Megillah 13b — La chaîne de la tsniout de Rachel à Esther, la conduite d'Esther au palais, le complot de Bigtan et Térèch, et le remède créé avant la plaie : l'ascension de Haman et son plaidoyer devant Ahachveroch

Megillah 13b

Sougya : Le folio s'ouvre sur le verset d'Iyov « Il ne détourne pas ses yeux du juste », lu comme le récit d'une récompense transmise : la retenue de Rachel, qui remet à Léa les simanim convenus avec Yaakov, lui vaut de faire sortir d'elle Chaoul ; la retenue de Chaoul, qui tait à son oncle la parole de royauté de Chmouel, lui vaut de faire sortir de lui Esther. Rabbi Elazar en tire une règle générale sur la grandeur accordée aux descendants et sur son retrait en cas d'orgueil.

La suite décrit la conduite d'Esther au palais : elle montre son sang aux Sages et se trempe avant de retourner auprès de Mordekhai. Vient ensuite le complot de Bigtan et Terech, deux gardes tarsiens qui parlent leur langue devant un membre du Sanhédrin connaissant les soixante-dix langues ; leur répartition des postes de garde fournira la preuve du complot.

Rava lit l'élévation de Haman comme la suite immédiate de cet épisode : le Saint béni soit-Il avait déjà créé le remède avant la plaie, et Rech Lakich en fait une règle qui distingue Israël des nations. Le folio se poursuit par le sort tombé sur Adar, mois de la mort de Moche et aussi de sa naissance, puis par le plaidoyer de Haman devant Ahachveroch, construit comme une réponse point par point à toutes les objections possibles du roi.

Rech Lakich montre que les chekalim d'Israël, annoncés le premier Adar, précèdent les dix mille kikar de Haman ; le folio s'interrompt sur la réponse du roi, « l'argent t'est donné ».

La chaîne de la tsniout : Rachel, Chaoul, Esther Verset directeur : Iyov 36,7 - lo yigra mitsadik einav. Rachi : Il paye le juste même après de longs jours, mesure pour mesure. Rachel Acte : elle remet à Léa les simanim que Yaakov lui avait confiés, pour lui épargner la honte. Retenue : elle se tait ensuite. Chaoul Acte : interrogé par son oncle, il ne dit pas la parole de royauté que Chmouel lui avait dite. Retenue : il tait sa grandeur. Esther Acte : au palais, elle ne dit rien de sa naissance ni de son peuple. Retenue : elle tait son origine. La règle dégagée par Rabbi Elazar Quand le Ciel fixe une grandeur à un homme, Il la fixe pour ses fils et les fils de ses fils jusqu'à la fin des générations : vayochivem lanetsah vayigbahou - Il les fait siéger à jamais et ils sont élevés. Et si l'homme s'enorgueillit, la suite du même passage s'applique : ve-im assourim bezikim - et s'ils sont liés dans des chaînes.
Un seul verset d'Iyov porte les deux moments : la récompense différée de la retenue, et son retrait quand l'orgueil intervient.
Le plaidoyer de Haman : chaque objection du roi à sa réponse dans le verset Rava : nul ne savait médire comme Haman. Verset support : Esther 3,8. Objection d'Ahachveroch Réponse de Haman, tirée du mot du verset Je crains leur D.ieu. yechno : ils dorment quant aux mitsvot Il y a parmi eux des Sages am ehad hen : ils sont un seul peuple, tous pareils Je ferais une calvitie dans mon royaume mefouzarin : dispersés parmi les peuples J'y perdrais un profit mefourad : comme la mule, qui ne porte pas de fruits Une province entière est à eux bekhol medinot malkhoutekha : dans toutes tes provinces Les trois derniers membres du verset datehem chonot : ils ne mangent pas de chez nous et ne se marient pas avec nous. Datei hamelekh einam ossim : chehi pehi, toute l'année chômée. Ein chave lehanniham : ils méprisent le roi jusque dans la coupe de vin.
Le verset 3,8 est lu comme un dialogue complet : chaque expression répond à une réticence précise du roi.
Le remède créé avant la plaie : la frise du folio Bigtan et Terech Complot entendu par Mordekhai, consigné au livre. Ahar hadevarim Rava : après que le remède fut créé. Élévation de Haman La plaie se met en place, le décret est préparé. Délivrance Le remède déjà prêt agit au moment voulu. Israël (Rech Lakich) Ordre : remède, puis plaie. Verset : kerofi leIsraël venigla avon Efraim. Application au folio : les chekalim d'Israël, annoncés le premier Adar, précèdent ceux de Haman. Nations du monde Ordre : plaie, puis remède. Verset : venagaf et Mitsrayim nagof verafo. La guérison vient une fois le coup reçu, et seulement alors.
La règle de Rech Lakich donne la clef de lecture de tout le folio : l'ordre des événements est déjà un acte de providence.
1
״לֹא יִגְרַע מִצַּדִּיק עֵינָיו״ — בִּשְׂכַר צְנִיעוּת שֶׁהָיְתָה בָּהּ בְּרָחֵל זָכְתָה וְיָצָא מִמֶּנָּה שָׁאוּל, וּבִשְׂכַר צְנִיעוּת שֶׁהָיָה בּוֹ בְּשָׁאוּל זָכָה וְיָצָאת מִמֶּנּוּ אֶסְתֵּר.

« Il ne détourne pas ses yeux du juste » (Iyov 36,7) — en récompense de la tsniout (retenue, pudeur) qui était en Rachel, elle mérita que Chaoul sorte d'elle ; et en récompense de la tsniout qui était en Chaoul, il mérita qu'Esther sorte de lui.

📜 Rachi (3)
לֹא יִגְרַע מִצַּדִּיק עֵינָיו נוֹתֵן עֵינָיו בְּמַעֲשֵׂה הַצַּדִּיקִים לְשַׁלֵּם לָהֶם אַף לְיָמִים רַבִּים מִדָּה בַּמִּדָּה:
lo yigra mitsadik einav - Il pose les yeux sur les actes des justes pour les leur payer, même après de longs jours, mesure pour mesure.
זָכְתָה וְיָצָא מִמֶּנָּה שָׁאוּל שֶׁהָיָה צָנוּעַ:
elle mérita que Chaoul sorte d'elle - lui qui était tsanoua, homme de retenue.
זָכָה וְיָצָאת מִמֶּנּוּ אֶסְתֵּר בְּתַרְגּוּם שֶׁל מְגִילָּה מְייַחֵס מָרְדְּכַי וְעוֹשֵׂהוּ עֲשִׂירִי לְשָׁאוּל וּמִשָּׁאוּל עַד בִּנְיָמִין וּכְתִיב הִיא אֶסְתֵּר בַּת דֹּודוֹ וְאֵין לוֹ רְאָיָה אַחֶרֶת בַּכְּתוּבִים שֶׁיָּצְאָה מִשָּׁאוּל:
il mérita qu'Esther sorte de lui - dans le Targoum de la meguila, on donne la généalogie de Mordekhai en en faisant le dixième depuis Chaoul, et de Chaoul on remonte jusqu'à Binyamin ; et il est écrit « elle est Esther, fille de son oncle » (Esther 2,15). Il n'y a pas d'autre preuve dans les Écritures qu'elle descendait de Chaoul.
💡 Explication

Le folio précédent s'achevait sur la question : d'où sait-on qu'Esther descend de Chaoul ? La réponse passe par un verset d'Iyov, lu par la guemara comme une loi de rétribution différée : une conduite de tsniout se paye dans la descendance, parfois plusieurs générations plus tard.

Rachi ajoute la mesure exacte de cette rétribution : mida kenegued mida, le paiement correspond à l'acte. Une retenue produit une descendance de retenue. Les segments suivants établissent les deux termes de la chaîne : quelle était la tsniout de Rachel, et quelle était celle de Chaoul.

2
וּמַאי צְנִיעוּת הָיְתָה בָּהּ בְּרָחֵל? דִּכְתִיב: ״וַיַּגֵּד יַעֲקֹב לְרָחֵל כִּי אֲחִי אָבִיהָ הוּא״. וְכִי אֲחִי אָבִיהָ הוּא? וַהֲלֹא בֶּן אֲחוֹת אָבִיהָ הוּא?

Et quelle tsniout y avait-il en Rachel ? Car il est écrit : « Yaakov annonça à Rachel qu'il était le frère de son père » (Berechit 29,12).

Était-il donc le frère de son père ? N'était-il pas le fils de la sœur de son père ?

🪔 Ben Yehoyada (2)
וּמַאי צְנִיעוּת הָיְתָה בָּהּ בְּרָחֵל? דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית כט, יב) : 'וַיַּגֵּד יַעֲקֹב לְרָחֵל כִּי אֲחִי אָבִיהָ הוּא' וְכוּ'. קָשֶׁה מַה שֶׁמָּסְרָה הַסִּימָנִים אֵין זֶה עִנְיַן צְנִיעוּת אֶלָּא זֶהוּ מִמִּדַּת הָרַחֲמָנוּת וּגְמִילוּת חֲסָדִים! וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּמְסִירַת הַסִּימָנִים לֹא הוֹעִילָה אֶלָּא עַל יְדֵי הַצְּנִיעוּת שֶׁלָּהּ, דְּמִנְהָגוֹ שֶׁל עוֹלָם אֵין הַנָּשִׁים וְהַבְּתוּלוֹת מַסְתִּירוֹת עַצְמָן מֵאֲנָשִׁים הַקְּרוֹבִים שֶׁלָּהֶם, וְכָל שֶׁכֵּן רָחֵל שֶׁכְּבָר קִדְּשָׁהּ יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה בְּשֶׁבַע שָׁנִים, וּכְבָר רָאָה אוֹתָהּ פַּעַם אַחַת בַּצֹּאן וְדִבֵּר עַתָּה אֲרֻוכּוֹת וּקְצָרוֹת, אַךְ הִיא מֵרֹוב צְנִיעוּתָהּ לֹא רָאָה אוֹתָהּ יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה אֲפִילּוּ פַּעַם אַחַת אַחַר אוֹתָהּ הַפַּעַם שֶׁדִּבֵּר עִמָּהּ בַּצֹּאן, לֹא בְּבֵית אָבִיהָ וְלֹא בַּחוּץ, כִּי מֵאוֹתוֹ הַפַּעַם לֹא הָיְתָה יוֹצְאָהּ מִחוּץ לַבַּיִת כְּלָל, וְכַאֲשֶׁר יִזְדַּמֵּן שֶׁיָּבֹא יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה לְבֵית אָבִיהָ בִּשְׁבִיל אֵיזֶה עֵסֶק לְצֹורֶךְ הַצֹּאן, לֹא הָיְתָה נִרְאֵית לְפָנָיו וְלֹא הָיָה רוֹאֶה, וְזוֹ הַצְּנִיעוּת סִיבְּבָה שֶׁמְּסִירַת הַסִּימָנִים לַאֲחוֹתָהּ עָשׂוּ פְּרִי, וְהוֹעִילוּ לַאֲחוֹתָהּ שֶׁלֹּא יַרְגִּישׁ בָּהּ יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה, יַעַן שֶׁאִם הָיָה יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה רוֹאֶה אוֹתָהּ בְּבֵית אָבִיהָ בְּתוֹךְ מֶשֶׁךְ הַשֶּׁבַע שָׁנִים, אַף עַל פִּי שֶׁבְּאוֹתָהּ הַלַּיְלָה שֶׁל הַחֻופָּה שָׁלַח לְבֵן תִּינוֹקוֹת וְכִיבּוּ הַנְּיָרוֹת, וְנִכְנַס יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה לְחֶדֶר בַּחֹושֶׁךְ וְלֹא הָיָה אֶפְשָׁר שֶׁיַּדְלִיק הַנֵּר לִרְאוֹת, כִּי אוֹתָהּ לַיְלָה הָיְתָה לֵיל שַׁבָּת, וְכַאֲשֶׁר הֵבֵאתִי בִּדְרָשׁוֹתַי עַל הַתּוֹרָה בְּשֵׁם גּוּרֵי הָאֲרִ"י זַ"ל עִם כָּל זֶה וַדַּאי אִי אֶפְשָׁר שֶׁיִּהְיוּ רָחֵל וְלֵאָה דּוֹמִין זֶה לָזֶה בְּקוֹמָה וּבָעֳובִי הַגּוּף, עַל כֵּן אִם לֹא רָאָה פָּנֶיהָ הָיָה מַרְגִּישׁ בַּאֲחִיזָתוֹ בָּהּ בְּגוּפָהּ מִצַּד הַקּוֹמָה וְעֹובִי הַגּוּף וּמֶה הָיוּ מוֹעִילִין הַסִּימָנִים? אַךְ הוֹאִיל וְהָיְתָה צְנוּעָה שֶׁלֹּא רָאָה אוֹתָהּ כָּל אוֹתָם מֶשֶׁךְ שֶׁבַע שָׁנִים לֹא הִכִּיר בְּשִׁיעוּר קוֹמָתָהּ וְעָובְיָהּ וּכְמוֹתָהּ! וְלָכֵן הוֹעִילוּ הַסַּמָּנִים לְלֵאָה, וּבָא עָלֶיהָ בְּחָשְׁבוּ שֶׁהִיא רָחֵל וְנִמְצָא שֶׁהַצְּנִיעוּת הִיא הַשְּׁלֵימָה פֹּועַל הַטּוֹב שֶׁל מְסִירַת הַסִּימָנִים.
« Et quelle tsniout y avait-il en Rachel ? Car il est écrit : Yaakov annonça à Rachel qu'il était le frère de son père, etc. » Difficulté : le fait qu'elle ait transmis les simanim relève de la miséricorde et de la gemilout hassadim (bienfaisance), plutôt que de la tsniout ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la transmission des simanim n'a été efficace que grâce à sa tsniout. Car l'usage du monde est que les femmes et les jeunes filles ne se cachent pas de leurs proches, à plus forte raison Rachel, que notre père Yaakov avait déjà acquise pour sept années et qu'il avait déjà vue une fois près du troupeau, avec qui il avait parlé longuement. Mais elle, par l'extrême de sa tsniout, notre père Yaakov ne la vit pas même une seule fois après cette fois où il lui parla près du troupeau, ni dans la maison de son père ni au dehors, car depuis ce moment elle ne sortait plus du tout de la maison ; et lorsqu'il arrivait que notre père Yaakov vienne chez son père pour quelque affaire du troupeau, elle ne se montrait pas devant lui et il ne la voyait pas. C'est cette tsniout qui fit que la transmission des simanim à sa sœur porta ses fruits et servit à sa sœur, pour que notre père Yaakov ne s'aperçoive pas d'elle. Car si notre père Yaakov l'avait vue dans la maison de son père durant ces sept années — bien que cette nuit-là, celle de la houppa, Lavan eût envoyé des enfants et qu'on eût éteint les lampes, et que notre père Yaakov fût entré dans la chambre dans l'obscurité sans pouvoir allumer de lampe, car cette nuit-là était la nuit de Chabbat, comme je l'ai rapporté dans mes derachot sur la Torah au nom des disciples du Ari zal — il reste certain que Rachel et Léa ne pouvaient être semblables l'une à l'autre par la taille et par la corpulence ; aussi, même sans voir son visage, il aurait senti en la tenant, par la taille et l'épaisseur du corps, et à quoi auraient servi les simanim ? Mais puisqu'elle était pudique au point qu'il ne la vit pas durant toutes ces sept années, il ne connaissait pas la mesure de sa taille, de son épaisseur ni de son volume ; c'est pourquoi les simanim servirent à Léa, et il vint à elle en pensant que c'était Rachel. Il se trouve que la tsniout a achevé l'œuvre bonne de la transmission des simanim.
וְכִי אֲחִי אָבִיהָ הוּא? וַהֲלֹא בֶּן אֲחוֹת אָבִיהָ הוּא!. הִקְשָׁה הָרַב טוּרֵי אֶבֶן זַ"ל דְּהָא מָצִינוּ בִּלּוּט בֶּן אָחִיו שֶׁל אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה דְּאָמַר לוֹ אַבְרָהָם (בְּרֵאשִׁית יג, ח) 'כִּי אֲנָשִׁים אַחִים אֲנַחְנוּ', וְאַף עַל גַּב דְּרַשִׁ"י כָּתַב שֶׁהָיוּ דּוֹמִין בִּקְלַסְתֵּר פָּנִים, מִכָּל מָקוֹם בַּגְּמָרָא דִּיבָמוֹת אָמְרִינַן הוֹאִיל וְהוּא בֶּן אָחִיו קָרֵי לֵיהּ אָח? וְתֵירֵץ דְּהָכָא דִּייֵּק מִשּׁוּם דִּכְתִיב (בְּרֵאשִׁית כט, יב) 'וְכִי בֶּן רִבְקָה הוּא', וּלְמַאי אִצְטְרִיךְ לוֹמַר 'אֲחִי אָבִיהָ הוּא'? שְׁמַע מִינָּה אָחִיו בְּרַמָּאוּת! עַייֵּן שָׁם. וּדְבָרָיו תְּמוּהִים דְּכָאן לֹא אָמַר לָמָּה לֵיהּ לְמֵימַר 'כִּי אֲחִי אָבִיהָ הוּא' אֶלָּא הִקְשָׁה 'וְכִי אֲחִי אָבִיהָ הוּא?' וּמַאי מְתָרֵץ הָרַב זַ"ל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְתָרֵץ קֻושְׁיָתוֹ דְּהָתָם אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה שֶׁהוּא הַגָּדוֹל אוֹמֵר כֵּן לְבֶן אָחִיו שֶׁהוּא הַקָּטָן בְּדֶרֶךְ עֲנָוָה וְחִיבָּה 'כִּי אַחִים אֲנַחְנוּ' כְּלוֹמַר אַתָּה חָשׁוּב אֶצְלִי כְּאָבִיךְ מַמָּשׁ שֶׁהוּא אָחִי, וּבְוַדַּאי לוֹט לֹא הָיָה אוֹמֵר כֵּן לְאַבְרָהָם 'אֲנָשִׁים אַחִים אֲנַחְנוּ' דְּאֵינוֹ דֶּרֶךְ אֶרֶץ שֶׁיֹּאמַר לְדוֹדוֹ הַגָּדוֹל אַתָּה חָשׁוּב אֶצְלִי כְּמוֹ אָחִי, וְעַל כֵּן כָּאן אִי אֶפְשָׁר לוֹמַר דְּיַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה קוֹרֵא לְדוֹדוֹ לָבָן אָחִי כְּלוֹמַר חָשׁוּב אֶצְלִי כַּאֲחִי דְּאֵין זֶה מִשּׁוּרַת דֶּרֶךְ אֶרֶץ, וּלְהָכִי מַקְשֵׁי וְכִי אֲחִי אָבִיהָ הוּא? הֲלֹא בֶּן אֲחוֹת אָבִיהָ הוּא!? דְּלָבָן הוּא דּוֹדוֹ, וְאִי אֶפְשָׁר לְפָרֵשׁ כַּוָּנָתוֹ דְּאָמַר עַל דּוֹדוֹ שֶׁהוּא נֶחְשָׁב כְּאָחִיו. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד כָּאן בָּא לְהַגִּיד לְרָחֵל דָּבָר חָדָשׁ אֲשֶׁר לֹא הָיְתָה יוֹדַעַת אוֹתוֹ, דְּנָחַת לְהַגִּיד לָהּ שֶׁהוּא קָרוֹב שֶׁלָּהּ וְאֵיךְ הִיא הַקֻּורְבָה שֶׁיֵּשׁ לוֹ עִמָּהּ, וְעַל כֵּן וַדַּאי יִתֵּן לָהּ יְדִיעָה עַל אֹופֶן הַקֻּורְבָה כְּפִי מַה שֶׁהוּא בֶּאֱמֶת, וְלֹא יְדַבֵּר בִּלְשׁוֹן מָשָׁל וּמְלִיצָה, מַה שֶׁאֵין כֵּן גַּבֵּי אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה לֹא בָּא לִיתֵּן יְדִיעָה לְלוֹט עַל אֹופֶן הַקֻּורְבָה שֶׁלּוֹ אֵיךְ הֲוָה עִמּוֹ, דְּזֶה יוֹדֵעַ לוֹט שֶׁאַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה הוּא דּוֹדוֹ, וְרַק דִּבֵּר עִמּוֹ בִּלְשׁוֹן מְלִיצָה כְּפִי מַה שֶׁרָאוּי לוֹמַר לְפִי הָעִנְיָן דְּ'אַל נָא תְהִי מְרִיבָה בֵּינִי וּבֵינֶיךָ וּבֵין רֹעַי וּבֵין רֹעֶיךָ כִּי אֲנָשִׁים אַחִים אֲנַחְנוּ'.
« Était-il donc le frère de son père ? N'était-il pas le fils de la sœur de son père ! » Le Tourei Even zal a soulevé la difficulté suivante : nous trouvons à propos de Lot, fils du frère de notre père Avraham, qu'Avraham lui dit « car nous sommes des hommes frères » (Berechit 13,8) ; et bien que Rachi ait écrit qu'ils se ressemblaient par les traits du visage, on dit malgré tout dans la guemara de Yevamot que, puisqu'il est le fils de son frère, on l'appelle frère. Il a répondu qu'ici on le déduit du fait qu'il est écrit « et qu'il était le fils de Rivka » (Berechit 29,12) : pourquoi alors fallait-il dire « qu'il était le frère de son père » ? Apprends-en qu'il est son frère en tromperie. Vois-y. Mais ses paroles sont étonnantes, car ici on n'a pas demandé pourquoi il fallait dire « qu'il était le frère de son père » : on a demandé « était-il donc le frère de son père ? » — et que répond alors le Rav zal ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut répondre à sa difficulté ainsi : là-bas, c'est notre père Avraham, qui est le plus grand, qui parle ainsi au fils de son frère, qui est le plus petit, par humilité et par affection, « nous sommes frères », c'est-à-dire tu es à mes yeux comme ton père lui-même, qui est mon frère. Et certainement Lot n'aurait pas dit à Avraham « nous sommes des hommes frères », car il est contraire au derekh erets de dire à son oncle, qui est plus grand que lui, tu es à mes yeux comme mon frère. C'est pourquoi il est impossible ici de dire que notre père Yaakov appelle frère son oncle Lavan, au sens de : il est à mes yeux comme mon frère, car cela sort de la ligne du derekh erets ; et c'est pourquoi on demande : était-il donc le frère de son père ? N'était-il pas le fils de la sœur de son père ! Car Lavan est son oncle, et l'on ne peut pas expliquer son propos comme s'il disait de son oncle qu'il est compté comme son frère. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'ici il vient annoncer à Rachel une chose nouvelle qu'elle ignorait : il entreprend de lui dire qu'il est son parent et quelle est la parenté qui les lie ; aussi lui donne-t-il certainement une information sur cette parenté telle qu'elle est en vérité, et il ne parle pas en image ni en figure. Il en va autrement pour notre père Avraham, qui ne venait pas informer Lot de la nature de leur parenté, car Lot savait qu'Avraham était son oncle ; il lui a seulement parlé en figure, comme il convenait de le dire selon le sujet : « qu'il n'y ait donc pas de querelle entre moi et toi, entre mes bergers et tes bergers, car nous sommes des hommes frères ».
💡 Explication

