Megillah 14b — La fin du plaidoyer d'Avigail devant David, les deux damim, puis les prophétesses Houlda et Esther : pourquoi Houlda a prophétisé du vivant de Yirmeyahou, et de qui elle descendait

Megillah 14b

Sougya : Le folio achève le dialogue d'Avigail et de David commencé en 14a. David tient Naval pour un rebelle contre la royauté, donc justiciable sans les égards ordinaires ; Avigail lui oppose que Chaoul est encore vivant et que sa royauté à lui n'est pas encore connue dans le monde.

David la bénit de l'avoir retenu de venir badamim, au pluriel, et la guemara lit dans ce pluriel deux dangers écartés le même jour. La dernière parole d'Avigail, où elle demande à David de se souvenir d'elle, donne lieu à deux dictons populaires rapportés par Rav Nahman.

La suite reprend la liste des sept prophétesses de 14a et traite de Houlda. Trois questions sont posées : comment prophétisait-elle du vivant de Yirmeyahou, pourquoi Yochiyahou l'a consultée plutôt que lui, et que faisait Yirmeyahou pendant ce temps.

Rabbi Yo'hanan répond qu'il était parti ramener les dix tribus, ce qu'il établit à partir d'un verset de Ye'hezkel sur le yovel. Vient ensuite Esther, dont le verset elle revêtit la royauté est lu par guezera chava comme le revêtement du roua'h hakodech.

Le folio se clôt sur la généalogie de Houlda : Rav Nahman la rattache à Yehochoua, une baraita et Rabbi Yehouda la rattachent à Rahav ; la conclusion joint les deux traditions, Rahav s'étant convertie et ayant épouse Yehochoua, qui n'eut que des filles.

Avigail et David : la thèse, l'objection, la bénédiction Thèse de David Naval est mored bemalkhout (rebelle contre la royauté). Donc pas besoin des égards ordinaires du jugement. Objection d'Avigail Chaoul est encore vivant : c'est lui le roi en fait. Ton tiva (marque, renom royal) n'est pas sorti dans le monde. Réponse de David Il accepte et la bénit : beroukh taamekh - bénie soit ta raison, tu m'as retenu de venir badamim. Le pluriel damim : deux dangers écartés le même jour 1. Dam nida Elle découvre sa cuisse, il la désire et marche trois parsaot à sa lumière. Elle le retient : lo tihye zot lekha lefouka. 2. Chefikhout damim Il s'apprête à tuer Naval et sa maison sans attendre le lendemain. Elle l'arrête par son plaidoyer.
Le folio en un coup d'oeil : la thèse de David, l'objection d'Avigail, et la lecture du pluriel damim comme deux dangers écartés.
Houlda du vivant de Yirmeyahou : trois questions, trois réponses Question 1 - Comment Houlda prophétise-t-elle la où se tient Yirmeyahou ? Le respect du maître voudrait qu'elle s'abstienne en sa présence. Réponse de la maison de Rav, au nom de Rav : elle était sa parente, et il ne s'en formalisait pas. Question 2 - Pourquoi Yochiyahou envoie-t-il vers elle et laisse-t-il Yirmeyahou ? Le roi vient de trouver le sefer Torah et cherche à savoir ce qui attend le peuple. Réponse de la maison de Rabbi Chila : parce que les femmes sont miséricordieuses. Question 3 - Rabbi Yo'hanan écarte les deux précédentes Yirmeyahou n'était pas là : il était parti ramener les dix tribus de leur exil. Preuve : Ye'hezkel 7,13 annonce l'annulation future du yovel, donc le yovel comptait encore, donc les tribus étaient revenues à leur place.
Les trois questions posées sur Houlda et leurs réponses ; la troisième ouvre toute la sougya du retour des dix tribus.
De qui descend Houlda ? Deux traditions et leur conciliation Rav Nahman : de Yehochoua Guezera chava de mots voisins : ben Harhas (II Melakhim 22,14) et Timnat Hères (Choftim 2,9). Baraita de Rav Eina : de Rahav Huit prophètes cohanim sortis d'elle ; Rabbi Yehouda ajoute Houlda : ben Tikva et tikvat hout hachani. Conciliation : mini ouminakh tistayem chemaata Rahav s'est convertie et Yehochoua l'a épousée : Houlda descend des deux à la fois. Objection : Yehochoua n'a pas de descendance listée. Réponse : des filles, non des fils.
La conclusion du folio : les deux généalogies de Houlda se joignent par le mariage de Yehochoua et de Rahav convertie.
1
מוֹרֵד בַּמַּלְכוּת הוּא, וְלֹא צָרִיךְ לְמִידַּייְּנֶיהָ. אָמְרָה לוֹ: עֲדַיִין שָׁאוּל קַייָּם וְלֹא יָצָא טִבְעֲךָ בָּעוֹלָם. אָמַר לָהּ: ״בָּרוּךְ טַעְמֵךְ וּבְרוּכָה אָתְּ אֲשֶׁר כְּלִיתִנִי [הַיּוֹם הַזֶּה] מִבֹּא בְּדָמִים״.

« C'est un rebelle contre la royauté (mored bemalkhout), et il n'y a pas besoin de le juger. » Elle lui dit : Chaoul est encore vivant, et ta marque (tivakh, ton renom de roi) n'est pas encore sortie dans le monde. Il lui dit : « Bénie soit ta raison, et bénie sois-tu, toi qui m'as retenu en ce jour de venir dans les sangs (badamim) » (I Chmouel 25,33).

📜 Rachi (2)
כְּלִיתְנֵי מָנַעְתָּ אוֹתִי:
Kilitini - tu m'as empêché.
בְּדָמִים דַּם נִדָּה וּשְׁפִיכוּת דָּמִים:
Badamim - le sang de nida (menstruel) et l'effusion de sang.
🗂️ Tossefot (1)
מוֹרֵד בַּמַּלְכוּת הוּא וְלָא צְרִיךְ לְמֵידַּיְינֵיהּ קָשֶׁה א"כ הֵיאַךְ גָּרַס פֶּרֶק אֶחָד דִּינֵי מָמוֹנוֹת (סַנְהֶדְרִין דַּף לו. וְשֵׁשׁ) דְּדִינֵי נְפָשׁוֹת מַתְחִילִין מִן הַצַּד מִדִּכְתִיב גַּבֵּי נָבָל וְיַחְגְּרוּ אִישׁ חַרְבּוֹ וַיַּחְגֹּור גַּם דָּוִד חַרְבּוֹ (שְׁמוּאֵל א כ״ה:י״ג) וְהָא מוֹרֵד בַּמַּלְכוּת הֲוָה וְלָא בָּעֵי לְמִידַּייְּנֶיהָ וְעוֹד קָשֶׁה הֵיאַךְ יָשַׁב דָּוִד בְּדִין וְהָא אֵין מוֹשִׁיבִין מֶלֶךְ בַּסַּנְהֶדְרִין כִּדְאָמְרִינַן בְּמַסֶּכֶת סַנְהֶדְרִין פֶּרֶק כ"ג (סַנְהֶדְרִין דַּף יח:) וע"ק מְפָ' בַּמֶּה בְּהֵמָה יוֹצְאָהּ (שַׁבָּת דַּף נו.) גַּבֵּי אוּרִיָּה דְּקָאָמַר שֶׁהָיָה לוֹ לְדוּנוֹ בְּסַנְהֶדְרִין וְאַמַּאי וְהָא מוֹרֵד בַּמַּלְכוּת הָיָה וְי"ל דְּהָכָא ה"פ מוֹרֵד בַּמַּלְכוּת הוּא וְלָא צְרִיךְ לְמֵידַּיְינֵיהּ כִּשְׁאָר דִּינֵי נְפָשׁוֹת שֶׁדָּנִין בּוֹ בַּיּוֹם לִזְכוּת וּבַיּוֹם שֶׁלְּאַחֲרָיו לְחוֹבָה אֶלָּא אֲפִילּוּ בּוֹ בַּיּוֹם גּוֹמְרִין לְחוֹבָה וְהַייְנוּ הָא דְּקָאָמְרָה לֵיהּ אֲבִיגַיִל וְכִי דָּנִין דִּינֵי נְפָשׁוֹת בַּלַּיְלָה הָיָה לְךָ לְהַמְתִּין לִגְמֹור עַד לְמָחֳרַת וְהוּא הֵשִׁיב לָהּ מוֹרֵד בַּמַּלְכוּת הֲוָה וְאֵין צָרִיךְ לְהַמְתִּין עַד לְמָחָר אֲבָל לְדוּנוֹ וַדַּאי צָרִיךְ וְגַם לֹא קָשֶׁה מֵהָא שֶׁיָּשַׁב דָּוִד בְּסַנְהֶדְרִין דְּהָא דְּאֵין מוֹשִׁיבִין מֶלֶךְ בַּסַּנְהֶדְרִין הַיְינוּ מִשּׁוּם דְּלָא הָוֵי כְּבוֹדוֹ לִהְיוֹת יוֹשֵׁב וְשׁוֹתֵק אֲבָל גַּבֵּי מוֹרֵד כְּבוֹדוֹ הוּא לִהְיוֹת יוֹשֵׁב וְשׁוֹתֵק לְפִי שֶׁהוּא נוֹגֵעַ בַּדָּבָר:
C'est un rebelle contre la royauté et il n'y a pas besoin de le juger - Difficulté : s'il en est ainsi, comment enseigne-t-on au chapitre Ehad diney mamonot (Sanhédrin 36a) que dans les jugements capitaux on commence le vote par le côté, ce qu'on déduit de ce qui est écrit à propos de Naval, « chaque homme ceignit son épée, et David aussi ceignit son épée » (I Chmouel 25,13) ? Or il était un rebelle contre la royauté, et il n'y avait pas besoin de le juger ! Autre difficulté : comment David a-t-il siégé au jugement, alors qu'on ne fait pas siéger un roi au Sanhédrin, comme nous le disons dans le traité Sanhédrin, chapitre Kohen Gadol (18b) ? Autre difficulté encore, tirée du chapitre Bameh behema yotsa (Chabbat 56a) à propos d'Ouria, où il est dit que David aurait dû le juger au Sanhédrin : pourquoi donc, puisqu'il était un rebelle contre la royauté ? On peut répondre qu'ici le sens est le suivant : c'est un rebelle contre la royauté et il n'y a pas besoin de le juger comme les autres jugements capitaux, où l'on juge le jour même pour l'acquittement et le lendemain pour la condamnation ; le jour même, au contraire, on achève le jugement pour la condamnation. Et c'est bien ce que lui disait Avigail : juge-t-on des causes capitales la nuit ? Tu aurais dû attendre le lendemain pour conclure. Il lui répondit : c'est un rebelle contre la royauté, et il n'y a pas besoin d'attendre jusqu'au lendemain ; mais le juger, certes, il le faut. Et il n'y a pas non plus de difficulté du fait que David ait siégé au Sanhédrin : car si l'on ne fait pas siéger un roi au Sanhédrin, c'est parce qu'il n'est pas de son honneur de rester assis et de se taire ; mais dans le cas d'un rebelle, c'est son honneur de rester assis et de se taire, puisqu'il est partie intéressée.
💡 Explication

La suite directe de 14a. David justifie son expédition punitive contre Naval par un statut particulier : mored bemalkhout, le rebelle contre la royauté, que le roi peut mettre à mort en dehors de la procédure ordinaire des jugements capitaux. Avigail ne conteste pas la règle : elle conteste que David en soit déjà le titulaire. Chaoul règne encore en fait, et la royauté de David, reçue de Chmouel, reste inconnue du public — son tiva, sa marque ou son sceau, n'est pas sortie dans le monde.

