Megillah 14a — Le retrait de l'anneau vaut mieux que quarante-huit prophètes : pourquoi on lit la meguila et pourquoi on ne dit pas le Hallel, le compte des prophètes d'Israël, et les sept prophétesses depuis Sara jusqu'à Avigail

Megillah 14a

Sougya : Le folio s'ouvre sur le mashal du tertre et du fossé, qui explique pourquoi Ahachveroch a donné son anneau à Haman sans réclamer d'argent : les deux hommes voulaient la même chose. De ce retrait d'anneau, Rabbi Abba bar Kahana tire une formule célèbre : il a ramené Israël au bien plus sûrement que quarante-huit prophètes et sept prophétesses.

La baraita qui donne ce compte enseigne aussi que les prophètes n'ont rien retranché ni ajouté à la Tora, sauf la lecture de la meguila ; la Guemara cherche alors le raisonnement qui les y a autorisés, un kal vahomer de l'esclavage à la liberté jusqu'à la mort à la vie, puis demande pourquoi on ne dit pas aussi le Hallel, et donne trois réponses successives. La suite vérifie le compte des prophètes à partir du verset d'Elkana, puis égrène les sept prophétesses : Sara, Miriam, Dévora, Hanna, Avigail, Houlda et Esther, avec pour chacune le verset et sa lecture.

Le folio s'interrompt au milieu du dialogue halakhique entre Avigail et David.

Pourquoi lit-on la meguila, et pourquoi ne dit-on pas le Hallel à Pourim ? Le kal vahomer de Rabbi Yehochoua ben Korha (ce qui autorise l'ajout) De l'esclavage à la liberté on a dit un chant (la sortie d'Égypte) ; de la mort à la vie, à plus forte raison. D'où la lecture de la meguila. Objection : si le raisonnement tient, disons aussi le Hallel, qui est lui aussi un chant. Réponse 1 On ne dit pas le Hallel sur un miracle survenu hors d'Erets Israël. Mais l'Égypte aussi était hors de la Terre : on y a pourtant chanté. Réponse 2 : Rav Nahman Sa lecture même est son Hallel. La meguila tient lieu de Hallel, il n'y a donc rien à ajouter. Réponse 3 : Rava Le Hallel dit : louez, serviteurs de Hachem, et non serviteurs de Pharaon. Ici on ne peut pas dire et non serviteurs d'Ahachveroch : nous le sommes encore, on n'a été sauvé que de la mort. Solution de la réponse 1 : la baraita distingue deux époques. Avant l'entrée en Erets Israël, toutes les terres étaient aptes au chant. Difficulté sur Rava et sur Rav Nahman : la baraita interdit le chant hors de la Terre. Réponse : l'exil a rendu aux autres terres leur aptitude première.
Le folio pose une seule question sous deux formes : qu'est-ce qui autorisait les prophètes à instituer la lecture, et pourquoi cette institution s'arrête-t-elle à la meguila sans aller jusqu'au Hallel. Trois réponses coexistent, et seule la première doit répondre à l'objection de l'Égypte.
Le compte des prophètes : quarante-huit, deux cents, ou le double des sortants d'Égypte ? Baraita : quarante-huit prophètes et sept prophétesses ont prophétisé pour Israël, sans rien retrancher ni ajouter à la Tora, sauf la lecture de la meguila. Objection : et il n'y en a pas davantage ? I Samuel 1,1 : un homme de Ramatayim Tsofim. Lecture : un (ehad) parmi deux cents (matayim) voyants (tsofim) qui ont prophétisé pour Israël. Réponse : le compte ne porte pas sur le nombre réel Il y en eut beaucoup plus : le double du nombre de ceux qui sortirent d'Égypte. Mais seule la prophétie utile aux générations fut mise par écrit. Trois lectures du même mot Ramatayim Tsofim Lecture 1 (la Guemara) Un parmi deux cents voyants. Le mot est lu comme un nombre. Lecture 2 : R. Chemouel bar Nahmani Un homme venu de deux hauteurs (ramot) qui se regardent l'une l'autre. Lecture 3 : Rabbi Hanin Un homme issu de ceux qui se tenaient au sommet (roum) du monde : les fils de Korah.
Le chiffre de quarante-huit ne mesure pas combien d'hommes ont prophétisé, mais combien de prophéties ont été consignées parce qu'elles servaient aux générations. Le verset d'Elkana reçoit ensuite trois lectures indépendantes.
Les sept prophétesses et le verset qui les établit Prophétesse Verset Ce qui en fait une prophétie Sara Genèse 11,29 : Yiska Yiska, de sakha : elle voyait par l'esprit saint. Écoute sa voix. Miriam Exode 15,20 Appelée la prophétesse, sœur d'Aharon : elle prophétisait avant la naissance de Moché. Dévora Juges 4,4 Femme prophétesse, echet lapidot : elle faisait les mèches du sanctuaire. Hanna I Samuel 2,1 Ma corne s'est élevée, et non ma fiole : elle annonce quelles royautés dureront. Avigail I Samuel 25,20 Beseter hahar, lu comme une allusion au sang venu des parties cachées. Houlda traité en 14b La suite du développement se lit au folio suivant. Esther traité en 14b La suite du développement se lit au folio suivant.
La Guemara énumère les sept, puis reprend chacune dans l'ordre pour montrer où se trouve la prophétie dans son verset. Notre folio s'arrête au milieu d'Avigail ; Houlda et Esther sont traitées en 14b.
1
מָשָׁל דַּאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וְהָמָן לָמָּה הַדָּבָר דּוֹמֶה? לִשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם, לְאֶחָד הָיָה לוֹ תֵּל בְּתוֹךְ שָׂדֵהוּ וּלְאֶחָד הָיָה לוֹ חָרִיץ בְּתוֹךְ שָׂדֵהוּ. בַּעַל חָרִיץ אָמַר: מִי יִתֵּן לִי תֵּל זֶה בְּדָמִים! בַּעַל הַתֵּל אָמַר: מִי יִתֵּן לִי חָרִיץ זֶה בְּדָמִים!

Le mashal (parabole) d'Ahachveroch et de Haman : à quoi cela ressemble-t-il ? À deux hommes.

L'un avait un tertre au milieu de son champ, et l'autre avait un fossé au milieu de son champ. Le propriétaire du fossé disait : qui me donnera ce tertre contre de l'argent !

Le propriétaire du tertre disait : qui me donnera ce fossé contre de l'argent !

📜 Rachi (1)
מָשָׁל דַּאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וְהָמָן כו' כְּלוֹמַר יֵשׁ לִלְמֹוד מֵאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ שֶׁאַף בְּדַעְתּוֹ הָיָה לְהַשְׁמִידָן:
C'est-à-dire qu'on apprend d'Ahachveroch que lui aussi avait en tête de les exterminer.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ג, יא) 'וַיֹּאמֶר הַמֶּלֶךְ לְהָמָן הַכֶּסֶף נָתוּן לָךְ וְהָעָם לַעֲשׂוֹת בּוֹ כַּטּוֹב בְּעֵינֶיךָ' מָשָׁל דַּאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ וְהָמָן לָמָּה הַדָּבָר דּוֹמֶה? לִשְׁנֵי בְּנֵי אָדָם: לְאֶחָד הָיָה לוֹ תֵּל בְּתוֹךְ שָׂדֵהוּ. נִרְאֶה לִי בס"ד דִּימָּה אֶת הָמָן לְבַעַל הֶחָרִיץ שֶׁהוּא מְקוֹם חִיסָּרוֹן, רֶמֶז שֶׁסּוֹפוֹ נֶחְסַר וְנֶאֱבַד מִן הָעוֹלָם בְּדָבָר זֶה, וְדִימָּה אֶת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ לְבַעַל הַתֵּל, שֶׁהוּא מָקוֹם גָּבוֹהַּ וּמְסֻוייָּם, כִּי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ נִשְׁאַר בְּגֹובַהּ מַלְכוּתוֹ וּמַעֲלָתוֹ בְּדָבָר זֶה וְלֹא נַעֲשָׂה לוֹ חִסָּרוֹן.
Esther 3,11 : Et le roi dit à Haman : l'argent t'est donné, et le peuple aussi, pour lui faire ce qui sera bon à tes yeux. Le mashal d'Ahachveroch et de Haman : à quoi cela ressemble-t-il ? À deux hommes : l'un avait un tertre au milieu de son champ. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on a comparé Haman au propriétaire du fossé, qui est un lieu de manque, allusion au fait qu'il a fini par être retranché et perdu du monde par cette affaire même ; et qu'on a comparé Ahachveroch au propriétaire du tertre, qui est un lieu haut et marqué, car Ahachveroch est resté dans la hauteur de sa royauté et de son rang par cette affaire, et il n'en a subi aucun manque.
💡 Explication

Le mashal répond à une difficulté du verset : Haman propose dix mille talents d'argent, et Ahachveroch les lui rend. Pourquoi refuser une telle somme ? Parce que le roi voulait déjà la même chose. Le tertre et le fossé sont deux défauts inverses d'un même champ : chacun des deux hommes possède exactement ce qui manque à l'autre.

Rachi tire la conclusion pratique de l'image : la meguila ne dit pas explicitement qu'Ahachveroch voulait la perte d'Israël, et c'est ce mashal qui l'établit.

🖼️ Schéma
Le tertre et le fossé : chacun possède le défaut de l'autre Champ A : un tertre de trop Il veut s'en débarrasser. Ahachveroch : il veut la perte d'Israël. Champ B : un fossé à combler Il veut le remplir. Haman : il veut la même perte. Quand ils se rencontrent, aucun des deux ne fait payer l'autre : prends-le gratuitement, et pourvu que tu le prennes. De même, Ahachveroch rend à Haman l'argent qu'il proposait : le service rendu lui suffit.
Le mashal explique le refus de l'argent : deux hommes qui veulent la même chose n'ont pas à se payer l'un l'autre.
2
לְיָמִים נִזְדַּווְּגוּ זֶה אֵצֶל זֶה. אָמַר לוֹ בַּעַל חָרִיץ לְבַעַל הַתֵּל: מְכֹור לִי תִּילָּךְ! אָמַר לוֹ: טֹול אוֹתוֹ בְּחִנָּם, וְהַלְוַאי!

Un jour, ils se rencontrèrent l'un chez l'autre. Le propriétaire du fossé dit au propriétaire du tertre : vends-moi ton tertre !

Il lui répondit : prends-le gratuitement, et pourvu que tu le prennes !

💡 Explication

Le nimchal (l'application de la parabole) reste implicite : quand Haman offre dix mille talents d'argent, Ahachveroch lui rend à la fois l'argent et le peuple, parce que l'extermination qu'il propose est précisément ce que le roi souhaitait sans avoir à la conduire lui-même.

3
״וַיָּסַר הַמֶּלֶךְ אֶת טַבַּעְתּוֹ״, אָמַר רַבִּי אַבָּא בַּר כָּהֲנָא: גְּדוֹלָה הֲסָרַת טַבַּעַת יוֹתֵר מֵאַרְבָּעִים וּשְׁמֹונֶה נְבִיאִים וְשֶׁבַע נְבִיאוֹת שֶׁנִּתְנַבְּאוּ לָהֶן לְיִשְׂרָאֵל, שֶׁכֻּולָּן לֹא הֶחֱזִירוּם לְמוּטָב, וְאִילּוּ הֲסָרַת טַבַּעַת הֶחְזִירָתַן לְמוּטָב.

Et le roi ôta son anneau. Rabbi Abba bar Kahana a dit : le retrait de l'anneau a été plus grand que quarante-huit prophètes et sept prophétesses qui ont prophétisé pour Israël, car eux tous ne les ont pas ramenés au bien, tandis que le retrait de l'anneau, lui, les a ramenés au bien.

