֵין נֶסֶךְ, וְלָזֶה אָמַר (יִרְמְיָהוּ מט לח) 'וְשַׂמְתִּי כִּסְאִי בְּעֵילָם' זֶה דָּנִיֵּאל ע"ה שֶׁהָיָה בְּעֵילָם שֶׁהָיָה שָׁם מֶרְכָּבָה לַשְּׁכִינָה, וּבִזְכוּתוֹ אָבְדוּ 'מֶלֶךְ' זוֹ וּשְׁתֵּי 'וְשָׂרִים' זֶה הַמָּן, וּבָנָיו שֶׁרָצוּ לְהִתְגַּבֵּר עַל יִשְׂרָאֵל בִּגְזֵרָה זוֹ מִשּׁוּם קִטְרוּג הֲנָאַת יִשְׂרָאֵל מִסְּעוּדַת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ. וְאוֹתִיּוֹת 'מֶלֶךְ' נֶהְפְּכוּ עַל וּשְׁתֵּי לְאוֹתִיּוֹת 'כֻּלָּם' וְאוֹתִיּוֹת 'שָׂרִים' נֶהְפְּכוּ לְהָמָן וּבָנָיו לְאוֹתִיּוֹת 'רָשִׁים'. וְרַב דִּימִי בַּר יִצְחָק פָּתַח (עֶזְרָא ט, ט) 'כִּי עֲבָדִים אֲנַחְנוּ וּבְעַבְדֻתֵנוּ לֹא עֲזָבָנוּ אֱלֹקֵינוּ וַיַּט עָלֵינוּ חֶסֶד לִפְנֵי מַלְכֵי פָּרַס' הִנֵּה בָּזֶה נָתַן טַעַם לְהַצָּלַת יִשְׂרָאֵל מִקִּטְרוּג הַצֶּלֶם, לוֹמַר כֵּיוָן שֶׁהָיוּ עֲבָדִים אִם כֵּן אֲנוּסִים הָיוּ בְּעִנְיַן הַצֶּלֶם שֶׁל נְבוּכַדְנֶצַּר, וְלָכֵן בִּימֵי מָרְדְּכַי שֶׁנִּתְעוֹרֵר קִטְרוּג עֲוֹן הַצֶּלֶם, וְגָזְרוּ כְּלָיָה הִטָּה עָלֵינוּ חֶסֶד לִפְנֵי מַלְכֵי פָרַס שֶׁשָּׁב אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וּבִטֵּל גְּזֵרָתוֹ כִּי נִצּוּלוֹ יִשְׂרָאֵל מִקִּטְרוּג עֲוֹן הַצֶּלֶם בְּטַעֲנָה זוֹ דַּאֲנוּסִים הָיוּ. וּפָסוּק (תְּהִלִּים סו, יב) 'הִרְכַּבְתָּ אֱנוֹשׁ לְרֹאשֵׁנוּ בָּאנוּ בְּאֵשׁ' גַּם כֵּן בָּא לְהַגִּיד בִּיטּוּל קִטְרוּג עֲוֹן הַצֶּלֶם מֵחֲמַת אֹונֶס שֶׁגָּזַר נְבוּכַדְנֶצַּר מִי שֶׁלֹּא יִשְׁתַּחֲוֶה יַפִּילוּ בַּכִּבְשָׁן הָאֵשׁ וְאֵין לָךְ אֹונֶס גָּדוֹל מִזֶּה! וְעוֹד תֵּירֵץ בְּאוֹמְרוֹ 'בָּאנוּ בָּאֵשׁ' שֶׁנָּפְלוּ חֲנַנְיָה מִישָׁאֵל וַעֲזַרְיָה בְּאֵשׁ וּזְכוּתָם זֶה הַגִּין בְּעַד כָּל יִשְׂרָאֵל שֶׁהֵם כֹּהֲנִים לְוִיִּם יִשְׂרְאֵלִים כִּי שְׁלֹשָׁה צַדִּיקִים הָיוּ. וּבַפָּסוּק (תְּהִלִּים צח, ג) 'זָכַר חַסְדּוֹ וֶאֱמוּנָתוֹ' בָּא לְהַגִּיד טַעַם הַהַצָּלָה כְּמוֹ שֶׁטָּעַן מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה לְהַצִּילָם בַּעֲוֹן הָעֵגֶל (שְׁמוֹת לב, יג) זְכֹר לְאַבְרָהָם לְיִצְחָק וּלְיִשְׂרָאֵל עֲבָדֶיךָ אֲשֶׁר נִשְׁבַּעְתָּ לָהֶם בָּךְ וְכוּ', וְכֵן עַתָּה זָכַר חַסְדּוֹ וֶאֱמוּנָתוֹ שֶׁל הַבְטָחָה שֶׁהִבְטִיחַ לָאָבוֹת. וּפָסוּק (מִשְׁלֵי כח, טו) 'אֲרִי נֹהֵם וְדֹב שׁוֹקֵק מֹשֵׁל רָשָׁע עַל עַם דַּל' בָּא לְהַגִּיד טַעַם הַהַצָּלָה מִקִּטְרוּג עֲוֹן הַצֶּלֶם מִשּׁוּם דַּאֲרִי זֶה נְבוּכַדְנֶצַּר נוֹהֵם, וְאִם כֵּן אֲנוּסִים הָיוּ מִן הָאֲרִי וּמִצַּד קִטְרוּג עֲוֹן הַסְּעוּדָה, דּוֹב זֶה אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ שׁוֹקֵק שֶׁעָשָׂה לָהֶם הַמְצָאוֹת לִפְתוֹתָם. וּבַפָּסוּק (קֹהֶלֶת י, יח) 'בַּעֲצַלְתַּיִם יִמַּךְ הַמִּקְרֶה' בָּא לוֹמַר כִּי הַכְּלָיָה לֹא הָיְתָה בַּעֲבוּר עֲוֹן הַצֶּלֶם, אֶלָּא הָיְתָה בַּעֲבוּר עַצְלוּתָם בְּעֵסֶק הַתּוֹרָה, וּלְכָךְ כַּאֲשֶׁר נִתְקַן הַדָּבָר הַזֶּה שֶׁחָזְרוּ וְקָבְעוּ לִימּוּדָם בַּתּוֹרָה בַּיָּמִים וּבַלֵּילוֹת וַהֲדוּר קִבְּלוּהָ בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ לְכָךְ בָּטְלָה הַגְּזֵרָה. וּפָסוּק (תְּהִלִּים קכד, ב) 'בְּקוּם עָלֵינוּ אָדָם' וְלֹא מֶלֶךְ בָּא לְהַגִּיד טַעַם הַהַצָּלָה כִּי יִשְׂרָאֵל נִתְיָיאֲשׁוּ מֵעַצְמָן בִּשְׁבִיל שֶׁרָאוּ שֶׁקָּם עֲלֵיהֶם הַמָּן בַּעַל בְּחִירָה וְלֹא מֶלֶךְ אֲשֶׁר לִבּוֹ מָסוּר בְּיַד הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ, וְלָכֵן כֵּיוָן שֶׁנִּתְייָאֲשׁוּ מֵעַצְמָן סָבְלוּ צַעַר גָּדוֹל כְּאִלּוּ נֶהֶרְגוּ מַמָּשׁ כִּי חָשְׁבוּ דָּבָר זֶה לְוַדַּאי הַגָּמוּר, וּלְכָךְ הִסְפִּיק לָהֶם זֶה הַצַּעַר הֶעָצוּם בִּמְקוֹם כְּלָיָה מַמָּשׁ עַל דֶּרֶךְ שֶׁאָמְרוּ (בְּרָכוֹת נה.) 'חֶלְמָא בִּישָׁא עֲצִיבוּתֵיהּ מִסְתָּיֵיהּ'. וּפָסוּק (מִשְׁלֵי כט, ב) 'בְּרַבּוֹת צַדִּיקִים יִשְׂמַח הָעָם' בָּא לְהַגִּיד כִּי הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ גִּילָּה הַהֶאָרָה הַגְּדוֹלָה אֲשֶׁר מִמֶּנָּה הָיְתָה נִשְׁמַת מָרְדְּכַי שֶׁהֵאִירָה בְּשֹׁורֶשׁ אֶסְתֵּר, וּבָזֶה נִסְתַּם פֶּה הַמְקַטְרְגִים וְנִיצּוּלוֹ יִשְׂרָאֵל, וְזֶהוּ בְּרַבּוֹת צַדִּיקִים זֶה מָרְדְּכַי וְאֶסְתֵּר יִשְׂמַח הָעָם. וּפָסוּק (דְּבָרִים ד, ז) 'אֲשֶׁר לוֹ אֱלֹקִים קְרֹבִים אֵלָיו' בָּא לִרְמֹוז עַל הַצָּלַת יִשְׂרָאֵל מִפְּנֵי שֶׁשֵּׁם יִשְׂרָאֵל כָּלוּל בְּשֵׁם אֱלֹקִים כְּמוֹ שֶׁכָּתַבְתִּי בסה"ק 'אַדֶּרֶת אֵלִיָּהוּ' בְּהַפְטָרַת מַסְעֵי בַּפָּסוּק (יִרְמְיָה ב, ה) 'כִּי רָחֲקוּ מְעַלֵּי' עַיֵּין שָׁם.
« À la place de la ronce (naatsouts) montera un cyprès (berosh) » (Isaie 55,13) : à la place de Haman le racha, qui s'était fait lui-même objet d'idolâtrie, etc. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ont dit (Esther Rabba 7,8) que Haman suspendait une idole en face de son cœur afin de faire trébucher les gens : lorsqu'ils venaient s'incliner devant lui par simple convenance, ils se trouvaient se prosterner devant son idole. C'est pourquoi (Esther 3,2) « Mordekhai ne pliait pas le genou et ne se prosternait pas », bien que le roi eût ordonné de se prosterner devant Haman : il craignait que, s'il se prosternait devant Haman, il ne se trouve se prosterner devant une idole. Or il est connu que l'idolâtrie est appelée tsav, comme l'ont dit nos maîtres (Sanhédrin 56b) : tsav ne désigne rien d'autre que l'idolâtrie, ainsi qu'il est dit (Osée 5,11) « puisqu'il a consenti à marcher après le tsav ». Cela est suggéré dans le mot naatsouts : divise le mot en deux et lis-y naats tsav, « il a planté un tsav » — c'est Haman le racha, qui a planté dans son vêtement une idole afin de faire trébucher autrui. Et voici : naatsouts a pour guematria 306, comme chin-vav, car Haman relevait du côté (sitra) du chav d'Essav, ainsi que l'ont dit nos maîtres, qu'Essav est appelé ayin-chav, parce qu'il y avait en lui soixante-dix puissances de chav, comme l'a écrit notre maître le Maharam Alcheikh sur le verset (Genèse 25,25) « et ils appelèrent son nom Essav ». C'est pourquoi naatsouts a la guematria de chav : c'est Haman le racha, qui relève du côté du chav. Mais Mordekhai le tsadik l'a emporté sur le chav ; aussi est-il appelé berosh, car aux lettres chav se sont ajoutées les lettres rav, selon le sod de « tout rav vient de Babel », qui vaut soixante-douze et cent trente, soit deux cent deux, et ainsi s'est formé berosh. C'est pourquoi il dit : « berosh », c'est Mordekhai le tsadik, que son souvenir soit en bien. Et sache que toutes ces petihot qu'énoncent ici les tanaim et les amoraim ont pour objet, chacune dans sa petiha, d'expliquer la raison pour laquelle cette génération fut sauvée alors qu'un décret avait déjà été prononcé contre elle depuis le Ciel, et bien qu'ils se fussent prosternés devant la statue, comme il est dit dans la guemara dans la question posée à Rabbi Chimon bar Yohai : « y a-t-il donc du favoritisme en cette affaire ? » (Meguila 12a). Rabbi Yonatan, pour résoudre cette difficulté, apporte le verset « et je retrancherai de Babel, etc. » : il en ressort que Nabuchodonosor le racha fut puni par le retranchement de sa descendance, au point que même Vachti ne subsista pas ; et il a subi ce châtiment malgré lui parce qu'il avait contraint Israël à se prosterner devant la statue, car pour ce qui est de la destruction du Temple et de l'exil d'Israël, il en avait reçu l'autorisation selon la prophétie. Puisqu'il fut puni pour avoir contraint Israël à l'idolâtrie, la difficulté se trouve résolue : ils furent sauvés parce qu'ils étaient contraints (anoussim). Quant au verset apporté « à la place de la ronce montera un cyprès », il ressort de ce dracha que Mordekhai s'exposait à la mort pour ne pas se prosterner devant l'idole de Haman le racha ; aussi le mérite de Mordekhai en cette affaire suffit-il à sauver Israël de l'accusation qui pesait sur lui du fait de la prosternation devant la statue. Et de ce dracha il ressort également qu'Esther s'est exposée elle aussi pour faire périr Haman, lequel était lui-même une idole ; aussi son mérite protèges-t-il également Israël de l'accusation de la statue. Et Rabbi Yehochoua ben Levi apporta le verset (Deutéronome 28,63) « ainsi se réjouira » : on peut dire que le Saint béni soit-Il a fait une tsedaka avec Israël en plaçant le décret rigoureux à une échéance lointaine et non de façon soudaine, car par là les ennemis d'Israël se sont réjouis de leur chute, et ce fut la