David accepte l'argument et la bénit. Rachi décompose le pluriel du mot damim employé dans sa bénédiction : le sang de nida et l'effusion de sang. La guemara exploitera ce pluriel au segment suivant.

Tossefot mène ici une longue discussion de fond : si le rebelle échappe à toute procédure, plusieurs passages du Talmud deviennent incompréhensibles. Sa réponse restreint la dispense : le rebelle est bien jugé, mais le tribunal peut conclure à la condamnation le jour même, sans attendre le lendemain.

2
״דָּמִים״ — תַּרְתֵּי מַשְׁמַע! אֶלָּא מְלַמֵּד שֶׁגִּילְּתָה אֶת שׁוֹקָהּ וְהָלַךְ לְאוֹרָהּ שָׁלֹשׁ פַּרְסָאוֹת, אָמַר לָהּ: הַשִּׁמְעִי לִי! אָמְרָה לוֹ: ״לֹא תִהְיֶה זֹאת לְךָ לְפוּקָה״. ״זֹאת״ — מִכְּלָל דְּאִיכָּא אַחֲרִיתִי, וּמַאי נִיהוּ? מַעֲשֶׂה דְּבַת שֶׁבַע. וּמַסְּקָנָא הָכִי הֲוַאי.

« Damim », au pluriel, indique deux ! Cela enseigne plutôt qu'elle découvrit sa cuisse et qu'il marcha à sa lumière trois parsaot.

Il lui dit : Écoute-moi ! Elle lui dit : « Que ceci ne soit pas pour toi un achoppement (pouka) » (I Chmouel 25,31).

« Ceci » : on en déduit qu'il y en a un autre. Et lequel ?

L'affaire de Bat-Chéva. Et la conclusion fut ainsi.

