Megillah 13a — Yehoudi, le nom de celui qui renie l'idolâtrie : Mordekhai, Bitya fille de Pharaon et les six noms de Moshe dans Divrei Hayamim, puis Hadassa-Esther, son entrée au palais et son silence sur son peuple

Megillah 13a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de la lecture du verset de Chimi et d'Agag : la clémence de David envers Chimi a produit Mordekhai, celle de Chaoul envers Agag a produit Haman. Rabbi Yo'hanan propose alors une autre explication du titre de Mordekhai : il vient bien de Binyamin, et il est appelé Yehoudi parce qu'il a renié l'idolâtrie, puisque tout homme qui renie l'idolâtrie reçoit ce nom, comme les compagnons de Daniel.

De là, la Guemara passe à un verset de Divrei Hayamim où la même règle s'applique à Bitya fille de Pharaon, appelée Hayehoudiya, et où six noms successifs désignent tous Moché. La seconde moitié du folio suit le chapitre 2 de la meguila : le double nom Hadassa-Esther et les cinq explications des Tanaim, l'orphelinat d'Esther, le verset lu lebayit plutôt que lebat, les sept jeunes filles qui lui servent de calendrier du Chabbat, la question de ce qu'on lui faisait manger, et les quatre tentatives d'Ahachveroch pour lui faire dire de quel peuple elle vient.

Pourquoi Mordekhai est appelé Yehoudi : deux lectures Esther 2,5 - ich yehoudi haya bechouchan habira ... ich yemini. Un homme yehoudi, et en même temps un homme de Binyamin. Première lecture (fin de 12b) Il descend des deux tribus à la fois. Les deux tribus se renvoient la faute : David n'a pas tué Chimi, d'où naît Mordekhai ; Chaoul n'a pas tué Agag, d'où naît Haman. Seconde lecture (Rabbi Yo'hanan) Il vient uniquement de Binyamin. Yehoudi est ici un titre, pas une tribu : il désigne celui qui renie l'idolâtrie. Preuve : Daniel 3,12. La preuve tirée de Daniel 3,12 : itai gouvrin yehoudain Hanania, Michaël et Azaria sont appelés yehoudain alors qu'ils n'étaient pas de la tribu de Yehouda (Sanhédrin 93b). La fin du verset donne la raison : ils ne servent pas tes dieux. Le titre suit le reniement de l'idolâtrie.
Rabbi Yohanan fait de Yehoudi un titre et non une origine tribale : est yehoudi quiconque renie l'idolâtrie. Tout le développement qui suit applique cette règle à d'autres versets.
I Chroniques 4,18 décode : toutes tes paroles sont une seule Et sa femme Hayehoudiya enfanta Yered père de Guedor, et Hever père de Sokho, et Yekoutiel père de Zanoah ; et voici les fils de Bitya fille de Pharaon, que prit Mered. Nom du verset Ce qu'il désigne réellement, et pourquoi Hayehoudiya Bitya, fille de Pharaon : elle a renié l'idolâtrie en descendant se laver au fleuve. Yered Moché : la manne est descendue (yarad) pour Israël de son temps. Guedor Moché : il a fermé (gadar) les brèches d'Israël. Hever Moché : il a rattaché (hiber) Israël à leur Père qui est au ciel. Sokho Moché : il fut pour Israël comme une souka, un abri. Yekoutiel Moché : Israël a espéré en D.ieu (kivou laEl) de son temps. Zanoah Moché : il a fait écarter (hizniah) les fautes d'Israël. Mered Kalev : il s'est révolté (marad) contre le conseil des explorateurs. Et yalda, elle enfanta : elle l'a élevé. Qui élève un orphelin chez lui, l'Écriture le lui compte comme s'il l'avait enfanté.
Un seul verset, sept désignations, trois personnes : Bitya, Moshe et Kalev. C'est l'illustration de la formule de Rabbi Chimon ben Pazi sur le livre des Chroniques.
Hadassa ou Esther : lequel est le nom, lequel est la description ? Auteur Nom réel Explication de l'autre appellation Rabbi Meir Esther Hadassa, du nom des justes appelés myrtes (Zacharie 1,8). Rabbi Yehouda Hadassa Esther, de masteret : elle dissimulait ses paroles (Esther 2,20). Rabbi Nehemia Hadassa Esther, nom donné par les nations d'après Istahar, l'astre. Ben Azzai sans trancher Hadassa vient de sa taille moyenne, comme un myrte. Rabbi Yehochoua ben Korha sans trancher Hadassa vient de son teint verdâtre, comme un myrte. Nafka mina : pour Rabbi Meir et Rabbi Nehemia, l'apparence d'Esther explique un nom. Pour Rabbi Yehouda, Esther est au contraire le nom de sa conduite, le silence sur son origine - c'est ce silence que suit toute la fin du folio.
Cinq positions sur le double nom. La dernière ligne indique l'enjeu : selon Rabbi Yehouda, le nom d'Esther est déjà le programme du chapitre 2, celui du secret garde.
1
דְּלָא קַטְלֵיהּ דָּוִד לְשִׁמְעִי, דְּאִתְיְלִיד מִינֵּיהּ מָרְדֳּכַי דְּמִיקַּנֵּי בֵּיהּ הָמָן. וּמֶה שִׁילֵּם לִי יְמִינִי — דְּלָא קַטְלֵיהּ שָׁאוּל לַאֲגָג, דְּאִתְיְלִיד מִינֵּיהּ הָמָן דִּמְצַעַר לְיִשְׂרָאֵל.

…parce que David n'a pas mis à mort Chimi : de lui naquit Mordekhai, contre qui Haman éprouva de la jalousie. Et « ce qu'un Benjaminite m'a payé » : parce que Chaoul n'a pas mis à mort Agag ; de lui naquit Haman, qui fit souffrir Israël.

💡 Explication

Le folio commence au milieu d'une phrase entamée en 12b. Rava y lisait le verset des Psaumes « ce qu'un Benjaminite m'a payé » comme une double accusation portée par David contre lui-même et contre Chaoul : chacun a laissé vivre un homme qu'il devait faire mourir, et chaque clémence a produit une conséquence lourde des générations plus tard.

La construction est celle d'une chaîne de causes : Chimi laissé vivre donne Mordekhai, Agag laissé vivre donne Haman. Les deux tribus, Yehouda et Binyamin, se trouvent ainsi liées à l'histoire de la meguila par leurs deux rois.

2
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: לְעוֹלָם מִבִּנְיָמִן קָאָתֵי, וְאַמַּאי קָרֵי לֵיהּ ״יְהוּדִי״? עַל שׁוּם שֶׁכָּפַר בָּעֲבוֹדָה זָרָה. שֶׁכָּל הַכּוֹפֵר בַּעֲבוֹדָה זָרָה נִקְרָא ״יְהוּדִי״, כְּדִכְתִיב: ״אִיתַי גֻּובְרִין יְהוּדָאיִן וְגוֹ׳״.

Rabbi Yo'hanan dit : en vérité, il vient de Binyamin. Et pourquoi l'appelle-t-on « Yehoudi » ?

En raison du fait qu'il a renié l'idolâtrie. Car tout homme qui renie l'idolâtrie est appelé « Yehoudi », ainsi qu'il est écrit : « il y a des hommes juifs (yehoudain), etc. » (Daniel 3,12).

📜 Rachi (1)
אִיתַּי גֻּובְרִין יְהוּדָאִין כו' וְסֵיפֵיהּ דִּקְרָא לֵאלָהָךְ לָא פָּלְחִין:
itai gouvrin yehoudain, etc. - et la fin du verset dit : « ils ne servent pas tes dieux ». C'est donc bien le reniement de l'idolâtrie qui leur vaut ce nom.
🗂️ Tossefot (1)
כָּל הַכּוֹפֵר בע"ז נִקְרָא יְהוּדִי שֶׁנֶּאֱמַר אִיתַּי גֻּובְרִין יְהוּדָאִין. עַל שֵׁם יְהוּדִי שֶׁהֲרֵי אָמַר בְּחֵלֶק (סַנְהֶדְרִין דַּף צג:) דְּלָא הָווּ מִשֵּׁבֶט יְהוּדָה:
Tout homme qui renie l'idolâtrie est appelé yehoudi, comme il est dit « il y a des hommes juifs (yehoudain) » - ils sont appelés ainsi au titre de yehoudi, puisque la Guemara dit au chapitre Helek (Sanhédrin 93b) qu'ils n'étaient pas de la tribu de Yehouda.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאַמַּאי קָרֵי לֵיהּ 'יְהוּדִי'? עַל שׁוּם שֶׁכָּפַר בָּעֲבוֹדָה זָרָה, שֶׁכָּל הַכּוֹפֵר בַּעֲבוֹדָה זָרָה נִקְרָא 'יְהוּדִי'. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לָזֶה כִּי שְׁנֵי יודי"ן שֶׁל י הוֹד י שֶׁהֵם רֹאשׁ וְסוֹף רוֹמְזִים לְשִׁילּוּב שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּשֵׁם אדנ"י שֶׁהֵם שֵׁם הַנִּכְתָּב וְשֵׁם הַנִּקְרָא דְּרֹאשׁוֹ יוּ"ד וְסוֹפוֹ יוּ"ד, וְלָכֵן מִנְהַג הָעוֹלָם לִפְעָמִים כְּשֶׁכּוֹתְבִין שֵׁם הֲוָיָ"ה כּוֹתְבִין בִּמְקוֹם הַשֵּׁם שְׁנֵי יודי"ן זוֹ אֵצֶל זוֹ וְנִשְׁאַר בִּיהוּדִי אוֹתִיּוֹת 'הוֹד' כְּסִדְרָן וְהֵם הֵפֶךְ 'דָּוֶה' כִּי עֲבוֹדָה זָרָה נִקְרֵאת דָּוֶה דִּכְתִיב (יְשַׁעְיָה ל, כב) 'תִּזְרֵם כְּמוֹ דָּוֶה' וְזֶה הַכּוֹפֵר בָּהּ זוֹכֶה לְהוֹד הֵפֶךְ דָּוֶה וְדָבֵק בְּשֵׁם הוי"ה וּבְשֵׁם אדנ"י, וְעַל זֶה נִקְרָא 'יְהוּדִי' הַמּוֹדֶה בְּשֵׁם הוי"ה וְכוֹפֵר בַּעֲבוֹדָה זָרָה.
« Et pourquoi l'appelle-t-on yehoudi ? En raison du fait qu'il a renié l'idolâtrie, car tout homme qui renie l'idolâtrie est appelé yehoudi. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, en voici la raison. Les deux youd de Y-ehoud-i, qui en sont la première et la dernière lettre, font allusion à l'entrelacement du Nom de Havaya avec le Nom d'Ado-nai, le Nom qui s'écrit et le Nom qui se prononce, dont l'un commence par un youd et l'autre finit par un youd ; c'est pourquoi l'usage veut que, parfois, en écrivant le Nom, on place à sa place deux youd côte à côte. Restent alors dans yehoudi les lettres hod, dans leur ordre, qui sont l'inverse de dava, la souillure, car l'idolâtrie est appelée dava, ainsi qu'il est écrit « tu les jetteras comme une chose souillée » (Isaie 30,22). Celui qui la renie mérite le hod, l'inverse de dava, et s'attache au Nom de Havaya et au Nom d'Ado-nai. C'est à ce titre qu'est appelé yehoudi celui qui reconnaît le Nom de Havaya et renie l'idolâtrie.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan propose une lecture concurrente de celle de la fin de 12b. Mordekhai descend d'une seule tribu, Binyamin ; le mot yehoudi fonctionne alors comme un titre et non comme une indication de tribu.

La preuve vient de Daniel : Hanania, Michaël et Azaria y sont appelés yehoudain alors que le traité Sanhédrin établit qu'ils n'appartenaient pas à Yehouda. Rachi montre que le verset lui-même donne le motif du titre, puisqu'il se poursuit par « ils ne servent pas tes dieux ».

3
רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן פַּזִּי, כִּי הֲוָה פָּתַח בְּדִבְרֵי הַיָּמִים, אֲמַר הָכִי: כָּל דְּבָרֶיךָ אֶחָד הֵם, וְאָנוּ יוֹדְעִין לְדָורְשָׁן. ״וְאִשְׁתּוֹ הַיְהֻודִיָּה יָלְדָה אֶת יֶרֶד אֲבִי גְדוֹר וְאֶת חֶבֶר אֲבִי שׂוֹכוֹ וְאֶת יְקוּתִיאֵל אֲבִי זָנוֹחַ וְאֵלֶּה בְּנֵי בִּתְיָה בַת פַּרְעֹה אֲשֶׁר לָקַח מָרֶד״.

Rabbi Chimon ben Pazi, lorsqu'il ouvrait un enseignement sur Divrei Hayamim (les Chroniques), disait ainsi : toutes tes paroles sont une seule, et nous savons les interpréter. « Et sa femme Hayehoudiya enfanta Yered père de Guedor, et Hever père de Sokho, et Yekoutiel père de Zanoah ; et voici les fils de Bitya fille de Pharaon, que prit Mered » (I Chroniques 4,18).

📜 Rachi (3)
כָּל דְּבָרֶיךָ אֶחָד הֵן כְּנֶגֶד הַסֵּפֶר הָיָה אוֹמֵר כָּל דְּבָרֶיךָ דִּבְרֵי הַיָּמִים אַחַת הֵן הַרְבֵּה שֵׁמוֹת אַתָּה מַזְכִּיר פְּלוֹנִי וּפְלוֹנִי וְכֻולָּן אָדָם אֶחָד הֵן:
toutes tes paroles sont une seule - c'est au livre lui-même qu'il s'adressait : toutes tes paroles, Divrei Hayamim, sont une seule chose ; tu mentionnés de nombreux noms, un tel et un tel, et tous désignent un seul homme.
וְאָנוּ יוֹדְעִין לְדָורְשָׁן ואע"פ שֶׁסָּתַמְתָּ אוֹתָן אָנוּ נוֹתְנִין אֶת לְבֵינוֹ עַד שֶׁאָנוּ יוֹדְעִין לְדָורְשָׁן מִשּׁוּם דְּאָמְרִינַן לְעֵיל כָּל הַכּוֹפֵר בע"ז נִקְרָא יְהוּדִי נְקַט לָהּ הָכָא:
et nous savons les interpréter - bien que tu les aies laissés obscurs, nous y appliquons notre cœur jusqu'à savoir les interpréter. Et si ce passage est rapporté ici, c'est parce qu'on a dit plus haut que tout homme qui renie l'idolâtrie est appelé yehoudi.
וְאִשְׁתּוֹ הַיְּהוּדִיָּה וְגוֹ' וַהֲלֹא בִּתְיָה שְׁמָהּ דְּהָא כְּתִיב בְּסוֹפֵיהּ וְאֵלֶּה בְּנֵי בִּתְיָה:
« et sa femme Hayehoudiya », etc. - or son nom est Bitya, puisqu'il est écrit à la fin du verset « et voici les fils de Bitya ».
💡 Explication

La formule de Rabbi Chimon ben Pazi est une déclaration de méthode sur le livre des Chroniques : un même personnage y porte plusieurs noms, si bien que la lecture littérale multiplie artificiellement les individus. Toutes tes paroles sont une seule signifie que la multiplicité des noms se ramène à l'unité des personnes.