La guemara cherche l'acte précis de retenue attribué à Rachel. Le point de départ est une anomalie du verset : Yaakov est le fils de Rivka, sœur de Lavan, donc le neveu de Lavan, et le verset l'appelle pourtant « frère de son père ». Cette difficulté ouvre le dialogue entre Yaakov et Rachel rapporté au segment suivant.

3
אֶלָּא, אֲמַר לָהּ: מִינַּסְבָא לִי? אָמְרָה לֵיהּ: אִין, מִיהוּ אַבָּא רַמָּאָה הוּא וְלָא יָכְלַתְּ לֵיהּ. אָמַר לָהּ: אָחִיו אֲנָא בְּרַמָּאוּת. אָמְרָה לֵיהּ: וּמִי שְׁרֵי לְצַדִּיקֵי לְסַגּוֹיֵי בְּרַמָּיוּתָא? אֲמַר לָהּ, אִין: ״עִם נָבָר תִּתָּבָר וְעִם עִקֵּשׁ תִּתַּפָּל״.

Il faut donc dire qu'il lui dit : veux-tu m'épouser ? Elle lui dit : oui, mais mon père est un ramai (trompeur) et tu ne pourras pas l'emporter sur lui.

Il lui dit : je suis son frère en tromperie. Elle lui dit : est-il donc permis aux justes de se conduire avec ruse ?

Il lui dit : oui — « avec le pur tu te montres pur, et avec le tortueux tu te montres retors » (Chmouel II 22,27).

💡 Explication

Le mot « frère » cesse de désigner la parenté et désigne la ressemblance de conduite : Yaakov se déclare l'égal de Lavan sur le terrain de la ruse. Rachel objecte au nom de la conduite due aux justes, et reçoit pour réponse un verset de Chmouel II qui pose une règle d'ajustement : la conduite juste se règle sur celui qu'on a en face de soi.

Ce verset sert ailleurs de fondement général au droit de se défendre par les mêmes moyens que l'agresseur. Ici il autorise par avance la contre-mesure des simanim, dont il va être question.

4
אֲמַר לָהּ: וּמַאי רַמָּיוּתָא? אָמְרָה לֵיהּ: אִית לִי אֲחָתָא דְּקַשִּׁישָׁא מִינַּאי וְלָא מַנְסֵיב לִי מִקַּמַּהּ. מָסַר לָהּ סִימָנִים.

Il lui dit : et en quoi consiste sa tromperie ? Elle lui dit : j'ai une sœur plus âgée que moi, et il ne me mariera pas avant elle.

Il lui remit des simanim (signes de reconnaissance convenus).

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר לָהּ: וּמַאי רַמָּאוּתָהּ. מַקְשִׁים אַמַּאי לֹא שָׁאַל מִמֶּנָּה שְׁאֵלָה זוֹ מִתְּחִלָּה בְּעֵת שֶׁאָמְרָה לוֹ 'אַבָּא רַמַּאי הוּא'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּבַתְּחִילָּה חָשַׁב אִם יִשְׁאַל עַל זֹאת לֹא תַּגִּיד לוֹ אֹופֶן הָרַמָּאוּת, כִּי תֹּאמַר אוּלַי זֶה הוּא אִישׁ תָּם שֶׁאֵינוֹ יוֹדֵעַ אֵיךְ עוֹשִׂין רַמָּאוּת, וְכֵיצַד אַגִּיד לוֹ אוֹפַנִּים וְהַמְצָאוֹת שֶׁל רַמָּאוּת שֶׁבָּזֶה אֶעֱשֶׂה מִכְשׁוֹל שֶׁגַּם הוּא יָדַע אֵיךְ עוֹשִׂין רַמָּאוּת, וְיַעֲשֶׂה הוּא גַּם כֵּן לַאֲחֵרִים כַּיּוֹצֵא בָּזֶה, בְּרַם אַחַר שֶׁאָמַר לָהּ שֶׁגַּם אֲנִי רַמַּאי וּפִקֵּחַ בְּרַמָּאוּת יוֹתֵר מִמֶּנּוּ! שָׁאַל לָהּ מַאי רַמָּאוּתֵיהּ? כִּי עַתָּה לֹא תָּחוּשׁ פֶּן הַגָּדָתָהּ אֹופֶן הָרַמָּאוּת תִּהְיֶה לוֹ לְמִכְשׁוֹל, שֶׁיָּבִין אֵיךְ עוֹשִׂין רַמָּאוּת מֵאַחַר שֶׁהוּא פִּקֵּחַ בְּעִנְיָנִים אֵלּוּ בְּלָאו הָכִי.
« Il lui dit : et en quoi consiste sa tromperie ? » On demande : pourquoi ne lui à-t-il pas posé cette question dès le début, lorsqu'elle lui dit « mon père est un trompeur » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'au début il pensa que, s'il l'interrogeait là-dessus, elle ne lui dirait pas la manière de la tromperie, car elle se dirait : peut-être est-ce un ich tam, un homme intègre qui ne sait pas comment on trompe, et comment lui exposerais-je des procédés et des inventions de tromperie ? Je poserais ainsi un obstacle, puisque lui aussi saurait comment on trompe et ferait de même à d'autres. Mais après qu'il lui eut dit : moi aussi je suis un trompeur, et plus habile que lui en tromperie ! — il lui demanda : en quoi consiste sa tromperie ? Car désormais elle ne craint plus que dire la manière de la tromperie lui soit un obstacle, puisqu'il est déjà habile en ces matières de toute façon.
💡 Explication

Les simanim sont des signes convenus entre deux personnes pour permettre une identification sûre dans l'obscurité. Yaakov les remet à Rachel comme parade exacte à la substitution qu'elle vient de lui annoncer.

5
כִּי מְטָא לֵילְיָא, אָמְרָה: הַשְׁתָּא מִיכַּסְפָא אַחִתַּאי. מְסַרְתִּינְהוּ נִיהֲלָהּ. וְהַייְנוּ דִּכְתִיב: ״וַיְהִי בַּבֹּקֶר וְהִנֵּה הִיא לֵאָה״, מִכְּלָל דְּעַד הַשְׁתָּא לָאו לֵאָה הִיא? אֶלָּא: מִתּוֹךְ סִימָנִין שֶׁמָּסְרָה רָחֵל לְלֵאָה — לָא הֲוָה יָדַע עַד הַשְׁתָּא. לְפִיכָךְ זָכְתָה וְיָצָא מִמֶּנָּה שָׁאוּל.

Quand la nuit arriva, elle se dit : maintenant ma sœur va être couverte de honte. Elle les lui transmit.

Et c'est ce qui est écrit : « et le matin, voici que c'était Léa » (Berechit 29,25) — faut-il en déduire que jusque-là ce n'était pas Léa ? Mais : à cause des simanim que Rachel avait transmis à Léa, il ne le sut pas jusqu'à ce moment.

C'est pourquoi elle mérita que Chaoul sorte d'elle.

📜 Rachi (1)
מְסָרָתַן לְלֵאָה וְהוּא צְנִיעוּת שֶׁלֹּא יִתְפַּרְסֵם הַדָּבָר שֶׁמָּסַר לָהּ סִימָנִין:
elle les transmit - à Léa. Et voilà sa tsniout : que la chose ne s'ébruite pas, qu'il lui avait remis des simanim.
💡 Explication

La preuve tient au mot « le matin » : si Yaakov avait reconnu Léa pendant la nuit, le verset n'aurait pas eu à marquer ce moment. Les simanim transmis expliquent le délai.

Rachi précise où se situe exactement la tsniout : elle est dans le silence garde après coup. Rachel donne les signes et ne le fait jamais savoir, ni à Yaakov ni à personne. C'est ce silence, et non le seul geste de bonté, qui fonde la récompense.

🖼️ Schéma
Les simanim : parade, transmission, silence 1. Yaakov remet les simanim Parade annoncée contre la substitution de la sœur aînée. 2. Rachel les donne à Léa Motif dit par elle : maintenant ma sœur va être humiliée. 3. Elle se tait La chose n'est pas ébruitée : c'est la tsniout selon Rachi. Appui textuel vayehi baboker vehine hi Léa - le mot le matin marque le moment de la reconnaissance, donc le délai qui précède. Conséquence Chaoul sort de Rachel : un roi discret naît d'une conduite discrète.
Trois étapes, dont seule la troisième est comptée comme tsniout : le silence garde sur le geste.
6
וּמַה צְנִיעוּת הָיְתָה בְּשָׁאוּל? דִּכְתִיב: ״וְאֶת דְּבַר הַמְּלוּכָה לֹא הִגִּיד לוֹ אֲשֶׁר אָמַר שְׁמוּאֵל״, זָכָה וְיָצָאת מִמֶּנּוּ אֶסְתֵּר. וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר: כְּשֶׁהַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא פּוֹסֵק גְּדֻולָּה לְאָדָם — פּוֹסֵק לְבָנָיו וְלִבְנֵי בָּנָיו עַד סוֹף כָּל הַדּוֹרוֹת, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְיוֹשִׁיבֵם לָנֶצַח וְיִגְבְּהוּ (וְגוֹ׳)״. וְאִם הֵגִיס דַּעְתּוֹ — הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַשְׁפִּילוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְאִם אֲסוּרִים בַּזִּקִּים וְגוֹ׳״.

Et quelle tsniout y avait-il en Chaoul ? Car il est écrit : « mais la chose de la royauté, dont Chmouel avait parlé, il ne la lui dit pas » (Chmouel I 10,16) — il mérita qu'Esther sorte de lui.