cause du salut d'Israël, puisqu'il est écrit (Proverbes 24,17) « quand tombe ton ennemi, ne te réjouis pas... et il détournera de lui sa colère ». Il se trouve donc que dans cette petiha il a expliqué la raison de l'annulation du décret : Haman et les siens se sont réjouis de leur chute, et ce fut là le remède à leur plaie. Quant à la petiha sur le verset (Ecclésiaste 2,26) « car à l'homme qui est bon devant Lui, Il a donné sagesse, connaissance et joie » — c'est Mordekhai le tsadik, etc. — voici l'affaire. Il est connu que le roi envoya Mordekhai et Haman comme chefs des troupes qu'il dépêchait pour combattre une certaine ville, et leur remit à chacun les vivres de la troupe. La guerre se prolongea ; Mordekhai eut la sagesse d'administrer avec mesure ce qui lui avait été confié pour ses troupes, tandis que Haman, qui était sot, ne préserva pas les vivres, lesquels s'épuisèrent. Les soldats voulurent le tuer à cause de leur faim. Il vint trouver Mordekhai pour lui emprunter, et celui-ci ne consentit en aucune manière, sinon à la condition qu'il se vende lui-même comme esclave à Mordekhai, et que, s'il refusait ensuite, une poutre soit arrachée de sa maison et qu'il y soit dressé et pendu. L'acte fut inscrit en tatouage indélébile sur la cuisse de Haman, ainsi qu'il est écrit dans le livre Menot HaLevi. Et en vérité, ce qu'a fait Mordekhai, de ne donner les vivres qu'à la condition que Haman se vende à lui comme esclave, en est sorti un profit pour Israël : lorsque Haman acheta Israël, il ne les acquit pas pour lui-même, mais ils devinrent acquis à Mordekhai, car tout ce qu'acquiert un esclave, son maître l'acquiert ; et l'argent que Haman pesa pour le roi à leur sujet n'était pas le sien, mais celui de Mordekhai. Bien plus, Mordekhai eut l'habileté d'écrire l'acte sur la cuisse de Haman en une écriture indélébile, et d'y spécifier que Haman serait pendu à son propre arbre ; et une alliance est conclue avec les lèvres, de sorte que cela s'accomplit en lui. Par là, Israël l'emporta et fut sauvé, et l'accusation des accusateurs n'eut pas de prise sur lui. C'est ce qui est dit : « à l'homme qui est bon devant Lui », c'est Mordekhai, « Il a donné sagesse », de ne consentir à vendre les vivres qu'en échange de la vente de Haman comme esclave, par quoi il lui prit toute sa force, puisque tout ce qu'acquiert l'esclave appartient à son maître ; « et connaissance », d'écrire l'acte sur sa cuisse et d'y inscrire explicitement la pendaison de Haman, une alliance étant conclue avec les lèvres. Et ensuite le Saint béni soit-Il donna à ce pécheur, Haman, « de rassembler et d'amasser », afin qu'il peine et prépare pour Mordekhai, « pour donner à celui qui est bon devant Elokim » : car Mordekhai, qui était bon devant Elokim, obtint le bien suggéré par ce qui est « devant » les lettres du nom Elokim, lesquelles forment les lettres de bemoukhan, « dans ce qui est préparé ». Par là, finalement (Esther 8,2) « Esther plaça Mordekhai sur la maison de Haman », car tout devint sien selon la règle que ce qu'acquiert l'esclave, son maître l'acquiert ; et Haman fut pendu comme cela était écrit et explicité sur sa cuisse. Il se trouve que cela fut un secours pour Israël, qui fut sauvé de l'emprise de Haman, et l'accusation des accusateurs ne servit de rien. Et Rabba bar Ofran ouvrit pour donner la raison du salut d'Israël face à l'accusation d'avoir joui du festin d'Assuérus : par le mérite de Daniel, qui s'exposa pour ne pas se souiller par des aliments interdits et du vin de libation. C'est pourquoi il dit (Jérémie 49,38) « et je placerai mon trône en Elam » — c'est Daniel, qui se trouvait en Elam et y était un char (merkava) pour la Chekhina ; et par son mérite périrent « roi », c'est Vachti, et « ministres », c'est Haman et ses fils, qui voulurent prévaloir sur Israël par ce décret, en raison de l'accusation de la jouissance du festin d'Assuérus. Et les lettres de melekh se retournèrent sur Vachti en les lettres de koulam, et les lettres de sarim se retournèrent sur Haman et ses fils en les lettres de rachim. Et Rav Dimi bar Its'hak ouvrit (Esdras 9,9) « car nous sommes esclaves, et dans notre servitude notre D.ieu ne nous a pas abandonnés, et il a incliné vers nous une bonté devant les rois de Perse ». Il donne ici la raison du salut d'Israël face à l'accusation de la statue : puisqu'ils étaient esclaves, ils étaient donc contraints dans l'affaire de la statue de Nabuchodonosor ; c'est pourquoi, aux jours de Mordekhai, lorsque s'éveilla l'accusation de la faute de la statue et qu'on décréta l'anéantissement, « il inclina vers nous une bonté devant les rois de Perse », car Assuérus revint sur sa décision et annula son décret, Israël ayant été sauvé de l'accusation de la faute de la statue par cet argument qu'ils étaient contraints. Et le verset (Psaumes 66,12) « tu as fait chevaucher un homme sur notre tête, nous sommes entrés dans le feu » vient lui aussi annoncer l'annulation de l'accusation de la faute de la statue en raison de la contrainte, car Nabuchodonosor avait décrété que celui qui ne se prosternerait pas serait jeté dans la fournaise ardente, et il n'est pas de contrainte plus grande que celle-là. Il répond encore en disant « nous sommes entrés dans le feu » : Hanania, Michaël et Azaria tombèrent dans le feu, et leur mérite protèges tout Israël, kohanim, lévites et israélites, car ils étaient trois tsadikim. Et le verset (Psaumes 98,3) « il s'est souvenu de sa bonté et de sa fidélité » vient donner la raison du salut, à la manière dont Moche notre maître plaida pour les sauver lors de la faute du veau (Exode 32,13) : « souviens-toi d'Abraham, d'Its'hak et d'Israël tes serviteurs, à qui tu as juré par toi-même, etc. » ; de même ici, « il s'est souvenu de sa bonté et de sa fidélité », c'est-à-dire de la promesse qu'il avait faite aux pères. Et le verset (Proverbes 28,15) « un lion rugissant et un ours avide, tel est le racha qui domine sur un peuple pauvre » vient donner la raison du salut face à l'accusation de la faute de la statue : le lion rugissant, c'est Nabuchodonosor, et ils étaient donc contraints par le lion ; et du côté de l'accusation du festin, l'ours avide, c'est Assuérus, qui leur tendit des artifices pour les séduire. Et le verset (Ecclésiaste 10,18) « par la paresse, la charpente s'affaisse » vient dire que l'anéantissement était dû non pas à la faute de la statue, mais à leur paresse dans l'étude de la Torah ; aussi, lorsque cela fut réparé et qu'ils rétablirent leur étude de la Torah le jour et la nuit, et que la génération l'accepta aux jours d'Assuérus, le décret fut annulé. Et le verset (Psaumes 124,2) « lorsque des hommes se sont levés contre nous », un homme et non un roi, vient donner la raison du salut : Israël désespéra de lui-même, car il vit que s'était levé contre lui Haman, qui possède le libre arbitre, et non un roi dont le cœur est remis entre les mains de Hachem ; dès lors, ayant désespéré d'eux-mêmes, ils endurèrent une souffrance si grande que ce fut comme s'ils avaient réellement été tués, car ils tenaient la chose pour absolument certaine, et cette souffrance extrême leur tint lieu d'anéantissement effectif, à la manière de ce qu'on a dit (Berakhot 55a) : pour un mauvais rêve, la tristesse qu'il cause suffit. Et le verset (Proverbes 29,2) « quand les tsadikim se multiplient, le peuple se réjouit » vient dire que Hachem révéla la grande lumière dont procédait l'âme de Mordekhai, laquelle illumina la racine d'Esther ; par là fut fermée la bouche des accusateurs et Israël fut sauvé, et c'est « quand les tsadikim se multiplient », Mordekhai et Esther, « le peuple se réjouit ». Et le verset (Deutéronome 4,7) « qui a Elokim proche de lui » vient faire allusion au salut d'Israël, parce que le nom Israël est inclus dans le nom Elokim, comme je l'ai écrit dans mon livre Aderet Eliahou, sur la haftara de Massei, au verset (Jérémie 2,5) « car ils se sont éloignés de moi » ; qu'on s'y reporte.
💡 Explication