Le verset choisi en est l'exemple extrême, et Rachi signale le fil qui le rattache à ce qui précède : on y trouve une femme appelée Hayehoudiya dont le verset révèle ensuite qu'elle est la fille de Pharaon.

4
אַמַּאי קָרֵי לָהּ ״יְהוּדִיָּה״ — עַל שׁוּם שֶׁכָּפְרָה בַּעֲבוֹדָה זָרָה, דִּכְתִיב: ״וַתֵּרֶד בַּת פַּרְעֹה לִרְחֹוץ עַל הַיְאֹור״, וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שֶׁיָּרְדָה לִרְחוֹץ מִגִּילּוּלֵי בֵּית אָבִיהָ.

Pourquoi l'appelle-t-on « Hayehoudiya » ? En raison du fait qu'elle a renié l'idolâtrie, ainsi qu'il est écrit : « et la fille de Pharaon descendit se laver au fleuve » (Exode 2,5), et Rabbi Yo'hanan a dit : elle descendit se laver des idoles de la maison de son père.

📜 Rachi (1)
לִרְחֹוץ לִטְבֹּול (לְשׁוֹן) גֵּירוּת:
se laver - s'immerger, au sens d'une conversion.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(שְׁמוֹת ב, ה) 'וַתֵּרֶד בַּת פַּרְעֹה לִרְחֹץ עַל הַיְּאֹר' וְאָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שֶׁיָּרְדָה לִרְחֹץ מִגִּלּוּלֵי בֵּית אָבִיהָ. נִרְאֶה הַכַּוָּנָה כִּי אָבִיהָ הָיָה אוֹמֵר 'לִי יְאֹרֵי וַאֲנִי עֲשִׂיתִנִי' (יְחֶזְקֵאל כט, ג) , וְזֶהוּ דְּאָמַר 'עַל הַיְּאֹר' זֶה גִּלּוּלֵי בֵּית אָבִיהָ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד 'יָאֵר' כְּתִיב בְּלֹא וָא"ו וְאוֹתִיּוֹת הַסְּמוּכִים לְיָאֹר הֵם אוֹתִיּוֹת 'כֶּבֶשׂ' שֶׁהָיָה גִּלּוּלֵי בֵּית אָבִיהָ, שֶׁהַמִּצְרִיִּים עוֹבְדִין לַטָּלֶה שֶׁהוּא כֶּבֶשׂ וְלָזֶה דִּיֵּיק מִן הַקְּרָא דִּכְתִיב 'עַל הַיְּאֹר' רוֹצֶה לוֹמַר סָמוּךְ כְּמוֹ (בַּמִּדְבָּר ב, כ) 'וְעָלָיו מַטֵּה מְנַשֶּׁה'.
« Et la fille de Pharaon descendit se laver au fleuve » et Rabbi Yo'hanan a dit : elle descendit se laver des idoles de la maison de son père. L'intention semble être celle-ci : son père disait « à moi mon fleuve, et je me suis fait moi-même » (Ezechiel 29,3) ; c'est pourquoi le texte dit « au fleuve », ce qui désigne les idoles de la maison de son père. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que yeor est écrit sans vav, et que les lettres qui suivent immédiatement celles de yeor - youd, alef, rech - sont kaf, bet, chin, soit kevess, l'agneau, qui était l'idole de la maison de son père, les Égyptiens servant l'agneau. Le verset le suggère en disant al hayeor, terme de proximité, comme dans « et près de lui la tribu de Menache » (Nombres 2,20).
💡 Explication

La règle énoncée pour Mordekhai s'applique ici à une non-Juive de naissance : la fille de Pharaon reçoit le titre de Hayehoudiya pour le même motif, le reniement des idoles. Rachi précise la portée du bain : une immersion de conversion.

5
״יָלְדָה״? וְהָא רִבּוּיֵי רְבִיתֵיהּ! לוֹמַר לְךָ שֶׁכָּל הַמְגַדֵּל יָתוֹם וִיתוֹמָה בְּתוֹךְ בֵּיתוֹ — מַעֲלֶה עָלָיו הַכָּתוּב כְּאִילּוּ יְלָדוֹ.

« Elle enfanta » ? Mais elle n'a fait que l'élever !

Cela vient t'enseigner que tout homme qui élève chez lui un orphelin ou une orpheline, l'Écriture le lui compte comme s'il l'avait enfanté.

💡 Explication

La Guemara admet désormais que les noms du verset désignent Moché. Une difficulté surgit aussitôt : Bitya l'a recueilli et élevé, et le verset écrit pourtant qu'elle l'a enfanté.

La réponse transforme la difficulté en enseignement : l'Écriture emploie le verbe d'enfantement pour qualifier l'éducation d'un orphelin. Le principe déborde le contexte et devient une règle générale.

6
״יָרַד״ זֶה מֹשֶׁה, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ ״יָרַד״? שֶׁיָּרַד לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל מָן בְּיָמָיו. ״גְּדוֹר״ — שֶׁגָּדַר פִּרְצוֹתֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל. ״חָבֵר״ — שֶׁחִיבֵּר אֶת יִשְׂרָאֵל לַאֲבִיהֶן שֶׁבַּשָּׁמַיִם. ״סוֹכוֹ״ — שֶׁנַּעֲשָׂה לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל כְּסֻוכָּה. ״יְקוּתִיאֵל״ — שֶׁקִּוּוּ יִשְׂרָאֵל לָאֵל בְּיָמָיו. ״זָנוּחַ״ — שֶׁהִזְנִיחַ עֲוֹנוֹתֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל.

« Yered », c'est Moché. Et pourquoi fut-il appelé « Yered » ?

Parce que la manne descendit (yarad) pour Israël de son temps. « Guedor » - parce qu'il a fermé (gadar) les brèches d'Israël.

« Hever » - parce qu'il a rattaché (hiber) Israël à leur Père qui est au ciel. « Sokho » - parce qu'il fut pour Israël comme une souka, un abri.

« Yekoutiel » - parce qu'Israël a espéré en D.ieu (kivou laEl) de son temps.

« Zanoah » - parce qu'il a fait écarter (hizniah) les fautes d'Israël.

🪔 Ben Yehoyada (2)
גְּדוֹר - שֶׁגָּדַר פִּרְצוֹתֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל. נִרְאֶה לִי בס"ד יָדוּעַ בְּחֵטְא הָעֵגֶל פְּגָמוֹ בְּדָלֶ"ת דְּ'אֶחָד' (דְּבָרִים ו, ד) וְעָשׂוּ אוֹתוֹ רֵי"שׁ ח"ו, וּכְמוֹ שֶׁכָּתְבוּ הַמְפָרְשִׁים זַ"ל עַל פָּסוּק (הוֹשֵׁעַ יב, א) 'סְבָבֻנִי בְכַחַשׁ אֶפְרַיִם וּבְמִרְמָה בֵּית יִשְׂרָאֵל'. וְזֶהוּ עִנְיַן הַפִּרְצָה שֶׁפָּרְצוּ זָוִית הַדָּלֶ"ת וַעֲשָׂאוּהָ כְּמוֹ זָוִית שֶׁל רֵי"שׁ שֶׁהִיא רֵקָנִית וּמֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה כְּשֶׁרְפָא אוֹתָם מֵחֵטְא זֶה גֶּדֶר הַפִּרְצָה הַזֹּאת שֶׁנִּתְמַלֵּאת הַזָּוִית וְנַעֲשָׂה דָּלֶ"ת.
« Guedor - parce qu'il a fermé les brèches d'Israël. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : on sait que par la faute du veau ils ont porte atteinte au dalet du mot ehad (Deutéronome 6,4) et en ont fait, à D.ieu ne plaise, un rech, comme l'ont écrit les commentateurs sur le verset « Efraim m'a entouré de mensonge, et la maison d'Israël de tromperie » (Osée 12,1). Telle est la brèche : ils ont ouvert l'angle du dalet et l'ont rendu semblable à l'angle du rech, qui est vide. Et Moché notre maître, en les guérissant de cette faute, a fermé cette brèche : l'angle s'est rempli à nouveau et la lettre est redevenue un dalet.
חָבֵר - שֶׁחִבֵּר אֶת יִשְׂרָאֵל לַאֲבִיהֶן שֶׁבַּשָּׁמַיִם. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שכתבתיבס"ד בסה"ק 'אַדֶּרֶת אֵלִיָּהוּ' בְּהַפְטָרַת מַסְעֵי בַּפָּסוּק (יִרְמְיָהוּ ב, ה) 'מַה מָּצְאוּ אֲבוֹתֵיכֶם בִּי עָוֶל כִּי רָחֲקוּ מְעַלֵּי', שֶׁיֵּשׁ לְיִשְׂרָאֵל הִתְחַבְּרוּת עִם שֵׁם אֱלֹקִים עַל דֶּרֶךְ הָאָמוּר בַּזֹּוהַר בְּיִרְאָה-אַהֲבָה שֶׁאִם תִּכְתֹּוב שֵׁם יִשְׂרָאֵל וְתִכְתּוֹב תַּחְתָּיו שֵׁם אֱלֹקִים, יִצְטָרֵף 'יָשָׁר' ד יָשָׁר אֶל עַם אוֹתִיּוֹת 'אֵל' דְּשֵׁם אֵל קִים וְיִהְיֶה צֵירוּף 'יִשְׂרָאֵל' וְכֵן יִצְטָרְפוּ אוֹתִיּוֹת 'אֵל' דְּשֵׁם יָשָׁר אֶל עַם אוֹתִיּוֹת ה'ים' דְּשֵׁם אַלֵּק יָם וְיִהְיֶה צֵירוּף 'אֱלֹקִים' וְכָל זֶה דַּוְקָא אִם תִּכְתֹּוב שֵׁם יִשְׂרָאֵל לְמַעְלָה מִשֵּׁם אֱלֹקִים. וְיָדוּעַ שֶׁשֵּׁם אֱלֹקִים נִזְכַּר תְּחִלָּה בִּבְרִיאַת הַשָּׁמַיִם דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית א, א) 'בְּרֵאשִׁית בָּרָא אֱלֹקִים אֶת הַשָּׁמַיִם וְאֶת הָאָרֶץ' וְיָדוּעַ כִּי בַּעֲוֹן הָעֵגֶל פְּגָמוֹ בְּשֵׁם אֱלֹקִים, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּשַׁעַר הַפְּסוּקִים פָּרָשָׁה כִּי תִשָּׂא יְעֻויַּן שָׁם. וְאִם כֵּן לְפִי זֶה כֵּיוָן שֶׁפְּגָמוֹ בְּשֵׁם אֱלֹקִים נִפְרַד חִיבּוּר שֶׁהָיָה לָהֶם בְּשֵׁם אֱלֹקִים, אַךְ מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁתִּיקֵּן הַחֵטְא הֶחֱזִיר לָהֶם הִתְחַבְּרוּת זוֹ כַּאֲשֶׁר הָיְתָה, וְזֶהוּ שֶׁאָמַר שֶׁחִבֵּר אֶת 'יִשְׂרָאֵל' דַּיְיקָא לַאֲבִיהֶן שֶׁבַּשָּׁמַיִם הוּא שֵׁם אֱלֹקִים הַנִּזְכָּר תְּחִילָּה בִּבְרִיאַת הַשָּׁמַיִם. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶּׁאָמַרְתִּי בס"ד בַּפָּסוּק (דְּבָרִים ד, ד) 'וְאַתֶּם הַדְּבֵקִים בַּה' אֱלֹקֵיכֶם חַיִּים כֻּלְּכֶם הַיּוֹם' כִּי כְּלָלוּת הַגּוּף כֻּולּוֹ הוּא רמ"ח אֵיבָרִים וּשְׁסָ"ה גִּידִין, וְשֵׁם 'יִשְׂרָאֵל' [541] עוֹלֶה תקמ"א, וְעִם מִסְפַּר שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִלּוּי יודי"ן שֶׁהוּא ע"ב [72] הֲרֵי תרי"ג [613] כְּנֶגֶד רמ"ח [248] אֵיבָרִים וּשְׁסָ"ה [365] גִּידִים כִּי אוֹתִיּוֹת הַשֵּׁמוֹת הֵם הַחַיּוּת, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַב עַרְבֵי נַחַל זַ"ל עַל פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית ב, יט) ' נֶפֶשׁ חַיָּה הוּא שְׁמוֹ' וְלָזֶה אָמַר וְאַתֶּם יִשְׂרָאֵל הַדְּבֵקִים בָּהּ ' אֱלֹקֵיכֶם , הוּא שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִלּוּי יודי"ן, דְּאָז נִשְׁלַם אֶצְלְכֶם מִסְפַּר תרי"ג, וּלְכָךְ חַיִּים ' כֻּלְּכֶם ' הַיּוֹם כֻּולְּכֶם דַּייְקָא, דְּהַייְנוּ כָּל רמ"ח וּשְׁסָ"ה. וְהִנֵּה נוֹדַע כִּי בְּחֵטְא הָעֵגֶל נִפְרְדוּ מֵהִתְחַבְּרוּתָם בְּשֵׁם הוי"ה שֶׁלֹּא נִשְׁאַר אֶצְלָם דְּבֵקוּת זוֹ, וְכַאֲשֶׁר תִּיקֵּן מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה הַחֵטְא אָז חָזַר וְחִבֵּר אֶת 'יִשְׂרָאֵל' דַּייְקָא לַאֲבִיהֶן שֶׁבַּשָּׁמַיִם הוּא שֵׁם הֲוָיָ"ה בְּמִלּוּי יודי"ן, שֶׁהוּא הַנִּקְרָא אַבָּא כַּנּוֹדָע, וְלָכֵן קוֹרְאוֹ כָּאן אֲבִיהֶן שֶׁבַּשָּׁמַיִם.
« Héver - parce qu'il a rattaché Israël à leur Père qui est au ciel. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce que j'ai écrit dans mon livre Aderet Eliyahou, sur la haftara de Massei, au verset « qu'ont trouvé vos pères en Moi d'injuste, pour qu'ils se soient éloignés de Moi ? » (Jérémie 2,5) : Israël possède un attachement au Nom d'Elokim, selon ce que dit le Zohar au sujet de la crainte et de l'amour. Si tu écris le nom Israël et qu'au-dessous tu écris le Nom d'Elokim, les lettres yachar de Yachar-El se joignent aux lettres El du Nom E-lokim et forment Israël ; de même les lettres El de Yachar-El se joignent aux lettres im du Nom Elok-im et forment Elokim. Tout cela à la condition d'écrire le nom Israël au-dessus du Nom d'Elokim. Or on sait que le Nom d'Elokim est mentionné en premier lors de la création des cieux, ainsi qu'il est écrit « au commencement Elokim créa les cieux et la terre » (Genèse 1,1), et l'on sait que par la faute du veau ils ont porte atteinte au Nom d'Elokim, comme l'écrit notre maître le Ari dans Chaar Hapessoukim sur la paracha Ki Tissa. Dès lors, cette atteinte à rompu l'attachement qu'ils avaient au Nom d'Elokim ; mais Moché notre maître, qui a réparé la faute, leur a rendu cet attachement tel qu'il était. C'est ce que dit le texte : il a rattaché Israël, précisément, à leur Père qui est au ciel, c'est-à-dire le Nom d'Elokim mentionné en premier lors de la création des cieux. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, d'après ce que j'ai dit sur le verset « et vous qui êtes attachés à Hachem votre D.ieu, vous êtes tous vivants aujourd'hui » (Deutéronome 4,4) : l'ensemble du corps compte 248 membres et 365 tendons ; le nom Israël vaut 541, et avec la valeur du Nom de Havaya dans sa plénitude en youd, qui est 72, cela fait 613, ce qui correspond aux 248 membres et aux 365 tendons, car les lettres des Noms sont la vitalité, comme l'écrit le Arvei Nahal sur le verset « tout être vivant, tel est son nom » (Genèse 2,19). C'est pourquoi il est dit : vous qui êtes attachés à Hachem votre D.ieu, c'est-à-dire au Nom de Havaya dans sa plénitude en youd, car alors se complète chez vous le nombre 613, et c'est pourquoi « vous êtes tous vivants aujourd'hui », tous précisément, c'est-à-dire les 248 et les 365. Or on sait que par la faute du veau ils se sont séparés de leur attachement au Nom de Havaya, et que cette adhésion ne leur est plus restée. Lorsque Moché notre maître a réparé la faute, il a de nouveau rattaché Israël, précisément, à leur Père qui est au ciel, c'est-à-dire au Nom de Havaya dans sa plénitude en youd, qui est appelé Abba, le père, comme on le sait ; c'est pourquoi le texte l'appelle ici leur Père qui est au ciel.
💡 Explication