📜 Rachi (3)
שֶׁגִּילְּתָה שׁוֹקָהּ וְנִתְאַוָּה לָהּ וּתְבָעָהּ וְלֹא שָׁמְעָה לוֹ כְּדִמְסַיֵּים וְאָזֵיל:
Qu'elle découvrit sa cuisse - il la désira et la sollicita, et elle ne l'écouta pas, comme la suite du texte l'expose.
לְפוּקָה כְּמוֹ פִּיק בִּרְכַּיִם (נַחוּם ב):
Lefouka - comme dans pik birkayim, le tremblement des genoux (Nahoum 2,11).
הָכִי גָּרְסִי' זֹאת מִכְּלָל דְּאִיכָּא אַחֲרִיתִי וּמַאי נִיהוּ מַעֲשֶׂה דְּבַת שֶׁבַע וּמַסְּקָנָא הָכִי הֲוָה וְהָכִי פֵּירוּשָׁהּ מִדְּקָאָמְרָה לֵיהּ וְלֹא תִהְיֶה זֹאת לְךָ לְפוּקָה מִכְּלָל שֶׁהִתְנַבָּאת' לוֹ שֶׁסּוֹפוֹ לְהִכָּשֵׁל בְּבִיאָה אַחֶרֶת וּמַאי נִיהוּ בַּת שֶׁבַע וּמַסְּקָנָא הָכִי הֲוָה סוֹף שֶׁעָלְתָה לוֹ כָּךְ אַלְמָא נְבִיאָה הֲוָות שֶׁנִּתְקַייְּמָה נְבוּאָתָהּ:
Telle est la version : « Ceci - on en déduit qu'il y en a un autre, et lequel ? L'affaire de Bat-Chéva, et la conclusion fut ainsi. » Et voici son explication : du fait qu'elle lui dit « et que ceci ne soit pas pour toi un achoppement », on déduit qu'elle lui prophétisa qu'il finirait par trébucher dans une autre union. Et laquelle ? Bat-Chéva. Et la conclusion fut ainsi : à la fin il lui en advint ainsi. On voit donc qu'elle était prophétesse, puisque sa prophétie s'est accomplie.
🗂️ Tossefot (2)
ה"ג מַאי מָבוֹא בְּדָמִים תְּרֵי דָּמִים דַּם נִדָּה וּשְׁפִיכוּת דָּמִים מְלַמֵּד שֶׁגָּלְתָה שׁוֹקָהּ וְלָא גָּרְסִינַן אִיכָּא דְאָמְרִי מְלַמֵּד שֶׁגָּלְתָה שׁוֹקָהּ דְּהָא הַשְׁתָּא מְפָרֵשׁ מַאי תְּרֵי דָּמִים וְעַד הַשְׁתָּא לָא פָּרֵישׁ לְהוּ:
Telle est la version : « Que signifie mibo badamim ? Deux sangs : le sang de nida et l'effusion de sang. Cela enseigne qu'elle découvrit sa cuisse » - et nous ne lisons pas « il y a qui disent : cela enseigne qu'elle découvrit sa cuisse », car c'est ici seulement que l'on explique quels sont les deux sangs, et jusqu'ici ils n'avaient pas été expliqués.
שֶׁגָּלְתָה שׁוֹקָהּ וְהָלַךְ דָּוִד לְאוֹרָהּ ג' פַּרְסָאוֹת קָשֶׁה הֵיאַךְ אוֹתָהּ צַדֶּיקֶת גָּלְתָה שׁוֹקָהּ לִפְנֵי דָּוִד וְעוֹד קָשֶׁה דְּמֶחֱזֵי כְּגֻוזְמָא לוֹמַר שֶׁהָלַךְ לְאוֹר שׁוֹקָהּ ג' פַּרְסָאוֹת וי"ל דְּנִמְצָא בִּסְפָרִים מְדֻויָּקִים שֶׁנָּקוּד בָּהֶן לְאוֹרָהּ כְּלוֹמַר לָאוֹר שֶׁלָּהּ פֵּירוּשׁ נִתְאַוָּה לָהּ דָּוִד וְהָלַךְ בְּאוֹר חֲמִימוּת שָׁלֹשׁ פַּרְסָאוֹת:
Qu'elle découvrit sa cuisse et que David marcha à sa lumière trois parsaot - Difficulté : comment cette femme juste a-t-elle découvert sa cuisse devant David ? Autre difficulté : il paraît excessif de dire qu'il a marché trois parsaot à la lumière de sa cuisse. On peut répondre que l'on trouve dans les livres précis la vocalisation le-orah, c'est-à-dire à la lumière qui vient d'elle ; explication : David la désira et marcha trois parsaot dans l'ardeur de ce désir.
🪔 Ben Yehoyada (3)
דָּמִים תַּרְתֵּי מַשְׁמַע. הִקְשָׁה הָרַב פֶּתַח עֵינַיִם זַ"ל אַמַּאי לֹא דָּרְשׁוּ 'דָּמוֹ וְדַם זַרְעִיּוֹתָיו' כְּמוֹ שֶׁאָמְרוּ (מִשְׁנָה סַנְהֶדְרִין ד, ה) בַּפָּסוּק (בְּרֵאשִׁית ד, י) 'קוֹל דְּמֵי אָחִיךָ' גַּבֵּי הֶבֶל יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּנָבָל הָיָה עִיקָּר שֶׁהָיָה גָּדוֹל בְּשָׁנִים וְלֹא הוֹלִיד וְלֹא שַׁיָּיךְ גַּבֵּיהּ דַּם זַרְעִיּוֹתָיו.
« Damim, au pluriel, indique deux. » Le Rav Petah Enayim, de mémoire bénie, demande : pourquoi n'a-t-on pas expliqué « son sang et le sang de sa descendance », comme on l'a dit (Sanhédrin 4,5) sur le verset « la voix des sangs de ton frère » (Berechit 4,10) à propos de Hevel ? Voir là-bas. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Naval était ici l'essentiel : il était avancé en années et n'avait pas engendré, de sorte que « le sang de sa descendance » ne s'applique pas à lui.
מְלַמֵּד שֶׁגִּלְּתָה אֶת שׁוֹקָהּ וְהָלַךְ לְאוֹרָהּ שָׁלֹשׁ פַּרְסָאוֹת. הַדָּבָר בָּרוּר דְּלָא הָיְתָה זֹאת אוֹרָה טִבְעִית, כִּי דֶּרֶךְ טֶבַע אֵין אוֹרָה יוֹצְאָהּ אֶלָּא מִן שֶׁמֶשׁ וְיָרֵחַ וְכוֹכָבִים וְהָאֵשׁ, אֲבָל מִיֹּופִי אָדָם אֵינוֹ יוֹצֵא אוֹר, וְכַאֲשֶׁר עוֹמֵד בַּחֹושֶׁךְ אֵינוֹ נִיכָּר הַיֹּופִי שֶׁלּוֹ אֲפִילּוּ מַשֶּׁהוּ וּכְמוֹ אֶבֶן טוֹבָה שֶׁאֵינָהּ נִיכֶּרֶת בַּחֹושֶׁךְ! אַךְ הָעִנְיָן הִיא כָּאן כְּמוֹ שֶׁהָיָה בְּבַת שֶׁבַע שֶׁהָיְתָה רוֹחֶצֶת עַל הַגַּג בְּמָקוֹם הַמֻּוקָּף מְחִיצּוֹת וְסָתוּם כָּרָאוּי, וּבָא שָׂטָן וְאַדָּמִי כַּצִּפּוֹר וְעָשָׂה נֶקֶב בִּמְחִיצָּה כְּדֵי שֶׁיִּרְאֶנָּה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה וְיִתְאַוֶּה לָהּ, וְכֵן עָשָׂה בַּאֲבִיגַיִל שֶׁהִיא בְּמַחְשָׁךְ הַלַּיְלָה גִּילְּתָה שׁוֹקָהּ בַּחֹושֶׁךְ לְאֵיזֶה צֹורֶךְ, וּבָא שָׂטָן וְהִזְרִיחַ אוֹר גָּדוֹל עָלֶיהָ כְּדֵי שֶׁיִּרְאֶנָּה דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה מִמֶּרְחָק ד' פַּרְסָאוֹת בְּגִילּוּי שׁוֹק, וְיִתְאַוֶּה לָהּ, שֶׁרָצָה לְהַכְשִׁילוֹ וְלֹא עָלְתָה בְּיָדוֹ, וּרְאָיָה זוֹ לֹא הָיְתָה טִבְעִית אֶלָּא מַעֲשֵׂה שָׂטָן! וּמַה שֶׁאָמַר ' הַשְׁמִיעִי לִי ' לֹא רָצָה שֶׁיִּזְדַּוֵּוג עִמָּהּ בְּאוֹתוֹ שָׁעָה מַמָּשׁ, אֶלָּא כַּוָּנָתוֹ שֶׁיִּזְדַּוֵּוג עִמָּהּ בְּאוֹתוֹ לַיְלָה אַחַר שֶׁיַּהֲרֹוג אֶת נָבָל, שֶׁאָז תִּהְיֶה פְּנוּיָה, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב הָרִי"ף זַ"ל, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב מהרלב"ח [רַבִּי לֵוִי בֶּן חָבִיב] זַ"ל בִּתְשׁוּבָה סִימָן קכ"ו יְעֻויַּן שָׁם, וְלָכֵן לֹא אָמַר לוֹ אַחַר כָּךְ שֶׁהֲצַלְתִּינִי מִן גִּילּוּי עֲרָיוֹת, דְּבֶאֱמֶת לֹא הָיָה רוֹצֶה שֶׁיָּבֹא עָלֶיהָ בְּעוֹדָהּ עֶרְוָה, וַאֲפִילּוּ אִיסּוּר נִדָּה לָא הֲוָה, דְּיָדַע שֶׁהִיא טְהוֹרָה, וּמַה שֶׁאָמַר לָהּ 'בְּדָמִים' (שְׁמוּאֵל א' כה, לג) דְּחַד מִנַּיְיהוּ דַּם נִדָּה לָאו דַּם נִדָּה הוּא אֶלָּא דַּם חִימּוּד קָרֵי לֵיהּ דַּם נִדָּה.
« Cela enseigne qu'elle découvrit sa cuisse et qu'il marcha à sa lumière trois parsaot. » Il est clair que cette lumière n'était pas une lumière naturelle, car par nature la lumière ne sort que du soleil, de la lune, des étoiles et du feu, tandis que la beauté d'un homme n'émet pas de lumière : dans l'obscurité, sa beauté ne se distingue pas le moins du monde, comme une pierre précieuse qui ne se voit pas dans le noir. Il en va ici comme pour Bat-Chéva, qui se lavait sur le toit, dans un lieu entouré de cloisons et convenablement fermé : le satan vint, prit l'apparence d'un oiseau, et fit un trou dans la cloison afin que le roi David, la paix soit sur lui, la voie et la désire. Il fit de même pour Avigail : dans l'obscurité de la nuit, elle découvrit sa cuisse pour quelque besoin, et le satan fit briller sur elle une grande lumière afin que le roi David la voie de loin, à quatre parsaot, la cuisse découverte, et qu'il la désire ; il voulait le faire trébucher, et il n'y parvint pas. Cette vision procédait donc de l'œuvre du satan plutôt que de la nature. Et lorsqu'il dit « écoute-moi », il ne voulait pas s'unir à elle à cet instant même : son intention était de s'unir à elle cette nuit-là, après avoir tué Naval, car elle serait alors libre, ainsi que l'écrit le Rif, de mémoire bénie, et ainsi que l'écrit le Maharalbah, Rabbi Levi ben Habib, de mémoire bénie, dans ses réponses, siman 126 ; voir là-bas. C'est pourquoi il ne lui dit pas ensuite qu'elle l'avait sauvé d'une union interdite (guilouy arayot), car en vérité il ne voulait pas venir sur elle tant qu'elle était interdite ; et il n'y avait pas non plus d'interdit de nida, car il savait qu'elle était pure. Et lorsqu'il lui dit « badamim » (I Chmouel 25,33), l'un des deux, le sang de nida, ne désigne pas un sang de nida réel : c'est au sang du désir qu'il donne ce nom.
(שְׁמוּאֵל א' כה, לא) 'וְלֹא תִהְיֶה זֹאת לְךָ לְפוּקָה וּלְמִכְשׁוֹל לֵב לַאֲדֹנָי' מִכְּלָל דְּאִיכָּא אַחֲרִיתִי, וּמַאי נִיהוּ? מַעֲשֶׂה דְּבַת שֶׁבַע. יֵשׁ לְהָבִין מֵהֵיכָא מַשְׁמַע דְּבָאָה לִרְמֹוז עַל בַּת שֶׁבַע? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּדָייֵק לָהּ מִדִּכְתִיב תַּרְתֵּי פּוּקָה וּמִכְשׁוֹל, וְהַייְנוּ דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (עֲבוֹדָה זָרָה ד:) לֹא הָיָה דָּוִד רָאוּי לְאוֹתָהּ מַעֲשֶׂה דְּבַת שֶׁבַע אֶלָּא שֶׁבָּא לְהוֹרוֹת תְּשׁוּבָה לְיָחִיד, נִמְצָא שֶׁעִנְיַן בַּת שֶׁבַע לֹא נֶחְשָׁב לוֹ לְחִסָּרוֹן וּלְגֵרָעוֹן אֶלָּא אַדְּרַבָּה לְהוֹעִיל הוּא נַעֲשֶׂה. וּמַקְשִׁים מְנָא לֵיהּ דְּלָא הֲוָה רָאוּי לְאוֹתָהּ מַעֲשֶׂה וְרַק נַעֲשָׂה לְתוֹעֶלֶת לְלִימּוּד כֹּחַ הַתְּשׁוּבָה? וְתֵירֵץ הַגָּאוֹן מָהָרִ"י זַ"ל דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (יוֹמָא לח:) כֵּיוָן שֶׁעָבְרוּ רֹוב יָמָיו שֶׁל אָדָם וְלֹא חָטָא שׁוּב אֵינוֹ חוֹטֵא דִּכְתִיב (שְׁמוּאֵל א' ב, ט) 'רַגְלֵי חֲסִידָיו יִשָּׁמֵר' וְדָוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה בִּזְמַן עִנְיַן בַּת שֶׁבַע כְּבָר עָבְרוּ רֹוב יָמָיו, וְכֵיוָן דְּלָא חָטָא אֵין רָאוּי שֶׁיֶּחֱטָא, אֶלָּא צָרִיךְ שהקב"ה יִשְׁמֹור אוֹתוֹ בָּזֶה, וְכֵיוָן דְּלָא שְׁמָרוֹ, שְׁמַע מִינָּה דְּחָפֵץ ה' הוּא לְלַמֵּד בָּזֶה כּוֹחָהּ שֶׁל תְּשׁוּבָה לְיָחִיד, עַד כָּאן דְּבָרָיו. וְהִנֵּה כָּל זֶה הַמֻּונָּח הוּא יִהְיֶה אִי אָמְרִינַן שֶׁלֹּא חָטָא קֹודֶם עִנְיַן בַּת שֶׁבַע כְּלָל, אֲבָל אִם הָיָה חוֹטֵא ח"ו בַּאֲבִיגַיִל נִסְתָּר הַכְּלָל הַזֶּה, וְאָז גַּם בְּעִנְיַן בַּת שֶׁבַע יִלָּכֵד ח"ו דְּלֵית עָלֶיהָ הִתְנַצְּלוּת זוֹ דְּלָא הָיָה רָאוּי לְאוֹתָהּ מַעֲשֶׂה, וְלָכֵן אָמַר לוֹ אֲבִיגַיִל 'וְלֹא תִהְיֶה זֹאת לְךָ לְפוּקָה וּלְמִכְשׁוֹל לֵב' פֵּירוּשׁ אִם תֶּחֱטָא תַּפְסִיד בָּתַרְתִּי, חֲדָא חֵטְא זֶה, וְשֵׁנִית חֵטְא עִנְיַן בַּת שֶׁבַע, דְּאָז לֹא יִשָּׁאֵר לְךָ הִתְנַצְּלוּת, כִּי מִשּׁוּם דְּחָטָא זֶה הוּא קֹודֶם שֶׁעָבְרוּ רֹוב יָמֶיךָ וּבָטֵל הַכְּלָל הַנִּזְכָּר אֲשֶׁר עָלָיו בָּנוּי הַזְּכוּת שֶׁלְּךָ. וְאַגַּב אוֹרְחִין נִרְאֶה לִי בס"ד מַה שֶׁאָמַר לְשׁוֹן פּוּקָה, עַל פִּי מַה שֶׁכָּתַבְתִּי בס"ד בְּמָקוֹם אַחֵר שֶׁהַצַּדִּיק הַשּׁוֹמֵר בְּרִיָּתוֹ נִקְרָא קֻופָּה שֶׁל בְּשָׂמִים, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (גִּיטִּין סז.) עַל רַבִּי אֶלְעָזָר בֶּן עֲזַרְיָה קֻופָּה שֶׁל בְּשָׂמִים וְהַטַּעַם כִּי הַשּׁוֹמֵר בְּרִיָּתוֹ נִקְרָא קָדוֹשׁ, וְאָמְרוּ בַּגְּמָרָא (שַׁבָּת קד.) קוֹף מָלֵא הוּא קָדוֹשׁ, גַּם הַשּׁוֹמֵר בְּרִיָּתוֹ מְאִירָה אוֹת הֵ"א אַחֲרוֹנָה בָּעֲטָרָה שֶׁלּוֹ, וּלְכָךְ נִקְרָא 'קֻופָּה' שֶׁהִיא תֵּיבָה מֻורְכֶּבֶת בִּשְׁתַּיִם, וְהִיא קוֹף ה', כִּי קָדוֹשׁ הוּא קוֹף מָלֵא, וּכְמוֹ שֶׁכָּתוּב בִּקְהִילַּת יַעֲקֹב זַ"ל, וְעַל כֵּן מֵאַחַר שֶׁהַצַּדִּיק הַשּׁוֹמֵר בְּרִיָּתוֹ נִקְרָא קֻופָּה שֶׁהוּא קוֹף ה', לְכָךְ חָטָא בִּבְרִית קוֹדֶשׁ נִקְרָא פּוּקָה, שֶׁהוּא הִפּוּךְ אַתָּוָון ד'קֻופָּה' וּלְכָךְ אָמְרָה לוֹ 'וְלֹא תִהְיֶה זֹאת לְךָ לְפוּקָה'.
« Et que ceci ne soit pas pour toi un achoppement ni un obstacle du cœur pour mon seigneur » (I Chmouel 25,31) - on en déduit qu'il y en a un autre, et lequel ? L'affaire de Bat-Chéva. Il faut comprendre d'où il ressort qu'elle vient faire allusion à Bat-Chéva. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il le déduit de ce que deux termes sont écrits, pouka et mikhchol. Et c'est ce qu'ont dit nos maîtres (Avoda Zara 4b) : David n'était pas destiné à cette affaire de Bat-Chéva, et cela n'advint que pour enseigner la techouva à l'individu. Il se trouve donc que l'affaire de Bat-Chéva ne lui fut pas comptée comme manque ni comme déficience ; au contraire, elle fut faite pour être utile. On demande : d'où sait-on qu'il n'était pas destiné à cet acte et que cela n'eut lieu que pour l'utilité d'enseigner la force de la techouva ? Le gaon Mahari, de mémoire bénie, a répondu : nos maîtres ont dit (Yoma 38b) que lorsque la plupart des jours d'un homme sont passés sans qu'il ait fauté, il ne fautera plus, ainsi qu'il est écrit « Il garde les pieds de Ses fidèles » (I Chmouel 2,9) ; or le roi David, la paix soit sur lui, avait déjà passé la plupart de ses jours au moment de l'affaire de Bat-Chéva, et puisqu'il n'avait pas fauté, il ne convenait pas qu'il faute : il fallait que le Saint béni soit-Il le garde en cela. Et puisqu'Il ne l'a pas garde, on en déduit que telle était la volonté de Hachem, enseigner par là la force de la techouva pour l'individu ; fin de ses paroles. Or tout ce raisonnement ne tient que si l'on dit qu'il n'avait pas du tout fauté avant l'affaire de Bat-Chéva ; mais s'il avait fauté, à D.ieu ne plaise, avec Avigail, cette règle serait ruinée, et il serait alors pris, à D.ieu ne plaise, dans l'affaire de Bat-Chéva également, puisqu'il n'aurait plus la justification de n'avoir pas été destiné à cet acte. C'est pourquoi Avigail lui dit : « et que ceci ne soit pas pour toi un achoppement ni un obstacle du cœur », c'est-à-dire : si tu fautes, tu perdras sur deux plans, d'une part cette faute-ci, d'autre part la faute de l'affaire de Bat-Chéva, car il ne te resterait alors plus de justification, cette faute-ci précédant le passage de la plupart de tes jours et annulant la règle sur laquelle repose ton mérite. Et en chemin, il me semble, avec l'aide du Ciel, d'expliquer le terme pouka d'après ce que j'ai écrit ailleurs, avec l'aide du Ciel : le juste qui garde son alliance est appelé koupa chel bessamim, corbeille de parfums, comme on le dit dans la guemara (Guitin 67a) de Rabbi Elazar ben Azaria ; la raison en est que celui qui garde son alliance est appelé kadoch, saint, et l'on dit dans la guemara (Chabbat 104a) que le kouf plein, c'est kadoch. De plus, chez celui qui garde son alliance, la dernière lettre hé brille dans sa couronne ; c'est pourquoi il est appelé koupa, mot composé de deux éléments, kouf et hé, car kadoch est le kouf plein, comme il est écrit dans le Kehilat Yaakov, de mémoire bénie. Puis donc que le juste qui garde son alliance est appelé koupa, qui est kouf-hé, la faute contre l'alliance sainte est appelée pouka, qui est l'inversion des lettres de koupa ; c'est pourquoi elle lui dit « et que ceci ne soit pas pour toi un pouka ».
💡 Explication

