Megillah 12b — Le septième jour du banquet était Chabbat : la chute de Vachti mesure pour mesure, le refus des Sages de la juger, les sept conseillers lus comme sept offrandes, et la double ascendance de Mordekhai

Megillah 12b

Sougya : Le folio poursuit la lecture midrachique du premier chapitre de la meguila. Rava établit que le septième jour du banquet était Chabbat : c'est le jour où la différence entre Israël et les nations apparaît le mieux, les uns ouvrant leur repas par la Torah et la louange, les autres par des paroles de débauche.

De là conversation des convives sort la demande que Vachti paraisse nue, et la Guemara explique sa mise à nu par la mesure pour mesure : elle faisait travailler les filles d'Israël nues le Chabbat. Deux raisons sont données à son refus : la tsaraat qui éclata sur elle, ou la queue que l'ange Gavriel lui fit.

Sa réponse insolente au roi déclenche la fureur. Ahachveroch convoque alors les sages, identifiés aux maîtres d'Israël, qui se récusent : condamner ou acquitter les expose tous deux, et ils renvoient le roi vers Ammon et Moav, restés en place comme un vin sur sa lie.

Rabbi Levi lit le verset des sept conseillers comme sept allusions au service du Temple, réclamation des anges en faveur d'Israël. Memoukhan est identifié à Haman, et son empressement à parler le premier fournit la règle : l'homme du commun saute en tête.

Le folio compare ensuite la recherche d'une épouse par David et par Ahachveroch, puis ouvre la présentation de Mordekhai : ses trois ancêtres lus comme trois titres de prière, et la contradiction entre yehoudi et yemini, résolue de quatre manières différentes.

Pourquoi le septième jour : Chabbat, et la mesure pour mesure Israël mange et boit On commence par des paroles de Torah et des paroles de louange. De là sort une défense pour Israël. Les nations mangent et boivent On ne commence que par des paroles de débauche (divrei tiflout). De là sort la demande : qu'elle vienne nue. Mesure pour mesure (bemida chead am moded) Ce que Vachti faisait : elle amenait les filles d'Israël, les déshabillait, leur faisait accomplir un travail le Chabbat. Ce qui fut décrété contre elle : paraître nue, un jour de Chabbat, devant le banquet. Verset support : Esther 2,1 - il se souvint de Vachti, de ce qu'elle avait fait et de ce qui fut décrété contre elle. Comme elle avait fait, ainsi il fut décrété contre elle.
Le septième jour est Chabbat : c'est le jour où se voit la différence entre les deux tables, et c'est le jour du châtiment exactement ajusté à la faute.
Les sept conseillers lus comme sept éléments du service (Rabbi Levi) Verset Esther 1,14 - vehakarov elav, terme de rapprochement, lu comme hakravat korban. Nom du conseiller Réclamation des anges : ont-ils jamais offert cela devant Toi ? Karchéna karim bnei chana : des agneaux d'un an Chetar chtei torim : deux tourterelles Admata mizbeah adama : un autel de terre Tarchich les habits de kehouna : tarchich, choham et yachfé (Chemot 28,20) Meress mirsou badam : remuer le sang pour qu'il ne coagule pas Marséna mirsou bamenahot : remuer les offrandes de farine pour les mélanger Memoukhan hekhinou choulhan : préparer la table des pains de proposition. Memoukhan, c'est Haman.
Chaque nom du verset est entendu comme une racine du service du Temple ; la liste devient un plaidoyer des anges au moment où le sort de Vachti se joue.
Mordekhai : yehoudi et yémini, quatre résolutions La difficulté Le verset l'appelle yehoudi, donc de Yehouda ; et il l'appelle yémini, donc de Binyamin. Rav Nahman Yehoudi est un titre d'honneur, pas une tribu : moukhtar benimousso. R. Yehochoua b. Levi Double ascendance réelle : père de Binyamin, mère de Yehouda. Les rabbins Les deux familles se disputent le mérite : Yehouda dit c'est moi la cause, Binyamin dit il est sorti de moi. Rava Sens inverse : c'est une plainte. Voyez ce que m'a fait un yehoudi, ce que m'a payé un yémini. Nafka mina de lecture Les trois premières lectures font des deux noms un éloge. Rava les retourne en accusation : David épargnant Chimi et Chaoul épargnant Agag ont produit ensemble Mordekhai et Haman. La suite est en 13a.
Quatre façons de tenir ensemble yehoudi et yémini ; la dernière renverse l'éloge en reproche et prépare la suite du folio.
1
בְּבוּצִינֵי.

Avec des petites courges.

📜 Rachi (1)
בּוּצִינֵי דְּלוּעִין קְטַנּוֹת כְּלוֹמַר דִּבְאוֹתוֹ מִין עַצְמוֹ זֶה נוֹאֵף וְזוֹ נוֹאֶפֶת הוּא אוֹמֵר לְהַרְאוֹת אֶת יָופְיָהּ וְהִיא לְכָךְ נִתְכַּוְּנָה שֶׁיִּסְתַּכְּלוּ בְּיָופְיָהּ:
boutsinei - des petites courges. C'est-à-dire : dans une seule et même espèce, lui commet l'adultère et elle commet l'adultère. Lui demande à montrer sa beauté, et elle-même avait cette intention, que l'on regarde sa beauté.
💡 Explication

Fin d'un adage rapporté depuis le folio précédent : l'homme et sa femme agissent souvent de la même façon, chacun avec des petites courges. Rachi l'applique ici au couple royal : Ahachveroch propose d'exhiber la beauté de Vachti, et Vachti elle-même recherchait ce regard. L'adage sert de charnière vers le récit du banquet.

2
״בַּיּוֹם הַשְּׁבִיעִי כְּטוֹב לֵב הַמֶּלֶךְ בַּיָּיִן״. אַטּוּ עַד הַשְׁתָּא לָא טָב לִבֵּיהּ בְּחַמְרָא? אָמַר רָבָא: יוֹם הַשְּׁבִיעִי שַׁבָּת הָיָה. שֶׁיִּשְׂרָאֵל אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין — מַתְחִילִין בְּדִבְרֵי תוֹרָה וּבְדִבְרֵי תִשְׁבָּחוֹת. אֲבָל אֻומּוֹת הָעוֹלָם שֶׁאוֹכְלִין וְשׁוֹתִין — אֵין מַתְחִילִין אֶלָּא בְּדִבְרֵי תִיפְלוּת.

« Le septième jour, quand le cœur du roi fut gai par le vin. » Est-ce à dire que jusque-là son cœur n'était pas gai par le vin ? Rava dit : le septième jour était Chabbat.

Car Israël, lorsqu'ils mangent et boivent, commencent par des paroles de Torah et des paroles de louange ; mais les nations du monde, lorsqu'elles mangent et boivent, ne commencent que par des paroles de débauche.

🪔 Ben Yehoyada (1)
יוֹם הַשְּׁבִיעִי - שַׁבָּת הָיָה, שֶׁיִּשְׂרָאֵל אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין מַתְחִילִין בְּדִבְרֵי תוֹרָה וּבְדִבְרֵי תִשְׁבָּחוֹת. פֵּירוּשׁ אַל תִּתְמַהּ אֵיךְ מִתּוֹךְ סְעוּדָה שֶׁל אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ שֶׁיֵּשׁ מִמֶּנָּה קָטֵגוֹרְיָא עַל יִשְׂרָאֵל, יָצָא לְיִשְׂרָאֵל תְּשׁוּעָה גְּדוֹלָה וְהַצְלָחָה רַבָּה? כִּי הֲרִיגַת וּשְׁתֵּי הִיא סִיבַּת יְשׁוּעַת יִשְׂרָאֵל, שֶׁעַל יְדֵי כָּךְ בָּאָה אֶסְתֵּר וְלָקְחָה מְקוֹמָהּ וְאָח לְצָרָה יֻולַּד, לְכָךְ אָמַר שֶׁיִּשְׂרָאֵל אוֹכְלִין וְשׁוֹתִין מַתְחִילִין בְּדִבְרֵי תוֹרָה, וְלָכֵן מִצַּד זֶה יָצָא סִנְגּוֹרְיָיא עַל יִשְׂרָאֵל, וְצָמְחָה לָהֶם יְשׁוּעָה בַּהֲרִיגַת וּשְׁתֵּי בּוֹ בַּיּוֹם.
« Le septième jour » - c'était Chabbat, car Israël, lorsqu'ils mangent et boivent, commencent par des paroles de Torah et des paroles de louange. Explication : ne t'étonne pas de ce que, d'un banquet d'Ahachveroch d'où sortait une accusation contre Israël, soit sortie pour Israël une grande délivrance et une grande réussite. Car la mise à mort de Vachti fut la cause du salut d'Israël : par elle Esther vint et prit sa place, et « un frère naît pour la détresse ». C'est pourquoi il a dit qu'Israël, lorsqu'ils mangent et boivent, commencent par des paroles de Torah ; de ce côté-là sortit une défense en faveur d'Israël, et leur salut germa par la mise à mort de Vachti ce jour même.
💡 Explication

La question porte sur un détail du verset : pourquoi préciser le septième jour, comme si la gaieté du vin n'était venue qu'alors ? Rava répond en identifiant ce jour au Chabbat. Le septième jour n'ajoute pas du vin, il ajoute un contraste : c'est le jour où la table d'Israël et celle des nations se distinguent par ce dont on y parle.

Le terme divrei tiflout désigne des propos de débauche. La suite du folio montre concrètement où ces propos ont mené le banquet.

🖼️ Schéma
La difficulté du verset et la réponse de Rava Question : pourquoi le septième jour ? Le vin était déjà là. Rava : le septième jour était Chabbat. Le verset marque un jour, non un degré. Ce jour-là, ce qui sépare les deux tables devient visible. Israël : divrei Torah et divrei tichbahot, paroles de Torah et de louange. Les nations : divrei tiflout, paroles de débauche - d'où sortira la demande faite au sujet de Vachti.
Le septième jour n'est pas un degré d'ivresse supplémentaire : c'est un jour dont le contenu révèle la différence entre les deux tables.
3
וְכֵן בִּסְעֻודָּתוֹ שֶׁל אוֹתוֹ רָשָׁע, הַלָּלוּ אוֹמְרִים: מֶדְיוֹת נָאוֹת, וְהַלָּלוּ אוֹמְרִים: פָּרְסִיּוֹת נָאוֹת. אָמַר לָהֶם אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ: כְּלִי שֶׁאֲנִי מִשְׁתַּמֵּשׁ בּוֹ, אֵינוֹ לֹא מָדִיִּי וְלֹא פָּרְסִי אֶלָּא כַּשְׂדִּיִּי, רְצוֹנְכֶם לִרְאוֹתָהּ? אָמְרוּ לוֹ: אִין, וּבִלְבַד שֶׁתְּהֵא עֲרוּמָה.

Et de même au banquet de ce méchant : ceux-ci disaient : les Mèdes sont belles ; et ceux-là disaient : les Perses sont belles. Ahachveroch leur dit : l'ustensile dont je me sers n'est ni mède ni perse, mais chaldéen.

