Sougya : Le folio poursuit la lecture midrachique du premier chapitre de la meguila. Rava établit que le septième jour du banquet était Chabbat : c'est le jour où la différence entre Israël et les nations apparaît le mieux, les uns ouvrant leur repas par la Torah et la louange, les autres par des paroles de débauche.
De là conversation des convives sort la demande que Vachti paraisse nue, et la Guemara explique sa mise à nu par la mesure pour mesure : elle faisait travailler les filles d'Israël nues le Chabbat. Deux raisons sont données à son refus : la tsaraat qui éclata sur elle, ou la queue que l'ange Gavriel lui fit.
Sa réponse insolente au roi déclenche la fureur. Ahachveroch convoque alors les sages, identifiés aux maîtres d'Israël, qui se récusent : condamner ou acquitter les expose tous deux, et ils renvoient le roi vers Ammon et Moav, restés en place comme un vin sur sa lie.
Rabbi Levi lit le verset des sept conseillers comme sept allusions au service du Temple, réclamation des anges en faveur d'Israël. Memoukhan est identifié à Haman, et son empressement à parler le premier fournit la règle : l'homme du commun saute en tête.
Le folio compare ensuite la recherche d'une épouse par David et par Ahachveroch, puis ouvre la présentation de Mordekhai : ses trois ancêtres lus comme trois titres de prière, et la contradiction entre yehoudi et yemini, résolue de quatre manières différentes.
Avec des petites courges.
Fin d'un adage rapporté depuis le folio précédent : l'homme et sa femme agissent souvent de la même façon, chacun avec des petites courges. Rachi l'applique ici au couple royal : Ahachveroch propose d'exhiber la beauté de Vachti, et Vachti elle-même recherchait ce regard. L'adage sert de charnière vers le récit du banquet.
« Le septième jour, quand le cœur du roi fut gai par le vin. » Est-ce à dire que jusque-là son cœur n'était pas gai par le vin ? Rava dit : le septième jour était Chabbat.
Car Israël, lorsqu'ils mangent et boivent, commencent par des paroles de Torah et des paroles de louange ; mais les nations du monde, lorsqu'elles mangent et boivent, ne commencent que par des paroles de débauche.
La question porte sur un détail du verset : pourquoi préciser le septième jour, comme si la gaieté du vin n'était venue qu'alors ? Rava répond en identifiant ce jour au Chabbat. Le septième jour n'ajoute pas du vin, il ajoute un contraste : c'est le jour où la table d'Israël et celle des nations se distinguent par ce dont on y parle.
Le terme divrei tiflout désigne des propos de débauche. La suite du folio montre concrètement où ces propos ont mené le banquet.
Et de même au banquet de ce méchant : ceux-ci disaient : les Mèdes sont belles ; et ceux-là disaient : les Perses sont belles. Ahachveroch leur dit : l'ustensile dont je me sers n'est ni mède ni perse, mais chaldéen.
Voulez-vous la voir ? Ils lui dirent : oui, à condition qu'elle soit nue.
Le mot keli (ustensile, récipient) employé par le roi pour désigner sa femme dit déjà le regard qu'il porte sur elle : un objet dont on se sert et que l'on compare. La dispute des convives sur la beauté des Mèdes et des Perses est l'exemple des divrei tiflout annoncés au segment précédent.
Car selon la mesure dont l'homme mesure, c'est par elle que l'on mesure pour lui : cela enseigne que Vachti la méchante amenait les filles d'Israël, les déshabillait et leur faisait accomplir un travail le Chabbat. C'est ce qui est écrit : « Après ces événements, quand la colère du roi Ahachveroch se fut apaisée, il se souvint de Vachti, de ce qu'elle avait fait et de ce qui avait été décrété contre elle » - comme elle avait fait, ainsi il fut décrété contre elle.
La règle citée est celle de la mida keneged mida, la mesure pour mesure : le châtiment épouse la forme de la faute. Deux éléments de la faute se retrouvent dans le châtiment : la nudité imposée et le jour de Chabbat.
Le verset d'Esther 2,1 sert de preuve parce qu'il met côte à côte deux expressions parallèles : ce qu'elle avait fait et ce qui fut décrété contre elle. Le rapprochement des deux membres est ce qui porte l'enseignement.
« Et la reine Vachti refusa. » Or elle était dévergondée, comme l'a dit le Maître : tous deux visaient la faute ; quelle est donc la raison pour laquelle elle n'est pas venue ? Rabbi Yosse bar Hanina dit : cela enseigne que la tsaraat éclata sur elle.
Dans une baraita on a enseigné : [Gavriel vint et lui fit une queue].
La question est logique : si Vachti était elle-même dévergondée, son refus demande une explication. Deux réponses sont données, l'une par un Amora, l'autre par une baraita, et les deux font intervenir un empêchement physique survenu au dernier moment.
La tsaraat est déduite par une gezera chava sur le mot nigzar (décrété, retranché) : le même mot se lit à propos du roi Ouziyahou frappé de tsaraat. La seconde réponse attribue l'empêchement à une intervention directe de l'ange Gavriel.