Le pluriel damim sert de point d'appui. Un seul danger de sang aurait suffi à expliquer la bénédiction ; le pluriel en demande deux, donc un second événement s'est produit au cours de cette même rencontre. La guemara le trouve dans le trouble de David face à Avigail.

La réponse d'Avigail contient un mot de trop : zot, ceci. Le démonstratif implique un terme de comparaison — un autre achoppement, celui-là non écarté. La guemara l'identifie à l'affaire de Bat-Chéva, et note que la suite de l'histoire lui a donné raison : c'est la preuve qu'Avigail figure à bon droit dans la liste des sept prophétesses de 14a.

Tossefot se heurte à la lettre du récit et propose une lecture sobre du mot le-orah : la lumière désigne l'ardeur du désir plutôt qu'un éclat physique. Le Ben Yehoyada retient au contraire le sens littéral d'une lumière, en l'attribuant à une intervention du satan destinée à faire trébucher David.

🖼️ Schéma
Comment la guemara lit le pluriel damim Le mot du verset mibo badamim - au pluriel. La question Tarti machma : deux sangs. La réponse Deux dangers, un seul jour. Dam nida Elle lui dit : lo tihye zot lekha lefouka. zot - donc il y en a une autre : Bat-Chéva, où il trébuchera plus tard. Chefikhout damim Le sang de Naval et de sa maison, qu'Avigail vient d'écarter par son plaidoyer.
La derach du pluriel damim et l'annonce prophétique contenue dans le mot zot.
3
״וְהָיְתָה נֶפֶשׁ אֲדֹונִי צְרוּרָה בִּצְרוֹר הַחַיִּים״, כִּי הֲוָות מִיפַּטְרָא מִינֵּיהּ אָמְרָה לֵיהּ: ״וְהֵטִיב ה׳ לַאדֹונִי וְזָכַרְתָּ אֶת אֲמָתֶךָ״.

« Et l'âme de mon seigneur sera liée dans le faisceau des vivants » (I Chmouel 25,29). Lorsqu'elle prit congé de lui, elle lui dit : « Et quand Hachem aura fait du bien à mon seigneur, tu te souviendras de ta servante » (I Chmouel 25,31).

💡 Explication

La guemara rapproche deux paroles d'Avigail prises dans le même discours. La première est une bénédiction pour David ; la seconde, prononcée au moment de le quitter, lui demande de se souvenir d'elle une fois sa situation rétablie. Le segment suivant tire la leçon de cette juxtaposition.

4
אָמַר רַב נַחְמָן, הַייְנוּ דְּאָמְרִי אִינָשֵׁי: אִיתְּתָא בַּהֲדֵי שׁוּתָא פִּילְכָּא. אִיכָּא דְאָמְרִי: שָׁפֵיל וְאָזֵיל בַּר אֲווָזָא וְעֵינוֹהִי מִיטַּייְפִי.

Rav Nahman dit : c'est ce que disent les gens : « La femme, tout en parlant, file sa quenouille. » Il y a qui disent : « L'oison avance la tête baissée, et ses yeux scrutent au loin. »

📜 Rachi (2)
בַּהֲדֵי שׁוּתָא פִּילְכָּא עִם שֶׁהָאִשָּׁה מְדַבֶּרֶת הִיא טוֹוָה כְּלוֹמַר עִם שֶׁהִיא מְדַבֶּרֶת עִמּוֹ עַל בַּעֲלָהּ הִזְכִּירָה לוֹ אֶת עַצְמָהּ שֶׁאִם יָמוּת יִשָּׂאֶנָּה:
Bahadei chouta pilkha - pendant que la femme parle, elle file. C'est-à-dire : tout en lui parlant de son mari, elle s'est rappelée à son souvenir, afin que, s'il mourait, il l'épouse.
מְיטַיְּיפִי צוֹפִין לְמֵרָחוֹק וְדֻוגְמָתוֹ בְּמַס' כְּתֻובּוֹת (דַּף ס.) נְטֹוף עֵינֶיךָ:
Mitayfei - ils regardent au loin ; on en trouve l'équivalent dans le traité Ketoubot (60a) : netof einaikh.
💡 Explication

Deux dictons populaires araméens rendent compte de la même observation. Avigail est venue sauver Naval, et dans le mouvement même de ce plaidoyer elle prépare la suite. La quenouille tourne pendant la conversation ; l'oison garde la tête basse et l'œil au loin.

Rachi précise ce que la guemara vise : la demande « tu te souviendras de ta servante » se comprend comme une allusion à un mariage futur. Le récit biblique lui donne raison, David ayant épouse Avigail après la mort de Naval.

5
חֻולְדָּה, דִּכְתִיב: ״וַיֵּלֶךְ חִלְקִיָּהוּ הַכֹּהֵן וַאֲחִיקָם וְעַכְבּוֹר וְגוֹ׳״. וּבְמָקוֹם דְּקָאֵי יִרְמְיָה הֵיכִי מִתְנַבְּיָא אִיהִי? אָמְרִי בֵּי רַב מִשְּׁמֵיהּ דְּרַב: חֻולְדָּה קְרוֹבַת יִרְמְיָה הָיְתָה, וְלֹא הֲוָה מַקְפִּיד עָלֶיהָ.

Houlda, ainsi qu'il est écrit : « Hilkiyahou le cohen, Ahikam, Akhbor, etc. allèrent » [auprès de Houlda la prophétesse] (II Melakhim 22,14). Et là où se tenait Yirmeyahou, comment prophétisait-elle ?

On dit dans la maison de Rav, au nom de Rav : Houlda était parente de Yirmeyahou, et il ne s'en formalisait pas.

📜 Rachi (1)
וּבִמְקוֹם יִרְמְיָה הֵיכִי מִיתְנַבֵּיא הִיא הֲרֵי יִרְמְיָה עָמַד מִשְּׁנַת י"ג לְיֹאשִׁיָּה שֶׁנֶּאֱמַר אֲשֶׁר הָיָה דְבַר ה' אֶל יִרְמְיָה וְגוֹ' (יִרְמְיָהוּ א) וְהַסֵּפֶר נִמְצָא בִּשְׁנַת י"ח לְיֹאשִׁיָּה וְעָלָיו שָׁלַח אֵצֶל חֻולְדָּה:
Et là où se tient Yirmeyahou, comment prophétise-t-elle - car Yirmeyahou s'était levé dès la treizième année de Yochiyahou, ainsi qu'il est dit « la parole de Hachem fut adressée à Yirmeyahou, etc. » (Yirmeyahou 1,2) ; or le livre fut trouvé la dix-huitième année de Yochiyahou, et c'est à son sujet qu'il envoya auprès de Houlda.
🪔 Ben Yehoyada (1)
וּבְמָקוֹם דְּקָאֵי יִרְמְיָה, הֵיכִי מִתְנַבֵּא אִיהִי. מַקְשִׁים וַהֲלֹא דְּבַר הַנְּבוּאָה הוּא שָׁלוּחַ מֵאֵת ה', וּמַאי הֲוָה לֵיהּ לְמֶעְבַּד אִם הַשֵּׁם יִתְבָּרַךְ שָׁלַח עִמָּהּ דְּבָרִים לְהִתְנַבְּאוּת? וְכִי הַנָּבִיא יָכוֹל לִכְבֹּושׁ נְבוּאָתוֹ?! וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאֵין הַנְּבוּאָה שׁוֹרָה עַל הָאָדָם אֶלָּא אִם כֵּן יַעֲשֶׂה תְּחִילָּה הֲכָנוֹת וְכַוָּנוֹת הַצְּרִיכִים לָזֶה, וְלָכֵן יֵשׁ לַנְּבִיאִים רַב וּמְלַמֵּד, וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב מהרח"ו [מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל] זַ"ל בְּשַׁעֲרֵי קְדֻושָּׁה יְעֻויַּן שָׁם, עַל כֵּן מֻוכְרָח דְּחֻולְדָּה עָשְׂתָה בְּיָדַיִם כַּוָּנוֹת וְיִחוּדִים כְּדֵי שֶׁתִּשְׁרֶה עָלֶיהָ רוּחַ נְבוּאָה, וּלְכָךְ מַקְּשׁוּ אֵיךְ תַּעֲשֶׂה כָּךְ בְּמָקוֹם דְּקָאֵי יִרְמְיָה.
« Et là où se tenait Yirmeyahou, comment prophétisait-elle ? » On objecte : la prophétie est un envoi de Hachem ; que pouvait-elle faire, si Hachem lui adressait des paroles à prophétiser ? Un prophète peut-il retenir sa prophétie ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la prophétie ne repose sur l'homme que s'il accomplit d'abord les préparations et les kavanot, les intentions requises pour cela ; c'est pourquoi les prophètes ont un maître et un enseignant, comme l'écrit notre maître Rabbi Haim Vital, de mémoire bénie, dans les Chaarei Kedoucha ; voir là-bas. Il faut donc que Houlda ait accompli activement des kavanot et des yihoudim, des unifications, afin que l'esprit de prophétie repose sur elle ; c'est pourquoi on demande comment elle a pu faire cela là où se tenait Yirmeyahou.
💡 Explication

La guemara reprend ici la liste des sept prophétesses ouverte en 14a et arrive à Houlda. Le verset sur lequel elle s'appuie est la délégation envoyée par le roi Yochiyahou après la découverte du sefer Torah dans le Temple.

