Megillah 15b — La couronne des justes, la prière d'Esther dans la cour du roi, les douze raisons de l'invitation de Haman, et la nuit où le sommeil du roi s'enfuit

Megillah 15b

Sougya : Le folio s'ouvre sur la fin de l'opposition entre Mordekhai et Haman commencée en 15a : l'un vient de l'héritage d'un riche, l'autre de celui d'un pauvre, et Rav Papa rappelle le sobriquet de l'esclave vendu pour des miches de pain. Vient ensuite une série de derachot de Rabbi Elazar au nom de Rabbi Hanina sur Yechaya 28 : Hachem sera une couronne sur la tête de chaque tsadik, mais seulement pour celui qui se tient pour un reste ; les cinq expressions du verset suivant sont appliquées à celui qui juge son yetser, au juge droit, à la guerre de la Torah et aux talmidei hakhamim.

La midat hadin objecte alors qu'Israël aussi a fauté. Le folio revient ensuite au récit de la Meguila : Esther entre dans la cour, la Chekhina se retire d'elle à la salle des idoles, elle récite le psaume 22 ; trois anges la secourent et allongent le sceptre, dont la mesure fait l'objet de six avis.

Le cœur du folio est la baraita des raisons pour lesquelles Esther a invité Haman à son festin : douze avis de tanaim et d'amoraim, qu'Eliyahou tranche en disant qu'elle a agi selon tous. Suivent les comptes des fils de Haman, puis l'ouverture du retournement : le sommeil du roi s'enfuit, le raisonnement nocturne d'Ahachveroch en trois temps, et les chroniques qui se lisent d'elles-mêmes.

Le plan du folio : de la derasha sur Yechaya au retournement de la nuit 1. Fin de la joute (seg. 0-1) Prozbouli contre prozvoti : héritage de riche contre héritage de pauvre. 2. Yechaya 28 (seg. 2-5) La couronne des tsadikim, les cinq derachot du v. 6, puis l'objection de la midat hadin. 3. Esther entre (seg. 6-10) La Chekhina se retire, trois anges, le sceptre allongé, la moitié du royaume. 4. Pourquoi inviter Haman ? (seg. 11-15) Douze avis de tanaim et d'amoraim. Rabba bar Avouh interroge Eliyahou : elle a agi selon tous à la fois. 5. Les fils de Haman (seg. 16-18) Rav : trente. Les rabanan : soixante-dix mendiants. Rami bar Abba : deux cent huit, par la guematria de vérav. 6. La nuit du retournement (seg. 19-21) Le sommeil du roi s'enfuit — trois lectures — puis le raisonnement d'Ahachveroch et les chroniques lues d'elles-mêmes.
Les six mouvements du folio : la fin de la joute des généalogies, la derasha sur Yechaya 28, l'entrée d'Esther, la baraita de l'invitation, les comptes des fils de Haman, et l'ouverture du retournement.
Ma raata Esther chezimna et Haman : douze raisons d'inviter Haman Neuf tanaim dans la baraita, puis trois avis d'amoraim. Les couleurs distinguent le type de raison. R. Elazar — le piège Yehi choulhanam lifneihem lefah : que leur table devienne un piège. R. Yehochoua — la Torah Elle l'a appris chez son père : si ton ennemi a faim, nourris-le. R. Meir — politique Le garder près d'elle pour qu'il ne prenne conseil et ne se révolte. R. Yehouda — le secret Ne pas éveiller le soupçon qu'elle est juive. R. Nehemia — la prière Qu'Israël ne se repose pas sur une sœur dans la maison du roi. R. Yossi — l'occasion Qu'il soit toujours à portée, pour le faire trébucher. R. Chimon b. Menassia Peut-être Hachem le remarquera et fera pour nous un miracle. R. Yehochoua b. Korha Le soupçon d'adultère : qu'il soit tué, lui et elle. Rabban Gamliel Un roi versatile : le garder sous les yeux du roi avant qu'il change. R. Eliezer HaModaï Exciter contre lui la jalousie du roi et celle des ministres. Rabba (amora) Lifnei chever gaon : l'élever pour qu'il tombe. Abaye et Rava Behoumam achit et michtehem : le festin qui mène au sommeil final. Eliyahou à Rabba bar Avouh : kekhoulhou tanaei vekekhoulhou amoraei — elle a agi selon tous ces motifs à la fois.
Les douze motifs proposés pour l'invitation de Haman et la réponse d'Eliyahou, qui les valide tous ensemble.
La nuit où le sommeil du roi s'enfuit : trois lectures, puis trois pensées R. Tanhoum Le sommeil du Roi du monde. Rachi : comme vayikats kayachen, pour la vengeance. Les rabanan Ceux d'en haut et ceux d'en bas furent privés de sommeil : anges et Israël en supplication. Rava Le sommeil d'Ahachveroch au sens propre — et la suite du folio explique pourquoi. Le raisonnement d'Ahachveroch en trois temps (seg. 20) 1. Le soupçon Pourquoi Esther a-t-elle invité Haman ? Un complot ? 2. L'objection N'ai-je donc personne qui m'aime et m'avertirait ? 3. La conclusion J'ai dû laisser un bienfait impayé : qu'on m'apporte le livre des chroniques.
Les trois lectures de nadeda chenat hamélekh, puis les trois étapes du raisonnement qui conduisent Ahachveroch à faire ouvrir les chroniques.
1
בִּפְרוּזְבוֹטֵי. אָמַר רַב פָּפָּא: וְקָרוּ לֵיהּ עַבְדָּא דְּמִזְדַּבַּן בְּטֻלְמֵי.