Et Rabbi Elazar a dit : lorsque le Saint béni soit-Il fixe une grandeur pour un homme, Il la fixe pour ses fils et pour les fils de ses fils jusqu'à la fin de toutes les générations, ainsi qu'il est dit : « Il les fait siéger à jamais et ils sont élevés, etc. ». Et s'il s'enorgueillit, le Saint béni soit-Il l'abaisse, ainsi qu'il est dit : « et s'ils sont liés dans des chaînes, etc. ».

📜 Rachi (2)
שֶׁנֶּאֱמַר לֹא יִגְרַע מִצַּדִּיק עֵינָיו וְסֵיפֵיהּ דִּקְרָא וַיּוֹשִׁיבֵם לָנֶצַח וְיִגְבְּהוּ וְהַיְינוּ גְּדוֹלָה לְדוֹרוֹת:
ainsi qu'il est dit lo yigra mitsadik einav - et la fin du verset : « Il les fait siéger à jamais et ils sont élevés » ; voilà la grandeur pour les générations.
וְאִם הֵגִיס דַּעְתּוֹ כּוּ' הָכִי סָמְכִי קְרָאֵי וַיּוֹשִׁיבֵם לָנֶצַח וְיִגְבְּהוּ וְאִם אֲסוּרִים בַּזִּקִּים עַל יְדֵי שֶׁמַּגְבִּיהִין עַצְמָן בָּאִין לִידֵי עֲנִיּוּת וְיִסּוּרִים:
et s'il s'enorgueillit, etc. - c'est ainsi que les versets s'enchaînent : « Il les fait siéger à jamais et ils sont élevés », puis « et s'ils sont liés dans des chaînes » ; parce qu'ils s'élèvent eux-mêmes, ils en viennent à la pauvreté et aux souffrances.
💡 Explication

Le second terme de la chaîne : Chaoul, interrogé par son oncle sur ce que lui a dit Chmouel, tait la parole de royauté. Le verset d'Iyov du début du folio est alors relu dans son entier : sa première moitié porte la récompense transmise aux générations, sa seconde moitié porte la chute de celui qui s'enorgueillit.

Rachi montre que les deux enseignements de Rabbi Elazar tiennent à la succession des deux versets d'Iyov 36 : la grandeur durable, puis les chaînes. La gassout harouah, l'élévation de soi, est le point où la promesse se retourne.

7
״וְאֶת מַאֲמַר מָרְדֳּכַי אֶסְתֵּר עֹושָׂה״, אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: שֶׁהָיְתָה מַרְאָה דַּם נִדָּה לַחֲכָמִים. ״כַּאֲשֶׁר הָיְתָה בְאָמְנָה אִתּוֹ״, אָמַר רַבָּה בַּר לִימָא (מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב): שֶׁהָיְתָה עוֹמֶדֶת מֵחֵיקוֹ שֶׁל אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וְטוֹבֶלֶת וְיוֹשֶׁבֶת בְּחֵיקוֹ שֶׁל מָרְדֳּכַי.

« Et Esther faisait ce que disait Mordekhai » (Esther 2,20) — Rabbi Yirmeya dit : elle montrait le sang de nida aux Sages. « Comme lorsqu'elle était en tutelle chez lui » — Rabba bar Lima dit au nom de Rav : elle se levait du giron d'Ahachveroch, se trempait au mikve et s'asseyait dans le giron de Mordekhai.

📜 Rachi (1)
וְטוֹבֶלֶת מֵחֲמַת נְקִיּוּת שֶׁלֹּא תְּהֵא מְאוּסָה לַצַּדִּיק מִשְּׁכִיבָתוֹ שֶׁל אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ:
et se trempait - par souci de propreté, pour ne pas être répugnante au juste du fait de sa cohabitation avec Ahachveroch.
🗂️ Tossefot (1)
וְטוֹבֶלֶת וְיוֹשֶׁבֶת בְּחֵיקוֹ שֶׁל מָרְדֳּכַי וְאִם תֹּאמַר וְהָא לֹא הֵי' שָׁם הַבְחָנַת שָׁלֹשׁ' חֳדָשִׁים שֶׁהֲרֵי בְּכָל יוֹם הָיָה אוֹתוֹ רָשָׁע מָצוּי אֶצְלָהּ וי"ל שֶׁהָיְתָה מְשַׁמֶּשֶׁת בְּמוֹךְ:
et se trempait et s'asseyait dans le giron de Mordekhai - et si tu dis : il n'y avait pourtant pas là de havhana de trois mois (le délai d'attente permettant d'établir la paternité), puisque chaque jour ce racha se trouvait auprès d'elle ! On peut répondre qu'elle avait ses rapports au moyen d'un mokh (tampon absorbant).
🪔 Ben Yehoyada (3)
שֶׁהָיְתָה מַרְאָה דַּם נִדָּה לַחֲכָמִים. אַף עַל גַּב דְּמָרְדְּכַי יָדַע בְּמַרְאוֹת הַדָּמִים, כֵּיוָן דְּהוּא בַּעֲלָהּ אֵינוֹ שׁוּרַת דֶּרֶךְ אֶרֶץ שֶׁיִּרְאֶה דַּם אִשְׁתּוֹ וְיֶאֱסֹור אוֹ יַתִּיר, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (אֶסְתֵּר ב, כ) 'כַּאֲשֶׁר הָיְתָה בַּאֲמָנָה אִתּוֹ', רוֹצֶה לוֹמַר כְּמוֹ זְמַן שֶׁהָיְתָה עוֹדֶנָּה בְּבֵיתוֹ וּמְשַׁמֶּשֶׁת תַּחְתָּיו, דְּהָיְתָה גַּם כֵּן מַרְאֶה הַדָּם לַחֲכָמִים וְלֹא לוֹ.
« Elle montrait le sang de nida aux Sages. » Bien que Mordekhai connût l'examen des couleurs du sang, puisqu'il était son mari, il était contraire au derekh erets qu'il voie le sang de sa femme et le déclare interdit ou permis. C'est ce que dit le verset « comme lorsqu'elle était en tutelle chez lui » (Esther 2,20), c'est-à-dire comme au temps où elle était encore dans sa maison et mariée à lui : déjà alors elle montrait le sang aux Sages et non à lui.
(אֶסְתֵּר ב, כ) 'כַּאֲשֶׁר הָיְתָה בַּאֲמָנָה אִתּוֹ' מְלַמֵּד שֶׁהָיְתָה עוֹמֶדֶת מֵחֵיקוֹ שֶׁל אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וְטוֹבֶלֶת וְיוֹשֶׁבֶת בְּחֵיקוֹ שֶׁל מָרְדֳּכַי. אַף עַל גַּב דְּכָתַבְנוּ לְעֵיל בְּשֵׁם הַזֹּוהַר וְרַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל דְּהַשֵּׁידָה הָיְתָה שׁוֹכֶבֶת עִם אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, נִרְאֶה לִי בס"ד מֵאַחַר דְּזֶה הָעִנְיָן שֶׁל הַשִּׁידָּה אִי אֶפְשָׁר לַעֲשׂוֹתוֹ אֶלָּא עַל יְדֵי הַשִּׁבְעָה בְּשֵׁם מְפֹורָשׁ, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל וְכַנִּזְכָּר בְּעֵץ חַיִּים, לְכָךְ לֹא הָיְתָה עוֹשָׂה כֵּן אֶלָּא בְּשָׁעָה שֶׁרוֹצֶה לְשַׁמֵּשׁ עִמָּהּ דְּיֵשׁ בָּזֶה הֶכְרֵחַ מִשּׁוּם אִיסּוּר בְּעִילָה עִם הָעַכּוּ"ם דַּחֲמִיר, אֲבָל בְּשָׁעָה שֶׁאֵינוֹ רוֹצֶה לְשַׁמֵּשׁ אֶלָּא רַק הִיא שׁוֹכֶבֶת אֶצְלוֹ דַּהֲוָה עֲבִיד חִיבּוּק וְנִשּׁוּק לֹא הָיְתָה מִשְׁתַּמֶּשֶׁת בְּשֵׁם הַמְפֹורָשׁ לְהָבִיא הַשִּׁידָּה שֶׁיְּחַבְּקֶנָּה בִּמְקוֹמָהּ, וְעִם כָּל זֶה אַחַר שֶׁהָיָה עוֹשֶׂה חִיבּוּק הִיא טוֹבֶלֶת מִשּׁוּם נְקִיּוּת בְּעָלְמָא, כְּדֵי לֵישֵׁב בְּחֵיקוֹ שֶׁל מָרְדְּכַי, כִּי הַצַּדִּיק אֲפִילּוּ אִם נִיתַּז עָלָיו צִינּוֹר מִפִּיו שֶׁל הָרָשָׁע נִמְאָס בְּעֵינָיו! וְדַע אִם נַשְׂכִּיל בִּדְבָרִים אֵלּוּ נִמְצָא דִּבְרֵי הַשַּׁ"ס וְדִבְרֵי רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל מְכֻווָּנִים הֵיטֵב, וְהוּא דְּקָשֶׁה אֵיךְ קָאָמַר עוֹמֶדֶת מָחִיק אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וְיוֹשֶׁבֶת בְּחֵיק מָרְדְּכַי, אֵיךְ תָּבֹא אוֹתָהּ שָׁעָה לְבֵית מָרְדְּכַי, דְּאֵיךְ יִתָּכֵן שֶׁתֵּצֵא הַמַּלְכָּה מֵחַדְרָהּ לָלֶכֶת לְבַיִת אַחֵר הֲלִיכָה טִבְעִית וְלֹא יַכִּירוּ וְיַרְגִּישׁוּ בָּהּ? אַךְ נִרְאֶה וַדַּאי שֶׁהִיא הָיְתָה הוֹלֶכֶת בְּדֶרֶךְ נֵס בְּהִתְעַלְּמוּת שֶׁלֹּא תִּתְרָאֶה לִפְנֵי שׁוּם גַּבְרָא, וְזֶה מֻוכְרָח לִהְיוֹת עַל יְדֵי שֵׁם הַמְפֹורָשׁ, וְלֹא תִּשְׁתַּמֵּשׁ בְּשֵׁם מְפֹורָשׁ לַהֲנָאָתָהּ, אָמְנָם הִיא לֹא הָיְתָה הוֹלֶכֶת לְבֵית מָרְדְּכַי בְּנֵס אֶלָּא רַק בְּעֵת שֶׁהִיא רוֹאָה דַּאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ רוֹצֶה לְשַׁמֵּשׁ עִמָּהּ אַחַר הַחִיבּוּק, דְּאָז הִיא מֻוכְרַחַת לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּשֵׁם הַמְפֹורָשׁ כְּדֵי לְהָבִיא הַשִּׁידָּה בִּמְקוֹמָהּ אָז בְּאוֹתוֹ שֵׁם הַמְפֹורָשׁ שֶׁמַּזְכֶּרֶת בַּעֲבוּר הַשִּׁידָּה עוֹשֶׂה בּוֹ פֹּועַל שֵׁנִי שֶׁתִּהְיֶה הִיא נֶעְלֶמֶת מִכָּל בְּרִיָּה, שֶׁאָז הִיא רוֹאָה וְאֵינָהּ נִרְאֵית, וּשְׁתֵּי פְּעֻולּוֹת אֵלּוּ שֶׁל מַרְאֶה הַשִּׁידָּה וְשֶׁל הַתַּעֲלֻמוֹת שֶׁלָּהּ, נַעֲשִׂים בְּבַת אַחַת בְּהַזְכָּרַת שֵׁם מְפֹורָשׁ אֶחָד, וְזֶה מֻוכְרָח לִהְיוֹת שֶׁאִם תָּבִיא הַשִּׁידָּה וְהִיא לֹא תִּתְעַלֵּם, נִמְצָא אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ רוֹאֶה שְׁתֵּי נָשִׁים לְפָנָיו וּמַה יֹאמַר עַל זֹאת?! עַל כֵּן בְּהֶכְרֵחַ שֶׁבְּאוֹתוֹ רֶגַע מַמָּשׁ שֶׁנִּרְאֵית הַשִּׁידָּה הָיָה גּוּפָהּ שֶׁל אֶסְתֵּר מִתְעַלֵּם, כִּי עוֹשֶׂה הַכַּוָּנָה שֶׁל שֵׁם הַמְפֹורָשׁ עַל שְׁנֵי דְּבָרִים אֵלּוּ בְּבַת אַחַת, וְכֵיוָן שֶׁנִּתְעַלְּמָה שֶׁאָז הִיא רוֹאָה וְאֵינָהּ נִרְאֵית הִיא הוֹלֶכֶת בְּהִתְעַלְּמוּת זוֹ לְבֵית מָרְדְּכַי, וְיוֹשֶׁבֶת בְּחֵיקוֹ שֶׁל מָרְדֳּכַי, אֲבָל בִּזְמַן שֶׁאֵין אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ רוֹצֶה לְשַׁמֵּשׁ עִמָּהּ שֶׁאָז אֵינָהּ מְבִיאָה הַשִּׁידָּה, וַדַּאי לֹא תַּזְכִּיר שֵׁם הַמְפֹורָשׁ כְּדֵי שֶׁתִּתְעַלֵּם וְתֵלֵךְ לְבֵית מָרְדְּכַי, כִּי בַּעֲבוּר הֲנָאָתָהּ בִּלְבַד לֹא תִּרְצֶה לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּשֵׁם. וּלְכָךְ דִּקְדֵּק בַּעַל הַמַּאֲמָר לִמְנַקַּט הָכִי מְלַמֵּד שֶׁהָיְתָה עוֹמֶדֶת מֵחֵיקוֹ שֶׁל אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וְטוֹבֶלֶת וְיוֹשֶׁבֶת בְּחֵיקוֹ שֶׁל מָרְדֳּכַי, שֶׁקָּשַׁר שְׁנֵי דְּבָרִים אֵלַי בְּיַחַד וְלֹא אָמַר 'מְלַמֵּד שֶׁטּוֹבֶלֶת וְיוֹשֶׁבֶת בְּחֵיקוֹ שֶׁל מָרְדְּכַי' לְלַמֶּדְךָ יְשִׁיבָתָהּ בְּחֵיקוֹ שֶׁל מָרְדְּכַי לֹא הָיְתָה נַעֲשֵׂית אֶלָּא בִּזְמַן שֶׁהִיא עוֹמֶדֶת מֵחֵיקוֹ שֶׁל אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ שֶׁמֻּוכְרַחַת לְהִשְׁתַּמֵּשׁ בְּשֵׁם הַמְפֹורָשׁ לְהָבִיא הַשִּׁידָּה. וְאֶפְשָׁר כִּי בַּחֲזָרָתָהּ מִבֵּית מָרְדְּכַי לְבֵית הַמֶּלֶךְ הָיְתָה מִשְׁתַּמֶּשֶׁת בְּשֵׁם כְּדֵי לְהִתְעַלֵּם בִּשְׁבִיל סַכָּנָה, וְאֵין לָהּ הֲנָאַת הַגּוּף בָּזֶה.
« Comme lorsqu'elle était en tutelle chez lui » (Esther 2,20) : cela enseigne qu'elle se levait du giron d'Ahachveroch, se trempait et s'asseyait dans le giron de Mordekhai. Bien que nous ayons écrit plus haut, au nom du Zohar et de notre maître le Ari zal, que c'était une chida (esprit féminin) qui couchait avec Ahachveroch, il me semble, avec l'aide du Ciel, que, puisque cette affaire de la chida ne pouvait se faire que par une adjuration au moyen du Chem hameforach (le Nom explicite), comme l'a écrit notre maître le Ari zal et comme il est rapporté dans le Ets Haim, elle n'agissait ainsi qu'au moment où il voulait s'unir à elle, car il y a là une contrainte, à cause de la gravité de l'interdit d'une union avec un idolâtre. Mais au moment où il ne voulait pas s'unir à elle et où elle était seulement couchée auprès de lui, avec embrassements et baisers, elle n'usait pas du Chem hameforach pour amener la chida qui l'aurait enlacée à sa place ; et malgré cela, après qu'il l'eut enlacée, elle se trempait par simple propreté, afin de s'asseoir dans le giron de Mordekhai, car pour le juste, même un jet sorti de la bouche du racha qui l'atteindrait lui serait répugnant. Et sache que, si nous réfléchissons à ces choses, nous trouverons que les paroles du Talmud et celles de notre maître le Ari zal s'accordent parfaitement. Voici la difficulté : comment dit-on qu'elle se levait du giron d'Ahachveroch et s'asseyait dans le giron de Mordekhai ? Comment viendrait-elle à cette heure-là dans la maison de Mordekhai ? Comment serait-il possible que la reine sorte de sa chambre et aille dans une autre maison par une marche naturelle sans qu'on la reconnaisse et qu'on la remarque ? Il apparaît certainement qu'elle allait par un miracle, dans l'effacement, de façon à n'être vue d'aucun homme, et cela ne pouvait se faire que par le Chem hameforach ; or elle n'aurait pas usé du Chem hameforach pour son propre agrément. En vérité, elle n'allait à la maison de Mordekhai par miracle qu'au moment où elle voyait qu'Ahachveroch voulait s'unir à elle après l'embrassement : alors elle était contrainte d'user du Chem hameforach pour amener la chida à sa place, et par ce même Nom qu'elle prononçait pour la chida elle opérait un second effet, celui de se rendre invisible à toute créature, voyant alors sans être vue. Ces deux effets, l'apparition de la chida et son propre effacement, se font en même temps par la mention d'un seul Chem hameforach ; et il doit nécessairement en être ainsi, car si elle amenait la chida sans s'effacer, Ahachveroch verrait deux femmes devant lui, et que dirait-il de cela ? Il faut donc qu'à l'instant même où paraissait la chida, le corps d'Esther s'efface, puisqu'elle dirige l'intention du Chem hameforach sur ces deux choses à la fois ; et une fois effacée, voyant sans être vue, elle allait dans cet effacement à la maison de Mordekhai et s'asseyait dans son giron. Mais au temps où Ahachveroch ne voulait pas s'unir à elle, où elle n'amenait donc pas la chida, elle ne mentionnait certainement pas le Chem hameforach pour s'effacer et aller chez Mordekhai, car pour son seul agrément elle n'aurait pas voulu se servir du Nom. C'est pourquoi l'auteur de cet enseignement a pris soin de formuler ainsi : cela enseigne qu'elle se levait du giron d'Ahachveroch, se trempait et s'asseyait dans le giron de Mordekhai — il a lié ces deux choses ensemble et n'a pas dit « cela enseigne qu'elle se trempait et s'asseyait dans le giron de Mordekhai », pour t'apprendre que le fait de s'asseoir dans le giron de Mordekhai ne se produisait qu'au temps où elle se levait du giron d'Ahachveroch, où elle était contrainte d'user du Chem hameforach pour amener la chida. Et il est possible qu'à son retour de la maison de Mordekhai vers la maison du roi elle usât du Nom pour s'effacer à cause du danger ; il n'y a là aucun agrément du corps.
וְאֶסְתֵּר מַאי הִיא? דִּכְתִיב (אֶסְתֵּר ב, כ) : 'אֵין אֶסְתֵּר מַגֶּדֶת מוֹלַדְתָּהּ וְאֶת עַמָּהּ כַּאֲשֶׁר צִוָּה עָלֶיהָ מָרְדְּכַי'. כָּךְ הַגִּרְסָא בְּעֵין יַעֲקֹב אֲבָל בַּגְּמָרָא דִּידַן לֹא הֵבִיא פָּסוּק עַל זֶה. מַקְשִׁים עַל גִּרְסָא זוֹ אַמַּאי לֹא הֵבִיא מִפָּסוּק הַקּוֹדֵם דְּאֵין אֶסְתֵּר מַגֶּדֶת עִמָּהּ וּמוֹלַדְתָּהּ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד מֵאוֹתוֹ פָּסוּק לֵיכָּא הוֹכָחָה עַל צְנִיעוּת, דְּיֵשׁ לוֹמַר כֵּיוָן דְּמָרְדְּכַי צִוָּה שֶׁלֹּא תַּגִּיד! לָמָּה תַּעֲשֶׂה הֶפֶךְ רְצוֹנוֹ? דְּמֶה הֶפְסֵד יֵשׁ לָהּ בְּדָבָר זֶה אִם תַּעֲשֶׂה רְצוֹנוֹ שֶׁלֹּא תַּגִּיד? אַךְ כָּאן שֶׁרוֹאֶה שֶׁיֵּשׁ לָהּ הֶיזֵּק אִם לֹא תַּגִּיד, שֶׁרוֹצֶה לְהָבִיא לָהּ צָרָה בְּצִידָּהּ בְּהֶקְבֵּץ בְּתוּלוֹת שֵׁנִית, וְאִם תַּגִּיד יְבַטֵּל דָּבָר זֶה וְעִם כָּל זֶה נִזְהֲרָה בָּזֶה שֶׁלֹּא תַּגִּיד, נִמְצָא יֵשׁ בָּהּ מִדַּת צְנִיעוּת וּלְכָךְ לֹא חָשָׁה עַל נֶזֶק וְהֶפְסֵד כְּבוֹדָהּ בְּצָרָה שֶׁמֵּבִיא לָהּ בְּצִידָּהּ! וְרָאִיתִי לְהָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל שֶׁנִּרְגָּשׁ בְּקֻושְׁיָא זוֹ, וְתֵירֵץ דְּהַשְׁתָּא שֶׁנָּטַל עֵיצָה מִמָּרְדְּכַי וְנָתַן לוֹ עֵצָה בְּכָךְ, נִמְצָא שֶׁגַּם מָרְדְּכַי רוֹצֶה שֶׁתַּגִּיד וַאֲפִילּוּ הָכֵי לֹא הִגִּידָה שְׁמַע מִינָּה מֵחֲמַת צְנִיעוּת עָבְדָה עַייֵּן שָׁם. וּדְבָרָיו תְּמוּהִין דְּוַדַּאי הִיא לֹא יָדְעָה דְּמָרְדְּכַי נָתַן לוֹ עֵצָה עַל זֹאת, וְאִם מָרְדְּכַי הוֹדִיעַ לָהּ שֶׁכָּךְ וְכָךְ נָתַתִּי לוֹ עֵצָה, וַדַּאי הִגִּיד לָהּ שֶׁעֵצָה זוֹ נָתְנָה לִפְנִים כְּדֵי לְהָפִיס דַּעְתּוֹ, שֶׁלֹּא יַחְשְׁדֵהוּ שֶׁיּוֹדֵעַ וְאֵינוֹ מַגִּיד, וּבְוַדַּאי שֶׁעַתָּה הִזְהִיר אוֹתָהּ בְּיוֹתֵר שֶׁלֹּא תַּגִּיד!
« Et Esther, en quoi consistait sa tsniout ? Car il est écrit : Esther ne disait rien de sa naissance ni de son peuple, comme le lui avait ordonné Mordekhai » (Esther 2,20). Telle est la version du Ein Yaakov, mais dans notre guemara on n'a pas rapporté de verset là-dessus. On demande sur cette version : pourquoi ne l'a-t-on pas apporté du verset précédent, « Esther ne disait rien de son peuple ni de sa naissance » (Esther 2,10) ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que de ce verset-là il n'y a pas de preuve de tsniout, car on peut dire : puisque Mordekhai avait ordonné qu'elle ne dise rien, pourquoi ferait-elle le contraire de sa volonté ? Quelle perte y a-t-il pour elle à faire sa volonté et à ne rien dire ? Mais ici, où elle voit qu'il y a pour elle un dommage à ne rien dire, puisqu'on veut lui amener une rivale à ses côtés par le rassemblement des jeunes filles une seconde fois, et que si elle disait cela serait annulé, et où malgré tout elle prend garde de ne rien dire : il se trouve qu'il y a en elle la mesure de tsniout, et c'est pourquoi elle ne s'est pas souciée du dommage et de l'atteinte à son honneur par la rivale qu'on lui amenait à ses côtés. J'ai vu que le Rav Iyoun Yaakov zal a été sensible à cette difficulté, et il a répondu que, maintenant que le roi avait pris conseil auprès de Mordekhai et que celui-ci lui avait donné ce conseil, il se trouve que Mordekhai lui-même voulait qu'elle dise, et malgré cela elle n'a rien dit : apprends-en qu'elle a agi par tsniout. Vois-y. Mais ses paroles sont étonnantes, car certainement elle ne savait pas que Mordekhai avait donné ce conseil ; et si Mordekhai lui avait fait savoir qu'il avait donné tel conseil, certainement il lui aurait dit que ce conseil n'était donné qu'en apparence, pour apaiser l'esprit du roi et qu'il ne le soupçonne pas de savoir sans le dire ; et il est certain qu'alors il l'aurait avertie plus encore de ne rien dire !
💡 Explication