La difficulté tient à la chronologie, que Rachi détaille : Yirmeyahou prophétise depuis la treizième année de Yochiyahou, et le livre est trouvé la dix-huitième. Les deux prophètes sont donc contemporains, et l'usage veut qu'on s'abstienne d'un acte de prophétie devant un maître. La réponse de Rav est de l'ordre des relations personnelles : la parenté dispensait de la déférence.

6
וְיֹאשִׁיָּה גּוּפֵיהּ הֵיכִי שָׁבֵיק יִרְמְיָה וּמְשַׁדַּר לְגַבַּהּ? אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי שִׁילָא: מִפְּנֵי שֶׁהַנָּשִׁים רַחֲמָנִיּוֹת הֵן.

Et Yochiyahou lui-même, comment a-t-il laissé Yirmeyahou pour envoyer auprès d'elle ? On dit dans la maison de Rabbi Chila : parce que les femmes sont miséricordieuses.

🪔 Ben Yehoyada (1)
וְיֹאשִׁיָּה גּוּפֵהּ הֵיכִי שָׁבֵיק יִרְמְיָה וּמְשַׁדַּר לְגַבַּהּ? אָמְרִי דְּבֵי רַבִּי שִׁילָא: מִפְּנֵי שֶׁהַנָּשִׁים רַחֲמָנִיּוֹת הֵן. קָשֶׁה וְכִי הוּא רוֹצֶה שֶׁתֹּאמַר דָּבָר אֶחָד מִדַּעְתָּהּ, וּמַאי מְהַנְּיָיא רַחְמָנוּתָהּ? וַהֲלֹא לֹא תּוּכַל לְהוֹסִיף אוֹ לִגְרֹועַ אוֹת אַחַת! וְנִרְאֶה לִי בס"ד מֵחֲמַת דְּרַחֲמָנִיּוֹת הֵן, אִם יִרְאוּ בְּרוּחַ הַנְּבוּאָה דְּבָרִים רָעִים, יִמְסְרוּ עַצְמָן לְבַטֵּל הַגְּזֵרָה עַל יְדֵי תְּפִלָּה וְעֵסֶק הַתּוֹרָה בְּכָל כּוֹחָן.
« Et Yochiyahou lui-même, comment a-t-il laissé Yirmeyahou pour envoyer auprès d'elle ? On dit dans la maison de Rabbi Chila : parce que les femmes sont miséricordieuses. » Difficulté : voulait-il donc qu'elle dise quelque chose de son propre chef ? En quoi sa miséricorde sert-elle, puisqu'elle ne peut ajouter ni retrancher une seule lettre ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que du fait qu'elles sont miséricordieuses, si elles voient par l'esprit de prophétie des choses mauvaises, elles se dévouent pour annuler le décret par la prière et par l'étude de la Torah, de toutes leurs forces.
💡 Explication

La question porte cette fois sur le roi. Même si Houlda avait le droit de prophétiser, la déférence voudrait qu'on interroge le plus grand. La réponse de la maison de Rabbi Chila relève du calcul : Yochiyahou attend une réponse sur le sort du peuple, et il espère une parole moins dure.

Le Ben Yehoyada lève l'objection évidente — le prophète transmet ce qu'il reçoit, sans marge — en déplaçant la miséricorde du contenu de la prophétie vers ce que la prophétesse fait ensuite : prier et étudier pour annuler le décret.

7
רַבִּי יוֹחָנָן אָמַר: יִרְמְיָה לָא הֲוָה הָתָם, שֶׁהָלַךְ לְהַחֲזִיר עֲשֶׂרֶת הַשְּׁבָטִים. וּמִנָּלַן דְּאַהְדּוּר? דִּכְתִיב: ״כִּי הַמּוֹכֵר אֶל הַמִּמְכָּר לֹא יָשׁוּב״, אֶפְשָׁר יוֹבֵל בָּטֵל, וְנָבִיא מִתְנַבֵּא עָלָיו שֶׁיְּבַטֵּל? אֶלָּא מְלַמֵּד שֶׁיִּרְמְיָה הֶחְזִירָן,

Rabbi Yo'hanan dit : Yirmeyahou n'était pas là, car il était allé ramener les dix tribus. Et d'où savons-nous qu'il les a ramenées ?

De ce qu'il est écrit : « Car le vendeur ne reviendra pas à ce qu'il a vendu » (Ye'hezkel 7,13). Est-il possible que le yovel (jubilé) fût déjà annulé, et qu'un prophète prophétise à son sujet qu'il sera annulé ?

Cela enseigne plutôt que Yirmeyahou les a ramenées,

📜 Rachi (3)
כִּי הַמּוֹכֵר אֶל הַמִּמְכָּר לֹא יָשׁוּב יְחֶזְקֵאל אֲמָרוֹ וְהוּא נִתְנַבֵּא בְּתוֹךְ (י"ד) שָׁנָה שֶׁבֵּין גָּלוּת יְכָנְיָה לְחָרְבוֹת יְרוּשָׁלַיִם וּמִתְנַבֵּא שֶׁיְּהֵא בָּטֵל הַיּוֹבֵל וְהַמּוֹכֵר שָׂדֵהוּ לֹא יָשׁוּב לוֹ:
Car le vendeur ne reviendra pas à ce qu'il a vendu - c'est Ye'hezkel qui l'a dit, et il prophétisa durant les quatorze années qui séparent l'exil de Yekhonia de la destruction de Yerouchalayim ; il prophétise que le yovel serait annulé et que celui qui a vendu son champ n'y reviendra pas.
אֶפְשָׁר יוֹבֵל בָּטֵל מִשֶּׁגָּלוּ עֲשֶׂרֶת הַשְּׁבָטִים בִּימֵי חִזְקִיָּה שֶׁנֶּאֱמַר לְכָל יוֹשְׁבֶיהָ (וַיִּקְרָא כ״ה:י׳) בִּזְמַן שֶׁכֹּל יוֹשְׁבֶיהָ עָלֶיהָ וְלֹא בִּזְמַן שֶׁגָּלוּ מִקְצָתָן נִמְצָא מִשֶּׁגָּלוּ שֵׁבֶט רְאוּבֵן וְגָד וַחֲצִי שֵׁבֶט מְנַשֶּׁה [כְּבָר] בָּטְלוּ הַיּוֹבְלוֹת וִיחֶזְקֵאל הָיָה מִתְנַבֵּא לְאַחַר זְמַן שֶׁיְּבַטֵּל:
Est-il possible que le yovel fût annulé - depuis que les dix tribus furent exilées aux jours de Hizkiyahou, car il est dit « pour tous ses habitants » (Vayikra 25,10) : quand tous ses habitants sont sur elle, et non quand une partie d'entre eux est exilée. Il se trouve donc que dès l'exil des tribus de Reouven, de Gad et de la demi-tribu de Menache, les yovlot étaient déjà annulés, tandis que Ye'hezkel prophétisait bien plus tard qu'il serait annulé.
אֶלָּא מְלַמֵּד שֶׁיִּרְמְיָה הֶחְזִירָן בְּאוֹתָהּ שָׁנָה שֶׁנִּמְצָא הַסֵּפֶר וְהִיא שְׁנַת שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה לְיֹאשִׁיָּהוּ וּכְשֶׁשָּׁלַח עַל דִּבְרֵי הַסֵּפֶר אֵצֶל חֻולְדָּה לֹא הָיָה שָׁם יִרְמְיָה וְחָזְרוּ לִמְנוֹת אֶת הַיּוֹבֵל וְלֹא הִסְפִּיקוּ לִמְנוֹת אֶלָּא שְׁמִיטּוֹת עַד שֶׁחָרַב הַבַּיִת:
Cela enseigne plutôt que Yirmeyahou les a ramenées - cette année-là même où le livre fut trouvé, la dix-huitième année de Yochiyahou ; et lorsqu'il envoya au sujet des paroles du livre auprès de Houlda, Yirmeyahou n'était pas là. Ils recommencèrent alors à compter le yovel, et ils n'eurent le temps de compter que des chemitot jusqu'à la destruction du Temple.
💡 Explication

Rabbi Yo'hanan écarte les deux réponses précédentes par un fait : Yirmeyahou était absent. Reste à l'établir, et la preuve passe par le yovel.

Le yovel ne s'applique que lorsque « tous ses habitants » sont sur leur terre, donc tant que les douze tribus occupent leur territoire. L'exil des dix tribus, aux jours de Hizkiyahou, l'a donc suspendu. Or Ye'hezkel, bien plus tard, annonce son annulation au futur. Une annulation ne peut porter que sur une institution en vigueur : le yovel comptait donc encore à son époque, ce qui suppose le retour des tribus.

Rachi date ce retour de la dix-huitième année de Yochiyahou, l'année même de la découverte du livre, et précise que le compte repris n'eut le temps d'aligner que des chemitot avant la destruction du Temple.

🖼️ Schéma
La preuve de Rabbi Yo'hanan par le yovel Exil des dix tribus (jours de Hizkiyahou) le yovel cesse An 18 de Yochiyahou Yirmeyahou ramène les tribus ; on recompte Ye'hezkel prophétise le yovel sera annulé (donc il compte encore) Hourban Le raisonnement Le yovel exige kol yocheveha, tous ses habitants sur leur terre. Sans les dix tribus, il cesse. Or Ye'hezkel annonce son annulation comme à venir : le yovel comptait donc encore de son temps, ce qui suppose que les tribus étaient revenues - ramenées par Yirmeyahou, absent lors de l'envoi.
La chronologie qui soutient la réponse de Rabbi Yo'hanan : le yovel comme indice du retour des dix tribus.
8
וְיֹאשִׁיָּהוּ בֶּן אָמוֹן מָלַךְ עֲלֵיהֶן, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר מָה הַצִּיּוּן הַלָּז אֲשֶׁר אֲנִי רֹואֶה וַיֹּאמְרוּ אֵלָיו אַנְשֵׁי הָעִיר הַקֶּבֶר אִישׁ הָאֱ-לֹהִים אֲשֶׁר בָּא מִיהוּדָה וַיִּקְרָא אֶת הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה אֲשֶׁר עָשִׂיתָ עַל הַמִּזְבַּח בְּבֵית אֵל״, וְכִי מַה טִיבוֹ שֶׁל יֹאשִׁיָּהוּ עַל הַמִּזְבֵּחַ בְּבֵית אֵל? אֶלָּא מְלַמֵּד שֶׁיֹּאשִׁיָּהוּ מָלַךְ עֲלֵיהֶן. רַב נַחְמָן אָמַר, מֵהָכָא: ״גַּם יְהוּדָה שָׁת קָצִיר לָךְ בְּשׁוּבִי שְׁבוּת עַמִּי״.

et Yochiyahou fils d'Amon régna sur elles, ainsi qu'il est écrit : « Il dit : quel est ce monument que je vois ? Les gens de la ville lui dirent : c'est le tombeau de l'homme de D.ieu qui vint de Yehouda et qui proclama ces choses que tu as faites sur l'autel de Beth-El » (II Melakhim 23,17).

Or quel rapport Yochiyahou avait-il avec l'autel de Beth-El ? Cela enseigne plutôt que Yochiyahou régna sur elles.