📜 Rachi (1)
(לְהַחֲזִירָן) לְמוּטָב שֶׁגָּזְרוּ עֲלֵיהֶן תַּעֲנִיּוֹת לִתְשׁוּבָה כְּדִכְתִיב צוֹם וּבְכִי וּמִסְפֵּד שַׂק וָאֵפֶר יֻוצַּע לָרַבִּים:
Car ils ont décrété sur eux des jeûnes en vue de la techouva (le retour), comme il est écrit : jeûne, pleurs et lamentation ; le sac et la cendre servaient de couche à la multitude.
🪔 Ben Yehoyada (1)
גְּדוֹלָה הֲסָרַת טַבַּעַת יוֹתֵר מֵאַרְבָּעִים וּשְׁמֹונֶה נְבִיאִים וְשֶׁבַע נְבִיאוֹת שֶׁנִּתְנַבְּאוּ לָהֶן לְיִשְׂרָאֵל, שֶׁכֻּלָּן לֹא הֶחֱזִירוּם לְמוּטָב, וְאִילּוּ הֲסָרַת טַבַּעַת הֶחְזִירָתַן לְמוּטָב. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ שֶׁיִּשְׂרָאֵל נִרְמְזוּ בְּגֹודֶל, וְכָל הָאֻומּוֹת נִרְמְזוּ בְּאַרְבַּע הָאֶצְבָּעוֹת, וּכְמוֹ שֶׁהַגּוּדָל מֻובְדָּל מִשְּׁאָר אֶצְבָּעוֹת, כֵּן יִשְׂרָאֵל רָאוּי לָהֶם לִהְיוֹת נִבְדָּלִים מִשְּׁאָר אֻומּוֹת, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (בַּמִּדְבָּר כג, ט) 'הֶן עָם לְבָדָד יִשְׁכֹּן וּבַגּוֹיִם לֹא יִתְחַשֵּׁב', וּפֵרַשְׁתִּי בס"ד הֵן רֶמֶז לְגֹודֶל שֶׁנִּקְרָא בִּלְשׁוֹן תּוֹרָה 'בָּהֶן' (וַיִּקְרָא יד, יז) שֶׁהוּא מֻובְדָּל, וְלָכֵן בַּגּוֹיִם הָרְמוּזִים בִּשְׁאָר אֶצְבָּעוֹת לֹא יִתְחַשֵּׁב. וְהִנֵּה הַגָּדוֹל לִפְעָמִים יִהְיֶה לְמַעְלָה מִן אַרְבַּע אֶצְבָּעוֹת וְזֶה רֶמֶז כְּשֶׁיִּשְׂרָאֵל עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם, דִּכְתִיב בְּהוּ (דְּבָרִים כח, א וּבְמִדְרַשׁ תַּנְחוּמָא שָׁם) 'וּנְתָנְךָ ה' אֱ-לֹהֶיךָ עֶלְיוֹן עַל כָּל גּוֹיֵי הָאָרֶץ', וְלִפְעָמִים הַגּוּדָל יִהְיֶה לְמַטָּה מִן אַרְבַּע אֶצְבָּעוֹת אִם תֵּהָפֵךְ אֶת הַיָּד, וְזֶה רֶמֶז כְּשֶׁאֵין יִשְׂרָאֵל עוֹשִׂין עוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם דִּכְתִיב בְּהוּ בַּתּוֹכֵחָה (דְּבָרִים כח, מג) 'הַגֵּר אֲשֶׁר בְּקִרְבְּךָ יַעֲלֶה עָלֶיךָ מַעְלָה מַעֲלָה', אֲבָל כְּשֶׁחוֹזְרִים בִּתְשׁוּבָה יַחְזְרוּ לִהְיוֹת לְמַעְלָה בִּמְקוֹם הַגּוּדָל אֲשֶׁר בֶּאֱמֶת הוּא עֶלְיוֹן עַל שְׁאָר הָאֶצְבָּעוֹת, בִּהְיוֹת הַיָּד עוֹמֶדֶת בְּיֹושֶׁר שֶׁאֵינָהּ מְהֻופֶּכֶת. וּלְפִי הָאָמוּר שֶׁהַגּוּדָל הוּא נִקְרָא בָּהֶן [57] בִּלְשׁוֹן תּוֹרָה, שֶׁהוּא תְּכוּנָתוֹ בִּהְיוֹת הַיָּד בְּיֹושֶׁר עוֹמֵד עֶלְיוֹן עַל שְׁאָר אֶצְבָּעוֹת, הִנֵּה מִסִּפְרוֹ עוֹלֶה מִסֵּפֶר מוּטָב [57] , וְלָזֶה אָמַר הֲסָרַת טַבַּעַת שֶׁחָזְרוּ עַל יָדָהּ בִּתְשׁוּבָה הֶחֱזִירָתַן לַמּוּטָב , שֶׁחָזְרָה לַמָּקוֹם הָעֶלְיוֹן, שֶׁהוּא כְּבֹהֶן שֶׁמִּסְּפָרוֹ מוּטָב אֲשֶׁר תְּכוּנָתוֹ הוּא עֶלְיוֹן בִּהְיוֹת הַיָּד בְּיֹושֶׁר. וּבָזֶה רִמַּזְנוּ (תְּהִלִּים קמד, יג) 'מְזָוֵינוּ מְלֵאִים מְפִיקִים מִזַּן אֶל זָן' וְהַייְנוּ שֶׁ'בָּהֶן' [57] יְמִינִי שֶׁעוֹלֶה זָן [57] , אֶל בָּהֶן שְׂמָאלִי שֶׁעוֹלֶה זָן, וְלָכֵן בִּרְכוֹת הָעֲמִידָה הֵם ז"ן בְּרָכוֹת, וְשֵׁם הַמַּשְׁפִּיעַ הוּא 'אֵל הוי"ה' [57] שֶׁעוֹלֶה זָן וְהוּא כְּמִנְיַן אוֹכֵל [57] . וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹמְרוֹ הֶחֱזִירָתַן לְמוּטָב , דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (שִׁיר הַשִּׁירִים רַבָּה ג, כא) חִבֵּב הקב"ה אֶת כְּנֶסֶת יִשְׂרָאֵל וּקְרָאָן בָּתֵּי, וְעוֹד חִיבְּבָן וּקְרָאָן אֲחוֹתִי וְעוֹד חִבְּבָן וּקְרָאָן אִמִּי. שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָה נא, ד) 'הַקְשִׁיבוּ אֵלַי עַמִּי וּלְאוּמִּי אֵלַי הַאֲזִינוּ' לְאִמִּי כְּתִיב, נִמְצָא תֹּואַר הַגָּדוֹל וְהַמְשֻׁובָּח הוּא מַה שֶׁקְּרָאָן בְּשֵׁם הָאֵם, שֶׁהוּא תֹּואַר הַגְּבִירָה, כִּי כֵן מַלְכוּת דִּקְדֻושָּׁה נִקְרֵאת בְּשֵׁם הָאֵם, כְּמוֹ שֶׁכָּתוּב בַּתִּקּוּנִים עַל פָּסוּק (דְּבָרִים כב, ו) 'וְהָאֵם רֹבֶצֶת עַל הָאֶפְרֹחִים', וְכָל זֶה הַתֹּואַר שֶׁל הָאֵם יִהְיֶה לְיִשְׂרָאֵל כְּשֶׁעוֹשִׂין רְצוֹנוֹ שֶׁל מָקוֹם וְאִם חוֹטְאִין יִתְהַפְּכוּ אוֹתִיּוֹת תֹּואַר זֶה לְשֵׁם אָמָה, שֶׁאָז נִקְרָאִים בְּשֵׁם אָמָה הָעִבְרִיָּה. וְהִנֵּה 'הָאֵם' הוּא מִסְפַּר מ"ו, ו'אַמָּה' מִסְפַּר מ"ו, אַךְ הָאֵם הוּא מִסְפַּר מ"ו טָב, וְאָמָה מ"ו בִּישׁ, וְלָזֶה אָמַר הֲסָרַת טַבַּעַת הֶחֱזִירָתַן 'לְמוּטָב' כְּלוֹמַר למ"ו טָב שֶׁיָּצְאוּ מִשָּׁם אַמָּה שֶׁהוּא מ"ו בִּישׁ וְחָזְרוּ לְשָׁם הַאִם שֶׁהוּא מ"ו טָב. וּמַה שֶׁהָיָה תִּיקּוּנָם עַל יְדֵי הַטַּבַּעַת נִרְמַז בְּאוֹתִיּוֹת טַבַּעַת 'עֵת טָב' כִּי יֵשׁ עֵת לְרָעָה לְעוֹבְרֵי רְצוֹנוֹ, וְיֵשׁ עֵת לְטוֹבָה לְעוֹשֵׂי רְצוֹנוֹ, וְעַל יְדֵי הַטַּבַּעַת נַעֲשָׂה לָהֶם עֵת טָב.
Le retrait de l'anneau a été plus grand que quarante-huit prophètes et sept prophétesses qui ont prophétisé pour Israël, car eux tous ne les ont pas ramenés au bien, tandis que le retrait de l'anneau, lui, les a ramenés au bien. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu qu'Israël est évoqué par le pouce et que toutes les nations sont évoquées par les quatre doigts ; et de même que le pouce est séparé des autres doigts, ainsi il convient à Israël d'être séparé des autres nations, comme il est dit (Nombres 23,9) : voici un peuple qui demeure à part et qui n'est pas compté parmi les nations. J'ai expliqué, avec l'aide du Ciel, que le mot hen est une allusion au pouce, appelé bohen dans la langue de la Tora (Lévitique 14,17), lequel est séparé ; et c'est pourquoi il n'est pas compté parmi les nations évoquées par les autres doigts. Or le pouce se trouve parfois au-dessus des quatre doigts, ce qui évoque le moment où Israël accomplit la volonté de l'Omniprésent, dont il est écrit (Deutéronome 28,1) : Hachem ton D.ieu te placera au-dessus de toutes les nations de la terre ; et parfois le pouce se trouve au-dessous des quatre doigts, si l'on retourne la main, ce qui évoque le moment où Israël n'accomplit pas la volonté de l'Omniprésent, puisqu'il est écrit dans la section des reproches (Deutéronome 28,43) : l'étranger qui est au milieu de toi montera au-dessus de toi, toujours plus haut. Mais lorsqu'ils font techouva, ils reviennent en haut, à la place du pouce, qui en vérité est au-dessus des autres doigts quand la main se tient droite et non retournée. Et selon ce qui vient d'être dit, le pouce étant appelé bohen [57] dans la langue de la Tora, sa disposition étant de se tenir au-dessus des autres doigts quand la main est droite, voici que sa valeur numérique égale celle de moutav [57], le bien. C'est pourquoi il est dit que le retrait de l'anneau, par lequel ils sont revenus à la techouva, les a ramenés au bien : ils sont revenus au lieu supérieur, qui est comme le bohen dont le nombre est celui de moutav, et dont la disposition est d'être en haut quand la main est droite. Nous avons fait par là une allusion au verset (Psaumes 144,13) : nos greniers sont pleins, fournissant d'espèce en espèce, c'est-à-dire que le bohen [57] droit, dont la valeur est zan [57], va vers le bohen gauche, dont la valeur est zan ; c'est pourquoi les bénédictions de la amida sont au nombre de zan, cinquante-sept, et le Nom qui dispense l'influx à lui aussi la valeur zan, qui est aussi celle du mot okhel [57], nourriture. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, quant à l'expression les a ramenés au bien : nos maîtres ont dit (Chir Hachirim Rabba 3,21) que le Saint béni soit-Il a chéri l'assemblée d'Israël et l'a appelée ma fille ; qu'Il l'a chierie davantage et l'a appelée ma sœur ; et qu'Il l'a chierie plus encore et l'a appelée ma mère, comme il est dit (Isaie 51,4) : écoutez-moi, mon peuple, ma nation, prêtez-moi l'oreille, où le mot est écrit de façon à se lire ma mère. Il se trouve donc que le titre le plus grand et le plus loué est celui de mère, qui est le titre de la maîtresse, car ainsi la royauté du côté de la sainteté est appelée du nom de mère, comme il est écrit dans les Tikounim sur le verset (Deutéronome 22,6) : et la mère est couchée sur les oisillons. Tout ce titre de ha-em, la mère, revient à Israël lorsqu'ils accomplissent la volonté de l'Omniprésent ; et s'ils fautent, les lettres de ce titre se retournent en ama, la servante, et ils sont alors appelés du nom de servante hébreue. Or ha-em a pour valeur quarante-six et ama a pour valeur quarante-six : mais ha-em est quarante-six en bien, et ama quarante-six en mal. C'est pourquoi il est dit que le retrait de l'anneau les a ramenés le-moutav, c'est-à-dire aux quarante-six du bien : ils sont sortis du nom de ama, qui est quarante-six en mal, et sont revenus au nom de ha-em, qui est quarante-six en bien. Et que leur réparation soit venue par l'anneau est évoqué par les lettres mêmes de tabaat, qui se relisent et tav, un temps de bien, car il est un temps pour le mal à ceux qui transgressent Sa volonté, et un temps pour le bien à ceux qui l'accomplissent ; par l'anneau il leur fut fait un temps de bien.
💡 Explication

La formule de Rabbi Abba bar Kahana compare deux moyens de faire revenir Israël : la parole des prophètes et le décret. Le second a réussi là où le premier avait échoué. La techouva provoquée par la peur du décret est ici le critère : Rachi renvoie au verset de la meguila qui décrit jeûne, pleurs, sac et cendre.

Le chiffre de quarante-huit prophètes et sept prophétesses, lancé ici en passant, devient l'objet de tout le développement qui suit.

4
תָּנוּ רַבָּנַן: אַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה נְבִיאִים וְשֶׁבַע נְבִיאוֹת נִתְנַבְּאוּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל, וְלֹא פִּחֲתוּ וְלֹא הוֹתִירוּ עַל מַה שֶּׁכָּתוּב בַּתּוֹרָה, חוּץ מִמִּקְרָא מְגִילָּה.

Nos maîtres ont enseigné : quarante-huit prophètes et sept prophétesses ont prophétisé pour Israël, et ils n'ont rien retranché ni rien ajouté à ce qui est écrit dans la Tora, sauf la lecture de la meguila.

