Megillah 15a — Ce que le nom d'un prophète révèle, l'identité de Malakhi, et la lecture des versets d'Esther depuis le cri de Mordekhai jusqu'à la série de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Hanina

Megillah 15a

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin du compte des prophètes : puisque les pères figurent eux aussi dans la liste, la Guemara demande d'où l'on sait qu'ils étaient prophètes, et répond par la règle d'Oula, qui lit la manière dont l'Écriture nomme un prophète comme une information sur son père et sur sa ville ; une baraita étend le procédé à la justice et à la méchanceté héritées. Vient ensuite l'identité de Malakhi : Rav Nahman l'identifie à Mordekhai, ce que la baraita des prophètes de la deuxième année de Darius réfute, puis une autre baraita l'identifie à Ezra, identification que Rav Nahman soutient par le rapprochement des mariages avec des femmes étrangères.

La Guemara passe alors aux quatre femmes d'une grande beauté et à ce qui, chez chacune, éveillait le désir, avant de revenir aux versets de la meguila : le cri de Mordekhai, le tremblement d'Esther, l'identité de Hatakh, le message qu'elle envoie, la décision d'aller chez le roi de son plein gré et ce qu'elle en conclut pour elle-même. Le folio se termine par une longue série d'enseignements de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Hanina, de l'esprit de sainteté dont Esther se revêt jusqu'à la phrase de Haman sur tout ce qui ne vaut rien pour lui, où le texte s'interrompt au milieu de la formule de Rav Hisda.

Comment l'Écriture nomme un prophète : la règle d'Oula Point de départ : la liste des prophètes comprend aussi les pères. D'où sait-on qu'eux aussi étaient prophètes ? De la manière dont le verset les nomme. Son nom et le nom de son père dans un contexte de prophétie = prophète fils de prophète Son nom sans le nom de son père le père n'est pas mentionné = prophète, mais non fils de prophète Son nom et le nom de sa ville la ville est précisée = il est de cette ville-là Son nom sans le nom de sa ville la ville n'est pas précisée = il est de Yerouchalayim Même procédé dans la baraita, pour la conduite et non plus pour la prophétie Actes de l'homme et de ses pères passés sous silence, et un ancêtre nommé en bien : juste fils de juste. Un ancêtre nommé en mal : méchant fils de méchant.
Qui est Malakhi ? Trois positions et une réfutation Rav Nahman Malakhi, c'est Mordekhai. Motif du nom : il fut michne la-melekh, second du roi. Réfute Rabbi Yehochoua ben Korha Malakhi, c'est Ezra. Rav Nahman : cette position se tient mieux. Les Sages Malakhi était son nom, et non le surnom d'un autre. La réfutation de la première position La baraita compte Baroukh, Seraya, Daniel, Mordekhai Bilchan, Haggai, Zekharia et Malakhi : Mordekhai et Malakhi y figurent séparément. Teyouvta. L'appui de la deuxième position La prophétie de Malakhi dénonce l'homme qui a épouse la fille d'un dieu étranger ; et celui qui a séparé les femmes non juives est Ezra. Un même combat, donc un même homme.
La série de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Hanina, jusqu'à la fin du folio 1. Esther se revêtit de royauté : elle se revêtit de l'esprit de sainteté, par rapprochement avec l'esprit qui revêtit Amassai. 2. La bénédiction d'un homme simple n'est pas légère : Arauna bénit David, Darius bénit Daniel, et les deux bénédictions s'accomplirent. 3. La malédiction d'un homme simple non plus : Avimelekh dit à Sara une couverture des yeux, et les yeux de Yitshak s'obscurcirent. 4. L'homme pose la marmite puis y met l'eau ; en haut l'eau est mise d'abord et les cieux sont posés ensuite. 5. Dire une chose au nom de celui qui l'a dite apporte la délivrance : Esther parla au roi au nom de Mordekhai. 6. Le juste qui se perd est perdu pour sa génération : la perle reste une perle, seul son propriétaire la perd. 7. Tout cela ne vaut rien pour moi : Haman voit Mordekhai assis à la porte du roi. Le folio s'interrompt au milieu de la formule de Rav Hisda, celui-ci vient avec la prétention du riche, et celui-là vient ... ; la suite est en 15b.
1
בִּשְׁלָמָא אִינְהוּ — מִיפָּרְשִׁי, אֶלָּא אֲבָהָתַיְיהוּ מִנָּלַן?

Soit, eux-mêmes, cela est explicite ; mais leurs pères, d'où le savons-nous ?

📜 Rachi (1)
בִּשְׁלָמָא יִרְמְיָה וַחֲנַמְאֵל דִּכְתִיב וַיָּבֹא אֵלַי חֲנַמְאֵל בֶּן דֹּודִי כִּדְבַר ה' (יִרְמְיָהוּ ל״ב:ח׳) בָּרוּךְ וּשְׂרָיָה מָצִינוּ שֶׁהָיוּ תַּלְמִידֵי יִרְמְיָה בָּרוּךְ דִּכְתִיב מִפִּיו יִקְרָא אֵלַי אֵת הַדְּבָרִים הָאֵלֶּה וַאֲנִי כֹּותֵב עַל הַסֵּפֶר בַּדְּיוֹ (יִרְמְיָהוּ ל״ו:י״ח-י״ט) וּשְׂרָיָה בְּתוֹךְ סֵפֶר יִרְמְיָה (נא) הַדָּבָר אֲשֶׁר צִוָּה יִרְמְיָה אֶת שְׁרִיָּה בֶּן מַחְסֵיָה וְגוֹ' וּמָצִינוּ בְּתַלְמִידֵי נְבִיאִים שֶׁהָיוּ נְבִיאִים נָחָה רוּחַ אֵלִיָּהוּ עַל אֱלִישָׁע וִיהוֹשֻׁעַ תַּלְמִיד מֹשֶׁה וּלְקַמָּן תַּנְיָא בַּבָּרַיְיתָא בָּרוּךְ בֶּן נֵרִיָּה וּשְׂרָיָה בֶּן מַחְסֵיָה וְדָנִיֵּאל וּמָרְדְּכַי וְחַגַּי זְכַרְיָה וּמַלְאָכִי כֻּולָּן נִתְנַבְּאוּ בִּשְׁנַת שְׁתַּיִים לְדָרְיָוֶשׁ:
Jérémie et Hanamel, car il est écrit (Jérémie 32,8) : et Hanamel, fils de mon oncle, vint vers moi selon la parole de Hachem. Baroukh et Seraya, nous trouvons qu'ils étaient les disciples de Jérémie : Baroukh, car il est écrit (Jérémie 36,18) : de sa bouche il me dictait toutes ces paroles, et moi je les écrivais sur le livre avec de l'encre ; et Seraya, dans le livre de Jérémie (51) : la parole que Jérémie ordonna à Seraya fils de Mahseya, etc. Et nous trouvons que des disciples de prophètes étaient prophètes : l'esprit d'Eliahou s'est reposé sur Elicha, et Yehochoua fut le disciple de Moche. Plus loin, il est enseigné dans une baraita : Baroukh fils de Neria, Seraya fils de Mahseya, Daniel, Mordekhai, Haggai, Zekharia et Malakhi, tous ont prophétisé en la deuxième année de Darius.
💡 Explication

La question porte sur la liste des descendants de Rahav donnée à la fin du folio précédent. Les fils y sont des prophètes connus, mais la liste nomme aussi les pères, Hilkia, Neria, Chaloum et Mahseya, dont l'Écriture ne dit jamais qu'ils ont prophétisé.

Le mot mipharchei, explicite, désigne ce que le verset dit en toutes lettres ; toute la suite va chercher un indice moins direct, tiré de la manière dont les noms sont donnés.

2
כִּדְעֻולָּא. דְּאָמַר עֻולָּא: כָּל מָקוֹם שֶׁשְּׁמוֹ וְשֵׁם אָבִיו בִּנְבִיאוּת — בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא נָבִיא בֶּן נָבִיא. שְׁמוֹ וְלֹא שֵׁם אָבִיו — בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא נָבִיא וְלֹא בֶּן נָבִיא, שְׁמוֹ וְשֵׁם עִירוֹ מְפֹורָשׁ — בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא מֵאוֹתָהּ הָעִיר, שְׁמוֹ וְלֹא שֵׁם עִירוֹ — בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא מִירוּשָׁלַיִם.

Comme Oula. Car Oula a dit : partout où son nom et le nom de son père figurent dans un contexte de prophétie, on sait qu'il est prophète fils de prophète.

Son nom sans le nom de son père, on sait qu'il est prophète mais non fils de prophète. Son nom et le nom de sa ville précisés, on sait qu'il est de cette ville-là.

Son nom sans le nom de sa ville, on sait qu'il est de Yerouchalayim.

💡 Explication

La réponse ne cherche pas un verset supplémentaire : elle lit la forme même de la mention. Dans un contexte de prophétie, l'Écriture ne nomme le père que lorsqu'il y a quelque chose à en apprendre, et son silence est lui aussi une indication.

La règle vaut donc dans les deux sens, ce qui la rend utilisable : la mention du père prouve qu'il était prophète, son absence prouve qu'il ne l'était pas. Même mécanisme pour la ville, avec Yerouchalayim comme cas par défaut.

3
בְּמַתְנִיתָא תְּנָא: כָּל שֶׁמַּעֲשָׂיו וּמַעֲשֵׂה אֲבוֹתָיו סְתוּמִין, וּפָרַט לְךָ הַכָּתוּב בְּאֶחָד מֵהֶן לְשֶׁבַח, כְּגוֹן: ״דְּבַר ה׳ אֲשֶׁר הָיָה אֶל צְפַנְיָה בֶּן כּוּשִׁי בֶן גְּדַלְיָה״ — בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא צַדִּיק בֶּן צַדִּיק. וְכֹל שֶׁפָּרַט לְךָ הַכָּתוּב בְּאֶחָד מֵהֶן לִגְנַאי, כְּגוֹן: ״וַיְהִי בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי בָּא יִשְׁמָעֵאל בֶּן נְתַנְיָה בֶּן אֱלִישָׁמָע״ — בְּיָדוּעַ שֶׁהוּא רָשָׁע בֶּן רָשָׁע.

Dans une baraita on a enseigné : quiconque, ses actes et les actes de ses pères étant passés sous silence, et l'Écriture ayant précisé pour toi à propos de l'un d'eux une mention de louange, comme (Sophonie 1,1) : parole de Hachem qui fut adressée à Tsefania fils de Kouchi fils de Guedalia, on sait qu'il est juste fils de juste. Et quiconque l'Écriture a précisé pour toi à propos de l'un d'eux une mention de blâme, comme (Jérémie 41,1) : et ce fut au septième mois, Yichmael fils de Netania fils d'Elichama vint, on sait qu'il est méchant fils de méchant.

📜 Rachi (1)
יִשְׁמָעֵאל בֶּן נְתַנְיָה הוּא שֶׁהָרַג אֶת גְּדַלְיָהוּ בֶּן אֲחִיקָם הַצַּדִּיק:
C'est lui qui a tué Guedalia fils d'Ahikam, le juste.
💡 Explication

La baraita applique le procédé d'Oula à un autre domaine : la conduite. La condition est que les actes de l'homme et ceux de ses pères soient setoumim, passés sous silence, de sorte que la generalogie donnée par le verset est le seul renseignement disponible.

Les deux exemples sont symétriques : une lignée citée dans un contexte de prophétie pour Tsefania, une lignée citée dans un contexte de meurtre pour Yichmael.

4
אָמַר רַב נַחְמָן: מַלְאָכִי — זֶה מָרְדְּכַי, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ מַלְאָכִי? שֶׁהָיָה מִשְׁנֶה לַמֶּלֶךְ. מֵיתִיבִי: בָּרוּךְ בֶּן נֵרִיָּה וּשְׂרָיָה בֶּן מַעֲשֵׂיָה, וְדָנִיֵּאל וּמָרְדֳּכַי בִּלְשָׁן וְחַגַּי, זְכַרְיָה וּמַלְאָכִי — כֻּולָּן נִתְנַבְּאוּ בִּשְׁנַת שְׁתַּיִם לְדָרְיָוֶשׁ. תְּיוּבְתָּא.

Rav Nahman a dit : Malakhi, c'est Mordekhai. Et pourquoi son nom fut-il appelé Malakhi ?

Parce qu'il fut second du roi. On objecte : Baroukh fils de Neria, Seraya fils de Maaseya, Daniel, Mordekhai Bilchan, Haggai, Zekharia et Malakhi, tous ont prophétisé en la deuxième année de Darius.

Réfutation.

📜 Rachi (1)
בִּשְׁנַת שְׁתַּיִם לְדָרְיָוֶשׁ הָאַחֲרוֹן נִתְנַבְּאוּ לִבְנֵי הַגּוֹלָה שֶׁיַּחְזְרוּ לְבֵית הַמִּקְדָּשׁ שֶׁנִּתְבַּטְּלָה הַמְּלָאכָה זֶה שְׁמוֹנֶה עֶשְׂרֵה שָׁנָה עַל יְדֵי שֹׁמְרֹונִים מִשֶּׁהִתְחִילוּ בָּהּ בִּימֵי כּוֹרֶשׁ:
Le dernier. Ils ont prophétisé pour les exilés afin qu'ils remontent au Temple, dont le travail avait cessé depuis dix-huit ans du fait des Samaritains, depuis qu'on l'avait commencé aux jours de Cyrus.
💡 Explication

Le nom Malakhi est lu comme un titre : michne la-melekh, second du roi, charge que la fin de la meguila attribue précisément à Mordekhai.

La réfutation est purement textuelle : la baraita énumère les prophètes de la deuxième année de Darius et y place Mordekhai et Malakhi comme deux noms distincts. Le mot teyouvta marque que l'objection est définitive et que la position de Rav Nahman est écartée.

5
תַּנְיָא, אָמַר רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה: מַלְאָכִי זֶה עֶזְרָא, וַחֲכָמִים אוֹמְרִים: מַלְאָכִי שְׁמוֹ. אָמַר רַב נַחְמָן: מִסְתַּבְּרָא כְּמַאן דְּאָמַר מַלְאָכִי זֶה עֶזְרָא, דִּכְתִיב בִּנְבִיאוּת מַלְאָכִי: ״בָּגְדָה יְהוּדָה וְתוֹעֵבָה נֶעֶשְׂתָה בְיִשְׂרָאֵל וּבִירוּשָׁלִָם כִּי חִלֵּל יְהוּדָה קֹדֶשׁ ה׳ אֲשֶׁר אָהֵב וּבָעַל בַּת אֵל נֵכָר״.

Il est enseigné : Rabbi Yehochoua ben Korha a dit : Malakhi, c'est Ezra. Et les Sages disent : Malakhi était son nom.

Rav Nahman a dit : il est raisonnable de suivre celui qui dit que Malakhi c'est Ezra, car il est écrit dans la prophétie de Malakhi (2,11) : Yehouda a trahi, une abomination a été commise en Israël et à Yerouchalayim, car Yehouda a profane le sanctuaire de Hachem qu'Il aime, et il a épouse la fille d'un dieu étranger.

📜 Rachi (1)
בָּגְדָה יְהוּדָה סֵיפֵיהּ דִּקְרָא וּבָעַל בַּת אֵל נֵכָר:
La fin du verset : et il a épouse la fille d'un dieu étranger.
💡 Explication

La première position écartée, la Guemara en présente deux autres. Rav Nahman ne cite pas un verset de preuve mais un rapprochement de contenu : la prophétie de Malakhi porte sur les mariages avec des femmes étrangères.