[...et celui-là vient] de l'héritage d'un pauvre (biprozvoti). Rav Papa dit : et on l'appelait « l'esclave qui fut vendu pour des miches de pain ».

📜 Rachi (2)
בּוּטִי לְשׁוֹן עֲנִיּוּת כְּמוֹ וְהַעֲבֵט תַּעֲבִיטֶנּוּ (דְּבָרִים טו) בְּמַסֶּכֶת גִּיטִּין (דַּף לז.):
Voti - un terme de pauvreté, comme dans « veha'avet ta'avitenou » (Devarim 15,8), au traité Guittin (37a).
בְּטֻולְמֵי נַהְמָא בְּכִכָּרוֹת לֶחֶם עֶשְׂרִים לֶחֶם שְׂעוֹרִים (מְלָכִים ב ד) מְתַרְגְּמִינַן עֶשְׂרִין טֻולְמִין דְּלַחְמָא:
Betoulmi - du pain, en miches. « Vingt pains d'orge » (II Melakhim 4,42), que nous traduisons [au Targoum] « essrin toulmin delahma ».
💡 Explication

Le folio commence au milieu de la phrase de Rav Hisda rapportée en 15a. Deux mots grecs sont opposés : Mordekhai vient biprozbouli, avec l'héritage d'un homme riche, et Haman biprozvoti, avec l'héritage d'un pauvre. Rav Papa ajoute le sobriquet qui circulait sur Haman, l'esclave vendu pour quelques pains.

Rachi traite les deux mots comme de l'araméen d'usage : la racine de voti renvoie à la pauvreté, et toulmi est le mot du Targoum pour une miche de pain.

2
״וְכָל זֶה אֵינֶנּוּ שֹׁוֶה לִי״ — מְלַמֵּד שֶׁכָּל גְּנָזָיו שֶׁל אוֹתוֹ רָשָׁע חֲקוּקִין עַל לִבּוֹ, וּבְשָׁעָה שֶׁרוֹאֶה אֶת מָרְדֳּכַי יֹושֵׁב בְּשַׁעַר הַמֶּלֶךְ, אָמַר: כָּל זֶה אֵינֶנּוּ שֹׁוֶה לִי.

« Et tout cela ne vaut rien pour moi » (Esther 5,13) — cela enseigne que tous les trésors de ce racha étaient gravés sur son cœur ; et à l'heure où il voyait Mordekhai assis à la porte du roi, il disait : tout cela ne vaut rien pour moi.

💡 Explication

La derasha joue sur le mot zeh, « cela », qui suppose une chose montrée du doigt. Haman portait donc l'inventaire de sa fortune gravé sur lui, et pouvait le désigner d'un geste.

La conclusion de la phrase reste la même, mais son poids change : la vue de Mordekhai à la porte du roi annule pour lui la valeur de ce qu'il porte sur le cœur.

3
וְאָמַר רַבִּי אֶלְעָזָר אָמַר רַבִּי חֲנִינָא: עָתִיד הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא לִהְיוֹת עֲטָרָה בְּרֹאשׁ כָּל צַדִּיק וְצַדִּיק, שֶׁנֶּאֱמַר: ״בַּיּוֹם הַהוּא יִהְיֶה ה׳ צְבָאוֹת לַעֲטֶרֶת צְבִי [וְגוֹ׳]״. מַאי ״לַעֲטֶרֶת צְבִי וְלִצְפִירַת תִּפְאָרָה״ — לָעוֹשִׂין צִבְיוֹנוֹ וְלַמְצַפִּין תִּפְאַרְתּוֹ. יָכוֹל לְכָל — תַּלְמוּד לוֹמַר: ״לִשְׁאָר עַמּוֹ״, לְמִי שֶׁמֵּשִׂים עַצְמוֹ כְּשִׁירַיִם.