📜 Rachi (1)
חוּץ מִמִּקְרָא מְגִילָּה וְאִם תֹּאמַר נֵר חֲנֻוכָּה כְּבָר פָּסְקוּ הַנְּבִיאִים אֲבָל בִּימֵי מָרְדְּכַי הָיוּ חַגַּי זְכַרְיָה וּמַלְאָכִי:
Et si tu objectes : la lumière de 'Hanouka aussi est un ajout ! À cette époque les prophètes avaient déjà cessé, tandis qu'aux jours de Mordekhai vivaient encore Haggai, Zekharia et Malakhi.
🪔 Ben Yehoyada (2)
אַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה נְבִיאִים וְשֶׁבַע נְבִיאוֹת נִתְנַבְּאוּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל, וְלֹא פִּחֲתוּ וְלֹא הוֹתִירוּ עַל מַה שֶׁכָּתוּב בַּתּוֹרָה חוּץ מִמִּקְרָא מְגִלָּה. הִקְשָׁה הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל דְּלָא הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר אֶלָּא רַק 'וְלֹא הוֹתִירוּ' אֲבָל 'פִּחֲתוּ' הֵיכִי סָלְקָא דַעְתָּךְ? דְּהָא גַּם בְּמִקְרָא מְגִילָּה לֹא מָצִינוּ פְּחַת! וְתֵירֵץ דְּיֵשׁ לוֹמַר דְּגַם פִּחֲתוּ עַל יְדֵי מִקְרָא מְגִילָּה, שֶׁאֲסוּרִין בְּהֶסְפֵּד וּבְתַעֲנִית עַייֵּן שָׁם. וְיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת בִּדְבָרָיו וְכִי הַתּוֹרָה חִייְּבָה בְּתַעֲנִית בְּיוֹם י"ד בַּאֲדָר, וְגַם הֶסְפֵּד אֵינוֹ מִן הַתּוֹרָה? וְנִרְאֶה לְקַיֵּים דְּבָרָיו בְּמִקְצָת, בְּהֵיכָא דְּנָדַר לְהִתְעַנּוֹת כָּךְ וְכָךְ יָמִים וְאֵירַע בָּהֶם פּוּרִים, דְּמִן הַתּוֹרָה חַייָּב לְהִתְעַנּוֹת מִכֹּחַ נִדְרוֹ, אַךְ אַחַר שֶׁעָשׂוּ אוֹתוֹ חֲכָמִים יוֹם מִקְרָא מְגִילָּה אֵינוֹ מִתְעַנֶּה, וְנִמְצָא בָּטֵל חִיּוּב שֶׁנִּתְחַייֵּב מִדִּין תּוֹרָה מִכֹּחַ נִדְרוֹ. וְלִי אֲנָא עָבְדָא נִרְאֶה לִי בס"ד מִשּׁוּם דִּמְבַטְּלִין עֲבוֹדָה וְתַלְמוּד תּוֹרָה מִפְּנֵי מִקְרָא מְגִילָּה כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּרֵישׁ פִּרְקִין (דַּף ג.) תַּנְיָא כֹּהֲנִים בַּעֲבוֹדָתָם וּלְוִיִּם בְּדוּכָנָם וְיִשְׂרָאֵל בְּמַעֲמָדָן כֻּולָּם מְבַטְּלִין עֲבוֹדָתָם, וּבָאִין לִשְׁמוֹעַ מִקְרָא מְגִילָּה, מִכָּאן סָמְכוּ שֶׁל בֵּית רַבִּי שֶׁמְּבַטְּלִין תַּלְמוּד תּוֹרָה וּבָאִין לִשְׁמוֹעַ מִקְרָא מְגִילָּה עַייֵּן שָׁם, וְאַף עַל גַּב דְּאַיְירֵי בְּהֵיכָא דְּיָכוֹל לְקַייֵּם אַחַר כָּךְ מִצְוַת עֲבוֹדָה, עִם כָּל זֶה כֵּיוָן דִּמְבַטְּלִין לְפִי שָׁעָה וּבָאִין לִשְׁמוֹעַ מִקְרָא מְגִילָּה שַׁייָּךְ בָּזֶה לְשׁוֹן 'פָּחֲתוּ'. וְהִנֵּה רַשִׁ"י זַ"ל מָנָה בִּכְלַל מ"ח אֶת מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה, וְקָשֶׁה וַהֲלֹא הַחִידּוּשׁ הוּא דְּאֵלּוּ המ"ח לֹא פִּיחֲתוּ וְלֹא הוֹתִירוּ עַל מַה שֶׁכָּתַב מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה בַּתּוֹרָה, וְאֵיךְ מוֹנֶה אוֹתוֹ בִּכְלָל המ"ח? וְעוֹד קָשֶׁה אַמַּאי לֹא מָנָה אֶת נֹחַ שֶׁנִּכְתְּבָה נְבוּאָתוֹ בַּתּוֹרָה? וְשֵׁם וְעֵבֶר נָמֵי הָיוּ נְבִיאִים וְנִכְתְּבָה נְבוּאָתָם בְּרֵישׁ תּוֹלְדוֹת אֵצֶל רִבְקָה אִמֵּנוּ ע"ה, וְאִם נֶאֱמַר אֵלּוּ הָיוּ קֹודֶם מַתַּן תּוֹרָה, הָא מָנָה רַשִׁ"י אֶת אַבְרָהָם יִצְחָק וְיַעֲקֹב! וְעוֹד קָשֶׁה אַמַּאי לֹא מָנָה אֶת יְהוֹשֻׁעַ, וְלֹא מָנָה אֶת אֶלְדָּד וּמֵידָד שֶׁהָיוּ מִתְנַבְּאִים לְדוֹרוֹת גַּם כֵּן כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בְּסַנְהֶדְרִין דַּף י"ז שֶׁהָיוּ מִתְנַבְּאִים עַל עִסְקֵי גּוֹג וּמָגוֹג? וְלָמָּה לֹא חָשַׁב אֶת אָסַף דְּאִית לֵיהּ מִזְמוֹרִים בִּתְהִלִּים שֶׁיֵּשׁ בָּהֶם דְּבָרִים לְדוֹרוֹת שֶׁאֲמָרָם בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ? וְצָרִיךְ עִיּוּן. וּמִלְּבַד כָּל זֶה יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת בְּדִבְרֵי רַשִׁ"י זַ"ל, שֶׁחָשַׁב בִּכְלַל המ"ח אֶת הָאָבוֹת, וַהֲלֹא אַבְרָהָם אָבִינוּ ע"ה רָאָה אֶת זַרְעוֹ יִצְחָק וְיַעֲקֹב צַדִּיקִים גְּמוּרִים וְיִשְׁמָעֵאל וְעֵשָׂו לָא חֲשִׁיבִי זֶרַע, וְכֵן יַעֲקֹב אָבִינוּ ע"ה רָאָה כָּל זַרְעוֹ צַדִּיקִים, וְלֹא שַׁיָּיךְ גַּבֵּיהּ מַאֲמָר זֶה לְהַחֲזִירָם לַמּוּטָב, וְכֵן לֹא שַׁיָּיךְ זֶה גַּבֵּי שָׂרָה, וְיֵשׁ לוֹמַר בְּדֹוחַק דְּלָאו עַל כָּל מ"ח וְשֶׁבַע קָאָמַר זֶה.
Quarante-huit prophètes et sept prophétesses ont prophétisé pour Israël, et ils n'ont rien retranché ni rien ajouté à ce qui est écrit dans la Tora, sauf la lecture de la meguila. Le Rav Iyoun Yaakov, de mémoire bénie, a soulevé une difficulté : il n'aurait fallu dire que ils n'ont rien ajouté ; mais retranché, comment pourrait-on seulement le penser, puisque la lecture de la meguila non plus ne constitue aucun retranchement ! Il répond que la lecture de la meguila comporte elle aussi un retranchement, puisqu'on est interdit d'éloge funèbre et de jeûne ce jour-là, voir là-bas. Mais on peut objecter à ses paroles : la Tora a-t-elle donc obligé à jeûner le quatorze adar, et l'éloge funèbre relève-t-il de la Tora ? Il semble qu'on puisse maintenir ses paroles en partie : dans le cas où quelqu'un a fait vœu de jeûner tant de jours et que Pourim tombe parmi eux, il est tenu par la Tora de jeûner en vertu de son vœu ; mais du moment que les Sages ont fait de ce jour un jour de lecture de la meguila, il ne jeûne pas, et il se trouve qu'une obligation contractée selon la loi de la Tora, en vertu de son vœu, est annulée. Quant à moi, serviteur, il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est qu'on interrompt le service du Temple et l'étude de la Tora pour la lecture de la meguila, comme il est dit au début de notre chapitre (folio 3a) : il a été enseigné que les cohanim à leur service, les leviim sur leur estrade et les israélites à leur poste interrompent tous leur service et viennent entendre la lecture de la meguila ; de là, la maison de Rabbi a appuyé l'usage d'interrompre l'étude de la Tora pour venir entendre la lecture de la meguila, voir là-bas. Et bien qu'il s'agisse d'un cas où l'on pourra accomplir ensuite la mitsva du service, malgré tout, puisqu'on l'interrompt sur le moment pour venir entendre la lecture, le terme retranché convient ici. Or Rachi, de mémoire bénie, a compté Moché notre maître parmi les quarante-huit, ce qui fait difficulté : la nouveauté énoncée est que ces quarante-huit n'ont rien retranché ni ajouté à ce que Moché notre maître a écrit dans la Tora, comment donc le compter parmi eux ? Autre difficulté : pourquoi n'a-t-il pas compté Noah, dont la prophétie est écrite dans la Tora ? Chem et Ever aussi étaient prophètes, et leur prophétie est écrite au début de la section Toledot, auprès de Rivka notre mère ; et si l'on répond qu'ils étaient antérieurs au don de la Tora, Rachi a pourtant compté Avraham, Yitshak et Yaakov ! Autre difficulté : pourquoi n'a-t-il pas compté Yehochoua, ni Eldad et Medad, qui prophétisaient eux aussi pour les générations, comme il est dit dans Sanhédrin folio 17, où ils prophétisaient sur les affaires de Gog et Magog ? Et pourquoi n'a-t-il pas compté Assaf, qui a des psaumes dans les Tehilim où se trouvent des choses valables pour les générations, dites par l'esprit saint ? Cela demande examen. Outre tout cela, il y a lieu d'objecter aux paroles de Rachi, de mémoire bénie, qui a compté les patriarches parmi les quarante-huit : Avraham notre père a vu sa descendance, Yitshak et Yaakov, parfaitement juste, Ichmael et Essav n'étant pas comptés comme descendance ; de même Yaakov notre père a vu toute sa descendance juste, et le propos de les ramener au bien ne s'applique pas à lui, ni non plus à Sara. On peut répondre, non sans peine, que ce propos n'a pas été dit de l'ensemble des quarante-huit et des sept.
חוּץ מִמִּקְרָא מְגִלָּה. עַייֵּן פֶּתַח עֵינַיִם בְּשֵׁם רִ"י זַ"ל [וְאַף עַל פִּי שֶׁיֵּשׁ כַּמָּה תַּקָּנוֹת וּגְזֵרוֹת וַאֲסוּרִין דְּרַבָּנָן הָנְהוּ הָווּ סְיָיג לַתּוֹרָה אוֹ לְמִצְוָה אוֹ גָּדֵר לַעֲבֵירָה וְאִיכָּא אַסְמַכְתָּא דְּאוֹרָייְתָא דִּכְתִיב (וַיִּקְרָא יח, ל) 'וּשְׁמַרְתֶּם אֶת מִשְׁמַרְתִּי'? הָרָ"ן וְרַבֵּינוּ יְשַׁעְיָה הַגָּדוֹל כָּתַב שֶׁמִּקְרָא מְגִילָּה נִרְאֶה שֶׁהוֹסִיפוּ עַל הַתּוֹרָה שֶׁחִייְּבוּ קְרִיאָתָהּ כְּמוֹ הַתּוֹרָה דִּכְתִיב וְהָגִיתָ בּוֹ. לִקּוּטֵי רַבֵּינוּ בְּצַלְאֵל כִּתְבֵי יָד] . וְקָשֶׁה לְתֵירוּצוֹ וְהָא אִיכָּא הַפְטָרָה דְּשַׁבָּת דְּחִיּוּב קְרִיאָתָהּ מִדְּרַבָּנָן וּמְבָרְכִין עָלֶיהָ? וְנִרְאֶה לִי דְּתִיקּוּן זֶה הֲוָה אַחַר חַגַּי זְכַרְיָה וּמַלְאָכִי.
Sauf la lecture de la meguila. Voir le Petah Einayim au nom de Rabbi Yossef, de mémoire bénie [et bien qu'il existe plusieurs institutions, décrets et interdits rabbiniques, ceux-là sont une haie autour de la Tora ou d'une mitsva, ou une barrière contre la transgression, et ils ont un appui dans la Tora, comme il est écrit (Lévitique 18,30) : vous garderez Ma garde. Le Ran et Rabbenou Yechaya le Grand ont écrit que la lecture de la meguila paraît bien être un ajout à la Tora, puisqu'ils en ont rendu la lecture obligatoire comme celle de la Tora, dont il est écrit : tu la méditeras. Likoutei Rabbenou Betsalel, manuscrit]. Et il y a une difficulté à sa réponse : il y a bien la haftara de Chabbat, dont l'obligation de lecture est rabbinique et sur laquelle on récite une bénédiction ! Il me semble que cette institution est postérieure à Haggai, Zekharia et Malakhi.
⚖️ Rosh (1)
אָמַר רָבָא מִיחַייַּב אִינִישׁ לְבַסּוֹמֵי בְּפוּרַיָּא עַד דְּלָא יָדַע בֵּין בָּרוּךְ מָרְדְּכַי לְאָרוּר הַמָּן. אָמְרִי' בִּירֻושַּׁל' (פֶּרֶק בְּנֵי הָעִיר הֲלָכָה ז) שצ"ל אַחַר קְרִיאַת הַמְּגִילָּה אָרוּר הָמָן בָּרוּךְ מָרְדְּכַי אֲרוּרָה זֶרֶשׁ בְּרוּכָה אֶסְתֵּר אֲרוּרִים כָּל הָרְשָׁעִים בְּרוּכִים כָּל יִשְׂרָאֵל גַּם חַרְבוֹנָה זָכוּר לַטּוֹב. וְאָמַר רָבָא סְעוּדַת פּוּרִים שֶׁאֲכָלָהּ בַּלַּיְלָה לֹא יָצָא יְדֵי חוֹבָתוֹ מַאי טַעְמָא יְמֵי מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה כְּתִיב וְתָנֵי ר' יוֹסֵף שִׂמְחָה מְלַמֵּד שֶׁאָסוּר בְּהֶסְפֵּד וּמִשְׁתֶּה מְלַמֵּד שֶׁאָסוּר בְּתַעֲנִית וי"ט שֶׁאָסוּר בַּעֲשִׂיַּית מְלָאכָה רַבָּה בְּרִי' דְּרָבָא אָמַר מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה קַבִּילוּ עֲלַיְיהוּ מְלָאכָה לָא קַבִּילוּ עֲלַיְיהוּ דְּמֵעִיקָּרָא כְּתִיב שִׂמְחָה וּמִשְׁתֶּה וי"ט וּלְבַסּוֹף כְּתִיב (בֵּיהּ) לַעֲשׂוֹת אוֹתָם יְמֵי מִשְׁתֶּה וְשִׂמְחָה וְאִלּוּ י"ט לָא כְּתִיב בֵּיהּ וְכֵן הֲלָכָה וקי"ל דְּהָנֵי תְּרֵי יוֹמֵי דְּאִינּוּן אַרְבֵּיסַר וַחֲמֵיסַר אֲסִירֵי בְּהֶסְפֵּד וּבְתַעֲנִית דִּכְתִיב בִּמְגִילַּת תַּעֲנִית אֵת יוֹם י"ד (לְחֹדֶשׁ אֲדָר) וְאֶת יוֹם ט"ו יְמֵי פּוּרַיָּא אִינּוּן דְּלָא לְמִסְפַּד בְּהוֹן וְאָמַר רָבָא לֹא נִצְרְכָה אֶלָּא לֶאֱסֹור אֶת שֶׁל זֶה בָּזֶה וְאֶת שֶׁל זֶה בָּזֶה פִּי' בְּנֵי עֲייָרוֹת אֲסוּרִין בַּחֲמִשָּׁה עָשָׂר וּבְנֵי כְּרַכִּין בְּאַרְבָּעָה עָשָׂר: גָּרְסִינַן בְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה (דַּף יח:) רַב וְר' חֲנִינָא אָמְרִי בָּטְלָה מְגִילַּת תַּעֲנִית ר' יוֹחָנָן וְר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן לֵוִי אָמְרִי לֹא בָּטְלָה וּמַסִּיק הָתָם הִלְכְתָא חֲנֻוכָּה וּפוּרִים לֹא בָּטְלוּ אִית דְּבָעֵי לְמֵימַר כֵּיוָן דְּלָא בָּטְלִי וְאוֹקְמוּ אַדִּינַייְהוּ לִפְנֵיהֶם וּלְאַחֲרֵיהֶם אָסוּר וְאִית דְּאָמְרִי לֹא עָדִיף לִפְנֵיהֶם וּלְאַחֲרֵיהֶם מִשְּׁאָר יוֹמֵי מְגִילַּת תַּעֲנִית וְכֵן מִסְתַּבֵּר וּלְכָךְ נָהֲגוּ לְהִתְעַנּוֹת בִּשְׁלשָׁה עָשָׂר בַּאֲדָר וּלְמַאי דְּפָרֵישִׁית לְעֵיל (סִי' א) זְמַן קְהִלָּה לַכֹּל הִיא הָוֵי תַּעֲנִית אֶסְתֵּר תַּקָּנַת חֲכָמִים אַף קֹודֶם שֶׁבָּטְלָה מְגִילַּת תַּעֲנִית: תָּנוּ רַבָּנַן אַרְבָּעִים וּשְׁמוֹנָה נְבִיאִים וְשֶׁבַע נְבִיאוֹת שֶׁנִּתְנַבְּאוּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל לֹא פִּיחֲתוּ וְלֹא הוֹתִירוּ עַל מַה שֶּׁכָּתוּב בַּתּוֹרָה אַפֵּי' אוֹת אַחַת חוּץ מִמִּקְרָא מְגִילָּה מַאי דְּרוֹשׁ אָמַר ר' חִיָּיא בַּר אָבִין אָמַר ר' יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה ק"ו וּמַה מֵעַבְדוּת לְחֵירוּת אָמְרוּ שִׁירָה מִמָּוֶת לְחַיִּים לֹא כ"ש אִי הָכִי הַלֵּל נָמֵי נֵימָא אָמַר ר' יִצְחָק לְפִי שֶׁאֵין אוֹמְרִים הַלֵּל עַל נֵס שֶׁבַּחוּצָה לָאָרֶץ מַתְקִיף לַהּ רנב"י הֲרֵי יְצִיאַת מִצְרַיִם נֵס שֶׁבְּחוּצָה לָאָרֶץ הָוֵי וְקָרֵי הַלֵּילָא הָתָם כִּדְתַנְיָא עַד שֶׁלֹּא נִכְנְסוּ לָאָרֶץ הֻוכְשְׁרוּ כָּל הָאֲרָצוֹת לוֹמַר שִׁירָה מִשֶּׁנִּכְנְסוּ לְאָרֶץ לֹא הֻוכְשְׁרוּ כָּל הָאֲרָצוֹת לוֹמַר שִׁירָה רַב נַחְמָן אָמַר קְרִיאָתָהּ זוֹ הִיא הַלֵּילָאּ רָבָא אָמַר בִּשְׁלָמָא הָתָם הַלְלוּ עַבְדֵי ה' וְלֹא עַבְדֵי פַרְעֹה אֶלָּא הָכָא הַלְלוּ עַבְדֵי ה' וְלֹא עַבְדֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ אַכַּתִּי עַבְדֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ אֲנַן הִלְכָּךְ לָא אָמְרִינַן הַלֵּילָא בְּפוּרַיָּא:
Rava a dit : un homme est tenu de s'enivrer à Pourim jusqu'à ne plus savoir distinguer entre béni soit Mordekhai et maudit soit Haman. Nous disons dans le Yerouchalmi (chapitre Bnei Haïr, halakha 7) qu'il faut dire après la lecture de la meguila : maudit soit Haman, béni soit Mordekhai, maudite soit Zérech, bénie soit Esther, maudits soient tous les méchants, bénis soient tous les israélites, et Harvona lui aussi qu'il soit mentionné en bien. Rava a dit : le repas de Pourim pris de nuit ne s'acquitte pas de l'obligation ; quelle en est la raison ? Il est écrit jours de festin et de joie. Rabbi Yossef a enseigné : joie enseigne qu'il est interdit d'y faire un éloge funèbre ; festin enseigne qu'il est interdit d'y jeûner ; et jour de fête, qu'il est interdit d'y faire un travail. Rabba fils de Rava a dit : le festin et la joie, ils les ont acceptés sur eux, mais l'interdiction de travail, ils ne l'ont pas acceptée sur eux ; car au départ il est écrit joie, festin et jour de fête, et à la fin il est écrit d'en faire des jours de festin et de joie, sans qu'il y soit écrit jour de fête. Telle est la halakha. Et nous tenons que ces deux jours, le quatorze et le quinze, sont interdits d'éloge funèbre et de jeûne, comme il est écrit dans la Meguilat Taanit : le quatorze du mois d'adar et le quinze sont les jours de Pourim, où l'on ne fait pas d'éloge funèbre. Rava a dit : cela n'était nécessaire que pour interdire celui-ci en celui-là et celui-là en celui-ci, c'est-à-dire que les habitants des villes ouvertes sont tenus au quinze et ceux des villes fortifiées au quatorze. Nous lisons dans Roch Hachana (folio 18b) : Rav et Rabbi Hanina disent que la Meguilat Taanit est abolie ; Rabbi Yo'hanan et Rabbi Yehochoua ben Levi disent qu'elle n'est pas abolie ; et l'on conclut là-bas que la halakha est que 'Hanouka et Pourim n'ont pas été abolis. Certains veulent dire que, puisqu'ils n'ont pas été abolis et qu'ils sont maintenus dans leur statut, le jour qui les précède et celui qui les suit sont également interdits ; et d'autres disent que le jour qui précède et celui qui suit n'ont pas plus de force que pour les autres jours de la Meguilat Taanit, et c'est ce qui paraît juste. C'est pourquoi l'usage s'est établi de jeûner le treize adar. Et selon ce que j'ai expliqué plus haut (siman 1), le temps de rassemblement étant pour tous, le jeûne d'Esther est une institution des Sages déjà antérieure à l'abolition de la Meguilat Taanit. Nos maîtres ont enseigné : quarante-huit prophètes et sept prophétesses ont prophétisé pour Israël, et ils n'ont rien retranché ni rien ajouté à ce qui est écrit dans la Tora, pas même une seule lettre, sauf la lecture de la meguila. Quel raisonnement ont-ils tiré ? Rabbi Hiya bar Avin a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Korha un kal vahomer : si de l'esclavage à la liberté ils ont dit un chant, de la mort à la vie, à plus forte raison. Si c'est ainsi, disons aussi le Hallel ! Rabbi Yitshak a dit : parce qu'on ne dit pas le Hallel sur un miracle survenu hors de la Terre. Rav Nahman bar Yitshak a objecté : voici que la sortie d'Égypte fut un miracle survenu hors de la Terre, et l'on y récite le Hallel ! Là-bas, c'est comme il a été enseigné : tant qu'ils n'étaient pas entrés dans la Terre, toutes les terres étaient aptes à ce qu'on y dise un chant ; une fois entrés dans la Terre, toutes les terres ne furent plus aptes à ce qu'on y dise un chant. Rav Nahman a dit : sa lecture même est son Hallel. Rava a dit : soit là-bas, louez, serviteurs de Hachem, et non serviteurs de Pharaon ; mais ici, louez, serviteurs de Hachem, et non serviteurs d'Ahachveroch ? Nous sommes encore les serviteurs d'Ahachveroch. C'est pourquoi nous ne disons pas le Hallel à Pourim.
💡 Explication

La baraita énonce un principe général de l'histoire de la prophétie : les prophètes n'ont aucune autorité pour modifier la Tora. La lecture de la meguila fait exception, et c'est cette exception qui demande justification, d'où la question du segment suivant.