Rachi précise quelle partie du verset porte l'argument, car le début du verset ne parle encore que de trahison en général.

6
וּמַאן אַפְרֵישׁ נָשִׁים גּוֹיוֹת — עֶזְרָא, דִּכְתִיב: ״וַיַּעַן שְׁכַנְיָה בֶן יְחִיאֵל מִבְּנֵי עֵילָם וַיֹּאמֶר לְעֶזְרָא אֲנַחְנוּ מָעַלְנוּ בֵא-לֹהֵינוּ וַנֹּושֶׁב נָשִׁים נָכְרִיּוֹת״.

Et qui a séparé les femmes non juives ? Ezra, car il est écrit (Ezra 10,2) : Chekhania fils de Yehiel, des fils d'Elam, prit la parole et dit à Ezra : nous avons été infidèles envers notre D.ieu en épousant des femmes étrangères.

💡 Explication

Le rapprochement est complet : la prophétie de Malakhi dénonce le mariage avec la fille d'un dieu étranger, et le livre d'Ezra montre Ezra traitant précisément cette question. Un même combat, donc, pour Rav Nahman, un même homme sous deux noms.

7
תָּנוּ רַבָּנַן: אַרְבַּע נָשִׁים יְפֵיפִיּוֹת הָיוּ בָּעוֹלָם: שָׂרָה (וַאֲבִיגַיִל, רָחָב) וְאֶסְתֵּר, וּלְמַאן דְּאָמַר אֶסְתֵּר יְרַקְרֹוקֶת הָיְתָה — מַפֵּיק אֶסְתֵּר וּמְעַיֵּיל וַשְׁתִּי.

Nos maîtres ont enseigné : quatre femmes d'une grande beauté ont été dans le monde : Sara (et Avigail, Rahav) et Esther. Et selon celui qui dit qu'Esther avait le teint verdâtre, on retire Esther et on introduit Vachti.

🗂️ Tossefot (1)
אַרְבַּע נָשִׁים יְפֵיפִיּוֹת הָיוּ בָּעוֹלָם קָשֶׁה אַמַּאי לָא חֲשִׁיב חַוָּה דְּהָא אָמְרִינַן בְּפֶ' חֶזְקַת הַבָּתִּים (ב"ב דַּף נח.) שָׂרָה לִפְנֵי חַוָּה כְּקוֹף בִּפְנֵי אָדָם וְיֵשׁ לוֹמַר דְּלָא חֲשִׁיב אֶלָּא אוֹתָן הַנּוֹלָדוֹת מֵאִשָּׁה:
C'est difficile : pourquoi ne compte-t-on pas Hava ? Car nous disons au chapitre Hezkat habatim (Baba Batra 58a) que Sara, devant Hava, était comme un singe devant un homme. On peut répondre qu'on ne compte que celles qui sont nées d'une femme.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אַרְבַּע נָשִׁים יְפֵיפִיּוֹת הָיוּ בָּעוֹלָם: שָׂרָה רָחָב וַאֲבִיגַיִל וְאֶסְתֵּר. נִרְאֶה כַּוָּנָתוֹ לְשַׁבְּחָם לְעִנְיַן הַצְּדָקוֹת דְּאַף עַל פִּי שֶׁהָיוּ יְפֵיפִיּוֹת גְּדוֹלוֹת הָיוּ צִדְקָנִיּוֹת. וּלְמַאן דִּמְעַיֵּיל וּשְׁתֵּי בָּא לְהַגִּיד עֹוצֶם הַנִּזְכָּר דְּאַף עַל גַּב דַּוְשָׁתִי הָיְתָה מִן יְפֵיפִיּוֹת שֶׁבָּעוֹלָם, עִם כָּל זֶה נָתַן הקב"ה חֵן לְאֶסְתֵּר יוֹתֵר מִמֶּנָּה. אַךְ קָשֶׁה הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר יָפוֹת וּלְמַאי אָמַר יְפֵיפִיּוֹת? וְנִרְאֶה לִי שֶׁבָּא לִרְמֹוז יֹופִי כָּפוּל בְּתֹואַר וּבְמַרְאֶה, וּכְמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר (בְּרֵאשִׁית כט, יז) 'יְפַת תֹּאַר וִיפַת מַרְאֶה', וְשׁוּב רָאִיתִי בֵּיאוּר זֶה בַּמְפָרְשִׁים זַ"ל. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד נָקֵיט 'יְפֵיפִיּוֹת' יֹופִי כָּפוּל בְּבַחֲרוּתָם וּבְזִקְנוּתָם, שֶׁלֹּא הִכְחִישׁוּ יָופְייָן מִתְּחִלָּה וְעַד סוֹף. וּבָזֶה נִתְרַצָּה קֻושְׁיָא אַחֶרֶת דְּמַקְשִׁין הָעוֹלָם, אַמַּאי לָא חֲשִׁיב יָעֵל וּמִיכַל? וּבָזֶה נִיחָא, דְּכָאן חֲשִׁיב אוֹתָם שֶׁהָיָה לָהֶם יֹופִי כָּפוּל שָׁוֶה בִּזְקֵנָה וּבְבַחֲרוּת, אַךְ יָעֵל וּמִיכַל אַף עַל גַּב דְּהָיוּ יָפוֹת הַרְבֵּה, קִים לְהוּ לְרַבָּנַן דִּבְזִקְנוּתָם נִשְׁתַּנָּה יָופְייָם כְּדֶרֶךְ כָּל הָאָרֶץ, וְלָא הֲוָה בְּהוּ הִפְלֵאת הַטֶּבַע הַזֶּה, שֶׁגַּם בְּזִקְנוּתָם יָופְייָם שָׁוֶה כִּבְבַחֲרוּתָם. וְהִנֵּה הַתּוֹסָפוֹת הִקְשׁוּ אַמַּאי לָא חֲשִׁיב חַוָּה, דְּאָמְרוּ בַּגְּמָרָא דְּבָתְרָא (בָּבָא בָּתְרָא נח.) 'שָׂרָה בִּפְנֵי חַוָּה כְּקוֹף בִּפְנֵי אָדָם'? וְתֵרְצוּ דְּלָא חֲשִׁיב אֶלָּא הַנּוֹלָדוֹת. וְהַגָּאוֹן חִידָ"א זַ"ל בְּשִׂמְחַת הָרֶגֶל בַּפָּסוּק (תְּהִלִּים קיח, כב) 'אֶבֶן מָאֲסוּ הַבּוֹנִים', הֵבִיא תֵּירוּץ אַחֵר דְּאַף עַל גַּב דָּחוּהָ הָיְתָה יָפָה מְאֹד, מִכָּל מָקוֹם אָדָם הָרִאשׁוֹן בַּעֲלָהּ הָיָה יוֹתֵר יָפֶה מִמֶּנָּה וְלֹא נֶחְשָׁב יָופְיָהּ לְגַבֵּי דִּידֵיהּ כְּלוּם יְעֻויַּן שָׁם. וְנִרְאֶה דְּאִשְׁתְּמִיט מִנַּייְהוּ דִּבְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל דְּאָמְרוּ חַוָּה הָיָה יָופְיָהּ יוֹתֵר מֵאָדָם הָרִאשׁוֹן, עַד שֶׁלֹּא הָיָה יָכוֹל לְהִסְתַּכֵּל בִּפְנֵי חַוָּה אִשְׁתּוֹ. וְרַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל נָתַן טַעַם לְדִבְרֵי רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל אֵלּוּ עַל פִּי הַסּוֹד בְּשַׁעַר הַכַּוָּנוֹת דְּרוּשׁ וָא"ו דְּרֹאשׁ הַשָּׁנָה דַּף צ"ו יְעֻויַּן שָׁם. וְיֵשׁ לְהִדָּחֵק וְלוֹמַר דְּהָיָה זֶה קֹודֶם הַחֵטְא, אֲבָל אַחַר הַחֵטְא נִתְמַעֵט יָופְיָהּ מִן יֹופִי אָדָם הָרִאשׁוֹן, וְהָיָה הוּא יָפֶה יוֹתֵר מִמֶּנָּה. וּלְקֻושְׁיַת הַתּוֹסָפוֹת נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר בְּגִיטִּין (גִּיטִּין נט.) מִימוֹת מֹשֶׁה וְעַד רַבִּי לֹא מָצִינוּ תּוֹרָה וּגְדֻולָּה בְּמָקוֹם אֶחָד, וְהָא הֲוָה יְהוֹשֻׁעַ? הֲוָה אֶלְעָזָר! וְהָא הֲוָה אֶלְעָזָר? הֲוָה פִּנְחָס! וְהָא הֲוָה פִּנְחָס? הֲוָה זְקֵנִים! וְהָא הֲוָה שָׁאוּל? הֲוָה שְׁמוּאֵל, וְהָא נָח נַפְשֵׁיהּ כֻּולְּהוּ שְׁנֵי קָאָמְרִינַן! וְהָא הֲוָה דָּוִד? הֲוָה עֵירָה הַיָּאִירִי וְהָא נָח נַפְשֵׁיהּ כֻּולְּהוּ שְׁנֵי קָאָמְרִינַן! עַייֵּן שָׁם. וְלָכֵן גַּם הָכָא יֵשׁ לוֹמַר קִים לְהוּ לְרַבָּנַן דְּאוֹתָם אַרְבַּע יְפֵיפִיּוֹת לֹא הָיָה בְּדוֹרָם דּוֹמֶה לָהֶם, וְהָיוּ יְחִידוּת בְּעֹוצֶם הַיֹּופִי, אַךְ יָעֵל וּמִיכַל הָיוּ בְּדוֹרָם נָשִׁים יָפוֹת בְּמוֹתָם, וְכֵן בִּזְמַן רִבְקָה הֲוָת רָחֵל, וְאַף עַל גַּב דְּרִבְקָה קֹודֶם כַּמָּה שָׁנִים כֻּולְּהוּ שְׁנֵי בָּעֵינַן וּבְסוֹף יָמֶיהָ שֶׁל רִבְקָה הֲוָת רָחֵל וּבִזְמַן שֶׁהָיְתָה רָחֵל הָיְתָה גַּם כֵּן רִבְקָה, וּלְכָךְ לָא חֲשִׁיב לְהוּ אַף עַל גַּב דְּנִזְכָּר בַּתּוֹרָה בְּעֹוצֶם יָופְייָן לְהַדְּיָיא.
Quatre femmes d'une grande beauté ont été dans le monde : Sara, Rahav, Avigail et Esther. Il semble que son intention soit de les louer quant à leur justice : bien qu'elles fussent d'une très grande beauté, elles étaient justes. Et selon celui qui introduit Vachti, il vient dire la force de ce qui a été rappelé : bien que Vachti fût du nombre des plus belles du monde, malgré cela le Saint béni soit-Il a donné à Esther plus de grâce qu'à elle. Mais il y a une difficulté : il aurait fallu dire yafot, belles ; pourquoi dit-il yefeyfiyot ? Il me semble qu'il vient faire allusion à une beauté double, dans le port et dans l'aspect, comme il est dit (Genèse 29,17) : belle de port et belle d'aspect ; et j'ai ensuite vu cette explication chez les commentateurs, de mémoire bénie. Il me semble encore, avec l'aide du Ciel, qu'il emploie yefeyfiyot pour une beauté double, dans leur jeunesse et dans leur vieillesse : leur beauté n'a pas décliné du début jusqu'à la fin. Par là se résout une autre difficulté que l'on soulève couramment : pourquoi ne compte-t-on pas Yael et Mikhal ? Cela s'explique bien : ici on compte celles qui avaient une beauté double, égale dans la vieillesse et dans la jeunesse ; mais Yael et Mikhal, bien qu'elles fussent très belles, les Sages tenaient que dans leur vieillesse leur beauté changea, selon la voie de toute la terre, et il n'y eut pas chez elles ce prodige de la nature, que leur beauté dans la vieillesse fût égale à celle de leur jeunesse. Or les Tossefot ont demandé pourquoi l'on ne compte pas Hava, puisqu'il est dit dans la guemara de Baba Batra (58a) : Sara devant Hava était comme un singe devant un homme ; et ils ont répondu qu'on ne compte que celles qui sont nées. Le Gaon Hida, de mémoire bénie, dans Simhat Haregel, sur le verset (Psaumes 118,22) la pierre qu'ont dédaignée les bâtisseurs, a rapporté une autre réponse : bien que Hava fût très belle, Adam son mari était pourtant plus beau qu'elle, et sa beauté à elle ne comptait pour rien auprès de la sienne ; voir là-bas. Il semble que leur ait échappé la parole de nos maîtres, de mémoire bénie, qui ont dit que la beauté de Hava dépassait celle d'Adam, au point qu'il ne pouvait regarder le visage de Hava sa femme. Et notre maître le Ari, de mémoire bénie, a donné la raison de cette parole de nos maîtres selon le sod, dans le Chaar Hakavanot, drouch vav de Roch Hachana, page 96 ; voir là-bas. On peut se contraindre à dire que cela valait avant la faute, mais qu'après la faute sa beauté diminua par rapport à celle d'Adam, et qu'il devint plus beau qu'elle. Quant à la difficulté des Tossefot, il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'on peut répondre d'après ce qui est dit dans Guittin (59a) : depuis les jours de Moche jusqu'à Rabbi, nous n'avons pas trouvé la Tora et la grandeur réunies en un même lieu. Mais n'y avait-il pas Yehochoua ? Il y avait Elazar ! Et n'y avait-il pas Elazar ? Il y avait Pinhas ! Et n'y avait-il pas Pinhas ? Il y avait les Anciens ! Et n'y avait-il pas Chaoul ? Il y avait Chemouel ; mais il est mort ! Nous parlons de toutes les années ! Et n'y avait-il pas David ? Il y avait Ira le Yairi ; mais il est mort ! Nous parlons de toutes les années ! Voir là-bas. Ici de même, on peut dire que les Sages tenaient que ces quatre femmes d'une grande beauté n'avaient pas leur pareille dans leur génération et qu'elles étaient uniques par l'intensité de leur beauté, tandis que Yael et Mikhal avaient dans leur génération des femmes belles comme elles. De même, au temps de Rivka il y avait Rahel : bien que Rivka la précède de plusieurs années, il faut que cela vaille pour toutes les années, et à la fin des jours de Rivka il y avait déjà Rahel, et au temps où était Rahel il y avait aussi Rivka ; c'est pourquoi on ne les compte pas, bien que la Tora mentionne expressément l'intensité de leur beauté.
💡 Explication

Le texte hébreu porte les noms d'Avigail et de Rahav entre parenthèses, trace d'une hésitation entre les versions ; le compte reste de quatre. La baraita est amenée ici parce que le folio précédent a énuméré les prophétesses, dont Rahav, Avigail et Esther.

La dernière phrase suppose l'opinion, rapportée plus haut dans le traité, selon laquelle Esther n'avait pas de beauté propre et qu'un fil de grâce était tendu sur elle. Pour cette opinion, la liste doit être complétée autrement, et Vachti y prend la place d'Esther.

8
תָּנוּ רַבָּנַן: רָחָב בִּשְׁמָהּ זִינְּתָה, יָעֵל — בְּקוֹלָהּ, אֲבִיגַיִל — בִּזְכִירָתָהּ, מִיכַל בַּת שָׁאוּל — בִּרְאִיָּיתָהּ. אָמַר רַבִּי יִצְחָק: כָּל הָאוֹמֵר ״רָחָב״ ״רָחָב״ — מִיָּד נִיקְרֵי. אֲמַר לֵיהּ רַב נַחְמָן: אֲנָא אָמֵינָא ״רָחָב״ ״רָחָב״ וְלָא אִיכְפַּת לִי! אֲמַר לֵיהּ: כִּי קָאָמֵינָא בְּיוֹדְעָהּ וּבְמַכִּירָהּ.