Six noms, six étymologies, un seul homme. Chaque nom du verset est lu comme un verbe de même racine dont Moché est le sujet : il fait descendre la manne, il répare une brèche, il rattache, il abrite, il fait espérer, il écarte la faute.

Le procédé est classique du midrach des noms : le nom devient le résumé d'un acte. Le Ben Yehoyada prolonge deux de ces lectures en les rapportant à la faute du veau d'or, la brèche et le lien rompu étant alors compris comme deux figures de la même réparation.

7
״אָבִי״ ״אָבִי״ ״אָבִי״ — אָב בַּתּוֹרָה, אָב בְּחָכְמָה, אָב בִּנְבִיאוּת.

« Père », « père », « père » - père en Torah, père en sagesse, père en prophétie.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָבִי אֲבִי אָבִי - אָב בַּתּוֹרָה, אָב בְּחָכְמָה, אָב בִּנְבִיאוּת. נִרְאֶה לִי בס"ד אָב בְּחָכְמָה שֶׁזָּכָה לִיסוֹד דְּחָכְמָה, וְלָכֵן זָכָה לִהְיוֹת אָב בַּתּוֹרָה שֶׁנִּיתְּנָה הַתּוֹרָה עַל יָדוֹ שֶׁהִיא יְסוֹד דְּחָכְמָה כַּנּוֹדָע, גַּם עַל יְדֵי כָּךְ זָכָה לִהְיוֹת אָב בִּנְבִיאוּת , כִּי יָדוּעַ דִּנְבוּאָתוֹ הָיְתָה מִיְּסוֹד דְּחָכְמָה שֶׁבְּתוֹךְ ז"א [ זְעֵיר אַנְפִּין ] וּשְׁאָר נְבִיאִים מִן יְסוֹד דְּבִינָה בִּהְיוֹתָהּ תּוֹךְ ז"א כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בְּעֵץ חַיִּים שַׁעַר הַכְּלָלִים פֶּרֶק יוּ"ד יְעֻויַּן שָׁם.
« Père, père, père - père en Torah, père en sagesse, père en prophétie. » Il me semble, avec l'aide du Ciel : père en sagesse, parce qu'il a mérité le yessod de 'hokhma ; c'est pourquoi il a mérité d'être père en Torah, la Torah ayant été donnée par lui, et elle est le yessod de 'hokhma, comme on le sait. Par la même, il a mérité d'être père en prophétie, car on sait que sa prophétie venait du yessod de 'hokhma à l'intérieur de Zeir Anpin, tandis que celle des autres prophètes venait du yessod de bina lorsqu'elle se trouve dans Zeir Anpin, comme il est écrit dans le Ets Haim, Chaar Haklalim, chapitre 10.
💡 Explication

Le verset répète trois fois le mot avi, père de. La Guemara lit ces trois occurrences comme trois domaines de paternité de Moché à l'égard d'Israël plutôt que comme trois filiations distinctes.

8
״וְאֵלֶּה בְּנֵי בִּתְיָה אֲשֶׁר לָקַח מָרֶד״, וְכִי מָרַד שְׁמוֹ? וַהֲלֹא כָּלֵב שְׁמוֹ! אָמַר הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: יָבֹא כָּלֵב שֶׁמָּרַד בַּעֲצַת מְרַגְּלִים, וְיִשָּׂא אֶת בַּת פַּרְעֹה שֶׁמָּרְדָה בְּגִלּוּלֵי בֵּית אָבִיהָ.

« Et voici les fils de Bitya que prit Mered » : son nom était-il donc Mered ? Son nom était Kalev !

Le Saint béni soit-Il a dit : que vienne Kalev, qui s'est révolté (marad) contre le conseil des explorateurs, et qu'il épouse la fille de Pharaon, qui s'est révoltée contre les idoles de la maison de son père.

📜 Rachi (2)
וַהֲלֹא כֶּלֶב שְׁמוֹ שֶׁבְּכָלֵב מִשְׁתַּעֵי קְרָא:
son nom était Kalev - car c'est de Kalev que parle le verset.
הָכִי גָּרְסִינַן וְיִשָּׂא בִּתְיָה שֶׁמָּרְדָה בְּגִילּוּלֵי בֵּית אָבִיהָ וּלְכָךְ נִשְׁתַּנָּה שְׁמָהּ בַּלִּיקּוּחִין הַלָּלוּ:
telle est notre version : « et qu'il épouse Bitya, qui s'est révoltée contre les idoles de la maison de son père » - et c'est pour cela que son nom a changé à l'occasion de ce mariage.
💡 Explication

Même procédé que pour les noms de Moché, applique cette fois à Kalev. Mered désigne l'acte plutôt que l'état civil : la révolte contre le conseil des explorateurs.

L'appariement est exact : un homme qui s'est révolté contre la majorité de sa génération épouse une femme qui s'est révoltée contre la maison de son père. La Guemara lit ce mariage comme un assortiment voulu.

9
״אֲשֶׁר הִגְלָה מִירוּשָׁלַיִם״, אָמַר רָבָא: שֶׁגָּלָה מֵעַצְמוֹ.

« Qui avait été exilé de Jérusalem » (Esther 2,6). Rava a dit : il s'est exilé de lui-même.

📜 Rachi (1)
שֶׁגָּלָה מֵעַצְמוֹ מִדְּלָא כְּתִיב אֲשֶׁר הָיָה מִן הַגּוֹלָה אֲשֶׁר הִגְלְתָה וּכְתִיב אֲשֶׁר הִגְלָה עִם הַגּוֹלָה מַשְׁמַע שֶׁלֹּא הָיָה כִּשְׁאָר יִשְׂרָאֵל שֶׁגָּלוּ עַל כָּרְחָן וְהוּא גָּלָה מֵעַצְמוֹ כְּמוֹ שֶׁעָשָׂה יִרְמְיָהוּ שֶׁגָּלָה מֵעַצְמוֹ עַד שֶׁאָמַר לוֹ הקב"ה לַחֲזֹור:
il s'est exilé de lui-même - puisqu'il n'est pas écrit « qui était parmi les exilés qui furent emmenés », mais « qui fut exilé avec les exilés ». Cela indique qu'il se distinguait du reste d'Israël, emmené malgré lui : lui s'est exilé de lui-même, comme le fit Yirmeya, qui partit en exil de son propre mouvement, jusqu'à ce que le Saint béni soit-Il lui dise de revenir.
🗂️ Tossefot (1)
אֲשֶׁר הִגְלָה שֶׁגָּלָה מֵעַצְמוֹ. וּדְרֵישׁ לֵיהּ מִדְּלָא כְּתִיב הֻוגְלָה:
« Qui avait été exilé » : il s'est exilé de lui-même - et on le déduit de ce qu'il n'est pas écrit hougla, à la forme passive.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ב, ו) 'אֲשֶׁר הִגְלָה מִיְּרוּשָׁלַיִם' אָמַר רָבָא: שֶׁגָּלָה מֵעַצְמוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד לְכָךְ זָכָה שֶׁתִּהְיֶה גְּאֻולַּת יִשְׂרָאֵל עַל יְדֵי מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה, הִיא מֵרְצוֹנוֹ הַטּוֹב שִׁיתֵּף עַצְמוֹ בְּצָרָתָם, לְפִיכָךְ עַל יָדוֹ הָיְתָה גְּאֻולָּתָם מִצָּרָתָם. וְעוֹד יֵשׁ לוֹמַר שֶׁגָּלָה מֵעַצְמוֹ כִּי מִדַּת הַחֶסֶד רְמוּזָה בִּשְׁמוֹ הַטּוֹב כִּי מָרְדְּכַי-מָר דְּרוֹר, וְהַמּוֹר הוּא סוֹד הַחֶסֶד כַּנּוֹדָע.
« Qui avait été exilé de Jérusalem », Rava a dit : il s'est exilé de lui-même. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a mérité par là, mesure pour mesure, que la délivrance d'Israël vienne par lui : puisqu'il s'est associé de son plein gré à leur détresse, c'est par lui que vint leur délivrance de cette détresse. On peut dire encore : il s'est exilé de lui-même parce que l'attribut de 'hessed est évoqué dans son beau nom, Mordekhai se lisant mar dror, la myrrhe pure, et la myrrhe est le secret du 'hessed, comme on le sait.
💡 Explication

La Guemara revient au texte de la meguila et reprend son commentaire verset par verset. La déduction repose sur la forme verbale : le texte emploie une forme active la où l'on attendrait un passif, et Rava en tire que le départ fut volontaire.

Le précédent invoqué par Rachi est celui de Yirmeya. Le portrait de Mordekhai est ainsi posé dès son entrée en scène : un homme qui choisit de partager le sort de sa communauté.

10
״וַיְהִי אֹומֵן אֶת הֲדַסָּה״, קָרֵי לָהּ ״הֲדַסָּה״ וְקָרֵי לָהּ ״אֶסְתֵּר״? תַּנְיָא, רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: אֶסְתֵּר שְׁמָהּ, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ הֲדַסָּה — עַל שֵׁם הַצַּדִּיקִים שֶׁנִּקְרְאוּ הֲדַסִּים. וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״וְהוּא עֹומֵד בֵּין הַהֲדַסִּים״.

« Il éleva Hadassa » (Esther 2,7) : on l'appelle « Hadassa » et on l'appelle « Esther ». Il est enseigné dans une braita : Rabbi Meir dit : Esther était son nom ; et pourquoi fut-elle appelée Hadassa ?

En raison des justes, qui sont appelés hadassim, des myrtes, ainsi qu'il est dit : « et il se tenait parmi les myrtes » (Zacharie 1,8).