Rachi devance l'objection évidente : 'Hanouka aussi est une institution ajoutée. Sa réponse est chronologique. 'Hanouka date d'une époque où la prophétie avait cessé, donc l'institution n'est pas le fait de prophètes, alors qu'au temps de Mordekhai les trois derniers prophètes étaient encore en vie.

5
מַאי דְּרוֹשׁ? אָמַר רַבִּי חִייָּא בַּר אָבִין אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה: וּמַה מֵעַבְדוּת לְחֵירוּת אָמְרִינַן שִׁירָה — מִמִּיתָה לְחַיִּים לֹא כָּל שֶׁכֵּן.

Quel raisonnement ont-ils tiré ? Rabbi Hiya bar Avin a dit au nom de Rabbi Yehochoua ben Korha : si de l'esclavage à la liberté nous disons un chant, alors de la mort à la vie, à plus forte raison.

📜 Rachi (1)
מֵעַבְדוּת לְחֵירוּת בִּיצִיאַת מִצְרַיִם אָמְרוּ שִׁירָה עַל הַיָּם:
De l'esclavage à la liberté : lors de la sortie d'Égypte, ils ont dit le chant sur la mer.
💡 Explication

Le raisonnement est un kal vahomer (à fortiori). Le cas léger est la sortie d'Égypte, où la délivrance porte sur un changement de statut, de l'esclavage à la liberté ; le cas grave est Pourim, où la délivrance porte sur la vie elle-même. Si le cas léger a produit un chant, le cas grave doit en produire un à plus forte raison.

Le chant institué pour Pourim est la lecture de la meguila. La suite du folio montre que ce même raisonnement, poussé plus loin, devrait imposer le Hallel.

🖼️ Schéma
Le kal vahomer de Rabbi Yehochoua ben Korha Cas léger : la sortie d'Égypte Le changement : de l'esclavage à la liberté. Ce qui en découle : on a dit un chant, le cantique de la mer. Cas grave : le miracle de Pourim Le changement : de la mort à la vie. Ce qui en découle à plus forte raison : un chant, la lecture de la meguila. Le prix à payer : si le raisonnement vaut, il vaut aussi pour le Hallel, qui est lui aussi un chant. C'est l'objection immédiate de la Guemara, à laquelle trois réponses vont être données.
Le raisonnement qui autorise l'ajout de la meguila est aussi ce qui rend problématique l'absence de Hallel.
6
אִי הָכִי, הַלֵּל נָמֵי נֵימָא! לְפִי שֶׁאֵין אוֹמְרִים הַלֵּל עַל נֵס שֶׁבַּחוּצָה לָאָרֶץ. יְצִיאַת מִצְרַיִם, דְּנֵס שֶׁבְּחוּצָה לָאָרֶץ, הֵיכִי אָמְרִינַן שִׁירָה?

S'il en est ainsi, disons aussi le Hallel ! Parce qu'on ne dit pas le Hallel sur un miracle survenu hors de la Terre.

Mais la sortie d'Égypte, qui fut un miracle survenu hors de la Terre, comment y disons-nous un chant ?

📜 Rachi (1)
הַלֵּל נָמֵי נֵימָא שֶׁהִיא שִׁירָה:
Disons aussi le Hallel : car il est lui aussi un chant.
💡 Explication

La première réponse pose une règle de lieu : le Hallel ne se dit que sur un miracle survenu en Erets Israël. Elle se heurte aussitôt à un contre-exemple qui est précisément celui du kal vahomer, la sortie d'Égypte.

7
כִּדְתַנְיָא: עַד שֶׁלֹּא נִכְנְסוּ יִשְׂרָאֵל לָאָרֶץ — הֻוכְשְׁרוּ כָּל אֲרָצוֹת לוֹמַר שִׁירָה. מִשֶּׁנִּכְנְסוּ יִשְׂרָאֵל לָאָרֶץ — לֹא הֻוכְשְׁרוּ כָּל הָאֲרָצוֹת לוֹמַר שִׁירָה.

Comme il a été enseigné : tant qu'Israël n'était pas entré dans la Terre, toutes les terres étaient aptes à ce qu'on y dise un chant ; une fois qu'Israël fut entré dans la Terre, toutes les terres ne furent plus aptes à ce qu'on y dise un chant.

💡 Explication

La baraita sauve la première réponse en introduisant une division du temps. L'entrée en Erets Israël donne à ce pays une sainteté qui disqualifie les autres terres. La sortie d'Égypte est antérieure à cette entrée, donc le chant y était légitime.

8
רַב נַחְמָן אָמַר: קִרְייָתָהּ זוֹ הַלַּיְלָה. רָבָא אָמַר, בִּשְׁלָמָא הָתָם: ״הַלְלוּ עַבְדֵי ה׳״ — וְלֹא עַבְדֵי פַּרְעֹה, אֶלָּא הָכָא: ״הַלְלוּ עַבְדֵי ה׳״ — וְלֹא עַבְדֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ? אַכַּתִּי עַבְדֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ אֲנַן.

Rav Nahman a dit : sa lecture même est son Hallel. Rava a dit : soit là-bas, louez, serviteurs de Hachem, et non serviteurs de Pharaon ; mais ici, louez, serviteurs de Hachem, et non serviteurs d'Ahachveroch ?

Nous sommes encore les serviteurs d'Ahachveroch.

📜 Rachi (2)
הָכִי גָּרְסִי' אָמַר רָבָא בִּשְׁלָמָא הָתָם כוּ' וְלֹא עַבְדֵי פַּרְעֹה שֶׁהֲרֵי לְחֵירוּת יָצְאוּ:
Telle est la version : Rava a dit, soit là-bas, etc., et non serviteurs de Pharaon, puisqu'ils étaient sortis vers la liberté.
אַכַּתִּי עַבְדֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ אֲנַן דְּלָא נִגְאֲלוּ אֶלָּא מִן הַמִּיתָה:
Nous sommes encore les serviteurs d'Ahachveroch : car ils n'ont été délivrés que de la mort.
🪔 Ben Yehoyada (1)
קְרִיאָתָהּ זוֹ הִלּוּלָא. קָשֶׁה לְפִי זֶה לָמָּה קוֹרִין הַהַלֵּל בְּלֵיל פֶּסַח, וַהֲלֹא קְרִיאַת הַהַגָּדָה זוֹ הִילּוּלָא? וְנִרְאֶה לִי דְּדַוְקָא מְגִילַּת אֶסְתֵּר שֶׁהִיא מִן הַכְּתוּבִים תַּסְפִּיק בִּמְקוֹם הַלֵּל שֶׁהוּא כְּתוּבִים, אֲבָל הַגָּדָה כֻּולָּהּ מִדְרַשׁ חֲזַ"ל, וּמַה שֶׁאָמַר בְּתוֹכָהּ הִלֵּל אוֹמְרִים אוֹתוֹ פִּסְקֵי פִּסְקֵי, לְכָךְ צָרִיךְ לִגְמֹור הַהַלֵּל אַחַר תְּפִלַּת עַרְבִית .
Sa lecture même est son Hallel. Il y a une difficulté : selon cela, pourquoi lit-on le Hallel la nuit de Pessa'h, puisque la lecture de la haggada est elle-même le Hallel ? Il me semble que seule la meguila d'Esther, qui fait partie des Ketouvim, peut tenir lieu du Hallel, qui fait lui aussi partie des Ketouvim ; tandis que la haggada est tout entière un midrach de nos maîtres, et le Hallel qu'on y dit se dit par fragments. C'est pourquoi il faut achever le Hallel après la prière du soir.
💡 Explication

Deux réponses nouvelles, indépendantes de la question du lieu. Pour Rav Nahman, la lecture de la meguila occupe la place du Hallel : l'obligation est remplie, sous une autre forme. Pour Rava, c'est le contenu même du Hallel qui interdit de le dire ; le verset proclame un passage au seul service divin, et Pourim n'a pas produit cela, puisque Israël reste sous la domination perse.

Rachi précise la portée du mot de Rava : la délivrance de Pourim porte sur la mort, non sur la servitude.

9
בֵּין לְרָבָא בֵּין לְרַב נַחְמָן קַשְׁיָא, וְהָא תַּנְיָא: מִשֶּׁנִּכְנְסוּ לָאָרֶץ — לֹא הֻוכְשְׁרוּ כָּל הָאֲרָצוֹת לוֹמַר שִׁירָה! כֵּיוָן שֶׁגָּלוּ, חָזְרוּ לְהַכְשִׁירָן הָרִאשׁוֹן.

Tant pour Rava que pour Rav Nahman, cela fait difficulté : n'a-t-il pas été enseigné qu'une fois entrés dans la Terre, toutes les terres ne furent plus aptes à ce qu'on y dise un chant ! Dès lors qu'ils furent exilés, elles sont revenues à leur aptitude première.

📜 Rachi (3)
בֵּין לְרָבָא דְּאָמַר לְהָכִי לָא אָמְרִי הִלֵּל דְּאַכַּתִּי עַבְדֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ הָווּ הָא לָאו הָכִי אָמְרִינַן:
Tant pour Rava, qui dit que si l'on ne récite pas le Hallel c'est parce que nous sommes encore les serviteurs d'Ahachveroch, ce qui implique que sans cela on le réciterait.
בֵּין לְרַב נַחְמָן דְּאָמַר קְרִיאַת מְגִילָּה בִּמְקוֹם הַלֵּל:
Tant pour Rav Nahman, qui dit que la lecture de la meguila tient la place du Hallel.
הֻוכְשְׁרוּ שְׁאָר אֲרָצוֹת לוֹמַר שִׁירָה עַל נֵס הַמְאֹורָע לָהֶם:
Les autres terres furent aptes à ce qu'on y dise un chant : sur le miracle qui leur est advenu.
💡 Explication

La difficulté tient à ce que Rava et Rav Nahman cherchent une raison autre que le lieu : cela suppose qu'en soi, un miracle survenu hors de la Terre pourrait donner lieu au Hallel. Or la baraita semble l'exclure.

La réponse renverse la périodisation de la baraita : l'aptitude des autres terres dépend de la sainteté effective d'Erets Israël, et l'exil a suspendu celle-ci. Les terres étrangères retrouvent donc le statut qu'elles avaient avant l'entrée.

10
וְתוּ לֵיכָּא? וְהָכְתִיב: ״וַיְהִי אִישׁ אֶחָד מִן הָרָמָתַיִם צוֹפִים״, אֶחָד מִמָּאתַיִם צוֹפִים שֶׁנִּתְנַבְּאוּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל.

Et il n'y en a pas davantage ? N'est-il pas écrit : il y avait un homme de Ramatayim Tsofim, c'est-à-dire un parmi deux cents voyants qui ont prophétisé pour Israël ?

📜 Rachi (1)
וְתוּ לֵיכָּא נְבִיאִים:
Et il n'y en a pas davantage : des prophètes.
💡 Explication

La Guemara revient au chiffre de la baraita. Le verset sur Elkana, père de Chemouel, est lu en décomposant le nom du lieu : ehad (un), matayim (deux cents), tsofim (voyants). Le compte de quarante-huit paraît alors trop bas.

11
מִיהְוֵה טוּבָא הָווּ, כִּדְתַנְיָא: הַרְבֵּה נְבִיאִים עָמְדוּ לָהֶם לְיִשְׂרָאֵל, כִּפְלַיִם כְּיוֹצְאֵי מִצְרַיִם. אֶלָּא נְבוּאָה שֶׁהֻוצְרְכָה לְדוֹרוֹת — נִכְתְּבָה, וְשֶׁלֹּא הֻוצְרְכָה — לֹא נִכְתְּבָה.

Il y en eut effectivement beaucoup, comme il a été enseigné : de nombreux prophètes se sont levés pour Israël, le double du nombre de ceux qui sortirent d'Égypte. Mais la prophétie qui était nécessaire aux générations a été mise par écrit, et celle qui n'était pas nécessaire n'a pas été mise par écrit.