Nos maîtres ont enseigné : Rahav, c'est par son nom qu'elle entraînait à la débauche ; Yael, par sa voix ; Avigail, par le souvenir qu'on avait d'elle ; Mikhal fille de Chaoul, par sa vue. Rabbi Yitshak a dit : quiconque dit Rahav, Rahav, aussitôt connaît une émission.

Rav Nahman lui dit : moi je dis Rahav, Rahav, et cela ne me fait rien ! Il lui répondit : quand j'ai dit cela, c'était de celui qui la connaît et qui l'a vue.

📜 Rachi (2)
בִּשְׁמָהּ זִינְּתָה הַמַּזְכִּיר אֶת שְׁמָהּ נִגְרָר אַחַר תַּאֲוַת זְנוּת:
Celui qui mentionne son nom est entraîné après le désir de la débauche.
נִקְרִי רוֹאֶה קֶרִי:
Nikri : il connaît une émission.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רָחָב - בִּשְׁמָהּ זָנְתָה; יָעֵל בְּקוֹלָהּ; אֲבִיגַיִל בִּזְכִירָתָהּ; מִיכַל בַּת שָׁאוּל בִּרְאִיָּתָהּ. נִרְאֶה הַכַּוָּנָה כְּשֶׁמַּזְכִּיר שְׁמָהּ בְּדֶרֶךְ חִיבָּה שֶׁיָּדְעָה וּמְכִירָה וְלִבּוֹ נוֹטָה אֵלֶיהָ. וַיַּעַל הָיָה לָהּ קוֹל נָעִים מְאֹד וּבְעֵת שֶׁהִיא מְדַבֶּרֶת יִהְיֶה לָהּ חֵן יוֹתֵר בְּיָופְיָהּ מֵחֲמַת קוֹלָהּ. וַאֲבִיגַיִל הָיָה לָהּ יֹופִי גָּדוֹל אֲשֶׁר הַיּוֹדְעָהּ וְלִבּוֹ נוֹטֶה אֵלֶיהָ כָּל עֵת שֶׁהוּא זוֹכֵר אוֹתָהּ שֶׁהוּא מְצַייֵּר אוֹתָהּ בִּלְבָבוֹ תִּתְעוֹרֵר בּוֹ תַּאֲוַת הַזְּנוּת, וְכָל זֶה רַק לְאוֹתָם שֶׁלִּבָּם נוֹטֶה לְנִאוּף. וּמִיכַל לֹא הָיָה לָהּ יֹופִי כַּאֲבִיגָיִל שֶׁתִּתְעוֹרֵר תַּאֲוַת הַנִּיאוּף בְּלֵב הַמְנָאֲפִים אֲפִילּוּ אִם זוֹכְרִים אוֹתָהּ בִּלְבָבָם אֶלָּא בִּרְאִייָּתָהּ מַמָּשׁ כִּי רַק אִם יִרְאוּ אוֹתָהּ בְּחוּשׁ הָרְאוּת אָז פּוֹעֶלֶת הָרְאִיָּה תַּאֲוַת הַנִּיאוּף וּבְוַדַּאי נָשִׁים צִדְקָנִיּוֹת אֵלּוּ הָיוּ מַסְתִּירוֹת עַצְמָן מֵעַמָּא דְּאַרְעָא הַנּוֹטֶה לְבָבָם לְנִיאוּף כְּדֵי שֶׁלֹּא יָבוֹאוּ לִידֵי מִכְשׁוֹל וְאִם בְּהֶכְרֵחַ יִהְיוּ נִרְאִין לִפְנֵי אֲנָשִׁים כְּשֵׁרִים לֹא יָבוֹאוּ אֵלּוּ לִידֵי מִכְשׁוֹל.
Rahav, par son nom elle entraînait à la débauche ; Yael, par sa voix ; Avigail, par le souvenir qu'on avait d'elle ; Mikhal fille de Chaoul, par sa vue. Il semble que l'intention porte sur celui qui mentionne son nom avec affection, qui la connaissait et l'avait vue, et dont le cœur penche vers elle. Yael avait une voix très agréable, et au moment où elle parlait sa grâce s'ajoutait à sa beauté à cause de sa voix. Avigail avait une grande beauté, telle que celui qui la connaissait et dont le cœur penchait vers elle, chaque fois qu'il se souvenait d'elle et la représentait dans son cœur, le désir de la débauche s'éveillait en lui ; et tout cela seulement chez ceux dont le cœur penche vers l'adultère. Mikhal n'avait pas une beauté comme celle d'Avigail, capable d'éveiller le désir dans le cœur de ceux qui penchent vers l'adultère du seul fait qu'ils se souviennent d'elle, mais seulement par sa vue réelle : c'est uniquement s'ils la voyaient du sens de la vue que la vision produisait le désir. Et assurément ces femmes justes se cachaient des gens du pays dont le cœur penche vers l'adultère, afin qu'ils n'en viennent pas à trébucher ; et s'il fallait nécessairement qu'elles paraissent devant des hommes convenables, ceux-là n'en venaient pas à trébucher.
💡 Explication

La baraita distribue quatre canaux de la perception : le nom, la voix, la mémoire et la vue. Le classement va du plus indirect, le seul nom entendu, au plus direct, la vue.

L'échange entre Rav Nahman et Rabbi Yitshak précise la portée de la règle : elle ne tient pas au son du nom mais à ce que le nom rappelle, et elle ne concerne donc que celui qui a vu la personne.

🖼️ Schéma
Quatre femmes, quatre canaux, du plus indirect au plus direct Rahav : le nom seul, prononcé. Rahav, Rahav. Yael : la voix entendue. Avigail : le souvenir, sans présence ni son. Mikhal : la vue réelle. Précision de Rabbi Yitshak à Rav Nahman : la règle ne vaut que pour celui qui la connaît et qui l'a vue.
Le nom, la voix, le souvenir et la vue : quatre degrés, et la restriction apportée par Rabbi Yitshak.
9
״וּמָרְדֳּכַי יָדַע אֶת כָּל אֲשֶׁר נַעֲשָׂה״. מַאי אָמַר? רַב אָמַר: גָּבַהּ הָמָן מֵאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, וּשְׁמוּאֵל אָמַר: גְּבַר מַלְכָּא עִילָּאָה מִמַּלְכָּא תַּתָּאָה.

Et Mordekhai sut tout ce qui avait été fait (Esther 4,1). Que disait-il ?

Rav a dit : Haman s'est élevé au-dessus d'Ahachveroch. Et Chemouel a dit : le roi d'en haut l'a emporté sur le roi d'en bas.

📜 Rachi (4)
ה"ג מַאי אָמַר כְּשֶׁצָּעַק צְעָקָה גְּדוֹלָה וּמָרָה מֶה הָיָה אוֹמֵר בְּצַעֲקָתוֹ:
Lorsqu'il cria un grand et amer cri, que disait-il dans son cri ?
רַב אָמַר כָּךְ הָיָה צוֹעֵק:
Voici ce qu'il criait.
גָּבַהּ הָמָן מֵאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ שֶׁמִּלְּאוּ לִבּוֹ לְדַבֵּר מַה שֶׁלֹּא עָלָה עַל לֵב אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ:
Car son cœur l'a rempli d'audace pour dire ce qui n'était pas monté au cœur d'Ahachveroch.
גְּבַר מַלְכָּא עִילָּאָה כִּינּוּי הוּא לְהִיפּוּךְ בְּלָשׁוֹן נְקִיָּה:
C'est une façon de dire l'inverse, en langage décent.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ד, א) 'וּמָרְדֳּכַי יָדַע אֶת כָּל אֲשֶׁר נַעֲשָׂה וַיִּקְרַע מָרְדֳּכַי אֶת בְּגָדָיו וַיִּלְבַּשׁ שַׂק וָאֵפֶר וַיֵּצֵא בְּתוֹךְ הָעִיר וַיִּזְעַק זְעָקָה גְדֹלָה וּמָרָה' מַאי אָמַר. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת בִּשְׁלָמָא לְגִרְסָא דְּגָרְסִי 'מַאי נַעֲשָׂה' לְכָךְ הֵבִיא זֶה עַל פָּסוּק 'וּמָרְדֳּכַי יָדַע אֶת כָּל אֲשֶׁר נַעֲשָׂה' אֲבָל לְגִרְסָא זוֹ ד'מַאי אָמַר' הֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר שְׁאֵלָה זוֹ עַל פָּסוּק 'וַיִּזְעַק זְעָקָה גָּדְלָה'? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דִּשְׁאֵלָה אֵין לָהּ מָקוֹם דְּהָא כָּתוּב בְּעֵשָׂו (בְּרֵאשִׁית כז, לד) 'וַיִּצְעַק צְעָקָה גְּדֵלָה וּמָרָה' הַאִם שָׁאוּל יִשְׁאָלוּן מַאי אָמַר? וְכֵן בְּיִשְׂרָאֵל כָּתוּב (שְׁמוֹת ב, כג) 'וַיֵּאָנְחוּ בְנֵי יִשְׂרָאֵל מִן הָעֲבֹדָה וְיִזְעֲקוּ' לֹא שָׁאַל מַאי אָמְרוּ? דְּזֶה מוּבָן מֵעַצְמוֹ דְּוַדַּאי אָמְרוּ קֻובְלָנָא עַל צָרָתָם וְרַק כָּאן דְּקָאָמַר 'וּמָרְדֳּכַי יָדַע אֶת כָּל אֲשֶׁר נַעֲשָׂה' שְׁמַע מִינָּה דְּהוּא יָדַע דָּבָר חָדָשׁ שֶׁלֹּא יָדְעוּ אֲחֵרִים דְּהַגְּזֵרָה כְּבָר נוֹדְעָה לַכֹּל, וְכֵן אָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (תַּרְגּוּם שֵׁנִי וְהוּבָא בפרש"י שָׁם) בַּעַל הַחֲלוֹם הִגִּיד לוֹ. וּלְכָךְ שָׁאַל עַל זֶה הַחִידּוּשׁ שֶׁנּוֹדַע לוֹ דַּוְקָא וְלֹא לְאַחֵר ' מַאי אָמַר ' הַאִם גִּילָּה וּפִרְסֵם מַה שֶׁנּוֹדַע לוֹ בְּדִבְרֵי צַעֲקָתוֹ, אוֹ אִם אָמַר דָּבָר סָתוּם? וְהֵשִׁיב רַב אָמַר : גָּבַהּ לִבּוֹ שֶׁל הָמָן מֵאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ פֵּירוּשׁ נוֹדַע לוֹ דַּאֲחַשְׁוֵרוֹשׁ לֹא מָכַר אֶלָּא הַזְּכָרִים הַגְּדוֹלִים לְפִי חֶשְׁבּוֹן עֲשֶׂרֶת אֲלָפִים כִּכַּר כֶּסֶף, וְהוּא זִיֵּיף וְכָתַב לְהַשְׁמִיד אֶת הַכֹּל גַּם טַף וְנָשִׁים וְנִמְצָא שֶׁזִּייֵּף וְצָעַק מַר עַל הַזִּיּוּף וְהָעוֹל אֲשֶׁר עָשָׂה הַמָּן, שֶׁבָּזֶה יֵשׁ פִּתְחוֹן פֶּה לִטְעוֹן כְּנֶגְדּוֹ וְלִסְתּוֹר כָּל מַעֲשָׂיו מֵאַחַר שֶׁעָשָׂה בְּזִיּוּף וְכֹל דְּבָטֵל מִקְצָתוֹ בָּטֵל כֻּולּוֹ, וְזֶהוּ שֶׁאָמַר גְּבַהּ לֵב הַמָּן שֶׁהוֹסִיף מִלִּבּוֹ יוֹתֵר מִמַּה שֶׁעָלָה בְּלֵב הַמֶּלֶךְ! וּשְׁמוּאֵל אָמַר : גְּבַר מַלְכָּא עִילָּאָה מִמַּלְכָּא תַּתָּאָה פֵּירוּשׁ יָדַע אֶת כָּל אֲשֶׁר נַעֲשָׂה לְמַעְלָה שֶׁקִּטְרְגוּ הַמְקַטְרְגִים וְנִכְתַּב גְּזָר דִּין אַךְ טָעַן וְאָמַר דְּמֻוכְרָח לְבַטֵּל הַגְּזֵרָה אַף עַל פִּי שֶׁהֵם חַייָּבִין יַעַן כִּי עַתָּה יֹאמְרוּ הַגּוֹיִם גְּבַר מַלְכָּא עִלָּאָה מִמַּלְכָּא תַּתָּאָה וְיִהְיֶה חִלּוּל הַשֵּׁם בַּדָּבָר, וּכְמוֹ עִנְיַן טַעֲנָה שֶׁל מֹשֶׁה רַבֵּינוּ ע"ה שֶׁטָּעַן (שְׁמוֹת לב, יב) לָמָּה יֹאמְרוּ מִצְרַיִם לֵאמֹר בְּרָעָה הוֹצִיאָם וְכוּ', וְכֵן אָמַר יְהוֹשֻׁעַ (יְהוֹשֻׁעַ ז, ט) וּמַה תַּעֲשֵׂה לְשִׁמְךָ הַגָּדוֹל. וְעַל דֶּרֶךְ הַסּוֹד נִרְאֶה לִי בס"ד 'גְּבַר מַלְכָּא עִילָּאָה מִמַּלְכָּא תַּתָּאָה' פֵּירוּשׁ לֹא הִשְׁפִּיעַ הַתִּפְאֶרֶת שֶׁהוּא מַלְכָּא עִילָּאָה בַּמַּלְכוּת שֶׁהִיא מַלְכָּא תַּתָּאָה, וְלָכֵן הָיְתָה עֵת צָרָה לְיִשְׂרָאֵל.
(Esther 4,1) Et Mordekhai sut tout ce qui avait été fait, Mordekhai déchira ses vêtements, revêtit le sac et la cendre, sortit au milieu de la ville et cria un grand et amer cri. Que disait-il ? On peut objecter : pour la version qui lit que fut-il fait, on comprend qu'on rattache cela au verset et Mordekhai sut tout ce qui avait été fait ; mais pour cette version-ci, que disait-il, il aurait fallu poser la question sur le verset et il cria un grand cri. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la question n'aurait pas lieu d'être là : car il est écrit d'Esav (Genèse 27,34) : et il cria un grand et amer cri, et personne ne demande ce qu'il disait ; de même il est écrit d'Israël (Exode 2,23) : et les enfants d'Israël gémirent du fait du travail et ils crièrent, et l'on n'a pas demandé ce qu'ils disaient, car cela se comprend de soi, ils exprimaient assurément leur plainte sur leur détresse. Ici seulement, puisqu'il est dit et Mordekhai sut tout ce qui avait été fait, on en déduit qu'il savait une chose nouvelle que les autres ne savaient pas, car le décret était déjà connu de tous ; et nos maîtres, de mémoire bénie (Targoum Cheni, rapporté par Rachi sur place), ont dit que le maître du rêve le lui avait annoncé. C'est donc sur cette nouveauté, connue de lui seul et non d'un autre, que l'on demande : que disait-il ? A-t-il dévoilé et publié dans les paroles de son cri ce qu'il avait appris, ou a-t-il dit une chose voilée ? Et il répond : Rav a dit : le cœur de Haman s'est élevé au-dessus d'Ahachveroch. C'est-à-dire qu'il apprit qu'Ahachveroch n'avait vendu que les hommes adultes, selon le compte des dix mille talents d'argent, tandis que Haman avait falsifié et écrit de tout exterminer, y compris les enfants et les femmes. Il se trouve qu'il y avait falsification, et Mordekhai cria amèrement sur la falsification et sur l'injustice commise par Haman ; car il y a là matière à plaider contre lui et à renverser tous ses actes, des lors qu'il a agi par falsification, et ce qui est annulé pour une part est annulé en entier. C'est ce qu'il dit : le cœur de Haman s'est élevé, car il a ajouté de son propre chef plus que ce qui était monté au cœur du roi. Et Chemouel a dit : le roi d'en haut l'a emporté sur le roi d'en bas. C'est-à-dire qu'il sut tout ce qui s'était fait en haut : les accusateurs avaient accusé et la sentence avait été écrite, mais il plaida et dit qu'il fallait nécessairement annuler le décret, bien qu'ils fussent coupables, parce que les nations diraient maintenant que le roi d'en haut l'a emporté sur le roi d'en bas, et qu'il y aurait là une profanation du Nom ; c'est la même sorte de plaidoyer que celui de Moche notre maître, sur lui la paix, qui plaida (Exode 32,12) : pourquoi les Égyptiens diraient-ils, c'est pour leur malheur qu'il les a fait sortir, etc. ; et de même Yehochoua a dit (Josue 7,9) : et que feras-Tu pour Ton grand Nom ? Et selon la voie du sod, il me semble, avec l'aide du Ciel, que le roi d'en haut l'a emporté sur le roi d'en bas signifie que le Tiferet, qui est le roi d'en haut, n'a pas dispensé son influx dans la Malkhout, qui est le roi d'en bas ; c'est pourquoi ce fut un temps de détresse pour Israël.
💡 Explication

La question n'est pas ce que Mordekhai a fait mais ce qu'il a dit en criant. Les deux réponses diffèrent par le plan où elles placent la scène : Rav lit un constat politique, Haman a pris le dessus sur le roi lui-même ; Chemouel lit un constat sur le Ciel.