Le verset dit qu'Esther continuait d'obéir à Mordekhai comme au temps où elle vivait chez lui. Rabbi Yirmeya y lit la pratique des mareot damim : elle soumettait ses sangs à l'examen des Sages pour savoir si elle était nida ou pure. Rabba bar Lima y lit la continuité du lien conjugal avec Mordekhai.

Tossefot soulève la difficulté technique : une femme passant d'un homme à l'autre demande un délai de havhana de trois mois, impossible ici. La réponse invoque l'usage d'un mokh, qui écarte la question de la filiation.

8
״בַּיָּמִים הָהֵם וּמָרְדֳּכַי יֹושֵׁב בְּשַׁעַר הַמֶּלֶךְ קָצַף בִּגְתָן וָתֶרֶשׁ״, אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אַבָּא אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: הִקְצִיף הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא אָדוֹן עַל עֲבָדָיו לַעֲשׂוֹת רְצוֹן צַדִּיק. וּמַנּוּ? יוֹסֵף, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְשָׁם אִתָּנוּ נַעַר עִבְרִי וְגוֹ׳״.

« En ces jours-là, alors que Mordekhai siégeait à la porte du roi, Bigtan et Térech se mirent en colère » (Esther 2,21) — Rabbi Hiya bar Abba dit au nom de Rabbi Yo'hanan : le Saint béni soit-Il fit se mettre en colère un maître contre ses serviteurs pour accomplir la volonté d'un juste. Et qui est-ce ?

Yossef, ainsi qu'il est dit : « et il y avait là avec nous un jeune homme hébreu, etc. » (Berechit 41,12).

📜 Rachi (1)
אָדוֹן עַל עֲבָדָיו וַיִּקְצֹוף פַּרְעֹה עַל שְׁנֵי סָרִיסָיו:
un maître contre ses serviteurs - « et Pharaon se mit en colère contre ses deux eunuques » (Berechit 40,2).
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ב, כא) 'בַּיָּמִים הָהֵם וּמָרְדֳּכַי יֹושֵׁב בְּשַׁעַר הַמֶּלֶךְ קָצַף בִּגְתָן וְתֶרֶשׁ'.. הִקְצִיף הקב"ה אָדוֹן עַל עֲבָדָיו בִּשְׁבִיל לַעֲשׂוֹת רְצוֹן צַדִּיק. נִרְאֶה לִי בס"ד נְקַט 'הַקָּצִיף' לְלַמֶּדְךָ שֶׁלֹּא הָיָה הַקֶּצֶף טִבְעִי כְּפִי מִנְהָגוֹ שֶׁל עוֹלָם, יַעַן שֶׁבֶּאֱמֶת הַשָּׂרִים עַצְמָן לֹא פָּשְׁעוּ וְלֹא חָטְאוּ בָּזֶה, אֶלָּא הַחֵטְא הָיָה מִן הַמַּשְׁקֶה וְהָאוֹפֶה שֶׁתַּחַת יָדָם שֶׁהֵם הָעוֹסְקִים, אֲבָל הַשָּׂרִים הֵם רַק מַגִּישִׁים הַיַּיִן וְהַפַּת לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ מָהָרָ"ם אַלְשֵׁיךְ זצ"ל עַל פָּסוּק (בְּרֵאשִׁית מ, א) 'חָטְאוּ מַשְׁקֵה מֶלֶךְ מִצְרַיִם וְהָאֹפֶה לַאֲדֹנֵיהֶם לְמֶלֶךְ מִצְרַיִם' עַיֵּין שָׁם, וְכֵיוָן דְּלָא הָיָה הַקֶּצֶף מִן הַדִּין עַל הַשָּׂרִים, מֻוכְרָח לוֹמַר שֶׁהָיָה בְּהַשְׁגָּחָה עֶלְיוֹנָה שֶׁהִקְצִיף הקב"ה לְפַרְעֹה אָדוֹן שֶׁלָּהֶם עַל עֲבָדָיו הַשָּׂרִים הַנִּזְכָּר, וְכֵן עִנְיַן בִּגְתָן וָתֶרֶשׁ לֹא הָיָה טִבְעִי, כִּי לֹא יְצֻוייַּר שֶׁעַבְדֵי הַמֶּלֶךְ יָמִיתוּ אֶת הַמֶּלֶךְ בִּשְׁבִיל שֶׁיֵּשׁ לָהֶם צַעַר שֵׁינָה, עַל כֵּן וַדַּאי הָיָה זֶה בְּהַשְׁגָּחָה עֶלְיוֹנָה כְּדֵי לְהוֹלִיד מִזֶּה אוֹר הַהַצְלָחָה וְהַמַּעֲלֶה לְמָרְדְּכַי הַצַּדִּיק ע"ה.
« En ces jours-là, alors que Mordekhai siégeait à la porte du roi, Bigtan et Térech se mirent en colère » (Esther 2,21)... Le Saint béni soit-Il fit se mettre en colère un maître contre ses serviteurs afin d'accomplir la volonté d'un juste. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il a employé le mot hiktsif, Il fit se mettre en colère, pour t'apprendre que cette colère n'était pas naturelle selon l'usage du monde, car en vérité les officiers eux-mêmes n'avaient commis ni faute ni péché en cela : la faute venait de l'échanson et du boulanger placés sous leur main, qui sont ceux qui font le travail, tandis que les officiers ne font que présenter le vin et le pain devant le roi, comme l'a écrit notre maître le Maharam Alchikh zatsal sur le verset « l'échanson du roi d'Égypte et le panetier fautèrent envers leur maître, le roi d'Égypte » (Berechit 40,1), vois-y. Et puisque la colère ne revenait pas de droit aux officiers, il faut dire qu'elle relevait d'une providence d'en haut : le Saint béni soit-Il fit se mettre en colère Pharaon, leur maître, contre ces officiers, ses serviteurs. De même l'affaire de Bigtan et Térech n'était pas naturelle, car on ne peut se représenter que des serviteurs du roi le tuent parce qu'ils souffrent d'un manque de sommeil ; c'était donc certainement une providence d'en haut, afin d'en faire naître la lumière de la réussite et de l'élévation pour Mordekhai le juste.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan rapproche deux colonnes du récit biblique : la colère de Pharaon contre ses officiers, qui met Yossef en position d'interpréter les rêves, et la colère de Bigtan et Térech, qui met Mordekhai en position de sauver le roi. Le verbe hiktsif, à la forme causative, place l'initiative en haut.

9
עֲבָדִים עַל אֲדוֹנֵיהֶן לַעֲשׂוֹת נֵס לַצַּדִּיק, וּמַנּוּ? מָרְדְּכַי, דִּכְתִיב: ״וַיִּוָּדַע הַדָּבָר לְמָרְדֳּכַי וְגוֹ׳״.

Des serviteurs contre leur maître, pour faire un miracle à un juste. Et qui est-ce ?

Mordekhai, car il est écrit : « la chose fut connue de Mordekhai, etc. » (Esther 2,22).

10
אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: בִּגְתָן וָתֶרֶשׁ שְׁנֵי טַרְסִיִּים הֲווֹ, וְהָיוּ מְסַפְּרִין בְּלָשׁוֹן טֻורְסִי, וְאוֹמְרִים: מִיּוֹם שֶׁבָּאת זוֹ לֹא רָאִינוּ שֵׁינָה בְּעֵינֵינוּ, בֹּא וְנַטִּיל אֶרֶס בַּסֵּפֶל כְּדֵי שֶׁיָּמוּת. וְהֵן לֹא הָיוּ יוֹדְעִין כִּי מָרְדֳּכַי מִיּוֹשְׁבֵי לִשְׁכַּת הַגָּזִית הָיָה, וְהָיָה יוֹדֵעַ בְּשִׁבְעִים לָשׁוֹן.

Rabbi Yo'hanan dit : Bigtan et Térech étaient deux Tarsiens, et ils parlaient entre eux en langue tarsienne. Ils disaient : depuis le jour où celle-ci est arrivée, nous n'avons plus vu le sommeil de nos yeux.

