Sougya : Le folio achève le dialogue d'Avigail et de David commencé en 14a. David tient Naval pour un rebelle contre la royauté, donc justiciable sans les égards ordinaires ; Avigail lui oppose que Chaoul est encore vivant et que sa royauté à lui n'est pas encore connue dans le monde.
David la bénit de l'avoir retenu de venir badamim, au pluriel, et la guemara lit dans ce pluriel deux dangers écartés le même jour. La dernière parole d'Avigail, où elle demande à David de se souvenir d'elle, donne lieu à deux dictons populaires rapportés par Rav Nahman.
La suite reprend la liste des sept prophétesses de 14a et traite de Houlda. Trois questions sont posées : comment prophétisait-elle du vivant de Yirmeyahou, pourquoi Yochiyahou l'a consultée plutôt que lui, et que faisait Yirmeyahou pendant ce temps.
Rabbi Yo'hanan répond qu'il était parti ramener les dix tribus, ce qu'il établit à partir d'un verset de Ye'hezkel sur le yovel. Vient ensuite Esther, dont le verset elle revêtit la royauté est lu par guezera chava comme le revêtement du roua'h hakodech.
Le folio se clôt sur la généalogie de Houlda : Rav Nahman la rattache à Yehochoua, une baraita et Rabbi Yehouda la rattachent à Rahav ; la conclusion joint les deux traditions, Rahav s'étant convertie et ayant épouse Yehochoua, qui n'eut que des filles.
« C'est un rebelle contre la royauté (mored bemalkhout), et il n'y a pas besoin de le juger. » Elle lui dit : Chaoul est encore vivant, et ta marque (tivakh, ton renom de roi) n'est pas encore sortie dans le monde. Il lui dit : « Bénie soit ta raison, et bénie sois-tu, toi qui m'as retenu en ce jour de venir dans les sangs (badamim) » (I Chmouel 25,33).
La suite directe de 14a. David justifie son expédition punitive contre Naval par un statut particulier : mored bemalkhout, le rebelle contre la royauté, que le roi peut mettre à mort en dehors de la procédure ordinaire des jugements capitaux. Avigail ne conteste pas la règle : elle conteste que David en soit déjà le titulaire. Chaoul règne encore en fait, et la royauté de David, reçue de Chmouel, reste inconnue du public — son tiva, sa marque ou son sceau, n'est pas sortie dans le monde.
David accepte l'argument et la bénit. Rachi décompose le pluriel du mot damim employé dans sa bénédiction : le sang de nida et l'effusion de sang. La guemara exploitera ce pluriel au segment suivant.
Tossefot mène ici une longue discussion de fond : si le rebelle échappe à toute procédure, plusieurs passages du Talmud deviennent incompréhensibles. Sa réponse restreint la dispense : le rebelle est bien jugé, mais le tribunal peut conclure à la condamnation le jour même, sans attendre le lendemain.
« Damim », au pluriel, indique deux ! Cela enseigne plutôt qu'elle découvrit sa cuisse et qu'il marcha à sa lumière trois parsaot.
Il lui dit : Écoute-moi ! Elle lui dit : « Que ceci ne soit pas pour toi un achoppement (pouka) » (I Chmouel 25,31).
« Ceci » : on en déduit qu'il y en a un autre. Et lequel ?
L'affaire de Bat-Chéva. Et la conclusion fut ainsi.
Le pluriel damim sert de point d'appui. Un seul danger de sang aurait suffi à expliquer la bénédiction ; le pluriel en demande deux, donc un second événement s'est produit au cours de cette même rencontre. La guemara le trouve dans le trouble de David face à Avigail.
La réponse d'Avigail contient un mot de trop : zot, ceci. Le démonstratif implique un terme de comparaison — un autre achoppement, celui-là non écarté. La guemara l'identifie à l'affaire de Bat-Chéva, et note que la suite de l'histoire lui a donné raison : c'est la preuve qu'Avigail figure à bon droit dans la liste des sept prophétesses de 14a.
Tossefot se heurte à la lettre du récit et propose une lecture sobre du mot le-orah : la lumière désigne l'ardeur du désir plutôt qu'un éclat physique. Le Ben Yehoyada retient au contraire le sens littéral d'une lumière, en l'attribuant à une intervention du satan destinée à faire trébucher David.
« Et l'âme de mon seigneur sera liée dans le faisceau des vivants » (I Chmouel 25,29). Lorsqu'elle prit congé de lui, elle lui dit : « Et quand Hachem aura fait du bien à mon seigneur, tu te souviendras de ta servante » (I Chmouel 25,31).
La guemara rapproche deux paroles d'Avigail prises dans le même discours. La première est une bénédiction pour David ; la seconde, prononcée au moment de le quitter, lui demande de se souvenir d'elle une fois sa situation rétablie. Le segment suivant tire la leçon de cette juxtaposition.