La formule de Chemouel est énoncée à l'envers de son sens : Rachi indique qu'il s'agit d'un lachon nekia, une façon décente de dire que le roi d'en bas a paru l'emporter sur le Roi d'en haut, tournure que l'on évite d'énoncer telle quelle.

🖼️ Schéma
Que criait Mordekhai ? Deux lectures du même cri Le verset dit seulement qu'il cria un grand et amer cri. Le contenu du cri est ce que l'on cherche. Rav : un constat sur la cour Haman s'est élevé au-dessus d'Ahachveroch. Il a osé ce qui n'était pas monté au cœur du roi. Chemouel : un constat sur le Ciel Le roi d'en haut l'a emporté sur le roi d'en bas. Rachi : formule inversée, en langage décent. Le désaccord porte sur le plan de lecture, non sur les faits : la cour pour Rav, le jugement d'en haut pour Chemouel.
Les deux contenus attribués au cri de Mordekhai, et le détour de langage relevé par Rachi.
10
״וַתִּתְחַלְחַל הַמַּלְכָּה״. מַאי ״וַתִּתְחַלְחַל״? אָמַר רַב: שֶׁפֵּירְסָה נִדָּה, וְרַבִּי יִרְמְיָה אָמַר: שֶׁהֻוצְרְכָה לִנְקָבֶיהָ.

Et la reine fut saisie de tremblement (Esther 4,4). Que signifie vatithalhal ?

Rav a dit : elle vit et devint nidda. Et Rabbi Yirmeya a dit : elle eut besoin d'aller aux cabinets.

📜 Rachi (1)
וַתִּתְחַלְחַל נִתְמַסְמֵס חֲלַל גּוּפָהּ:
La cavité de son corps s'est relâchée.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ד, ד) 'וְתָבֹואנָה נַעֲרוֹת אֶסְתֵּר וְסָרִיסֶיהָ וַיַּגִּידוּ לָהּ וַתִּתְחַלְחַל הַמַּלְכָּה מְאֹד', וַתִּתְחַלְחַל, רַב אָמַר שֶׁפֵּרְסָה נִדָּה. וּשְׁמוּאֵל אָמַר שֶׁהֻצְרְכָה לִנְקָבֶיהָ. קָשֶׁה בֵּין לְרַב בֵּין לִשְׁמוּאֵל לְמַאי הֻוצְרַךְ לְלַמְּדֵינוּ דָּבָר זֶה בְּמִקְרָאֵי הַמְּגִילָּה שֶׁנֶּאֶמְרוּ בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד לְהַגְדִּיל הַנֵּס, יַעַן כֵּיוָן דִּפְּרְסָה נִדָּה שֶׁרָאֲתָה דָּם הַרְבֵּה כְּמוֹ שֶׁנֶּאֱמַר 'מְאֹד' אָז כְּפִי הַטֶּבַע תַּכְחִישׁ יָופְיָהּ בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם, כִּי אַדְמִימוּת הַיֹּופִי יִבְלַע בְּתוֹךְ גּוּפָהּ וְלֹא יִתְרָאֶה בָּהּ אַדְמִימוּת וְעִם כָּל זֶה הָיָה לָהּ חֵן גָּדוֹל בְּיָופְיָהּ לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ שֶׁהוֹשִׁיט לָהּ שַׁרְבִיט הַזָּהָב, וְכֵן לְמָאֵן דְּאָמַר הֻוצְרְכָה לִנְקָבֶיהָ נִמְצָא נַעֲשָׂה לָהּ שִׁלְשׁוּל הַרְבֵּה מִדִּכְתִיב 'מְאֹד' וְגַם זֶה הָרִבּוּי מַכְחִישׁ הַיֹּופִי, וְעִם כָּל זֶה נְשָׂאָהּ חֵן רַב בְּיָופְיָהּ. וְעוֹד נִרְאֶה לִי בָּא לְהַגִּיד שֶׁנַּעֲשָׂה לָהּ דָּבָר זֶה בְּהַשְׁגָּחָה מִן הַשָּׁמַיִם, שֶׁבָּזֶה לָקְחָה הַקְּלִיפָּה חֲלָקָה כְּעֵין חֵלֶק מַיִם אַחֲרוֹנִים, הֵן בִּפְרִיסַת דַּם נִדָּה, הֵן בְּצוֹאָה שֶׁל נִיקּוּי הַגּוּף, וּבָזֶה נִשְׁתַּתֵּק כֶּלֶב הַנּוֹבֵחַ וְלֹא עָשָׂה קִטְרוּגִים.
(Esther 4,4) Les jeunes filles d'Esther et ses eunuques vinrent et le lui rapportèrent, et la reine fut saisie d'un grand tremblement. Vatithalhal : Rav a dit qu'elle vit et devint nidda, et Chemouel a dit qu'elle eut besoin d'aller aux cabinets. C'est difficile : aussi bien pour Rav que pour Chemouel, pourquoi fallait-il nous enseigner une telle chose dans les versets de la meguila, qui ont été dits par l'esprit de sainteté ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que c'est pour grandir le miracle. Puisqu'elle devint nidda et vit beaucoup de sang, comme il est dit meod, beaucoup, alors selon la nature sa beauté devait décliner ce jour-là, car la rougeur de la beauté est absorbée à l'intérieur du corps et ne paraît plus en elle ; et malgré cela elle eut une grande grâce dans sa beauté devant le roi, qui lui tendit le sceptre d'or. De même, pour celui qui dit qu'elle eut besoin d'aller aux cabinets, il se trouve qu'elle eut un fort relâchement, puisqu'il est écrit meod, et cet excès aussi fait décliner la beauté ; et malgré cela elle trouva une grande grâce par sa beauté. Il me semble encore qu'il vient dire que cela lui arriva par une providence du Ciel : ainsi la kelipa a pris sa part, à la manière de la part des mayim aharonim, soit par l'écoulement du sang de nidda, soit par les déjections du nettoyage du corps ; et par là le chien qui aboie fut réduit au silence et ne porta pas d'accusation.
💡 Explication

Le verbe vatithalhal est rattaché au mot halal, la cavité. Les deux amoraim lisent donc le même effet, un relâchement des cavités du corps sous l'effet de la peur, et diffèrent sur la cavité visée.

11
״וַתִּקְרָא אֶסְתֵּר לַהֲתָךְ״, אָמַר רַב: הֲתָךְ זֶה דָּנִיֵּאל, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ הֲתָךְ — שֶׁחֲתָכוּהוּ מִגְּדֻולָּתוֹ. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: שֶׁכָּל דִּבְרֵי מַלְכוּת נֶחְתָּכִין עַל פִּיו.

Et Esther appela Hatakh (Esther 4,5). Rav a dit : Hatakh, c'est Daniel.

Et pourquoi son nom fut-il appelé Hatakh ? Parce qu'on l'a retranché de sa grandeur.

Et Chemouel a dit : parce que toutes les affaires de la royauté étaient tranchées sur sa parole.

📜 Rachi (1)
שֶׁחֲתָכוּהוּ מִגְּדֻולָּתוֹ בִּימֵי אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ שֶׁהֲרֵי בֵּלְשַׁצַּר הִשְׁלִיטוֹ תְּלָתָא בְּמַלְכוּתוֹ וְכֵן דָּרְיָוֶשׁ הַמָּדִי שֶׁנֶּאֱמַר וְעָלָה מִנְּהוֹן סָרְכַיָּא תְּלָתָא דִּי דָנִיֵּאל חַד מִנְּהוֹן (דָּנִיֵּאל ו) וְכֵן כּוֹרֶשׁ שֶׁנֶּאֱמַר וְדָנִיֵּאל הַצְלַח בְּמַלְכוּת דָּרְיָוֶשׁ וּבְמַלְכוּת כּוֹרֶשׁ פָּרְסָאָה (שָׁם) וּכְשֶׁמָּלַךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ חֲתָכוֹ מִגְּדֻולָּתוֹ:
On l'a retranché de sa grandeur aux jours d'Ahachveroch. Car Belchatsar l'avait fait l'un des trois qui gouvernaient son royaume, et de même Darius le Mède, dont il est dit (Daniel 6) : et au-dessus d'eux trois ministres, dont Daniel était l'un ; et de même Cyrus, dont il est dit (là-bas) : et Daniel prospéra sous le règne de Darius et sous le règne de Cyrus le Perse. Et quand Ahachveroch régna, il le retrancha de sa grandeur.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ד, ה) 'וַתִּקְרָא אֶסְתֵּר לַהֲתָךְ' אָמַר רַב: הֲתָךְ זֶה דָּנִיֵּאל, וְלָמָּה נִקְרָא שְׁמוֹ הֲתָךְ? שֶׁחֲתָכוּהוּ מִגְּדֻלָּתוֹ. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: שֶׁכָּל דִּבְרֵי מַלְכוּת נֶחְתָּכִין עַל פִּיו. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּלָא פְּלִיגִי אֶלָּא שְׁמוּאֵל בָּא לְפָרֵשׁ דִּבְרֵי רַב כִּי יֵשׁ פָּקִיד עַל עִנְיְנֵי חוּץ בִּדְבַר הַמַּלְכוּת הַנּוֹגֵעַ לִבְנֵי הַמְּדִינָה, וְיֵשׁ פָּקִיד עַל עִנְיְנֵי הַמֶּלֶךְ בְּבֵיתוֹ שֶׁקּוֹרִין מאבי"ן וְדָנִיֵּאל ע"ה הָיָה תְּחִלָּה בִּימֵי כּוֹרֶשׁ וְדָרְיָוֶשׁ פָּקִיד בִּשְׁתֵּי שְׂרָרוֹת אֵלּוּ שֶׁל פְּנִימִית הַנִּקְרָא מאבי"ן וְשֶׁל חוּץ הַנּוֹגְעִין לִבְנֵי מְדִינַת הַמֶּלֶךְ וּשְׁאָר מְדִינוֹתָיו, וְאָמַר רַב שֶׁאַחַר כָּךְ חֲתָכוּהוּ מִגְּדֻולָּתוֹ, שֶׁלֹּא הֱסִירוּהוּ מִן הַשְּׂרָרָה לְגַמְרֵי אֶלָּא חֲתָכוֹ שְׂרָרָתוֹ, מַה שֶׁהָיָה שַׂר בִּפְנִים וּבַחוּץ. וּבָא שְׁמוּאֵל לְפָרֵשׁ שֶׁלֹּא הוּסַר אֶלָּא מִשְּׂרָרָה שֶׁל לִפְנִים הַנִּקְרָא מאבי"ן, אֲבָל עֲדַיִין דִּבְרֵי מַלְכוּת שֶׁהוּא עִנְיְנֵי חוּץ נֶחְתָּכִין עַל פִּיו. וַעֲדַיִין צָרִיךְ לְהָבִין מְנָא לֵיהּ לְפָרֵשׁ זֶה עַל דָּנִיֵּאל? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דָּייֵק לָהּ מִדִּכְתִיב 'וַתִּקְרָא אֶסְתֵּר לַהֲתָךְ מִסָּרִיסֵי הַמֶּלֶךְ אֲשֶׁר הֶעֱמִיד לְפָנֶיהָ' דְּקָשֶׁה לָמָּה לֵיהּ לְמֵימַר 'וַתִּקְרָא' וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר 'וַתֹּאמֶר אֶסְתֵּר לַהֲתָךְ' כֵּיוָן דְּאָמַר 'אֲשֶׁר הֶעֱמִיד לְפָנֶיהָ' נִמְצָא הוּא מָצוּי אֶצְלָהּ וְאֵין צָרִיךְ לְקָרְאוֹ מִבַּחוּץ? אֶלָּא וַדַּאי דְּאַף עַל גַּב שֶׁהֶעֱמִידוּ לְפָנֶיהָ אוֹתָהּ שָׁעָה לֹא הָיָה עוֹמֵד לְפָנֶיהָ, אֶלָּא הָיָה בְּמָקוֹם אַחֵר וּקְרָאָהּ אוֹתוֹ. וְקָשֶׁה כֵּיוָן דְּהַדָּבָר נָחוּץ לָהּ מְאֹד, לָמָּה לֹא שָׁלְחָה הַדְּבָרִים לְמָרְדְּכַי עִם סָרִיסִים הַמְצֻוִּים לְפָנֶיהָ אוֹתָהּ שָׁעָה, עַד שֶׁהֻוצְרְכָה לִקְרֹוא לְהַתֵּךְ מִבַּחוּץ? אֶלָּא וַדַּאי הֲתָךְ זֶה דָּנִיֵּאל וּדְבַר סָתַר זֶה לֹא רָצְתָה שֶׁיִּתְגַּלֶּה לִפְנֵי סָרִיסִים שֶׁאֵינָם יִשְׂרָאֵל, וְלֹא הֶאֱמִינָהּ אֶלָּא רַק בְּדָנִיֵּאל קְדוֹשׁ אֱלֹקִים, וְהֻוכְרְחָה לְקָרְאוֹ מִבַּחוּץ וּלְשַׁלְּחוֹ לְמָרְדְּכַי שֶׁיַּגִּיד לָהּ הַנִּסְתָּר הַזֶּה כִּי הֵבִינָה מִדַּעְתָּהּ דְּעִנְיָן זֶה שֶׁעָשָׂה מָרְדְּכַי הוּא נוֹגֵעַ לַיְּהוּדִים וְאֵיךְ תַּאֲמִין בְּאַחֵר זוּלַת דָּנִיֵּאל.
(Esther 4,5) Et Esther appela Hatakh. Rav a dit : Hatakh, c'est Daniel, et pourquoi son nom fut-il appelé Hatakh ? Parce qu'on l'a retranché de sa grandeur. Et Chemouel a dit : parce que toutes les affaires de la royauté étaient tranchées sur sa parole. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'ils ne sont pas en désaccord, mais que Chemouel vient expliquer les paroles de Rav. Car il y a un chargé des affaires extérieures de la royauté, celles qui touchent les gens de la province, et il y a un chargé des affaires du roi dans sa maison, qu'on appelle mabin ; et Daniel, sur lui la paix, fut d'abord, aux jours de Cyrus et de Darius, chargé de ces deux fonctions, celle de l'intérieur appelée mabin et celle de l'extérieur qui touche les gens de la province du roi et de ses autres provinces. Rav dit qu'ensuite on l'a retranché de sa grandeur, c'est-à-dire qu'on ne l'a pas écarté entièrement de sa charge, mais qu'on a retranché de sa charge, lui qui était ministre au-dedans et au-dehors. Et Chemouel vient préciser qu'on ne l'a écarté que de la charge de l'intérieur, appelée mabin, tandis que les affaires de la royauté, qui sont les affaires extérieures, se tranchaient encore sur sa parole. Il reste à comprendre d'où il lui vient d'expliquer cela de Daniel. Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il le déduit de ce qui est écrit : et Esther appela Hatakh, l'un des eunuques du roi qu'il avait placé devant elle. Car il est difficile : pourquoi dire vatikra, elle appela ? Il aurait fallu dire : et Esther dit à Hatakh, puisqu'il est dit qu'il l'avait placé devant elle, de sorte qu'il se trouve auprès d'elle et qu'il n'y a pas besoin de l'appeler du dehors. Mais assurément, bien qu'il l'eût placé devant elle, à cette heure-là il ne se tenait pas devant elle : il était ailleurs, et elle l'appela. Et il est difficile : puisque l'affaire lui était très pressante, pourquoi n'a-t-elle pas envoyé ses paroles à Mordekhai par les eunuques qui se trouvaient devant elle à cette heure-là, au point qu'elle dut appeler Hatakh du dehors ? Mais assurément Hatakh, c'est Daniel : elle ne voulait pas que cette affaire secrète fût dévoilée devant des eunuques qui n'étaient pas d'Israël, et elle n'avait confiance qu'en Daniel, le saint de D.ieu ; elle dut donc l'appeler du dehors et l'envoyer à Mordekhai pour qu'il lui dise cette chose cachée, car elle comprit d'elle-même que ce qu'avait fait Mordekhai touchait les Juifs ; et comment se serait-elle fiée à un autre qu'à Daniel ?
💡 Explication