Voulez-vous la voir ? Ils lui dirent : oui, à condition qu'elle soit nue.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמְרוּ לוֹ: "אִין, וּבִלְבַד שֶׁתְּהֵא עֲרוּמָה". קָשֶׁה אֵיךְ מְלָאָם לִבָּם לְבַקֵּשׁ כָּזֹאת מֵאֵת הַמֶּלֶךְ עַל הַמַּלְכָּה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּכַאֲשֶׁר אָמַר לָהֶם 'רְצוֹנְכֶם לִרְאוֹתָהּ' הֵבִינוּ שֶׁבָּעֲרָה בּוֹ אֵשׁ הַתַּאֲוָה לִרְאוֹת הַנָּשִׁים שֶׁלָּהֶם, כְּדֵי שֶׁאִם יִמְצָא אִשָּׁה נָאָה בְּיוֹתֵר יִכְבְּשֶׁנָּה אֶצְלוֹ, וּלְכָךְ אָמַר שֶׁתָּבֹא אִשְׁתּוֹ לִפְנֵי הַשָּׂרִים לִרְאוֹת יָופְיָהּ, כְּדֵי שֶׁיִּהְיוּ מֻוכְרָחִים גַּם הֵם לְהָבִיא נָשִׁים שֶׁלָּהֶם, עַל כֵּן הִתְחַכְּמוּ לוֹמַר לוֹ טוֹב הַדָּבָר שֶׁיָּבוֹאוּ כָּל הַנָּשִׁים עַתָּה כְּדֵי לַעֲשׂוֹת מִבְחָן, אַךְ לֹא יִהְיֶה מִבְחָן אֲמִיתִּי אִם יָבוֹאוּ בְּמַלְבּוּשִׁים כִּי הַמַּלְבּוּשִׁין וְתַכְשִׁיטִין עוֹשִׂין יֹופִי בָּאִשָּׁה לְמַרְאֵה עֵינַיִם, עַל כֵּן מֻוכְרָח שֶׁיָּבוֹאוּ וּשְׁתֵּי וְכָל הַנָּשִׁים עֲרוּמוֹת כְּדֵי שֶׁנַּעֲשָׂה מִבְחָן אֲמִיתִּי בֵּין יָופְייָן לְיוֹפִי וּשְׁתֵּי, וְחָשְׁבוּ שֶׁהוּא לֹא יִרְצֶה לְבַזּוֹת אִשְׁתּוֹ כָּל כָּךְ שֶׁתָּבֹא עֲרוּמָה, וְאָז מִמֵּילָא יִבָּטֵל הַדָּבָר הַזֶּה לְגַמְרֵי! אַךְ הוּא לֹא כֵּן לִבּוֹ חָשַׁב, אֶלָּא אַדְּרַבָּה עֲרָבָה לוֹ הָעֵיצָה הַזֹּאת שֶׁיָּבוֹאוּ הַכֹּל עֲרוּמוֹת כִּי מְנֹאָף הוּא, וְלֹא חָשׁ עַל כְּבוֹד אִשְׁתּוֹ, וְיֹאמַר בְּלִבּוֹ זֶה עֵת לִשְׂחֹוק, טוֹב הַדָּבָר הַזֶּה, וְגָזַר תְּחִלָּה עַל וּשְׁתֵּי שֶׁתָּבֹא עֲרוּמָה כְּדֵי שֶׁכֻּולָּם יָבִיאוּ נְשׁוֹתֵיהֶם עֲרוּמוֹת, וְאָז נַעֲשָׂה מַה שֶׁנַּעֲשָׂה, וְנִתְבַּלְבְּלָה הַסְּעוּדָה, וְנֶהֶרְגָה וּשְׁתֵּי, וְגָבַר יִשְׂרָאֵל.
« Ils lui dirent : oui, à condition qu'elle soit nue. » Difficulté : comment leur cœur les a-t-il remplis d'audace au point de demander une telle chose au roi au sujet de la reine ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que lorsqu'il leur dit « voulez-vous la voir ? », ils comprirent que le feu du désir brûlait en lui de voir leurs propres femmes, afin que, s'il trouvait une femme particulièrement belle, il se l'appropriât ; c'est pourquoi il dit que sa femme viendrait devant les ministres pour que l'on voie sa beauté, afin qu'ils soient contraints eux aussi d'amener leurs femmes. Ils usèrent donc d'adresse en lui disant : la chose est bonne, que toutes les femmes viennent maintenant pour que l'on fasse un examen ; mais ce ne sera pas un examen véritable si elles viennent vêtues, car les vêtements et les parures donnent de la beauté à une femme aux yeux de qui regarde ; il faut donc que Vachti et toutes les femmes viennent nues, afin que nous fassions un examen véritable entre leur beauté et celle de Vachti. Ils pensaient qu'il ne voudrait pas humilier sa femme au point de la faire venir nue, et qu'ainsi la chose serait entièrement annulée. Mais son cœur ne pensa pas ainsi : au contraire, ce conseil lui plut, que toutes viennent nues, car il était débauche et ne se souciait pas de l'honneur de sa femme ; il se dit : voici l'heure de rire, la chose est bonne. Il décréta d'abord sur Vachti qu'elle vienne nue, afin que tous amènent leurs femmes nues. Alors arriva ce qui arriva : le banquet fut bouleversé, Vachti fut mise à mort, et Israël l'emporta.
💡 Explication

Le mot keli (ustensile, récipient) employé par le roi pour désigner sa femme dit déjà le regard qu'il porte sur elle : un objet dont on se sert et que l'on compare. La dispute des convives sur la beauté des Mèdes et des Perses est l'exemple des divrei tiflout annoncés au segment précédent.

4
שֶׁבְּמִדָּה שֶׁאָדָם מוֹדֵד — בָּהּ מוֹדְדִין לוֹ, מְלַמֵּד שֶׁהָיְתָה וַשְׁתִּי הָרְשָׁעָה מְבִיאָה בְּנוֹת יִשְׂרָאֵל וּמַפְשִׁיטָתָן עֲרֻומּוֹת וְעוֹשָׂה בָּהֶן מְלָאכָה בְּשַׁבָּת. הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה כְּשֹׁוךְ חֲמַת הַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ זָכַר אֶת וַשְׁתִּי וְאֵת אֲשֶׁר עָשָׂתָה וְאֵת אֲשֶׁר נִגְזַר עָלֶיהָ״, כְּשֵׁם שֶׁעָשְׂתָה — כָּךְ נִגְזַר עָלֶיהָ.

Car selon la mesure dont l'homme mesure, c'est par elle que l'on mesure pour lui : cela enseigne que Vachti la méchante amenait les filles d'Israël, les déshabillait et leur faisait accomplir un travail le Chabbat. C'est ce qui est écrit : « Après ces événements, quand la colère du roi Ahachveroch se fut apaisée, il se souvint de Vachti, de ce qu'elle avait fait et de ce qui avait été décrété contre elle » - comme elle avait fait, ainsi il fut décrété contre elle.

💡 Explication

La règle citée est celle de la mida keneged mida, la mesure pour mesure : le châtiment épouse la forme de la faute. Deux éléments de la faute se retrouvent dans le châtiment : la nudité imposée et le jour de Chabbat.

Le verset d'Esther 2,1 sert de preuve parce qu'il met côte à côte deux expressions parallèles : ce qu'elle avait fait et ce qui fut décrété contre elle. Le rapprochement des deux membres est ce qui porte l'enseignement.

5
״וּתְמָאֵן הַמַּלְכָּה וּשְׁתֵּי״. מִכְּדֵי פְּרִיצְתָּא הֲוַאי, דְּאָמַר מַר: שְׁנֵיהֶן לִדְבַר עֲבֵירָה נִתְכַּווְּנוּ, מַאי טַעְמָא לָא אֲתַאי? אָמַר רַבִּי יוֹסֵי בַּר חֲנִינָא: מְלַמֵּד שֶׁפָּרְחָה בָּהּ צָרַעַת. בְּמַתְנִיתָא תַּנָּא: [בָּא גַּבְרִיאֵל וְעָשָׂה לָהּ זָנָב].

« Et la reine Vachti refusa. » Or elle était dévergondée, comme l'a dit le Maître : tous deux visaient la faute ; quelle est donc la raison pour laquelle elle n'est pas venue ? Rabbi Yosse bar Hanina dit : cela enseigne que la tsaraat éclata sur elle.

Dans une baraita on a enseigné : [Gavriel vint et lui fit une queue].