« Et le roi se mit dans une grande colère. » Pourquoi s'enflamma-t-il à ce point ? Rava dit : elle lui fit dire : fils du palefrenier de mon père !
Mon père buvait du vin devant mille hommes et ne s'enivrait pas, et cet homme-là est devenu insensé par son vin. Aussitôt : « et sa fureur brûla en lui ».
La question porte sur la disproportion : un refus ne suffit pas à expliquer une fureur pareille. Rava ajoute donc au refus un message d'insulte, construit en deux temps : une attaque sur son origine, puis une comparaison humiliante avec Belchatsar sur le terrain même du banquet, la tenue au vin.
Bar ahouryarei signifie fils du gardien des chevaux. Le mot echtati, il est devenu insensé, reprend en miroir le « cœur gai par le vin » du verset.
« Et le roi dit aux sages. » Qui sont ces sages ? Les maîtres d'Israël.
« Ceux qui connaissent les temps » - ceux qui savent intercaler les années et fixer les mois. Il leur dit : jugez-la pour moi.
Ils se dirent : comment faire ? Si nous lui disons : tue-la, demain son vin se dissipera et il nous la réclamera.
Si nous lui disons : laisse-la, elle aura méprisé la royauté. Ils lui dirent : depuis le jour où le Temple fut détruit et où nous fûmes exilés de notre terre, le conseil nous a été ôté et nous ne savons plus juger les affaires capitales.
Va vers Ammon et Moav, qui sont demeurés à leur place comme le vin qui repose sur sa lie.
Les yodei haïtim, ceux qui connaissent les temps, sont identifiés aux maîtres d'Israël par leur compétence propre : l'intercalation des années (ibour chanim) et la fixation des mois. Le roi leur demande un jugement capital.
Les deux issues sont également dangereuses : une condamnation sera reprochée une fois le vin dissipé, un acquittement laisse impunie une offense à la royauté. Ils se récusent en invoquant la perte de la compétence en dinei nefachot depuis la destruction du Temple, et renvoient le roi vers des peuples que l'exil n'a pas déplacés.
Et ils lui donnèrent une raison, car il est écrit : « Moav est tranquille depuis sa jeunesse, il repose sur sa lie, il n'a pas été transvasé de vase en vase et n'est pas parti en exil ; c'est pourquoi son goût s'est maintenu en lui et son parfum n'a pas changé. » Aussitôt : « et ceux qui étaient proches de lui : Karchéna, Chétar, Admata, Tarchich... »
Le verset de Yirmiya fournit l'image technique : le vin que l'on ne transvase pas garde son goût et son parfum. Le déplacement, ici l'exil, altère la substance ; la stabilité la conserve. Les Sages appliquent l'image à la capacité de juger.
Rabbi Levi dit : tout ce verset a été dit à propos des offrandes.
Le point d'appui de Rabbi Levi est le mot véhakarov, qui ouvre le verset : la racine k-r-v est celle du korban. Une fois cette racine entendue, toute la liste des noms se lit comme une énumération d'éléments du service.
« Karchéna » - les anges du service dirent devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, ont-ils jamais offert devant Toi des agneaux d'un an (karim bnei chana) comme Israël a offert devant Toi ? « Chétar » - ont-ils jamais offert devant Toi deux tourterelles (chtei torim) ?
« Admata » - ont-ils jamais bâti devant Toi un autel de terre (adama) ? « Tarchich » - ont-ils jamais servi devant Toi dans les habits de kehouna, dont il est écrit « tarchich, choham et yachfé » ?
« Méress » - ont-ils jamais remué (mirsou) le sang devant Toi ? « Marséna » - ont-ils jamais remué (mirsou) les offrandes de farine devant Toi ?
« Memoukhan » - ont-ils jamais préparé (hekhinou) une table devant Toi ?
Sept noms, sept éléments du service : deux catégories d'offrandes animales, l'autel, les vêtements du kohen, deux gestes techniques de préparation, et la table des pains. La question répétée, ont-ils jamais offert devant Toi, transforme la liste en réclamation.
Deux termes techniques apparaissent : mirsou badam, remuer le sang recueilli pour empêcher la coagulation qui le rendrait impropre à la zerika (aspersion), et mirsou baménahot, brasser la farine et l'huile de l'offrande végétale.
« Et Memoukhan dit. » On a enseigné : Memoukhan, c'est Haman. Et pourquoi fut-il appelé Memoukhan ?
Parce qu'il était prêt (moukhan) au châtiment. Rav Kahana dit : d'ici on apprend que l'homme du commun saute en tête.
L'identification repose sur le nom : Memoukhan et moukhan, prêt, partagent la racine k-v-n. Rachi précise le contenu de cette disponibilité : prêt à être pendu.
La règle de Rav Kahana, hahédyot kofets baroch, tire de la place du nom dans la liste : mentionné en dernier, donc le moindre des sept, et pourtant le premier à parler.