La difficulté porte sur la cohérence de la mesure divine : si la faute était réelle, le salut paraît imerite. Rabbi Chimon bar Yohai répond par une symétrie exacte. La prosternation devant la statue fut lifnim, une soumission de façade dictée par la peur, sans adhésion intérieure ; le décret d'anéantissement fut lui aussi lifnim, une menace sans intention de l'exécuter. Le verset des Lamentations fournit le principe : l'affliction ne vient pas du cœur.

🖼️ Schéma
Une mesure pour une mesure : lifnim contre lifnim Du côté d'Israël Prosternation devant la statue. Un geste extérieur, dicté par la crainte. Le cœur n'y consentait pas. Du côté du Ciel Un décret d'anéantissement promulgué. Une menace extérieure, jamais exécutée. Le décret fut annulé. Le verset qui fonde la symétrie Lamentations 3,33 : car ce n'est pas de son cœur qu'il afflige les fils de l'homme. Il n'y a donc pas de favoritisme : la réponse est exactement à la mesure de l'acte.
L'argument tient à ce que l'acte et sa rétribution se situent au même niveau, celui de l'apparence.
11
״בַּחֲצַר גִּנַּת בִּיתַן הַמֶּלֶךְ״. רַב וּשְׁמוּאֵל, חַד אָמַר: הָרָאוּי לְחָצֵר — לְחָצֵר, הָרָאוּי לְגִינָּה — לְגִינָּה, הָרָאוּי לְבֵיתָן — לְבֵיתָן. וְחַד אָמַר: הוֹשִׁיבָן בֶּחָצֵר וְלֹא הֶחְזִיקָתַן, בַּגִּינָּה וְלֹא הֶחֱזִיקָתַן, עַד שֶׁהִכְנִיסָן לַבִּיתָן וְהֶחְזִיקָתַן. בְּמַתְנִיתָא תְּנָא: הוֹשִׁיבָן בֶּחָצֵר וּפָתַח לָהֶם שְׁנֵי פְתָחִים, אֶחָד לַגִּינָּה וְאֶחָד לַבִּיתָן.

« Dans la cour du jardin du palais du roi ». Rav et Chemouel : l'un dit : celui qui convenait à la cour, à la cour ; celui qui convenait au jardin, au jardin ; celui qui convenait au palais, au palais.

Et l'autre dit : il les installa dans la cour, elle ne les contint pas ; dans le jardin, il ne les contint pas ; jusqu'à ce qu'il les fasse entrer dans le palais, qui les contint. Dans une baraita on a enseigné : il les installa dans la cour et leur ouvrit deux portes, l'une vers le jardin et l'autre vers le palais.

🪔 Ben Yehoyada (1)
הוֹשִׁיבָן בֶּחָצֵר וּפָתַח לָהֶם שְׁנֵי פְתָחִים, אֶחָד לַגִּנָּה וְאֶחָד לַבִּיתָן. נִרְאֶה שֶׁעָשָׂה כֵּן כְּדֵי שֶׁיְּטַיְּילוּ בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה, שֶׁאִם אָדָם קֵץ מִיְּשִׁיבָתוֹ בְּתוֹךְ הַסְּעוּדָה, יָקוּם לְטַיֵּיל שָׁם וְיַחֲזֹור לִמְקוֹמוֹ.
« Il les installa dans la cour et leur ouvrit deux portes, l'une vers le jardin et l'autre vers le palais. » Il semble qu'il ait agi ainsi pour qu'ils puissent se promener au cours du festin : si un homme se lasse d'être assis pendant le repas, il se lève pour s'y promener puis revient à sa place.
💡 Explication

Le verset juxtapose trois lieux sans préciser leur rapport. Trois lectures s'ensuivent : une répartition par rang, une progression par nécessité due au nombre des convives, et une disposition unique où la cour sert de salle avec deux issues. La troisième lecture réglera plus loin une difficulté du Ben Yehoyada sur les lits d'or et d'argent.

🖼️ Schéma
Cour, jardin, palais : trois manières de lire la juxtaposition Première lecture : une répartition par rang Chaque convive est placé dans le lieu qui convient à son rang. Les trois lieux servent en même temps. Nafka mina : les groupes ne se voient pas, ce qui écarte la jalousie. Deuxième lecture : une progression forcée par le nombre La cour déborde, puis le jardin ; seul le palais peut contenir l'assemblée. Nafka mina : les trois lieux se succèdent, un seul est finalement utilisé. La baraita : une cour à deux portes Tous sont assis dans la cour ; le jardin et le palais s'ouvrent de part et d'autre. Selon le Ben Yehoyada, les deux portes servaient à se promener pendant le repas.
Le verset ne dit ni et ni ou ; chaque lecture comble ce silence autrement.
12
״חוּר כַּרְפַּס וּתְכֵלֶת״. מַאי חוֹר? רַב אָמַר: חָרֵי חָרֵי, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: מֵילָת לְבָנָה הִצִּיעַ לָהֶם. ״כַּרְפַּס״, אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא: כָּרִים שֶׁל פַּסִּים.