📜 Rachi (2)
פְּרִיצְתָּא הֲוַאי פְּרוּצָה הָיְתָה:
peritsta hava - elle était dévergondée.
מְלַמֵּד שֶׁפָּרְחָה בָּהּ צָרַעַת וְיָלֵיף בַּיְּרוּשַׁלְמִי מֵאֲשֶׁר נִגְזַר עָלֶיהָ וּכְתִיב וַיֵּשֶׁב בֵּית הַחָפְשִׁית מְצֹורָע כִּי נִגְזַר מִבֵּית ה' (דִּבְרֵי הַיָּמִים ב כו) מַה לְהַלָּן צָרַעַת אַף כָּאן צָרַעַת:
cela enseigne que la tsaraat éclata sur elle - et on le déduit dans le Yerouchalmi de « ce qui fut décrété contre elle », alors qu'il est écrit ailleurs « il demeura dans une maison d'isolement, lépreux, car il fut retranché de la Maison de D.ieu » (II Chroniques 26) : de même que là-bas il s'agit de tsaraat, ici aussi il s'agit de tsaraat.
🗂️ Tossefot (1)
שֶׁפָּרְחָה בָּהּ צָרַעַת. בַּיְּרוּשַׁלְמִי מְפָרֵשׁ דְּיָלְפִינַן נִגְזַר דִּכְתִיב גַּבֵּי וּשְׁתֵּי מִנִּגְזַר דִּכְתִיב גַּבֵּי עֻוזִּיָּה כְּשֶׁנִּצְטָרַע דִּכְתִיב בֵּיהּ נִגְזַר מִבֵּית ה' (דִּבְרֵי הַיָּמִים ב כ״ו:כ״א):
Que la tsaraat éclata sur elle. Dans le Yerouchalmi on explique que l'on apprend le mot nigzar écrit à propos de Vachti du mot nigzar écrit à propos d'Ouziyahou lorsqu'il fut frappé de tsaraat, puisqu'il est écrit à son sujet « retranché de la Maison de D.ieu » (II Chroniques 26,21).
🪔 Ben Yehoyada (1)
בָּא גַּבְרִיאֵל וְעָשָׂה לָהּ זָנָב. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לַעֲשִׂייַּת הַזָּנָב, מִפְּנֵי שֶׁהִיא הָיְתָה מִתְגַּאֵית בִּכְבוֹדָהּ שֶׁהִיא עַתָּה מַלְכְּתָא, וּבִכְבוֹד בֵּית אָבִיהָ שֶׁהֵם שְׁלֹשָׁה דּוֹרוֹת מְלָכִים, וְהֵם נְבוּכַדְנֶצַּר וֶאֱוִיל מְרֹודַךְ וּבֵלְשַׁצַּאר, וְעַתָּה זֶה הַכָּבוֹד שֶׁלָּהּ וְשֶׁל בֵּית אָבִיהָ נֶהְפַּךְ לָהּ לְחֶרְפָּה וּלְקָלוֹן בְּאוֹתִיּוֹת זָנָב, כִּי הִיא רֹאשׁ שְׁמָהּ ו' וְעִם רֹאשׁ שֵׁם זְקֵינָה אֱוִיל מְרֹודַךְ שֶׁהוּא א' הֲרֵי נַעֲשָׂה אוֹת ז' דְּזָנָב, וְרֹאשׁ שֵׁם זְקַן אָבִיהָ שֶׁהוּא נוּ"ן שֶׁל נְבוּכַדְנֶצַּר וְרֹאשׁ שֵׁם אָבִיהָ ב' הֲרֵי אוֹתִיּוֹת זָנָב, שֶׁנֶּהְפַּךְ כְּבוֹדָהּ וּכְבוֹד בֵּית אָבִיהָ לְקָלוֹן שֶׁל זָנָב. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד שֶׁנַּעֲשָׂה לָהּ זָנָב שֶׁהוּא אֵבֶר הַמְיֻוחָד לַבְּהֵמוֹת כְּנֶגֶד מַה שֶׁהָיְתָה מְבִיאָה בְּנוֹת יִשְׂרָאֵל לַעֲשׂוֹת לָהּ מְלָאכָה בִּהְיוֹתָן עֲרוּמוֹת כִּבְהֵמָה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד דְּכָתְבוּ חַכְמֵי הַטֶּבַע שֶׁטָּרְחוּ הַרְבֵּה לְיַישֵּׁר עֲקִימַת זְנַב הַכֶּלֶב עַל יְדֵי כֵּלִים וְלֹא הוֹעִיל. וְדֻוגְמָא לָזֶה אָמַר הַכָּתוּב (יִרְמְיָהוּ נא, ט) 'רִפִּינוּ אֶת בָּבֶל וְלֹא נִרְפְּתָה' וְהַייְנוּ שֶׁבִּקֵּשׁ הקב"ה לְהוֹצִיא מִן נְבוּכַדְנֶצַּר גֵּרִים, וְקִטְרְגוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת וְלֹא הוֹצִיא וְכַנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא דְּסַנְהֶדְרִין. וְהִנֵּה מַלְכוּת נְבוּכַדְנֶצַּר אָבְדָה לְגַמְרֵי בַּהֲרִיגַת בֵּלְשַׁצַּר שֶׁלֹּא נִשְׁאַר לוֹ זֶרַע לִמְלֹוךְ אָמְנָם נִשְׁאַר לָהֶם מְעַט זָכַר כְּנֶקֶב מַחַט סִדְקִית עַל יְדֵי וּשְׁתֵּי בִּתּוֹ שֶׁל בֵּלְשַׁצַּר, שֶׁנְּשָׂאָהּ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ מֶלֶךְ פָּרַס שֶׁנִּקְרָא עָלֶיהָ שֵׁם מַלְכְּתָא בִּפְרָס, וְאַחַר כָּךְ קָרָה לָהּ הַמִּקְרֶה הַזֶּה שֶׁגַּם זֶה הַנִּשְׁאָר אָבַד, וְהוּא הַדָּבָר שֶׁדִּבֵּר הַכָּתוּב רְפָאֵנוּ אֶת בָּבֶל וְלֹא נִרְפֵּאתָהּ, וְנִמְצָא עִנְיָינָם דּוֹמֶה לִזְנַב הַכֶּלֶב שֶׁטָּרְחוּ לְייַשֵּׁר עֲקִימוּתָהּ וְלֹא הוֹעִיל, וּלְכָךְ לְזָכָר דָּבָר זֶה שֶׁהָיָה לָהֶם עָשָׂה לָהּ זָנָב שֶׁקָּרָה לָהּ וּלְבֵית אָבִיהָ כְּמִקְרֶה הַזָּנָב שֶׁל כְּלָבִים שֶׁלֹּא הָיָה לָהֶם תְּרוּפָה. וְדַע דְּמַה שֶׁאָמַר ' בָּא גַּבְרִיאֵל וְעָשָׂה לָהּ זָנָב ' הַכַּוָּנָה יָרַד נִיצוֹץ קָטָן מִמֶּנּוּ, וּמַה שֶׁהָיָה זֶה עַל יְדֵי גַּבְרִיאֵל כִּי הוּא בַּר פְּלֻוגְתֵּיהּ דְּמֶלֶךְ פָּרַס וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (דָּנִיֵּאל י, יג) 'וְשַׂר מַלְכוּת פָּרַס עֹמֵד לְנֶגְדִּי עֶשְׂרִים וְאֶחָד יוֹם'. וְעוֹד נִרְאֶה לִי שֶׁנַּעֲשָׂה עַל יְדֵי גַּבְרִיאֵל שֶׁהוּא שַׂר הָאֵשׁ, לָכֵן עַל יָדוֹ בָּעֲרָה אֵשׁ חֵימָה בְּלֵב אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ שִׁיעוּר מַסְפִּיק לַהֲרֹוג אֶת מַחְמַד עֵינָיו, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (אֶסְתֵּר א, יב) 'וַיִּקְצֹף הַמֶּלֶךְ מְאֹד וַחֲמָתוֹ בָּעֲרָה בּוֹ' וְכֵיוָן שֶׁמֻּוכְרָח לִהְיוֹת תַּבְעֵרָה שֶׁל אֵשׁ הַחֵימָה עַל יְדֵי גַּבְרִיאֵל, אָז גָּמַר עַל יָדוֹ מַעֲשֵׂה הַנֵּס שֶׁל הַזָּנָב גַּם כֵּן. וְיֵשׁ לִרְמֹוז 'צָרַעַת זָנָב' עִם הַכּוֹלֵל תתי"ט [819] כְּמִנְיַן וּשְׁתֵּי בְּמִילּוּאָה וָי"ו שִׁי"ן תָּי"ו יוּ"ד, וְלָזֶה דְּרֵישׁ כָּהֲנֵי תַּרְתֵּי 'וְאֶת אֲשֶׁר נִגְזַר עָלֶיהָ' תֵּיבַת עָלֶיהָ דַּייְקָא, דְּוַדַּאי הָא וְהָא אִיתָא וְתַרְתֵּי עֲבַדוּ לָהּ. וְהָא דְּחֵירְפָה וְגִידְּפָה אוֹתוֹ עַל בַּקָּשָׁתוֹ זֹאת, וַהֲלֹא גַּם הִיא הָיָה לָהּ תַּאֲוָה וְרָצוֹן לָבֹא עֲרוּמָה אִם לֹא הָיָה נַעֲשָׂה בָּהּ הַצָּרַעַת וְהַזָּנָב? נִרְאֶה לִי בס"ד כִּי אַחַר שֶׁנַּעֲשָׂה לָהּ צָרַעַת וְזָנָב חִשְּׁבָה אִם תָּשִׁיב לוֹ תְּשׁוּבָה נִצַּחַת בִּלְשׁוֹן נַחַת וְטַעַם וְדַעַת, לוֹמַר לוֹ בַּקָּשָׁתוֹ זֹאת הִיא בּוּשָׁה וּכְלִימָּה, וְהוּא דָּבָר זָר יוֹצֵא מִשּׁוּרַת דֶּרֶךְ אֶרֶץ וְנִימוּס הָעוֹלָם, אָז הָיוּ מִתְקַבְּלִים דְּבָרֶיהָ אֶצְלוֹ וְאֵצֶל הַשָּׂרִים, וְאָז הָיָה קָם הוּא וְהַשָּׂרִים לָבֹא אֶצְלָהּ לִרְאוֹתָהּ עֲרוּמָה בִּמְקוֹמָהּ, וּמַה תַּעֲשֶׂה לְאוֹתָהּ בּוּשָׁה וּכְלִימָּה שֶׁל הַצָּרַעַת וְהַזָּנָב! לְכָךְ פִּיהָ פָּתְחָה בְּחֵירוּף וְגִידּוּף כְּדֵי שֶׁיִּכְעֹוס עָלֶיהָ וְלֹא יָבֹא, שֶׁבָּזֶה יִתְבַּלְבֵּל עִנְיַן בַּקָּשָׁתוֹ וְלֹא יִרְאֶנָּה בּוֹ בַּיּוֹם וְלֹא עָלָה עַל לִבָּהּ שֶׁהַכַּעַס הַזֶּה יִגְדַּל בְּקִרְבּוֹ לְהָרְגָהּ, שֶׁיּוֹדַעַת הִיא שֶׁהוּא אוֹהֲבָהּ יוֹתֵר מִנַּפְשׁוֹ, וְלֹא יַעֲשֶׂה לָהּ רַע אֲפִילּוּ אִם תִּכְהוּ בְּסַנְדָּלָהּ, אַךְ בֶּאֱמֶת מֵאֵת ה' יָצָא הַדָּבָר שֶׁתִּבְעַר חֲמָתוֹ עַד שֶׁבָּזֶה יִגְזֹור לְהָרְגָהּ כְּדֵי שֶׁתִּמְלֹוךְ אֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה ע"ה בִּמְקוֹמָהּ וְגֶבֶר יִשְׂרָאֵל.
« Gavriel vint et lui fit une queue. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison de cette queue est la suivante : elle s'enorgueillissait de son honneur, étant à présent reine, et de l'honneur de la maison de son père, qui comptait trois générations de rois - Nevoukhadnetsar, Évil Mérodakh et Belchatsar. Or cet honneur, le sien et celui de la maison de son père, se retourna pour elle en opprobre et en ignominie dans les lettres du mot zanav, queue : l'initiale de son nom est un vav, et avec l'initiale du nom de son aïeul Évil Mérodakh, qui est un aleph, on obtient la lettre zayin de zanav ; puis l'initiale du nom de son grand-père, le noun de Nevoukhadnetsar, et l'initiale du nom de son père, le beth de Belchatsar : voilà les lettres z-n-b, de sorte que son honneur et celui de la maison de son père se changèrent en l'ignominie d'une queue. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'on lui fit une queue, membre propre aux bêtes, en regard de ce qu'elle amenait les filles d'Israël à accomplir pour elle un travail alors qu'elles étaient nues comme des bêtes. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que les savants de la nature ont écrit qu'ils se sont donné beaucoup de peine pour redresser la courbure de la queue du chien au moyen d'instruments, sans y parvenir. L'Écriture dit de même (Yirmiya 51,9) : « Nous avons voulu guérir Bavel, et elle n'a pas guéri » : le Saint béni soit-Il voulait faire sortir de Nevoukhadnetsar des convertis, mais les anges du service accusèrent et il n'en sortit pas, comme il est rapporté dans la guemara de Sanhédrin. Or la royauté de Nevoukhadnetsar disparut entièrement à la mise à mort de Belchatsar, qui ne laissa pas de descendance pour régner ; il leur resta cependant un petit reste, comme le trou d'une fine aiguille, par Vachti, fille de Belchatsar, qu'épousa Ahachveroch roi de Perse, en sorte que le nom de reine de Perse fut appelé sur elle ; puis lui arriva ce qui arriva, et ce reste aussi disparut. C'est ce dont parle l'Écriture : « Nous avons voulu guérir Bavel, et elle n'a pas guéri. » Leur affaire ressemble donc à la queue du chien dont on s'est efforcé de redresser la courbure sans y parvenir ; et pour rappeler ce qui leur était arrivé, on lui fit une queue, car il lui advint, à elle et à la maison de son père, comme il advient à la queue des chiens, pour laquelle il n'y a pas de remède. Et sache que ce qui est dit « Gavriel vint et lui fit une queue » signifie qu'une petite étincelle de lui descendit. Que cela se soit fait par Gavriel, c'est parce qu'il est l'adversaire du prince de Perse, ainsi que l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie sur le verset (Daniel 10,13) « et le prince du royaume de Perse se tint devant moi vingt et un jours ». Il me semble encore que cela se fit par Gavriel parce qu'il est le prince du feu ; c'est donc par lui que brûla le feu de la fureur dans le cœur d'Ahachveroch, dans une mesure suffisante pour qu'il fasse tuer le désir de ses yeux, comme il est dit (Esther 1,12) « et le roi se mit dans une grande colère et sa fureur brûla en lui » ; et puisqu'il fallait que l'embrasement du feu de la fureur se fit par Gavriel, il accomplit aussi par lui le miracle de la queue. Et l'on peut faire allusion : « tsaraat zanav » avec le kolel donne 819, le compte de « Vachti » dans son plein, vav-chin-tav-youd. C'est pourquoi on expose ces deux enseignements à partir de « et ce qui fut décrété contre elle » : le mot aleha est précis, car assurément l'un et l'autre eurent lieu, et les deux choses lui furent faites. Quant à ce qu'elle l'injuria et le blasphéma pour cette demande, alors qu'elle aussi avait désir et volonté de venir nue si la tsaraat et la queue ne lui avaient pas été faites ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'après que la tsaraat et la queue lui eurent été faites, elle se dit : si je lui réponds une réponse décisive en paroles douces, avec goût et raison, en lui disant que sa demande est honte et confusion, chose étrange, hors de la voie du savoir-vivre et de la coutume du monde, alors ses paroles seraient reçues par lui et par les ministres ; mais lui et les ministres se lèveraient et viendraient auprès d'elle pour la voir nue en son lieu, et que ferait-elle alors de la honte et de la confusion de la tsaraat et de la queue ! C'est pourquoi elle ouvrit la bouche par l'injure et le blasphème, afin qu'il se mette en colère contre elle et ne vienne pas, et qu'ainsi l'affaire de sa demande soit troublée et qu'il ne la voie pas ce jour-là. Il ne lui vint pas à l'esprit que cette colère grandirait en lui jusqu'à la faire tuer, car elle savait qu'il l'aimait plus que lui-même et qu'il ne lui ferait pas de mal, même si elle le frappait de sa sandale. Mais en vérité la chose venait du Ciel, que sa fureur brûlât jusqu'à ce qu'il décrète de la tuer, afin que la reine Esther règne à sa place, et qu'Israël l'emporte.
💡 Explication

La question est logique : si Vachti était elle-même dévergondée, son refus demande une explication. Deux réponses sont données, l'une par un Amora, l'autre par une baraita, et les deux font intervenir un empêchement physique survenu au dernier moment.

La tsaraat est déduite par une gezera chava sur le mot nigzar (décrété, retranché) : le même mot se lit à propos du roi Ouziyahou frappé de tsaraat. La seconde réponse attribue l'empêchement à une intervention directe de l'ange Gavriel.

🖼️ Schéma
Pourquoi Vachti a-t-elle refusé ? Difficulté : elle était dévergondée, et le Maître a dit que tous deux visaient la faute. Son refus ne vient donc pas de la pudeur. Il faut un empêchement. Rabbi Yosse bar Hanina La tsaraat éclata sur elle. Déduction (Yerouchalmi) : gezera chava sur le mot nigzar, lu chez Ouziyahou frappé de tsaraat. La baraita Gavriel vint et lui fit une queue. Empêchement créé sur place, dirigé vers la fin voulue : la colère du roi et la place laissée libre.
Deux explications du refus, toutes deux physiques : la maladie qui la couvre, ou la difformité que l'ange lui inflige.
6
״וַיִּקְצֹף הַמֶּלֶךְ מְאֹד״. אַמַּאי דְּלַקָה בֵּיהּ כֻּולֵּי הַאי? אָמַר רָבָא, שִׁלְּחָהּ לֵיהּ: בַּר אַהְוַרְיָירֵיהּ דְּאַבָּא, אַבָּא לָקֳבֵל אַלְפָּא חַמְרָא שָׁתֵי וְלָא רָוֵי, וְהָהוּא גַּבְרָא אִשְׁתַּטִּי בְּחַמְרֵיהּ, מִיָּד: ״וַחֲמָתוֹ בָּעֲרָה בּוֹ״.

« Et le roi se mit dans une grande colère. » Pourquoi s'enflamma-t-il à ce point ? Rava dit : elle lui fit dire : fils du palefrenier de mon père !

Mon père buvait du vin devant mille hommes et ne s'enivrait pas, et cet homme-là est devenu insensé par son vin. Aussitôt : « et sa fureur brûla en lui ».