Rav Nahman dit : c'est ce que disent les gens : « La femme, tout en parlant, file sa quenouille. » Il y a qui disent : « L'oison avance la tête baissée, et ses yeux scrutent au loin. »
Deux dictons populaires araméens rendent compte de la même observation. Avigail est venue sauver Naval, et dans le mouvement même de ce plaidoyer elle prépare la suite. La quenouille tourne pendant la conversation ; l'oison garde la tête basse et l'œil au loin.
Rachi précise ce que la guemara vise : la demande « tu te souviendras de ta servante » se comprend comme une allusion à un mariage futur. Le récit biblique lui donne raison, David ayant épouse Avigail après la mort de Naval.
Houlda, ainsi qu'il est écrit : « Hilkiyahou le cohen, Ahikam, Akhbor, etc. allèrent » [auprès de Houlda la prophétesse] (II Melakhim 22,14). Et là où se tenait Yirmeyahou, comment prophétisait-elle ?
On dit dans la maison de Rav, au nom de Rav : Houlda était parente de Yirmeyahou, et il ne s'en formalisait pas.
La guemara reprend ici la liste des sept prophétesses ouverte en 14a et arrive à Houlda. Le verset sur lequel elle s'appuie est la délégation envoyée par le roi Yochiyahou après la découverte du sefer Torah dans le Temple.
La difficulté tient à la chronologie, que Rachi détaille : Yirmeyahou prophétise depuis la treizième année de Yochiyahou, et le livre est trouvé la dix-huitième. Les deux prophètes sont donc contemporains, et l'usage veut qu'on s'abstienne d'un acte de prophétie devant un maître. La réponse de Rav est de l'ordre des relations personnelles : la parenté dispensait de la déférence.
Et Yochiyahou lui-même, comment a-t-il laissé Yirmeyahou pour envoyer auprès d'elle ? On dit dans la maison de Rabbi Chila : parce que les femmes sont miséricordieuses.
La question porte cette fois sur le roi. Même si Houlda avait le droit de prophétiser, la déférence voudrait qu'on interroge le plus grand. La réponse de la maison de Rabbi Chila relève du calcul : Yochiyahou attend une réponse sur le sort du peuple, et il espère une parole moins dure.
Le Ben Yehoyada lève l'objection évidente — le prophète transmet ce qu'il reçoit, sans marge — en déplaçant la miséricorde du contenu de la prophétie vers ce que la prophétesse fait ensuite : prier et étudier pour annuler le décret.
Rabbi Yo'hanan dit : Yirmeyahou n'était pas là, car il était allé ramener les dix tribus. Et d'où savons-nous qu'il les a ramenées ?
De ce qu'il est écrit : « Car le vendeur ne reviendra pas à ce qu'il a vendu » (Ye'hezkel 7,13). Est-il possible que le yovel (jubilé) fût déjà annulé, et qu'un prophète prophétise à son sujet qu'il sera annulé ?
Cela enseigne plutôt que Yirmeyahou les a ramenées,
Rabbi Yo'hanan écarte les deux réponses précédentes par un fait : Yirmeyahou était absent. Reste à l'établir, et la preuve passe par le yovel.
Le yovel ne s'applique que lorsque « tous ses habitants » sont sur leur terre, donc tant que les douze tribus occupent leur territoire. L'exil des dix tribus, aux jours de Hizkiyahou, l'a donc suspendu. Or Ye'hezkel, bien plus tard, annonce son annulation au futur. Une annulation ne peut porter que sur une institution en vigueur : le yovel comptait donc encore à son époque, ce qui suppose le retour des tribus.
Rachi date ce retour de la dix-huitième année de Yochiyahou, l'année même de la découverte du livre, et précise que le compte repris n'eut le temps d'aligner que des chemitot avant la destruction du Temple.
et Yochiyahou fils d'Amon régna sur elles, ainsi qu'il est écrit : « Il dit : quel est ce monument que je vois ? Les gens de la ville lui dirent : c'est le tombeau de l'homme de D.ieu qui vint de Yehouda et qui proclama ces choses que tu as faites sur l'autel de Beth-El » (II Melakhim 23,17).
Or quel rapport Yochiyahou avait-il avec l'autel de Beth-El ? Cela enseigne plutôt que Yochiyahou régna sur elles.
Rav Nahman dit : de là : « Toi aussi, Yehouda, une moisson t'est fixée, quand Je ramènerai la captivité de Mon peuple » (Hochea 6,11).
Le retour des dix tribus demande une confirmation politique : si elles sont rentrées, sous quelle autorité vivaient-elles ? Le verset de II Melakhim montre Yochiyahou, roi de Yehouda, agissant à Beth-El, ville du royaume d'Israël, et prenant des mesures sur l'autel de Yeravam. Rachi souligne l'anomalie : ce territoire relevait des rois d'Israël. L'anomalie se résout si Yochiyahou régnait désormais sur les dix tribus revenues.
Rav Nahman apporte un second appui, tiré de Hochea, où la mention conjointe de Yehouda et du retour de la captivité indique la même réunion.