« Hour, karpas et tekhelet ». Qu'est-ce que hour ?

Rav dit : plein de trous (hare hare). Et Chemouel dit : il leur étendit une étoffe de laine blanche.

« Karpas » — Rabbi Yossi bar Hanina dit : des coussins (karim) de bandes (passim).

📜 Rachi (2)
חָרֵי חָרֵי מַעֲשֵׂה מַחַט מְלֶאכֶת הַמַּצָּעוֹת הָיְתָה עֲשׂוּיָה נְקָבִים נְקָבִים:
Hare hare — un travail d'aiguille : la confection des tentures était faite de trous et de trous.
מִילַת לְבָנָה חוּר לְשׁוֹן חִיוָּר:
Étoffe blanche — hour est un terme de blancheur (hivar).
💡 Explication

Trois mots rares de la description du mobilier reçoivent chacun une étymologie. Hour est rattaché soit à un ouvrage ajouré, soit à la racine hivar, blanc. Karpas est découpé en deux mots, karim et passim. Ce procédé, décomposer un terme obscur en deux éléments connus, revient plusieurs fois dans le folio.

13
״עַל גְּלִילֵי כֶסֶף וְעַמּוּדֵי שֵׁשׁ מִטּוֹת זָהָב וָכֶסֶף״, תַּנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הָרָאוּי לְכֶסֶף — לְכֶסֶף, הָרָאוּי לְזָהָב — לְזָהָב. אָמַר לוֹ רַבִּי נְחֶמְיָה: אִם כֵּן, אַתָּה מֵטִיל קִנְאָה בַּסְּעוּדָה. אֶלָּא: הֵם שֶׁל כֶּסֶף, וְרַגְלֵיהֶן שֶׁל זָהָב.

« Sur des tringles d'argent et des colonnes de marbre, des lits d'or et d'argent ». Il est enseigné dans une baraita : Rabbi Yehouda dit : celui qui convenait à l'argent, à l'argent ; celui qui convenait à l'or, à l'or.

Rabbi Nehemia lui dit : s'il en est ainsi, tu jettes la jalousie dans le festin ! Plutôt : ils étaient d'argent, et leurs pieds d'or.