📜 Rachi (2)
אַהְוַרְיָירֵיהּ שׁוֹמְרֵי הַסּוּסִים:
ahouryarei - les gardiens des chevaux.
לָקֳבֵל אַלְפָּא חַמְרָא שָׁתֵי כֵּן הֵעִיד הַכָּתוּב עָלָיו (דָּנִיֵּאל ה׳:א׳):
lekovel alfa hamra chatei - ainsi l'Écriture en a témoigné à son sujet (Daniel 5,1).
🪔 Ben Yehoyada (1)
שִׁלְּחָהּ לֵיהּ: בַּר אַהְוַרְיָירַהּ דְּאַבָּא. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י 'שׁוֹמֵר הַסּוּסִים'. וְכָתְבוּ הַמְפָרְשִׁים לֹא שֶׁהָיָה שׁוֹמֵר הַסּוּסִים מַמָּשׁ, דְּהָא אָמַר רַב אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ הָיָה בֶּן דָּרְיָוֶשׁ, וְהָיָה בֶּן מֶלֶךְ, אֶלָּא רוֹצֶה לוֹמַר כְּנֶגֶד אֲבִי עֶרְכְּךָ הוּא כְּמוֹ עֵרֶךְ שׁוֹמֵר הַסּוּסִים שֶׁלּוֹ עַד כָּאן דְּבָרָיו. וְצָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה דְּמֵתָה עֶרְכּוֹ לְעֵרֶךְ שׁוֹמֵר הַסּוּסִים וְלֹא לְבַעֲלֵי מְלָאכָה אַחֶרֶת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַסּוּס טִבְעוֹ שָׁטוּף בְּזִימָּה וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר בִּיחֶזְקֵאל (יְחֶזְקֵאל כג, כ) 'וְזִרְמַת סוּסִים זִרְמָתָם', וְלָכֵן קְרָאַתּוּ שׁוֹמֵר הַסּוּסִים לִרְמֹוז כִּי הוּא גַּם כֵּן שָׁטוּף בְּזִימָּה כְּמוֹ הַסּוּסִים.
« Elle lui fit dire : fils du palefrenier de mon père. » Rachi explique : gardien des chevaux. Et les commentateurs ont écrit qu'il n'était pas réellement gardien des chevaux, car Rav a dit qu'Ahachveroch était fils de Daryavech et qu'il était donc fils de roi ; elle veut dire plutôt : en regard de mon père, ta valeur est celle de son gardien de chevaux. Fin de leurs propos. Il faut comprendre pourquoi elle a comparé sa valeur à celle d'un gardien de chevaux et non à celle d'un autre métier. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres de mémoire bénie ont dit que le cheval est par nature adonné à la débauche, comme il est dit dans Ye'hezkel (23,20) « et leur flux est un flux de chevaux » ; c'est pourquoi elle l'a appelé gardien des chevaux, pour faire allusion au fait que lui aussi est adonné à la débauche comme les chevaux.
💡 Explication

La question porte sur la disproportion : un refus ne suffit pas à expliquer une fureur pareille. Rava ajoute donc au refus un message d'insulte, construit en deux temps : une attaque sur son origine, puis une comparaison humiliante avec Belchatsar sur le terrain même du banquet, la tenue au vin.

Bar ahouryarei signifie fils du gardien des chevaux. Le mot echtati, il est devenu insensé, reprend en miroir le « cœur gai par le vin » du verset.

7
״וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ לַחֲכָמִים״, מַאן חֲכָמִים — רַבָּנָן. ״יוֹדְעֵי הָעִתִּים״ — שֶׁיּוֹדְעִין לְעַבֵּר שָׁנִים וְלִקְבֹּועַ חֳדָשִׁים. אֲמַר לְהוּ: דְּייִנְוֶה לִי. אָמְרוּ: הֵיכִי נַעֲבִיד? נֵימָא לֵיהּ: קַטְּלָהּ, לִמְחַר פָּסֵיק לֵיהּ חַמְרֵיהּ וּבָעֵי לַהּ מִינַּן. נֵימָא לֵיהּ: שָׁבְקָה — קָא מְזַלְזְלָהּ בְּמַלְכוּתָא, אָמְרוּ לוֹ: מִיּוֹם שֶׁחָרַב בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְגָלִינוּ מֵאַרְצֵנוּ, נִיטְּלָה עֵצָה מִמֶּנּוּ וְאֵין אָנוּ יוֹדְעִין לָדוּן דִּינֵי נְפָשׁוֹת. זִיל לְגַבֵּי עַמּוֹן וּמוֹאָב דְּיָתְבִי בְּדֻוכְתַּייְהוּ כְּחַמְרָא דְּיָתֵיב עַל דֻּורְדְּיֵיהּ.

« Et le roi dit aux sages. » Qui sont ces sages ? Les maîtres d'Israël.

« Ceux qui connaissent les temps » - ceux qui savent intercaler les années et fixer les mois. Il leur dit : jugez-la pour moi.

Ils se dirent : comment faire ? Si nous lui disons : tue-la, demain son vin se dissipera et il nous la réclamera.

Si nous lui disons : laisse-la, elle aura méprisé la royauté. Ils lui dirent : depuis le jour où le Temple fut détruit et où nous fûmes exilés de notre terre, le conseil nous a été ôté et nous ne savons plus juger les affaires capitales.

Va vers Ammon et Moav, qui sont demeurés à leur place comme le vin qui repose sur sa lie.

📜 Rachi (2)
פְּסִיק לֵיהּ יָפִיג יֵינוֹ מְעַט מֵעָלָיו:
passik leih - son vin se dissipera un peu de lui.
עַל דֻּורְדְּיֵּיהּ עַל שְׁמָרָיו:
al dourdayeih - sur sa lie.
🗂️ Tossefot (1)
זִיל לְגַבֵּי עַמּוֹן וּמוֹאָב דְּיָתְבִי בְּדֻוכְתַּייְהוּ כְּחַמְרָא. וְקָשֶׁה דְּהָא פֶּרֶק תְּפִלַּת הַשַּׁחַר (בְּרָכוֹת דַּף כֹּח.) פָּרֵיךְ וְכִי עַמּוֹן בִּמְקוֹמוֹ יוֹשֵׁב וַהֲלֹא בָּא סַנְחֵרִיב וּבִלְבְּלוֹ לְכָךְ פר"ת דְּגָרְסִינַן הָכָא מוֹאָב לְחוּד דִּקְרָא נָמֵי לֹא הִזְכִּיר אֶלָּא מוֹאָב דִּכְתִיב שֶׁאֲנַן מוֹאָב וּבִבְרָכוֹת נָמֵי לָא גָרְסִינַן אֶלָּא עַמּוֹן וּמִזֶּה הַטַּעַם הִתִּירוּ לִיהוּדָה גֵּר הָעַמּוֹנִי לָבֹא בַּקָּהָל אֲבָל מַשְׁמַע דְּגֵרֵי אִינָךְ לֹא רָצוּ לְהַתִּיר לָבֹא בַּקָּהָל לְפִי שֶׁלֹּא בִּלְבֵּל סַנְחֵרִיב מִצְרַיִם וְלֹא בִּלְבֵּל מוֹאָב וּמִיהוּ קָשֶׁה דְּבִבְרָכוֹת מַשְׁמַע בְּאוֹתָהּ שֶׁהֵבֵאתִי שֶׁסַּנְחֵרִיב בִּלְבֵּל עַמּוֹן וּבְיִרְמְיָה חֲשִׁיב לְהוּ בְּאוֹתָן שֶׁהִגְלָה נְבוּכַדְנֶצַּר וְי"ל לְפִי שֶׁסַּנְחֵרִיב הָיָה רִאשׁוֹן שֶׁבִּלְבֵּל נִקְרָא הַכֹּל עַל שְׁמוֹ וְעָלָיו כְּתִיב וַאֲסִיר גְּבוּלוֹת עַמִּים וַעֲתִידוֹתֵיהֶם שֶׁוַּסָּתֵי אֲבָל וַדַּאי עִיקַּר הַחֻורְבָּן הָיָה ע"י נְבוּכַדְנֶצַּר:
Va vers Ammon et Moav qui sont demeurés à leur place comme le vin. On objecte : au chapitre Tefilat HaChahar (Berakhot 28a) on demande : Ammon est-il demeure à sa place ? Sanhériv n'est-il pas venu et ne les a-t-il pas mélangés ? C'est pourquoi Rabbenou Tam explique qu'ici on lit seulement « Moav », puisque le verset lui-même ne mentionne que Moav, comme il est écrit « Moav est tranquille » ; et dans Berakhot on ne lit que « Ammon ». C'est pour cette raison que l'on a permis à Yehouda le converti ammonite d'entrer dans la communauté, alors qu'il ressort que les autres convertis, on n'a pas voulu les autoriser à entrer dans la communauté, parce que Sanhériv n'a mélangé ni l'Égypte ni Moav. Toutefois on objecte que dans Berakhot, dans le passage que j'ai cité, il ressort que Sanhériv a mélangé Ammon, alors que dans Yirmiya on les compte parmi ceux que Nevoukhadnetsar a exilés. On peut répondre : puisque Sanhériv fut le premier à mélanger, tout est appelé de son nom, et c'est de lui qu'il est écrit « j'ai supprimé les frontières des peuples et pillé leurs trésors » ; mais assurément l'essentiel de la destruction s'est fait par Nevoukhadnetsar.
🪔 Ben Yehoyada (3)
זִיל לְגַבֵּי עַמּוֹן וּמוֹאָב דְּיָתְבִי בְּדֻכְתַּיְהוּ כְּחַמְרָא דְּיָתֵיב עַל דֻּרְדְּיֵהּ. קַשָּׁא מִי שָׂם אוֹתָם יוֹעֲצִים לַמֶּלֶךְ לְהַרְאוֹת לוֹ מָקוֹם? דַּי לָהֶם שֶׁיֹּאמְרוּ לוֹ הֵם אֵינָם כִּדְאִין לָזֶה וְהוּא יוֹדֵעַ מַה לַעֲשׂוֹת, אִם יַזִּיל לְגַבֵּי עַמּוֹן וּמוֹאָב אוֹ לְזוּלָתָם. נִרְאֶה לִי בס"ד כְּדֵי שֶׁלֹּא יַחֲשֹׁוד אוֹתָם שֶׁהֵשִׁיבוּ כֵּן בִּשְׁבִיל שֶׁיִּצְטָרֵךְ לְפַייְּסָם וּלְהַפְצִיר בָּהֶם וְאֵין הָאֱמֶת כָּךְ עַל כֵּן הֶרְאוּ לוֹ מָקוֹם שֶׁיָּדוּן לִפְנֵיהֶם, דְּמוּכָח עַתָּה כִּי בֶּאֱמֶת וָצֶדֶק הֵם מְדַבְּרִים עַל עַצְמָן כָּךְ שֶׁאֵין כִּדְאִין לָדוּן, וְכָךְ הוּא דַּעְתָּם בֶּאֱמֶת שֶׁלֹּא יָדוּנוּ.
« Va vers Ammon et Moav qui sont demeurés à leur place comme le vin qui repose sur sa lie. » Difficulté : qui les a établis conseillers du roi pour lui indiquer un lieu ? Il leur suffisait de lui dire qu'ils n'étaient pas qualifiés pour cela, et lui saurait quoi faire, s'il devait aller vers Ammon et Moav ou vers d'autres. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce fut afin qu'il ne les soupçonne pas d'avoir répondu ainsi pour qu'il ait à les apaiser et à insister auprès d'eux, la vérité n'étant pas telle. C'est pourquoi ils lui indiquèrent un lieu où l'on jugerait devant lui, ce qui prouve qu'ils parlaient d'eux-mêmes avec vérité et droiture en disant qu'ils n'étaient pas qualifiés pour juger, et que telle était réellement leur intention de ne pas juger.
(אֶסְתֵּר א, יג) 'וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ לַחֲכָמִים' מַאן חֲכָמִים? רַבָּנָן. פֵּירוּשׁ כֵּיוָן דְּלָא אָמַר וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ לַחֲכָמָיו כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר גַּבֵּי פַּרְעֹה וַיִּקְרָא פַּרְעֹה לַחֲכָמָיו [וַיִּקְרָא אֶת כָּל חַרְטֻמֵּי מִצְרַיִם וְאֶת כָּל חֲכָמֶיהָ (בְּרֵאשִׁית מא, ח) ] אֶלָּא אָמַר לַחֲכָמִים סְתָם, מַשְׁמַע דְּקָאֵי עַל רַבָּנָן.
(Esther 1,13) « Et le roi dit aux sages » - qui sont ces sages ? Les maîtres d'Israël. Explication : puisqu'il n'est pas dit « et le roi dit à ses sages », comme il est dit à propos de Pharaon « et Pharaon appela ses sages » [« il appela tous les magiciens d'Égypte et tous ses sages » (Berechit 41,8)], mais qu'il est dit « aux sages » sans plus, cela indique qu'il s'agit des maîtres d'Israël.
(אֶסְתֵּר א, יג) 'יָדְעִי הָעִתִּים' שֶׁיּוֹדְעִין לְעַבֵּר שָׁנִים וְלִקְבֹּעַ חֳדָשִׁים. קַשָּׁא מַה שַׁיָּיכוּת יֵשׁ לִידִיעָתָם בְּדָבָר זֶה לָעִנְיָן הַמְבֻוקָּשׁ מֵהֶם? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִיתָא בְּיַלְקוּט (יַלְקוּט שִׁמְעוֹנִי עַל אֶסְתֵּר רֶמֶז תתרמט) אָמַר רַב אוֹתָהּ הַלַּיְלָה שֶׁנֶּהֱרַג בֵּלְשַׁצַּר וְהִמְלִיכוּ לְדָרְיָוֶשׁ, הָיָה דָּרְיָוֶשׁ מֵיסֵב בַּמָּקוֹם שֶׁהָיָה בֵּלְשַׁצַּר מֵיסֵב, וְנָפְלָה עִרְבּוּבְיָא בְּבֵיתוֹ שֶׁל בֵּלְשַׁצַּר, אֵלּוּ הוֹרְגִים וְאֵלּוּ בּוֹזְזִים, וּשְׁתֵּי הָיְתָה נַעֲרָה וְרָצְתָה בֵּין הַמְסֻובִּין וּבָאָה לְחֵיקוֹ שֶׁל דָּרְיָוֶשׁ וְחָמַל עָלֶיהָ וְהִשִּׂיאָהּ לַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ בְּנוֹ והקב"ה אָמַר וְהִכְרַתִּי לְבָבֶל שֵׁם וּשְׁאָר וְנִין וָנֶכֶד לְפִיכָךְ נִגְזַר עָלֶיהָ עַייֵּן שָׁם. נִמְצָא אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ נָשָׂא אֶת וּשְׁתֵּי בִּהְיוֹתָהּ קְטַנָּה וְלֹא נוֹדַע לָנוּ כַּמָּה שָׁנִים הָיָה לָהּ כְּשֶׁנְּשָׂאָהּ, וְרַק נוֹדַע לָנוּ מֵעֵת שֶׁנְּשָׂאָהּ עַד אוֹתָהּ סְעוּדָה שֶׁנֶּהֶרְגָה בָּהּ הָיָה שֶׁבַע שָׁנִים, שֶׁהֵם תְּרֵין דְּדָרְיָוֶשׁ וּתְלָתָא דְּכוֹרֶשׁ, וּתְרֵין דַּאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, וְכַנִּזְכָּר בַּגְּמָרָא, וְאֶפְשָׁר שֶׁבְּדִינָם תִּתְחַיֵּיב בָּעֳונָשִׁין אַחַר י"ב שָׁנָה, וְשֶׁמָּא הָיְתָה בַּת חָמֵשׁ כְּשֶׁנְּשָׂאָהּ דְּאָז אוֹתוֹ זְמַן הָיָה לָהּ י"ב שָׁנִים וְתִתְחַיֵּיב בָּעֳונָשִׁין, לְכָךְ לֹא הֵבִיא דִּינָהּ לִפְנֵי חֲכָמָיו, כְּדֵי שֶׁלֹּא יְחַייְּבוּ אוֹתָהּ, אֶלָּא הֵבִיא דִּינָהּ לִפְנֵי חַכְמֵי יִשְׂרָאֵל, כִּי אָמַר הֵם יֵשׁ לָהֶם עִיבּוּר שָׁנִים שֶׁלִּפְעָמִים עוֹשִׂין הַשָּׁנָה בַּת י"ג חֳודָשִׁים, וְאִם כֵּן אֶפְשָׁר שֶׁאֶצְלָם לֹא תִּהְיֶה בַּת י"ב שָׁנָה גְּמוּרִים, וְיִפָּטְרוּ אוֹתָהּ מֵעֳונָשִׁין.
(Esther 1,13) « ceux qui connaissent les temps » - ceux qui savent intercaler les années et fixer les mois. Difficulté : quel rapport y a-t-il entre cette connaissance et l'affaire pour laquelle on les sollicite ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est rapporté dans le Yalkout (Yalkout Chimoni sur Esther, remez 1049) : Rav a dit : la nuit où Belchatsar fut tué et où l'on fit régner Daryavèch, Daryavèch était attablé à la place où Belchatsar était attablé ; une confusion tomba dans la maison de Belchatsar, les uns tuaient et les autres pillaient. Vachti était une jeune fille, elle courut parmi les convives et arriva sur le sein de Daryavèch ; il eut pitié d'elle et la maria à Ahachveroch son fils. Et le Saint béni soit-Il a dit : « je retrancherai de Bavel le nom et le reste, le rejeton et la postérité » ; c'est pourquoi il fut décrété contre elle. Vois-y. Il en ressort qu'Ahachveroch épousa Vachti alors qu'elle était petite, et nous ne savons pas quel âge elle avait lorsqu'il l'épousa ; nous savons seulement que depuis son mariage jusqu'à ce banquet où elle fut tuée il y eut sept ans : deux de Daryavèch, trois de Koresh et deux d'Ahachveroch, comme il est rapporté dans la guemara. Il se peut que, selon leur droit, elle ne devienne passible de châtiments qu'après douze ans ; et peut-être avait-elle cinq ans lorsqu'il l'épousa, de sorte qu'à ce moment-là elle avait douze ans et devenait passible de châtiments. C'est pourquoi il ne porta pas son jugement devant ses propres sages, afin qu'ils ne la déclarent pas coupable, mais il porta son jugement devant les sages d'Israël, car il se dit : eux ont l'intercalation des années, et parfois ils font l'année de treize mois ; il se peut donc que chez eux elle n'ait pas douze ans complets, et qu'ils l'exemptent des châtiments.
💡 Explication