Rav Nahman dit : de là : « Toi aussi, Yehouda, une moisson t'est fixée, quand Je ramènerai la captivité de Mon peuple » (Hochea 6,11).

📜 Rachi (3)
וַיֹּאמֶר מָה הַצִּיּוּן הַלָּז בְּיֹאשִׁיָּהוּ כְּתִיב בִּהְיוֹתוֹ בְּבֵית אֵל וְשָׂרַף עַצְמוֹת הַכּוֹמְרִים בְּבֵית אֶל עַל הַמִּזְבֵּחַ שֶׁעָשָׂה יָרָבְעָם:
Il dit : quel est ce monument - il est écrit à propos de Yochiyahou, alors qu'il était à Beth-El et qu'il brûla les ossements des prêtres idolâtres sur l'autel qu'avait fait Yeravam.
מַה טִּיבוֹ בְּבֵית אֵל וַהֲלֹא (מִשֶּׁל) מַלְכֵי יִשְׂרָאֵל הָיָה שֶׁהֲרֵי שָׁם הֶעֱמִיד יָרָבְעָם אֶת הָעֵגֶל:
Quel rapport avait-il avec Beth-El - cela ne relevait-il pas des rois d'Israël ? Car c'est là que Yeravam avait dressé le veau.
שֵׁת קָצִיר עָשָׂה חַיִל וּגְדוּלָּה כְּמוֹ וְעָשָׂה קָצִיר כְּמוֹ נָטַע (אִיּוֹב י״ד:ט׳:):
Chat katsir - il fit force et grandeur, comme dans « et il fera une moisson comme un plant » (Iyov 14,9).
💡 Explication

Le retour des dix tribus demande une confirmation politique : si elles sont rentrées, sous quelle autorité vivaient-elles ? Le verset de II Melakhim montre Yochiyahou, roi de Yehouda, agissant à Beth-El, ville du royaume d'Israël, et prenant des mesures sur l'autel de Yeravam. Rachi souligne l'anomalie : ce territoire relevait des rois d'Israël. L'anomalie se résout si Yochiyahou régnait désormais sur les dix tribus revenues.

Rav Nahman apporte un second appui, tiré de Hochea, où la mention conjointe de Yehouda et du retour de la captivité indique la même réunion.

9
אֶסְתֵּר — דִּכְתִיב: ״וַיְהִי בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי וַתִּלְבַּשׁ אֶסְתֵּר מַלְכוּת״, בִּגְדֵי מַלְכוּת מִיבְּעֵי לֵיהּ! אֶלָּא שֶׁלְּבָשַׁתָּה רוּחַ הַקֹּדֶשׁ, כְּתִיב הָכָא: ״וַתִּלְבַּשׁ״, וּכְתִיב הָתָם: ״וְרוּחַ לָבְשָׁה אֶת עֲמָשַׂי וְגוֹ׳״.

Esther, ainsi qu'il est écrit : « Et il advint le troisième jour qu'Esther revêtit la royauté » (Esther 5,1). Il aurait fallu dire « des vêtements de royauté » !

Cela enseigne plutôt que l'esprit saint (roua'h hakodech) la revêtit : il est écrit ici « elle revêtit », et il est écrit là-bas « et l'esprit revêtit Amassai, etc. » (I Divrei Hayamim 12,19).

💡 Explication

La dernière des sept prophétesses de la liste. La preuve repose sur une irrégularité de langue : le verset dit qu'Esther revêtit « la royauté », alors qu'on revêt des vêtements, non une abstraction.

La lecture se fait par guezera chava, un rapprochement entre deux versets partageant un même terme : le verbe « revêtir » apparaît dans Divrei Hayamim à propos d'un esprit qui revêt Amassai. Le même verbe, employé ici sans complément vestimentaire, désigne donc un revêtement par le roua'h hakodech.

10
אָמַר רַב נַחְמָן: לָא יָאָה יְהִירוּתָא לִנְשֵׁי. תַּרְתֵּי נְשֵׁי יְהִירָן הָוְיָין, וְסַנְיִין שְׁמַייְהוּ: חֲדָא שְׁמָהּ זִיבּוּרְתָּא, וַחֲדָא שְׁמָהּ כַּרְכּוּשְׁתָּא. זִיבּוּרְתָּא כְּתִיב בָּהּ: ״וַתִּשְׁלַח וַתִּקְרָא לְבָרָק״, וְאִילּוּ אִיהִי לָא אֲזַלָה לְגַבֵּיהּ. כַּרְכּוּשְׁתָּא כְּתִיב בָּהּ: ״אִמְרוּ לְאִישׁ״, וְלֹא אָמְרָה ״אִמְרוּ לַמֶּלֶךְ״.

Rav Nahman dit : la morgue ne sied pas aux femmes. Deux femmes furent hautaines, et leurs noms sont répugnants : l'une s'appelait ziboureta (le frelon), et l'autre karkhouchta (la fouine).

De ziboureta il est écrit : « Elle envoya appeler Barak » (Choftim 4,6), alors qu'elle-même n'alla pas auprès de lui. De karkhouchta il est écrit : « Dites à l'homme » (II Melakhim 22,15), et elle ne dit pas « dites au roi ».

📜 Rachi (4)
לֹא נָאֶה יֻוהֲרָא לִנְשֵׁי לֹא נָאֶה חֲשִׁיבוּת לְנָשִׁים:
La morgue ne sied pas aux femmes - la distinction ne sied pas aux femmes.
וְסַנְיִין שְׁמַיְיהוּ שְׁמוֹתֵיהֶן מְאוּסוֹת:
Et leurs noms sont répugnants - leurs noms sont repoussants.
זִיבּוּרְתָּא דְּבוֹרָה:
Ziboureta - Dévora.
כַּרְכּוּשְׁתָּא חֻולְדָּה:
Karkhouchta - Houlda.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַב נַחְמָן: לָא יָאָה יְהִירוּתָא לִנְשֵׁי. קָשֶׁה וְכִי לְאִינָשֵׁי מִי יָאֶה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה אַף עַל גַּב דְּמָצִינוּ דְּחָשׁוּ הַנְּבִיאִים לִכְבוֹד הַנְּבוּאָה לְהַרְאוֹת קְצָת יְהֻורְתָּא, דְּאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּרֵאשִׁית רַבָּה פָּרָשָׁה עא) פִּנְחָס לֹא רָצָה לֵילֵךְ אֵצֶל יִפְתָּח בִּשְׁבִיל כְּבוֹד הַנְּבוּאָה, וְכֵן יְשַׁעְיָה הַנָּבִיא ע"ה לֹא רָצָה לֵילֵךְ אֵצֶל חִזְקִיָּהוּ הַמֶּלֶךְ ע"ה בִּשְׁבִיל כְּבוֹד הַנְּבוּאָה, מִכָּל מָקוֹם לִנְשֵׁי שֶׁהֵם נְבִיאוֹת לָא יָאֵי לְמֶיעְבַּד אֲפִילּוּ הַמִּקְצָת כְּלָל. וּמַה שֶׁקְּרָאָם זִיבְרְתָא וְכַרְכַּשְׁתָּא בְּתַרְגּוּם שֶׁל שְׁמוֹתָם וְלֹא קְרָאָם בִּשְׁמוֹתָם, כִּיוֵּן לְשִׁבְחֵי זִיבְרָתָא 'זִי בְּרַתָּא' הַייְנוּ ז"י מִסְפָּר טוֹב [17] , וְכַרְכַּשְׁתָּא 'כְּרַךְ שַׁתָּא' שֶׁהָיְתָה בְּקִיאָה בַּתּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה, שֶׁהִיא שִׁשָּׁה כְּרַכִּים כְּלוֹמַר שִׁשָּׁה סְדָרִים.
« Rav Nahman dit : la morgue ne sied pas aux femmes. » Difficulté : sied-elle donc aux hommes ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est la suivante : bien que nous trouvions que des prophètes ont tenu à l'honneur de la prophétie au point de montrer un peu de hauteur — nos maîtres ont dit (Berechit Rabba 71) que Pinhas ne voulut pas aller auprès de Yiftah pour l'honneur de la prophétie, et de même le prophète Yechayahou, la paix soit sur lui, ne voulut pas aller auprès du roi Hizkiyahou, la paix soit sur lui, pour l'honneur de la prophétie — il ne convient pas aux femmes qui sont prophétesses d'en faire même une part. Et s'il les a appelées ziboureta et karkhouchta, par la traduction de leurs noms plutôt que par leurs noms mêmes, il visait leur louange : ziboureta, c'est zi barta, car zayin-youd est le nombre de tov, dix-sept ; et karkhouchta, c'est kerakh chita, six volumes, car elle était experte dans la Torah orale, qui compte six volumes, c'est-à-dire les six ordres.
💡 Explication

Rav Nahman lit les noms comme un signe. Dévora signifie le frelon et Houlda la fouine ; deux noms d'animaux repoussants pour deux prophétesses, ce que la guemara relie à une trace de hauteur relevée dans leurs versets.

L'indice est chaque fois une formule : Dévora convoque Barak au lieu de se déplacer, Houlda parle du roi comme de « l'homme ». Le Ben Yehoyada renverse la lecture des noms en les prenant comme des abréviations louangeuses, et précise la portée de la règle : les prophètes hommes se sont autorisé cette réserve pour l'honneur de la prophétie, et cela demeure ferme pour les prophétesses.

🖼️ Schéma
Deux prophétesses, deux noms d'animaux, deux indices Dévora = ziboureta (le frelon) Verset : elle envoya appeler Barak. Indice : elle le convoque au lieu d'aller vers lui. Ben Yehoyada : zi barta - zayin youd vaut dix-sept, tov. Houlda = karkhouchta (la fouine) Verset : dites à l'homme. Indice : elle désigne le roi par le mot l'homme. Ben Yehoyada : kerakh chita - les six ordres de la Torah orale.
Les deux exemples de Rav Nahman, avec la lecture en sens de louange proposée par le Ben Yehoyada.
11
אָמַר רַב נַחְמָן: חֻולְדָּה מִבְּנֵי בָנָיו שֶׁל יְהוֹשֻׁעַ הָיְתָה — כְּתִיב הָכָא: ״בֶּן חַרְחַס״, וּכְתִיב הָתָם: ״בְּתִמְנַת חֶרֶס״.

Rav Nahman dit : Houlda était des descendants de Yehochoua. Il est écrit ici « fils de Harhas » (II Melakhim 22,14), et il est écrit là-bas « à Timnat-Hères » (Choftim 2,9).

📜 Rachi (1)
בֶּן חַרְחַס ואע"ג דִּקְרָא עַל בַּעֲלָהּ קָא מַסְהִיד מִיהוּ בְּמַעֲשֶׂיהָ כְּתִיב:
Ben Harhas - bien que le verset porte témoignage sur son mari, cela est néanmoins écrit à propos de ses actes à elle.
💡 Explication

Nouvelle guezera chava, appuyée sur la proximité de Harhas, nom du grand-père mentionné dans la généalogie de Houlda, et de Hères, élément du nom de la localité où Yehochoua fut enterré.

Rachi prévient une objection : la généalogie du verset concerne Chaloum, le mari de Houlda. Il répond que cette mention figure dans le contexte des actes de Houlda elle-même, ce qui autorise à la lui rapporter.