Esther, ainsi qu'il est écrit : « Et il advint le troisième jour qu'Esther revêtit la royauté » (Esther 5,1). Il aurait fallu dire « des vêtements de royauté » !
Cela enseigne plutôt que l'esprit saint (roua'h hakodech) la revêtit : il est écrit ici « elle revêtit », et il est écrit là-bas « et l'esprit revêtit Amassai, etc. » (I Divrei Hayamim 12,19).
La dernière des sept prophétesses de la liste. La preuve repose sur une irrégularité de langue : le verset dit qu'Esther revêtit « la royauté », alors qu'on revêt des vêtements, non une abstraction.
La lecture se fait par guezera chava, un rapprochement entre deux versets partageant un même terme : le verbe « revêtir » apparaît dans Divrei Hayamim à propos d'un esprit qui revêt Amassai. Le même verbe, employé ici sans complément vestimentaire, désigne donc un revêtement par le roua'h hakodech.
Rav Nahman dit : la morgue ne sied pas aux femmes. Deux femmes furent hautaines, et leurs noms sont répugnants : l'une s'appelait ziboureta (le frelon), et l'autre karkhouchta (la fouine).
De ziboureta il est écrit : « Elle envoya appeler Barak » (Choftim 4,6), alors qu'elle-même n'alla pas auprès de lui. De karkhouchta il est écrit : « Dites à l'homme » (II Melakhim 22,15), et elle ne dit pas « dites au roi ».
Rav Nahman lit les noms comme un signe. Dévora signifie le frelon et Houlda la fouine ; deux noms d'animaux repoussants pour deux prophétesses, ce que la guemara relie à une trace de hauteur relevée dans leurs versets.
L'indice est chaque fois une formule : Dévora convoque Barak au lieu de se déplacer, Houlda parle du roi comme de « l'homme ». Le Ben Yehoyada renverse la lecture des noms en les prenant comme des abréviations louangeuses, et précise la portée de la règle : les prophètes hommes se sont autorisé cette réserve pour l'honneur de la prophétie, et cela demeure ferme pour les prophétesses.
Rav Nahman dit : Houlda était des descendants de Yehochoua. Il est écrit ici « fils de Harhas » (II Melakhim 22,14), et il est écrit là-bas « à Timnat-Hères » (Choftim 2,9).
Nouvelle guezera chava, appuyée sur la proximité de Harhas, nom du grand-père mentionné dans la généalogie de Houlda, et de Hères, élément du nom de la localité où Yehochoua fut enterré.
Rachi prévient une objection : la généalogie du verset concerne Chaloum, le mari de Houlda. Il répond que cette mention figure dans le contexte des actes de Houlda elle-même, ce qui autorise à la lui rapporter.
Rav Eina l'Ancien objecta à Rav Nahman : Huit prophètes, et ils étaient cohanim, sortirent de Rahav la prostituée, et les voici : Neria, Baroukh, Seraya, Mahsseya, Yirmeya, Hilkiya, Hanamel et Chaloum. Rabbi Yehouda dit : Houlda la prophétesse aussi était des descendants de Rahav la prostituée.
Il est écrit ici « fils de Tikva », et il est écrit là-bas « ce cordon (tikvat) de fil écarlate » (Yehochoua 2,18).
Rav Eina oppose à Rav Nahman une baraita qui rattache huit prophètes, tous cohanim, à Rahav. Rabbi Yehouda y ajoute Houlda, au moyen d'une troisième guezera chava : Tikva, le nom du père mentionné dans sa généalogie, et tikvat, le cordon écarlate que Rahav suspendit à sa fenêtre pour être épargnée lors de la prise de Yeriho.
La difficulté est généalogique. Un même personnage ne peut descendre de deux lignées sans lien, et Rav Nahman vient de rattacher Houlda à Yehochoua.
Il lui dit : Eina l'Ancien — et il y a qui disent : marmite noircie — de moi et de toi la chose se conclura : elle s'est convertie et Yehochoua l'a épousée. Et Yehochoua a-t-il eu une descendance ?
N'est-il pas écrit : « Noun son fils, Yehochoua son fils » (I Divrei Hayamim 7,27) ! Des fils, il n'en eut pas ; des filles, il en eut.
Rav Nahman accueille l'objection comme un complément. La formule mini ouminakh tistayem chemaata, de moi et de toi la chose se conclura, indique que les deux traditions sont vraies ensemble : Rahav s'est convertie et a épouse Yehochoua, de sorte que Houlda descend des deux. L'appellation patya oukhma, marmite noircie, est un terme d'affection pour le compagnon d'étude noirci par le labeur de la Torah.
Une dernière difficulté reste : la généalogie d'Efraim s'arrête à Yehochoua, ce qui suggère l'absence de postérité. La réponse distingue fils et filles, l'Écriture ne rattachant que les fils.
Tossefot soulève le problème halakhique du mariage lui-même, l'interdit de lo titthaten bam valant, selon Yevamot 76a, même après conversion pour les sept nations. Il conclut que Rahav venait des autres nations et résidait à Yeriho.
Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).