Les yodei haïtim, ceux qui connaissent les temps, sont identifiés aux maîtres d'Israël par leur compétence propre : l'intercalation des années (ibour chanim) et la fixation des mois. Le roi leur demande un jugement capital.

Les deux issues sont également dangereuses : une condamnation sera reprochée une fois le vin dissipé, un acquittement laisse impunie une offense à la royauté. Ils se récusent en invoquant la perte de la compétence en dinei nefachot depuis la destruction du Temple, et renvoient le roi vers des peuples que l'exil n'a pas déplacés.

🖼️ Schéma
Le dilemme des Sages et leur sortie Le roi : jugez-la pour moi Dire : tue-la Demain son vin se dissipe et il nous la réclame. Issue fermée. Dire : laisse-la Elle aura méprisé la royauté sans conséquence. Issue fermée. Se récuser Depuis la destruction du Temple et l'exil, nous ne jugeons plus dinei nefachot. Renvoi motivé : va vers Ammon et Moav, restés à leur place comme le vin repose sur sa lie. Qui n'a pas été transvasé garde son goût ; l'exil, lui, a ôté le conseil.
Les deux réponses possibles exposent les Sages ; la récusation motivée est la seule voie, et elle est appuyée sur un verset.
8
וְטַעְמָא אָמְרוּ לֵיהּ, דִּכְתִיב: ״שַׁאֲנַן מוֹאָב מִנְּעוּרָיו וְשֹׁוקֵט הוּא אֶל שְׁמָרָיו וְלֹא הוּרַק מִכְּלִי אֶל כֶּלִי וּבַגּוֹלָה לֹא הָלָךְ עַל כֵּן עָמַד טַעְמוֹ בּוֹ וְרֵיחוֹ לֹא נָמָר״, מִיָּד: ״וְהַקָּרֹוב אֵלָיו כַּרְשְׁנָא שֵׁתָר אַדְמָתָא תַרְשִׁישׁ״.

Et ils lui donnèrent une raison, car il est écrit : « Moav est tranquille depuis sa jeunesse, il repose sur sa lie, il n'a pas été transvasé de vase en vase et n'est pas parti en exil ; c'est pourquoi son goût s'est maintenu en lui et son parfum n'a pas changé. » Aussitôt : « et ceux qui étaient proches de lui : Karchéna, Chétar, Admata, Tarchich... »

📜 Rachi (1)
וְטַעְמָא אָמְרוּ לֵיהּ וְיָפֶה אָמְרוּ לוֹ דְּוַדַּאי כֵּן הוּא שֶׁמִּתּוֹךְ שֶׁהָאָדָם שָׁקַט דַּעְתּוֹ מְיֻושֶּׁבֶת עָלָיו שֶׁנֶּאֱמַר שַׁאֲנַן מוֹאָב מִנְּעוּרָיו וְשֹׁוקֵט הוּא אֶל שְׁמָרָיו וְסֵיפֵיהּ דִּקְרָא עַל כֵּן עָמַד טַעְמוֹ בּוֹ וְרֵיחוֹ לֹא נָמָר:
Et ils lui donnèrent une raison - et ils lui parlèrent avec justesse, car il en est certainement ainsi : dès lors qu'un homme est tranquille, son esprit est posé, comme il est dit « Moav est tranquille depuis sa jeunesse et il repose sur sa lie », et la fin du verset : « c'est pourquoi son goût s'est maintenu en lui et son parfum n'a pas changé ».
💡 Explication

Le verset de Yirmiya fournit l'image technique : le vin que l'on ne transvase pas garde son goût et son parfum. Le déplacement, ici l'exil, altère la substance ; la stabilité la conserve. Les Sages appliquent l'image à la capacité de juger.

9
אָמַר רַבִּי לֵוִי: כָּל פָּסוּק זֶה עַל שׁוּם קָרְבָּנוֹת נֶאֱמַר.

Rabbi Levi dit : tout ce verset a été dit à propos des offrandes.

📜 Rachi (1)
פָּסוּק זֶה עַל קָרְבָּנוֹת נֶאֱמַר וְהַקָּרוֹב אֵלָיו לְשׁוֹן הַקְרָבַת קָרְבַּן מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת הִזְכִּירוּ לִפְנֵי הקב"ה אֶת הַקָּרְבָּנוֹת שֶׁהִקְרִיבוּ יִשְׂרָאֵל לְפָנָיו לַעֲשׂוֹת לָהֶם נְקָמָה בְּוַשְׁתִּי וַתָּבֹא אֶסְתֵּר וְתִמְלוֹךְ תַּחְתֶּיהָ:
ce verset a été dit à propos des offrandes - « véhakarov elav » est un terme d'approche, comme dans hakravat korban, l'offrande d'un sacrifice. Les anges du service rappelèrent devant Lui les offrandes qu'Israël avait apportées, afin qu'Il les venge de Vachti, et qu'Esther vienne régner à sa place.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר א, יד) 'וְהַקָּרֹב אֵלָיו כַּרְשְׁנָא שֵׁתָר אַדְמָתָא תַּרְשִׁישׁ' אָמַר רַבִּי לֵוִי: כָּל פָּסוּק זֶה עַל שׁוּם קָרְבָּנוֹת נֶאֱמַר. נִרְאֶה לִי בס"ד הֻוצְרְכוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת לְעוֹרֵר זְכוּת שֶׁל יִשְׂרָאֵל בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם, מִפְּנֵי כִּי רָאוּ בְּרוּחַ קָדְשָׁם צֶמַח יְשׁוּעַת יִשְׂרָאֵל צוֹמֵחַ בּוֹ בַּיּוֹם, עַל יְדֵי הֲרִיגָה שֶׁל וּשְׁתֵּי שֶׁתִּהְיֶה עַל יְדֵי מְמוּכָן שֶׁהוּא הָמָן, דְּעַל יְדֵי כָּךְ תָּבֹא אֶסְתֵּר וְתִמְלוֹךְ בִּמְקוֹמָהּ, וְיִהְיֶה הַמָּן מוּכָן לְפֻרְעָנוּת שֶׁל צְלִיבָתוֹ מִכֹּחַ שֶׁנֶּהֶרְגָה וּשְׁתֵּי עַל יָדוֹ וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל. וְהָא דְּלָא הִזְכִּירוּ זְכוּת לְיִשְׂרָאֵל אֶלָּא רַק בְּעִנְיַן הַקָּרְבָּנוֹת וּבֵית הַמִּקְדָּשׁ מִפְּנֵי דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (אֶסְתֵּר רַבָּה ה, ב) וּשְׁתֵּי נִתְחַיְּיבָה הֲרִיגָה עַל אֲשֶׁר לֹא הִנִּיחָה לַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ לָתֵת רְשׁוּת לִבְנוֹת הַבַּיִת דְּאָמְרָה לוֹ מַה שֶׁהֶחֱרִיבוּ אֲבוֹתֶיהָ אַתָּה מְבַקֵּשׁ לִבְנוֹת וְלָכֵן זָכְרוּ עִנְיָן זֶה שֶׁיָּגֵין לַעֲשׂוֹת נֵס שֶׁתֵּהָרֵג וּשְׁתֵּי בַּעֲבוּר עָוֹן זֶה שֶׁעִיכְּבָה בִּנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְהַקְרָבַת קָרְבָּנוֹת.
(Esther 1,14) « Et ceux qui étaient proches de lui : Karchéna, Chétar, Admata, Tarchich » - Rabbi Levi dit : tout ce verset a été dit à propos des offrandes. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les anges du service durent éveiller ce jour-là un mérite en faveur d'Israël, parce qu'ils voyaient par leur esprit saint le germe du salut d'Israël pousser ce jour même, par la mise à mort de Vachti qui devait se faire par Memoukhan, c'est-à-dire Haman ; car par la Esther viendrait et régnerait à sa place, et Haman serait prêt au châtiment de sa pendaison du fait que Vachti fut tuée par lui, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie. Et s'ils n'ont mentionné un mérite pour Israël qu'en matière d'offrandes et de Temple, c'est parce que nos maîtres de mémoire bénie ont dit (Esther Rabba 5,2) que Vachti fut passible de mort pour n'avoir pas laissé Ahachveroch donner l'autorisation de bâtir le Temple, car elle lui dit : ce que mes pères ont détruit, tu cherches à le bâtir ! C'est pourquoi ils rappelèrent ce sujet, afin qu'il protège et qu'un miracle soit fait, que Vachti soit tuée pour cette faute d'avoir empêché la construction du Temple et l'offrande des sacrifices.
💡 Explication

Le point d'appui de Rabbi Levi est le mot véhakarov, qui ouvre le verset : la racine k-r-v est celle du korban. Une fois cette racine entendue, toute la liste des noms se lit comme une énumération d'éléments du service.