📜 Rachi (1)
בֵּין הַהֲדַסִּים אֲשֶׁר בַּמְּצֻולָה בֵּין הַצַּדִּיקִים שֶׁגָּלוּ לְבָבֶל וּבַשְּׁכִינָה מִשְׁתַּעֵי קְרָא:
« parmi les myrtes qui sont dans la profondeur » - parmi les justes exilés à Babel ; et le verset parle de la Chekhina.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶסְתֵּר שְׁמָהּ, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ הֲדַסָּה? עַל שֵׁם הַצַּדִּיקִים שֶׁנִּקְרְאוּ הֲדַסִּים. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם שֶׁנִּקְרְאוּ הֲדַס כִּי עִיקַּר יְשִׁיבַת הַצַּדִּיקִים וּמִשֶּׁכַּנָּם הוּא בְּגַן עֵדֶן, שֶׁשָּׁם אֵין הֲנָאַת אֲכִילָה וּשְׁתִיָּה בַּפֶּה אֶלָּא הֲנָאָתָם בְּרֵיחַ הַטּוֹב שֶׁבְּגַן עֵדֶן שֶׁשָּׁם נִזּוֹנִין בְּרֵיחַ דַּוְקָא, וְיָדוּעַ דַּהֲדַס אֵין בּוֹ אֶלָּא רַק הֲנָאָה שֶׁל רֵיחַ טוֹב. גַּם הֲדַס [69] גֵּימַטְרְיָא חַיִּים [68] עִם הַכּוֹלֵל כִּי הוּא וְהַנִּכְלָל עִמּוֹ כֻּולָּם בְּגֶדֶר הַחַיִּים. וּבְנִי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב נר"ו פֵּירֵשׁ הַהֲדַס הֶחָשׁוּב הוּא מְשֻׁולָּשׁ וְהַצַּדִּיקִים שְׁלֵמִים בְּמַחְשָׁבָה וְדִבּוּר וּמַעֲשֶׂה עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Esther était son nom ; et pourquoi fut-elle appelée Hadassa ? En raison des justes, qui sont appelés hadassim. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que voici la raison pour laquelle les justes sont appelés myrtes : leur séjour et leur demeure se trouvent au Gan Éden, où le plaisir tient au parfum plutôt qu'à la nourriture et à la boisson prises par la bouche, car ils s'y nourrissent précisément de l'odeur ; or le myrte n'a d'autre agrément que celui de son parfum. De plus, hadass vaut 69, soit la valeur de haïm, la vie, qui est 68, avec l'unité du mot, car le myrte et ce qui est compté avec lui relèvent tous du domaine de la vie. Et mon fils bien-aimé Rabbi Yaakov a expliqué : le myrte de qualité est triple, et les justes sont entiers dans la pensée, la parole et l'action - telles sont ses paroles.
💡 Explication

Le verset donne deux noms à la même personne, ce qui ouvre une mahloket de Tanaim : lequel est le nom propre, lequel est la qualification ? Rabbi Meir tient Esther pour le nom et fait de Hadassa une désignation empruntée aux justes.

La preuve vient de Zacharie, où les myrtes désignent les justes exilés à Babel. Esther reçoit donc dans cette lecture un nom qui la range parmi eux.

11
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: הֲדַסָּה שְׁמָהּ, וְלָמָּה נִקְרֵאת שְׁמָהּ אֶסְתֵּר? עַל שֵׁם שֶׁהָיְתָה מַסְתֶּרֶת דְּבָרֶיהָ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אֵין אֶסְתֵּר מַגֶּדֶת אֶת עַמָּהּ וְגוֹ׳״.

Rabbi Yehouda dit : Hadassa était son nom ; et pourquoi fut-elle appelée Esther ? En raison du fait qu'elle dissimulait (masteret) ses paroles, ainsi qu'il est dit : « Esther ne révélait rien de son peuple, etc. » (Esther 2,20).

💡 Explication

Rabbi Yehouda inverse la position de Rabbi Meir : Hadassa est le nom, et Esther vient de la racine sater, cacher. Le nom devient la description de sa conduite pendant tout le chapitre 2, le silence garde sur son origine.

12
רַבִּי נְחֶמְיָה אוֹמֵר: הֲדַסָּה שְׁמָהּ, וְלָמָּה נִקְרֵאת אֶסְתֵּר? שֶׁהָיוּ אֻומּוֹת הָעוֹלָם קוֹרִין אוֹתָהּ עַל שׁוּם אִסְתַּהַר. בֶּן עַזַּאי אוֹמֵר: אֶסְתֵּר, לֹא אֲרֻוכָּה וְלֹא קְצָרָה הָיְתָה, אֶלָּא בֵּינוֹנִית כַּהֲדַסָּה. רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה אָמַר: אֶסְתֵּר — יְרַקְרֹוקֶת הָיְתָה, וְחוּט שֶׁל חֶסֶד מָשׁוּךְ עָלֶיהָ.

Rabbi Nehemia dit : Hadassa était son nom ; et pourquoi fut-elle appelée Esther ? Parce que les nations du monde l'appelaient ainsi d'après Istahar.

Ben Azzai dit : Esther n'était ni grande ni petite, mais de taille moyenne, comme un myrte. Rabbi Yehochoua ben Korha a dit : Esther avait le teint verdâtre, et un fil de grâce était tendu sur elle.

📜 Rachi (3)
אִסְתַּהַר יָרֵחַ יָפָה כַּלְּבָנָה:
Istahar - la lune ; belle comme la lune.
יְרַקְרֹוקֶת הָיְתָה כַּהֲדַסָּה זוֹ:
elle avait le teint verdâtre - comme ce myrte.
אֶלָּא חוּט שֶׁל חֶסֶד מָשׁוּךְ עָלֶיהָ מֵאֵת הקב"ה לְכָךְ נִרְאֵית יָפָה לָאֻומּוֹת וְלַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ:
mais un fil de grâce était tendu sur elle - de la part du Saint béni soit-Il ; c'est pourquoi elle paraissait belle aux nations et à Ahachveroch.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אֶסְתֵּר לֹא אֲרֻכָּה וְלֹא קְצָרָה הָיְתָה אֶלָּא בֵּינוֹנִית כַּהֲדַסָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד לָכֵן יָמִים טוֹבִים שֶׁל הַפּוּרִים שֶׁנִּיתְּנוּ עַל יָדָהּ אֵינָם אֲרֻוכִּים כְּחַג הַסֻּוכּוֹת וְחַג הַמַּצּוֹת שֶׁהֵם שִׁבְעָה יָמִים, וְאֵינָם קְצָרִים כְּחַג הַשָּׁבוּעוֹת, וּשְׁמִינִי עֲצֶרֶת שֶׁהֵם יוֹם אֶחָד מִן הַתּוֹרָה אֶלָּא בֵּינוֹנִים שֶׁהֵם שְׁנֵי יָמִים י"ד וט"ו.
« Esther n'était ni grande ni petite, mais de taille moyenne, comme un myrte. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour cette raison que les jours de fête de Pourim, qui furent donnés par elle, n'ont pas la longueur de la fête de Souccot et de la fête des Matsot, qui durent sept jours, ni la brièveté de la fête de Chavouot et de Chemini Atseret, qui ne durent qu'un jour selon la Torah : ils sont moyens et durent deux jours, le 14 et le 15.
אֶסְתֵּר יְרַקְרֶקֶת הָיְתָה, וְחוּט שֶׁל חֶסֶד מָשׁוּךְ עָלֶיהָ. פֵּירוּשׁ הַיֹּופִי וְהַלֹּובֶן שֶׁלָּהּ יֵשׁ בּוֹ זַהֲרִירוּת נוֹטָה לְגָווֶן הַיָּרָק, וְזֶה הַזְהָרִירוּת עוֹשָׂה לָהּ חֵן יוֹתֵר בְּעֵינֵי רֹואֶיהָ שֶׁיִּהְיֶה הַיֹּופִי הַזֶּה נֶחְמָד לְמַרְאֵה עֵינַיִם, וְזַהֲרִירוּת כָּזוֹ נִמְצֵאת בַּאֲבָנִים טוֹבוֹת שֶׁקּוֹרִין אלמא'ס וְהוּא יְקַר הָעֵרֶךְ שֶׁאֵינוֹ מָצוּי אֶלָּא מְעַט בָּעוֹלָם. וְזֶהוּ פְּשׁוּטָן שֶׁל דְּבָרִים, אַךְ נִרְאֶה לִי בס"ד דְּרַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה רָמַז בָּזֶה עִנְיָן יָקָר כִּי 'יָרָק' [310] הוּא מִסְפַּר 'שַׁי' שֶׁהוּא חֲצִי 'כֶּתֶר' [620] וְהִיא הָיָה לָהּ הֶאָרַת כֶּתֶר שָׁלֵם שֶׁהוּא יָרָק כִּפְלַיִם, וְזֶהוּ יְרַקְרֶקֶת רוֹצֶה לוֹמַר יָרָק כָּפוּל שֶׁהוּא ב' פְּעָמִים 'שַׁי' וְלָכֵן חוּט שֶׁל חֶסֶד מָשׁוּךְ עָלֶיהָ , פֵּירוּשׁ קַו יָמִין שֶׁל הָעֶשֶׂר סְפִירוֹת שֶׁהוּא חֶסֶד וְהוּא חח"ן שֶׁהֵם חָכְמָה חֶסֶד נֶצַח, וְלָכֵן 'וַתְּהִי אֶסְתֵּר נֹשֵׂאת חֵן בְּעֵינֵי כָּל רְאָיָה' (אֶסְתֵּר ב, טו) שֶׁהָיָה לָהּ חֵן כָּפוּל בְּעַיִן הַחוּשִׁית וּבְעַיִן הַשִּׂכְלִית, וְהַיְינוּ תְּצָרֵף ח"ח שֶׁל חח"ן עִם נוּ"ן שֶׁל חח"ן פַּעֲמַייִם יִהְיֶה מִזֶּה חֵן חֵן. וְלָכֵן נִקְרֵאת הֲדַס כִּי הַחוּט שֶׁל חֶסֶד שֶׁהוּא קַו יָמִין שֶׁהוּא חח"ן מִסְפָּרָם עִם כּוֹלֵל ג' אוֹתִיּוֹת הוּא עוֹלֶה מִסְפַּר הֲדַס [69] וְלָכֵן נִקְרֵאת הֲדַסָּה עַל שֵׁם הַהֲדַס.
« Esther avait le teint verdâtre, et un fil de grâce était tendu sur elle. » Explication : sa beauté et sa blancheur avaient un éclat tirant sur le vert, et cet éclat lui donnait davantage de charme aux yeux de ceux qui la voyaient, de sorte que cette beauté était agréable à regarder. Un tel éclat se trouve dans les pierres précieuses qu'on appelle almas, pierre de grand prix et rare en ce monde. Tel est le sens simple des choses. Mais il me semble, avec l'aide du Ciel, que Rabbi Yehochoua ben Korha a fait allusion ici à une chose précieuse : yarok vaut 310, soit chai, la moitié de keter qui vaut 620 ; or elle bénéficiait de l'illumination d'un keter entier, soit un yarok double. C'est le sens de yerakroket, un vert redoublé, deux fois 310. C'est pourquoi un fil de 'hessed était tendu sur elle, c'est-à-dire la ligne de droite des dix sefirot, qui est 'hessed et qu'on désigne par hahan - 'hokhma, 'hessed, netsa'h. De là : « Esther trouvait grâce aux yeux de tous ceux qui la voyaient » (Esther 2,15), car elle avait une double grâce, dans l'œil des sens et dans l'œil de l'intellect ; joins les deux het de hahan avec le noun de hahan, deux fois, et tu obtiens hen hen. C'est pourquoi elle fut appelée hadass : le fil de 'hessed, ligne de droite qui est hahan, vaut avec l'unité des trois lettres le nombre de hadass, 69 ; c'est pour cela qu'elle fut appelée Hadassa, du nom du myrte.
💡 Explication

Trois positions s'ajoutent. Rabbi Nehemia explique Esther comme un nom donné de l'extérieur, par les nations, d'après le nom de l'astre. Ben Azzai et Rabbi Yehochoua ben Korha expliquent quant à eux Hadassa par une ressemblance physique avec le myrte, l'un par la taille, l'autre par la couleur.

La dernière remarque est importante pour la suite du récit : la beauté d'Esther tient à un fil de grâce venu du Ciel plutôt qu'à son seul aspect. C'est ce fil qui explique les scènes de faveur répétées du chapitre 2.

13
״כִּי אֵין לָהּ אָב וָאֵם״ — ״וּבְמוֹת אָבִיהָ וְאִמָּהּ״ לָמָּה לִי? אָמַר רַב אַחָא: עִיבְרְתָה — מֵת אָבִיהָ, יְלָדַתָּה — מֵתָה אִמָּהּ.

« Car elle n'avait ni père ni mère » : pourquoi alors « et à la mort de son père et de sa mère » ? Rav Aha a dit : lorsqu'elle fut conçue, son père mourut ; lorsqu'elle naquit, sa mère mourut.

📜 Rachi (3)
וּבְמוֹת אָבִיהָ וְאִמָּהּ תּוּ ל"ל מֵאַחַר דִּכְתִיב כִּי אֵין לָהּ אָב וָאֵם אֶלָּא לְלַמְּדֵנוּ שָׁאפֵי' יוֹם אֶחָד לֹא הָיָה לָהּ אָב וְאֵם:
« et à la mort de son père et de sa mère », pourquoi ce surplus ? - puisqu'il est déjà écrit « car elle n'avait ni père ni mère ». C'est donc pour nous enseigner qu'elle n'eut père et mère pas même un seul jour.
בְּשָׁעָה שֶׁנִּתְעַבְּרָה אִמָּהּ מֵת אָבִיהָ נִמְצָא שֶׁלֹּא הָיָה לָהּ אָב מִשָּׁעָה שֶׁנִּרְאֶה לְהַקְרוֹת אָב:
au moment où sa mère la conçut, son père mourut - il se trouve ainsi qu'elle n'eut pas de père dès l'instant où il aurait pu être appelé père.
וּכְשֶׁיְּלָדַתָּה אִמָּהּ מֵתָה וְלֹא נִרְאֵית לִקְרוֹת אִם:
et lorsque sa mère l'enfanta, elle mourut - et elle ne fut pas en mesure d'être appelée mère.
💡 Explication

La difficulté est une redondance : le verset dit déjà qu'elle était orpheline, puis ajoute la mention de la mort de ses parents. Rav Aha tire de ce surplus une précision de chronologie : le père meurt dès la conception, la mère à l'accouchement.

Rachi dégage l'enjeu du raisonnement : le verset veut dire qu'à aucun moment, pas même un jour, elle n'a eu l'un et l'autre.