Les deux amoraim lisent la même racine hatakh, trancher, dans deux directions opposées. Pour Rav le nom porte une dégradation, pour Chemouel il porte une autorité.

L'identification de Hatakh à Daniel n'est pas discutée entre eux ; elle sert de cadre commun, et Rachi la soutient par le parcours de Daniel sous Belchatsar, Darius et Cyrus, parcours dont le règne d'Ahachveroch marque la rupture.

🖼️ Schéma
Hatakh : une même racine, deux sens opposés Racine hatakh : trancher, retrancher. Le nom est lu comme un titre, et non comme un nom propre ordinaire. Rav : il a été retranché Daniel a été retranché de sa grandeur sous Ahachveroch, lui qui gouvernait sous Cyrus. Chemouel : c'est lui qui tranche Toutes les affaires du royaume se décident sur sa parole. Le Ben Yehoyada concilie : la charge intérieure lui fut retirée, la charge extérieure lui resta.
Dégradation ou autorité : les deux lectures du nom Hatakh, et la conciliation proposée par le Ben Yehoyada.
12
״לָדַעַת מַה זֶּה וְעַל מַה זֶּה״. אָמַר רַבִּי יִצְחָק, שִׁלְּחָהּ לוֹ: שֶׁמָּא עָבְרוּ יִשְׂרָאֵל עַל חֲמִשָּׁה חֻומְשֵׁי תוֹרָה, דִּכְתִיב בָּהֶן: ״מִזֶּה וּמִזֶּה הֵם כְּתֻובִים״.

Pour savoir ce qu'était ceci et pourquoi ceci (Esther 4,5). Rabbi Yitshak a dit : elle lui fit dire : peut-être Israël a-t-il transgresse les cinq livres de la Tora, dont il est écrit (Exode 32,15) : d'un côté et de l'autre ils étaient écrits.

💡 Explication

Le verset répète deux fois le mot ze, ceci. La lecture de Rabbi Yitshak rattache ce mot au verset des tables, où le même mot est répété pour dire qu'elles étaient écrites de part et d'autre.

La question d'Esther change alors de nature : elle ne demande pas seulement ce qui s'est passé à la cour, mais quelle faute a rendu le décret possible.

13
״וַיַּגִּידוּ לְמָרְדֳּכָי אֵת דִּבְרֵי אֶסְתֵּר״, וְאִילּוּ אִיהוּ לָא אֲזַל לְגַבֵּיהּ. מִכָּאן שֶׁאֵין מְשִׁיבִין עַל הַקַּלְקָלָה.

Et ils rapportèrent à Mordekhai les paroles d'Esther (Esther 4,12), alors que lui-même n'alla pas vers lui. De là, qu'on ne rapporte pas une réponse fâcheuse.

📜 Rachi (2)
וְאִלּוּ אִיהוּ דָּנִיֵּאל לָא אָזֵיל לְהָשִׁיב שְׁלִיחוּתוֹ:
Daniel n'est pas allé rapporter le résultat de sa mission.
עַל הַקַּלְקָלָה שֶׁהָיְתָה אֶסְתֵּר מוֹנַעַת לָבֹא אֶל הַמֶּלֶךְ לְפִיכָךְ לֹא הֵשִׁיב הֲתָךְ אֶת שְׁלִיחוּתוֹ וְאֶסְתֵּר שָׁלְחָה דְּבָרֶיהָ ע"י אֲחֵרִים:
Sur ce qui a mal tourné : Esther se dérobait à l'idée de venir chez le roi, c'est pourquoi Hatakh n'a pas rapporté le résultat de sa mission, et Esther a fait porter ses paroles par d'autres.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִכָּאן שֶׁאֵין מְשִׁיבִין עַל הַקַּלְקָלָה. עַייֵּן מָהַרְשָׁ"א זַ"ל, וְלֹא הָיָה צָרִיךְ לָזֶה דַּאֲפִילּוּ אִם יָחוּשׁוּ לֵיכָּא בְּהוּ הַאי מִלְּתָא דְּהֵם לֹא הָיוּ שְׁלוּחֵי מָרְדְּכַי וְאֵין דִּבְרֵיהֶם נִקְרָאִים תְּשׁוּבָה אֶלָּא הֵם שְׁלוּחֵי אֶסְתֵּר מֵחָדָשׁ וּבְוַדַּאי דָּנִיֵּאל עָשָׂה הִתְנַצְּלוּת לְעַצְמוֹ וּבִקֵּשׁ מֵאֶסְתֵּר שֶׁתִּשְׁלַח אֲחֵרִים מִטַּעַם זֶה.
De là, qu'on ne rapporte pas une réponse fâcheuse. Voir le Maharcha, de mémoire bénie. Il n'y avait pas besoin d'en venir là : même si l'on s'en souciait, cette règle ne les concerne pas, car ils n'étaient pas les envoyés de Mordekhai et leurs paroles ne s'appellent pas une réponse ; ils étaient de nouveaux envoyés d'Esther. Et assurément Daniel a présenté ses excuses pour lui-même et a demandé à Esther d'envoyer d'autres personnes, pour ce motif.
💡 Explication

Le pluriel du verset, ils rapportèrent, est lu comme un indice : l'envoyé unique du verset précédent ne reparaît pas. On en tire une règle de conduite, ne pas se faire porteur d'une réponse fâcheuse.

Le Ben Yehoyada limite la portée de la déduction : les nouveaux envoyés ne rapportent pas une réponse, ils portent un message neuf, et la difficulté se déplace sur Hatakh lui-même, qui a demandé à être remplacé.

14
״לֵךְ כְּנוֹס אֶת כָּל הַיְּהוּדִים״ וְגוֹ׳ עַד ״אֲשֶׁר לֹא כַּדָּת״, אָמַר רַבִּי אַבָּא: שֶׁלֹּא כַּדָּת הָיָה, שֶׁבְּכָל יוֹם וָיוֹם עַד עַכְשָׁיו — בְּאֹונֶס, וְעַכְשָׁיו — בְּרָצוֹן. ״וְכַאֲשֶׁר אָבַדְתִּי אָבָדְתִּי״ — כְּשֵׁם שֶׁאָבַדְתִּי מִבֵּית אַבָּא, כָּךְ אוֹבֵד מִמְּךָ.

Va, rassemble tous les Juifs, etc., jusqu'à : ce qui n'est pas selon la loi (Esther 4,16). Rabbi Abba a dit : ce sera contre ma règle habituelle, car chaque jour jusqu'à présent c'était sous la contrainte, et maintenant ce sera de mon plein gré.

Et comme j'ai été perdue, je serai perdue : de même que j'ai été perdue pour la maison de mon père, ainsi je serai perdue pour toi.

📜 Rachi (3)
עַד עַכְשָׁיו נִבְעַלְתִּי בְּאֹונֶס:
Jusqu'à présent : j'ai été prise sous la contrainte.
וְעַכְשָׁיו מִכָּאן וְאֵילָךְ מִדַּעְתִּי:
Et maintenant : désormais, de mon propre gré.
אָבַדְתִּי מִמְּךָ וַאֲסוּרָה אֲנִי לְךָ דְּאֵשֶׁת יִשְׂרָאֵל שֶׁנֶּאֶנְסָה מֻותֶּרֶת לְבַעְלָהּ וּבְרָצוֹן אֲסוּרָה לְבַעֲלָהּ:
Je serai perdue pour toi : je te serai interdite, car la femme d'un Israélite qui a subi une contrainte reste permise à son mari, tandis que de son plein gré elle lui est interdite.
🗂️ Tossefot (1)
כְּשֵׁם שֶׁאָבַדְתִּי מִבֵּית אַבָּא כָּךְ אָבַדְתִּי מִמְּךָ וא"ת אַמַּאי לֹא הָיָה מְגָרְשָׁהּ וּתְהֵא מֻותֶּרֶת לְהַחֲזִירֶנָּה י"ל לְפִי שֶׁכָּל מַעֲשֵׂה הַגֵּט הוּא ע"פ עֵדִים וְהָיָה יָרֵא פֶּן יִתְפַּרְסֵם הַדָּבָר לַמַּלְכוּת:
Et si tu objectes : pourquoi ne la répudiait-il pas, de sorte qu'il lui serait permis de la reprendre ? On peut répondre que tout l'acte du guet se fait devant témoins, et il craignait que l'affaire ne s'ébruite jusqu'à la royauté.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ד, טז) 'וְכַאֲשֶׁר אָבַדְתִּי אָבָדְתִּי' כְּשֵׁם שֶׁאָבַדְתִּי מִבֵּית אַבָּא כָּךְ אוֹבַד מִמְּךָ. אַף עַל גַּב דְּכָתַבְנוּ לְעֵיל שֶׁהָיָה מְשַׁמֵּשׁ עִם הַשִּׁידָּה וְלָכֵן גַּם עַתָּה תַּעֲשֶׂה עִנְיַן הַשִּׁידָּה, עִם כָּל זֶה כֵּיוָן דִּבְגָלוּי הִיא הוֹלֶכֶת מֵרְצוֹנָהּ אֵלָיו הִיא נֶאֱסֶרֶת עַל מָרְדְּכַי אַף עַל גַּב דְּאֵינוֹ מְשַׁמֵּשׁ עִמָּהּ. אִי נָמֵי הִיא חוֹשֶׁבֶת שֶׁתְּבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ עַל דָּבָר זֶה בְּעֵת שֶׁתִּרְאֶה מִמֶּנּוּ מְצִיאוּת חֵן בְּיוֹתֵר מְאֹד וְחָשְׁבָה שֶׁמָּא כְּשֶׁיִּרְאֶנָּה יְבַקֵּשׁ לְשַׁמֵּשׁ עִמָּהּ וּבְעֵת תַּשְׁמִישׁ יִגְבַּר הַחֵן בְּיוֹתֵר שֶׁאָז תְּבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ עַל הַהַצָּלָה וְלֹא יָשִׁיב פָּנֶיהָ, לְכָךְ חֲשָׁבָהּ שֶׁאִם יָבֹא לְשַׁמֵּשׁ עִמָּהּ עַתָּה לֹא תַּנִּיחַ הַשִּׁידָּה בִּמְקוֹמָהּ שֶׁאִם יִשְׁכַּב עִם הַשִּׁידָּה מִי יְבַקֵּשׁ מִמֶּנּוּ בְּעֵת הַתַּשְׁמִישׁ שֶׁגּוֹבֵר הַחֵן מֵחֲמַת גְּבַר תַּאֲוָתוֹ בָּהּ?!
(Esther 4,16) Et comme j'ai été perdue, je serai perdue : de même que j'ai été perdue pour la maison de mon père, ainsi je serai perdue pour toi. Bien que nous ayons écrit plus haut qu'il s'unissait à une chida et que, cette fois encore, elle userait du même procédé de la chida, malgré cela, puisqu'elle va vers lui ouvertement et de son plein gré, elle devient interdite à Mordekhai, même s'il ne s'unit pas à elle. Ou encore : elle pensait lui demander cette chose au moment où elle verrait qu'elle trouve auprès de lui une très grande grâce ; elle pensait que, lorsqu'il la verrait, il voudrait s'unir à elle, et qu'au moment de l'union la grâce l'emporterait davantage, de sorte qu'alors elle lui demanderait la délivrance et qu'il ne la repousserait pas. C'est pourquoi elle pensait que, s'il venait s'unir à elle maintenant, elle ne mettrait pas la chida à sa place : car s'il couchait avec la chida, qui lui demanderait quoi que ce soit au moment de l'union, où la grâce l'emporte parce que son désir pour elle l'emporte ?
💡 Explication

Le mot kadat, selon la loi, est d'abord un terme de protocole royal : on n'entre pas chez le roi sans être appelé. Rabbi Abba le déplace vers la halakha personnelle d'Esther, en opposant ones, la contrainte, et ratzon, le plein gré.

La conséquence est celle que rappelle Rachi : la femme prise par contrainte reste permise à son mari, tandis que l'acte consenti l'interdit. La phrase et comme j'ai été perdue, je serai perdue devient alors le constat d'une perte définitive, adressé à Mordekhai.

🖼️ Schéma
Contrainte et plein gré : ce que change la démarche d'Esther Jusqu'à présent : ones Elle a été prise par contrainte. Règle : elle reste permise à son mari. Désormais : ratzon Elle va chez le roi de son plein gré. Règle : elle devient interdite à son mari. Ce que dit alors la phrase : comme j'ai été perdue pour la maison de mon père, je serai perdue pour toi. Esther s'adresse à Mordekhai, dont elle était la femme selon la Guemara plus haut dans le traité. Question des Tossefot : pourquoi ne pas la répudier, ce qui permettrait de la reprendre ensuite ? Réponse : le guet exige des témoins, et l'affaire serait remontée jusqu'à la royauté.
Le passage de la contrainte au plein gré, sa conséquence halakhique et l'issue que les Tossefot écartent.
15
״וְיַעֲבֹור מָרְדְּכַי״. אָמַר רַב: שֶׁהֶעֱבִיר יוֹם רִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח בְּתַעֲנִית. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: דְּעָבַר עַרְקוּמָא דָּמְיָא.