10
״כַּרְשְׁנָא״ — אָמְרוּ מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, כְּלוּם הִקְרִיבוּ לְפָנֶיךָ כָּרִים בְּנֵי שָׁנָה כְּדֶרֶךְ שֶׁהִקְרִיבוּ יִשְׂרָאֵל לְפָנֶיךָ? ״שֵׁתָר״ — כְּלוּם הִקְרִיבוּ לְפָנֶיךָ שְׁתֵּי תוֹרִין? ״אַדְמָתָא״ — כְּלוּם בָּנוּ לְפָנֶיךָ מִזְבֵּחַ אֲדָמָה? ״תַּרְשִׁישׁ״ — כְּלוּם שִׁימְּשׁוּ לְפָנֶיךָ בְּבִגְדֵי כְהֻונָּה דִּכְתִיב בְּהוּ ״תַּרְשִׁישׁ וְשֶׁהֵם וְיָשְׁפֵה״? ״מְרַס״ — כְּלוּם מֵירְסוּ בְּדָם לְפָנֶיךָ? ״מַרְסְנָא״ — כְּלוּם מֵירְסוּ בִּמְנָחוֹת לְפָנֶיךָ? ״מְמוּכָן״ — כְּלוּם הֵכִינוּ שֻׁלְחָן לְפָנֶיךָ?

« Karchéna » - les anges du service dirent devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, ont-ils jamais offert devant Toi des agneaux d'un an (karim bnei chana) comme Israël a offert devant Toi ? « Chétar » - ont-ils jamais offert devant Toi deux tourterelles (chtei torim) ?

« Admata » - ont-ils jamais bâti devant Toi un autel de terre (adama) ? « Tarchich » - ont-ils jamais servi devant Toi dans les habits de kehouna, dont il est écrit « tarchich, choham et yachfé » ?

« Méress » - ont-ils jamais remué (mirsou) le sang devant Toi ? « Marséna » - ont-ils jamais remué (mirsou) les offrandes de farine devant Toi ?

« Memoukhan » - ont-ils jamais préparé (hekhinou) une table devant Toi ?

📜 Rachi (4)
כַּרְשַׁנָא כְּלוּם הִקְרִיבוּ לְפָנֶיךָ כָּרִים בְּנֵי שָׁנָה:
Karchéna - ont-ils jamais offert devant Toi des agneaux d'un an ?
שֵׁתָר שְׁתֵּי תּוֹרִים:
Chétar - deux tourterelles.
מְרַס שֶׁמֵּירְסוּ אֶת הַדָּם שֶׁלֹּא יִקְרֹשׁ וְשׁוּב לֹא יְהֵא רָאוּי לִזְרִיקָה:
Méress - qu'ils remuaient le sang pour qu'il ne coagule pas et ne devienne pas impropre à l'aspersion.
מַרְסְנָא מֵירְסוּ בִּמְנָחוֹת לְבָולְלָן מְמָרֵס לְשׁוֹן מֵגִיס:
Marséna - ils remuaient les offrandes de farine pour les mélanger ; memarès est un terme de brassage.
💡 Explication

Sept noms, sept éléments du service : deux catégories d'offrandes animales, l'autel, les vêtements du kohen, deux gestes techniques de préparation, et la table des pains. La question répétée, ont-ils jamais offert devant Toi, transforme la liste en réclamation.

Deux termes techniques apparaissent : mirsou badam, remuer le sang recueilli pour empêcher la coagulation qui le rendrait impropre à la zerika (aspersion), et mirsou baménahot, brasser la farine et l'huile de l'offrande végétale.

11
״וַיֹּאמֶר מְמוּכָן״. תַּנָּא: מְמוּכָן זֶה הָמָן, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ מְמוּכָן? שֶׁמּוּכָן לְפוּרְעָנוּת. אָמַר רַב כָּהֲנָא: מִכָּאן שֶׁהַהֶדְיוֹט קוֹפֵץ בָּרֹאשׁ.

« Et Memoukhan dit. » On a enseigné : Memoukhan, c'est Haman. Et pourquoi fut-il appelé Memoukhan ?

Parce qu'il était prêt (moukhan) au châtiment. Rav Kahana dit : d'ici on apprend que l'homme du commun saute en tête.

📜 Rachi (2)
מוּכָן לְפוּרְעָנוּת עוֹמֵד לִהְיוֹת תָּלוּי:
moukhan lepouranout - destiné à être pendu.
מִכָּאן שֶׁהַהֶדְיוֹט קוֹפֵץ בָּרֹאשׁ שֶׁהֲרֵי מָנָה אוֹתוֹ הַכָּתוּב לְבַסּוֹף אַלְמָא גָּרוּעַ הוּא מִכֻּולָּן וְהוּא קָפַץ בְּרֹאשׁ:
d'ici que l'homme du commun saute en tête - car l'Écriture l'a compté en dernier ; il est donc le moindre de tous, et pourtant c'est lui qui a sauté en tête.
🗂️ Tossefot (1)
מְמוּכָן יֵשׁ מִדְרָשׁ שֶׁהָיָה דָּנִיֵּאל וּלְפִי שֶׁהָיָה נָשׂוּי לְשָׂרִית שֶׁהָיְתָה גְּדוֹלָה מִמֶּנּוּ שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לְכוֹפָהּ לְדַבֵּר כִּלְשׁוֹנוֹ יָעַץ לַעֲשׂוֹת כֵּן:
Memoukhan. Il existe un midrach selon lequel il s'agissait de Daniel ; et parce qu'il était marié à Charit, qui était plus grande que lui et qu'il ne pouvait la contraindre à parler sa langue, il conseilla d'agir ainsi.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב כָּהֲנָא: מִכָּאן שֶׁהַהֶדְיוֹט קוֹפֵץ בָּרֹאשׁ. צָרִיךְ לְהָבִין לָמָּה סָמַךְ דָּבָר זֶה עַל דִּבְרֵי הַבָּרַיְיתָא דְּקָאָמַר 'מְמוּכָן' שֶׁמּוּכָן לְפֻרְעָנוּת, וְלָא נָקֵיט לֵיהּ עַל גּוּף הַפָּסוּק דְּמָנָה אֶת מְמוּכָן אַחֲרוֹן, מִכָּאן דְּהֶדְיוֹט קוֹפֵץ בְּרֹאשׁ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מִן הַפָּסוּק שֶׁהִזְכִּיר לְבַסּוֹף לֵיכָּא רְאָיָה, דְּיֵשׁ לוֹמַר הַכָּתוּב הִזְכִּירָם מִתַּתָּא לְעֵילָּא, בְּרַם דָּבָר זֶה יָבוֹא נָכוֹן כְּפִי דְּרָשַׁת הַבָּרַיְיתָא דְּדָרֵישׁ שֶׁמּוּכָן לְפֻרְעָנוּת דְּהַכַּוָּנָה הוּא מוּכָן לְפֻרְעָנוּת שֶׁלּוֹ שֶׁסּוֹפוֹ נִצְלַב בִּשְׁבִיל שֶׁגָּזַר דִּין עַל וּשְׁתֵּי לְהָרְגָהּ, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זִ"לִ עַל פָּסוּק (אֶסְתֵּר ז, י) 'וַחֲמַת הַמֶּלֶךְ שָׁכָכָה' שֶׁהָיָה מָלֵא עָלָיו חֵימָה שֶׁהָרַג אֶת וּשְׁתֵּי, וְעַל זֶה קָשֶׁה בַּמֶּה חָטָא הָמָן שֶׁנִּמְלָא הַמֶּלֶךְ חֵימָה עָלָיו, וַהֲלֹא הוּא הִקְרִיב דִּין וּשְׁתֵּי לְפָנָיו וְלִפְנֵי חֲבֵירָיו? אֶלָּא וַדַּאי 'מְמוּכָן' שֶׁהוּא הָמָן קָפַץ בְּרֹאשׁ בְּדִין וּשְׁתֵּי, וּלְכָךְ נִתְמַלֵּא חֵימָה עָלָיו! וְלָכֵן סָמַךְ דָּבָר זֶה עַל דִּבְרֵי הַבָּרַייְתָא הַנִּזְכָּר. אוֹ יוּבָן עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר הַגָּאוֹן מָהָרִ"י בי"ד מַה שֶׁאָמַר מוּכָן לְפֻרְעָנוּת מִפְּנֵי שֶׁהָיָה אַחֲרוֹן וּשְׁלִיטָתוֹ הָיְתָה בְּשַׁבָּת שֶׁשּׁוֹלֵט בּוֹ שַׁבְּתַאי, שֶׁכָּל הַדְּבָרִים וְהַפְּעֻולּוֹת לֹא יַצְלִיחוּ בּוֹ אֵצֶל אוּמוֹת הָעוֹלָם יְעֻויַּן שָׁם, וְלָכֵן עַל גּוּף הַפָּסוּק לֵיכָּא הוֹכָחָה לוֹמַר שֶׁהָיָה הֶדְיוֹט קוֹפֵץ בְּרֹאשׁ, דְּיֵשׁ לוֹמַר הִזְכִּירָם מִתַּתָּא לְעֵילָּא, אַךְ כֵּיוָן דְּאָמַר מוּכָן לְפֻרְעָנוּת מַשְׁמַע שֶׁהָיָה שְׁבִיעִי וְאִם כֵּן הָיָה הֶדְיוֹט קוֹפֵץ בְּרֹאשׁ.
Rav Kahana dit : d'ici on apprend que l'homme du commun saute en tête. Il faut comprendre pourquoi il a appuyé cela sur les paroles de la baraita qui dit « Memoukhan », parce qu'il était prêt au châtiment, et ne l'a pas tiré du corps même du verset qui compte Memoukhan en dernier. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que du verset qui le mentionne en dernier il n'y a pas de preuve, car on pourrait dire que l'Écriture les a mentionnés de bas en haut. Mais la chose s'établit selon l'exposition de la baraita, qui expose « prêt au châtiment » au sens de : prêt à son propre châtiment, puisqu'il finit pendu pour avoir prononcé le jugement de mort contre Vachti, comme l'ont dit nos maîtres de mémoire bénie sur le verset (Esther 7,10) « et la fureur du roi s'apaisa » : il était plein de fureur contre lui pour avoir fait tuer Vachti. Et là-dessus on objecte : en quoi Haman avait-il fauté pour que le roi soit rempli de fureur contre lui, puisqu'il n'a fait que présenter le jugement de Vachti devant lui et devant ses collègues ? Assurément, c'est que Memoukhan, qui est Haman, a sauté en tête dans le jugement de Vachti, et c'est pourquoi la fureur s'est remplie contre lui. C'est pour cela qu'il a appuyé cette chose sur les paroles de la baraita susdite. Ou bien on le comprendra selon ce qu'a dit le Gaon Maharyabid : ce qui est dit « prêt au châtiment », c'est parce qu'il était le dernier et que sa domination était le Chabbat, où domine Chabtaï, jour où toutes les affaires et toutes les entreprises ne réussissent pas chez les nations du monde, vois-y. Ainsi, du corps du verset il n'y a pas de démonstration pour dire qu'un homme du commun a sauté en tête, car on pourrait dire qu'il les a mentionnés de bas en haut ; mais puisqu'il dit « prêt au châtiment », cela indique qu'il était le septième, et donc que l'homme du commun a sauté en tête.
💡 Explication

L'identification repose sur le nom : Memoukhan et moukhan, prêt, partagent la racine k-v-n. Rachi précise le contenu de cette disponibilité : prêt à être pendu.

La règle de Rav Kahana, hahédyot kofets baroch, tire de la place du nom dans la liste : mentionné en dernier, donc le moindre des sept, et pourtant le premier à parler.

12
״לִהְיוֹת כָּל אִישׁ שֹׂורֵר בְּבֵיתוֹ״. אָמַר רָבָא: אִלְמָלֵא אִגְּרוֹת הָרִאשׁוֹנוֹת לֹא נִשְׁתַּיֵּיר מִשּׂוֹנְאֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל שָׂרִיד וּפָלִיט.

« Que tout homme soit maître en sa maison. » Rava dit : sans les premières lettres, il ne serait pas resté aux ennemis d'Israël un survivant ni un rescapé.