📜 Rachi (1)
נְבוּאָה שֶׁהֻוצְרְכָה לְדוֹרוֹת לִלְמֹוד תְּשׁוּבָה אוֹ הוֹרָאָה וְכָל הָנָךְ מ"ח הֻוצְרְכוּ וּבַהֲלָכוֹת גְּדוֹלוֹת מְנוּיִין מִסֵּדֶר עוֹלָם אַבְרָהָם יִצְחָק יַעֲקֹב מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן יְהוֹשֻׁעַ פִּנְחָס וַיַּעַל מַלְאַךְ ה' מִן הַגִּלְגָּל אֶל הַבֹּוכִים (שׁוֹפְטִים ב׳:א׳) זֶה פִּנְחָס וַיָּבֹא אִישׁ הָאֱ-לֹהִים אֶל עֵלִי (שְׁמוּאֵל א ב׳:כ״ז) זֶה אֶלְקָנָה עֵלִי שְׁמוּאֵל גָּד נָתַן דָּוִד שְׁלֹמֹה עִידּוֹ קָרָא אֶל הַמִּזְבֵּחַ בְּבֵית אֵל מִיכָיְהוּ בֶּן יִמְלָה בִּימֵי אַחְאָב עוֹבַדְיָה אֲחִיָּה הַשִּׁילוֹנִי וְיֵהוּא בֶּן חֲנָנִי בִּימֵי אָסָא עֲזַרְיָה בֶּן עוֹדֵד חֲזִיאֵל [הַלֵּוִי] מִבְּנֵי מַתַּנְיָה אֱלִיעֶזֶר בֶּן דּוֹדוֹ מִמּוֹרִישָׁה כֻּולָּן בִּימֵי יְהוֹשָׁפָט בְּדִבְרֵי הַיָּמִים (ב' יט) וּבִימֵי יָרָבְעָם בֶּן יוֹאָשׁ הוֹשֵׁעַ עָמוֹס וּבִימֵי יוֹתָם מִיכָה הַמֹּורַשְׁתִּי וּבִימֵי אֲמַצְיָה אָמוֹץ אָמוֹץ אָמַר לַאֲמַצְיָה מַדּוּעַ דְּרָשַׁת אֱ-לֹהֵי אֱדוֹם וְאֵלִיָּהוּ וֶאֱלִישָׁע וְיוֹנָה בֶּן אֲמִיתִּי יְשַׁעְיָה בִּימֵי מְנַשֶּׁה יוֹאֵל נַחוּם חֲבַקּוּק בִּימֵי יֹאשִׁיָּה צְפַנְיָה אוּרִיָּה מִקִּרְיַת יְעָרִים יִרְמְיָה בַּגּוֹלָה יְחֶזְקֵאל דָּנִיֵּאל בִּשְׁנַת שְׁתַּיִם לְדָרְיָוֶשׁ בָּרוּךְ נֵרִיָּה שְׁרִיָּה מַחְסֵיָה חַגַּי זְכַרְיָה מַלְאָכִי וּמָרְדְּכַי בִּלְשָׁן בְּסֵדֶר עוֹלָם וְעַל דָּנִיֵּאל אָמְרִינַן לְעֵיל (מְגִילָּה דַּף ג.) אִינְהוּ נְבִיאֵי וְאִיהוּ לָאו נָבִיא אֶלָּא אַפֵּיק דָּנִיֵּאל וְעָייֵל שְׁמַעְיָה שֶׁאָמַר לִרְחַבְעָם אַל תַּעֲלוּ וְאַל תִּלְחֲמוּ עִם אֲחֵיכֶם בְּנֵי יִשְׂרָאֵל שְׁנַיִם לֹא יָדַעְתִּי:
La prophétie qui était nécessaire aux générations : pour enseigner le retour ou une règle de conduite ; et toutes ces quarante-huit étaient nécessaires. Dans les Halakhot Guedolot, elles sont énumérées d'après le Seder Olam : Avraham, Yitshak, Yaakov, Moché, Aharon, Yehochoua, Pinhas et Yael ; un ange de Hachem monta de Guilgal à Bokhim (Juges 2,1), c'est Pinhas ; un homme de D.ieu vint vers Eli (I Samuel 2,27), c'est Elkana ; Eli, Chemouel, Gad, Natan, David, Chelomo, Ido, qui cria vers l'autel à Beth Él ; Mikhaya fils de Yimla aux jours d'Ahav ; Ovadia ; Ahiya le Chilonite ; Yehou fils de Hanani aux jours d'Assa ; Azaria fils d'Oded ; Haziel le lévite d'entre les fils de Matania ; Eliezer fils de Dodavaou de Marécha, tous aux jours de Yehochafat, dans les Chroniques (II, 19) ; aux jours de Yarovam fils de Yoach : Hochea, Amos ; aux jours de Yotam : Mikha le Morachtite ; aux jours d'Amatsia : Amots, lequel dit à Amatsia pourquoi as-tu recherché les dieux d'Edom ; Eliahou, Elicha et Yona fils d'Amitaï ; Yechayahou ; aux jours de Menache : Yoël, Nahoum, Habakouk ; aux jours de Yochiyahou : Tsefania, Ouriya de Kiryat Yearim, Yirmiyahou ; en exil : Ye'hezkel, Daniel en la deuxième année de Dareyavech, Baroukh, Néria, Seraya, Mahseya, Haggai, Zekharia, Malakhi, et Mordekhai Bilchan, selon le Seder Olam. Et au sujet de Daniel, nous avons dit plus haut (Meguila 3a) qu'eux étaient prophètes et que lui n'était pas prophète : il faut donc retirer Daniel et faire entrer Chemaya, qui dit à Rehavam de ne pas monter et de ne pas combattre vos frères les enfants d'Israël. Deux, je ne les ai pas identifiés.
💡 Explication

La réponse distingue le nombre des prophètes et le nombre des prophéties consignées. Le critère de la mise par écrit est l'utilité pour les générations ultérieures, que Rachi précise ainsi : enseigner la techouva ou une règle de conduite.

La glose de Rachi donne ensuite la liste complète des quarante-huit d'après les Halakhot Guedolot et le Seder Olam, avec l'ajustement rendu nécessaire par la position de la Guemara sur Daniel, et l'aveu de deux noms manquants.

12
רַבִּי שְׁמוּאֵל בַּר נַחְמָנִי אָמַר: אָדָם הַבָּא מִשְׁתֵּי רָמוֹת שֶׁצּוֹפוֹת זוֹ אֶת זוֹ. רַבִּי חָנֲין אָמַר: אָדָם הַבָּא מִבְּנֵי אָדָם שֶׁעוֹמְדִין בְּרוּמוֹ שֶׁל עוֹלָם. וּמַאן נִינְהוּ? בְּנֵי קֹרַח, דִּכְתִיב: ״וּבְנֵי קֹרַח לֹא מֵתוּ״, תְּנָא מִשּׁוּם רַבֵּינוּ: מָקוֹם נִתְבַּצֵּר לָהֶם בְּגֵיהִנָּם, וְעָמְדוּ עָלָיו.

Rabbi Chemouel bar Nahmani a dit : un homme venu de deux hauteurs qui se regardent l'une l'autre. Rabbi Hanin a dit : un homme issu de gens qui se tenaient au sommet du monde.

Et qui sont-ils ? Les fils de Korah, comme il est écrit : et les fils de Korah ne moururent pas.

Il a été enseigné au nom de notre maître : un lieu élevé leur fut réservé dans le Guehinam, et ils s'y tinrent.

📜 Rachi (1)
נִתְבַּצֵּר לָהֶם לְשׁוֹן גָּבוֹהַּ כְּמוֹ וּבְצוּרוֹת בַּשָּׁמַיִם (דְּבָרִים ט):
Leur fut réservé : terme qui exprime la hauteur, comme dans des villes fortifiées jusqu'au ciel (Deutéronome 9).
🪔 Ben Yehoyada (2)
אָדָם הַבָּא מִבְּנֵי אָדָם שֶׁעוֹמְדִין בְּרוּמוֹ שֶׁל עוֹלָם, וּמַאן נִנְהוּ? בְּנֵי קֹרַח. פֵּירוּשׁ הִמְשִׁיךְ אֵשׁ מִמָּקוֹם גָּבוֹהַּ וְעֶלְיוֹן לְאוֹתוֹ מָקוֹם וְדָחָה מִמֶּנּוּ אֵשׁ גֵּיהִנָּם, וּלְכָךְ קָרֵי לְאוֹתוֹ מָקוֹם 'רוּמוֹ שֶׁל עוֹלָם'. אוֹ יוּבָן לְמַעְלָה מִן אוֹתִיּוֹת 'עוֹלָם' בְּעֵרֶךְ הַמִּסְפָּר הֵם אוֹתִיּוֹת 'מִן פָּז' רֶמֶז שֶׁהַגְּבוּרָה שֶׁשָּׁלְטָה בָּהֶם לְאַבְּדָם נַעֲשֵׂית פָּז כִּי נִמְתְּקָה.
Un homme issu de gens qui se tenaient au sommet du monde. Et qui sont-ils ? Les fils de Korah. Explication : il a attiré un feu venu d'un lieu haut et supérieur vers ce lieu, et il en a repoussé le feu du Guehinam ; c'est pourquoi ce lieu est appelé le sommet du monde. On peut aussi comprendre que les lettres qui suivent celles du mot olam, le monde, selon le compte, sont les lettres de min paz, de l'or fin, allusion au fait que la guevoura (la rigueur) qui les dominait pour les faire périr est devenue or fin, car elle a été adoucie.
(שְׁמוּאֵל א' א, א) 'אִישׁ אֶחָד מִן הָרָמָתַיִם צוֹפִים' אָדָם הַבָּא מִשְׁתֵּי רָמוֹת שֶׁצּוֹפוֹת זוֹ אֶת זוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל בְּשַׁעַר רוּחַ הַקֹּודֶשׁ, דְּהַנְּבִיאִים הֵם מִשְּׁנֵי מוֹחִין חו"ב [חָכְמָה וּבִינָה] דְּאִימָּא אֲשֶׁר בז"א [בִּזְעֵיר אַנְפִּין] יְעֻויַּן שָׁם. וְיָדוּעַ כִּי חו"ב כַּחֲדָא נָפְקִין וְכַחֲדָא שָׁרְייָן, וְלָזֶה אָמַר שְׁתֵּי רָמוֹת שֶׁצּוֹפוֹת וְרוֹאוֹת זוֹ אֶת זוֹ וּבְשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים דַּף מ"א בֵּיאֵר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל הַמַּאֲמָר בְּאֹופֶן אַחֵר, וְהַתּוֹרָה 'כְּפַטִּישׁ יְפֹצֵץ סָלַע' דְּגַם מַה שֶׁבֵּיאַרְתִּי יָבֹא נָכוֹן בעז"ה.
I Samuel 1,1 : un homme de Ramatayim Tsofim, un homme venu de deux hauteurs qui se regardent l'une l'autre. Il me semble, avec l'aide du Ciel, d'après ce que nos maîtres ont dit dans le Chaar Roua Hakodech, que les prophètes tirent des deux cerveaux 'hokhma et bina (sagesse et discernement) de la mère qui sont dans Zeir Anpin, voir là-bas. Or il est connu que 'hokhma et bina sortent comme une seule chose et demeurent comme une seule chose ; c'est pourquoi il est dit deux hauteurs qui se regardent et se voient l'une l'autre. Dans le Chaar Haguilgoulim, folio 41, nos maîtres ont expliqué ce passage d'une autre manière ; et la Tora est comme un marteau qui fait éclater le roc, de sorte que ce que j'ai expliqué s'accorde lui aussi, avec l'aide de D.ieu.
💡 Explication

Deux lectures alternatives du même nom de lieu, qui ne cherchent plus un nombre mais une origine. La seconde conduit à une tradition sur les fils de Korah : engloutis avec leur père, ils n'ont pas péri, parce qu'un emplacement surieleve leur a été ménagé dans le Guehinam. Ils sont donc ceux qui se tenaient au sommet, et Elkana descend d'eux.

13
שֶׁבַע נְבִיאוֹת מַאן נִינְהוּ? שָׂרָה, מִרְיָם, דְּבוֹרָה, חַנָּה, אֲבִיגַיִל, חֻולְדָּה וְאֶסְתֵּר. שָׂרָה, דִּכְתִיב: ״אֲבִי מִלְכָּה וַאֲבִי יִסְכָּה״, וְאָמַר רַבִּי יִצְחָק: ״יִסְכָּה״ זוֹ שָׂרָה, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמָהּ יִסְכָּה — שֶׁסָּכְתָה בְּרוּחַ הַקֹּדֶשׁ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״כֹּל אֲשֶׁר תֹּאמַר אֵלֶיךָ שָׂרָה שְׁמַע בְּקֹולָהּ״. דָּבָר אַחֵר: ״יִסְכָּה״ — שֶׁהַכֹּל סוֹכִין בְּיָופְיָהּ.

Les sept prophétesses, qui sont-elles ? Sara, Miriam, Dévora, Hanna, Avigail, Houlda et Esther.

Sara, comme il est écrit : le père de Milka et le père de Yiska ; et Rabbi Yitshak a dit : Yiska, c'est Sara. Et pourquoi fut-elle appelée Yiska ?

Parce qu'elle voyait par l'esprit saint, ainsi qu'il est dit : tout ce que Sara te dira, écoute sa voix. Autre explication : Yiska, parce que tous regardaient sa beauté.

💡 Explication

La liste est donnée d'un bloc, puis reprise nom par nom avec le verset qui prouve la prophétie. Pour Sara, la difficulté est qu'aucun verset ne l'appelle prophétesse : la preuve passe par l'identification de Yiska à Sara, et par la racine du nom, qui signifie voir. Le verset où Hachem ordonne à Avraham d'écouter la voix de Sara établit qu'il s'agit bien d'une vision prophétique.

14
מִרְיָם — דִּכְתִיב: ״וַתִּקַּח מִרְיָם הַנְּבִיאָה אֲחוֹת אַהֲרֹן״, וְלֹא אֲחוֹת מֹשֶׁה, אָמַר רַב נַחְמָן אָמַר רַב: שֶׁהָיְתָה מִתְנַבְּאָה כְּשֶׁהִיא אֲחוֹת אַהֲרֹן, וְאוֹמֶרֶת: עֲתִידָה אִמִּי שֶׁתֵּלֵד בֵּן שֶׁיּוֹשִׁיעַ אֶת יִשְׂרָאֵל. וּבְשָׁעָה שֶׁנּוֹלַד נִתְמַלֵּא כָּל הַבַּיִת כֻּולּוֹ אוֹרָה, עָמַד אָבִיהָ וּנְשָׁקָהּ עַל רֹאשָׁהּ, אָמַר לָהּ: בִּתִּי נִתְקַיְּימָה נְבוּאֲתִיךְ.

Miriam, comme il est écrit : Miriam la prophétesse, sœur d'Aharon, prit. Et non pas sœur de Moché ?

Rav Nahman a dit au nom de Rav : parce qu'elle prophétisait alors qu'elle n'était encore que la sœur d'Aharon, et qu'elle disait : ma mère est destinée à enfanter un fils qui sauvera Israël. Et à l'heure où il naquit, toute la maison s'emplit de lumière ; son père se leva et l'embrassa sur la tête, et lui dit : ma fille, ta prophétie s'est accomplie.

📜 Rachi (1)
כְּשֶׁהִיא אֲחוֹת אַהֲרֹן וַעֲדַייִן לֹא נוֹלַד מֹשֶׁה:
Alors qu'elle n'était que la sœur d'Aharon : Moché n'était pas encore né.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּבְשָׁעָה שֶׁנּוֹלַד [מֹשֶׁה] נִתְמַלֵּא כָּל הַבַּיִת כֻּלּוֹ אוֹרָה! עָמַד אָבִיהָ וּנְשָׁקָהּ עַל רֹאשָׁהּ, אָמַר לָהּ: בִּתִּי נִתְקַיְּמָה נְבוּאָתְךָ. נִרְאֶה לִי בס"ד טַעַם לִנְשִׁיקָה וְטִיפּוּחַ שֶׁעָשׂוּ עַל רֹאשָׁהּ, עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר מֵהָרָ"ן שַׁפִּירָא זַ"ל דְּמֵ"ם סְתוּמָה רוֹמֶזֶת לְגָלוּת, וּבִיצִיאַת מִצְרַיִם נִפְתְּחָה מְעַט וְנַעֲשֵׂית מֵ"ם פְּתוּחָה וְנִגְאֲלוּ, וּלְעָתִיד תִּפְתַּח לְגַמְרֵי בַּאֲלַכְסוֹן וְתִהְיֶה שְׁנֵי דלתי"ן יְעֻויַּן שָׁם. וְלָכֵן כְּשֶׁנִּתְנַבְּאָה עַל הַגְּאֻולָּה רָאוּ שֶׁסּוֹף שְׁמָהּ שֶׁהוּא מֵ"ם סְתוּמָה רוֹמֵז עַל הַגָּלוּת, וְרֹאשׁ שְׁמָהּ שֶׁהוּא מֵ"ם פְּתוּחָה רוֹמֵז עַל גְּאֻולָּה לְכָךְ נְשָׁקוּהָ בְּרֹאשָׁהּ, לִרְמֹוז עַל מֵ"ם פְּתוּחָה שֶׁבָּרֹאשׁ שְׁמָהּ, שֶׁרוֹמֶזֶת לִגְאוּלָּה שֶׁתִּתְקַייֵּם, וְאַחַר כָּךְ כְּשֶׁרָאוּ סִימָן לְהִשְׁתַּקְּעוּת בַּגָּלוּת שֶׁהוּא מֵ"ם סְתוּמָה, עָשׂוּ לָהּ טִפּוּחַ בְּרֹאשָׁהּ, לְהוֹרוֹת דְּמֵ"ם פְּתוּחָה שֶׁבְּרֹאשָׁהּ נַעֲשֵׂית סְתוּמָה שֶׁנִּסְתַּם הַפֶּתַח שֶׁלָּהּ.
Et à l'heure où il naquit, toute la maison s'emplit de lumière ; son père se leva et l'embrassa sur la tête, et lui dit : ma fille, ta prophétie s'est accomplie. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison du baiser puis du coup portés sur sa tête tient à ce qu'a dit Rabbi Natan Chapira, de mémoire bénie : le mem final fermé évoque l'exil ; à la sortie d'Égypte il s'est un peu ouvert et est devenu un mem ouvert, et ils furent délivrés ; à l'avenir il s'ouvrira entièrement en diagonale et deviendra deux dalet, voir là-bas. C'est pourquoi, lorsqu'elle prophétisa sur la délivrance, ils virent que la fin de son nom, qui est un mem fermé, évoque l'exil, tandis que le début de son nom, qui est un mem ouvert, évoque la délivrance ; ils l'embrassèrent donc sur la tête, pour évoquer le mem ouvert qui est au début de son nom et qui évoque la délivrance à venir. Puis, lorsqu'ils virent un signe d'enlisement dans l'exil, qui est le mem fermé, ils lui donnèrent un coup sur la tête, pour indiquer que le mem ouvert du début de son nom était devenu fermé, son ouverture s'étant bouchée.
💡 Explication

La preuve est ici facile, puisque le verset l'appelle explicitement prophétesse. La question porte sur un détail : pourquoi la désigner comme sœur d'Aharon seulement. La réponse fixe le moment de sa prophétie avant la naissance de Moché, ce qui explique aussi le contenu de cette prophétie.