14
״וּבְמוֹת אָבִיהָ וְאִמָּהּ לְקָחָהּ מָרְדֳּכַי לוֹ לְבַת״, תָּנָא מִשּׁוּם רַבִּי מֵאִיר: אַל תִּקְרֵי ״לְבַת״ אֶלָּא לַבַּיִת. וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״וְלָרָשׁ אֵין כֹּל כִּי אִם כִּבְשָׂה אַחַת קְטַנָּה אֲשֶׁר קָנָה וַיְחַיֶּהָ וַתִּגְדַּל עִמּוֹ וְעִם בָּנָיו יַחְדָּו מִפִּתּוֹ תֹאכַל וּמִכֹּוסוֹ תִשְׁתֶּה וּבְחֵיקוֹ תִשְׁכָּב וַתְּהִי לוֹ כְּבַת״, מִשּׁוּם דִּבְחֵיקוֹ תִשְׁכָּב הֲוָות לֵיהּ (לַבַּת)? אֶלָּא — (לַבַּיִת) הָכִי נָמֵי לַבַּיִת.

« Et à la mort de son père et de sa mère, Mordekhai la prit pour lui comme fille » : il fut enseigné au nom de Rabbi Meir : ne lis pas « lebat », comme fille, mais « lebayit », comme maison. Et ainsi est-il dit : « le pauvre n'avait rien, sinon une petite brebis qu'il avait achetée ; il la faisait vivre, elle grandissait avec lui et avec ses fils ensemble, mangeait de son pain, buvait de sa coupe, couchait sur son sein, et elle était pour lui comme une fille » (II Samuel 12,3).

Parce qu'elle couchait sur son sein, elle lui était « comme une fille » ? Il faut lire là aussi « comme une maison » ; ici de même, « comme une maison ».

📜 Rachi (2)
וְלָרָשׁ אֵין כֹּל בְּאוּרִיָּה מִשְׁתַּעֵי קְרָא:
« le pauvre n'avait rien » - le verset parle d'Ouriya.
כִּבְשָׂה אַחַת בַּת שֶׁבַע:
« une petite brebis » - Bat-Cheva.
💡 Explication

Le procédé est celui du al tikri : sans toucher au texte consonantique, on propose une autre vocalisation, ici bayit au lieu de bat. La conséquence est lourde, puisqu'elle fait d'Esther l'épouse de Mordekhai.

La force de l'argument vient du verset de preuve. Dans la parabole de Natan, la brebis représente Bat-Cheva, épouse d'Ouriya ; le verset la dit couchant sur le sein de son maître, puis « comme une fille » pour lui. Ces deux notations ne tiennent ensemble qu'en lisant le second mot comme bayit.

🖼️ Schéma
Al tikri lebat ela lebayit : la lecture de Rabbi Meir et sa preuve Lecture littérale Mordekhai la prit lebat, comme fille : il l'adopte et l'élève. Lecture de Rabbi Meir Lire lebayit, comme maison : bayit désigne l'épouse. Il la prend pour femme. La preuve : la parabole de Natan à David (II Samuel 12,3) Dans la parabole, le pauvre est Ouriya et la petite brebis est Bat-Cheva : il s'agit donc d'une épouse. Or le verset dit d'elle qu'elle couchait sur son sein, puis qu'elle lui était kevat, comme une fille. Les deux termes ne s'accordent qu'en lisant kebayit, comme une maison. La même lecture vaut pour Esther.
Le al tikri s'appuie sur un second verset où le même mot pose la même difficulté : la brebis de la parabole couche sur le sein d'Ouriya, ce qui interdit de la comprendre comme une fille.
15
״וְאֵת שֶׁבַע הַנְּעָרוֹת וְגוֹ׳״. אָמַר רָבָא: שֶׁהָיְתָה מוֹנָה בָּהֶן יְמֵי שַׁבָּת. ״וַיְשַׁנֶּהָ וְאֶת נַעֲרוֹתֶיהָ וְגוֹ׳״. אָמַר רַב: שֶׁהֶאֱכִילָהּ מַאֲכָל יְהוּדִי.

« Et les sept jeunes filles, etc. » (Esther 2,9) : Rava a dit : elle comptait par elles les jours de la semaine. « Et il la transféra, elle et ses servantes, etc. » : Rav a dit : il lui fit donner de la nourriture juive.

📜 Rachi (1)
שֶׁהָיְתָה מוֹנָה בָּהֶן יְמֵי שַׁבָּת שֶׁהָיְתָה מְשָׁרֶתֶת לָהּ אַחַת בְּאֶחָד בְּשַׁבָּת וְאַחַת בַּשֵּׁנִי בְּשַׁבָּת וְאַחַת בַּשְּׁלִישִׁי בְּשַׁבָּת וְכֵן כֻּולָּן וּכְשֶׁהִגִּיעַ יוֹם שִׁפְחָה שֶׁל שַׁבָּת יוֹדַעַת שֶׁהַיּוֹם שַׁבָּת:
elle comptait par elles les jours de la semaine - l'une la servait le premier jour de la semaine, une autre le deuxième, une autre le troisième, et ainsi de suite ; quand venait le jour de la servante du Chabbat, elle savait que ce jour était Chabbat.
🪔 Ben Yehoyada (2)
(אֶסְתֵּר ב, ט) 'וְאֵת שֶׁבַע הַנְּעָרוֹת הָרְאֻיוֹת לָתֶת לָהּ מִבֵּית הַמֶּלֶךְ' מְלַמֵּד שֶׁהָיְתָה מוֹנָה בָּהֶן שִׁבְעַת יְמֵי שַׁבָּת. נִרְאֶה לִי בס"ד דִּיֵּיק זֶה מִתֵּיבַת לָהּ דְּמַשְׁמַע שֶׁהָיָה בָּהֶם מִנַּיִן שֶׁאֵין בּוֹ צֹורֶךְ אֶלָּא רַק לָהּ, וְזֶהוּ עִנְיַן מִנְיַן שִׁבְעַת יְמֵי שַׁבָּת שֶׁאֵין בּוֹ צֹורֶךְ בְּבֵית אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ אֶלָּא רַק לָהּ בִּלְבַד, וּלְהָכִי נָקֵיט הָרְאִיּוֹת שֶׁיֵּשׁ בָּזֶה מַשְׁמָעוּת לְשׁוֹן רְאִיָּה שֶׁהָיְתָה רוֹאָה בָּהֶם דָּבָר אֶחָד שֶׁצָּרִיךְ לָהּ לִרְאוֹת וְלֵידַע. בְּרַם מַקְשִׁים הֲיִתָּכֵן אֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה ע"ה שֶׁהָיְתָה חַכְמָנִית וּנְבִיאָה תָּחוּשׁ שֶׁמָּא תִּטְעֶה בְּיוֹם שַׁבָּת וְתִתְבַּלְבֵּל, עַד שֶׁהֻוצְרְכָה לַעֲשׂוֹת סִימָן לְעַצְמָהּ בְּנַעֲרוּת? וְנִרְאֶה לִי בס"ד וַדַּאי לֹא הָיְתָה חוֹשֶׁשֶׁת פֶּן תִּטְעֶה וְתִתְבַּלְבֵּל בַּיָּמִים שֶׁלֹּא תֵּדַע אֵיזֶה יוֹם שַׁבָּת, אֶלָּא הֻוצְרְכָה לְסִימָן זֶה שֶׁל הַנְּעָרוֹת, מִפְּנֵי כִּי הַמַּלְכָּה דַּרְכָּהּ לֵישֵׁב בְּהֵיכְלֵהּ, וְלִפְעָמִים יִהְיֶה חֹורֶף וְקוֹר גָּדוֹל שֶׁלֹּא תּוּכַל לָצֵאת מִן חֶדֶר הֵיכְלֵהּ חוּצָה לִרְאוֹת אֲוִיר שֶׁבַּחוּץ, אֶלָּא תִּהְיֶה מֻוכְרַחַת לֵישֵׁב לִפְנַי וְלִפְנִים וְלָכֵן חוֹשֶׁשֶׁת אוּלַי יִהְיֶה בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת וְלֹא תַּרְגִּישׁ וְתָבֹא לִידֵי חִילּוּל שַׁבָּת ח"ו, לָכֵן עָשְׂתָה תַּקָּנָה זוֹ שֶׁל שִׁימּוּשׁ הַנְּעָרוֹת, כְּפִי סֵדֶר שִׁבְעַת יְמֵי הַשָּׁבוּעַ, שֶׁכָּל אַחַת תַּעֲמֹוד בְּיוֹמָהּ לְפָנֶיהָ מִבְּעוֹד יוֹם קֹודֶם בֵּין הַשְּׁמָשׁוֹת, וּבְעֵת שֶׁתָּבֹא הַנַּעֲרָה הַמְיֻוחֶדֶת לְיוֹם שַׁבָּת, וְתַעֲמֹוד לְפָנֶיהָ אָז תֵּדַע כִּי עַתָּה קָרוֹב הוּא לְבֵין הַשְּׁמָשׁוֹת, כִּי הַנְּעָרוֹת הֵם עוֹמְדִים בַּחוּץ וְרוֹאִין הַשֶּׁמֶשׁ, וְכָל אַחַת תָּבֹא סָמוּךְ לִשְׁקִיעַת הַחַמָּה בִּזְמַנָּהּ, וַאֲפִילּוּ בְּיוֹם מְעֻונָּן תּוּכַל לֵידַע.
« Et les sept jeunes filles choisies pour lui être données de la maison du roi » : cela enseigne qu'elle comptait par elles les sept jours de la semaine. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il le déduit du mot « pour lui » (la), qui indique un compte n'ayant d'utilité que pour elle : tel est le compte des sept jours de la semaine, qui n'avait aucune utilité dans la maison d'Ahachveroch en dehors d'elle seule. C'est aussi pour cela que le texte emploie le mot hareouyot, qui évoque la vue, car elle voyait par elles une chose qu'elle avait besoin de voir et de savoir. Mais on objecte : se peut-il qu'Esther la reine, qui était savante et prophétesse, ait craint de se tromper sur le jour du Chabbat au point d'avoir besoin d'un signe pour elle-même au moyen de ces jeunes filles ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'elle ne craignait certes pas de se tromper dans le décompte des jours ; elle avait besoin de ce signe pour une autre raison. La reine a coutume de demeurer dans son palais, et il arrive qu'en hiver, par grand froid, elle ne puisse sortir de sa chambre pour voir le ciel au dehors et soit contrainte de rester tout au fond de ses appartements ; elle craignait alors de ne pas s'apercevoir de l'arrivée du bein hachemachot, l'entre-deux du crépuscule, et d'en venir à profaner le Chabbat, à D.ieu ne plaise. Elle institua donc cet usage du service des jeunes filles selon l'ordre des sept jours de la semaine : chacune se tenait devant elle le jour qui lui revenait, avant le bein hachemachot ; et lorsque venait se tenir devant elle la jeune fille affectée au jour du Chabbat, elle savait que le bein hachemachot approchait, car les jeunes filles se tenaient au dehors et voyaient le soleil, et chacune arrivait près du coucher du soleil, à l'heure qui lui revenait. Ainsi, même un jour couvert, elle pouvait le savoir.
(אֶסְתֵּר ב, ט) 'וְיִשְׁנֶה וְאֶת נַעֲרוֹתֶיהָ', אָמַר רַב: שֶׁהֶאֱכִילָה מַאֲכָל יְהוּדִי. קָשֶׁה וַהֲלֹא אֵין מַגֶּדֶת עִמָּהּ וְאֶת מוֹלַדְתָּהּ (אֶסְתֵּר ב, י) , וַעֲדַייִן לֹא יָדַע שֶׁהִיא יְהוּדִית, וְלָמָּה מַאֲכִילָהּ מַאֲכָל יְהוּדִי שֶׁהוּא מַאֲכָל כָּשֵׁר? וְנִרְאֶה לִי דְּוַדַּאי הֵם יוֹדְעִים שֶׁנִּתְגַּדְּלָה בְּבֵית מָרְדְּכַי כִּי מִבֵּיתוֹ לָקְחוּ אוֹתָהּ, אַךְ אָמְרוּ שֶׁהִיא אֲסוּפִית מִן הַשּׁוּק שֶׁלְּקָחָהּ קְטַנָּה וְלֹא נוֹדַע מֵאֵיזֶה אֻומָּה הִיא, עַל כֵּן הִיא מָצְאָה פִּתְחוֹן פֶּה לוֹמַר לוֹ שֶׁיַּאֲכִילָהּ מַאֲכָל יְהוּדִי, מִפְּנֵי שֶׁהִיא נִתְלַמְּדָה מִקַּטְנוּתָהּ בְּמַאֲכָל זֶה בְּבֵית מָרְדְּכַי, וְאִם תְּשַׁנֶּה מַאֲכָלָהּ לֹא יְעָרֵב לָהּ וְתַכְחִישׁ יָופְיָהּ. אוֹ יוּבָן 'שֶׁהֶאֱכִילָה מַאֲכַל יְהוּדִי' רוֹצֶה לוֹמַר הָיָה לוֹקֵחַ לָהּ בָּשָׂר מִשְּׁחִיטַת יִשְׂרָאֵל בְּאוֹמְרָהּ כִּי זֶה יָפֶה לַגּוּף שֶׁהוּא בָּדוּק מִטַּרְפֻיּוֹת, שֶׁהֵם נַעֲשִׂים עַל יְדֵי חוֹלְאִים, וְעַד עַתָּה יֵשׁ באירופ"א אֲנָשִׁים שֶׁאֵינָם יִשְׂרָאֵל, וְהֵם אֵין אוֹכְלִים בָּשָׂר אֶלָּא רַק מִטְבְּחֵי יִשְׂרָאֵל שֶׁהוּא כָּשֵׁר, וְאוֹמְרִים שֶׁגַּם הַמַּלְכָּה שֶׁל אַנְגַּלְיָז יָרוּם הוֹדָה אֵין אוֹכֶלֶת אֶלָּא רַק בָּשָׂר כָּשֵׁר שֶׁחָתוּם מִן הֶחָכָם שֶׁהוּא כָּשֵׁר.
« Et il la transféra, elle et ses servantes », Rav a dit : il lui fit donner de la nourriture juive. Difficulté : elle ne révélait ni son peuple ni sa naissance, et l'on ne savait pas encore qu'elle était juive ; pourquoi donc lui donner de la nourriture juive, c'est-à-dire cachere ? Il me semble qu'ils savaient assurément qu'elle avait été élevée dans la maison de Mordekhai, puisque c'est de chez lui qu'on l'avait prise ; mais on disait qu'elle était une enfant trouvée sur la place, recueillie toute petite, dont on ignorait la nation. Elle trouva donc là une ouverture pour lui demander de lui donner de la nourriture juive, au motif qu'elle y était habituée depuis son enfance dans la maison de Mordekhai, et qu'un changement de nourriture lui serait désagréable et altérerait sa beauté. On peut comprendre autrement « il lui fit donner de la nourriture juive » : il lui prenait de la viande provenant de l'abattage d'Israël, elle disant que cela convient mieux au corps, cette viande étant vérifiée des trefot, qui proviennent de maladies. Aujourd'hui encore il y a en Europe des personnes qui ne sont pas d'Israël et qui ne mangent de viande que des boucheries d'Israël, parce qu'elle est cachere ; et l'on dit que même la reine d'Angleterre, que sa gloire s'élève, ne mange que de la viande cachere attestée par le rabbin.
💡 Explication

Deux notations du verset reçoivent une explication qui va dans le même sens : Esther continue d'observer la Torah au palais tout en gardant le silence sur son origine. Les sept jeunes filles lui tiennent lieu de calendrier, et le traitement de faveur porte sur la nourriture.