📜 Rachi (2)
אִלְמָלֵא אִגְּרוֹת רִאשׁוֹנוֹת שֶׁהֻוחְזַק בָּהֶן שׁוֹטֶה בְּעֵינֵי הָאֻומּוֹת:
sans les premières lettres - par lesquelles il passa pour un insensé aux yeux des nations.
לֹא נִשְׁתַּייֵּר מִשּׂוֹנְאֵי יִשְׂרָאֵל שָׂרִיד וּפָלִיט שֶׁהָיוּ מְמַהֲרִין לְהָורְגָן בְּמִצְוַת הַמֶּלֶךְ בְּאִגְּרוֹת הָאֶמְצָעִיּוֹת וְלֹא הָיוּ מַמְתִּינִים לְיוֹם הַמּוֹעֵד:
il ne serait pas resté aux ennemis d'Israël un survivant ni un rescapé - car elles se seraient hâtées de les tuer sur l'ordre du roi contenu dans les lettres intermédiaires, et n'auraient pas attendu le jour fixé.
💡 Explication

L'expression sonehem chel Israël, les ennemis d'Israël, est un euphémisme désignant Israël lui-même, employé pour ne pas prononcer directement le malheur.

Le raisonnement de Rava est un raisonnement sur les effets : une première lettre ridicule a discrédité l'expéditeur, et ce discrédit a fait perdre aux lettres suivantes leur force d'exécution immédiate. Le délai ainsi gagné est ce qui a rendu le renversement possible.

🖼️ Schéma
Pourquoi les premières lettres ont sauvé Premières lettres Que tout homme soit maître en sa maison. Évident, donc risible. Effet produit Le roi passe pour un insensé aux yeux des nations. Conséquence Les lettres suivantes ne sont pas exécutées aussitôt. Sans ce discrédit, les nations auraient tué dès réception des lettres intermédiaires, sans attendre le jour fixé. Le délai gagné est ce qui laisse place au renversement.
Une lettre ridicule d'abord, un ordre meurtrier ensuite : le discrédit du premier envoi retarde l'exécution du second.
13
אָמְרִי: מַאי הַאי דְּשַׁדַּיר לַן ״לִהְיוֹת כָּל אִישׁ שֹׂורֵר בְּבֵיתוֹ״? פְּשִׁיטָא, אֲפִילּוּ קָרְחָה — בְּבֵיתֵיהּ פַּרְדַּשְׁכָּא לֶיהֱוֵי!

Ils disaient : qu'est-ce que cela qu'il nous a envoyé, « que tout homme soit maître en sa maison » ? C'est évident !

Même un tisserand est parédachkha en sa maison !

📜 Rachi (2)
אָמְרִי מַאי הַאי דְּשַׁדַּר לַן אוֹמְרִים הָאֻומּוֹת מַה זֶה שֶׁשָּׁלַח לוֹמַר לָנוּ לִהְיוֹת כָּל אִישׁ שֹׂורֵר בְּבֵיתוֹ שֶׁאַף הַגַּרְדָן שׂוֹרֵר בְּבֵיתוֹ:
ils disent : qu'est-ce que cela qu'il nous a envoyé - les nations disent : qu'est-ce que cela qu'il a envoyé nous dire, que tout homme soit maître en sa maison, alors que même le tisserand est maître en sa maison.
פַּרְדַּשְׁכָּא פָּקִיד וְנָגִיד:
parédachkha - officier et gouverneur.
💡 Explication

Le mot araméen parédachkha, que Rachi rend par officier et gouverneur, désigne une autorité établie. Le terme rendu ici par tisserand désigne un homme de condition modeste : même lui commande chez lui, ce qui rend le décret vide de contenu.

Ce ridicule est précisément le mécanisme décrit par Rava au segment précédent.

14
״וְיַפְקֵד הַמֶּלֶךְ פְּקִידִים״. אָמַר רַבִּי, מַאי דִכְתִיב: ״כָּל עָרוּם יַעֲשֶׂה בְדָעַת וּכְסִיל יִפְרֹשׂ אִוֶּלֶת״ —

« Et que le roi désigne des commissaires. » Rabbi dit : que signifie ce qui est écrit : « Tout homme avisé agit avec connaissance, et le sot étale sa sottise » -

💡 Explication

Rabbi introduit un verset de Michlei (13,16) qui servira de grille de lecture : deux rois cherchent une épouse, et le verset fournit les deux catégories, l'aroum (l'avisé) et le kessil (le sot). Le développement occupe le segment suivant.

15
״כָּל עָרוּם יַעֲשֶׂה בְדָעַת״ — זֶה דָּוִד, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמְרוּ לוֹ עֲבָדָיו יְבַקְשׁוּ לַאדֹנִי הַמֶּלֶךְ נַעֲרָה בְתוּלָה״; כֹּל מַאן דַּהֲוָה לֵיהּ בְּרַתָּא — אַיְּיתָהּ נִיהֲלֵיהּ. ״וּכְסִיל יִפְרֹושׁ אִוֶּלֶת״ — זֶה אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, דִּכְתִיב: ״וַיִּפָּקֵד הַמֶּלֶךְ פְּקִידִים״; כֹּל מַאן דַּהֲוָה לֵיהּ בְּרַתָּא — אִיטַּמַּרָה מִינֵּיהּ.

« Tout homme avisé agit avec connaissance » - c'est David, car il est écrit : « Ses serviteurs lui dirent : que l'on cherche pour mon seigneur le roi une jeune fille vierge » ; quiconque avait une fille la lui amenait. « Et le sot étale sa sottise » - c'est Ahachveroch, car il est écrit : « et que le roi désigne des commissaires » ; quiconque avait une fille la lui cachait.

📜 Rachi (1)
נַעֲרָה דָּוִד לֹא בִּיקֵּשׁ אֶלָּא נַעֲרָה אַחַת כָּל אָדָם הֶרְאָה לִשְׁלוּחָיו אֶת בִּתּוֹ אוּלַי תִּיטַב בְּעֵינָיו וַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ כְּסִיל צִוָּה לְקַבֵּץ אֶת כֻּולָּן הַכֹּל יוֹדְעִין שֶׁלֹּא יִקַּח אֶלָּא אַחַת וְאֶת כֻּולָּן יִבְעַל מַאן דַּהֲוָה לֵיהּ בְּרַתָּא מַטְמְרָה:
na'ara - David ne demanda qu'une seule jeune fille ; chacun montrait sa fille à ses envoyés, peut-être plairait-elle à ses yeux. Ahachveroch, le sot, ordonna de les rassembler toutes ; tous savaient qu'il n'en prendrait qu'une et qu'il aurait commerce avec toutes : celui qui avait une fille la cachait.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(מִשְׁלֵי יג, טז) 'כָּל עָרוּם יַעֲשֶׂה בְּדַעַת' זֶה דָּוִד מֶלֶךְ יִשְׂרָאֵל, 'וּכְסִיל יְפָרֵשׁ אִוֶּלֶת' זֶה אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ. שֶׁעָשָׂה דִּבֵּר בְּדַעַת וּבַהַשְׂכֵּל שֶׁיָּבִיא נַעֲרָה בְּתוּלָה וַתִּשְׁכַּב בְּחֵיקוֹ וְלֹא יִגַּע בָּהּ וּבָזֶה יִהְיֶה נִלְחָם עִם יִצְרוֹ, לְתַקֵּן בָּזֶה חֵטְא שֶׁל הִרְהוּר, וְאִם לֹא תִּהְיֶה בְּתוּלָה מַאן מוּכָח דְּלָא נָגַע בָּהּ? וְכַנִּזְכָּר בְּגוּרֵי הָאֲרִ"י זַ"ל הוּבָא בְּסֵפֶר הַלְּקוּטִים יְעֻויַּן שָׁם. וְלָכֵן כֵּיוָן שֶׁרָאוּ עוֹשֶׂה בְּדַעַת דִּמְבַקֵּשׁ דַּוְקָא בְּתוּלָה כְּדֵי שֶׁיִּתְבָּרֵר שֶׁלֹּא בָּא עָלֶיהָ, לְכָךְ כָּל אֶחָד הִמְצִיא לוֹ בִּתּוֹ כִּי לֹא תִּהְיֶה לָבֹוז אַחַר כָּךְ, מֵאַחַר דְּעוֹדֶנָּה בְּתוּלָה אַךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ שֶׁפֵּירֵשׁ אִווֶּלֶת שֶׁלּוֹ שֶׁרוֹצֶה לָבֹא עַל כָּל הַבָּנוֹת שֶׁיָּבִיאוּ לוֹ, וְאַחַר שֶׁיִּטְעֹום טַעַם בִּיאָה שְׁתַּיִם וְשָׁלֹשׁ פְּעָמִים אָז יִווָּדַע אֵיזֶה מֵהֶם תִּיטַב בְּעֵינָיו, לְכָךְ הָיוּ מַסְתִּירִים בְּנוֹתֵיהֶם כִּי יֹאמְרוּ זֶה בּוֹעֵל אַרְבַּע וְחָמֵשׁ פְּעָמִים וְשׁוֹבֵר בְּתוּלֶיהָ, וְאַחַר כָּךְ יִשְׁלָחֶנָּה שֶׁלֹּא תִּיטַב בְּעֵינָיו וְנִמְצָא שֶׁבָּהּ רֵיקָם וְתִהְיֶה לָבֹוז.
(Michlei 13,16) « Tout homme avisé agit avec connaissance » - c'est David roi d'Israël ; « et le sot étale sa sottise » - c'est Ahachveroch. Car il agit avec connaissance et discernement en faisant venir une jeune fille vierge qui coucherait en son sein sans qu'il la touche, et par là il combattrait son penchant, afin de réparer ainsi la faute de la pensée ; et si elle n'était pas vierge, qui prouverait qu'il ne l'a pas touchée ? Comme il est rapporté au nom des disciples du Ari de mémoire bénie, cité dans le livre Halikoutim, vois-y. C'est pourquoi, puisqu'ils voyaient qu'il agissait avec connaissance en demandant précisément une vierge, afin qu'il soit établi qu'il n'a pas eu commerce avec elle, chacun lui présentait sa fille, car elle ne serait pas ensuite objet de mépris, puisqu'elle demeurerait vierge. Mais Ahachveroch étalait sa sottise, voulant avoir commerce avec toutes les filles qu'on lui amènerait ; et après avoir goûté deux et trois fois, alors il saurait laquelle lui plairait. C'est pourquoi ils cachaient leurs filles, car ils se disaient : celui-ci en prend quatre et cinq fois et lui ôte sa virginité, puis il la renverra si elle ne lui plaît pas ; elle reviendra donc les mains vides et sera objet de mépris.
💡 Explication

Le contraste tient à un seul paramètre : le nombre demandé. Une seule jeune fille recherchée, et les pères se présentent ; toutes les jeunes filles rassemblées, et les pères se cachent. Le calcul du sot produit l'effet inverse de celui qu'il visait.

🖼️ Schéma
Aroum et kessil : deux rois cherchent une épouse David - kol aroum yaassé bedaat Demande : une seule jeune fille. Calcul du père : ma fille sera peut-être choisie, et sinon elle rentre intacte. Résultat : chacun amène sa fille. Verset : Melakhim I 1,2. Ahachveroch - oukhssil yifross ivelet Demande : rassembler toutes les jeunes filles. Calcul du père : une seule sera reine, toutes les autres rentreront déshonorées. Résultat : chacun cache sa fille. Verset : Esther 2,3.
Le même objectif, deux méthodes : demander une seule attire les candidates, exiger toutes les fait disparaître.
16
״אִישׁ יְהוּדִי הָיָה בְּשׁוּשַׁן הַבִּירָה וְגוֹ׳ אִישׁ יְמִינִי״. מַאי קָאָמַר: אִי לְיִחוּסֶיהָ קָאָתֵי — לְיַחֲסֵיהּ וְלֵיזִיל עַד בִּנְיָמִין! אֶלָּא מַאי שְׁנָא הָנֵי?

« Il y avait un homme yehoudi à Chouchan la capitale, etc., un homme yémini. » Que veut dire le verset ? S'il vient donner sa généalogie, qu'il la donne jusqu'à Binyamin !

Or, qu'ont donc de particulier ces noms-là ?

🪔 Ben Yehoyada (1)
מַאי שְׁנָא הָנֵי תְּלָתָא וְתוּ לָא. כָּךְ הַגִּרְסָא בְּעֵין יַעֲקֹב. וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת דְּבָרִים אֵלּוּ לְשׁוֹן יֶתֶר הֵן, מֵאַחַר שֶׁכְּבָר פֵּירֵשׁ בַּקֻּושְׁיָא אִי לְיִחוּסֶיהָ קָא אֲתָא לִיחָסֶיהָ וּלְזִיל עַד בִּנְיָמִין? וְנִרְאֶה לִי דְּהַמַּקְשָׁן מַקְשֵׁי תַּרְתֵּי, חֲדָא הֲוָה לֵיהּ לְיַחֲסוֹ עַד בִּנְיָמִין, וְעוֹד בְּזֶה הַיִּחוּס אֲשֶׁר יִחֲסוֹ עַד קִישׁ דִּילֵּג בֵּין הַבֵּינַייִם כַּמָּה שֵׁמוֹת, וְלָמָּה זָכַר הָנֵי תְּלָתָא וְתוּ לָא, כִּי יָאִיר אֵינוֹ בֶּן שִׁמְעִי וְשָׁמְעִי אֵינוֹ בֶּן קִישׁ וְהֵשִׁיב שֶׁלֹּא נִזְכְּרוּ שֵׁמוֹת אֵלּוּ אֶלָּא לִדְרָשָׁה.
« Qu'ont donc de particulier ces trois-là et pas davantage ? » Telle est la leçon dans le Ein Yaakov. On peut objecter que ces mots sont superflus, puisqu'il a déjà expliqué dans la question : s'il vient donner sa généalogie, qu'il la donne jusqu'à Binyamin. Il me semble que celui qui objecte pose deux difficultés : d'abord, il aurait fallu remonter la généalogie jusqu'à Binyamin ; ensuite, dans cette généalogie donnée jusqu'à Kich, il a sauté plusieurs noms intermédiaires, et pourquoi a-t-il mentionné ces trois-là et pas davantage ? Car Yair n'est pas fils de Chimi et Chimi n'est pas fils de Kich. Et il a répondu que ces noms n'ont été mentionnés que pour l'exposition.
💡 Explication

Une généalogie biblique remonte normalement jusqu'à l'ancêtre éponyme de la tribu. Celle de Mordekhai s'arrête à trois noms, ce qui laisse penser que ces trois noms ont une autre fonction que généalogique. La réponse vient au segment suivant.