📜 Rachi (1)
הָרָאוּי לְכֶסֶף כו' מִטּוֹת זָהָב וְכֶסֶף קָדָרֵישׁ שַׂר הָרָאוּי לְזָהָב לְזָהָב וְגָרוּעַ לְכֶסֶף:
Celui qui convenait à l'argent, etc. — il interprète « des lits d'or et d'argent » : le dignitaire qui convenait à l'or, à l'or, et le moindre, à l'argent.
🗂️ Tossefot (1)
אַתָּה מֵטִיל קִנְאָה. וא"ת לָמֶ"ד לְעֵיל הָרָאוּי לַגִּינָּה לַגִּינָּה הָרָאוּי לֶחָצֵר לְחָצֵר א"כ אַתָּה מֵטִיל קִנְאָה בַּסְּעוּדָה י"ל דִּסְבִירָא לֵיהּ דְּכֵיוָן שֶׁלֹּא הָיוּ רוֹאִין זֶה אֶת זֶה לֵיכָּא קְנָאָהּ:
Tu jettes la jalousie. Et si tu demandes : selon celui qui dit plus haut « celui qui convenait au jardin, au jardin ; celui qui convenait à la cour, à la cour », là aussi tu jettes la jalousie dans le festin ! On peut répondre qu'il tient que, puisqu'ils ne se voyaient pas les uns les autres, il n'y a pas de jalousie.
🪔 Ben Yehoyada (3)
תַּנְיָא: רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הָרָאוּי לְכֶסֶף – לְכֶסֶף, הָרָאוּי לְזָהָב – לְזָהָב. קָשֶׁה לָמָּה לֹא נָקֵיט רַבִּי יְהוּדָה דְּרָשָׁה זוֹ עַל פָּסוּק הַקּוֹדֵם לָזֶה שֶׁהוּא פָּסוּק (אֶסְתֵּר א, ה) 'בַּחֲצַר גִּנַּת בֵּיתָן הַמֶּלֶךְ', דְּאִפְּלִיגוּ בֵּיהּ רַב וּשְׁמוּאֵל, וְחַד מִנַּיְיהוּ פֵּירֵשׁ כֵּן הָרָאוּי לֶחָצֵר לֶחָצֵר הָרָאוּי לַגִּינָּה לַגִּינָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי יְהוּדָה לָא נִיחָא לֵיהּ לְפָרֵשׁ פָּסוּק 'בַּחֲצַר גִּנַּת בֵּיתָן' דְּהוֹשִׁיבָם בֶּחָצֵר וּבְגִינָּה וּבְבֵיתָן, דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר בְּחָצֵר וְגִינַּת וּבֵיתָן בְּתוֹסֶפֶת ווי"ן, אֶלָּא הוּא מְפָרֵשׁ לְאוֹתוֹ פָּסוּק כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּמַתְנִיתָא דְּהוֹשִׁיבָם בֶּחָצֵר שֶׁהָיָה פָּתוּחַ לְגִינָּה וּלְבֵיתָן, אַךְ כָּאן דְּנָקֵיט וְכֶסֶף בְּוָא"ו דְּרֵישׁ שַׁפִּיר דַּהֲוָה מִטּוֹת זָהָב וַהֲוָה מִטּוֹת כֶּסֶף, וְהָרָאוּי לְכֶסֶף לְכֶסֶף וְהָרָאוּי לְזָהָב לְזָהָב. וּבָזֶה פֵּירֵשׁ בְּנִי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב הי"ו, כַּוָּנַת רַשִׁ"י זַ"ל דְּפֵירֵשׁ אַדִּבְרֵי רַבִּי יְהוּדָה מִטּוֹת זָהָב וָכֶסֶף קָא דְּרֵישׁ, רוֹצֶה לוֹמַר דְּקַשְׁיָא לְרַשִׁ"י הַאי קֻושְׁיָא שֶׁהִקְשֵׁינוּ אַמַּאי לָא נָקֵיט רַבִּי יְהוּדָה הַאי דְּרָשָׁא עַל פָּסוּק בַּחֲצַר גִּינַּת בֵּיתָן דִּקְדִים? וְתֵירֵץ 'מִטּוֹת זָהָב וָכֶסֶף קָא דְּרֵישׁ' רוֹצֶה לוֹמַר דַּוְקָא כָּאן שַׁייְכָא הַאי דְּרָשָׁא מִשּׁוּם דִּכְתִיב וְכֶסֶף בְּתוֹסֶפֶת וָא"ו מַה שֶׁאֵין כֵּן הָתָם דְּלָא כְּתִיב בְּהוּ וָא"ו, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו. וְהִנֵּה דִּבְרֵי רַשִׁ"י זַ"ל הַנִּזְכָּר פֵּרַשְׁתִּי בס"ד בְּאֹופֶן אַחֵר, דְּקַשְׁיָא לְרַשִׁ"י אַמַּאי לָא דָרֵישׁ רַבִּי יְהוּדָה מִטּוֹת זָהָב וְכֶסֶף, כְּגוֹן שֶׁהָיוּ הַמִּטּוֹת כֶּסֶף וּמְצֻופִּים זָהָב וּבָזֶה נִמְצָא כֻּולָּם שָׁוִים וְנִיחָא דְּלֵיכָּא בְּהַאי פֵּירוּשָׁא קֻושְׁיָא דְּרַבִּי נְחֶמְיָה שֶׁהִקְשָׁה מִצַּד הַקְנָאָה דִּלְהַאי פֵּירוּשָׁא לֵיכָּא קְנָאָהּ, לְכָךְ כָּתַב רַשִׁ"י זַ"ל מַטּוֹת זָהָב וְכֶסֶף קָא דְּרֵישׁ דְּאִי אֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ שֶׁהָיוּ כֶּסֶף וּמְצֻופִּים זָהָב, דְּאִם כֵּן הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר מִטּוֹת כֶּסֶף וְזָהָב לְהַקְדִּים גּוּפָם שֶׁל מַטּוֹת קֹודֶם הַצִּפּוּי, דְּאֵין דֶּרֶךְ לְהַזְכִּיר הַצִּפּוּי קֹודֶם גּוּפוֹ שֶׁל כְּלִי, לְכָךְ פֵּירֵשׁ רַבִּי יְהוּדָה שֶׁהָיוּ מִטּוֹת זָהָב לְחוּד וּמִטּוֹת כֶּסֶף לְחוּד וְהָרָאוּי לְכֶסֶף לְכֶסֶף וְהָרָאוּי לְזָהָב לְזָהָב.
« Il est enseigné : Rabbi Yehouda dit : celui qui convenait à l'argent, à l'argent ; celui qui convenait à l'or, à l'or. » Difficulté : pourquoi Rabbi Yehouda n'a-t-il pas énoncé ce dracha sur le verset précédent, qui est (Esther 1,5) « dans la cour du jardin du palais du roi », au sujet duquel Rav et Chemouel divergent, l'un d'eux expliquant précisément ainsi, celui qui convenait à la cour, à la cour, celui qui convenait au jardin, au jardin ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yehouda ne juge pas satisfaisant d'expliquer le verset « dans la cour du jardin du palais » comme signifiant qu'il les installa dans la cour, dans le jardin et dans le palais, car s'il en était ainsi le verset aurait dû dire « dans la cour, et le jardin, et le palais », avec des vav supplémentaires ; il explique donc ce verset comme on l'a dit dans la baraita, qu'il les installa dans la cour, laquelle s'ouvrait sur le jardin et sur le palais. Mais ici, où le verset dit « et d'argent » avec un vav, il interprète à bon droit qu'il y avait des lits d'or et des lits d'argent, et que celui qui convenait à l'argent allait à l'argent et celui qui convenait à l'or, à l'or. Et c'est ainsi qu'a expliqué mon fils bien-aimé, Rabbi Yaakov, l'intention de Rachi qui commente les paroles de Rabbi Yehouda par « il interprète des lits d'or et d'argent » : Rachi se posait la difficulté que nous avons posée, à savoir pourquoi Rabbi Yehouda n'a pas énoncé ce dracha sur le verset antérieur « dans la cour du jardin du palais », et il répond « il interprète des lits d'or et d'argent », c'est-à-dire que ce dracha ne convient qu'ici, parce qu'il est écrit « et d'argent » avec un vav supplémentaire, ce qui n'est pas le cas là-bas où il n'y a pas de vav. Telles sont ses paroles. Or ces paroles de Rachi, je les ai expliquées, avec l'aide du Ciel, d'une autre manière : Rachi se posait la difficulté de savoir pourquoi Rabbi Yehouda n'interprète pas « des lits d'or et d'argent » comme signifiant que les lits étaient d'argent et plaqués d'or, auquel cas tous se trouveraient égaux, et cette explication échapperait à l'objection de Rabbi Nehemia tirée de la jalousie, puisque selon elle il n'y a pas de jalousie. C'est pourquoi Rachi écrit « il interprète des lits d'or et d'argent » : il est impossible d'expliquer qu'ils étaient d'argent plaqués d'or, car il aurait alors fallu dire « des lits d'argent et d'or », en mentionnant le corps des lits avant le placage, car il n'est pas d'usage de mentionner le placage avant le corps de l'objet. Rabbi Yehouda explique donc qu'il y avait des lits d'or à part et des lits d'argent à part, et que celui qui convenait à l'argent allait à l'argent et celui qui convenait à l'or, à l'or.
אָמַר לוֹ רַבִּי נְחֶמְיָה: אִם כֵּן אַתָּה מֵטִיל קִנְאָה בַּסְּעוּדָה! אֶלָּא הֵם שֶׁל כֶּסֶף וְרַגְלֵיהֶן שֶׁל זָהָב. הַקֻּושְׁיָא יְדוּעָה, מַה יְתָרֵץ רַבִּי יְהוּדָה לְקֻושְׁיָא זוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּסָבַר רַבִּי יְהוּדָה שֶׁסִּידֵּר אוֹתָם בְּאֹופֶן שֶׁלֹּא יִהְיֶה קִנְאָה, כִּי מִטּוֹת הַזָּהָב הִנִּיחָם סָמוּךְ לַפֶּתַח, וּמִטּוֹת הַכֶּסֶף הִנִּיחָם לִפְנִים, וּבָזֶה לֹא נִשְׁאַר קִנְאָה, כִּי הַיּוֹשֵׁב עַל מִטּוֹת הַכֶּסֶף הוּא מִתְכַּבֵּד יוֹתֵר מִצַּד הַמָּקוֹם, וְהַיּוֹשֵׁב אֵצֶל הַפֶּתַח מִתְכַּבֵּד יוֹתֵר מִצַּד הַמִּטּוֹת שֶׁהֵם זָהָב, וְלָכֵן הַכָּתוּב נָקֵיט זָהָב וְכֶסֶף, כִּי מִטּוֹת הַזָּהָב מֻונָּחִים אֵצֶל הַפֶּתַח שֶׁהוּא הַתְחָלַת הַכְּנִיסָה, וְהַנִּכְנָס פּוֹגֵעַ בָּהֶם תְּחִלָּה, וּמִטּוֹת הַכֶּסֶף לִפְנִים מֵהֶם. אוֹ יוּבָן בס"ד, סְבִירָא לֵיהּ לְרַבִּי יְהוּדָה דִּלְעוֹלָם הוּא הָיָה יָכוֹל לַעֲשׂוֹת הַכֹּל זָהָב וְלֹא יֵשׁ קִנְאָה, אַךְ הֻוכְרַח לַעֲשׂוֹת שֶׁל כֶּסֶף גַּם כֵּן, כִּי יֵשׁ כְּאוֹבֵי עֵינַיִם שֶׁקָּשֶׁה לָהֶם מַרְאֶה הָאָדֹום שֶׁהוּא מַרְאֶה הַזָּהָב, וְאֵלּוּ יָשְׁבוּ עַל מִטּוֹת כֶּסֶף שֶׁאֵינוֹ לָבָן בְּיוֹתֵר, וְעִם כָּל זֶה אָמַר לוֹ רַבִּי נְחֶמְיָה קִנְאָה אַתָּה מֵטִיל, כִּי לְעֵינֵי הָרוֹאִין חוֹשְׁבִים שֶׁזֶּה הַיּוֹשֵׁב עַל מִטּוֹת כֶּסֶף הוּא גָּרוּעַ, וְאִם כֵּן הַיּוֹשֵׁב שָׁם עַל הַכֶּסֶף יִתְקַנֵּא, כִּי יַחְשֹׁוב שֶׁהָרוֹאִין חוֹשְׁבִין שֶׁהוּא גָּרוּעַ. וְהַתּוֹסָפוֹת זַ"ל הִקְשׁוּ לְמָאֵן דְּאָמַר לְעֵיל הָרָאוּי לְגִינָּה לְגִינָּה, הָרָאוּי לֶחָצֵר לֶחָצֵר, אִם כֵּן קְנָאָהּ אַתָּה מֵטִיל בִּסְעוּדָה? וְתֵרְצוּ דִּסְבִירָא לֵיהּ כֵּיוָן שֶׁלֹּא רוֹאִין זֶה אֶת זֶה לֵיכָּא קְנָאָהּ עַיֵּין שָׁם. וַעֲדַיִין צָרִיךְ לְתֵירוּצָם תַּבְלִין מָה הֶפְרֵשׁ יֵשׁ בָּזֶה? וַהֲלֹא הַנִּכְנָסִין לַגִּינָּה יוֹדְעִים בְּבֵירוּר וּבְוַדַּאי שֶׁיֵּשׁ אֲנָשִׁים שֶׁהִכְנִיסוּם לֶחָצֵר, וְכֵן הַנִּכְנָסִים לְבֵיתָן יוֹדְעִים בְּבֵירוּר שֶׁיֵּשׁ אֲנָשִׁים שֶׁהִכְנִיסוּם לַגִּינָּה, וְאִם כֵּן אֵלּוּ יִתְקַנְּאוּ מֵאוֹתָם שֶׁנִּכְנְסוּ בַּמָּקוֹם הַמְשֻׁובָּח. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ דְּאֵין קִנְאָה אֶלָּא בְּדוֹמִין שֶׁבְּוַדַּאי הֲמוֹן הָעָם לֹא יִתְקַנְּאוּ בְּשָׂרֵי הַמְּדִינוֹת אִם יֵשְׁבוּ בַּמָּקוֹם הַמְעֻולֶּה, וְכֵן לֹא יִתְקַנְּאוּ סְתָם עֲשִׁירִים בַּעֲשִׁירִים מֻופְלָגִים אִם יֵשְׁבוּ בַּמָּקוֹם הַמְעֻולֶּה, וְלָכֵן כֵּיוָן דְּאֵין רוֹאִין זֶה אֶת זֶה, הִנֵּה אִם הֶחָצֵר מְשֻׁובָּח יוֹתֵר וְאֵין מַכְנִיסִים שָׁם אֶלָּא הָרְאוּיִין אֵלָיו אָז אוֹתָם אֲנָשִׁים שֶׁמַּכְנִיסִים אוֹתָם לַגִּינָּה אֵין מִתְקַנְּאִים בְּאוֹתָם שֶׁהִכְנִיסוּם בֶּחָצֵר אַף עַל פִּי שֶׁהִכְנִיסוּ שָׁם אֲנָשִׁים שֶׁאֵינָם מִשָּׂרֵי הַמְּדִינוֹת וְאֵינָם עֲשִׁירִים מֻופְלָגִים יַעַן כֵּיוָן דְּאֵין רוֹאִין מִי הֵם שֶׁהִכְנִיסוּם לֶחָצֵר יֹאמְרוּ לֹא הִכְנִיסוּ שָׁם אֶלָּא רַק שָׂרֵי הַמְּדִינוֹת, וְכֵן הַנִּכְנָסִים לְבֵיתָן לֹא יִתְקַנְּאוּ בַּאֲנָשִׁים שֶׁהִכְנִיסוּ לַגִּינָּה, כִּי יֹאמְרוּ לֹא נִכְנְסוּ שָׁם אֶלָּא רַק מִשָּׂרֵי הַמְּדִינוֹת וַעֲשִׁירִים מֻופְלָגִים, מַה שֶׁאֵין כֵּן מִטּוֹת זָהָב וְכֶסֶף שֶׁהִנִּיחַ בְּכָל מָקוֹם שֶׁל זָהָב וְשֶׁל כֶּסֶף, דְּהַיּוֹשֵׁב עַל הַכֶּסֶף רוֹאֶה מִי הֵם הַיּוֹשְׁבִים עַל הַזָּהָב, אָז יִתְקַנֵּא בַּאֲנָשִׁים הַדּוֹמִין לוֹ שֶׁאֵינוֹ לֹא מִשָּׂרֵי הַמְּדִינוֹת וְלֹא מִן עֲשִׁירִים הַמֻּופְלָגִים בְּיוֹתֵר.
« Rabbi Nehemia lui dit : s'il en est ainsi, tu jettes la jalousie dans le festin ! Plutôt : ils étaient d'argent et leurs pieds d'or. » La difficulté est connue : que répondra Rabbi Yehouda à cette objection ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yehouda tient qu'il les disposa de manière qu'il n'y eût pas de jalousie : il plaça les lits d'or près de l'entrée et les lits d'argent à l'intérieur, et ainsi il ne restait pas de jalousie, car celui qui était assis sur les lits d'argent était davantage honoré par la place, tandis que celui qui était assis près de l'entrée était davantage honoré par les lits, qui étaient d'or. C'est pourquoi l'Écriture dit « or et argent », car les lits d'or étaient placés près de l'entrée, qui est le commencement de l'accès, et celui qui entre les rencontre d'abord, tandis que les lits d'argent étaient plus à l'intérieur. Ou bien on peut comprendre ainsi, avec l'aide du Ciel : Rabbi Yehouda tient qu'en principe il aurait pu tout faire en or sans qu'il y eût de jalousie, mais qu'il fut contraint d'en faire aussi en argent, car il est des gens souffrant des yeux à qui la teinte rouge, qui est celle de l'or, est pénible, et ceux-là s'asseyaient sur des lits d'argent, qui n'est pas excessivement blanc. Et malgré cela Rabbi Nehemia lui dit : tu jettes la jalousie, car aux yeux de ceux qui regardent, on pense que celui qui est assis sur les lits d'argent est inférieur, et dès lors celui qui y est assis sera jaloux, car il pensera que ceux qui regardent le tiennent pour inférieur. Les Tossefot ont objecté : selon celui qui dit plus haut « celui qui convenait au jardin, au jardin, celui qui convenait à la cour, à la cour », là aussi tu jettes la jalousie dans le festin ! Et ils ont répondu qu'il tient que, puisqu'ils ne se voyaient pas les uns les autres, il n'y a pas de jalousie ; qu'on s'y reporte. Mais leur réponse demande encore un assaisonnement : quelle différence y a-t-il ? Ceux qui entrent dans le jardin savent pourtant avec certitude qu'il y a des gens qu'on a fait entrer dans la cour, et de même ceux qui entrent dans le palais savent avec certitude qu'il y a des gens qu'on a fait entrer dans le jardin ; ceux-là devraient donc être jaloux de ceux qui sont entrés dans le lieu le plus estimé. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu qu'il n'y a de jalousie qu'entre semblables : à coup sur, le commun du peuple ne sera pas jaloux des ministres des provinces s'ils sont assis au lieu le plus distingué, et de même de simples riches ne seront pas jaloux de richissimes assis au lieu le plus distingué. Aussi, puisqu'ils ne se voient pas les uns les autres, si la cour est la plus estimée et qu'on n'y fait entrer que ceux qui lui conviennent, alors les gens qu'on fait entrer dans le jardin ne sont pas jaloux de ceux qu'on a fait entrer dans la cour, même si l'on y a fait entrer des gens qui ne sont pas ministres des provinces ni richissimes, car, ne voyant pas qui sont ceux qu'on a fait entrer dans la cour, ils diront qu'on n'y a fait entrer que les ministres des provinces ; et de même ceux qui entrent dans le palais ne seront pas jaloux de ceux qu'on a fait entrer dans le jardin, car ils diront qu'il n'y est entré que des ministres des provinces et des richissimes. Il n'en va pas de même des lits d'or et d'argent, placés les uns et les autres en chaque lieu : celui qui est assis sur l'argent voit qui sont ceux qui sont assis sur l'or, et il sera alors jaloux de gens semblables à lui, qui ne sont ni ministres des provinces ni parmi les plus grands riches.
אֶלָּא הֵם שֶׁל כֶּסֶף וְרַגְלֵיהֶן שֶׁל זָהָב. הִקְשָׁה מָהַרְשָׁ"א זַ"ל הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר לְהַפֵּךְ הַמִּטּוֹת גּוּפַיְיהוּ שֶׁל זָהָב וְרַגְלֵיהֶם שֶׁל כֶּסֶף? יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ שֶׁהַזָּהָב הוּא יוֹתֵר כָּבֵד וְיוֹתֵר חָזָק מִן הַכֶּסֶף, וְאִם יַעֲשׂוּ כָּל הַמִּטָּה שֶׁל זָהָב וְהָרַגְלַיִם שֶׁל כֶּסֶף לֹא יוּכְלוּ הָרַגְלַיִם לִישָּׂא עֲלֵיהֶם מַשָּׂא הַזָּהָב שֶׁל כָּל הַמִּטָּה כֻּולָּהּ, אֲשֶׁר שִׁיעוּר שֶׁלָּהּ חָמֵשׁ פְּעָמִים עַל שִׁיעוּר הָרַגְלַיִם, וְלֹא עוֹד אֶלָּא שֶׁהִיא זָהָב שֶׁהוּא כָּבֵד הַרְבֵּה, לְכָךְ אָמַר שֶׁעָשָׂה הָרַגְלַיִם זָהָב שֶׁהוּא חָזָק וְיוּכַל לָשֵׂאת מַשָּׂא הַכֶּסֶף שֶׁל הַמִּטָּה כֻּולָּהּ. וְעַל תֵּירוּץ מָהַרְשָׁ"א זַ"ל יֵשׁ לְהָעִיר אִם הַמִּטּוֹת הָיוּ מְכֻוסִּין בְּמַצָּעוֹת יָפוֹת שֶׁאֵין נִרְאִין אִם כֵּן לָמָּה מִכֶּסֶף, יַעֲשׂוּם מֵעֵץ אוֹ בַּרְזֶל אוֹ נְחֹושֶׁת.
« Plutôt : ils étaient d'argent et leurs pieds d'or. » Le Maharcha a objecté qu'il aurait fallu dire l'inverse, que les lits eux-mêmes fussent d'or et leurs pieds d'argent ; qu'on s'y reporte. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que l'or est plus lourd et plus solide que l'argent, et que si l'on faisait tout le lit en or et les pieds en argent, les pieds ne pourraient porter la charge de l'or du lit entier, dont la dimension est cinq fois celle des pieds, et qui de surcroît est d'or, lequel est fort lourd. C'est pourquoi il est dit qu'il fit les pieds en or, qui est solide et peut porter la charge de l'argent du lit entier. Et sur la réponse du Maharcha il y a lieu de faire observer : si les lits étaient couverts de belles tentures, de sorte qu'on ne les voyait pas, pourquoi donc en argent ? Qu'on les fasse de bois, de fer ou de cuivre.
💡 Explication