15
וְכֵיוָן שֶׁהִשְׁלִיכוּהוּ לַיְּאוֹר, עָמַד אָבִיהָ וּטְפָחָהּ עַל רֹאשָׁהּ, וְאָמַר לָהּ: בִּתִּי הֵיכָן נְבוּאֲתִיךְ? הַיְינוּ דִּכְתִיב: ״וַתֵּתַצַּב אֲחֹותוֹ מֵרָחֹוק לְדֵעָה״. לָדַעַת מַה יְהֵא בְּסוֹף נְבוּאָתָהּ.

Et dès qu'on le jeta dans le fleuve, son père se leva et lui donna un coup sur la tête, et lui dit : ma fille, où est ta prophétie ? C'est le sens de ce qui est écrit : sa sœur se posta à distance pour savoir, c'est-à-dire pour savoir ce qu'il adviendrait de sa prophétie.

🪔 Ben Yehoyada (1)
וְאָמְרִי לַהּ פַּתְיָא אֻכָּמָא. פֵּירֵשׁ בֶּעָרוּךְ 'כְּלִי שָׁחוֹר' וּלְפִי פְּשׁוּטוֹ קוֹרִין לְיָפֶה בְּיוֹתֵר בְּשֵׁם 'שָׁחוֹר' לְהַעֲבִיר עַיִן הָרַע. וּבְשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים דַּף מ"ד מָנָה אֶת רַב עֵינָא סָבָא וְאֶת רַב עֲוִירָא סָבָא מִצַּדִּיקִים שֶׁהֵם מִשֹּׁורֶשׁ זִיהֲרָא עִלָּאָה דְּאָדָם הָרִאשׁוֹן, שֶׁהֵם חִנּוּךְ וְיוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה עַייֵּן שָׁם, וּלְפִי זֶה רַב עֵינָא סָבָא וְרַב עֲוִירָא סָבָא הָיוּ יָפִים בְּיוֹתֵר מִצַּד הַשֹּׁורֶשׁ שֶׁלָּהֶם, כַּאֲשֶׁר מָצִינוּ יֹופִי גָּדוֹל בְּיוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה, וּבְרַבִּי יִשְׁמָעֵאל בֶּן אֱלִישָׁע ע"ה.
Et certains l'appellent patia oukhma. Le Aroukh explique : un vase noir. Selon le sens simple, on appelle noir celui qui est particulièrement beau, afin d'écarter le mauvais œil. Et dans le Chaar Haguilgoulim, folio 44, nos maîtres ont compté Rav Eina le Vieux et Rav Avira le Vieux parmi les justes issus de la racine de la lumière supérieure d'Adam le premier homme, qui sont Hanokh et Yossef le juste, voir là-bas. Selon cela, Rav Eina le Vieux et Rav Avira le Vieux étaient particulièrement beaux du fait de leur racine, comme nous trouvons une grande beauté chez Yossef le juste et chez Rabbi Yichmael fils d'Elicha.
💡 Explication

Le récit se retourne : la prophétie de Miriam paraît démentie par les faits. La lecture du verset d'Exode 2,4 s'appuie sur le mot ladaat, pour savoir, qui reste sans complément dans le texte ; la Guemara le complète par ce qu'il adviendrait de sa prophétie.

16
דְּבוֹרָה, דִּכְתִיב: ״וּדְבוֹרָה אִשָּׁה נְבִיאָה אֵשֶׁת לַפִּידוֹת״, מַאי ״אֵשֶׁת לַפִּידוֹת״? שֶׁהָיְתָה עוֹשָׂה פְּתִילוֹת לַמִּקְדָּשׁ.

Dévora, comme il est écrit : et Dévora, femme prophétesse, femme de Lapidot. Que signifie femme de Lapidot ?

Qu'elle faisait des mèches pour le sanctuaire.