Viens, mettons du poison dans la coupe afin qu'il meure. Ils ne savaient pas que Mordekhai faisait partie de ceux qui siégeaient à la Lichkat haGazit (la Chambre de la pierre taillée) et qu'il connaissait les soixante-dix langues.

📜 Rachi (2)
לְשׁוֹן טוֹרְסֵי שֵׁם מָקוֹם:
la langue tarsienne - nom d'un lieu.
לֹא רָאִינוּ שֵׁינָה מִתּוֹךְ שֶׁהָיְתָה חֲבִיבָה עָלָיו הָיָה מְרַבֶּה בְּתַשְׁמִישׁ וְצָמֵא לִשְׁתּוֹת:
nous n'avons plus vu le sommeil - comme elle lui était chère, il multipliait les rapports et avait soif de boire.
💡 Explication

Le complot est conçu à voix haute parce que les deux gardes se croient protégés par leur langue. Mordekhai siège au Sanhédrin, dont les membres devaient connaître les soixante-dix langues afin de juger sans interprète. C'est cette exigence institutionnelle qui devient ici l'instrument du sauvetage.

11
אָמַר לוֹ: וַהֲלֹא אֵין מִשְׁמַרְתִּי וּמִשְׁמַרְתְּךָ שָׁוָה? אָמַר לוֹ: אֲנִי אֶשְׁמֹור מִשְׁמַרְתִּי וּמִשְׁמַרְתְּךָ. וְהַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וִיבַקֵּשׁ הַדָּבָר וְיִמָּצֵא״ — שֶׁלֹּא נִמְצְאוּ בְּמִשְׁמַרְתָּן.

L'un dit à l'autre : mais mon poste de garde et le tien ne sont pas les mêmes ! Il lui dit : je garderai mon poste et le tien.

Et c'est ce qui est écrit : « on rechercha la chose et on la trouva » (Esther 2,23) — qu'ils ne se trouvaient pas à leur poste.

📜 Rachi (1)
מִשְׁמַרְתִּי וּמִשְׁמַרְתְּךָ אַתָּה מְמֻונֶּה עַל עֲבוֹדָה אַחַת וַאֲנִי מְמֻונֶּה עַל עֲבוֹדָה אַחֶרֶת:
mon poste et ton poste - toi tu es préposé à un service et moi à un autre.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ב, כב) 'וְיוֹדֵעַ הַדָּבָר לְמָרְדְּכַי'.. וַהֲלֹא אֵין מִשְׁמַרְתִּי וּמִשְׁמַרְתְּךָ שָׁוָה. נִרְאֶה לִי בס"ד הָעִנְיָן כָּךְ הָיָה דְּאִלּוּ הָיוּ שׁוֹמְרֵי הַסַּף שֶׁל חֶדֶר הַגָּדוֹל הַחִיצוֹן שֶׁל הַמֶּלֶךְ עוֹמְדִים מִבַּחוּץ לַפֶּתַח, וְאֵלּוּ אֵין לָהֶם שֵׁירוּת בִּפְנִים, וְרַק בַּלַּיְלָה אַחַר שֶׁיִּכָּנֵס הַמֶּלֶךְ לְחֶדֶר הַפְּנִימִי לִישֹׁן עַל מִטָּתוֹ עִם אִשְׁתּוֹ שֶׁאֵין עוֹמֵד שָׁם שׁוּם מְשָׁרֵת לְפָנָיו מִשּׁוּם דֶּרֶךְ אֶרֶץ, אָז אוֹתוֹ זְמַן אֵינוֹ נִצְרָךְ שָׁם לְשׁוּם שֵׁירוּת וְרַק לִשְׁתַּיִם כִּי יִצְטָרֵךְ לִשְׁתּוֹת מַיִם בְּתוֹךְ שֵׁינָה, אוֹ לִפְעָמִים יִצְטָרֵךְ לְהַשְׁתִּין לְהַטִּיל מֵי רַגְלַיִם, וְעַל כֵּן בְּעֵת שֶׁיִּרְצֶה מַיִם מַכֶּה בְּפַעֲמוֹן בְּסִימָן עַל מַיִם, וְאָז אֶחָד מֵאֵלּוּ שׁוֹמְרֵי הַסַּף שֶׁעוֹמְדִים חוּץ לַפֶּתַח, יָכִין וְיַכְנִיס מַיִם לְחֶדֶר הַפְּנִימִי אֲשֶׁר בּוֹ יָשַׁן הַמֶּלֶךְ עַל מִטָּתוֹ עִם אִשְׁתּוֹ, וְזֶה מְיֻוחָד לְשֵׁירוּת זוֹ דַּוְקָא, וּכְשֶׁיִּרְצֶה לְהָבִיא לוֹ כְּלִי לְהַטִּיל בּוֹ מֵי רַגְלַיִם מַכֶּה בְּפַעֲמוֹן עַל זֶה, וְאָז הַשּׁוֹמֵר הַשֵּׁנִי מִשּׁוֹמְרֵי הַסַּף יָכִין וְיָבִיא לוֹ הַכְּלִי, וְהוּא לִהְיוֹתוֹ מְשַׁמֵּשׁ הַרְבֵּה שׁוֹתֶה מַיִם בַּלַּיְלָה הַרְבֵּה פְּעָמִים, וּמֵאַחַר שֶׁשּׁוֹתֶה מַיִם הַרְבֵּה הָיָה מַשְׁתִּין כַּמָּה פְּעָמִים, וְנִמְצָא רֹוב הַתַּשְׁמִישׁ סוֹבֵב טֹורַח יוֹתֵר עַל שְׁנֵי עֲבָדִים אֵלּוּ בַּלַּיְלָה, שֶׁהֵם שׁוֹמְרֵי הַסַּף שֶׁעֲלֵיהֶם מֻוטָּל שְׁנֵי מִינֵי שֵׁירוּת הַנִּזְכָּר. וְהִנֵּה אֵלּוּ אֵין יְכוֹלִים לָזוּז מִמְּקוֹמָן בַּיּוֹם לֵילֵךְ חוּצָה לְמָקוֹם אַחֵר, וְרַק בַּלַּיְלָה דְּאֵין רוֹאִין אוֹתָם אֶפְשָׁר שֶׁיִּשָּׁמֵט אֶחָד מֵהֶם וְיֵלֵךְ בַּחוּץ, וְהַשֵּׁנִי יַעֲשֶׂה הַשִּׁירוֹת שֶׁלּוֹ וְאֵין נִיכָּר, כִּי אֵלּוּ אִם יִכָּנְסוּ בַּלַּיְלָה לִפְנִים בַּעֲבוּר שְׁנֵי שֵׁירוּת הַנִּזְכָּר לְעֵיל אֵין נִרְאִין פְּנֵיהֶם לַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ מֵאַחַר שֶׁהוּא שׁוֹכֵב עַל מִטָּתוֹ עִם אִשְׁתּוֹ, וּבְוַדַּאי יֵשׁ פַּרְגּוֹד מַפְסִיק סְבִיבוֹת הַמִּטָּה מִשּׁוּם דֶּרֶךְ אֶרֶץ, וְהֵם מַנִּיחִין הַכְּלִי חוּץ לְפַרְגּוֹד הַמִּטָּה, וְיוֹצְאִין תֵּכֶף לַעֲמֹוד עַל הַסַּף מִבַּחוּץ אַחַר פַּרְגּוֹד הַשֵּׁנִי שֶׁל הַפֶּתַח, וְלָכֵן אֵלּוּ בַּיּוֹם הָיוּ מְדַבְּרִים בִּלְשׁוֹנָם זֶה בָּזֶה שֶׁהָיָה אוֹמֵר אֶחָד לַחֲבֵירוֹ שֶׁיֵּלֵךְ בַּלַּיְלָה וְיֵצֵא חוּץ מִבֵּית הַמֶּלֶךְ וְיָבִיא סַם וְיַנִּיחוֹ בִּכְלִי שֶׁל הַמַּיִם, כִּי בַּיּוֹם אִי אֶפְשָׁר לָצֵאת חוּץ לְבֵית הַמֶּלֶךְ מִפְּנֵי הָרוֹאִין, וְהֵשִׁיב לוֹ אֵיךְ אֵצֵא לַחוּץ וְשֶׁמָּא הַמֶּלֶךְ הֻוצְרַךְ לְשֵׁירוּת שֶׁלִּי אַחַר שֶׁאֵצֵא וְאֵלֵךְ לְהָבִיא הַסַּם? וְהֵשִׁיב לוֹ אֲנִי אֶשְׁמֹור מִשְׁמַרְתִּי וּמִשְׁמַרְתְּךָ שֶׁאִם הֻוצְרַךְ לִכְלִי שֶׁל מֵי רַגְלַיִם אֲנִי אֲבִיאוֹ, וְאִם הֻוצְרַךְ לִשְׁתּוֹת מַיִם אֲנִי אַכְנִיס הַמַּיִם מֵאַחַר שֶׁאֵין הַמֶּלֶךְ רוֹאֶה אוֹתִי, כִּי הַפַּרְגּוֹד שֶׁל הַמִּטָּה מַפְסִיק. וּמָרְדְּכַי הֵבִין דִּבְרֵיהֶם וְהִגִּיד לְאֶסְתֵּר וַתֹּאמֶר לַמֶּלֶךְ, וְאָז בַּלַּיְלָה כְּשֶׁהִכָּה בַּפַּעֲמוֹן לְסִימָן שֶׁיָּבִיאוּ לוֹ מַיִם רָאָה מִן הַחֲרַכִּים שֶׁל הַפַּרְגּוֹד מִי זֶה הַנִּכְנָס וְהֵבִיא הַמַּיִם, וְחָזַר וְהִכָּה בַּפַּעֲמוֹן לְסִימָן שֶׁיָּבִיאוּ לוֹ כְּלִי מֵי רַגְלַיִם רָאָה שֶׁאוֹתוֹ שֶׁהֵבִיא הַמַּיִם הֵבִיא הַכְּלִי, אָז יָדַע שֶׁהָלַךְ אֶחָד מֵהֶם לְהָבִיא הַסַּם, וְהִמְתִּין עוֹד שְׁתֵּי שָׁעוֹת וְהִכָּה בְּפַעֲמוֹן לְהָבִיא לוֹ כְּלִי מֵי רַגְלַיִם וְרָאָה מִי הִכְנִיסוֹ, וְחָזַר וְהִכָּה בְּפַעֲמוֹן לְהָבִיא לוֹ מַיִם וְרָאָה שֶׁהֱבִיאוֹ זֶה הַשֵּׁנִי הַמֻּופְקָד עָלָיו, אָז הֵבִין שֶׁכְּבָר הֵבִיא הַסַּם וּנְתָנוֹ בַּמַּיִם וְאָז בָּדַק הַמַּיִם וְנִמְצָא בָּהֶם הַסַּם, וְנִלְכְּדוּ אֵלּוּ בְּרִשְׁתָּם. כֵּן צָרִיךְ לְשַׁעֵר מְצִיאוּת הָעִנְיָן, וּבָזֶה יְתֹורְצוּ כַּמָּה דִּקְדּוּקִים וְדוֹק.
« La chose fut connue de Mordekhai »... « mon poste de garde et le tien ne sont pas les mêmes ». Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'affaire était ainsi. Ces gardiens du seuil de la grande salle extérieure du roi se tenaient dehors, à l'entrée, et n'avaient aucun service à l'intérieur. Seulement la nuit, après que le roi était entré dans la chambre intérieure pour dormir sur son lit avec sa femme, où aucun serviteur ne se tient devant lui par derekh erets, à ce moment-là on n'a besoin là d'aucun service sauf de deux choses : il lui faudra boire de l'eau au milieu de son sommeil, ou parfois il lui faudra uriner. Aussi, lorsqu'il voulait de l'eau, il frappait la clochette selon le signal de l'eau, et alors l'un de ces gardiens du seuil qui se tiennent hors de l'entrée préparait et portait l'eau dans la chambre intérieure où le roi dormait sur son lit avec sa femme ; celui-là était affecté à ce service-là précisément. Et lorsqu'il voulait qu'on lui apporte le vase pour uriner, il frappait la clochette pour cela, et alors le second des gardiens du seuil préparait et lui apportait le vase. Or, parce qu'il s'unissait beaucoup à elle, il buvait beaucoup d'eau la nuit, plusieurs fois ; et buvant beaucoup d'eau, il urinait plusieurs fois. Il se trouve que l'abondance de ses unions faisait tourner la peine surtout sur ces deux serviteurs-là, la nuit, les gardiens du seuil à qui incombaient les deux services mentionnés. Or ceux-là ne pouvaient pas bouger de leur place le jour pour aller ailleurs au dehors ; seulement la nuit, où on ne les voit pas, il était possible que l'un d'eux s'esquive et aille dehors, tandis que le second ferait son service sans que cela se remarque. Car lorsqu'ils entraient la nuit à l'intérieur pour les deux services mentionnés, leur visage n'était pas vu d'Ahachveroch, puisqu'il était couché sur son lit avec sa femme et qu'il y a certainement un pargod (rideau) qui fait séparation autour du lit, par derekh erets : ils posaient le vase hors du rideau du lit et sortaient aussitôt se tenir sur le seuil au dehors, derrière le second rideau de l'entrée. C'est pourquoi, le jour, ils parlaient entre eux dans leur langue, l'un disant à son compagnon d'aller là nuit et de sortir hors de la maison du roi pour apporter un poison et le mettre dans le vase de l'eau, car le jour il est impossible de sortir hors de la maison du roi à cause de ceux qui voient. Il lui répondit : comment sortirais-je ? Et si le roi avait besoin de mon service après que je sois sorti et parti chercher le poison ? Il lui répondit : moi je garderai mon poste et le tien ; s'il a besoin du vase pour uriner, je l'apporterai, et s'il a besoin de boire de l'eau, je porterai l'eau, puisque le roi ne me voit pas, le rideau du lit faisant séparation. Et Mordekhai comprit leurs paroles et le dit à Esther, qui le dit au roi. Alors, la nuit, lorsqu'il frappa la clochette au signal qu'on lui apporte de l'eau, il regarda par les fentes du rideau qui était celui qui entrait et apportait l'eau ; puis il frappa de nouveau la clochette au signal qu'on lui apporte le vase pour uriner, et il vit que celui-là même qui avait apporté l'eau apportait le vase. Il sut alors que l'un d'eux était parti chercher le poison. Il attendit encore deux heures, frappa la clochette pour qu'on lui apporte le vase et vit qui l'apportait, puis frappa de nouveau la clochette pour qu'on lui apporte de l'eau et vit que c'était ce second, préposé à cela, qui l'apportait. Il comprit alors qu'il avait déjà apporté le poison et l'avait mis dans l'eau ; il examina l'eau et l'on y trouva le poison, et ils furent pris à leur propre filet. Ainsi faut-il se représenter la réalité de l'affaire, et par là se résolvent plusieurs points de détail — examine bien.
💡 Explication

Le verset dit que l'enquête a « trouvé » la chose. La guemara précise ce qui a été trouvé : les deux gardes n'étaient pas à leur poste en même temps, et cette anomalie de service confirme le propos entendu par Mordekhai. Le complot se trahit par la logistique qu'il exige.

🖼️ Schéma
Comment le complot devient une preuve vérifiable Contrainte de service Chacun est préposé à un service différent : nul ne Arrangement convenu Je garderai mon poste et le tien pendant ton absence. Trace observable Un seul homme assure les deux services cette nuit-là. peut quitter seul son poste. Chaîne de transmission Mordekhai entend le tarsien - il informe Esther - Esther parle au roi au nom de Mordekhai. Vérification par le roi vayevoukach hadavar vayimatse : on chercha, et l'on trouva qu'ils n'étaient pas à leur poste.
La dénonciation ne suffit pas : le roi obtient une preuve matérielle par l'anomalie de garde.
12
״אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה״. (אַחַר מַאי?) אָמַר רָבָא: אַחַר שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא רְפוּאָה לַמַּכָּה.

« Après ces événements » (Esther 3,1). Après quoi ?

Rava dit : après que le Saint béni soit-Il eut créé le remède à la plaie.