La divergence porte sur le rapport entre les deux métaux dans un même verset. Rabbi Yehouda y voit deux catégories de lits attribuées selon le rang ; Rabbi Nehemia objecte que la différence visible entre les convives ruinerait le festin, et lit les deux métaux dans un seul et même meuble. Les Tossefot rapprochent aussitôt cette objection de la répartition par rang admise plus haut pour la cour et le jardin, et répondent que l'absence de vis-à-vis y supprime la comparaison.

🖼️ Schéma
Des lits d'or et d'argent : deux lectures, une objection Rabbi Yehouda Rabbi Nehemia Deux séries de lits distinctes. Chacun est assis selon son rang : l'or aux grands, l'argent aux moindres. Un seul type de lit pour tous : le corps en argent, les pieds en or. Aucune différence entre les convives. L'objection de Rabbi Nehemia Un classement visible entre les convives jette la jalousie dans le festin. La réponse des Tossefot pour la cour et le jardin La jalousie suppose le vis-à-vis ; séparés, les convives ne se comparent pas.
L'objection ne vise pas la différence de rang elle-même, mais son exposition au regard des autres.
14
״בַּהַט וְשֵׁשׁ״. אָמַר רַבִּי אַסִּי: אֲבָנִים שֶׁמִּתְחוֹטְטוֹת עַל בַּעֲלֵיהֶן. וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״אַבְנֵי נֵזֶר מִתְנוֹסְסוֹת עַל אַדְמָתוֹ״.

« Bahat et chech ». Rabbi Assi dit : des pierres qui se font ardemment rechercher par ceux qui les possèdent.

Et de même il est dit : « des pierres de diadème, étincelant sur sa terre ».

📜 Rachi (2)
מִתְחוֹטְטוֹת עַל בַּעֲלֵיהֶן רִצְפָּה עָשָׂה לָהֶם בַּאֲבָנִים חֲטוּטוֹת כְּלוֹמַר שֶׁלֹּא בָּאוּ לִידֵי אָדָם אֶלָּא בְּטֹורַח שֶׁמְּחַטְּטִים וּמַחֲזִירִים בַּעֲלֵיהֶן אַחֲרֵיהֶן עַד שֶׁמּוֹצְאִין אוֹתָן בְּדָמִים יְקָרִים:
Mithotetot al baaleihen — il leur fit un dallage de pierres extraites ; c'est-à-dire qu'elles ne parviennent entre les mains de l'homme qu'à grand-peine, car on les extrait en fouillant, et leurs acquéreurs les recherchent jusqu'à ce qu'ils les trouvent, à grand prix.
וְכֵן הוּא אוֹמֵר שֶׁהַמִּקְרָא מְשַׁבֵּחַ אַבְנֵי' יְקָרוֹת וְאוֹמֵר עַל נִסְיוֹנוֹת הַרְבֵּה הֵן בָּאִין כִּי אַבְנֵי נֵזֶר מִתְנוֹסְסוֹת עַל אַדְמָתוֹ וְהַכָּתוּב מְדַבֵּר לְיִשְׂרָאֵל לֶעָתִיד לָבוֹא שֶׁיִּהְיוּ חֲשׁוּבֵין וִיקָרִים בֵּין הָאֻומּוֹת כְּאַבְנֵי נֵזֶר הַמִּתְנוֹסְסוֹת:
Et de même il est dit — car l'Écriture fait l'éloge des pierres précieuses et dit qu'elles ne s'obtiennent qu'au prix de nombreuses épreuves : « car ce sont des pierres de diadème, étincelant sur sa terre ». Et le verset parle d'Israël pour l'avenir : ils seront estimés et précieux parmi les nations, comme des pierres de diadème étincelantes.
💡 Explication

Le mot bahat est rattaché à une racine évoquant la fouille et la recherche. Rachi en tire un trait économique : ces pierres ne s'obtiennent qu'à grand-peine et à grand prix, ce qui mesure le faste du dallage. Le verset de Zekharia, cité en appui, applique la même image à Israël dans l'avenir.

15
״וְדָר וְסוֹחֶרֶת״, רַב אָמַר: דָּרֵי דָּרֵי. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: אֶבֶן טוֹבָה יֵשׁ בִּכְרַכֵּי הַיָּם ו״דָּרָה״ שְׁמָהּ, הוֹשִׁיבָהּ בְּאֶמְצַע סְעוּדָה וּמְאִירָה לָהֶם כַּצָּהֳרַיִם. דְּבֵי רַבִּי יִשְׁמָעֵאל תַּנָּא: שֶׁקָּרָא דְּרוֹר לְכָל בַּעֲלֵי סְחוֹרָה.

« Et dar et soharet ». Rav dit : des rangées et des rangées (darei darei).

Et Chemouel dit : il existe dans les villes maritimes une pierre précieuse dont le nom est dara ; il l'installa au milieu du festin et elle les éclairait comme en plein midi. On enseigna dans l'école de Rabbi Yichmael : il proclama une franchise (deror) pour tous les marchands.

📜 Rachi (3)
דָּרֵי דָּרֵי שׁוּרוֹת שׁוּרוֹת סָבִיב וְסוֹחֶרֶת לְשׁוֹן סְחוֹר סְחוֹר:
Darei darei — des rangées et des rangées tout autour ; et soharet est un terme de sehor sehor.
כַּצָּהֳרַיִם וְהַאי וְסֹוחֶרֶת לְשׁוֹן סֵהֲרָא הוּא:
Comme en plein midi — et ce mot soharet vient de sahara.
שֶׁקָּרָא דְּרוֹר לְכָל בַּעֲלֵי סְחוֹרָה עָשָׂה נַחַת רוּחַ לִבְנֵי מַלְכוּתוֹ לְהַעֲבִיר מֵהֶן מֶכֶס שֶׁל סוֹחֲרִין:
Qu'il proclama une franchise pour tous les marchands — il fit plaisir aux gens de son royaume en leur remettant la taxe des marchands.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶבֶן טוֹבָה יֵשׁ בִּכְרַכֵּי הַיָּם, ו'דָּרָה' שְׁמָהּ; הוֹשִׁיבָהּ בְּאֶמְצַע סְעוּדָה וּמְאִירָה לָהֶם כַּצָּהֳרַיִם. נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁהִנִּיחָהּ כְּנֶגֶד זְרִיחַת הַשֶּׁמֶשׁ שֶׁשּׁוֹלֵט עָלֶיהָ אוֹר הַשֶּׁמֶשׁ, וּבַלַּיְלָה הִנִּיחָהּ כְּנֶגֶד אוֹר אֲבוּקָה גְּדוֹלָה שֶׁהָיָה הָאוּר מַכֶּה בָּהּ, וְהִיא מֵרֹוב גָּודְלָהּ וְרֹוב זְכוּתָהּ וְיָופְיָהּ וְעֹוצֶם בְּהִירוּתָהּ נוֹתֶנֶת אוֹר גָּדוֹל בְּתוֹךְ הַמָּקוֹם הַהוּא, כִּי מֵחֲמַת הָאוּר הַגָּדוֹל הַמַּכֶּה בָּהּ יוֹצֵא מִמֶּנָּה נִיצוֹצֵי אוֹרָהּ, שֶׁמְּאִירִין לַמָּקוֹם הַהוּא, וְלָזֶה מְדַמֶּה אוֹר הַזּוֹרֵחַ וּמַבְהִיק מִמֶּנָּה כְּאוֹר הַצָּהֳרַיִם.
« Il existe dans les villes maritimes une pierre précieuse, dont le nom est dara ; il l'installa au milieu du festin et elle les éclairait comme en plein midi. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il la plaça face au lever du soleil, de sorte que la lumière du soleil la dominait, et que la nuit il la plaça face à la lumière d'un grand flambeau dont la lumière la frappait ; et elle, par sa grande taille, sa grande pureté, sa beauté et son extrême limpidité, donnait une grande lumière en ce lieu, car sous l'effet de la forte lumière qui la frappait il sortait d'elle des étincelles de clarté qui éclairaient ce lieu. C'est à cela qu'est comparée la lumière qui rayonne et resplendit d'elle, comme la lumière de midi.
💡 Explication

Trois racines différentes sont proposées pour le même couple de mots. Rav lit dar comme rangées et soharet comme sehor sehor, à la ronde : le dallage est décrit dans sa disposition. Chemouel y voit un nom propre de pierre et rattache soharet à sahar, l'astre : le dallage est décrit par sa lumière. L'école de Rabbi Yichmael quitte le registre du mobilier pour celui de la politique fiscale, en lisant deror, franchise, et soher, marchand.

🖼️ Schéma
Dar vessoharet : trois étymologies, trois descriptions Rav : la disposition Chemouel : la lumière École de Rabbi Yichmael dar : darei darei, des rangées de pierres. soharet : sehor sehor, tout autour. dar : dara, le nom d'une pierre précieuse. soharet : sahar, l'astre qui éclaire. dar : deror, la franchise accordée par le roi. soharet : soher, le marchand. Ce que chaque lecture ajoute au récit Un dallage ordonné, une salle illuminée, ou une mesure de faveur envers les sujets du royaume.
Les deux mots restent les mêmes ; c'est la racine qu'on leur suppose qui change le tableau.
16
״וְהַשְׁקוֹת בִּכְלֵי זָהָב וְכֵלִים מִכֵּלִים שׁוֹנִים״. ״מְשֻׁונִּים״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! אָמַר רָבָא, יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה לָהֶם: רִאשׁוֹנִים כָּלוּ מִפְּנֵי כֵלַי, וְאַתֶּם שׁוֹנִים בָּהֶם! ״וְיַיִן מַלְכוּת רַב״, אָמַר רַב: מְלַמֵּד שֶׁכָּל אֶחָד וְאֶחָד הִשְׁקָהוּ יַיִן שֶׁגָּדוֹל הֵימֶנּוּ בְּשָׁנִים.