L'argument de Rava tient au nombre sept, qui appelle le cycle de la semaine. Rachi détaille le mécanisme : chaque servante est affectée à un jour fixé, si bien que l'identité de celle qui se présente indique le jour.

16
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: שֶׁהֶאֱכִילָהּ קָדְלֵי דַּחֲזִירֵי.

Et Chemouel a dit : il lui fit manger des nuques de porc.

📜 Rachi (1)
כָּתְלֵי דַּחֲזִירֵי בקונ"וש שְׁמֵינִים וּמִתּוֹךְ אָונְסָהּ לֹא נֶעֶנְשָׁה:
des nuques de porc - en langue vernaculaire bakonos ; elles sont grasses. Et puisqu'elle y était contrainte, elle ne fut pas punie.
🗂️ Tossefot (1)
קָדְלֵי דַּחֲזִירֵי. וח"ו הִיא לֹא הָיְתָה אוֹכֶלֶת:
« Des nuques de porc » - et à D.ieu ne plaise, elle n'en mangeait pas.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּשְׁמוּאֵל אָמַר: שֶׁהֶאֱכִילָהּ קָדְלֵי דַּחֲזִירֵי. פֵּירוּשׁ עֹורֶף שֶׁל הַחֲזִיר שֶׁהָיָה מְעָרֵב אוֹתוֹ לָהּ בְּמַאֲכָל יְהוּדִי, כִּי בְּשַׂר חֲזִיר לְבַדּוֹ מַזִּיק כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הָרַמְבַּ"ם זַ"ל, וְרַק מַנִּיחַ לָהּ מְעַט מִבְּשַׂר הָעֹורֶף בְּתוֹךְ תַּבְשִׁיל מַאֲכָל יְהוּדִי דְּאָמַר רַב, לַעֲשׂוֹת בּוֹ טַעַם טוֹב. וְיִתָּכֵן שֶׁהָיָה שִׁשִּׁים בְּמַאֲכָל יְהוּדִי לְבַטְּלוֹ וּלְכָךְ הָיְתָה אוֹכֶלֶת, וַאֲפִילּוּ אִם לֹא הָיָה שִׁשִּׁים הִנֵּה לְפִי דִּבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בְּעֵץ חַיִּים שַׁעַר קְלִיפַּת נֹוגַהּ פֶּרֶק וָא"ו שֶׁכָּתַב שֶׁהָיְתָה אֶסְתֵּר מִנְחַת שִׁידָּה בִּמְקוֹמָהּ שֶׁמִּזְדַּווֶּגֶת עִם אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, שֶׁהָיְתָה הִיא וּמָרְדְּכַי הַצַּדִּיק ע"ה יוֹדְעִין לְהַשְׁבִּיעַ בְּשֵׁם הַמְפֹורָשׁ שֶׁתִּתְלַבֵּשׁ הַקְּלִיפָּה בִּדְמוּת גּוּף שֶׁלָּהּ, וְתִזְדַּוֵּוג עִם אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ עַייֵּן שָׁם, אֶפְשָׁר גַּם בָּזֶה בְּעֵת אֲכִילָה כְּשֶׁיָּבִיא לָהּ קָדְלֵי דַּחֲזִירֵי, תַּעֲשֶׂה עַל יְדֵי הַשִּׁבְעָה שֶׁהַשִּׁידָּה שֶׁתִּהְיֶה בִּדְמוּתָהּ מַמָּשׁ הִיא תֹּאכַל, וְשׁוּב רָאִיתִי בי"ד דְּכָתַב כֵּן שֶׁהַשִּׁידָּה הָיְתָה אוֹכֶלֶת. מִיהוּ נִרְאֶה לִי בס"ד קָדְלֵי דַּחֲזִירֵי אֵינוֹ רוֹצֶה לוֹמַר בְּשַׂר חֲזִיר, אֶלָּא הָיָה מַאֲכִילָהּ מוֹחָא דְּדָג הַנִּקְרָא שִׁבּוּטָא, כִּי יִתָּכֵן זֶה יוֹעִיל לְיוֹפִי וְעִדּוּן בְּשַׂר הָאָדָם הָרָגִיל בּוֹ וְהַיְינוּ דְּאִיתָא בְּחֻולִּין (חֻולִּין קט:) אָמְרָה יַלְתָּא לְרַב נַחְמָן כֹּל דַּאֲסַר לַן רַחֲמָנָא שְׁרָא לַן כְּוָותֵיהּ אֲסַר לַן דְּמָא שְׁרָא לַן כַּבְדָּא שֶׁהוּא כֻּולּוֹ דָּם קָרוּשׁ וְטַעַם דָּם יֵשׁ לוֹ, אֲסַר לָן נִדָּה שְׁרָא לָן דַּם טֹוהַר אָסַר לָן חֲלֵב בְּהֵמָה שְׁרָא לָן חֵלֶב חַיָּה, אָסַר לָן חֲזִיר שְׁרָא לָן מוֹחָא דְּשִׁבּוּטָא, פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י מוֹחַ שֶׁל דָּג שֶׁשְּׁמוֹ שִׁבּוּטָא טַעְמוֹ כְּטַעַם חֲזִיר יְעֻויַּן שָׁם. וְלָכֵן לָזֶה לְמוֹחָא דְּשִׁבּוּטָא קָרֵי לֵיהּ קָדְלֵי דַּחֲזִירֵי קָדְלֵי רוֹצֶה לוֹמַר עֹורֶף, דְּהַייְנוּ הֵפֶךְ הַחֲזִיר זֶה אָסוּר וְזֶה מֻותָּר אַף עַל גַּב דְּטַעֲמָא חֲדָא אִית לְהוּ.
Et Chemouel a dit : il lui fit manger des nuques de porc. Explication : la nuque du porc, qu'on mélangeait pour elle à de la nourriture juive, car la viande de porc seule est nuisible, comme l'écrit le Rambam ; on lui mettait seulement un peu de la viande de la nuque dans un plat de nourriture juive, celle dont parle Rav, afin de lui donner du goût. Il se peut qu'il y ait eu soixante fois plus de nourriture juive, de sorte que cela était annulé et qu'elle pouvait en manger. Et même s'il n'y avait pas soixante fois plus, selon ce qu'écrit notre maître le Ari dans le Ets Haim, Chaar Klipat Noga chapitre 6, Esther plaçait une chida à sa place lorsqu'il s'unissait à elle, car elle et Mordekhai le juste savaient adjurer par le Nom explicite pour que la klipa revête une forme semblable à son corps et s'unisse à Ahachveroch. Il se peut qu'il en ait été de même au moment du repas : lorsqu'on lui apportait des nuques de porc, elle faisait en sorte, par cette adjuration, que la chida ayant exactement son apparence mange à sa place ; et j'ai vu ensuite dans le Yore Dea qu'il est écrit ainsi, que c'est la chida qui mangeait. Toutefois il me semble, avec l'aide du Ciel, que kadlei dahaziri désigne plutôt la cervelle du poisson appelé chiboutta, dont il se peut qu'elle profite à la beauté et à la délicatesse de la chair de celui qui en consomme régulièrement. C'est ce qui est rapporté dans Houlin (109b) : Yalta dit à Rav Nahman : tout ce que la Torah nous a interdit, elle nous en a permis l'équivalent. Elle nous a interdit le sang et nous a permis le foie, qui est tout entier du sang figé et en a le goût ; elle nous a interdit la nida et nous a permis le sang de pureté ; elle nous a interdit la graisse de l'animal domestique et nous a permis celle de l'animal sauvage ; elle nous a interdit le porc et nous a permis la cervelle du chiboutta. Rachi explique : la cervelle du poisson nommé chiboutta, dont le goût est celui du porc. C'est pourquoi la cervelle du chiboutta est appelée ici kadlei dahaziri : kadlei signifie la nuque, c'est-à-dire l'envers du porc, l'un étant interdit et l'autre permis, bien qu'ils aient un seul et même goût.
💡 Explication

Chemouel prend la même expression du verset en sens inverse de Rav : la faveur consistait à lui servir un mets tenu pour un délice à la cour. Rachi soulève aussitôt la question de la responsabilité et répond par la contrainte, qui exempte de sanction.

Tossefot refuse même cette hypothèse et tient qu'elle s'en abstenait en fait. Le Ben Yehoyada propose pour finir de lire l'expression araméenne comme le nom d'un poisson permis dont le goût rappelle celui du porc.

17
וְרַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: זֵרְעוֹנִים, וְכֵן הוּא אוֹמֵר: ״וַיְהִי הַמֶּלְצַר נֹושֵׂא אֶת פַּת בָּגָם וְנוֹתֵן לָהֶם זֵרְעוֹנִים״.

Et Rabbi Yo'hanan a dit : des graines. Et ainsi est-il dit : « et l'intendant emportait leur mets et leur donnait des graines » (Daniel 1,16).

📜 Rachi (1)
וַיְהִי הַמֶּלְצַר נֹושֵׂא אֶת פַּת בָּגָם וְיַיִן מִשְּׁתֵּיהֶם וְגוֹ' וּכְתִיב בְּהַהוּא עִנְיָנָא וּלְמִקְצָת יָמִים עֲשָׂרָה נִרְאָה מַרְאֵיהֶם טוֹב וּבְרִיאֵי בָּשָׂר וְגוֹ':
« et l'intendant emportait leur mets et le vin de leur boisson », etc. - et il est écrit dans ce même passage : « au bout de dix jours, leur mine parut meilleure et leur chair plus grasse », etc.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan propose la troisième lecture : le régime accordé était un régime de graines, qui écarte la question de la cacherout. Le verset de Daniel sert de précédent exact, puisqu'il décrit un jeune Juif à la cour babylonienne nourri de graines.

Rachi complète la preuve : le même passage précise qu'après dix jours leur apparence s'était améliorée, ce qui rend ce régime compatible avec l'objectif du palais.

🖼️ Schéma
Vayechaneha : en quoi consista la faveur faite à Esther ? Esther 2,9 - il la transféra, elle et ses servantes, au meilleur de la maison des femmes. Trois lectures du verbe. Rav Il lui fit donner de la nourriture juive. La faveur porte sur le cachere : elle peut manger sans problème. Chemouel Il lui fit manger des nuques de porc, tenues pour un délice. Rachi : contrainte, donc pas de sanction. Tossefot : elle s'abstenait. Rabbi Yo'hanan Des graines et des légumes, sans question de cacherout. Preuve : Daniel 1,16, où le régime de graines améliore leur mine. Point commun aux trois : le verset signale un traitement particulier. Le débat porte sur ce qui, dans ce traitement, constituait une faveur du point de vue du palais, et sur ce qu'Esther pouvait en consommer.
Les trois lectures du même mot du verset. Rabbi Yo'hanan choisit l'option qui évite entièrement la difficulté, en s'appuyant sur le précédent de Daniel et de ses compagnons.
18
״שִׁשָּׁה חֳדָשִׁים בְּשֶׁמֶן הַמֹּור״. מַאי ״שֶׁמֶן הַמֹּור״? רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר: סְטָכַת, רַב הוּנָא אָמַר: שֶׁמֶן זַיִת שֶׁלֹּא הֵבִיא שְׁלִישׁ. תַּנְיָא, רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַנְפְּקִינוֹן — שֶׁמֶן זַיִת שֶׁלֹּא הֵבִיא שְׁלִישׁ, וְלָמָּה סָכִין אוֹתוֹ — שֶׁמַּשִּׁיר אֶת הַשֵּׂיעָר וּמְעַדֵּן אֶת הַבָּשָׂר.

« Six mois avec de l'huile de myrrhe » (Esther 2,12). Qu'est-ce que l'« huile de myrrhe » ?

Rabbi Hiya bar Abba a dit : le setakt. Rav Houna a dit : de l'huile d'olives qui n'ont pas atteint le tiers de leur maturité.

Il est enseigné dans une braita : Rabbi Yehouda dit : l'anpikinon, c'est de l'huile d'olives qui n'ont pas atteint le tiers de leur maturité. Et pourquoi s'en enduit-on ?

Parce qu'elle fait tomber le poil et adoucit la chair.

📜 Rachi (2)
אַנְפְּקִינוֹן שֶׁמֶן זַיִת שֶׁלֹּא הֵבִיא שְׁלִישׁ גַּבֵּי מְנָחוֹת תְּנַן אֵין מְבִיאִין אַנְפְּקִינוֹן וְאִם הֵבִיא פָּסוּל וְעָלָה קָאֵי ר' יְהוּדָה וְאָמַר מַהוּ אַנְפְּקִינוֹן:
l'anpikinon, c'est de l'huile d'olives qui n'ont pas atteint le tiers - à propos des offrandes de farine, nous avons appris dans la michna qu'on n'apporte pas d'anpikinon, et que si l'on en a apporté l'offrande est passoul, invalide ; c'est sur cette michna que Rabbi Yehouda intervient pour dire ce qu'est l'anpikinon.
מְעַדֵּן מַצְהִיב:
adoucit - fait briller.
💡 Explication

La Guemara s'arrête sur un détail technique du verset, le produit employé pendant les six premiers mois de préparation. Deux identifications sont proposées : un parfum composé, le setakt, ou une huile tirée d'olives cueillies avant maturité.