12
אֵיתִיבֵיהּ רַב עֵינָא סָבָא לְרַב נַחְמָן: שְׁמוֹנָה נְבִיאִים וְהֵם כֹּהֲנִים יָצְאוּ מֵרָחָב הַזּוֹנָה, וְאֵלּוּ הֵן: נֵרִיָּה, בָּרוּךְ, וּשְׂרָיָה, מַחְסֵיָה, יִרְמְיָה, חִלְקִיָּה, חֲנַמְאֵל, וְשָׁלוֹם. רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: אַף חֻולְדָּה הַנְּבִיאָה מִבְּנֵי בָנֶיהָ שֶׁל רָחָב הַזּוֹנָה הָיְתָה. כְּתִיב הָכָא: ״בֶּן תִּקְוָה״, וּכְתִיב הָתָם: ״אֶת תִּקְוַת חוּט הַשָּׁנִי״.

Rav Eina l'Ancien objecta à Rav Nahman : Huit prophètes, et ils étaient cohanim, sortirent de Rahav la prostituée, et les voici : Neria, Baroukh, Seraya, Mahsseya, Yirmeya, Hilkiya, Hanamel et Chaloum. Rabbi Yehouda dit : Houlda la prophétesse aussi était des descendants de Rahav la prostituée.

Il est écrit ici « fils de Tikva », et il est écrit là-bas « ce cordon (tikvat) de fil écarlate » (Yehochoua 2,18).

🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁמוֹנָה נְבִיאִים וְהֵם כֹּהֲנִים יָצְאוּ מֵרָחָב הַזּוֹנָה. נִרְאֶה דִּיהוֹשֻׁעַ לֹא הֵבִיא מִמֶּנָּה אֶלָּא בָּנוֹת, וְלָקְחוּ אֲנָשִׁים מִשִּׁבְטָם כְּדֵי שֶׁלֹּא תִסֹּב נַחֲלָה מִמַּטֶּה לְמַטֶּה, וְהַבָּנוֹת שֶׁל הַבָּנוֹת נָשְׂאוּ אֲנָשִׁים מִזֶּרַע אַהֲרֹן הַכֹּהֵן ע"ה, וְיָצָא מֵהֶם ח' נְבִיאִים שֶׁהֵם כֹּהֲנִים. וְנִרְאֶה לִי בס"ד לִרְמֹוז בְּשֵׁם רָחָב שֶׁהוּא אוֹתִיּוֹת ח' רַב, שֶׁיֵּצֵא מִמֶּנָּה ח' אֲנָשִׁים שֶׁכָּל אֶחָד הוּא רַב בִּנְבוּאָה וּבַתּוֹרָה. וּלְמַאן דְּאָמַר יְחֶזְקֵאל הַנָּבִיא ע"ה הוּא בֶּן יִרְמְיָה הַנָּבִיא ע"ה, וּמַאן דְּאָמַר מַלְאָכִי הוּא עֶזְרָא בֶּן שְׁרִיָּה, לָא סְבִירָא לֵיהּ שֶׁיָּצְאוּ מִמֶּנָּה ח', דִּלְדִידֵיהּ הָווּ טְפֵי מִשְּׁמוֹנָה.
« Huit prophètes, et ils étaient cohanim, sortirent de Rahav la prostituée. » Il apparaît que Yehochoua n'eut d'elle que des filles, et que des hommes de leur tribu les épousèrent afin que l'héritage ne passe pas d'une tribu à une autre ; les filles de ces filles épousèrent des hommes de la descendance d'Aharon le cohen, la paix soit sur lui, et il en sortit huit prophètes qui étaient cohanim. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut y voir une allusion dans le nom de Rahav, dont les lettres forment het rav, huit maîtres : huit hommes sortirent d'elle, chacun étant un maître en prophétie et en Torah. Quant à celui qui dit que le prophète Ye'hezkel, la paix soit sur lui, est le fils du prophète Yirmeyahou, la paix soit sur lui, et à celui qui dit que Malakhi est Ezra fils de Seraya, ils ne tiennent pas qu'il soit sorti d'elle huit prophètes, car selon eux il y en aurait plus de huit.
💡 Explication

Rav Eina oppose à Rav Nahman une baraita qui rattache huit prophètes, tous cohanim, à Rahav. Rabbi Yehouda y ajoute Houlda, au moyen d'une troisième guezera chava : Tikva, le nom du père mentionné dans sa généalogie, et tikvat, le cordon écarlate que Rahav suspendit à sa fenêtre pour être épargnée lors de la prise de Yeriho.

La difficulté est généalogique. Un même personnage ne peut descendre de deux lignées sans lien, et Rav Nahman vient de rattacher Houlda à Yehochoua.

13
אֲמַר לֵיהּ: עֵינָא סָבָא, וְאָמְרִי לָהּ: פַּתְיָא אֻוכָּמָא, מִינִּי וּמִינָּךְ תִּסְתַּייֵּם שְׁמַעְתָּא: דְּאִיגַּייְּרָא וַנִּסְּבָה יְהוֹשֻׁעַ. וּמִי הֲווֹ לֵיהּ זַרְעָא לִיהוֹשֻׁעַ? וְהָכְתִיב: ״נוֹן בְּנוֹ יְהוֹשֻׁעַ בְּנוֹ״! בְּנֵי לָא הֲווֹ לֵיהּ, בְּנָתָא הָווּ לֵיהּ.

Il lui dit : Eina l'Ancien — et il y a qui disent : marmite noircie — de moi et de toi la chose se conclura : elle s'est convertie et Yehochoua l'a épousée. Et Yehochoua a-t-il eu une descendance ?

N'est-il pas écrit : « Noun son fils, Yehochoua son fils » (I Divrei Hayamim 7,27) ! Des fils, il n'en eut pas ; des filles, il en eut.