📜 Rachi (1)
פְּתִילוֹת לַמִּקְדָּשׁ מִשְׁכַּן שִׁילֹה:
Des mèches pour le sanctuaire : le tabernacle de Chilo.
🪔 Ben Yehoyada (1)
דְּבוֹרָה, דִּכְתִיב (שׁוֹפְטִים ד, ד) : 'וּדְבוֹרָה אִשָּׁה נְבִיאָה אֵשֶׁת לַפִּידוֹת' מְלַמֵּד שֶׁהָיְתָה עוֹשָׂה פְּתִילוֹת לַמִּשְׁכָּן. מַקְשִׁים לְמַאי אִצְטְרִיךְ לְהָבִיא הַאי דְּרָשָׁה דְּלַפִּידוֹת, וַהֲלֹא מְפֹורָשׁ בַּכָּתוּב 'וּדְבוֹרָה אִשָּׁה נְבִיאָה'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד עַל דֶּרֶךְ מַה שֶּׁכָּתַב הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם בְּשֵׁם מהר"א נַחוּם זַ"ל גַּבֵּי מִרְיָם, דְּסָלְקָא דַּעְתָּךְ דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי מִרְיָם הַנְּבִיאָה, וּלְהָכִי כְּתִיב (שְׁמוֹת טו, כ) 'אֲחוֹת אַהֲרֹן' לְאַפּוֹקֵי הָאַחֶרֶת, כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ בִּשְׁנֵי יוֹסֵף בֶּן שִׁמְעוֹן דְּנוֹתְנִים סִימָן יְעֻויַּן שָׁם. וְיָדוּעַ דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל לָמָּה זָכְתָה דְּבוֹרָה לִנְבוּאָה? בִּשְׁבִיל שֶׁהָיְתָה עוֹשָׂה פְּתִילוֹת עָבוֹת לַמִּשְׁכָּן! וּלְפִי זֶה אִם הָיָה מֵבִיא הוֹכָחָה מִן הַפָּסוּק בִּלְבַד, הָיִינוּ אוֹמְרִים דְּאִיכָּא תַּרְתֵּי דְּבוֹרָה נְבִיאָה, וּלְכָךְ נָקֵיט בְּזוֹ 'אֵשֶׁת לַפִּידוֹת' לְסִימָן. וּלְפִי זֶה הֲוָה קַשְׁיָא לָן דְּנִמְצָא אַייִּתּוּר נְבִיאוּת וַהֲוָה לֵיהּ שְׁמוֹנָה, וְאַמַּאי קָאָמַר שִׁבְעָה? לְכָךְ הֵבִיא הַאי דְּרָשָׁה דְּקָאָמַר 'מְלַמֵּד שֶׁהָיְתָה עוֹשָׂה פְּתִילוֹת לַמִּשְׁכָּן' דְּקַשְׁיָא לֵיהּ דַּהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'אֵשֶׁת בָּרָק' כִּי בֶּאֱמֶת דְּבוֹרָה הָיְתָה אִשְׁתּוֹ שֶׁל בָּרָק, וְכָאן מַזְכִּירוֹ בְּשֵׁם בָּרָק בֶּן אֲבִינֹעַם וְלָמָּה הִזְכִּירוֹ בְּשֵׁם לַפִּידוֹת? אֶלָּא מְלַמֵּד שֶׁהָיְתָה עוֹשָׂה פְּתִילוֹת לַמִּשְׁכָּן! וְאֵין כַּוָּנַת הַפָּסוּק לוֹמַר שֶׁבַּעְלָהּ שְׁמוֹ לַפִּידוֹת אֶלָּא בָּא הַכָּתוּב לוֹמַר הַטַּעַם שֶׁהָיְתָה אִשָּׁה נְבִיאָה שֶׁזָּכְתָה לִנְבוּאָה, הַיְינוּ בִּשְׁבִיל שֶׁהָיְתָה 'אֵשֶׁת לַפִּידוֹת' רוֹצֶה לוֹמַר בַּעֲלַת לַפִּידוֹת, כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי לא, י) 'אֵשֶׁת חַיִל' שֶׁהוּא רוֹצֶה לוֹמַר 'בַּעֲלַת חַיִל'. וְאִם כֵּן הַשְׁתָּא אֵין לָנוּ לְהוֹכִיחַ מִן הַכָּתוּב שֶׁיֵּשׁ תַּרְתֵּי דְּבוֹרָה נְבִיאָה, וְנָקֵיט בְּהָא אֵשֶׁת לַפִּידוֹת לְסִימָן, דְּבֶאֱמֶת לָאו נָקֵיט לַפִּידוֹת לְסִימָן, אֶלָּא נָקֵיט לָהּ טַעַם לְמַה שֶׁזָּכְתָה לִנְבוּאָה אַף עַל פִּי שֶׁהִיא אִשָּׁה, וְאִם כֵּן שַׁפִּיר קָאָמַר שִׁבְעָה נְבִיאוֹת הָווּ, כִּי דְּבוֹרָה נְבִיאָה חֲדָא הָוֵי וְלֹא שְׁתַּיִם. וּבְאֹופֶן אַחֵר נִרְאֶה לִי בס"ד הַקֻּושְׁיָא הַנִּזְכָּר דְּהֻוצְרַךְ לְהָבִיא דְּרָשָׁה דִּפְתִילוֹת, וְהוּא דְּאִיתָא בַּגְּמָרָא (סוֹטָה מו:) עַל פָּסוּק (מְלָכִים ב' ב, כג) 'וּנְעָרִים קְטַנִּים יָצְאוּ מִן הָעִיר' דְּסָלְקָא דַּעְתָּךְ לָאו נְעָרִים מַמָּשׁ אֶלָּא שֶׁהֵם מִן עִיר שֶׁשְּׁמָהּ נִעוּרָן, וּכְדַאֲמַרַן בַּפָּסוּק (מְלָכִים ב' ה, ב) 'וַיִּשְׁבּוּ מֵאֶרֶץ יִשְׂרָאֵל נַעֲרָה קְטַנָּה', וּמַקְּשִׁינַן קָרֵי לַהּ נַעֲרָה וְקָרֵי לַהּ קְטַנָּה? וּמְתָרְצִינַן דְּהָיְתָה מִן קַרְתָּא דִּשְׁמָהּ 'נָעֳורָן' וְעַל שֵׁם עִירָהּ קָרֵי לָהּ נַעֲרָה יְעֻויַּן שָׁם, וּלְפִי זֶה גַּם כָּאן לֵיכָּא הוֹכָחָה מִן הַכָּתוּב לְבַדּוֹ דְּהָיְתָה דְּבוֹרָה נְבִיאָה, דְּשֶׁמָּא הָיְתָה מִן עִיר שֶׁשְּׁמָהּ נוֹבָה שֶׁהִיא נֹוב עִיר הַכֹּהֲנִים, שֶׁנִּקְרֵאת נוֹבָה, דִּכְתִיב (שְׁמוּאֵל א' כא, ב) 'וַיָּבֹא דָוִד נֹבֶה אֶל אֲחִימֶלֶךְ הַכֹּהֵן' וְכֵן אָמַר עוֹד (שְׁמוּאֵל א' כב, ט) 'רָאִיתִי אֶת בֶּן יִשַׁי בָּא נִבָּה', וְעַל שֵׁם הָעִיר נוֹבָה קָרְאָה אִשָּׁה נְבִיאָה, כְּמוֹ דְּאָמְרִינַן קְרָאָהּ נַעֲרָה עַל שֵׁם עִיר 'נִעוּרָן' וְאֵין הַכַּוָּנָה שֶׁל נְבִיאָה לְשׁוֹן נְבִיאוּת וּלְעוֹלָם לֹא הָיְתָה בַּעֲלַת נְבוּאָה! וְאַף עַל גַּב דְּהָתָם גַּבֵּי נַעֲרָה מָצָא דִּקְדּוּק לְפָרֵשׁ לָאו נַעֲרָה מַמָּשׁ מִשּׁוּם דִּכְתִיב נָמֵי קְטַנָּה, הָכָא נָמֵי יֵשׁ דִּקְדּוּק לְפָרֵשׁ עַל שֵׁם עִירָהּ, מִשּׁוּם דְּלָא שְׁכִיחַ כָּל כָּךְ שֶׁתִּהְיֶה אִשָּׁה בַּעֲלַת נְבוּאָה, וְעוֹד דְּלָא קָאָמַר 'דְּבוֹרָה הַנְּבִיאָה' כְּדִנְקַט גַּבֵּי מִרְיָם וְגַבֵּי חֻולְדָּה, עַל כֵּן יֵשׁ מָקוֹם לְפָרֵשׁ דְּלָאו נְבִיאוּת הוּא אֶלָּא עַל שֵׁם עִירָהּ נוֹבָה קְרָאָהּ נְבִיאָה וּלְכָךְ הֻוצְרַךְ לְהָבִיא הַאי דְּרָשָׁה דְּ'אֵשֶׁת לַפִּידוֹת' דְּקָאָמַר 'מְלַמֵּד שֶׁהָיְתָה עוֹשָׂה פְּתִילוֹת לַמִּשְׁכָּן' וְקָשֶׁה מֵהֵיכָא מַשְׁמַע לֵיהּ הָכִי? אֶלָּא נִרְאֶה דְּמַשְׁמַע לֵיהּ מִדְּלָא כְּתִיב 'אֵשֶׁת בָּרָק' דְּבֶאֱמֶת בָּרָק הָיָה בַּעְלָהּ שֶׁל דְּבוֹרָה, וְהַכָּתוּב קוֹרֵא אוֹתוֹ בְּשֵׁם בָּרָק, וְאַמַּאי קְרָאוֹ בְּשֵׁם לַפִּידוֹת? אֶלָּא וַדַּאי הַאי 'לַפִּידוֹת' לָאו שְׁמָא דְּגַבְרָא הוּא, אֶלָּא רוֹצֶה לוֹמַר 'פְּתִילוֹת' שֶׁהָיְתָה עוֹשָׂה פְּתִילוֹת לַמִּשְׁכָּן, וְהָכִי קָאָמַר אֵשֶׁת לַפִּידוֹת רוֹצֶה לוֹמַר בַּעֲלַת הַפְּתִילוֹת, כְּמוֹ אֵשֶׁת חַיִל, וְקָשֶׁה מַה שַׁיָּיכוּת לִדְבַר מִצְוָה זוֹ שֶׁל הַפְּתִילוֹת כָּאן לְקָרְאָהּ עַל שֵׁם הַפְּתִילוֹת? וְעוֹד וְכִי לֹא הָיָה לָהּ עוֹד מִצְוָה אַחֶרֶת לִקְרוֹת שְׁמָהּ עָלֶיהָ? אֶלָּא וַדַּאי הַאי נְבִיאָה דְּקָאָמַר כָּאן אֵינָהּ שֵׁם הָעִיר אֶלָּא הוּא לְשׁוֹן נְבִיאוּת, וּבָא הַכָּתוּב לְלַמֶּדְךָ טַעַם שֶׁזָּכְתָה לִהְיוֹת נְבִיאָה בִּשְׁבִיל מִצְוַת הַפְּתִילוֹת, שֶׁאָמַר לָהּ הקב"ה אַתְּ נִתְכַּוַּונְתָּ לְהַרְבּוֹת אוֹרִי, אַף אֲנִי אַרְבֶּה אֹורֶךְ בִּיהוּדָה וִירוּשָׁלַיִם כְּנֶגֶד י״ב הַשְּׁבָטִים (יַלְקוּט שִׁמְעוֹנִי שׁוֹפְטִים מב, ד') , וְאִם כֵּן שָׁמְעִינַן דְּדִבּוּרָהּ הָיְתָה נְבִיאָה מַמָּשׁ. וּלְפִי זֶה מוּבָן נָמֵי מַה שֶׁהֻוצְרַךְ לְהָבִיא עוֹד דְּרָשָׁה ד'תַּחַת תָּמָר' (שׁוֹפְטִים ד, ה) דְּאָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אַבְשָׁלוֹם: מִשּׁוּם יִחוּד, וְהַיְינוּ לְחַזֵּק עוֹד הַהוֹכָחָה שֶׁלּוֹ דִּמְפָרֵשׁ נְבִיאָה הַייְנוּ נְבוּאָה, וְלָאו עַל שֵׁם הָעִיר נוֹבָה, וְהוּא מִמַּה שֶׁמָּצִינוּ שֶׁהַכָּתוּב מְשַׁבְּחָהּ בְּמַעֲלָה זוֹ שֶׁהָיְתָה יוֹשֶׁבֶת תַּחַת תָּמָר מִשּׁוּם יִחוּד, דְּבָא הַכָּתוּב לָתֵת טַעַם שֵׁנִי עַל אֲשֶׁר זָכְתָה לִנְבוּאָה, בִּשְׁבִיל שֶׁהָיְתָה עוֹשָׂה חֲסִידוּת בְּעִנְיַן הַצְּנִיעוּת, דְּהָא סְבִירָא לֵיהּ לְהַטּוּר זַ"ל (טוּר אֶבֶן הָעֵזֶר סִימָן כב) אֵין אִיסּוּר יִחוּד מִן הַדִּין אֶלָּא דַּוְקָא עִם תְּרֵי וּפְרִיצִי אֲבָל עִם תְּרֵי וְכִשְׁרֵי מֻותָּר לְהִתְיַחֵד, וְעַל כֵּן תִּקְשֵׁי לָמָּה יָשְׁבָה תַּחַת תֹּומֶר מִשּׁוּם יִחוּד, וַהֲלֹא בַּעֲלֵי הַדִּין שֶׁבָּאִים אֶצְלָהּ הֵם תְּרֵי שֶׁהֵם תּוֹבֵעַ וְנִתְבָּע? אֶלָּא וַדַּאי חָשְׁשָׁה מִשּׁוּם מִדַּת חֲסִידוּת, וְכֵיוָן שֶׁהָיְתָה צְנוּעָה בְּמִידַּת חֲסִידוּת לְכָךְ זָכְתָה לִנְבוּאָה, דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (סוֹטָה י:) בִּשְׂכַר הַצְּנִיעוּת זוֹכִין לִנְבוּאָה, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ גַּבֵּי תָּמָר בִּשְׁבִיל שֶׁהָיְתָה צְנוּעָה זָכְתָה שֶׁיָּצְאוּ מִמֶּנָּה נְבִיאִים, דְּאָמַר מַר אָמוֹץ וַאֲמַצְיָה אַחִים הֲווֹ. וְאִם תֹּאמַר אֵין כָּאן מִדַּת חֲסִידוּת כְּדֵי שֶׁתֹּאמַר שֶׁבַּעֲבוּר צְנִיעוּת יְתֵירָה שֶׁהָיָה לָהּ זָכְתָה לִנְבוּאָה, דְּאַף עַל גַּב דְּבִתְרֵי לֵיכָּא אִיסּוּר יִחוּד מִן הַדִּין מִכָּל מָקוֹם עִם תְּרֵי וּפְרִיצִי אִיכָּא אִיסּוּר יִחוּד, וּלְכָךְ יָשְׁבָה תַּחַת תֹּומֶר דְּחוֹשֶׁשֶׁת אוּלַי יַעֲלוּ אֵלֶיהָ לַמִּשְׁפָּט תְּרֵי דִּפְרִיצֵי? לְכָךְ הֵבִיא דְּרָשָׁה הַשֵּׁנִית דְּדָבָר אַחֵר, מַה תָּמָר זֶה אֵין לוֹ אֶלָּא לֵב אֶחָד אַף יִשְׂרָאֵל שֶׁבְּאוֹתוֹ הַדּוֹר לֹא הָיָה לָהֶם אֶלָּא לֵב אֶחָד לַאֲבִיהֶן שֶׁבַּשָּׁמַיִם, אִם כֵּן שְׁמַע מִינָּה כֻּולָּם הָיוּ כְּשֵׁרִים וְלָא הֲוָה בְּהוּ פְּרוּצִים, וְאַמַּאי יָשְׁבָה תַּחַת תָּמָר? מִשּׁוּם יִחוּד, דְּהָא כָּל הָעוֹלִים לַמִּשְׁפָּט מֻוכְרָח שֶׁיִּהְיוּ שְׁנַיִם שֶׁהֵם תּוֹבֵעַ וְנִתְבָּע, אֶלָּא וַדַּאי חֲשָׁשָׁא מִשּׁוּם חֲסִידוּת! וְכֵיוָן דְּעָשְׂתָה חֲסִידוּת בִּצְנִיעוּת לְכָךְ זָכְתָה לִנְבוּאָה הֲרֵי הַכָּתוּב הִגִּיד בָּזֶה טַעַם שֵׁנִי לִזְכִיָּיתָהּ בִּנְבוּאָה, וְאִם כֵּן שְׁמַע מִינָּה הַאי נְבִיאָה הוּא נְבוּאָה מַמָּשׁ וְלָאו עַל שֵׁם הָעִיר נוֹבָה.
Dévora, comme il est écrit (Juges 4,4) : et Dévora, femme prophétesse, femme de Lapidot, ce qui enseigne qu'elle faisait des mèches pour le tabernacle. On demande pourquoi il a fallu apporter cette lecture de Lapidot, alors que le verset dit explicitement : et Dévora, femme prophétesse. Il me semble, avec l'aide du Ciel, selon ce qu'a écrit le Rav Petah Einayim au nom de Rabbi Avraham Nahoum, de mémoire bénie, au sujet de Miriam : on aurait pu penser qu'il y avait deux Miriam prophétesses, et c'est pourquoi il est écrit sœur d'Aharon, pour exclure l'autre, comme il a été dit au sujet de deux Yossef fils de Chimon, qu'on donne un signe distinctif, voir là-bas. Or il est connu que nos maîtres ont dit : pourquoi Dévora a-t-elle mérité la prophétie ? Parce qu'elle faisait des mèches épaisses pour le tabernacle. Selon cela, si l'on n'avait apporté la preuve que du verset seul, nous aurions dit qu'il y avait deux Dévora prophétesses, et que femme de Lapidot est mentionné ici comme signe distinctif. Mais alors il y aurait une prophétesse de trop, et cela ferait huit ; pourquoi donc en compte-t-on sept ? C'est pourquoi il a apporté cette lecture qui dit : cela enseigne qu'elle faisait des mèches pour le tabernacle. Car il fait difficulté qu'il aurait fallu dire femme de Barak, puisque Dévora était en vérité l'épouse de Barak, et que le texte l'appelle ailleurs Barak fils d'Avinoam ; pourquoi donc le mentionner sous le nom de Lapidot ? C'est donc que le verset ne vient pas dire que son mari s'appelait Lapidot, mais donner la raison pour laquelle elle fut femme prophétesse et mérita la prophétie : parce qu'elle était echet lapidot, c'est-à-dire maîtresse des flambeaux, comme il est dit (Proverbes 31,10) echet hayil, qui veut dire maîtresse de vaillance. Dès lors, nous n'avons plus à tirer du verset qu'il y aurait deux Dévora prophétesses avec un signe distinctif, puisque femme de Lapidot n'est pas un signe mais la raison pour laquelle elle mérita la prophétie bien qu'elle fut une femme ; et c'est donc à bon droit qu'on dit sept prophétesses, Dévora n'étant qu'une et non deux. D'une autre manière, il me semble, avec l'aide du Ciel, de répondre à la question de savoir pourquoi il a fallu apporter la lecture des mèches. Il est dit dans la Guemara (Sota 46b) sur le verset (II Rois 2,23) : de petits garçons sortirent de la ville, qu'on aurait pu penser qu'il ne s'agit pas de véritables garçons, mais qu'ils venaient d'une ville nommée Neouran, comme nous l'avons dit sur le verset (II Rois 5,2) : ils ramenèrent du pays d'Israël une petite naara, où l'on objecte qu'on l'appelle naara et qu'on l'appelle petite, et où l'on répond qu'elle venait d'une bourgade nommée Neouran et qu'on l'appelle naara du nom de sa ville, voir là-bas. Selon cela, ici non plus il n'y aurait pas de preuve tirée du verset seul que Dévora fût prophétesse, car peut-être venait-elle d'une ville nommée Nova, qui est Nov la ville des cohanim, appelée Nova, comme il est écrit (I Samuel 21,2) : David vint à Nov chez Ahimélekh le cohen, et encore (I Samuel 22,9) : j'ai vu le fils de Yichai venir à Nov ; et c'est du nom de la ville de Nova qu'on l'aurait appelée icha nevia, sans que nevia désigne la prophétie et sans qu'elle eût jamais été prophétesse. Et bien que là-bas, pour naara, on ait trouvé un indice permettant d'expliquer qu'il ne s'agit pas d'une véritable naara, du fait qu'il est écrit aussi petite, ici aussi il y a un indice permettant d'expliquer le mot par le nom de sa ville, car il n'est pas fréquent qu'une femme soit prophétesse, et de plus le texte ne dit pas Dévora la prophétesse comme il le fait pour Miriam et pour Houlda ; il y avait donc lieu d'expliquer qu'il ne s'agit pas de prophétie, mais que du nom de sa ville Nova on l'a appelée nevia. C'est pourquoi il a fallu apporter cette lecture de femme de Lapidot, qui dit : cela enseigne qu'elle faisait des mèches pour le tabernacle. Et si l'on demande d'où il le tire, il semble qu'il le tire de ce qu'il n'est pas écrit femme de Barak, alors que Barak était en vérité son mari et que le texte l'appelle Barak ; pourquoi donc l'appeler Lapidot ? C'est assurément que Lapidot n'est pas un nom d'homme, mais veut dire les mèches qu'elle faisait pour le tabernacle, et que femme de Lapidot veut dire maîtresse des mèches, comme echet hayil. Mais il reste à demander quel rapport cette mitsva des mèches a-t-elle ici, pour qu'on l'appelle du nom des mèches, et n'avait-elle pas une autre mitsva dont on pût l'appeler ? C'est donc assurément que le mot nevia dont il est ici question n'est pas le nom d'une ville mais le terme de prophétie, et que le verset vient t'enseigner la raison pour laquelle elle mérita d'être prophétesse, à savoir la mitsva des mèches, le Saint béni soit-Il lui ayant dit : tu as eu l'intention d'accroître Ma lumière, Moi aussi J'accroîtrai ta lumière en Yehouda et à Yerouchalaim, en face des douze tribus (Yalkout Chimoni, Juges 42,4). Nous apprenons donc que Dévora était véritablement prophétesse. Selon cela, on comprend aussi pourquoi il a fallu apporter encore la lecture de sous le palmier (Juges 4,5), où Rabbi Chimon ben Avchalom dit : à cause de la séclusion. C'était pour renforcer encore sa preuve, selon laquelle nevia signifie prophétie et non le nom de la ville de Nova, à partir de ce que le texte la loue de cette qualité, qu'elle siégeait sous un palmier à cause de la séclusion ; le verset vient donner une seconde raison de ce qu'elle mérita la prophétie, à savoir qu'elle se conduisait avec piété en matière de pudeur. Car le Tour, de mémoire bénie (Tour Even Haézer, siman 22), tient qu'il n'y a pas d'interdit de séclusion selon la loi stricte qu'avec deux hommes débauchés, tandis qu'avec deux hommes honnêtes il est permis de se trouver seule. Dès lors se pose la question : pourquoi siégeait-elle sous un palmier à cause de la séclusion, puisque les parties qui viennent devant elle sont deux, le demandeur et le défendeur ? C'est assurément qu'elle s'en préoccupait par piété, et puisqu'elle était pudique par piété, elle mérita la prophétie, car nos maîtres ont dit (Sota 10b) qu'en récompense de la pudeur on mérite la prophétie, comme ils l'ont dit au sujet de Tamar : parce qu'elle fut pudique, elle mérita que des prophètes sortent d'elle, le maître ayant dit qu'Amots et Amatsia étaient frères. Et si tu dis qu'il n'y a là aucune piété particulière qui permette de dire que c'est pour sa pudeur extrême qu'elle mérita la prophétie, puisque, même si avec deux hommes il n'y a pas d'interdit de séclusion selon la loi stricte, avec deux hommes débauchés il y a bien interdit, et que c'est pour cela qu'elle siégeait sous un palmier, craignant que montent vers elle pour un jugement deux hommes débauchés, c'est pourquoi il a apporté la seconde lecture, celle de l'autre explication : de même que ce palmier n'a qu'un seul cœur, ainsi Israël de cette génération n'avait qu'un seul cœur tourné vers son Père qui est au ciel. On en déduit donc qu'ils étaient tous honnêtes et qu'il n'y avait pas parmi eux de débauchés ; pourquoi alors siégeait-elle sous un palmier ? À cause de la séclusion, puisque tous ceux qui montent pour un jugement sont nécessairement deux, le demandeur et le défendeur. C'est donc assurément une précaution de piété ; et puisqu'elle agit avec piété en matière de pudeur, elle mérita la prophétie. Le verset a donc indiqué par là une seconde raison de ce qu'elle mérita la prophétie, et l'on en déduit que nevia est bien le terme de prophétie et non le nom de la ville de Nova.
💡 Explication

Le verset appelle Dévora prophétesse, mais la Guemara s'arrête sur l'expression echet lapidot, littéralement femme de flambeaux. Plutôt que d'y voir le nom d'un mari, elle la lit comme une activité : elle confectionnait les mèches du sanctuaire. Rachi identifie ce sanctuaire au tabernacle de Chilo, qui est celui de l'époque des Juges.

17
״וְהִיא יוֹשֶׁבֶת תַּחַת תֹּומֶר״. מַאי שְׁנָא תַּחַת תֹּומֶר? אָמַר רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן אַבְשָׁלוֹם: מִשּׁוּם יִחוּד. דָּבָר אַחֵר: מַה תָּמָר זֶה אֵין לוֹ אֶלָּא לֵב אֶחָד — אַף יִשְׂרָאֵל שֶׁבְּאוֹתוֹ הַדּוֹר לֹא הָיָה לָהֶם אֶלָּא לֵב אֶחָד לַאֲבִיהֶן שֶׁבַּשָּׁמַיִם.

Et elle siégeait sous un palmier. Qu'y a-t-il de particulier à siéger sous un palmier ?

Rabbi Chimon ben Avchalom a dit : à cause de la séclusion. Autre explication : de même que ce palmier n'a qu'un seul cœur, ainsi Israël de cette génération n'avait qu'un seul cœur tourné vers son Père qui est au ciel.

📜 Rachi (2)
מִשּׁוּם יִחוּד שֶׁהוּא גָּבוֹהַּ וְאֵין לוֹ צֵל וְאֵין אָדָם יָכוֹל לְהִתְיַיחֵד שָׁם עִמָּהּ כְּמוֹ בַּבַּיִת:
À cause de la séclusion : car il est haut et n'a pas d'ombrage, et nul ne peut s'y trouver seul avec elle comme dans une maison.
לֵב אֶחָד שָׂרָף יֵשׁ לוֹ כְּמוֹ אִילָן אֲבָל אֵין לוֹ בַּעֲנָפָיו אֶלָּא בְּגִזְעוֹ עַל פְּנֵי כָּל גָּובְהוֹ:
Un seul cœur : il a une sève comme les autres arbres, mais il ne l'a pas dans ses branches, seulement dans son tronc sur toute sa hauteur.
🗂️ Tossefot (1)
מִשּׁוּם יִחוּד כְּשֶׁבָּאִין אֵלֶיהָ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל לַמִּשְׁפָּט:
À cause de la séclusion : lorsque les gens d'Israël venaient à elle pour un jugement.
💡 Explication

Deux lectures du même détail. La première est pratique et relève du droit de la yihoud (séclusion d'un homme et d'une femme) : Dévora juge, donc elle reçoit des hommes, et le lieu choisi est ouvert et visible. Rachi explique ce qui rend le palmier apte à cet usage : il est haut et ne fait pas d'ombre, il ne crée donc aucun espace clos.