📜 Rachi (3)
הָכִי גָּרְסִינַן אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה גִּדַּל הַמֶּלֶךְ אֶת הַמָּן וְגוֹ' בָּתַר בִּגְתָן וָתֶרֶשׁ כְּתִיב:
voici notre version : « après ces événements, le roi éleva Haman, etc. » - c'est écrit après l'épisode de Bigtan et Térech.
וְקָא בָּעֵי הַשַּׁ"ס אַחַר מַאי מָה הֵעִיד עָלָיו הַכָּתוּב שֶׁלֹּא גִּידְּלוֹ עַד שֶׁבָּא מַעֲשֶׂה הַזֶּה:
et la guemara demande : après quoi ? - que veut attester le verset à son sujet, en disant qu'il ne l'éleva pas avant que cet événement fût arrivé ?
אַחַר שֶׁבָּרָא הַקָּדוֹשׁ ב"ה רְפוּאָה לַמַּכָּה הָעֲתִידָה לָבֹא לְאַחַר זְמַן:
après que le Saint béni soit-Il eut créé le remède à la plaie - celle qui devait venir plus tard.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ג, א) 'אַחַר הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה' מַאי אַחַר? אָמַר רָבָא: אַחַר שֶׁבָּרָא הקב"ה רְפוּאָה לַמַּכָּה. נִרְאֶה לִי בס"ד הָרְפוּאָה הָיְתָה מֵחֲמַת הַסּוֹד הַזֶּה שֶׁל בִּגְתָן וָתֶרֶשׁ שֶׁנִּגְלָה לְמָרְדְּכַי הַצַּדִּיק ע"ה, וְגִילָּהוּ לְאֶסְתֵּר וְאֶסְתֵּר לַאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, וּבָזֶה נִיצּוֹל מָרְדְּכַי מִן הַמַּכָּה שֶׁל הַצְּלִיבָה שֶׁהִזְמִין לוֹ הָמָן עַל יְדֵי טֻומְאָתוֹ בִּכְשָׁפִים. וְיָדוּעַ אוֹת ס' הוּא סוֹד, וְאִם תַּנִּיחַ ס' עַל אוֹתִיּוֹת 'מַכָּה' יִהְיֶה צֵירוּף 'סָמְכָה' דְּאַדְּרַבָּא הַמַּכָּה תִּהְיֶה סָמְכָה לְמָרְדְּכַי וּלְיִשְׂרָאֵל. וְלָזֶה אָמַר הִקְדִּים רְפוּאָה לְמַכָּה הִקְדִּים דַּיְיקָא כְּדֵי שֶׁיָּבֹא אוֹת ס' וְיִתְחַבֵּר עִם מַכָּה וְתִהְיֶה סָמְכָה.
« Après ces événements » (Esther 3,1). Après quoi ? Rava dit : après que le Saint béni soit-Il eut créé le remède à la plaie. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le remède vint de ce sod (secret) de Bigtan et Térech qui fut révélé à Mordekhai le juste, qu'il révéla à Esther et qu'Esther révéla à Ahachveroch : par là Mordekhai fut sauvé de la plaie de la pendaison que Haman lui avait préparée par sa souillure des sortilèges. Et il est connu que la lettre samekh est le sod ; si tu poses un samekh sur les lettres de maka (plaie), il se forme le mot samkha (elle a soutenu) : au contraire, la plaie devient un appui pour Mordekhai et pour Israël. C'est pourquoi il a dit qu'Il a fait précéder le remède à la plaie ; hikdim, Il a fait précéder, est un terme précis, afin que vienne la lettre samekh se joindre à maka et que cela devienne samkha.
💡 Explication

Rachi explique la portée de la question : le verset ne se contente pas d'enchaîner deux épisodes, il atteste que l'élévation de Haman n'a eu lieu qu'une fois l'épisode précédent accompli. Rava en tire que le sauvetage du roi par Mordekhai, consigné dans les chroniques, est le remède déposé à l'avance pour une plaie encore à venir.

13
דְּאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: אֵין הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַכֶּה אֶת יִשְׂרָאֵל אֶלָּא אִם כֵּן בּוֹרֵא לָהֶם רְפוּאָה תְּחִילָּה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כְּרָפְאִי לְיִשְׂרָאֵל וְנִגְלָה עֲוֹן אֶפְרַיִם״. אֲבָל אֻומּוֹת הָעוֹלָם אֵינוֹ כֵּן — מַכֶּה אוֹתָן וְאַחַר כָּךְ בּוֹרֵא לָהֶם רְפוּאָה, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנָגַף ה׳ אֶת מִצְרַיִם נָגֹוף וְרָפוֹא״.

Car Rech Lakich a dit : le Saint béni soit-Il ne frappe Israël que s'Il leur a d'abord créé un remède, ainsi qu'il est dit : « quand Je voulais guérir Israël, la faute d'Efraim s'est découverte » (Hochea 7,1). Mais pour les nations du monde il n'en va pas ainsi : Il les frappe, et ensuite Il leur créé un remède, ainsi qu'il est dit : « et ה' frappera l'Égypte, frappant et guérissant » (Yechayahou 19,22).

📜 Rachi (1)
כְּרָפְאִי לְיִשְׂרָאֵל וְאַחַר כָּךְ נִגְלֶה עֲוֹן אֶפְרַיִם ע"י מַכָּה שֶׁאֲנִי מֵבִיא עֲלֵיהֶן:
quand Je voulais guérir Israël - et ensuite « la faute d'Efraim s'est découverte », par la plaie que Je fais venir sur eux.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֵין הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מַכֶּה אֶת יִשְׂרָאֵל אֶלָּא אִם כֵּן בּוֹרֵא לָהֶם רְפוּאָה תְּחִלָּה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת מַאי הֶפְרֵשׁ אִיכָּא בֵּין הָא לְהָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּהָרְפוּאָה הִיא נֵס שֶׁצָּרִיךְ לָהּ נִיכּוּי זְכִיּוֹת וְכָל מַה שֶּׁיִּהְיֶה הַנֵּס קָשֶׁה וְעָצוּם יוֹתֵר יִהְיֶה בַּעֲבוּרוֹ נִיכּוּי זְכִיּוֹת יוֹתֵר, וְאִם תַּקְדִּים הָרְפוּאָה לֹא יִהְיֶה הַנֵּס קָשֶׁה כָּל כָּךְ, דְּמֵאַחַר שֶׁצָּמְחָה הָרְפוּאָה לֹא יֵשׁ פִּתְחוֹן פֶּה לַמְקַטְרְגִים לְקַטְרֵג כָּל כָּךְ, וְכֵיוָן דְּלֵיכָּא קִטְרוּג כָּל כָּךְ לֹא יִהְיֶה הַנֵּס קָשֶׁה, כִּי קֹושִׁי הַנֵּס תָּלוּי בְּרִבּוּי הַקִּטְרוּג כַּנּוֹדָע. וּלְכָךְ בְּיִשְׂרָאֵל מַקְדִּים הָרְפוּאָה לַמַּכָּה, וְאַחַר שֶׁהָיוּ הֵם בְּסַכָּנָה שֶׁל [מָוֶת] שֶׁל הַמַּכָּה, אָז כְּשֶׁיַּעֲשֶׂה לָהֶם הָרְפוּאָה בְּנֵס לֹא יִהְיֶה הַנֵּס קָשֶׁה כָּל כָּךְ, שֶׁצָּרִיךְ לְנַכּוֹת בַּעֲבוּרוֹ מִזְּכֵיוֹתָם נִיכּוּי רַב, דְּמֵאַחַר שֶׁכְּבָר צָמְחָה הָרְפוּאָה קֹודֶם הַסַּכָּנָה לֹא יְקַטְרְגוּ הַרְבֵּה עַל מַעֲשֵׂה הַנֵּס הַנַּעֲשֶׂה בְּפֹועַל בְּעֵת הַסַּכָּנָה שֶׁל הַמַּכָּה, מַה שֶׁאֵין כֵּן הָעַכּוּ"ם אִם יִרְצֶה הַשֵּׁם יִתְבָּרֵךְ לַעֲשׂוֹת לָהֶם נֵס לִרְפוּאָה יַעֲשֶׂנּוּ וְיִצְמָחֶנּוּ אַחַר שֶׁעוֹמְדִים בְּסַכָּנָה שֶׁל הַמַּכָּה, דְּאָז אוֹתוֹ זְמַן יִרְבֶּה הַקִּטְרוּג עֲלֵיהֶם מִצַּד הַמַּשְׂמִאלִים, וְאָז מִמֵּילָא יְנַכֶּה כָּל זְכוּת שֶׁלָּהֶם בַּעֲבוּר הַנֵּס, מֵאַחַר שֶׁהַנֵּס נַעֲשָׂה קָשֶׁה מְאֹד מִכֹּחַ רִבּוּי הַמְקַטְרְגִים, וְנִמְצָא הֵם מַפְסִידִים הַרְבֵּה שֶׁאוֹכְלִים כָּל זְכִיּוֹתֵיהֶם בַּעֲבוּר דָּבָר אֶחָד דַּוְקָא. וּבָזֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רָמַז הַכָּתוּב שֶׁאוֹמְרִים יִשְׂרָאֵל (תְּהִלִּים עט, ח) 'מַהֵר יְקַדְּמוּנוּ רַחֲמֶיךָ' כְּלוֹמַר שֶׁתַּקְדִּים הָרְפוּאָה לַמַּכָּה, יַעַן 'כִּי דַּלּוֹנוּ מְאֹד', שֶׁאֵין לָנוּ זְכִיּוֹת הַרְבֵּה וְאִם לֹא תַּקְדִּים צָרִיךְ נִיכּוּי זְכִיּוֹת יוֹתֵר.
« Le Saint béni soit-Il ne frappe Israël que s'Il leur a d'abord créé un remède. » Il y a lieu de demander : quelle différence y a-t-il entre ceci et cela ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le remède est un miracle, et qu'un miracle exige un nikouy zekhouyot, un prélèvement sur les mérites ; plus le miracle est dur et considérable, plus le prélèvement de mérites est grand. Or si le remède précède, le miracle ne sera pas si dur : puisque le remède a déjà germé, les accusateurs n'ont pas tant matière à accuser, et comme l'accusation n'est pas si forte, le miracle ne sera pas dur, car la dureté du miracle dépend de l'abondance de l'accusation, comme on le sait. C'est pourquoi, pour Israël, Il fait précéder le remède à la plaie : une fois qu'ils sont dans le danger de la plaie, lorsqu'Il leur fait le remède par miracle, le miracle n'est pas si dur qu'il faille prélever beaucoup sur leurs mérites, puisque le remède a déjà germé avant le danger et qu'on n'accuse pas beaucoup l'acte du miracle accompli au temps du danger de la plaie. Il en va autrement des nations : si Hachem béni soit-Il veut leur faire un miracle de guérison, Il le fait germer alors qu'elles se tiennent déjà dans le danger de la plaie ; à ce moment-là l'accusation se multiplie contre elles du côté des accusateurs, et alors tout leur mérite est nécessairement prélevé pour ce miracle, puisque le miracle se fait très dur par la multitude des accusateurs. Il se trouve qu'elles y perdent beaucoup, consumant tous leurs mérites pour une seule chose. Par là j'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, l'allusion du verset que disent Israël : « que Tes miséricordes nous devancent vite » (Tehilim 79,8), c'est-à-dire que Tu fasses précéder le remède à la plaie, parce que « nous sommes très abaissés » : nous n'avons pas beaucoup de mérites, et si Tu ne fais pas précéder, il faudra un prélèvement de mérites plus grand.
💡 Explication

La preuve tient à l'ordre des mots dans chaque verset. Chez Hochea, la guérison est nommée avant que la faute se découvre ; chez Yechayahou, l'Égypte est frappée avant d'être guérie. L'ordre grammatical porte ici une différence de traitement.

Cette règle est la clef de lecture de toute la meguila : l'élévation de Haman arrive après que le sauvetage du roi a été consigné, et les chekalim d'Israël seront montrés plus bas comme antérieurs à ceux de Haman.

🖼️ Schéma
L'ordre des mots du verset comme preuve Israël - Hochea 7,1 kerofi leIsraël (quand Je voulais guérir Israël) ... venigla avon Efraim (la faute d'Efraim se découvre). La guérison est nommée en premier. Nations - Yechayahou 19,22 nagof (frappant) ... verafo (et guérissant). Le coup est nommé en premier.
Deux versets, deux ordres de mots : Rech Lakich en fait deux régimes de providence.
14
״וַיִּבֶז בְּעֵינָיו לִשְׁלֹוחַ יָד בְּמָרְדֳּכַי לְבַדּוֹ״. אָמַר רָבָא: בַּתְּחִילָּה בְּמָרְדְּכַי לְבַדּוֹ, וּלְבַסּוֹף בְּעַם מָרְדְּכַי, וּמָנוּ — רַבָּנָן, וּלְבַסּוֹף בְּכָל הַיְּהוּדִים.

« Il dédaigna de porter la main sur Mordekhai seul » (Esther 3,6). Rava dit : au début sur Mordekhai seul, puis sur le peuple de Mordekhai — et qui sont-ils ? les rabanan (les Sages) — et finalement sur tous les Juifs.

💡 Explication

Rava lit le verset comme trois étapes successives d'un même projet, marquées par ses trois expressions : Mordekhai seul, le peuple de Mordekhai, tous les Juifs. L'expression intermédiaire désigne pour lui le cercle des Sages, ceux qui appartiennent proprement à Mordekhai.

15
״הִפִּיל פּוּר הוּא הַגּוֹרָל״, תַּנָּא: כֵּיוָן שֶׁנָּפַל פּוּר בְּחֹודֶשׁ אֲדָר שָׂמַח שִׂמְחָה גְּדוֹלָה, אָמַר: נָפַל לִי פּוּר בְּיֶרַח שֶׁמֵּת בּוֹ מֹשֶׁה. וְלֹא הָיָה יוֹדֵעַ שֶׁבְּשִׁבְעָה בַּאֲדָר מֵת, וּבְשִׁבְעָה בַּאֲדָר נוֹלַד.

« Il fit tomber le pour, c'est-à-dire le sort » (Esther 3,7). On a enseigné : lorsque le sort tomba sur le mois d'Adar, il se réjouit d'une grande joie.

Il dit : le sort est tombé pour moi sur le mois où Moche est mort. Il ne savait pas que le sept Adar il est mort, et que le sept Adar il est né.

📜 Rachi (3)
הִפִּיל פּוּר וּמַהוּ פּוּר הוּא הַגּוֹרָל מִיּוֹם לְיוֹם בְּאֵיזוֹ יוֹם יִפֹּול הַגּוֹרָל וְכֵן מֵחֹודֶשׁ לַחֹודֶשׁ וְהַגּוֹרָל שֶׁל כֻּולָּן הִטִּיל בְּיוֹם אֶחָד וְנָפַל לוֹ הַגּוֹרָל עַל אֶחָד:
il fit tomber le pour - et qu'est-ce que le pour ? C'est le sort : de jour en jour, pour savoir sur quel jour le sort tomberait, et de même de mois en mois ; il jeta le sort de tous en un seul jour, et le sort lui tomba sur l'un d'eux.
בְּשִׁבְעָה בַּאֲדָר מֵת מֹשֶׁה שֶׁנֶּאֱמַר וְהָעָם עָלוּ מִן הַיַּרְדֵּן בֶּעָשׂוֹר לַחֹודֶשׁ הָרִאשׁוֹן (יְהוֹשֻׁעַ ד׳:י״ט) צֵא מֵהֶם לְמַפְרֵעַ שְׁלֹשִׁים יוֹם בְּאֶבְלוֹ שֶׁל מֹשֶׁה וּשְׁלֹשָׁה יָמִים שֶׁהֵכִינוּ לָהֶם צֵידָה שֶׁנֶּאֱמַר הָכִינוּ לָכֶם צֵידָה כִּי בְּעוֹד שְׁלֹשָׁה יָמִים אַתֶּם עוֹבְרִים וְגוֹ' (שָׁם א) הֲרֵי בְּשִׁבְעָה בַּאֲדָר מֵת מֹשֶׁה:
le sept Adar Moche est mort - car il est dit « le peuple monta du Yarden le dix du premier mois » (Yehochoua 4,19) ; retranche de là, à rebours, les trente jours du deuil de Moche et les trois jours pendant lesquels ils préparèrent des provisions, ainsi qu'il est dit « préparez-vous des provisions, car dans trois jours vous passerez, etc. » (Yehochoua 1,11) : voilà que Moche est mort le sept Adar.
וּבְשִׁבְעָה בַּאֲדָר נוֹלַד דִּכְתִיב בֶּן מֵאָה וְעֶשְׂרִים שָׁנָה אָנֹכִי הַיּוֹם (דְּבָרִים ל״א:ב׳) הַיּוֹם מָלְאוּ יָמַי וּשְׁנוֹתַי כְּדַאי הַלֵּידָה שֶׁתְּכַפֵּר עַל הַמִּיתָה:
et le sept Adar il est né - car il est écrit « j'ai aujourd'hui cent vingt ans » (Devarim 31,2) : aujourd'hui mes jours et mes années sont accomplis ; la naissance est apte à compenser la mort.
💡 Explication

Haman lit le calendrier comme un présage et s'arrête au jour de la mort de Moche. Le calcul de Rachi, remontant depuis la traversée du Yarden, fixe cette date au sept Adar ; le verset de Devarim, « j'ai aujourd'hui cent vingt ans », montre que le même jour est celui de sa naissance.