« Et l'on donnait à boire dans des vases d'or, et des vases différents (chonim) les uns des autres ». Il aurait fallu dire mechounim !

Rava dit : une voix céleste (bat kol) sortit et leur dit : les premiers ont été anéantis à cause de ces vases, et vous, vous y revenez (chonim) ! « Et du vin royal en abondance (rav) » — Rav dit : cela enseigne qu'à chacun on servit un vin plus âgé que lui en années.

📜 Rachi (1)
הָרִאשׁוֹנִים כְּלוֹמַר בֵּלְשַׁצַּר וַחֲבוּרָתוֹ:
Les premiers — c'est-à-dire Belchatsar et sa compagnie.
🪔 Ben Yehoyada (1)
יָצְתָה בַּת קוֹל וְאָמְרָה לָהֶם: רִאשׁוֹנִים כֻּלּוֹ מִפְּנֵי כֵּלִים, וְאַתֶּם שׁוֹנִים בָּהֶם. אֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ דְּאֵין הַכַּוָּנָה יָצְתָה בַּת קוֹל מִן הַשָּׁמַיִם וְאָמְרָה לָהֶם דְּבָרִים אֵלּוּ, אֶלָּא הַכַּוָּנָה שֶׁהַדְּבָרִים הָאֵלֶּה הֵמָּה יָצְאוּ מִפּוּם רַבָּנָן, הֵמָּה הַסַּנְהֶדְרִין הַקְּבוּעִים בְּבֵית הַמִּדְרָשׁ שֶׁדִּבְּרוּ דְּבָרִים אֵלּוּ עֲלֵיהֶם, וְנָקֵיט תַּלְמוּדָא הָכִי בִּלְשׁוֹן מְלִיצָה, וְכַוָּנָתוֹ הוּא עַל הַקּוֹל שֶׁיָּצָא בְּדָבָר זֶה מִפֻּומַּייְהוּ דְּרַבָּנָן.
« Une bat kol sortit et leur dit : les premiers ont été anéantis à cause des vases, et vous, vous y revenez. » On peut expliquer que l'intention n'est pas qu'une bat kol soit sortie du ciel et leur ait dit ces paroles, mais que ces paroles sont sorties de la bouche des maîtres, à savoir les membres du Sanhédrin siégeant à la maison d'étude, qui prononcèrent ces paroles à leur sujet ; le Talmud s'exprime ainsi par figure de style, et son intention porte sur la parole qui s'est répandue à ce sujet depuis la bouche des maîtres.
💡 Explication

La question porte sur une forme grammaticale : pour dire « différents », l'hébreu attendrait mechounim. La forme chonim autorise un autre sens, celui de répéter. Les vases sont ceux du Temple, pris à Jérusalem, dont l'usage avait déjà coûté la vie à Belchatsar au chapitre cinq de Daniel. Le mot rav subit le même traitement : au lieu de l'abondance, l'ancienneté du vin.

17
״וְהַשְּׁתִיָּה כַּדָּת (אֵין אוֹנֵס)״, מַאי ״כַּדָּת״? אָמַר רַבִּי חָנָן מִשּׁוּם רַבִּי מֵאִיר: כַּדָּת שֶׁל תּוֹרָה, מַה דָּת שֶׁל תּוֹרָה אֲכִילָה מְרֻובָּה מִשְּׁתִיָּה — אַף סְעֻודָּתוֹ שֶׁל אוֹתוֹ רָשָׁע אֲכִילָה מְרֻובָּה מִשְּׁתִיָּה.

« Et la boisson selon la règle (kadat), sans contrainte ». Que signifie « kadat » ?

Rabbi Hanan dit au nom de Rabbi Meir : selon la règle de la Torah. De même que, selon la règle de la Torah, la consommation est plus abondante que la boisson, de même au festin de ce racha, la nourriture fut plus abondante que la boisson.

📜 Rachi (1)
כַּדָּת שֶׁל תּוֹרָה אֲכִילַת מִזְבֵּחַ מְרֻובֶּה מִשְּׁתִיָּה פַּר וּשְׁלֹשָׁה עֶשְׂרוֹנִים סֹולֶת לַאֲכִילָה וְנַסֵּךְ חֲצִי הַהִין:
Selon la règle de la Torah — la consommation de l'autel est plus abondante que sa boisson : un taureau et trois dixièmes de fleur de farine pour la consommation, et une libation d'un demi-hine.
🗂️ Tossefot (1)
כְּדָת שֶׁל תּוֹרָה אֲכִילָה מְרֻובָּה מִשְּׁתִיָּה. וְהָא דְּאָמְרִינַן בְּנִדָּה (דַּף כֹּד: וְשָׁם) כֹּל שֶׁאֲכִילָתוֹ מְרֻובָּה מִשְּׁתִייָּתוֹ עַצְמוֹתָיו סְכוּיִין הַיְינוּ בְּאוֹכֵל יוֹתֵר מִדַּאי:
Selon la règle de la Torah, la consommation plus abondante que la boisson. Quant à ce que nous disons dans Nidda (24b) : quiconque mange plus qu'il ne boit, ses os sont sekhouyin, il s'agit de celui qui mange à l'excès.
💡 Explication

Le mot dat désigne une règle sans en préciser la source. Rabbi Meir la rapporte à la Torah, et plus précisément au régime des offrandes : Rachi chiffre la proportion, un taureau accompagné de trois dixièmes de fleur de farine contre une libation d'un demi-hine. Les Tossefot écartent une objection tirée du traité Nidda, où cette même proportion est présentée comme malsaine : il s'agit là de l'excès alimentaire, non de la proportion elle-même.

18
״אֵין אוֹנֵס״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מְלַמֵּד שֶׁכָּל אֶחָד וְאֶחָד הִשְׁקָהוּ מִיֵּין מְדִינָתוֹ. ״לַעֲשׂוֹת כִּרְצוֹן אִישׁ וָאִישׁ״, אָמַר רָבָא: לַעֲשׂוֹת כִּרְצוֹן מָרְדֳּכַי וְהָמָן. מָרְדְּכַי — דִּכְתִיב: ״אִישׁ יְהוּדִי״, הָמָן — ״אִישׁ צַר וְאוֹיֵב״.

« Sans contrainte » — Rabbi Elazar dit : cela enseigne qu'à chacun on servit le vin de son propre pays. « Pour faire selon le désir de chaque homme (ich vaich) » — Rava dit : pour faire selon le désir de Mordekhai et de Haman.

Mordekhai, car il est écrit « un homme (ich) judéen » ; Haman, « un homme (ich) oppresseur et ennemi ».

📜 Rachi (2)
מִיַּיִן מְדִינָתוֹ יַיִן הָרָגִיל בּוֹ וְלֹא יְשַׁכְּרֵהוּ [וְלֹא יִשְׁתֵהוּ] אֶלָּא לְפִי רְצוֹנוֹ:
Du vin de son pays — le vin auquel il est accoutumé ; on ne l'enivrait pas, et il ne buvait que selon son gré.
כִּרְצוֹן מָרְדְּכַי וְהָמָן הֵם הָיוּ שָׂרֵי הַמַּשְׁקִים בְּמִשְׁתֶּה:
Selon le désir de Mordekhai et de Haman — ils étaient les maîtres échansons du festin.
💡 Explication

L'expression ich vaich, littéralement « un homme et un homme », se prête mal à la traduction usuelle par « chacun ». Rava la prend au pied de la lettre et cherche dans la meguila les deux personnages que le texte désigne par ce seul mot ich : Mordekhai et Haman. Rachi précise la fonction qui rend la lecture concrète, celle de maîtres échansons du festin.

19
״גַּם וַשְׁתִּי הַמַּלְכָּה עָשְׂתָה מִשְׁתֵּה נָשִׁים בֵּית הַמַּלְכוּת״. ״בֵּית הַנָּשִׁים״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! אָמַר רָבָא: שְׁנֵיהֶן לִדְבַר עֲבֵירָה נִתְכַּוְּונוּ, הַייְנוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: אִיהוּ בְּקֶרִי, וְאִתְּתֵיהּ

« La reine Vachti aussi fit un festin de femmes dans la maison royale ». Il aurait fallu dire « la maison des femmes » !

Rava dit : tous deux visaient une même transgression. C'est ce que disent les gens : lui avec des courges, et sa femme

📜 Rachi (1)
אִיהוּ בְּקֶרִי דְּלוּעִין גְּדוֹלוֹת:
Lui avec des kerei — de grosses courges.
💡 Explication

La difficulté est de nouveau lexicale : un festin de femmes appelait le beit hanachim, l'appartement des femmes, et non la maison royale, lieu des hommes. Rava en tire que le choix du lieu révèle l'intention. L'adage populaire qui suit est interrompu par la fin du amoud et s'achève au folio 12b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).