La seconde est une lecture symbolique de la botanique du palmier, qui n'a qu'un tronc unique ; elle sert à louer la génération.

🖼️ Schéma
Pourquoi Dévora siège sous un palmier : deux explications 1. À cause de la séclusion (yihoud) Elle juge : des hommes viennent à elle. Le palmier est haut et ne donne pas d'ombre, il ne forme donc aucun lieu fermé. Tossefot précise le contexte : c'est quand Israël vient devant elle pour un jugement. 2. Le cœur unique du palmier Le palmier ne ramifie pas : la sève est dans le seul tronc, sur toute sa hauteur. Image de la génération : un seul cœur tourné vers leur Père qui est au ciel.
Un même détail du verset reçoit une lecture juridique et une lecture symbolique, sans que l'une annule l'autre.
18
חַנָּה — דִּכְתִיב: ״וַתִּתְפַּלֵּל חַנָּה וַתֹּאמַר עָלַץ לִבִּי בַּה׳ רָמָה קַרְנִי בַּה׳״. ״רָמָה קַרְנֵי״, וְלֹא רָמָה פַּכִּי. דָּוִד וּשְׁלֹמֹה שֶׁנִּמְשְׁחוּ בְּקֶרֶן — נִמְשְׁכָה מַלְכוּתָן, שָׁאוּל וְיֵהוּא שֶׁנִּמְשְׁחוּ בְּפַךְ — לֹא נִמְשְׁכָה מַלְכוּתָן.

Hanna, comme il est écrit : Hanna pria et dit : mon cœur exulte en Hachem, ma corne s'est élevée en Hachem. Ma corne s'est élevée, et non pas ma fiole s'est élevée.

David et Chelomo, qui furent oints avec une corne, leur royauté s'est prolongée ; Chaoul et Yehou, qui furent oints avec une fiole, leur royauté ne s'est pas prolongée.

📜 Rachi (1)
רָמָה קַרְנִי וְלֹא רָמָה פַּכִּי זוֹ הִיא נְבוּאָתָהּ שֶׁנִתְנַבָּאית עַל שָׁאוּל וְיֵהוּא שֶׁלֹּא תִּימָּשֵׁךְ מַלְכוּתָן בִּמְשִׁיחַת דָּוִד וּשְׁלֹמֹה כְּתִיב קֶרֶן הַשֶּׁמֶן וּבִמְשִׁיחַת שָׁאוּל וְיֵהוּא כְּתִיב פַּךְ:
Ma corne s'est élevée et non ma fiole s'est élevée : telle est sa prophétie, car elle a prophétisé sur Chaoul et sur Yehou, que leur royauté ne se prolongerait pas. Au sujet de l'onction de David et de Chelomo il est écrit la corne d'huile, et au sujet de l'onction de Chaoul et de Yehou il est écrit une fiole.
🗂️ Tossefot (1)
דִּכְתִיב וַתִּתְפַּלֵּל חַנָּה וַתֹּאמַר עָלַץ לִבִּי בַּה' וה"נ הֲוָה מָצֵי לַאֲתוּיֵי כָּל הַפָּרָשָׁה שֶׁכָּל הַנְּבוּאָה עַל סַנְחֵרִיב נְבוּכַדְנֶצַּר וְהַמָּן כְּמוֹ שֶׁתִּרְגֵּם יוֹנָתָן אֶלָּא קְרָא דְּרֵישׁ פָּרַשְׁתָּא נְקַט:
Comme il est écrit : Hanna pria et dit, mon cœur exulte. Il aurait pu aussi bien apporter toute la section, car toute cette prophétie porte sur Sanhérib, Nevoukhadnetsar et Haman, comme l'a traduit Yonatan ; mais il a pris le verset qui ouvre la section.
🪔 Ben Yehoyada (1)
דָּוִד וּשְׁלֹמֹה שֶׁנִּמְשְׁחוּ בְּקֶרֶן נִמְשְׁכָה מַלְכוּתָן. נִרְאֶה לִי בס"ד שְׁמָא גָרֵים כִּי קֶרֶן מִסִּפְרוֹ 'אֶלֶף' דְּנוּ"ן מנצפ"ך בת"ש [700] , וּמִסְפַּר אֲלָפִים מוֹרֶה עַל בְּרָכָה עֶלְיוֹנָה דַּאֲצִילוּת, שֶׁהוּא כְּנֶגֶד אֲלָפִים, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (שִׁיר הַשִּׁירִים ח, יב) 'הָאֶלֶף לְךָ שְׁלֹמֹה' שֶׁנִּמְשַׁחַת בְּקֶרֶן שֶׁמִּסְּפָרוֹ אֶלֶף, וְלָזֶה אָמַר דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה (שְׁמוּאֵל ב' כב, מד) תְּשַׁמְּרֵנִי לְרֹאשׁ גּוֹיִם, 'תְּשַׁמְּרֵנִי' [1000] מִסְפַּר אֶלֶף, שֶׁעַל יְדֵי שֶׁנִּמְשַׁחְתִּי בְּקֶרֶן שֶׁהוּא מִסְפַּר אֶלֶף תְּשַׁמְּרֵנִי, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים קלב, יז) 'אַצְמִיחַ קֶרֶן לְדָוִד' רוֹצֶה לוֹמַר קֶרֶן וְלֹא פַּךְ, וְלָכֵן 'עָרַכְתִּי נֵר' מַלְכוּתוֹ 'לִמְשִׁיחִי' עַד זְמַן בִּיאַת מְשִׁיחִי.
David et Chelomo, qui furent oints avec une corne, leur royauté s'est prolongée. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le nom en est la cause, car la valeur numérique de keren, la corne, est mille, le noun final valant sept cents selon le compte des lettres finales ; et le nombre des milliers indique la bénédiction supérieure du monde d'Atsilout, qui correspond aux milliers. C'est ce qui est dit (Cantique 8,12) : les mille sont à toi, Chelomo, toi qui as été oint avec la corne dont la valeur est mille. C'est aussi ce que dit le roi David, que la paix soit sur lui (II Samuel 22,44) : Tu me garderas à la tête des nations, où le mot tichmereni a la valeur de mille, c'est-à-dire que c'est parce que j'ai été oint avec la corne, dont la valeur est mille, que Tu me garderas. Et c'est ce qui est dit (Psaumes 132,17) : Je ferai germer une corne pour David, c'est-à-dire une corne et non une fiole ; c'est pourquoi j'ai préparé une lampe, sa royauté, pour Mon oint, jusqu'au temps de la venue de Mon oint.
💡 Explication

Hanna est appelée prophétesse non parce que le texte le dit, mais par le contenu de son cantique. Le choix du mot keren (corne) plutôt que pakh (fiole) est lu comme une annonce : les rois oints avec une corne fondent une dynastie durable, ceux qui sont oints avec une fiole non.

Tossefot ajoute que la preuve aurait pu être tirée de n'importe quel verset de ce cantique, puisque le Targoum Yonatan y lit une prophétie sur Sanhérib, Nevoukhadnetsar et Haman ; la Guemara s'est contentée du premier verset.

🖼️ Schéma
Corne ou fiole : le récipient de l'onction annonce la durée de la royauté Récipient Rois oints Sort de la royauté Corne (keren) David et Chelomo Elle s'est prolongée. Fiole (pakh) Chaoul et Yehou Elle ne s'est pas prolongée. La prophétie de Hanna tient dans un seul mot : elle dit ma corne s'est élevée, et non ma fiole s'est élevée.
Le choix du mot dans le cantique de Hanna est ce qui en fait une prophétie.
19
״אֵין קָדוֹשׁ כַּה׳ כִּי אֵין בִּלְתֶּךָ״, אָמַר רַב יְהוּדָה בַּר מְנַשְּׁיָא: אַל תִּקְרֵי ״בִּלְתֶּךָ״, אֶלָּא ״לִבְלוּתְךָ״. שֶׁלֹּא כְּמִדַּת הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִדַּת בָּשָׂר וָדָם. מִדַּת בָּשָׂר וָדָם — מַעֲשֵׂה יָדָיו מְבַלִּין אוֹתוֹ, אֲבָל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא — מְבַלֶּה מַעֲשֵׂה יָדָיו.

Il n'est point de saint comme Hachem, car il n'en est point hormis Toi. Rav Yehouda bar Menachia a dit : ne lis pas biltekha, hormis Toi, mais levalotekha, Te survivre.

La mesure du Saint béni soit-Il n'est pas à l'image de la mesure de la chair et du sang : chez la chair et le sang, l'œuvre de ses mains lui survit, tandis que le Saint béni soit-Il, Lui, survit à l'œuvre de Ses mains.

💡 Explication

Procédé classique du al tikri : on relit le mot consonantique du verset avec une autre vocalisation pour en dégager un enseignement supplémentaire. Le verset dit qu'il n'existe rien hors de Hachem ; la relecture en tire qu'aucune de Ses œuvres ne Lui survit.

20
״וְאֵין צוּר כֵּא-לֹהֵינוּ״, אֵין צִייֵּר כֵּא-לֹהֵינוּ. אָדָם צָר צוּרָה עַל גַּבֵּי הַכֹּותֶל וְאֵינוֹ יָכוֹל לְהַטִּיל בָּהּ רוּחַ וּנְשָׁמָה, קְרֵבִים וּבְנֵי מֵעַיִם. אֲבָל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא צָר צוּרָה בְּתוֹךְ צוּרָה, וּמֵטִיל בָּהּ רוּחַ וּנְשָׁמָה, קְרֵבִים וּבְנֵי מֵעַיִם.

Il n'est point de rocher comme notre D.ieu : il n'est point de sculpteur comme notre D.ieu. L'homme dessine une forme sur un mur et ne peut y mettre souffle et âme, entrailles et intestins.

Mais le Saint béni soit-Il dessine une forme à l'intérieur d'une forme, et y met souffle et âme, entrailles et intestins.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אָדָם צָר צוּרָה עַל גַּבֵּי הַכֹּתֶל וְאֵינוֹ יָכוֹל לְהַטִּיל בָּהּ רוּחַ וּנְשָׁמָה, קְרֵבִים וּבְנֵי מֵעַיִם. הִקְשָׁה הָרַב עִיּוּן יַעֲקֹב זַ"ל אַמַּאי לֹא הִזְכִּיר יָדַיִם וּבָשָׂר וַעֲצָמוֹת? עַיֵּין שָׁם. וְנִרְאֶה לִי כִּי הַפֶּלֶא הַגָּדוֹל הוּא בִּבְרִיאַת דָּבָר חָלוּל תּוֹךְ גּוּף חָלוּל כִּי הַצַּר צוּרָה בַּכֹּותֶל אֵינוֹ יָכוֹל לְצַיֵּיר דָּבָר חָלוּל.
L'homme dessine une forme sur un mur et ne peut y mettre souffle et âme, entrailles et intestins. Le Rav Iyoun Yaakov, de mémoire bénie, a demandé pourquoi il n'a pas mentionné les mains, la chair et les os, voir là-bas. Il me semble que la merveille la plus grande est la création d'une chose creuse à l'intérieur d'un corps creux, car celui qui dessine une forme sur un mur ne peut représenter une chose creuse.
💡 Explication

Le mot tsour (rocher) est relu comme tsayar (sculpteur, dessinateur). Trois différences sont alors énumérées entre l'œuvre humaine et l'œuvre divine : le support, puisque l'homme dessine sur une surface alors que la formation de l'embryon se fait dans un autre corps ; l'animation ; et l'intériorité du vivant.

21
אֲבִיגַיִל, דִּכְתִיב: ״וְהָיָה הִיא רֹוכֶבֶת עַל הַחֲמוֹר וְיֹורֶדֶת בְּסֵתֶר הָהָר״. ״בְּסֵתֶר הָהָר״? ״מִן הָהָר״ מִיבְּעֵי לֵיהּ!

Avigail, comme il est écrit : et il advint, comme elle chevauchait son âne et descendait dans le secret de la montagne. Dans le secret de la montagne ?

Il aurait fallu dire : depuis la montagne !

💡 Explication

La preuve pour Avigail n'est pas dans un titre mais dans une anomalie de langue. Le verset emploie beseter hahar, dans le secret de la montagne, là où la formule attendue serait depuis la montagne. Ce mot secret ouvre la lecture donnée au segment suivant.

22
אָמַר רַבָּה בַּר שְׁמוּאֵל: עַל עִסְקֵי דָּם הַבָּא מִן הַסְּתָרִים. נָטְלָה דָּם וְהֶרְאֲתָה לוֹ. אָמַר לָהּ: וְכִי מַרְאִין דָּם בַּלַּיְלָה? אָמְרָה לוֹ: וְכִי דָּנִין דִּינֵי נְפָשׁוֹת בַּלַּיְלָה? אָמַר לָהּ:

Rabba bar Chemouel a dit : c'était au sujet du sang qui vient des parties cachées. Elle préleva du sang et le lui montra.

Il lui dit : montre-t-on du sang la nuit ? Elle lui répondit : et juge-t-on des causes capitales la nuit ?

Il lui dit :

📜 Rachi (2)
וְכִי רוֹאִין דָּם בַּלַּיְלָה שֶׁנֶּאֱמַר (שְׁמוּאֵל א כ״ה:ל״ד) אִם אַשְׁאִיר לְנָבָל עַד אוֹר הַבֹּקֶר מַשְׁתִּין בְּקִיר שְׁמַע מִינָּה דַּהֲוָה בַּלַּיְלָה וְכִי מַרְאִין דָּם בַּלַּיְלָה אִם טָמֵא אוֹ טָהוֹר הֲלֹא צָרִיךְ לְהַבְחִין מַרְאִיתוֹ אִם מַה' דָּמִים הַטְּמֵאִים בָּאִשָּׁה הוּא:
Et voit-on du sang la nuit : comme il est dit (I Samuel 25,34) si je laisse à Naval jusqu'à la lumière du matin un seul mâle, on en déduit que la scène se passait de nuit. Or montre-t-on du sang la nuit, pour savoir s'il est impur ou pur ? Il faut bien en distinguer l'aspect, pour savoir s'il est l'un des cinq sangs impurs chez la femme.
וְכִי דָּנִין דִּינֵי נְפָשׁוֹת בַּלַּיְלָה וְהָא כְּתִיב (יִרְמְיָהוּ כ״א:י״ב) דִּינוֹ לַבֹּוקֶר מִשְׁפָּט וּכְתִיב וְהוֹקַע אוֹתָם לַה' נֶגֶד הַשָּׁמֶשׁ (בַּמִּדְבָּר כ״ה:ד׳):
Et juge-t-on des causes capitales la nuit : n'est-il pas écrit (Jérémie 21,12) rendez au matin la justice, et il est écrit : pends-les devant Hachem face au soleil (Nombres 25,4).
💡 Explication

Le mot secret du verset est rapporté au sang qui vient des parties cachées du corps, c'est-à-dire à la question de la nidda. Avigail vient donc consulter David sur son propre statut, et la consultation devient un argument.

Le raisonnement est une prise au mot : David répond qu'on n'examine pas le sang la nuit, faute de pouvoir en distinguer la couleur. Avigail lui oppose une règle parallèle qui le vise directement, puisqu'il s'apprêtait à faire mourir Naval cette nuit-là. Le folio s'interrompt sur la réponse de David, qui se lit en 14b.

🖼️ Schéma
La question d'Avigail : une consultation qui devient un argument Le mot du verset : beseter hahar, dans le secret de la montagne, lu comme le sang qui vient des parties cachées. Avigail montre le sang, de nuit David : montre-t-on du sang la nuit ? Motif : on ne distingue pas les couleurs. Le retournement Avigail : juge-t-on des causes capitales la nuit ? Or tu veux tuer Naval cette nuit. La règle invoquée par David sur l'examen du sang a un pendant exact : la justice se rend au matin. Le folio s'arrête sur la réponse de David, donnée au début de 14b.
Avigail retourne contre David la règle de nuit qu'il vient lui-même d'invoquer.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).