Le mois choisi par le sort porte donc les deux signes à la fois. La formule de Rachi, la naissance est apte à compenser la mort, résume le retournement du présage.

🖼️ Schéma
Le sept Adar : la date que Haman ne connaissait qu'à moitié Ce que Haman a vu Le sort tombe sur Adar, mois où Moche est mort : présage favorable. Ce qu'il ignorait Le sept Adar est aussi le jour de la naissance de Moche. Le calcul de Rachi pour la date de la mort 10 Nissan, traversée du Yarden - 3 jours de préparation des provisions - 30 jours de deuil = 7 Adar. Et pour la naissance : ben mea veesrim chana anokhi hayom - aujourd'hui mes jours sont accomplis.
La même date porte la perte et le commencement ; le présage de Haman était incomplet.
16
״יֶשְׁנוֹ עַם אֶחָד״, אָמַר רָבָא: לֵיכָּא דְּיָדַע לִישָּׁנָא בִּישָׁא כְּהָמָן. אֲמַר לֵיהּ: תָּא נֵיכְלִינְהוּ. אֲמַר לֵיהּ: מִסְתְּפֵינָא מֵאֱ-לָהַיְהוּ דְּלָא לֶיעְבֵּיד בִּי כְּדַעֲבַד בְּקַמָּאֵי. אֲמַר לֵיהּ: [״יֶשְׁנוֹ״ —] יֶשְׁנוֹ מִן הַמִּצְוֹת.

« Il est un peuple » (Esther 3,8) — Rava dit : nul ne savait médire comme Haman. Il lui dit : viens, exterminons-les.

Il lui dit : je crains leur D.ieu, qu'Il ne me fasse comme Il a fait à ceux qui m'ont précédé. Il lui dit : « yéchno » — ils dorment quant aux mitsvot.

🪔 Ben Yehoyada (1)
יֶשְׁנוֹ מִן הַמִּצְוֹת. קַשָּׁא אֵיךְ הֶאֱמִינוּ בִּדְבָרִים אֵלּוּ וְכִי הוּא יָשַׁב עִמָּהֶם בְּבָתֵּיהֶם וְרוֹאֶה אֶת מַעֲשֵׂיהֶם? וְנִרְאֶה לִי כִּי אָמַר לוֹ אֵין פַּחַד וּמוֹרָא לְהַמִּתְגָּרֶה בָּהֶם אֶלָּא רַק מִן הַמִּצְוֹת הַתְּלוּיִים בָּאָרֶץ, שֶׁהֵם קָרְבָּנוֹת וּתְרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת וְכַיּוֹצֵא, וְעַתָּה שֶׁהֵם בְּחוּץ לָאָרֶץ בְּוַדַּאי יֶשְׁנוֹ מִן הַמִּצְוֹת הָאֵלֶּה, וְהֵשִׁיב לְהוּ אִית בְּהוּ רַבָּנָן דְּעוֹסְקִים בַּתּוֹרָה שֶׁל קָרְבָּנוֹת שֶׁל תְּרוּמוֹת וּמַעַשְׂרוֹת, וְנֶחְשָׁב לָהֶם כְּאִלּוּ קִיְּימוּם בְּפֹועַל, וְאָז בָּעוּ רַחֲמֵי עֲלַיְהוּ וּתְפִילָּתָם עוֹשָׂה פֵּירוֹת בִּזְכוּת מִצְוֹת אֵלּוּ, וְהֵשִׁיב לוֹ (אֶסְתֵּר ג, ח) 'עַם אֶחָד' הֵן שֶׁגַּם הַחֲכָמִים עָזְבוּ הַתּוֹרָה וְנַעֲשׂוּ כְּעַמָּא דְּאַרְעָא ח"ו.
« Ils dorment quant aux mitsvot. » Difficulté : comment a-t-il été cru sur ces paroles ? Était-il donc assis avec eux dans leurs maisons à voir leurs actes ? Il me semble qu'il lui dit : la crainte et l'effroi, pour qui s'attaque à eux, ne viennent que des mitsvot qui dépendent de la terre, comme les korbanot, les teroumot, les maasrot et les semblables ; et maintenant qu'ils sont hors de la terre, ils dorment certainement quant à ces mitsvot. Il lui répondit : il y a parmi eux des Sages qui s'occupent de la Torah des korbanot, des teroumot et des maasrot, et cela leur est compté comme s'ils les avaient accomplies en acte ; alors ils demandent miséricorde pour eux, et leur prière porte des fruits par le mérite de ces mitsvot. Il lui répondit : « un seul peuple » — oui, car les Sages eux aussi ont abandonné la Torah et sont devenus comme le peuple de la terre, à D.ieu ne plaise.
💡 Explication

Le mot du verset yéchno signifie d'abord « il existe ». Haman l'entend à partir de la racine du sommeil : ce peuple dort à l'égard des mitsvot. La réponse vise la seule objection qui pouvait retenir le roi, la crainte de la protection divine.

17
אֲמַר לֵיהּ: אִית בְּהוּ רַבָּנָן. אֲמַר לֵיהּ: עַם אֶחָד הֵן.

Il lui dit : il y a parmi eux des Sages. Il lui dit : ils sont un seul peuple.

📜 Rachi (1)
אִית בְּהוּ רַבָּנָן מִתְּשׁוּבָתוֹ שֶׁל הָמָן אָנוּ לְמֵדִין שֶׁכָּךְ הָיָה אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ מְשִׁיבוֹ:
il y a parmi eux des Sages - de la réponse de Haman nous apprenons que c'est ainsi qu'Ahachveroch lui répondait.
💡 Explication

Le verset ne rapporte que les paroles de Haman. Rachi indique la méthode de lecture employée ici : la réponse permet de reconstituer l'objection, et le verset devient ainsi un dialogue complet.

18
שֶׁמָּא תֹּאמַר, קָרְחָה אֲנִי עוֹשֶׂה בְּמַלְכוּתֶךָ — מְפֻוזָּרִין הֵם בֵּין הָעַמִּים. שֶׁמָּא תֹּאמַר: אִית הֲנָאָה מִינַּייְהוּ — ״מְפֹורָד״, כִּפְרֵידָה זוֹ שֶׁאֵינָהּ עוֹשָׂה פֵּירוֹת. וְשֶׁמָּא תֹּאמַר, אִיכָּא מְדִינְתָּא מִינַּייְהוּ — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״בְּכָל מְדִינוֹת מַלְכוּתָךְ״.

Peut-être diras-tu : je ferais une calvitie dans ton royaume — « ils sont dispersés parmi les peuples ». Peut-être diras-tu : il y a un profit à en tirer — « méfourad », comme cette mule qui ne porte pas de fruits.

Et peut-être diras-tu : il y a une province qui est à eux — le verset dit : « dans toutes les provinces de ton royaume ».

📜 Rachi (2)
קָרְחָה אֲנִי עוֹשֶׂה בְּמַלְכוּתֶךָ שֶׁמַּלְכוּת אַחַת מְלֵיאָה מֵהֶם:
je ferais une calvitie dans ton royaume - car une province entière en serait remplie.
מְדִינְתָּא מְדִינָה קְטַנָּה:
medinata - une petite province.
💡 Explication

Chaque mot du verset est entendu comme la réponse à une objection précise du roi : une région vidée de ses habitants, une perte économique, une province entière dépeuplée. Le mot méfourad est rapproché de péreida, la mule, stérile.

19
״וְדָתֵיהֶם שֹׁונוֹת מִכָּל עָם״, דְּלָא אָכְלִי מִינַּן וְלָא נָסְבִי מִינַּן וְלָא מִנַּסְבִי לַן. ״וְאֶת דָּתֵי הַמֶּלֶךְ אֵינָם עֹושִׂים״, דְּמַפְּקִי לְכֻולָּא שַׁתָּא בְּשִׁהֵי פִּהֵי. ״וְלַמֶּלֶךְ אֵין שֹׁוֶה לְהַנִּיחָם״, דְּאָכְלוּ וְשָׁתוּ וּמְבַזּוּ לֵיהּ לְמַלְכָּא, וַאֲפִילּוּ נוֹפֵל זְבוּב בְּכוֹסוֹ שֶׁל אֶחָד מֵהֶן — זוֹרְקוֹ וְשׁוֹתֵהוּ, וְאִם אֲדוֹנִי הַמֶּלֶךְ נוֹגֵעַ בְּכוֹסוֹ שֶׁל אֶחָד מֵהֶן — חוֹבְטוֹ בַּקַּרְקַע וְאֵינוֹ שׁוֹתֵהוּ.

« Et leurs lois diffèrent de celles de tout peuple » : ils ne mangent pas de chez nous, ne prennent pas de femmes chez nous et ne nous donnent pas les leurs. « Et les lois du roi, ils ne les accomplissent pas » : ils passent toute l'année en chehi pehi.

« Et le roi n'a pas intérêt à les laisser » : ils mangent, boivent et méprisent le roi ; et même si une mouche tombe dans la coupe de l'un d'eux, il la jette et boit, mais si mon seigneur le roi touche la coupe de l'un d'eux, il la jette à terre et ne la boit pas.