Et Mordekhai passa (Esther 4,17). Rav a dit : il a fait passer le premier jour de Pessa'h dans le jeûne.

Et Chemouel a dit : il a traversé un cours d'eau.

📜 Rachi (2)
יו"ט רִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח שֶׁהֲרֵי בי"ג בְּנִיסָן נִכְתְּבוּ הָאִגְּרוֹת וְנִיתַּן הַדָּת בְּשׁוּשָׁן וי"ד וַחֲמִשָּׁה עָשָׂר וְשִׁשָּׁה עָשָׂר הִתְעַנּוּ וּבְשִׁשָּׁה עָשָׂר נִתְלָה הָמָן בָּעֶרֶב:
Le premier jour de fête de Pessa'h : car les lettres furent écrites le treize nissan et le décret fut promulgué à Chouchan ; le quatorze, le quinze et le seize ils jeûnèrent, et le seize au soir Haman fut pendu.
דְּעָבַר עַרְקוּמָא דָּמְיָא לֶאֱסֹוף הַיְּהוּדִים שֶׁבָּעֵבֶר הַשֵּׁנִי:
Il a traversé un cours d'eau : pour rassembler les Juifs qui se trouvaient de l'autre côté.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ד, יז) 'וַיַּעֲבֹר מָרְדֳּכָי וַיַּעַשׂ כְּכֹל אֲשֶׁר צִוְּתָה עָלָיו אֶסְתֵּר' אָמַר רַב: שֶׁהֶעֱבִיר יוֹם רִאשׁוֹן שֶׁל פֶּסַח בְּתַעֲנִית. וּשְׁמוּאֵל אָמַר: דְּעָבַר עַרְקוּמָא דָּמְיָא. הָא דְּלָא נִיחָא לֵיהּ לִשְׁמוּאֵל לְפָרֵשׁ הַכָּתוּב כְּדִבְרֵי רַב שֶׁהוּא מְרֻוָּוח טְפֵי, כִּי בֶּאֱמֶת לְכֻולֵּי עָלְמָא הִתְעַנּוּ בְּיוֹם טוֹב. וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּקַשְׁיָא לֵיהּ לָמָּה מְייַחֵס זֶה לְמָרְדְּכַי, וַהֲלֹא לֹא הוּא לְבַדּוֹ הִתְעַנָּה אֶלָּא אֶסְתֵּר וְכָל יִשְׂרָאֵל הִתְעַנּוּ, וְאִם קָאֵי עַל הַגְּזֵרָה שֶׁגָּזַר תַּעֲנִית לֹא מִמֶּנּוּ יָצְאָה גְּזֵירָה זוֹ תְּחִלָּה אֶלָּא מֵאֶסְתֵּר יָצְאָה שֶׁגָּזְרָה וְצוּמוּ עָלַי וְכוּ'? לְכָךְ נִיחָא לֵיהּ לְפָרֵשׁ עֻורְקְמָא דָּמְייָא עָבַר שֶׁדָּבָר זֶה קָאֵי עָלֶיהָ בִּלְחוּדֵיהּ.
(Esther 4,17) Et Mordekhai passa, et il fit tout ce qu'Esther lui avait ordonné. Rav a dit : il a fait passer le premier jour de Pessa'h dans le jeûne. Et Chemouel a dit : il a traversé un cours d'eau. Si Chemouel ne s'est pas satisfait d'expliquer le verset comme Rav, dont la lecture est pourtant plus large, c'est qu'en vérité, de l'avis de tous, ils ont jeûné le jour de fête. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que ce qui lui faisait difficulté est ceci : pourquoi attribuer cela à Mordekhai, alors qu'il ne fut pas seul à jeûner, mais qu'Esther et tout Israël ont jeûné ? Et si cela se rapporte au décret du jeûne, ce décret n'est pas sorti de lui en premier, mais d'Esther, qui a ordonné : jeûnez pour moi, etc. C'est pourquoi il a préféré expliquer qu'il a traversé un cours d'eau, chose qui le concerne lui seul.
💡 Explication

Le verbe vayaavor, il passa, est laissé sans complément par le verset. Rav le rattache à la racine de la transgression et lit que Mordekhai a fait passer le premier jour de Pessa'h dans le jeûne ; Chemouel le prend au sens matériel du déplacement.

Le désaccord n'est pas sur le jeûne lui-même, qui eut bien lieu pendant la fête selon les deux lectures, mais sur ce que le verset a choisi de mentionner.

🖼️ Schéma
Vayaavor : deux façons de compléter un verbe laissé seul Rav : il a fait passer un jour Le premier jour de Pessa'h est passé dans le jeûne. Selon Rachi : les quatorze, quinze et seize nissan. Chemouel : il a traversé Il a traversé un cours d'eau pour rassembler les Juifs qui se trouvaient de l'autre côté. Le jeûne pendant la fête n'est pas en cause : selon les deux lectures il a bien eu lieu. Argument du Ben Yehoyada pour Chemouel : le jeûne concernait tout Israël, tandis que le verset parle de Mordekhai seul.
Les deux complètements du verbe passa, et la raison qui pousse Chemouel vers le sens matériel.
16
״וַיְהִי בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי וַתִּלְבַּשׁ אֶסְתֵּר מַלְכוּת״. ״בִּגְדֵי מַלְכוּת״ מִיבְּעֵי לֵיהּ! אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: מְלַמֵּד שֶׁלְּבָשַׁתָּה רוּחַ הַקֹּדֶשׁ. כְּתִיב הָכָא: ״וַתִּלְבַּשׁ״, וּכְתִיב הָתָם: ״וְרוּחַ לָבְשָׁה אֶת עֲמָשַׂי״.

Et ce fut au troisième jour, Esther se revêtit de royauté (Esther 5,1). Il aurait fallu dire : des vêtements de royauté !

Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Hanina : cela enseigne qu'elle s'est revêtue de l'esprit de sainteté. Il est écrit ici : et elle se revêtit, et il est écrit là-bas (I Chroniques 12,19) : et l'esprit revêtit Amassai.

🗂️ Tossefot (1)
בַּיּוֹם הַשְּׁלִישִׁי בִּזְכוּת תּוֹרָה נְבִיאִים וּכְתוּבִים א"נ כֹּהֲנִים לְוִיִּם וְיִשְׂרְאֵלִים אִי נָמֵי מֹשֶׁה וְאַהֲרֹן וּמִרְיָם אִי נָמֵי שְׁלִישִׁי דְּמַתַּן תּוֹרָה:
Au troisième jour : par le mérite de la Tora, des Prophètes et des Écrits ; ou bien par le mérite des cohanim, des leviim et des israélites ; ou bien par le mérite de Moche, d'Aharon et de Miriam ; ou bien parce que c'est le troisième jour du don de la Tora.
💡 Explication

L'argument est une guezera chava de vocabulaire : le même verbe se revêtir est employé ailleurs pour l'esprit qui saisit Amassai, ce qui autorise à lire ici autre chose que des vêtements.

La formulation du verset appelait déjà cette lecture, puisqu'on se revêt d'un vêtement de royauté et non de la royauté elle-même.

17
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: לְעוֹלָם אַל תְּהִי בִּרְכַּת הֶדְיוֹט קַלָּה בְּעֵינֶיךָ, שֶׁהֲרֵי שְׁנֵי גְּדוֹלֵי הַדּוֹר בֵּרְכוּם שְׁנֵי הֶדְיוֹטוֹת, וְנִתְקַיְּימָה בָּהֶן, וְאֵלּוּ הֵן: דָּוִד וְדָנִיֵּאל. דָּוִד — דְּבֶרֶכְיָה אֲרַוְנָה, דִּכְתִיב: ״וַיֹּאמֶר אֲרַוְנָה אֶל הַמֶּלֶךְ וְגוֹ׳״. דָּנִיֵּאל — דְּבֶרֶכְיָה דָּרְיָוֶשׁ, דִּכְתִיב: ״אֱלָהָךְ דִּי אַנְתְּ פָּלַח לֵיהּ בִּתְדִירָא הוּא יְשֵׁיזְבִינָּךְ״.

Et Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Hanina : que jamais la bénédiction d'un homme simple ne soit légère à tes yeux, car deux des plus grands de leur génération ont été bénis par deux hommes simples, et la bénédiction s'est accomplie en eux ; ce sont David et Daniel. David, car Arauna l'a béni, comme il est écrit (II Samuel 24,23) : et Arauna dit au roi, etc.

Daniel, car Darius l'a béni, comme il est écrit (Daniel 6,17) : ton D.ieu que tu sers continuellement, c'est Lui qui te délivrera.

💡 Explication

Le mot hedyot désigne un homme ordinaire, sans fonction ni autorité. Les deux exemples renforcent le propos, puisque ni Arauna ni Darius n'appartiennent au peuple : la bénédiction vaut par elle-même.

Les deux bénédictions se sont vérifiées : le lieu acquis d'Arauna devint celui du Temple, et Daniel fut délivré de la fosse aux lions.

18
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: אַל תְּהִי קִלְלַת הֶדְיוֹט קַלָּה בְּעֵינֶיךָ, שֶׁהֲרֵי אֲבִימֶלֶךְ קִלֵּל אֶת שָׂרָה ״הִנֵּה הוּא לָךְ כְּסוּת עֵינַיִם״, וְנִתְקַייֵּם בְּזַרְעָהּ: ״וַיְהִי כִּי זָקֵן יִצְחָק וַתִּכְהֶיןָ עֵינָיו״.

Et Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Hanina : que la malédiction d'un homme simple ne soit pas légère à tes yeux, car Avimelekh a maudit Sara : voici, cela te sera une couverture des yeux (Genèse 20,16) ; et cela s'est accompli dans sa descendance : et ce fut, quand Yitshak fut vieux, ses yeux s'obscurcirent (Genèse 27,1).

💡 Explication

La phrase d'Avimelekh se présente comme un dédommagement, et la Guemara la lit comme une malédiction voilée : une couverture des yeux. Elle ne s'accomplit pas sur Sara mais sur son fils, ce que le texte souligne par les termes d'obscurcissement des yeux.

19
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: בֹּא וּרְאֵה שֶׁלֹּא כְּמִדַּת הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא מִדַּת בָּשָׂר וָדָם. מִדַּת בָּשָׂר וָדָם — אָדָם שׁוֹפֵת קְדֵרָה וְאַחַר כָּךְ נוֹתֵן לְתוֹכָהּ מַיִם, אֲבָל הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא — נוֹתֵן מַיִם וְאַחַר כָּךְ שׁוֹפֵת הַקְּדֵרָה, לְקַיֵּים מַה שֶׁנֶּאֱמַר: ״לְקוֹל תִּתּוֹ הֲמוֹן מַיִם בַּשָּׁמַיִם״.

Et Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Hanina : viens et vois, la mesure du Saint béni soit-Il diffère de la mesure de chair et de sang. La mesure de chair et de sang : l'homme pose la marmite sur le feu, et ensuite il y met l'eau ; mais le Saint béni soit-Il met l'eau et ensuite pose la marmite, pour accomplir ce qui est dit (Jérémie 10,13) : à la voix qu'Il donne, il y a un tumulte d'eaux dans les cieux.

📜 Rachi (1)
שׁוֹפֵת אֶת הַקְּדֵרָה מוֹשִׁיבָהּ עַל הַכִּירָה הִיא קְרוּיָה שְׁפִיתָה:
Il l'installe sur le foyer : cela s'appelle chéfita.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִדַּת בָּשָׂר וָדָם אָדָם שׁוֹפֵת קְדֵרָה וְאַחַר כָּךְ נוֹתֵן לְתוֹכָהּ מַיִם. עַייֵּן רַשִׁ"י וְרַדַ"ק בְּיִרְמְיָהוּ. וְנִרְאֶה תַּלְמוּדָא הָכָא סָמַךְ עַל סוֹף הַכָּתוּב (תְּהִלִּים קלה, ז) 'מַעֲלֶה נְשֻׂאִים מֻקְצֶה הָאָרֶץ' וְהֶעָבִים הֵם הַמְקַבְּלִים הַמַּיִם כִּקְדֵרָה.
La mesure de chair et de sang : l'homme pose la marmite et ensuite il y met l'eau. Voir Rachi et le Radak sur Jérémie. Il semble que le Talmud s'appuie ici sur la fin du verset (Psaumes 135,7) : Il fait monter les nuées du bout de la terre ; et les nuées sont ce qui reçoit les eaux, à la manière d'une marmite.
💡 Explication

Le verset de Jérémie mentionne la voix qui donne les eaux avant de parler des cieux, et l'ordre des mots est lu comme l'ordre des faits : les eaux d'abord, le récipient ensuite.

Le terme technique est chéfita, l'installation de la marmite sur le foyer, que Rachi prend soin de définir.

🖼️ Schéma
L'ordre inverse : le récipient et son contenu Mesure de chair et de sang 1. On pose la marmite sur le foyer 2. On y verse l'eau Le contenant précède le contenu. Mesure d'en haut 1. Les eaux sont données 2. Les cieux sont posés ensuite Le contenu précède le contenant. Appui du verset : à la voix qu'Il donne, il y a un tumulte d'eaux dans les cieux. Les eaux sont nommées avant les cieux.
L'ordre du verset lu comme un ordre de succession, contraire à la façon de faire humaine.
20
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: כָּל הָאוֹמֵר דָּבָר בְּשֵׁם אוֹמְרוֹ מֵבִיא גְּאֻולָּה לָעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וַתֹּאמֶר אֶסְתֵּר לַמֶּלֶךְ בְּשֵׁם מָרְדֳּכָי״.

Et Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Hanina : quiconque dit une chose au nom de celui qui l'a dite apporte la délivrance au monde, comme il est dit (Esther 2,22) : et Esther le dit au roi au nom de Mordekhai.