« Que tout homme soit maître en sa maison. » Rava dit : sans les premières lettres, il ne serait pas resté aux ennemis d'Israël un survivant ni un rescapé.
L'expression sonehem chel Israël, les ennemis d'Israël, est un euphémisme désignant Israël lui-même, employé pour ne pas prononcer directement le malheur.
Le raisonnement de Rava est un raisonnement sur les effets : une première lettre ridicule a discrédité l'expéditeur, et ce discrédit a fait perdre aux lettres suivantes leur force d'exécution immédiate. Le délai ainsi gagné est ce qui a rendu le renversement possible.
Ils disaient : qu'est-ce que cela qu'il nous a envoyé, « que tout homme soit maître en sa maison » ? C'est évident !
Même un tisserand est parédachkha en sa maison !
Le mot araméen parédachkha, que Rachi rend par officier et gouverneur, désigne une autorité établie. Le terme rendu ici par tisserand désigne un homme de condition modeste : même lui commande chez lui, ce qui rend le décret vide de contenu.
Ce ridicule est précisément le mécanisme décrit par Rava au segment précédent.
« Et que le roi désigne des commissaires. » Rabbi dit : que signifie ce qui est écrit : « Tout homme avisé agit avec connaissance, et le sot étale sa sottise » -
Rabbi introduit un verset de Michlei (13,16) qui servira de grille de lecture : deux rois cherchent une épouse, et le verset fournit les deux catégories, l'aroum (l'avisé) et le kessil (le sot). Le développement occupe le segment suivant.
« Tout homme avisé agit avec connaissance » - c'est David, car il est écrit : « Ses serviteurs lui dirent : que l'on cherche pour mon seigneur le roi une jeune fille vierge » ; quiconque avait une fille la lui amenait. « Et le sot étale sa sottise » - c'est Ahachveroch, car il est écrit : « et que le roi désigne des commissaires » ; quiconque avait une fille la lui cachait.
Le contraste tient à un seul paramètre : le nombre demandé. Une seule jeune fille recherchée, et les pères se présentent ; toutes les jeunes filles rassemblées, et les pères se cachent. Le calcul du sot produit l'effet inverse de celui qu'il visait.
« Il y avait un homme yehoudi à Chouchan la capitale, etc., un homme yémini. » Que veut dire le verset ? S'il vient donner sa généalogie, qu'il la donne jusqu'à Binyamin !
Or, qu'ont donc de particulier ces noms-là ?
Une généalogie biblique remonte normalement jusqu'à l'ancêtre éponyme de la tribu. Celle de Mordekhai s'arrête à trois noms, ce qui laisse penser que ces trois noms ont une autre fonction que généalogique. La réponse vient au segment suivant.
On a enseigné : tous sont des noms qui lui ont été donnés. « Ben Yair » - le fils qui a éclairé (heir) les yeux d'Israël par sa prière.
« Ben Chimi » - le fils dont la prière fut entendue (chama). « Ben Kich » - celui qui a frappé (hikich) aux portes de la miséricorde, et elles se sont ouvertes pour lui.
Les trois noms sont lus comme trois verbes tirés de leurs racines : yair de la racine de la lumière, chimi de la racine entendre, kich de la racine frapper. La généalogie devient ainsi le portrait d'un homme de prière.
On l'appelle « yehoudi » - donc il vient de Yehouda ; et on l'appelle « yemini » - donc il vient de Binyamin ! Rav Nahman dit : Mordekhai était couronné de ses titres.
La contradiction est d'ordre tribal : un homme n'appartient qu'à une tribu. Rav Nahman résout en distinguant le nom d'appartenance et le nom d'honneur : moukhtar benimousso, couronné de ses titres. Le mot nimous vient du grec nomos et désigne ici un usage, une dénomination consacrée.
Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : son père était de Binyamin et sa mère de Yehouda. Et les maîtres disent : les familles se disputaient l'une avec l'autre.
La famille de Yehouda disait : c'est moi qui suis cause que Mordekhai naquit, puisque David n'a pas tué Chimi ben Guera. Et la famille de Binyamin disait : c'est de moi qu'il est venu.
Deux résolutions supplémentaires. La première est généalogique : double ascendance réelle, par le père et par la mère. La seconde est historique : les deux noms conservent la trace d'une revendication concurrente entre deux familles, chacune s'attribuant le mérite de l'existence de Mordekhai.
L'argument de Yehouda repose sur un fait précis : David épargna Chimi ben Guera, pourtant passible de mort ; sans cette grâce, la lignée se serait éteinte.
Rava dit : l'assemblée d'Israël a parlé en sens inverse : voyez ce que m'a fait un yehoudi et ce que m'a payé un yemini. Ce que m'a fait un yehoudi -
Rava retourne les deux noms. Ce que les lectures précédentes entendaient comme un double titre d'honneur devient une double accusation : la clémence de David envers Chimi et celle de Chaoul envers Agag ont chacune produit une conséquence lourde.
Le segment s'interrompt au milieu de l'explication ; la suite se lit au début de 13a.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).