📜 Rachi (4)
וְלָא נָסְבִי מִינָן נָשִׁים:
et ne prennent pas de chez nous - des femmes.
וְאֶת דָּתֵי הַמֶּלֶךְ אֵינָם עֹושִׂים אוּנְגָּרִיּוֹת וּמְסַיֵּם וְגוּלְגְּלָיוֹת וְאַרְנוֹנוֹת אֵינָן נוֹתְנִין:
et les lois du roi, ils ne les accomplissent pas - les corvées, les impôts, la capitation et les annones : ils ne les donnent pas.
דְּמַפְּקִי לֵיהּ לְשַׁתָּא בשה"י פה"י שַׁבָּת הַיּוֹם פֶּסַח הַיּוֹם וְאָנוּ אֲסוּרִים בִּמְלָאכָה:
ils passent l'année en chehi pehi - Chabbat hayom, Pessa'h hayom : c'est Chabbat aujourd'hui, c'est Pessa'h aujourd'hui, et le travail nous est interdit.
אֵין שָׁוֶה אֵין נָאֶה וְאֵין חֲשָׁשׁ לְהַנִּיחָן:
ein chave - il n'est pas convenable, et il n'y a pas d'intérêt à les laisser.
🪔 Ben Yehoyada (2)
(אֶסְתֵּר ג, ח) 'וְאֶת דָּתֵי הַמֶּלֶךְ אֵינָם עֹשִׂים' דְּמַפְּקִי לִכְלָא שַׁתָּא בשה"י פה"י. פֵּירֵשׁ רַשִׁ"י זַ"ל שה"י רָאשֵׁי תֵּיבוֹת שַׁבָּת הַיּוֹם, פה"י רָאשֵׁי תֵּיבוֹת פֶּסַח הַיּוֹם. וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת בִּשְׁלָמָא שַׁבָּת מָצוּי בְּכָל שָׁבוּעַ, לָכֵן אָמַר מַפְּקִי לְשַׁתָּא כֻּולָּהּ בְּשַׁבָּת הַיּוֹם, אַךְ פֶּסַח הוּא בְּנִיסָן דַּוְקָא, וְאֵיךְ אָמַר מַפְּקִי לְשַׁתָּא כֻּולָּהּ בֵּיהּ? וְלָמָּה לֹא אָמַר עַל סֻוכּוֹת? אַדְּרַבָּה הוּא אָרֹוךְ יוֹתֵר מִן פֶּסַח. וְנִרְאֶה לִי בס"ד מִשּׁוּם כִּי לְצֹורֶךְ הַפֶּסַח יֵשׁ עֲסָקִים הַרְבֵּה אֲשֶׁר נַעֲשִׂים בְּמֶשֶׁךְ הַשָּׁנָה כֻּולָּהּ דְּהַייְנוּ בִּתְחִלַּת הַקַּיִץ אַחַר נִיסָן הוּא זְמַן קְצִירַת חִיטִּים וְהֵם יוֹצְאִים לַשָּׂדוֹת חֲבוּרוֹת חֲבוּרוֹת, אִם נִשְׁאָלָם לְהֵיכָן תֵּלֵכוּ? יֹאמְרוּ לִקְצֹור חִיטִּים בְּיָדֵינוּ שֶׁיִּהְיוּ שְׁמוּרִים בִּשְׁבִיל מַצָּה, וְאִי אֶפְשָׁר לִיקַּח חִיטִּים מִן הַשּׁוּק אֶלָּא צָרִיךְ שְׁמוּרָה מִשְּׁעַת קְצִירָה, וְאַחַר שְׁנַיִם וְשָׁלֹשׁ שְׁבוּעוֹת חוֹזְרִים וְהוֹלְכִים לַשָּׂדוֹת אִם נִשְׁאָלָם מַה תַּעֲשׂוּ שָׁם? יֹאמְרוּ גַּם כֵּן בִּשְׁבִיל קְצִירַת חִיטִּים לְמַצָּה, וַהֲלֹא כְּבָר עֲשִׂיתֶם קְצִירָה? יֹאמְרוּ לֹא עָשִׂינוּ בְּאוֹתָהּ הֲלִיכָה רִאשׁוֹנָה, יַעַן כִּי יָרְדוּ גְּשָׁמִים וְנִפְסְלוּ הַשִּׁבֳּלִים שֶׁהָיוּ יְבֵשִׁים, וְעַתָּה אֲנַחְנוּ הוֹלְכִים לְחַפֵּשׂ שִׁבֳּלִים שֶׁהָיוּ עוֹדָם לַחִים בִּזְמַן יְרִידַת הַגֶּשֶׁם. וְאַחַר שָׁלֹשׁ וְאַרְבַּע שְׁבוּעוֹת חוֹזְרִים וְהוֹלְכִים, אִם נִשְׁאָלָם לְהֵיכָן תֵּלֵכוּ? אוֹמְרִים בִּשְׁבִיל קְצִירָה, כִּי אוֹתָם חִיטִּים שֶׁקָּצַרְנוּ בַּהֲלִיכָה שְׁנִיָּה אַחַר עָמָל וְטֹורַח כְּשֶׁהֵבֵאנוּ אוֹתָם בָּא עֲלֵיהֶם מַיִם מִן הַנָּהָר וְנִפְסְלוּ, וְלָכֵן אֲנַחְנוּ חוֹזְרִים וְקוֹצְרִים מֵחֹדֶשׁ, בְּאֹופֶן כִּי מָשַׁךְ שְׁלֹשָׁה חֳדָשִׁים אִייָּר סִיוָן תַּמּוּז מַעֲבִירִים אוֹתָם בְּעֵסֶק זֶה שֶׁל חִיטֵּי דְּפִסְחָא. אַחַר כָּךְ בְּחֹדֶשׁ אָב יוֹצְאִים לַכְּרָמִים שֶׁבַּכְּפָרִים, אִם נִשְׁאָלָם לְהֵיכָן תֵּלֵכוּ? אוֹמְרִים לְהָבִיא עֲנָבִים לַעֲשׂוֹתָם יַיִן לְחַג הַפֶּסַח, שֶׁצָּרִיךְ לְבוֹצְרָם בְּיָדֵינוּ וּלְתַקְּנָם בְּיָדֵינוּ בְּכֵלִים כְּשֵׁרִים וּבָזֶה הָעֵסֶק מַעֲבִירִים כָּל חֹדֶשׁ אָב כֻּולּוֹ אַחַר כָּךְ בֶּאֱלוּל חוֹזְרִים וְיוֹצְאִים לַכְּרָמִים וְנִשְׁאָלָם לְהֵיכָן תֵּלְכוּ? אוֹמְרִים לְהָבִיא תְּמָרִים לַעֲשׂוֹתָם חֲרֹוסֶת לְפֶסַח וְגַם לַאֲכִילָה בְּתוֹךְ פֶּסַח, כִּי לֹא נוּכַל לִקְנוֹת תְּמָרִים מִן הַשּׁוּק לְאָכְלָם בְּפֶסַח, וּמַעֲבִירִים כָּל חֹדֶשׁ זֶה בְּעֵסֶק זֶה, אַחַר כָּךְ חֹדֶשׁ תִּשְׁרֵי כֻּולּוֹ יָמִים טוֹבִים וּמוֹעֲדִים. אַחַר כָּךְ יָבֹא חֶשְׁוָון נְבַקְּשֵׁם לַעֲבוֹדַת הַמֶּלֶךְ וְהֵם נִשְׁמָטִים, בְּאָומְרָם עֵסֶק גָּדוֹל יֵשׁ לָנוּ בְּחֹודֶשׁ זֶה בְּחִיטֵּי דְּפִסְחָא, שֶׁצָּרִיךְ לְבָרֵר הַחִיטִּים עַל הַשֻּׁלְחָנוֹת מִשְּׂעוֹרִים וּשְׁאָר מִינִין, וְחֹודֶשׁ זֶה רָאוּי לְעֵסֶק זֶה שֶׁאֵינוֹ לֹא קַר וְלֹא חָם וְלֹא יִהְיֶה זֵיעָה בְּיָדַיִם, אַחַר כָּךְ יָבוֹאוּ יְמֵי הַחֹורֶף שֶׁכֻּולָּם שֶׁלֶג וּמָטָר וְקוֹר שֶׁאִי אֶפְשָׁר לִיקְחָם לַעֲבוֹדַת הַמֶּלֶךְ! וּכְשֶׁיַּגִּיעַ אֲדָר שֶׁהוּא יָמִים מֻוכְשָׁרִים וְטוֹבִים לִמְלָאכָה נִשְׁמָטִין מִיָּדֵינוּ בְּאָומְרָם עֵסֶק גָּדוֹל יֵשׁ לָנוּ בְּחֹודֶשׁ זֶה לְהָכִין הָרֵחַיִים חֲדָשִׁים בִּשְׁבִיל חִיטֵּי דְּפִסְחָא, וְלִנְקֹור אוֹתָם וּלְתַקֵּן מוֹשָׁבָם, וְלִטְחֹון הַחִיטִּים. אַחַר כָּךְ יַגִּיעַ נִיסָן אוֹמְרִים עֵסֶק גָּדוֹל מְאֹד יֵשׁ לָנוּ בְּצָרְכֵי פֶּסַח, הֵן בַּאֲפִיַּית הַמַּצּוֹת הֵן בְּהַגְעָלַת הַכֵּלִים, הֵן בִּשְׁאָר הֲכָנוֹת לְצֹורֶךְ פֶּסַח, נִמְצָא כָּל הַשָּׁנָה נִשְׁמָטִים מֵעֲבוֹדַת הַמֶּלֶךְ, בְּאָומְרָם שֶׁעוֹסְקִים בְּצָרְכֵי פֶּסַח, וּלְכָךְ זָכַר פֶּסַח דַּוְקָא עַל הַשְּׁמִטָּה דְּכֻולָּהּ שַׁתָּא. וְאוֹמְרָם שַׁבָּת הַיּוֹם הַייְנוּ כִּי הַשַּׁבָּת הוּא בְּכָל שָׁבוּעַ, וְאוֹמְרִים שֶׁבְּכָל יוֹם מִן הַשָּׁבוּעַ מִצְוָה עָלֵינוּ לְהָכִין בּוֹ לְצֹורֶךְ שַׁבָּת, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ (בֵּיצָה טז.) 'מֵחַד שִׁבִּיךְ לְשַׁבְּתִיךְ' לָכֵן כָּל יוֹם אוֹמְרִים שַׁבָּת הַיּוֹם!
« Et les lois du roi, ils ne les accomplissent pas » : ils passent toute l'année en chehi pehi. Rachi zal a expliqué : chehi, initiales de Chabbat hayom, c'est Chabbat aujourd'hui ; pehi, initiales de Pessa'h hayom, c'est Pessa'h aujourd'hui. Il y a lieu de demander : passé encore pour Chabbat, qui revient chaque semaine, et c'est pourquoi il dit qu'ils passent toute l'année à dire « c'est Chabbat aujourd'hui » ; mais Pessa'h n'est qu'en Nissan, comment dit-il qu'ils y passent toute l'année ? Et pourquoi n'a-t-il pas parlé de Souccot, qui est plus long que Pessa'h ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est parce que les besoins de Pessa'h donnent lieu à de nombreuses occupations qui se font tout au long de l'année. Au début de l'été, après Nissan, c'est le temps de la moisson des blés, et ils sortent aux champs par groupes ; si nous leur demandons où allez-vous ? ils diront : moissonner des blés de nos mains, pour qu'ils soient chémourim, gardés, en vue de la matsa, car on ne peut pas prendre des blés au marché, il en faut de gardés depuis l'heure de la moisson. Et deux ou trois semaines après, ils retournent aux champs ; si nous leur demandons : que ferez-vous là ? ils diront de même : la moisson des blés de la matsa. Mais n'avez-vous pas déjà moissonné ? Ils diront : nous n'avons rien fait lors de cette première sortie, car des pluies sont tombées et les épis, qui étaient secs, sont devenus invalidés ; maintenant nous allons chercher des épis qui étaient encore humides au temps de la pluie. Et trois ou quatre semaines après, ils y retournent ; si nous leur demandons où allez-vous ? ils disent : pour la moisson, car les blés que nous avons moissonnés lors de la deuxième sortie, après tant de peine et d'efforts, quand nous les avons rentrés, l'eau du fleuve est venue sur eux et ils sont devenus invalidés ; c'est pourquoi nous retournons moissonner à neuf. De la sorte, trois mois, Iyar, Sivan et Tamouz, leur passent dans cette occupation des blés de Pessa'h. Ensuite, au mois d'Av, ils sortent aux vignes des villages ; si nous leur demandons où allez-vous ? ils disent : rapporter des raisins pour en faire du vin pour la fête de Pessa'h, car il faut les vendanger de nos mains et les préparer de nos mains dans des ustensiles kacher ; et dans cette occupation passe tout le mois d'Av. Ensuite, en Eloul, ils retournent aux vergers ; si nous leur demandons où allez-vous ? ils disent : rapporter des dattes pour en faire le harosset de Pessa'h et aussi pour en manger pendant Pessa'h, car nous ne pouvons pas acheter au marché des dattes pour les manger à Pessa'h ; et tout ce mois passe dans cette occupation. Ensuite le mois de Tichri est tout entier fait de jours de fête et de solennités. Ensuite vient Hechvan : nous les demandons pour le travail du roi et ils se dérobent, en disant : nous avons une grande occupation ce mois-ci avec les blés de Pessa'h, car il faut trier les blés sur les tables, écarter les orges et les autres espèces, et ce mois convient à ce travail, n'étant ni froid ni chaud, de sorte qu'il n'y ait pas de sueur aux mains. Ensuite viennent les jours de l'hiver, tout en neige, en pluie et en froid, où il est impossible de les prendre pour le travail du roi. Et quand arrive Adar, qui est fait de jours propices et bons au travail, ils se dérobent de nos mains en disant : nous avons une grande occupation ce mois-ci, préparer des meules neuves pour les blés de Pessa'h, les piquer, ajuster leur assise et moudre les blés. Ensuite arrive Nissan : ils disent : nous avons une très grande occupation avec les besoins de Pessa'h, la cuisson des matsot, la hagala des ustensiles et les autres préparatifs de Pessa'h. Il se trouve que toute l'année ils se dérobent au travail du roi en disant qu'ils s'occupent des besoins de Pessa'h ; c'est pourquoi il a mentionné Pessa'h précisément pour la dérobade de toute l'année. Et quant à ce qu'ils disent « c'est Chabbat aujourd'hui » : puisque Chabbat revient chaque semaine, ils disent que chaque jour de la semaine il leur incombe d'y préparer pour les besoins de Chabbat, comme ils ont dit (Beitsa 16a) « de ton premier jour pour ton Chabbat » ; c'est pourquoi chaque jour ils disent : c'est Chabbat aujourd'hui !
(אֶסְתֵּר ג, ח) 'וּלְמֶלֶךְ אֵין שָׁוֶה לְהַנִּיחָם' דְּאָכְלוּ וְשָׁתוּ וְרָווּ וְנָפְקִי וְיָתְבִי בְּשׁוּקָא וּמְבַזּוּ לְמַלְכָּא. הָא דְּהוֹסִיף לוֹמַר 'וְרָווּ' מִשּׁוּם דְּחָשׁ כִּי יֹאמַר לוֹ הַמֶּלֶךְ דָּמְךָ בְּרֹאשְׁךָ אַתָּה הַמְשַׁנֶּה, אֵיךְ תִּרְאֶה מְבַזִּים לַמֶּלֶךְ וְלֹא תַּעֲשֶׂה בָּם מִשְׁפָּטִים! לְכָךְ הוֹסִיף לוֹמַר 'וְרָווּ' רוֹצֶה לוֹמַר הֵם מִשְׂתַּכְּרִים, וּכְפִי הַדָּת הַנִּימוּסִית אֵין עוֹשִׂין מִשְׁפָּט וְדִין לְשִׁיכּוֹר, בְּרַם אָמְרִי אִינָשֵׁי 'הַשִּׁיכּוֹר מְדַבֵּר מִן פְּקִיחוֹת הַלֵּב'.
« Et le roi n'a pas intérêt à les laisser » : ils mangent, boivent, s'enivrent, sortent, s'assoient sur la place et méprisent le roi. S'il a ajouté « et s'enivrent », c'est qu'il craignait que le roi ne lui dise : ton sang sur ta tête, toi qui es le second du royaume ! Comment vois-tu qu'ils méprisent le roi sans faire justice contre eux ? C'est pourquoi il a ajouté « et s'enivrent », c'est-à-dire ils sont ivres, et selon le droit coutumier on ne fait ni procès ni jugement à un homme ivre. Mais les gens disent : l'homme ivre parle de ce qui est ouvert dans son cœur.
💡 Explication

Les trois derniers membres du verset sont repris un à un. La séparation alimentaire et matrimoniale rend le premier ; chehi pehi, acronyme de « Chabbat hayom, Pessa'h hayom », rend le deuxième, en présentant le calendrier des fêtes comme un refus de service ; le mépris du roi rend le troisième.

L'exemple de la coupe touche précisément les règles de stam yeinam : le vin touché par un idolâtre devient interdit. Haman décrit une règle de kachrout comme une offense personnelle au roi.

20
״אִם עַל הַמֶּלֶךְ טוֹב יִכָּתֵב לְאַבְּדָם וַעֲשֶׂרֶת אֲלָפִים כִּכַּר כֶּסֶף וְגוֹ׳״, אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: גָּלוּי וְיָדוּעַ לִפְנֵי מִי שֶׁאָמַר וְהָיָה הָעוֹלָם שֶׁעָתִיד הָמָן לִשְׁקֹול שְׁקָלִים עַל יִשְׂרָאֵל, לְפִיכָךְ הִקְדִּים שִׁקְלֵיהֶן לִשְׁקָלָיו.

« Si le roi le trouve bon, qu'on écrive de les faire périr, et je pèserai dix mille kikar d'argent, etc. » (Esther 3,9). Rech Lakich dit : il était révélé et connu devant Celui qui a parlé et le monde fut que Haman devait un jour peser des chekalim contre Israël ; c'est pourquoi Il a fait précéder leurs chekalim aux siens.

🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ג, ט) 'אִם עַל הַמֶּלֶךְ טוֹב יִכָּתֵב לְאַבְּדָם וַעֲשֶׂרֶת אֲלָפִים כִּכַּר כֶּסֶף אֶשְׁקוֹל' אָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: גָּלוּי וְיָדוּעַ לִפְנֵי מִי שֶׁאָמַר וְהָיָה הָעוֹלָם שֶׁעָתִיד הָמָן לִשְׁקֹל שְׁקָלִים עַל יִשְׂרָאֵל, לְפִיכָךְ הִקְדִּים שִׁקְלֵיהֶן לִשְׁקָלָיו. מַקְשִׁים וַהֲלֹא שְׁקָלִים שֶׁל יִשְׂרָאֵל הֵם מֵאָה כִּכָּר וְשִׁקְלֵי הַמָּן עֲשֶׂרֶת אֲלָפִים כִּכָּר? וְנִרְאֶה לִי בס"ד בְּרָכָה שֶׁל יִשְׂרָאֵל הִיא (וַיִּקְרָא כו, ח) 'וּמֵאָה מִכֶּם רְבָבָה יִרְדְּפוּ' נִמְצָא כָּל אֶחָד נֶחְשָׁב כְּמֵאָה, לָכֵן גַּם שִׁקְלֵיהֶם כָּל אֶחָד נֶחְשָׁב כְּמֵאָה, וַהֲרֵי מֵאָה כִּכָּר נֶחְשָׁבִים כַּעֲשֶׂרֶת אֲלָפִים כִּכָּר.
« Si le roi le trouve bon, qu'on écrive de les faire périr, et je pèserai dix mille kikar d'argent » (Esther 3,9). Rech Lakich dit : il était révélé et connu devant Celui qui a parlé et le monde fut que Haman devait un jour peser des chekalim contre Israël ; c'est pourquoi Il a fait précéder leurs chekalim aux siens. On demande : les chekalim d'Israël font cent kikar, et les chekalim de Haman dix mille kikar ! Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la bénédiction d'Israël est « cent d'entre vous en poursuivront dix mille » (Vayikra 26,8) : il se trouve que chacun est compté comme cent ; aussi chacun de leurs chekalim est-il compté comme cent, et voilà que cent kikar sont comptés comme dix mille kikar.
💡 Explication

Rech Lakich applique ici la règle de Rech Lakich énoncée plus haut : le remède précède la plaie. Les demi-chekalim donnés chaque année par Israël pour le Temple sont institués bien avant que Haman ne propose son argent, et cette antériorité est présentée comme voulue.

21
וְהַייְנוּ דִּתְנַן: בְּאֶחָד בַּאֲדָר מַשְׁמִיעִין עַל הַשְּׁקָלִים וְעַל הַכִּלְאַיִם.

Et c'est ce que nous avons appris dans la michna (Chekalim 2a) : le premier Adar, on fait annoncer au sujet des chekalim et au sujet des kilayim.

📜 Rachi (2)
מַשְׁמִיעִין בֵּית דִּין מַכְרִיזִין שֶׁיָּבִיאוּ שְׁקָלִים לַמִּקְדָּשׁ:
on fait annoncer - le beit din proclame qu'on apporte les chekalim au Temple.
וְעַל הַכִּלְאַיִם שֶׁגָּדְלוּ הַזְּרָעִים קְצָת וְנִיצָּן נִיכָּר וְעוֹקְרִין אוֹתָן מִשְּׂדוֹתֵיהֶן בְּהַכְרָזַת בֵּית דִּין:
et au sujet des kilayim - car les semences ont déjà un peu poussé et leur bourgeon est visible ; on les arrache des champs sur proclamation du beit din.
💡 Explication

La michna de Chekalim fournit la date : l'annonce des chekalim tombe le premier Adar, donc avant le moment où Haman propose de peser son argent. La règle du remède antérieur à la plaie reçoit ainsi un ancrage dans le calendrier.

22
״וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ לְהָמָן הַכֶּסֶף נָתוּן לָךְ וְהָעָם לַעֲשׂוֹת בּוֹ כַּטּוֹב בְּעֵינֶיךָ״, אָמַר רַבִּי אַבָּא:

« Le roi dit à Haman : l'argent t'est donné, et le peuple aussi, pour lui faire ce qui est bon à tes yeux » (Esther 3,11). Rabbi Abba dit :

🗂️ Tossefot (1)
הַכֶּסֶף נָתוּן לָךְ גֵּימַטְרְיָא דְּהַכֶּסֶף עוֹלֶה הע"ץ רָמַז לוֹ שֶׁיִּתְלֶה עָלָיו:
l'argent t'est donné - la guematria de hakessef (l'argent) est égale à celle de haets (le bois) : une allusion qu'il y serait pendu.
💡 Explication

Le folio s'interrompt sur l'ouverture de l'enseignement de Rabbi Abba, dont la suite se lit au début de 14a.

Tossefot relève dans la réponse du roi une allusion chiffrée : hakessef et haets ont la même valeur numérique, cent soixante-cinq. L'argent accordé à Haman porte déjà le bois de sa potence.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).