Rachi rattache le terme à un autre contexte, celui des offrandes de farine, où cette même huile est déclarée impropre. Le vocabulaire du traité Menahot sert ici à éclairer le vocabulaire de la meguila.

19
״בָּעֶרֶב הִיא בָאָה וּבַבֹּקֶר הִיא שָׁבָה״, אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: מִגְּנוּתוֹ שֶׁל אוֹתוֹ רָשָׁע לָמַדְנוּ שִׁבְחוֹ, שֶׁלֹּא הָיָה מְשַׁמֵּשׁ מִטָּתוֹ בַּיּוֹם.

« Le soir elle venait, et au matin elle s'en retournait » (Esther 2,14). Rabbi Yo'hanan a dit : du blâme de ce mécréant nous avons appris sa louange - il ne s'unissait pas à sa femme de jour.

📜 Rachi (1)
מִגְּנוּתוֹ שֶׁל אוֹתוֹ רָשָׁע גְּנוּתוֹ הוּא זֶה שֶׁהוּא בּוֹעֵל נָשִׁים וּמְשַׁלְּחָן:
du blâme de ce mécréant - son blâme consiste en ceci : il s'unissait aux femmes puis les renvoyait.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִגְּנוּתוֹ שֶׁל אוֹתוֹ רָשָׁע לָמַדְנוּ שִׁבְחוֹ: שֶׁלֹּא הָיָה מְשַׁמֵּשׁ מִטָּתוֹ בַּיּוֹם. נִרְאֶה לִי בס"ד לָא נָחֲתִי רַבָּנָן לְסַפֵּר בְּשִׁבְחוֹ דְּ'לֹא תְּחָנֵּם' כְּתִיב (דְּבָרִים ז, ב) , אֶלָּא הוֹדִיעוּ אוֹתָנוּ דָּבָר זֶה כְּדֵי שֶׁכָּל אִישׁ יִשְׂרָאֵל יִקַּח קַל וָחֹומֶר מֵאוֹתוֹ רָשָׁע שֶׁהָיָה שָׁטוּף בְּזִימָּה וּמֶלֶךְ וְעִם כָּל זֶה לֹא הָיָה מְשַׁמֵּשׁ בַּיּוֹם, וְכָל שֶׁכֵּן שֶׁרָאוּי לְהִזָּהֵר בְּכָךְ כָּל אִישׁ יִשְׂרָאֵל! אַךְ עֲדַיִין יֵשׁ לְהָבִין אֵיךְ אוֹתוֹ רָשָׁע שָׁטוּף בְּזִימָּה נָהַג כֵּן בְּעַצְמוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד נָהַג כֵּן לַהֲנָאָתוֹ, דְּאִם יְשַׁמֵּשׁ כְּתַרְנְגוֹלִים בַּיּוֹם וּבַלַּיְלָה, לֹא יִהְיֶה לוֹ עֲרֵיבוֹת מֵהֲנָאַת תַּשְׁמִישׁ כָּל כָּךְ, כִּי אֵין הֲנָאָה לָאָדָם בִּדְבָרִים אֵלּוּ אֶלָּא רַק עַל יְדֵי הַהֶעְדֵּר, וְלָכֵן עָשָׂה הָעֵדֶר לְעַצְמוֹ בַּיּוֹם כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לוֹ הֲנָאָה יוֹתֵר מִתַּשְׁמִישׁ הַלַּיְלָה. וְעוֹד נִרְאֶה לִי מִן הַשָּׁמַיִם הָיָה דָּבָר זֶה שֶׁעָלָה עַל לִבּוֹ לִנְהֹוג כָּךְ, מִפְּנֵי כִּי אֶסְתֵּר לֹא הָיְתָה הִיא עַצְמָהּ מְשַׁמֶּשֶׁת עִמּוֹ אֶלָּא הָיְתָה מְבִיאָה שִׁידָּה בִּמְקוֹמָהּ, וְגִילּוּי הַשֵּׁדִים בַּלַּיְלָה הוּא טְפֵי מִן הַיּוֹם, כִּי בַּלַּיְלָה דַּרְכָּם לְהִתְגַּלּוֹת.
« Du blâme de ce mécréant nous avons appris sa louange : il ne s'unissait pas à sa femme de jour. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que nos maîtres ne se sont pas abaissés à raconter sa louange, puisqu'il est écrit « tu ne leur accorderas pas de grâce » (Deutéronome 7,2) ; ils nous ont fait connaître cela pour que tout homme d'Israël tire un kal vahomer, un à fortiori, de ce mécréant, qui était plongé dans la débauche et qui était roi, et qui pourtant s'abstenait le jour : à plus forte raison convient-il à tout homme d'Israël d'y prendre garde. Reste à comprendre comment ce mécréant, plongé dans la débauche, s'est conduit ainsi. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il agissait par intérêt : s'il s'était conduit comme les coqs, de jour comme de nuit, il n'aurait plus trouvé autant d'agrément, car l'homme ne trouve de plaisir en ces choses que par la privation ; il se privait donc le jour afin d'avoir davantage de plaisir la nuit. Il me semble encore que cette idée lui vint du Ciel, parce qu'Esther elle-même ne s'unissait pas à lui, une chida venant à sa place, et que les démons se manifestent davantage la nuit que le jour, car c'est la nuit qu'ils ont coutume d'apparaître.
💡 Explication

Le verset décrit la procédure imposée aux jeunes filles amenées au palais, et cette description est en elle-même un blâme. Rabbi Yo'hanan y relève incidemment un point à porter au crédit du roi, tiré de la formule le soir elle venait, et au matin elle s'en retournait.

20
״וַתְּהִי אֶסְתֵּר נֹשֵׂאת חֵן״, אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: מְלַמֵּד שֶׁלְּכָל אֶחָד וְאֶחָד נִדְמְתָה לוֹ כְּאֻומָּתוֹ. ״וַתִּלָּקַח אֶסְתֵּר אֶל הַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ אֶל בֵּית מַלְכוּתוֹ בַּחֹדֶשׁ הָעֲשִׂירִי הוּא חֹדֶשׁ טֵבֵת״, יֶרַח שֶׁנֶּהֱנֶה גּוּף מִן הַגּוּף.

« Et Esther trouvait grâce » (Esther 2,15) : Rabbi Elazar a dit : cela enseigne qu'à chacun elle apparaissait comme étant de sa propre nation. « Et Esther fut prise auprès du roi Ahachveroch, dans sa maison royale, au dixième mois, qui est le mois de Tevet » (Esther 2,16) : le mois où un corps tire plaisir d'un corps.

📜 Rachi (1)
שֶׁהַגּוּף נֶהֱנֶה מִן הַגּוּף מִפְּנֵי הַצִּינָּה וְהֵעִיד לְךָ הַכָּתוּב שֶׁהָיוּ מִתְכַּוְּנִין מִן הַשָּׁמַיִם לְחַבְּבָהּ עַל בַּעְלָהּ:
où le corps tire plaisir du corps - à cause du froid. Et l'Écriture t'a témoigné qu'il y avait là une intention venue du Ciel, pour la rendre chère à son mari.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מְלַמֵּד שֶׁלְּכָל אֶחָד וְאֶחָד נִדְמְתָה לוֹ כְּאֻמָּתוֹ. מַקְשִׁים לְמַאי אִיצְטְרִיךְ נֵס זֶה מֵאַחַר שֶׁהָיָה לָהּ חֵן גָּדוֹל בְּעֵינֵי כָּל אָדָם? וּפֵירֵשׁ בְּנֵי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב נר"ו כְּדֵי שֶׁלֹּא יַעֲשׂוּ לַמֶּלֶךְ הֶכְרֵחַ מִסְּבָרָא לוֹמַר שֶׁהִיא יְהוּדִית, מֵאַחַר שֶׁלְּקָחָהּ מִבֵּיתוֹ שֶׁל מָרְדְּכַי, אֶלָּא אַדְּרַבָּה כָּל אֶחָד מֵרֹואֶיהָ יַעֲשֶׂה הֶכְרֵחַ שֶׁהִיא מֵאֻומָּתוֹ לְפִי הַשְׁעָרַת שִׂכְלוֹ, וְגַם הוֹעִיל נֵס זֶה שֶׁלֹּא יִתְקַנְּאוּ בָּהּ הַשָּׂרִים, אֶלָּא כָּל אֶחָד יֹאמַר אָחוֹת לָנוּ בְּבֵית הַמֶּלֶךְ וְיִרְצֶה בְּקִיּוּמָהּ, עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Cela enseigne qu'à chacun elle apparaissait comme étant de sa propre nation. » On objecte : à quoi bon ce miracle, puisqu'elle avait déjà une grande grâce aux yeux de tout homme ? Mon fils bien-aimé Rabbi Yaakov a expliqué : c'était afin qu'on ne puisse pas conclure devant le roi, par simple raisonnement, qu'elle était juive du fait qu'on l'avait prise de la maison de Mordekhai ; au contraire, chacun de ceux qui la voyaient concluait qu'elle était de sa propre nation, selon son estimation. Ce miracle servit aussi à ce que les ministres ne soient pas jaloux d'elle : chacun disait plutôt « nous avons une sœur dans la maison du roi » et souhaitait son maintien - telles sont ses paroles.
💡 Explication

Deux notations du récit reçoivent une explication providentielle. La grâce universelle d'Esther est comprise comme un phénomène d'apparence variable : chacun croit reconnaître en elle une femme de son propre peuple.

La mention du mois de Tevet, qui semble une simple date, est lue de la même manière : la saison froide favorise l'attachement du roi. Rachi souligne que l'Écriture signale ainsi une intention venue du Ciel.

21
״וַיֶּאֱהַב הַמֶּלֶךְ אֶת אֶסְתֵּר מִכָּל הַנָּשִׁים וַתִּשָּׂא חֵן וָחֶסֶד לְפָנָיו מִכָּל הַבְּתוּלֹות״, אָמַר רַב: בִּיקֵּשׁ לִטְעֹום טַעַם בְּתוּלָה — טַעַם, טַעַם בְּעוֹלָה — טַעַם.

« Et le roi aima Esther plus que toutes les femmes, et elle obtint grâce et faveur devant lui plus que toutes les vierges » (Esther 2,17) : Rav a dit : voulait-il goûter le goût d'une vierge, il le goûtait ; le goût d'une femme déjà mariée, il le goûtait.

📜 Rachi (1)
בִּיקֵּשׁ לִטְעֹום כּוּ' לְכָךְ נֶאֱמַר מִכָּל הַנָּשִׁים וּמִכָּל הַבְּתוּלוֹת:
voulait-il goûter, etc. - c'est pour cela qu'il est dit « plus que toutes les femmes » et « plus que toutes les vierges ».
🪔 Ben Yehoyada (1)
בִּקֵּשׁ לִטְעֹם טַעַם בְּתוּלָה – טַעַם; טַעַם בְּעוּלָה – טַעַם. קָשֶׁה אֵיךְ יַעֲשֶׂה הקב"ה נֵס בְּשִׁינּוּי הַטֶּבַע לַהֲנָאָתוֹ שֶׁל אוֹתוֹ רָשָׁע תָּמִיד בְּכָל עֵת וְעֵת? הֵן אֱמֶת כְּדֵי לְחַבֵּב בָּזֶה אֶת אֶסְתֵּר בְּעֵינָיו, אַךְ רִבּוּי נִסִּים הֵפֶךְ הַטֶּבַע תָּמִיד, אֵין רָאוּי לַעֲשׂוֹת בִּשְׁבִיל תּוֹעֶלֶת קְטַנָּה כָּזוֹ כְּדֵי לְחַבְּבָהּ יוֹתֵר, וְהָא בְּלָאו הָכִי הִיא חֲבִיבָה בְּעֵינָיו מְאֹד וְאֵין צְרִיכָה לְכָךְ! וְנִרְאֶה לִי בס"ד כֵּיוָן דִּלְפִי דִּבְרֵי הַזֹּוהַר וְרַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל הָיְתָה הַשִּׁידָּה מְשַׁמֶּשֶׁת עִמּוֹ אִם כֵּן אֵין בָּזֶה הַשִּׁינּוּי חִידּוּשׁ הֵפֶךְ הַטֶּבַע לְשַׁנּוֹת טַעַם הַבִּיאָה כְּפִי רְצוֹנוֹ, כִּי הַשָּׁד טִבְעוֹ לְהִשְׁתַּנּוֹת בְּכָל רֶגַע כַּאֲשֶׁר יִרְצֶה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ זַ"ל עַל פָּסוּק (בַּמִּדְבָּר יא, ח) 'לְשַׁד הַשֶּׁמֶן'.
« Voulait-il goûter le goût d'une vierge, il le goûtait ; le goût d'une femme déjà mariée, il le goûtait. » Difficulté : comment le Saint béni soit-Il aurait-Il accompli un miracle contraire à la nature, à chaque instant, pour le plaisir de ce mécréant ? Il est vrai que le but était de rendre Esther chère à ses yeux ; mais multiplier sans cesse des miracles contraires à la nature ne convient pas pour un profit aussi mince, d'autant qu'elle lui était déjà très chère sans cela et n'en avait aucun besoin. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que d'après les paroles du Zohar et de notre maître le Ari, c'est une chida qui s'unissait à lui ; dès lors il n'y a là aucune nouveauté contraire à la nature dans le changement du goût de l'union selon sa volonté, car il est dans la nature du démon de changer à chaque instant selon ce qu'il veut, comme l'ont dit nos maîtres sur le verset « comme un goût de lechad hachemen » (Nombres 11,8).
💡 Explication

Rav explique la double formule du verset, qui compare Esther aux femmes et aux vierges. Chacune des deux comparaisons correspond à une expérience distincte, ce que Rachi résume en renvoyant aux deux membres du verset.

22
״וַיַּעַשׂ הַמֶּלֶךְ מִשְׁתֶּה גָדוֹל״. עֲבַד מִשְׁתְּיָא וְלָא גַּלְּיָא לֵיהּ, דַּלִּי כְּרָגָא וְלָא גַּלְּיָא לֵיהּ, שַׁדַּר פַּרְדִּישְׁנֵי וְלָא גַּלְּיָא לֵיהּ.