17
תַּנָּא: כֻּולָּן עַל שְׁמוֹ נִקְרְאוּ. ״בֶּן יָאִיר״ — בֵּן שֶׁהֵאִיר עֵינֵיהֶם שֶׁל יִשְׂרָאֵל בִּתְפִלָּתוֹ. ״בֶּן שִׁמְעִי״ — בֵּן שֶׁשָּׁמַע אֵל תְּפִלָּתוֹ. ״בֶּן קִישׁ״ — שֶׁהִקִּישׁ עַל שַׁעֲרֵי רַחֲמִים וְנִפְתְּחוּ לוֹ.

On a enseigné : tous sont des noms qui lui ont été donnés. « Ben Yair » - le fils qui a éclairé (heir) les yeux d'Israël par sa prière.

« Ben Chimi » - le fils dont la prière fut entendue (chama). « Ben Kich » - celui qui a frappé (hikich) aux portes de la miséricorde, et elles se sont ouvertes pour lui.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כֻּלָּן עַל שְׁמוֹ נִקְרְאוּ: 'בֶּן יָאִיר' (אֶסְתֵּר ב, ה) בֵּן שֶׁהֵאִיר עֵינֵיהֶם שֶׁל יִשְׂרָאֵל בִּתְפִלָּתוֹ. קָשֶׁה אֵין זֶה עַל פִּי הַסֵּדֶר דִּתְחִלָּה הִקִּישׁ עַל דַּלְתֵי רַחֲמִים, וְאַחַר כָּךְ שָׁמַע אֶל תְּפִילָּתוֹ וְאַחַר כָּךְ הֵאִיר עֵינַי יִשְׂרָאֵל בְּמַעֲשֵׂה הַנֵּס וְלָמָּה רִמְּזָם הַכָּתוּב שֶׁלֹּא כְּסִדְרָן? וְנִרְאֶה לִי בס"ד נִרְמְזוּ עַל פִּי סֵדֶר הַטּוֹבוֹת שֶׁיָּצְאוּ מִן שָׁלֹשׁ פְּעֻולּוֹת, דִּתְחִילָּה הִתְפַּלֵּל עַל צְלִיבַת הַמָּן, וּבָזֶה הֵאִיר עֵינֵי יִשְׂרָאֵל שֶׁרָאוּ בְּעֵינֵיהֶם הַמָּן תָּלוּי עַל הָעֵץ בְּיוֹם ט"ז נִיסָן וְשָׂשׂוּ וְשָׂמְחוּ וְאוֹרוּ עֵינֵיהֶם, וְאַחַר כָּךְ הִתְפַּלֵּל שֶׁיִּתֵּן הקב"ה בְּלֵב הַמֶּלֶךְ שֶׁיַּחֲלִיף הָאִגְּרוֹת, וְשָׁמַע אֶל תְּפִילָּתוֹ וְנִכְתְּבוּ אִגְּרוֹת שְׁנִיּוֹת בְּיוֹם כ"ג סִיוָן, וְאַחַר כָּךְ הִקִּישׁ עַל דַּלְתֵי רַחֲמִים עַל יוֹם י"ג אֲדָר שֶׁיִּפֹּול פַּחַד הַיְּהוּדִים עַל אוֹיְבֵיהֶם וַיַּכּוּ בָּהֶם, וּמִיִּשְׂרָאֵל לֹא יִפָּקֵד אֶחָד, וּפָתְחוּ לוֹ שַׁעֲרֵי רַחֲמִים שֶׁכָּךְ נַעֲשָׂה וְכָךְ הָיָה.
« Tous sont des noms qui lui ont été donnés : ben Yair (Esther 2,5), le fils qui a éclairé les yeux d'Israël par sa prière. » Difficulté : cela n'est pas dans l'ordre, car d'abord il a frappé aux portes de la miséricorde, ensuite sa prière fut entendue, et ensuite il éclaira les yeux d'Israël par le miracle ; pourquoi donc l'Écriture y a-t-elle fait allusion hors de leur ordre ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il y est fait allusion selon l'ordre des bienfaits qui sortirent de ces trois actions : d'abord il pria pour la pendaison de Haman, et par là il éclaira les yeux d'Israël, qui virent de leurs yeux Haman pendu au bois le 16 nissan, ils se réjouirent, exultèrent et leurs yeux s'éclairèrent ; ensuite il pria pour qu'il soit mis au cœur du roi de changer les lettres, et sa prière fut entendue, et les secondes lettres furent écrites le 23 sivan ; ensuite il frappa aux portes de la miséricorde pour le 13 adar, afin que la crainte des Juifs tombe sur leurs ennemis et qu'ils les frappent, et que d'Israël pas un seul ne manque ; et on lui ouvrit les portes de la miséricorde, car ainsi il fut fait et ainsi il advint.
💡 Explication

Les trois noms sont lus comme trois verbes tirés de leurs racines : yair de la racine de la lumière, chimi de la racine entendre, kich de la racine frapper. La généalogie devient ainsi le portrait d'un homme de prière.

🖼️ Schéma
Trois noms lus comme trois actes de prière Ben Yair Racine : éclairer (heir) Il a éclairé les yeux d'Israël par sa prière. Ben Chimi Racine : entendre (chama) Sa prière fut entendue. Ben Kich Racine : frapper (hikich) Il a frappé aux portes de la miséricorde.
Les trois ancêtres cités ne servent pas la généalogie mais décrivent trois moments de la prière de Mordekhai.
18
קָרֵי לֵיהּ ״יְהוּדִי״ — אַלְמָא מִיּהוּדָה קָאָתֵי, וְקָרֵי לֵיהּ ״יְמִינִי״ — אַלְמָא מִבִּנְיָמִין קָאָתֵי! אָמַר רַב נַחְמָן: מָרְדֳּכַי מֻוכְתָּר בְּנִימוּסוֹ הָיָה.

On l'appelle « yehoudi » - donc il vient de Yehouda ; et on l'appelle « yemini » - donc il vient de Binyamin ! Rav Nahman dit : Mordekhai était couronné de ses titres.

📜 Rachi (1)
מֻוכְתָּר בְּנִימוּסוֹ הָיָה בְּשֵׁמוֹת נָאִין נִימוּס שֵׁם בִּלְשׁוֹן יָוָן:
moukhtar benimousso hava - de beaux noms ; nimous est un mot de langue grecque.
💡 Explication

La contradiction est d'ordre tribal : un homme n'appartient qu'à une tribu. Rav Nahman résout en distinguant le nom d'appartenance et le nom d'honneur : moukhtar benimousso, couronné de ses titres. Le mot nimous vient du grec nomos et désigne ici un usage, une dénomination consacrée.

19
אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי: אָבִיו מִבִּנְיָמִין, וְאִמּוֹ מִיּהוּדָה. וְרַבָּנָן אָמְרִי: מִשְׁפָּחוֹת מִתְגָּרוֹת זוֹ בָּזוֹ. מִשְׁפַּחַת יְהוּדָה אוֹמֶרֶת: אֲנָא גְּרַמִי דְּמִתְיְלִיד מָרְדֳּכַי, דְּלָא קַטְלֵיהּ דָּוִד לְשִׁמְעִי בֶּן גֵּרָא. וּמִשְׁפַּחַת בִּנְיָמִין אָמְרָה: מִינַּאי קָאָתֵי.

Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi : son père était de Binyamin et sa mère de Yehouda. Et les maîtres disent : les familles se disputaient l'une avec l'autre.

La famille de Yehouda disait : c'est moi qui suis cause que Mordekhai naquit, puisque David n'a pas tué Chimi ben Guera. Et la famille de Binyamin disait : c'est de moi qu'il est venu.

📜 Rachi (2)
(נְעָרַי) לָא גָרְסִינַן אֶלָּא הָכִי גָּרְסִינַן אָמַר רַבָּה בַּר בַּר חָנָה אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי כו':
(na'arei) on ne lit pas ainsi, mais on lit : Rabba bar bar Hana dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Levi, etc.
דְּלָא קַטְלֵיהּ דָּוִד לְשִׁמְעִי שֶׁהָיָה חַייָּב מִיתָה:
que David n'a pas tué Chimi - alors qu'il était passible de mort.
💡 Explication

Deux résolutions supplémentaires. La première est généalogique : double ascendance réelle, par le père et par la mère. La seconde est historique : les deux noms conservent la trace d'une revendication concurrente entre deux familles, chacune s'attribuant le mérite de l'existence de Mordekhai.

L'argument de Yehouda repose sur un fait précis : David épargna Chimi ben Guera, pourtant passible de mort ; sans cette grâce, la lignée se serait éteinte.

20
רָבָא אָמַר: כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל אָמְרָה לְאִידַּךְ גִּיסָא: רְאוּ מֶה עָשָׂה לִי יְהוּדִי וּמֶה שִׁילֵּם לִי יְמִינִי. מֶה עָשָׂה לִי יְהוּדִי —

Rava dit : l'assemblée d'Israël a parlé en sens inverse : voyez ce que m'a fait un yehoudi et ce que m'a payé un yemini. Ce que m'a fait un yehoudi -

📜 Rachi (1)
לְאִידָךְ גִּיסָא לִצְעָקָה וְלֹא לְשֶׁבַח אִישׁ יְהוּדִי וְאִישׁ יְמִינִי גָּרְמוּ לִי הַצַּעַר הַזֶּה:
le'idakh guissa - comme un cri de plainte et non comme une louange : un homme yehoudi et un homme yemini m'ont causé cette souffrance.
🪔 Ben Yehoyada (1)
כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל אָמְרָה לְאִידַּךְ גִּיסָא רְאוּ מֶה עָשָׂה לִי יְהוּדִי וּמַה שִׁלֵּם לִי יְמִינִי. קָשֶׁה הֲוָה לֵיהּ לְהַקְדִּים דְּשָׁאוּל כְּרֵישָׁא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי מַעֲשֵׂה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁלֹּא הָרַג אֶת שִׁמְעִי יֵשׁ בָּזֶה מִצְוָה, וְלָכֵן נָקֵיט בֵּיהּ עֲשִׂיָּה שֶׁהוּא לְשׁוֹן תִּיקּוּן כְּמוֹ (בְּרֵאשִׁית יח, ח) 'בֶּן הַבָּקָר אֲשֶׁר עָשָׂה' אַךְ מַעֲשֵׂה שָׁאוּל הַמֶּלֶךְ ע"ה שֶׁלֹּא הָרַג אֶת אֲגַג יֵשׁ בָּזֶה חֵטְא וְעָוֹן וּלְכָךְ לָא נָקֵיט בֵּיהּ עֲשִׂיָּה שֶׁהוּא לְשׁוֹן תִּיקּוּן אֶלָּא אָמַר שִׁילֵּם, וּלְכָךְ הִקְדִּים שֶׁל דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה כִּי הִיא מַעֲשֵׂה מִצְוָה וְשֶׁבַח, אַךְ שֶׁל שָׁאוּל הוּא גִּנּוֹת.
« L'assemblée d'Israël a parlé en sens inverse : voyez ce que m'a fait un yehoudi et ce que m'a payé un yemini. » Difficulté : il aurait fallu placer en tête ce qui concerne Chaoul. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que dans l'acte du roi David, qui n'a pas tué Chimi, il y a une mitsva, et c'est pourquoi on emploie à son sujet le verbe assa, faire, qui est un terme de réparation, comme dans « le veau qu'il avait apprêté » (Berechit 18,8) ; mais dans l'acte du roi Chaoul, qui n'a pas tué Agag, il y a faute et transgression, et c'est pourquoi on n'emploie pas à son sujet assa, terme de réparation, mais on dit chilem, il a payé. C'est pourquoi il a placé en tête ce qui concerne le roi David, car c'est un acte de mitsva et une louange, tandis que celui de Chaoul est un blâme.
💡 Explication

Rava retourne les deux noms. Ce que les lectures précédentes entendaient comme un double titre d'honneur devient une double accusation : la clémence de David envers Chimi et celle de Chaoul envers Agag ont chacune produit une conséquence lourde.

Le segment s'interrompt au milieu de l'explication ; la suite se lit au début de 13a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).