🪔 Ben Yehoyada (1)
כָּל הָאוֹמֵר דָּבָר בְּשֵׁם אוֹמְרוֹ מֵבִיא גְּאֻלָּה לָעוֹלָם, שֶׁנֶּאֱמַר (אֶסְתֵּר ב, כב) : 'וַתֹּאמֶר אֶסְתֵּר לַמֶּלֶךְ בְּשֵׁם מָרְדְּכַי'. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת הֵיכָא מַשְׁמַע מֵהַאי קְרָא? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּיֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה לֹא הָלַךְ מָרְדְּכַי הַצַּדִּיק ע"ה הוּא בְּעַצְמוֹ לְהַגִּיד לַמֶּלֶךְ? אַךְ הָעִנְיָן כִּי רָאָה בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁדָּבָר זֶה נַעֲשָׂה עַתָּה כְּדֵי לֶאֱכֹול פֵּירוֹתָיו בִּזְמַן אַחֵר לְעֵת הַצֹּורֶךְ וְאִם הָיָה הוּא בְּעַצְמוֹ מַגִּיד לַמֶּלֶךְ וַדַּאי הָיָה מְשַׁלֵּם לוֹ גְּמוּל טוֹב תֶּכֶף וּמִיָּד וְנִמְצָא פְּרִי הַדָּבָר הַזֶּה הָיָה נֶאֱכָל עַתָּה וּבֶאֱמֶת הוּא יָדַע בְּרוּחַ הַקֹּודֶשׁ שֶׁצָּרִיךְ לִהְיוֹת שָׁמוּר לְעֵת רָחוֹק, לְכָךְ הִתְחַכֵּם שֶׁאֶסְתֵּר תַּגִּיד לַמֶּלֶךְ וּבְוַדַּאי שֶׁיִּכָּתֵב בְּסֵפֶר עַל שְׁמוֹ, אַךְ הַמֶּלֶךְ כֵּיוָן שֶׁרָאָה דָּבָר זֶה יָצָא מִפִּי אֶסְתֵּר תּוֹלֶה הַצָּלָתוֹ בָּהּ וְלֹא יָשׁוּם לִבּוֹ לָדַעַת וּלְהָבִין מִי הוּא זֶה הַמַּגִּיד לְאֶסְתֵּר כְּדֵי לְשַׁלֵּם לוֹ גְּמוּל טוֹב כִּי יִטָּרֵד בְּשִׂמְחַת הַצָּלָתוֹ וְלֹא יַעֲלֶה בְּלִבּוֹ אֶלָּא רַק אֶסְתֵּר שֶׁהִגִּידָה לוֹ דָּבָר זֶה וְהִצִּילַתּוּ מִן הַטּוֹב אַךְ מֵאַחַר שֶׁבַּסֵּפֶר נִכְתַּב עַל שֵׁם מָרְדְּכַי כַּאֲשֶׁר הִגִּידָה אֶסְתֵּר בִּשְׁמוֹ, אָז הוֹצִיא הַדָּבָר זֶה פִּרְיוֹ לְעֵת הַצֹּורֶךְ וְנִסְתַּבֵּב מִמֶּנּוּ מַפָּלַת הַמָּן וְהַצָּלַת כָּל יִשְׂרָאֵל שֶׁנִּגְאֲלוּ מִצָּרָתָם וְאֵיךְ יָצָא הַפְּרִי הַזֶּה שֶׁעָשָׂה גְּאֻולָּה לְיִשְׂרָאֵל אִם לֹא הָיְתָה אֶסְתֵּר מַגֶּדֶת הַדָּבָר בְּשֵׁם מָרְדְּכַי שֶׁעַל יְדֵי כָּךְ נִכְתַּב בְּסֵפֶר בְּשֵׁם מָרְדְּכַי וְנִמְצָא הָאוֹמֵר דָּבָר בְּשֵׁם אוֹמְרוֹ יְסוֹבֵב מִזֶּה גְּאֻולָּה לְעוֹלָם. וְנִרְאֶה שֶׁאוֹתִיּוֹת הַשֵּׁם שֶׁמַּזְכִּיר בְּפִיו יִהְיוּ צִינּוֹרוֹת לְקַבָּלַת הַשֶּׁפַע שֶׁל גְּאֻולָּה. נִמְצָא לָמַדְנוּ מִכָּאן שֶׁהָאוֹמֵר דְּבַר תּוֹרָה בְּשֵׁם אוֹמְרוֹ מֵבִיא גְּאֻולָּה, וְצָרִיךְ לְהָבִין מַה טַעַם יֵשׁ בָּזֶה עַל דִבְרֵי תוֹרָה? וְנִרְאֶה לִי בס"ד דְּאִם אוֹמֵר דְּבַר תּוֹרָה וְאֵינוֹ אוֹמְרוֹ בְּשֵׁם אוֹמְרוֹ, זֶה יִהְיֶה מֵחֲמַת גַּאֲוָה שֶׁרוֹצֶה לְהִתְגָּאוֹת בְּטַלִּית אֲחֵרִים שֶׁיַּחְשְׁבוּ הָעוֹלָם שֶׁדָּבָר זֶה הוּא הַמְחַדֵּשׁ אוֹתוֹ מִדַּעְתּוֹ, וּלְפִי זֶה הַמְדַקְדֵּק לוֹמַר דָּבָר בְּשֵׁם אוֹמְרוֹ הֲרֵי זֶה מוֹאֵס בְּגַאֲוָה וְלוֹמֵד תּוֹרָה לִשְׁמָהּ, לָכֵן מִדָּה כְּנֶגֶד מִדָּה בִּזְכוּת זֶה שֶׁלּוֹמֵד לִשְׁמָהּ יָטִיל הקב"ה אוֹת לָמֶ"ד שֶׁבּוֹ רָמוּז לִימּוּד הַתּוֹרָה בְּתוֹךְ אוֹתִיּוֹת 'גַּאֲוָה' אֲשֶׁר מָאַס זֶה הָאָדָם, וְיִהְיֶה כָּאן צֵירוּף 'גְּאֻולָּה' וְלָזֶה אָמַר מֵבִיא גְּאָלָהּ לְעוֹלָם. אוֹ יוּבָן בס"ד טַעַם לָזֶה, כִּי יָדוּעַ הַתּוֹעֶלֶת שֶׁיָּצְאָה לְבַעַל אוֹתוֹ דָּבָר אִם יֹאמְרוּ דִבְרֵי תוֹרָה מִשְּׁמוֹ הוּא שֶׁיִּהְיוּ שִׂפְתוֹתָיו דּוֹבְבוֹת בַּקֶּבֶר (בְּכוֹרוֹת לא:) , וְנִמְצָא זֶה הָאוֹמֵר דָּבָר בְּשֵׁם אוֹמְרוֹ בִּשְׁבִיל טַעַם זֶה, יֵשׁ לוֹ אֱמוּנָה בַּדְּבָרִים הַנִּסְתָּרִים שֶׁנַּעֲשִׂים לַצַּדִּיקִים בַּקֶּבֶר כִּי דְּבָרִים אֵלּוּ אֵינָם גִּלּוּיָם אֶלָּא נִסְתָּרִים, וְרַק נוֹדָעִים לָנוּ עַל פִּי הַקַּבָּלָה וְזֶה הַמַּאֲמִין בְּדִבְרֵי קַבָּלָה שֶׁאֵין גְּלוּיִים לְעֵינֵי הַכֹּל הֲרֵי זֶה בַּעַל אֱמוּנָה, וְיָדוּעַ הָאֱמוּנָה מְקָרֶבֶת הַגְּאֻולָּה וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ רַבּוֹתֵינוּ זַ"ל (מַכּוֹת כד.) בָּא חֲבַקּוּק וְהֶעֱמִידָן עַל אַחַת שֶׁנֶּאֱמַר (חֲבַקּוּק ב, ד) 'וְצַדִּיק בֶּאֱמוּנָתוֹ יִחְיֶה', וְהַמַּאֲמִין בְּדָבָר אֶחָד מִדִּבְרֵי קַבָּלָה הֲרֵי זֶה מַאֲמִין בַּכֹּל, וְלָכֵן הָאוֹמֵר דָּבָר בְּשֵׁם אוֹמְרוֹ שֶׁנִּמְצָא מַאֲמִין בְּדִבְרֵי קַבָּלָה הַנִּזְכָּר מֵבִיא גְּאֻלָּה לְעוֹלָם.
Quiconque dit une chose au nom de celui qui l'a dite apporte la délivrance au monde, comme il est dit (Esther 2,22) : et Esther le dit au roi au nom de Mordekhai. On peut objecter : où cela se laisse-t-il entendre dans ce verset ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il faut d'abord demander pourquoi Mordekhai le juste, sur lui la paix, n'est pas allé le dire lui-même au roi. Voici l'affaire : il vit par l'esprit de sainteté que la chose se faisait maintenant pour en manger les fruits en un autre temps, au moment du besoin ; or s'il l'avait dit lui-même au roi, celui-ci lui aurait assurément rendu un bienfait sur-le-champ, et il se serait trouvé que le fruit de cette chose aurait été mangé tout de suite ; mais en vérité il savait par l'esprit de sainteté qu'il fallait le garder pour un temps éloigné. Il usa donc de sagesse pour qu'Esther le dise au roi, et assurément cela serait écrit dans le livre en son nom à lui ; mais le roi, voyant que la chose sortait de la bouche d'Esther, attribuerait son salut à elle et ne mettrait pas son cœur à savoir et à comprendre qui donc l'avait dit à Esther, afin de lui rendre un bienfait, car il serait occupé par la joie de son salut et il ne lui monterait au cœur qu'Esther, qui lui avait dit la chose et l'avait sauvé du bien. Mais dès lors que, dans le livre, la chose fut écrite au nom de Mordekhai, puisqu'Esther l'avait dite en son nom, elle produisit son fruit au temps du besoin, et il en résulta la chute de Haman et le salut de tout Israël, délivré de sa détresse. Et comment ce fruit, qui a produit une délivrance pour Israël, serait-il sorti si Esther n'avait pas dit la chose au nom de Mordekhai, ce par quoi elle fut écrite dans le livre au nom de Mordekhai ? Il se trouve que celui qui dit une chose au nom de celui qui l'a dite fait que de là vienne une délivrance pour le monde. Et il semble que les lettres du nom qu'il mentionne de sa bouche deviennent les canaux qui reçoivent l'influx de la délivrance. Nous apprenons donc d'ici que celui qui dit une parole de Tora au nom de celui qui l'a dite apporte la délivrance ; et il faut comprendre quelle raison il y a à cela pour les paroles de Tora. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que si quelqu'un dit une parole de Tora sans la dire au nom de celui qui l'a dite, ce sera par orgueil, voulant se parer du taleth d'autrui pour que les gens pensent que c'est lui qui l'a innovée de son propre esprit. Dès lors, celui qui prend soin de dire une chose au nom de celui qui l'a dite méprise l'orgueil et étudie la Tora pour elle-même ; c'est pourquoi, mesure pour mesure, en mérite de ce qu'il étudie pour elle-même, le Saint béni soit-Il introduit la lettre lamed, où est évoqué le limoud, l'étude de la Tora, à l'intérieur des lettres du mot gaava, l'orgueil, que cet homme a méprisé, et l'on obtient alors la combinaison gueoula, la délivrance ; c'est ce qu'il dit : il apporte la délivrance au monde. Ou bien l'on peut comprendre la raison ainsi, avec l'aide du Ciel : on sait quel profit revient à l'auteur d'une parole lorsqu'on dit des paroles de Tora en son nom, à savoir que ses lèvres murmurent dans la tombe (Bekhorot 31b). Il se trouve que celui qui dit une chose au nom de celui qui l'a dite pour ce motif a foi dans les choses cachées qui se font pour les justes dans la tombe, car ces choses ne sont pas visibles mais cachées, et ne nous sont connues que par la tradition. Celui qui croit aux paroles de la tradition, qui ne sont pas visibles aux yeux de tous, est un homme de foi ; et l'on sait que la foi rapproche la délivrance, comme l'ont dit nos maîtres, de mémoire bénie (Makot 24a) : vint Habacuc, qui les établit toutes sur une seule, comme il est dit (Habacuc 2,4) : le juste vivra par sa foi. Et celui qui croit à une seule des paroles de la tradition croit à toutes ; c'est pourquoi celui qui dit une chose au nom de celui qui l'a dite, et qui se trouve ainsi croire aux paroles de la tradition mentionnées, apporte la délivrance au monde.
💡 Explication

La preuve est prise dans l'épisode de Bigtan et Térech, rapporté plus tôt dans la meguila : Esther a transmis l'avertissement au nom de Mordekhai, et c'est cette mention qui, consignée dans les chroniques du roi, deviendra le point de départ du renversement.

21
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: צַדִּיק אָבַד — לְדוֹרוֹ אָבַד. מָשָׁל לְאָדָם שֶׁאָבְדָה לוֹ מַרְגָּלִית, כָּל מָקוֹם שֶׁהִיא — מַרְגָּלִית שְׁמָהּ, לֹא אָבְדָה אֶלָּא לְבַעְלָהּ.

Et Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Hanina : un juste qui se perd, c'est pour sa génération qu'il est perdu. Parabole d'un homme qui a perdu une perle : où qu'elle soit, elle demeure une perle ; elle n'est perdue que pour son propriétaire.

💡 Explication

Le verbe avad, se perdre, est employé par l'Écriture pour la disparition du juste. La parabole déplace le sujet du verbe : la perte affecte celui qui possédait, non l'objet perdu.

22
״וְכָל זֶה אֵינֶנּוּ שֹׁוֶה לִי״. אָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: בְּשָׁעָה שֶׁרָאָה הָמָן אֶת מָרְדֳּכַי יֹושֵׁב בְּשַׁעַר הַמֶּלֶךְ, אָמַר: ״כָּל זֶה אֵינוֹ שֹׁוֶה לִי״. כִּדְרַב חִסְדָּא, דְּאָמַר רַב חִסְדָּא: זֶה בָּא בִּפְרוֹזְבּוּלֵי וְזֶה בָּא

Et tout cela ne vaut rien pour moi (Esther 5,13). Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Hanina : à l'heure où Haman vit Mordekhai assis à la porte du roi, il dit : et tout cela ne vaut rien pour moi.

Conformément à Rav Hisda, car Rav Hisda a dit : celui-ci vient avec la prétention du riche, et celui-là vient