« Et le roi fit un grand banquet » (Esther 2,18) : il fit un banquet, et elle ne lui révéla rien ; il allégea l'impôt, et elle ne lui révéla rien ; il envoya des présents, et elle ne lui révéla rien.

📜 Rachi (3)
עֲבַד מִשְׁתְּיָא כו' חוֹזֵר לְכַמָּה עִנְיָנִים לְפַייְּסָהּ שֶׁתִּגְלֶה לוֹ מוֹלַדְתָּהּ וְלֹא הוֹעִיל וְסָמוּךְ לָהּ לְהַאי קְרָא וּבְהִקָּבֵץ בְּתוּלוֹת שֵׁנִית וְגוֹ' אֵין אֶסְתֵּר מַגֶּדֶת מוֹלַדְתָּהּ וְאֶת עַמָּהּ וְגוֹ' עֲבַד מִשְׁתְּיָא סְעוּדָה לִכְבוֹדָהּ מַה שֶׁלֹּא עָשָׂה בִּשְׁאָר נָשִׁים:
il fit un banquet, etc. - cela renvoie à plusieurs démarches destinées à l'amadouer pour qu'elle lui révèle sa naissance, sans aucun effet. Et tout près de ce verset il est écrit « lorsque les jeunes filles furent rassemblées une seconde fois, etc. », « Esther ne révélait ni sa naissance ni son peuple, etc. ». « Il fit un banquet » : un festin en son honneur, ce qu'il n'avait pas fait pour les autres femmes.
דְּלִי כְּרָגָא אָמַר בִּשְׁבִיל אֶסְתֵּר אֲנִי מַנִּיחַ לָכֶם מִכַּסֵּי גֻּולְגָּולְתְּכֶם הַייְנוּ וְהַנָּחָה לַמְּדִינוֹת עָשָׂה:
il allégea l'impôt - il dit : en faveur d'Esther, je vous remets la taxe par tête. C'est le sens de « il accorda un allègement aux provinces ».
שֶׁדָּר פַּרְדִּישְׁנֵי דּוֹרוֹנוֹת לַשָּׂרִים בִּשְׁמָהּ וְהַייְנוּ דִּכְתִיב וַיִּתֵּן מַשְׂאֵת כְּיַד הַמֶּלֶךְ:
il envoya des présents - des cadeaux aux ministres en son nom. C'est le sens de « il donna des dons à la mesure du roi ».
💡 Explication

La Guemara lit trois mesures royales successives comme autant de tentatives pour obtenir d'Esther la révélation de son origine. Chacune monte d'un cran : un banquet en son honneur, une remise d'impôt, des présents aux ministres.

Rachi montre que le contexte du verset autorise cette lecture, puisque le passage s'achève sur la constatation qu'Esther ne révélait rien de sa naissance ni de son peuple.

23
״וּבְהִקָּבֵץ בְּתוּלוֹת שֵׁנִית וְגוֹ׳״. אֲזַיל שְׁקַל עֵצָה מִמָּרְדֳּכַי, אָמַר: אֵין אִשָּׁה מִתְקַנְּאָה אֶלָּא בְּיֶרֶךְ חֲבֶירְתָּהּ, וַאֲפִילּוּ הָכִי לָא גַּלְּיָא לֵיהּ, דִּכְתִיב: ״אֵין אֶסְתֵּר מַגֶּדֶת מוֹלַדְתָּהּ וְגוֹ׳״.

« Lorsque les jeunes filles furent rassemblées une seconde fois, etc. » (Esther 2,19) : il alla prendre conseil auprès de Mordekhai, qui lui dit : une femme n'est jalouse que de la cuisse de sa compagne. Et malgré cela elle ne lui révéla rien, ainsi qu'il est écrit : « Esther ne révélait ni sa naissance, etc. » (Esther 2,20).

🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ב, יט) 'וּבְהִקָּבֵץ בְּתוּלוֹת שֵׁנִית וּמָרְדֳּכַי יֹשֵׁב בְּשַׁעַר הַמֶּלֶךְ' אֲזַיל שְׁקַל עֵצָה מִמָּרְדֳּכַי; אָמַר: 'אֵין אִשָּׁה מִתְקַנְּאָה אֶלָּא בְּיֶרֶךְ חֲבִירְתֵּהּ' וַאֲפִלּוּ הָכִי לָא גַּלְּיָא לֵיהּ. קַשָּׁא וַהֲלֹא הוּא צִוָּה עָלֶיהָ שֶׁלֹּא תַּגִּיד, וְאִם כֵּן מַה לוֹ לְלַמְּדוֹ עֵיצָה שֶׁבָּהּ יַפְרִיעַ דְּבָרָיו, דְּמַשְׁמַע הוּא רוֹצֶה שֶׁתַּגִּיד? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּוַדַּאי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ בְּעֵת שֶׁנָּשָׂא אֶת אֶסְתֵּר וּבִקֵּשׁ מִמֶּנָּה שֶׁתַּגִּיד לוֹ מֵאֵיזֶה עָם וְלֹא הִגִּידָה, שָׁאַל מִן מָרְדְּכַי הַצַּדִּיק ע"ה מֵהֵיכָן הִיא זֹאת? יַעַן כִּי מִבֵּיתוֹ נִלְקְחָה וּמָרְדְּכַי הֵשִׁיב לוֹ אֵינִי יוֹדֵעַ כִּי אֲנִי אָסַפְתִּי אוֹתָהּ מִן הַשּׁוּק, אַךְ מֵאַחַר שֶׁהוּא בְּלִבּוֹ חוֹשֵׁב שֶׁאֶסְתֵּר יוֹדַעַת וְאֵינָהּ מוֹדַת וַדַּאי חֲשָׁדוֹ לְמָרְדְּכַי שֶׁגַּם הוּא יוֹדֵעַ, דַּאֲפִילּוּ אִם אֶסְפָה מִן הַשּׁוּק וַדַּאי שָׁאַל אוֹתָהּ בַּת מִי הִיא, וְרַק לוֹ אֵינוֹ מַגִּיד כְּדֵי לַעֲשׂוֹת רְצוֹן אֶסְתֵּר שֶׁאֵין רְצוֹנָהּ לְהַגִּיד. מֶה עָשָׂה אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ? הָלַךְ הוּא בְּעַצְמוֹ אֵצֶל מָרְדְּכַי בְּמָקוֹם שֶׁהוּא יוֹשֵׁב בְּשַׁעַר הַמֶּלֶךְ, וּבִיקֵּשׁ מִמֶּנּוּ עֵיצָה בַּמֶּה יוּכַל לְפַתּוֹת אֶת אֶסְתֵּר שֶׁתַּגִּיד, וּבְדַעְתּוֹ שֶׁיִּחֵד אֶת מָרְדְּכַי בִּשְׁנַיִם, חֲדָא שֶׁהָלַךְ הוּא בִּכְבוֹדוֹ אֶצְלוֹ וְלֹא שָׁלַח אַחֲרָיו וְהַשֵּׁנִית שֶׁעָזַב כָּל חֲכָמָיו וְיוֹעֲצָיו וְלֹא בָּא לִיקַּח עֵיצָה אֶלָּא מִמָּרְדְּכַי, וְחָשַׁב שֶׁבָּזֶה וַדַּאי יַגִּיד לוֹ מַה שֶׁהוּא יוֹדֵעַ כִּי אִי אֶפְשָׁר שֶׁלֹּא יָדַע, וְלָזֶה אָמַר אֲזַל שְׁקַל עֵצָה מִמָּרְדֳּכַי רוֹצֶה לוֹמַר לֹא שָׁלַח אַחֲרָיו אֶלָּא אֲזַל לְוָותֵיהּ, וְעוֹד לָא שָׁקַל עֵיצָה אֶלָּא מִינֵּיהּ בִּלְבַד וְלָא שָׁקַל עֵיצָה מִיּוֹעֲצָיו. וּכְשֶׁרָאָה מָרְדְּכַי חַנֵּיפָה זוֹ שֶׁעָשָׂה לוֹ, אָמַר בְּלִבּוֹ אִם עַתָּה לֹא אַגִּיד לוֹ עַל אֶסְתֵּר מֵהֵיכָן הִיא, יֶחֱרֶה אַפּוֹ וְיִתְכַּעֵס לוֹמַר כָּל הַכָּבוֹד הַזֶּה עָשִׂיתִי לוֹ וְעוֹדֶנּוּ עוֹמֵד בְּמִרְדּוֹ לַעֲשׂוֹת רְצוֹן אֶסְתֵּר שֶׁלֹּא יַגִּיד לִי מֵהֵיכָן הִיא! לְכָךְ נִתְחַכֵּם לָתֵת לוֹ עֵיצָה זוֹ שֶׁהִיא נֶגְדִּיית לְאֶסְתֵּר, בְּאוֹמְרוֹ שֶׁיִּקַּח אַחֶרֶת עָלֶיהָ, כִּי עַתָּה יֹאמַר אִם בֶּאֱמֶת הוּא אוֹהֵב אֶת אֶסְתֵּר וּבְעִבּוּרָהּ מַעֲלִים מִמֶּנִּי מוֹלַדְתָּהּ וְעַמָּהּ, אֵיךְ יִתָּכֵן שֶׁיִּתֵּן לִי עֵיצָה זוֹ שֶׁהִיא מָרָה לָהּ, אֶלָּא וַדַּאי כִּנִּים דְּבָרָיו שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ עִמָּהּ וּמוֹלַדְתָּהּ, וּבֶאֱמֶת מָרְדְּכַי יָדַע דַּאֲפִילּוּ אִם יָבִיא נָשִׁים אֲחֵרוֹת אֶסְתֵּר לֹא תַּגִּיד, וְאַדְּרַבָּה מִזֶּה יִהְיֶה תִּפְאֶרֶת וְחֵן לְאֶסְתֵּר כִּי נִיסָה לְהָבִיא נָשִׁים אֲחֵרוֹת וְלֹא יָשְׁרוּ בְּעֵינָיו.
« Lorsque les jeunes filles furent rassemblées une seconde fois, et Mordekhai siégeait à la porte du roi » : il alla prendre conseil auprès de Mordekhai, qui lui dit : une femme n'est jalouse que de la cuisse de sa compagne ; et malgré cela elle ne lui révéla rien. Difficulté : c'est Mordekhai lui-même qui lui avait ordonné de se taire ; pourquoi donc enseigner au roi un conseil qui contrarie ses propres instructions, comme s'il souhaitait qu'elle parle ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que lorsque Ahachveroch épousa Esther et lui demanda de quel peuple elle était sans qu'elle le lui dise, il demanda à Mordekhai le juste d'où elle venait, puisque c'est de sa maison qu'on l'avait prise. Mordekhai lui répondit : je l'ignore, car je l'ai recueillie sur la place. Mais comme le roi pensait en son cœur qu'Esther le savait et ne l'avouait pas, il soupçonna assurément Mordekhai de le savoir également : même s'il l'avait recueillie sur la place, il lui avait certainement demandé de qui elle était fille, et s'il se taisait, c'était pour faire la volonté d'Esther, qui ne voulait rien dire. Que fit Ahachveroch ? Il alla lui-même trouver Mordekhai à l'endroit où il siégeait, à la porte du roi, et lui demanda conseil sur le moyen d'amener Esther à parler. Son idée était de gagner Mordekhai de deux façons : d'abord en se rendant lui-même auprès de lui au lieu de le faire chercher, ensuite en délaissant tous ses sages et ses conseillers pour ne prendre conseil que de Mordekhai. Il pensait qu'ainsi celui-ci lui dirait ce qu'il savait, car il était impossible qu'il l'ignorât. C'est le sens de « il alla prendre conseil auprès de Mordekhai » : il se rendit lui-même auprès de lui au lieu de l'envoyer chercher, et il prit conseil de lui seul, à l'exclusion de ses conseillers. Voyant cette flatterie à son égard, Mordekhai se dit en lui-même : si maintenant je ne lui dis rien sur l'origine d'Esther, sa colère s'enflammera et il s'irritera en disant : tout cet honneur, je le lui ai fait, et il persiste dans sa rébellion pour faire la volonté d'Esther et ne rien me dire ! Il eut donc l'habileté de lui donner ce conseil qui allait contre Esther, en lui disant de prendre une autre femme en plus d'elle. Car le roi se dirait alors : s'il aimait vraiment Esther et me cachait pour elle sa naissance et son peuple, comment aurait-il pu me donner un conseil aussi amer pour elle ? Ses paroles sont donc assurément sincères, et il ignore son peuple et sa naissance. En vérité, Mordekhai savait que même si le roi faisait venir d'autres femmes, Esther ne dirait rien, et qu'au contraire il en résulterait pour elle gloire et grâce, car il essaya de faire venir d'autres femmes et elles ne lui plurent pas.
💡 Explication

Le verset situe Mordekhai à la porte du roi au moment du second rassemblement des jeunes filles ; la Guemara relie les deux faits et fait de ce rassemblement le résultat d'un conseil donné par Mordekhai.

Le conseil repose sur un ressort psychologique : la rivalité ferait parler celle que les honneurs ont laissée muette. Le silence d'Esther résiste pourtant à cette quatrième tentative, et le verset le constate.

🖼️ Schéma
Quatre tentatives d'Ahachveroch pour faire parler Esther 1. Le banquet Un festin en son honneur, sans équivalent pour les autres. 2. L'impôt Remise de la taxe par tête aux provinces, en son nom. 3. Les présents Des dons aux ministres, à la mesure du roi. 4. Les rivales Second rassemblement de jeunes filles. échec échec échec échec D'où vient la quatrième tentative ? Le roi va prendre conseil auprès de Mordekhai, qui lui dit : une femme n'est jalouse que de la cuisse de sa compagne. Résultat Esther garde le silence : « Esther ne révélait ni sa naissance ni son peuple » (Esther 2,20). Le nom Esther tient sa parole.
La quatrième tentative vient d'un conseil de Mordekhai lui-même, ce qui fait la difficulté que relève le Ben Yehoyada : celui qui a ordonné le silence indique au roi le moyen de le briser.
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אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר, מַאי דִכְתִיב:

Rabbi Elazar a dit : que signifie ce qui est écrit :

💡 Explication

Le folio s'interrompt à l'ouverture d'un nouvel enseignement de Rabbi Elazar ; la citation du verset et son explication se lisent au début de 13b.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).