📜 Rachi (2)
אֲמַר לֵיהּ עֵינָא סָבָא מִינִּי וּמִינָּךְ תִּסְתַּייֵּם שְׁמַעְתָּא כְּלוֹמַר עַל יְדֵי וְעַל יָדְךָ תִּתְפָּרֵשׁ אֲמִיתּוֹ שֶׁל דָּבָר הָא וְהָא הֲוַאי:
Il lui dit : Eina l'Ancien, de moi et de toi la chose se conclura - c'est-à-dire : par moi et par toi la vérité de la chose s'expliquera, l'une et l'autre ayant eu lieu.
נוֹן בְּנוֹ יְהוֹשֻׁעַ בְּנוֹ אֶת שֵׁבֶט אֶפְרַיִם מְייַחֵס הַכָּתוּב עַד יְהוֹשֻׁעַ וּמִיְּהוֹשֻׁעַ לְמַטָּה לֹא יִיחֵס אִישׁ:
Noun son fils, Yehochoua son fils - l'Écriture rattache la tribu d'Efraim jusqu'à Yehochoua ; à partir de Yehochoua vers le bas, elle ne rattache personne.
🗂️ Tossefot (1)
דְּאִיגַּיְּירָה וַנִּסְּבָה יְהוֹשֻׁעַ קַשְׁיָא הֵיאַךְ נָסְבָה הָא אָמְרִי' פ' הֶעָרֵל (יְבָמוֹת דַּף עו. וְשָׁם) דַּאֲפִילּוּ בְּגֵירוּתָן לֵית לְהוּ חַתְנוּת וְצָרִיךְ לוֹמַר שֶׁלֹּא הָיְתָה מִשִּׁבְעָה עֲמָמִין אֶלָּא מִשְּׁאָר עֲמָמִין וּבָאת לָגוּר שָׁם וְיֵשׁ מְפָרְשִׁים שֶׁרָצוּ לוֹמַר שֶׁלֹּא הֻוזְהֲרוּ עַל לָאו דְּלָא תִּתְחַתֵּן עַד לְאַחַר שֶׁנִּכְנְסוּ לָאָרֶץ וְזֶה אֵינוֹ דְּאָמְרִי' בַּמִּדְרָשׁ דִּנְתִינִים בָּאוּ לְהִתְגַּיֵּיר בִּימֵי מֹשֶׁה כְּמוֹ בִּימֵי יְהוֹשֻׁעַ וְאַף עַל פִּי כֵן לֹא הֻותְּרוּ לָבֹא בַּקָּהָל אֶלָּא הָיוּ חֹוטְבֵי עֵצִים וְשֹׁואֲבֵי מַיִם אַלְמָא דְּקֹודֶם שֶׁעָבְרוּ אֶת הַיַּרְדֵּן וְנִכְנְסוּ לָאָרֶץ הֻוזְהֲרוּ עֲלֵיהֶם:
Elle s'est convertie et Yehochoua l'a épousée - Difficulté : comment l'a-t-il épousée ? Nous disons au chapitre Haarel (Yevamot 76a) que même après leur conversion il n'y a pas d'alliance matrimoniale avec eux. Il faut donc dire qu'elle n'était pas des sept nations mais des autres nations, et qu'elle était venue résider là. Et certains expliquent qu'ils ont voulu dire qu'on ne fut averti sur l'interdit de « tu ne t'allieras pas avec eux » qu'après l'entrée en terre d'Israël ; mais cela ne tient pas, car nous disons dans le midrach que les netinim vinrent se convertir aux jours de Moche comme aux jours de Yehochoua, et malgré cela ils ne furent pas autorisés à entrer dans l'assemblée : ils furent coupeurs de bois et puiseurs d'eau. On voit donc qu'avant même de traverser le Yarden et d'entrer en terre d'Israël, on avait été averti à leur sujet.
🪔 Ben Yehoyada (2)
מִינִּי וּמִינָּךְ תִּסְתַּיֵּם שְׁמַעְתָּא דְּאִיגַּייַּרָא וְנַסְבַהּ יְהוֹשֻׁעַ. הִנֵּה מְפֹורָשׁ בְּשַׁעַר הַגִּלְגּוּלִים (דַּף מה:) כִּי לְעוֹצֵם גְּדֻולַּת נִשְׁמָתָהּ הָיְתָה רְאוּיָה לִיהוֹשֻׁעַ עַייֵּן שָׁם. וְנִרְאֶה לִי הוֹאִיל וְהָיְתָה גִּיּוֹרֶת וְכָל נַפְשׁוֹת הַגֵּרִים הֵם בְּסוֹד הַמַּלְכוּת, לְכָךְ נְשָׂאָהּ יְהוֹשֻׁעַ שֶׁהוּא סוֹד הַמַּלְכוּת, כִּי פְּנֵי יְהוֹשֻׁעַ כִּפְנֵי לְבָנָה.
« De moi et de toi la chose se conclura : elle s'est convertie et Yehochoua l'a épousée. » Il est expliqué dans le Chaar HaGuilgoulim (page 45b) que, par l'immensité de la grandeur de son âme, elle était digne de Yehochoua ; voir là-bas. Et il me semble que, puisqu'elle était une convertie et que toutes les âmes des convertis relèvent du sod, du secret de la malkhout, Yehochoua l'a épousée, lui qui est le sod de la malkhout, car le visage de Yehochoua était comme le visage de la lune.
בְּנֵי לָא הֲווֹ לֵיהּ, בְּנָתָן הָווּ לֵיהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם לְהוֹרוֹת כִּי פְּנֵי יְהוֹשֻׁעַ כִּפְנֵי לְבָנָה (בָּבָא בָּתְרָא עה.) שֶׁהִיא נֻוקְבָּא, אֲבָל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁהוּא סוֹד חַמָּה לֹא הוֹלִיד אֶלָּא שְׁנֵי בָּנִים זְכָרִים דַּוְקָא. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד הַטַּעַם דְּלָא הָווּ לֵיהּ אֶלָּא רַק בָּנוֹת, לְהוֹרוֹת כִּי בְּיָמָיו הָיָה לְיִשְׂרָאֵל בָּעוֹלָם הַזֶּה דִּין בַּת דְּאִית לָהּ עִישּׂוּר נִכְסֵי בִּלְבַד, לְכָךְ לֹא יָרְשׁוּ בְּיָמָיו אֶלָּא רַק שִׁבְעָה עֲמָמִין, שֶׁהֵם עִישּׂוּר מִן שִׁבְעִים אֻומּוֹת, אֲבָל לֶעָתִיד יִהְיֶה לָהֶם דִּין בֵּן שֶׁיּוֹרֵשׁ הַכֹּל. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁכָּתוּב בְּחוֹמַת אֲנָךְ בְּשֵׁם מהרח"ו [מוֹרֵנוּ הָרַב רַבִּי חַיִּים וִיטַאל] זַ"ל, דְּרָחָב הָיְתָה גִּלְגּוּל אֵשֶׁת פּוֹטִיפַר, וִיהוֹשֻׁעַ הָיָה גִּלְגּוּל יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה וּלְקָחָהּ לְאִשָּׁה, וְכָתַב שָׁם שֶׁבָּזֶה נִיחָא מַאֲמַר רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (בְּרֵאשִׁית רַבָּה פה, ב) שֶׁאָמְרָה לְיוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה שֶׁהִיא רוֹאָה בְּאִצְטַגְנִינוּת שֶׁלָּהּ שֶׁהוּא נִזְקַק לָהּ וּבֶאֱמֶת רָאֲתָה עַל גִּלְגּוּל הַשֵּׁנִי וְלֹא יָדְעָה, עַד כָּאן דְּבָרָיו יְעֻויַּן שָׁם, וְיָדוּעַ שֶׁיּוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה לֹא הוֹלִיד בָּנוֹת וּלְכָךְ יְהוֹשֻׁעַ שֶׁהָיָה גִּלְגּוּלוֹ הוֹלִיד בָּנוֹת דַּוְקָא לְהַשְׁלִים מַה שֶׁחָסֵר בָּרִאשׁוֹנָה. וְעַל פִּי זֶה פֵּרַשְׁתִּי בס"ד רֶמֶז הַכְּתוּבִים בִּיהוֹשֻׁעַ (יְהוֹשֻׁעַ ה ,יג) וַיְהִי בִּהְיוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּירִיחוֹ וַיִּשָּׂא עֵינָיו וַיַּרְא וְהִנֵּה אִישׁ עֹמֵד לְנֶגְדּוֹ וְחַרְבּוֹ שְׁלוּפָה בְּיָדוֹ וְכוּ' וַיֹּאמֶר שַׂר צְבָא ה' אֶל יְהוֹשֻׁעַ שַׁל נַעַלְךָ מֵעַל רַגְלֶךָ כִּי הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אַתָּה עֹמֵד עָלָיו קֹדֶשׁ הוּא וַיַּעַשׂ יְהוֹשֻׁעַ כֵּן, וְנִרְאֶה שֶׁרָמַז לוֹ הַמַּלְאָךְ דָּבָר אֶחָד לְפִי דַּרְכּוֹ בְּעִנְיַן נִשּׂוּאֵי רָחָב, שֶׁהָיְתָה גִּלְגּוּל אֵשֶׁת פּוֹטִיפַר, וְהוּא הָיָה גִּלְגּוּל יוֹסֵף הַצַּדִּיק ע"ה, וּבַגִּלְגּוּל הַקּוֹדֵם הוּא נָעַל הַפֶּתַח בְּפָנֶיהָ שֶׁלֹּא רָצָה לְהִזָּקֵק לָהּ, וּבָא לִרְמֹוז לוֹ עַתָּה לֹא יִנְעֹול בְּפָנֶיהָ אֶלָּא יִשָּׂאֶנָּה, כִּי אַדְמַת קֹודֶשׁ הִיא בְּגִלְגּוּל זֶה. וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר וַיְהִי בִּהְיוֹת יְהוֹשֻׁעַ בִּירִיחוֹ שֶׁשָּׁם יוֹשֶׁבֶת רָחָב, וַיִּשָּׂא עֵינָיו וְכוּ' וְחַרְבּוֹ שְׁלוּפָה בְּיָדוֹ , רָמַז לוֹ בַּחֶרֶב עַל 'רָחָב' שֶׁהִיא בְּהִפּוּךְ אֲתַאן 'חֶרֶב' וְהֶרְאָהוּ שְׁלוּפָה בְּיָדוֹ, רָמַז לוֹ שֶׁעַתָּה נִשְׁלְפָה מִכּוֹחוֹת הַטֻּומְאָה וְנִטְהֲרָה, וְאָמַר לוֹ שַׁל נַעַלְךָ מֵעַל רַגְלֶךָ פֵּירוּשׁ אֵבֶר הַתַּשְׁמִישׁ מְכוֹנָה בְּשֵׁם 'רֶגֶל' וּכְמוֹ שֶׁכָּתַב רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל בַּפָּסוּק (שְׁמוּאֵל ב' יא, ח) 'רֵד לְבֵיתְךָ וְרָחַץ רַגְלֶיךָ' וְאָמַר לוֹ מִקֹּודֶם נָעַלְתָּ וְגָדַרְתָּ כְּנֶגֶד אֵבֶר הַתַּשְׁמִישׁ לְבִלְתִּי תָּבֹא עַל אֵשֶׁת פּוֹטִיפַר, אַךְ עַתָּה בְּגִלְגּוּל זֶה תָּסִיר אוֹתוֹ הַמַּנְעוּל שֶׁעָשִׂיתָ, וַתִּפְתַּח הַפֶּתַח כְּנֶגֶד אֵבֶר הַתַּשְׁמִישׁ וְקָרַב אֵלֶיהָ, יַעַן כִּי עַתָּה זֶה הַמָּקוֹם אֲשֶׁר אַתָּה עֹמֵד עָלָיו בְּזִוּוּג אַדְמַת קֹדֶשׁ הוּא , שֶׁנִּטְהֲרָה וְנִזְדַּכְּכָה מִן הַסִּיגִים, וַיַּעַשׂ יְהוֹשֻׁעַ כֵּן שֶׁלְּקָחָהּ לוֹ לְאִשָּׁה.
« Des fils, il n'en eut pas ; des filles, il en eut. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la raison en est d'enseigner que le visage de Yehochoua était comme le visage de la lune (Baba Batra 75a), qui est noukva, le féminin ; tandis que Moche notre maître, la paix soit sur lui, qui est le sod du soleil, n'engendra que deux fils, des mâles exclusivement. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, que la raison pour laquelle il n'eut que des filles est d'enseigner qu'à son époque Israël avait, en ce monde, le statut d'une fille, qui n'a droit qu'au dixième des biens : c'est pourquoi ils n'héritèrent de son temps que des sept nations, qui sont le dixième des soixante-dix nations ; mais dans l'avenir ils auront le statut d'un fils, qui hérite de tout. Et il me semble encore, avec l'aide du Ciel, d'après ce qui est écrit dans le Homat Anakh au nom de notre maître Rabbi Haim Vital, de mémoire bénie, que Rahav était le guilgoul, la transmigration, de la femme de Potifar, et que Yehochoua était le guilgoul de Yossef le juste, la paix soit sur lui, et il la prit pour femme. Il écrit là que par cela s'éclaire la parole de nos maîtres (Berechit Rabba 85,2) selon laquelle elle dit à Yossef le juste qu'elle voyait dans son astrologie qu'il s'unirait à elle : en vérité elle voyait le second guilgoul, sans le savoir ; fin de ses paroles, voir là-bas. Et l'on sait que Yossef le juste n'engendra pas de filles ; c'est pourquoi Yehochoua, qui était son guilgoul, n'engendra que des filles, afin de compléter ce qui avait manqué la première fois. D'après cela, j'ai expliqué avec l'aide du Ciel l'allusion des versets dans Yehochoua (5,13) : « Et il advint, comme Yehochoua était à Yeriho, qu'il leva les yeux et vit, et voici un homme se tenait devant lui, son épée dégainée à la main, etc. Et le chef de l'armée de Hachem dit à Yehochoua : ôte ta chaussure de ton pied, car le lieu sur lequel tu te tiens est saint. Et Yehochoua fit ainsi. » Il apparaît que l'ange lui fit allusion, à sa manière, à une chose touchant le mariage de Rahav, qui était le guilgoul de la femme de Potifar, lui-même étant le guilgoul de Yossef le juste, la paix soit sur lui : dans le guilgoul précédent il lui avait fermé la porte au visage, refusant de s'unir à elle, et l'ange venait maintenant lui faire signe de ne plus la lui fermer mais de l'épouser, car en ce guilgoul c'est une terre sainte. Et c'est ce qui est dit : « Et il advint, comme Yehochoua était à Yeriho », là où résidait Rahav ; « il leva les yeux, etc., son épée dégainée à la main » : il lui fit allusion, par le mot herev, l'épée, à Rahav, qui en est l'inversion des lettres, et il la lui montra dégainée, pour lui faire signe qu'elle venait d'être arrachée aux forces de l'impureté et purifiée. Et il lui dit « ôte ta chaussure de ton pied » : l'organe de l'union est désigné par le mot pied, comme l'écrit notre maître le Ari, de mémoire bénie, sur le verset « descends dans ta maison et lave tes pieds » (II Chmouel 11,8) ; il lui dit donc : autrefois tu as fermé et barré l'organe de l'union pour ne pas venir sur la femme de Potifar, mais maintenant, dans ce guilgoul, tu ôteras ce verrou que tu avais posé, tu ouvriras la porte et tu t'approcheras d'elle, car maintenant « le lieu sur lequel tu te tiens » dans cette union « est une terre sainte », puisqu'elle a été purifiée et affinée de ses scories. « Et Yehochoua fit ainsi » : il la prit pour femme.
💡 Explication

Rav Nahman accueille l'objection comme un complément. La formule mini ouminakh tistayem chemaata, de moi et de toi la chose se conclura, indique que les deux traditions sont vraies ensemble : Rahav s'est convertie et a épouse Yehochoua, de sorte que Houlda descend des deux. L'appellation patya oukhma, marmite noircie, est un terme d'affection pour le compagnon d'étude noirci par le labeur de la Torah.

Une dernière difficulté reste : la généalogie d'Efraim s'arrête à Yehochoua, ce qui suggère l'absence de postérité. La réponse distingue fils et filles, l'Écriture ne rattachant que les fils.

Tossefot soulève le problème halakhique du mariage lui-même, l'interdit de lo titthaten bam valant, selon Yevamot 76a, même après conversion pour les sept nations. Il conclut que Rahav venait des autres nations et résidait à Yeriho.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).