📜 Rachi (2)
וְזֶה בָּא בִּפְרוֹזְבּוֹלִי מָרְדְּכַי בָּא אֵלָיו בְּטַעֲנַת עֹושֶׁר הָמָן בָּא בְּטַעֲנַת עֹונִי שֶׁמָּכַר הָמָן אֶת עַצְמוֹ לְמָרְדְּכַי קֹודֶם לָכֵן יָמִים רַבִּים בְּכַכְּרֵי לֶחֶם:
Et celui-là vient avec la prétention du riche : Mordekhai vient à lui avec l'argument du riche, et Haman vient avec l'argument du pauvre, car Haman s'était vendu lui-même à Mordekhai bien des jours auparavant pour des miches de pain.
בּוּלֵי לְשׁוֹן עֹושֶׁר כִּדְאָמְרִינַן (גִּיטִּין דַּף לז.) וְשָׁבַרְתִּי אֶת גְּאוֹן עֻוזְּכֶם אֵלּוּ בּוּלָאוּת שֶׁבִּיהוּדָה:
Bouli : terme de richesse, comme nous disons (Guittin 37a) sur le verset et je briserai l'orgueil de votre force : ce sont les boulaot de Yehouda.
🪔 Ben Yehoyada (2)
זֶה בָּא בִּפְרוֹזְבּוֹלִי, וְזֶה בָּא בִּפְרוּזְבּוֹטֵי. נִרְאֶה לִי בס"ד זֶה מָרְדְּכַי בָּא בְּטַעֲנָה שֶׁל פְּרוֹזְבּוֹלִי , שֶׁאִם יוֹכִיחוּ אֶת מָרְדְּכַי וְיֹאמְרוּ לוֹ לָמָּה נִתְגָּרִיתָ בְּהַמָּן וְגָרַמְתָּ צָרָה לְיִשְׂרָאֵל? שֶׁאִם הָיִיתָ קָם מִפָּנָיו וּמִשְׁתַּחֲוֶה לוֹ כִּשְׁאָר שָׂרֵי הַמֶּלֶךְ וְעַבְדֵי הַמֶּלֶךְ לֹא הָיָה מִתְמַלֵּא חֵמָה לְהָצֵר אֶת יִשְׂרָאֵל! הִנֵּה אָז מָרְדְּכַי יָבֹא בְּטַעֲנָה וּתְשׁוּבָה לְהָשִׁיב עַל תַּרְעֹומֶת זֶה שֶׁמִּתְרַעֲמִים עָלָיו דְּלָאו מִשּׁוּם כְּבוֹדִי מָנַעְתִּי עַצְמִי מִלָּקוּם מִפָּנָיו וְהִשְׁתַּחֲוָת לוֹ אֶלָּא בַּעֲבוּר הֶפְסֵד מָמוֹן עָצוּם וְרַב שֶׁהָיִיתִי מַפְסִיד בְּדָבָר זֶה יַעַן כִּי אֲנִי אָדוּן לוֹ שֶׁנִּמְכַּר לִי וְכָל עֹושֶׁר שֶׁלּוֹ הוּא שֶׁלִּי, וְאִם הָיִיתִי קָם מִפָּנָיו וּמִשְׁתַּחֲוֶה לוֹ הָיִיתִי מְאַבֵּד זְכוּת זֶה בְּיָדַיִם! שֶׁאִם אַחַר כָּךְ אָבֹא לְתָבְעוֹ בְּמָמוֹן מִדִּין כָּל מַה שֶּׁקָּנָה עֶבֶד קָנָה רַבּוֹ יֹאמַר אִם אֲנִי עַבְדְּךָ אֵיךְ תָּקוּם מִפְּנֵי וְאֵיךְ תִּשְׁתַּחֲוֶה לִי? הֲרֵי אַתָּה עָשִׂיתָ דְּבָרִים מוֹכִיחִין שֶׁאֵינֶנִּי עַבְדְּךָ אֶלָּא אָדוֹן עָלֶיךָ! וְעַל כֵּן הֻוכְרַחְתִּי לְהִזָּהֵר שֶׁלֹּא אֶשְׁתַּחֲוֶה לוֹ וְגַם לֹא אָקוּם מִפָּנָיו. וְזֶה הָמָן בָּא בְּטַעֲנָה שֶׁל פְּרוֹזְבוֹטִי , שֶׁאִם יֹאמְרוּ לְהָמָן לָמָּה עָשִׂיתָ עָוֶל זֶה לִכְתֹּוב לְאַבֵּד נָשִׁים וְטַף, שֶׁאִם הָאֲנָשִׁים חָטְאוּ כִּדְבָרֶיךָ אֵלֶּה הַצֹּאן מֶה עָשׂוּ? אֵין זֶה אֶלָּא מֵרֹועַ לֵב שֶׁכַּוָּנָתְךָ לְהַזִּיק בְּחִינָּם כְּשׁוֹר נַגָּח וּכְנָחָשׁ וְעַקְרָב הַנּוֹשְׁכִין בִּלְתִּי הֲנָאָה! אָז הַמָּן יָבֹא לְהָשִׁיב לָהֶם תְּשׁוּבָה בְּטַעֲנָה זוֹ שֶׁל פְּרוֹזְבוֹטִי לוֹמַר הָיָה מֻוכְרָח לְהַשְׁמִיד אֶת הַכֹּל לַהֲנָאָתוֹ יַעַן שֶׁיֵּשׁ לְמָרְדְּכַי עָלָיו טַעֲנָה שֶׁל מְכִירָתוֹ לְעֶבֶד, וְכָל מַה שֶּׁקָּנָה עֶבֶד קָנָה רַבּוֹ וְאִם כֵּן יָבֹא יוֹם וְיִתְבַּע מִמֶּנּוּ כָּל מָמוֹן שֶׁבְּיָדוֹ וְיַעֲשֵׂהוּ עָנִי! לְכָךְ רָדַף אוֹתָם לְכַלּוֹת הַכֹּל שֶׁלֹּא דַּי לוֹ לְכַלּוֹת הָאֲנָשִׁים בִּלְבַד כִּי הַיְּהוּדִים יוֹרְשִׁים זֶה אֶת זֶה וְאִם הָיָה נִשְׁאָר אִשָּׁה אַחַת אוֹ טַף אֶחָד הָיוּ תּוֹבְעִין אוֹתוֹ וּמַעֲנִים אוֹתוֹ מִכֹּחַ יְרֻושָּׁה, לְכָךְ הֻוכְרַח לְגַלְגֵּל כְּלָיָה עַל הַכֹּל כְּדֵי שֶׁיִּשָּׁאֵר קַייָּם בְּמָמוֹן שֶׁלּוֹ! וּבָזֶה נִיחָא שֶׁהֵבִיא עַל זֶה דִּבְרֵי רַב פַּפָּא דְּאָמַר דְּהָווּ קָרוּ לֵיהּ 'עַבְדָּא דְּמִזְדַּבַּן בְּטֻלְמִי' וְהַייְנוּ אַל תִּתְמַהּ לָמָּה חָרַד הָמָן עַל מָמוֹנוֹ כָּל כָּךְ מִכֹּחַ תְּבִיעָה זוֹ שֶׁל מָרְדְּכַי וַהֲלֹא עָבְרוּ יָמִים הַרְבֵּה אַחַר שׁוּבָם מִן הַמִּלְחָמָה שֶׁהָיְתָה בָּהּ הַמְּכִירָה וּמָרְדְּכַי לֹא תָּבַע אוֹתוֹ כְּלָל וְנַעֲשָׂה מִשְׁנֶה לַמֶּלֶךְ וְגַם כֵּן מָרְדְּכַי שָׁתַק לוֹ נִמְצָא לֹא הָיָה בְּדַעְתּוֹ לְתָבְעוֹ בְּדָבָר זֶה וּמָחַל לוֹ הַדָּבָר הַזֶּה וּכְאִלּוּ לֹא הָיָה כְּלָל, לְכָךְ הֵבִיא הָא דְרַב פָּפָּא דְּאָמַר הָווּ כֻּולְּהוּ אִינָשֵׁי קָרוּ לֵיהּ הָכִי גַּם בִּזְמַן הֱיוֹתוֹ מִשְׁנֶה לַמֶּלֶךְ אִם כֵּן דָּבָר זֶה מְפֻורְסָם בִּלְשׁוֹן כֻּולֵּי עָלְמָא וְנוֹדַע לְכָל וּקְלוֹנוֹ לֹא נִשְׁכַּח, וּלְכָךְ חָרַד עַל זֹאת. וְנִרְאֶה לִי בס"ד הָא דְּקָרוּ עָלֶיהָ הַאי לִישָּׁנָא דְּטֻולְמֵי, כִּי 'הַמָּן' מִסִּפְרוֹ 'טֻולְמֵי' [95] וְלָכֵן הָיוּ מְגַנִּים אוֹתוֹ בְּטֻולְמֵי הָרְמוּזָה בִּשְׁמוֹ, וְנִמְצָא נִתְחַזֵּק דָּבָר זֶה בְּקוֹלָן שֶׁל בְּנֵי אָדָם בְּיוֹתֵר עַד שֶׁאֵין צָרִיךְ לְהוֹצִיא מָרְדְּכַי אֶת הַשְּׁטָר לִתְבֹּועַ בּוֹ, אֶלָּא קָלָא דְּאִינָשֵׁי בִּלְבַד מַסְפִּיק לוֹ וְגֶבֶר יִשְׂרָאֵל!
Celui-ci vient avec le pérozbouli, et celui-là vient avec le pérozbouti. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que celui-ci, Mordekhai, vient avec l'argument du pérozbouli. Car si l'on adresse un reproche à Mordekhai en lui disant : pourquoi as-tu provoqué Haman et attiré une détresse sur Israël ? Si tu t'étais levé devant lui et t'étais prosterné comme les autres ministres du roi et les serviteurs du roi, il ne se serait pas rempli de fureur au point d'accabler Israël ! Alors Mordekhai viendra avec un argument et une réponse pour répondre à ce reproche : ce que j'ai fait, je ne l'ai pas fait pour mon honneur en me retenant de me lever devant lui et de me prosterner, mais à cause d'une perte de bien considérable que j'aurais subie par là, car je suis son maître, puisqu'il s'est vendu à moi, et toute sa richesse est la mienne. Si je m'étais levé devant lui et m'étais prosterné, j'aurais détruit ce droit de mes propres mains : car si ensuite je venais lui réclamer son bien, en vertu de la règle que tout ce qu'un esclave acquiert, son maître l'acquiert, il dirait : si je suis ton esclave, comment te levais-tu devant moi et comment te prosternais-tu devant moi ? Voilà que tu as accompli des actes qui prouvent que je ne suis pas ton esclave, mais que je suis ton maître ! C'est pourquoi j'ai dû prendre garde de ne pas me prosterner devant lui et de ne pas me lever devant lui. Et celui-là, Haman, vient avec l'argument du pérozbouti. Car si l'on dit à Haman : pourquoi as-tu commis cette injustice d'écrire de faire périr les femmes et les enfants ? Si les hommes ont fauté selon tes dires, ces brebis-là, qu'ont-elles fait ? Il n'y a là que méchanceté de cœur, ton intention étant de nuire gratuitement comme un bœuf qui encorne, comme le serpent et le scorpion qui mordent sans en tirer profit ! Alors Haman viendra leur répondre par cet argument du pérozbouti, en disant qu'il était contraint de tout exterminer pour son propre intérêt, puisque Mordekhai avait contre lui l'argument de sa vente comme esclave, et que tout ce qu'un esclave acquiert son maître l'acquiert ; dès lors, un jour viendrait où Mordekhai lui réclamerait tout le bien qu'il a en main et le rendrait pauvre. C'est pourquoi il les a poursuivis pour tout anéantir : il ne lui suffisait pas d'anéantir les hommes seuls, car les Juifs héritent les uns des autres, et s'il était resté une seule femme ou un seul enfant, ils l'auraient poursuivi et tourmenté en vertu du droit d'héritage ; il fut donc contraint d'étendre l'extermination à tous, afin de demeurer en possession de son bien. Par là se comprend bien qu'on rapporte à ce propos la parole de Rav Papa, qui a dit qu'on l'appelait l'esclave vendu pour des pains. C'est-à-dire : ne t'étonne pas que Haman ait tant tremblé pour son bien à cause de cette réclamation de Mordekhai, alors que bien des jours avaient passé depuis leur retour de la guerre où eut lieu la vente, et que Mordekhai ne l'avait nullement réclamé, et qu'il était devenu second du roi, et que Mordekhai s'était tu à son égard ; il se trouve qu'il n'avait pas l'intention de le lui réclamer et qu'il le lui avait remis, comme si la chose n'avait jamais été. C'est pourquoi on rapporte la parole de Rav Papa, selon laquelle tous les gens l'appelaient ainsi, même au temps où il était second du roi ; dès lors la chose était publique dans la bouche de tous et connue de tous, et son opprobre n'était pas oublié, et voilà pourquoi il tremblait pour cela. Et il me semble, avec l'aide du Ciel, que si on lui appliquait ce terme de toulmi, c'est que Haman a la même valeur numérique que toulmi [95] ; c'est pourquoi on le décriait par le toulmi évoqué dans son nom. Il se trouve que la chose s'était renforcée par la voix des gens au point que Mordekhai n'avait pas besoin de produire l'acte pour réclamer : la rumeur des gens lui suffisait, et Israël l'emporta.
(אֶסְתֵּר ה, יג) 'וְכָל זֶה אֵינֶנּוּ שֹׁוֶה לִי' מְלַמֵּד שֶׁכָּל גְּנָזָיו שֶׁל אוֹתוֹ רָשָׁע חֲקוּקִין עַל לִבּוֹ, וּבְשָׁעָה שֶׁרוֹאֶה אֶת מָרְדֳּכַי יֹושֵׁב בְּשַׁעַר הַמֶּלֶךְ - אָמַר וְכָל זֶה אֵינֶנּוּ שֹׁוֶה לִי. נִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה שֶׁהָיָה לוֹ כֹּחַ הַזְּכִירָה שֶׁיּוֹדֵעַ בְּאוֹצָר זֶה כָּךְ וְכָךְ תֵּיבוֹת יֵשׁ בּוֹ וּבְכָל תֵּיבָה כָּךְ וְכָךְ מִינֵי כְּסָפִים וּזְהוּבִים יֵשׁ פֹּה וְכֵן בְּאוֹצָר שֵׁנִי וּשְׁלִישִׁי וְיוֹתֵר וְכֵן כָּךְ וְכָךְ אֲבָנִים טוֹבוֹת וּמַרְגָּלִיּוֹת יֵשׁ לוֹ בְּבֵית גְּנָזָיו וְזוֹכֵר מִשְׁקַל כָּל אֶחָד וְאֶחָד מֵהֶם בְּאֹופֶן שֶׁלֹּא הָיָה צָרִיךְ לִרְשֹׁום כָּל זֶה בְּפִנְקָס לְמִשְׁמֶרֶת, וְאָמַר לָהֶם שֶׁזֶּה כֹּחַ הַזְּכִירָה הַחֵרוּת עַל לִבּוֹ אֵינֶנּוּ שָׁוֶה לוֹ כִּי בְּעֵת שֶׁרוֹאֶה אֶת מָרְדְּכַי הַיְּהוּדִי יִתְבַּלְבֵּל וְיִסְתַּלֵּק מִמֶּנּוּ כֹּחַ הַזְּכִירָה שֶׁלֹּא יוּכַל לִזְכֹּור חֶשְׁבּוֹן בֵּית גְּנָזָיו כָּאָמוּר וְנִרְמָז בְּתֵיבַת 'זֶה' רָאשֵׁי תֵּיבוֹת ז כְּרֹון ה נְכָסִים אוֹ ז כְּרֹון ה מִנְיָן.
(Esther 5,13) Et tout cela ne vaut rien pour moi : cela enseigne que tous les trésors de ce méchant étaient gravés sur son cœur, et qu'à l'heure où il voyait Mordekhai assis à la porte du roi, il disait : et tout cela ne vaut rien pour moi. Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est qu'il avait une puissance de mémoire telle qu'il savait : dans tel trésor il y a tant de coffres, et dans chaque coffre tant de sortes d'argent et de pièces d'or ; et de même dans le deuxième trésor, dans le troisième et au-delà ; et de même tant de pierres précieuses et de perles se trouvent dans sa maison des trésors, et il se souvenait du poids de chacune d'elles, de sorte qu'il n'avait pas besoin de consigner tout cela dans un registre pour le conserver. Il leur disait que cette puissance de mémoire gravée sur son cœur ne valait rien pour lui : car à l'heure où il voyait Mordekhai le Juif, il se troublait et cette puissance de mémoire le quittait, de sorte qu'il ne pouvait plus se rappeler le compte de sa maison des trésors, comme il a été dit ; et cela est évoqué dans le mot ze, initiales de zikhron hanékhassim, le souvenir des biens, ou de zikhron haminyan, le souvenir du compte.
💡 Explication

La phrase de Haman est prononcée au sommet de sa réussite, après l'énumération de sa richesse et de ses fils. La Guemara en cherche la cause exacte dans la vue de Mordekhai assis à la porte du roi.

L'explication de Rav Hisda repose sur un épisode rapporté ailleurs : Haman s'était vendu à Mordekhai contre de la nourriture, ce qui fait de Mordekhai son maître. Le terme pérozbouli désigne la position du riche ; le folio s'interrompt avant le terme symétrique, qui désigne celle du pauvre et se lit en 15b.

🖼️ Schéma
Pourquoi la vue de Mordekhai annule tout le reste Fait supposé : Haman s'était vendu à Mordekhai contre du pain, bien des années auparavant. Mordekhai : la position du riche Il est le maître ; ce que l'esclave acquiert, son maître l'acquiert. Terme du texte : pérozbouli. Haman : la position du pauvre Toute sa fortune est réclamable par son maître. Le terme symétrique est en 15b. D'où la phrase : tout cela ne vaut rien pour moi. Sa richesse énumérée ne lui appartient pas tant que Mordekhai est là. Le folio se coupe au milieu de la formule de Rav Hisda.
La vente de Haman à Mordekhai, les deux positions qu'elle crée et la phrase du verset qu'elle explique.
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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).