Et Rabbi Elazar a dit au nom de Rabbi Hanina : à l'avenir, le Saint béni soit-Il sera une couronne sur la tête de chaque tsadik, ainsi qu'il est dit : « en ce jour-là, Hachem Tsevaot sera une couronne de gloire [etc.] » (Yechaya 28,5). Que signifie « une couronne de gloire (atéret tsvi) et un diadème de splendeur (tséfirat tifara) » ?

Pour ceux qui font Sa volonté (tsivyono) et pour ceux qui attendent (métsapim) Sa splendeur. On pourrait croire que cela vaut pour tous : le verset dit « pour le reste de Son peuple (lichar amo) » — pour celui qui se tient lui-même pour un reste.

🪔 Ben Yehoyada (3)
עָתִיד הקב"ה לִהְיוֹת עֲטָרָה בְּרֹאשׁ כָּל צַדִּיק וְצַדִּיק שֶׁנֶּאֱמַר (יְשַׁעְיָה כח, ה) בַּיּוֹם הַהוּא וְכוּ'. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּנִרְמַז זֶה בָּאוֹתִיּוֹת שֶׁהֵם לְמַעְלָה מִן אוֹתִיּוֹת 'צַדִּיק' שֶׁהֵם 'פָּג טץ' [182] שֶׁעוֹלֶה מִסְפָּרָם קפ"ב, כְּמִנְיַן שִׁבְעָה הויו"ת [26×7=182] שֶׁל שִׁבְעָה סְפִירוֹת הַבִּנְיָן, שֶׁהֵם חג"ת [חֶסֶד, גְּבוּרָה, תִּפְאֶרֶת] נהי"ם [נֶצַח, הוֹד, יְסוֹד, מַלְכוּת] , שֶׁבְּכָל סְפִירָה יֵשׁ הוי"ה אַחַת וּבָהֶם הִיא הַנְהָגַת הָעוֹלָם, וְזֶה הָרֶמֶז נִרְמַז בְּרֹאשׁ צַדִּיק אֶחָד. וְעוֹד יֵשׁ רֶמֶז בְּרֹאשׁ צַדִּיק שֵׁנִי שֶׁהוּא גַּם כֵּן מִסְפַּר קפ"ב, שֶׁרוֹמֵז אֶל שְׁנֵי שִׁלּוּבִים שֶׁל הוי"ה אדנ"י, וְשֶׁל אדנ"י הוי"ה, שֶׁעוֹלֶה מִסְפָּרָם קפ"ב [26+65+65+26=182] . וְזֶהוּ שֶׁאָמַר עָתִיד הקב"ה לִהְיוֹת עֲטָרָה בְּרֹאשׁ כָּל צַדִּיק וְצַדִּיק, שֶׁהֵם צַדִּיק עֶלְיוֹן וְצַדִּיק תַּחְתּוֹן, שֶׁכָּל אֶחָד יֵשׁ רֶמֶז בְּרֹאשׁוֹ עַל שְׁמוֹתָיו יִתְבָּרֵךְ.
« À l'avenir le Saint béni soit-Il sera une couronne sur la tête de chaque tsadik, ainsi qu'il est dit (Yechaya 28,5) : en ce jour-là, etc. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela est indiqué par les lettres qui précèdent celles du mot tsadik, à savoir pe, guimel, têt, tsadi [182], dont le total vaut 182, comme le compte de sept Noms de quatre lettres [26 x 7 = 182] pour les sept sefirot de la construction, qui sont 'hessed, guevoura, tiferet, netsa'h, hod, yessod, malkhout : chaque sefira comporte un Nom, et c'est par elles que le monde est conduit. Cette allusion se trouve dans la tête du premier tsadik. Il y a encore une allusion dans la tête du second tsadik, qui vaut lui aussi 182 et renvoie aux deux entrelacements du Nom de quatre lettres avec Ado-nai et d'Ado-nai avec le Nom, dont le total est 182 [26+65+65+26]. Tel est le sens de : à l'avenir le Saint béni soit-Il sera une couronne sur la tête de chaque tsadik et tsadik, c'est-à-dire le tsadik d'en haut et le tsadik d'en bas, chacun portant dans sa tête une allusion à Ses Noms.
יָכוֹל לַכֹּל? תַּלְמוּד לוֹמַר (יְשַׁעְיָהוּ כח, ה) : 'לִשְׁאָר עִמּוֹ' לְמִי שֶׁמֵּשִׂים עַצְמוֹ כְּשִׁירַיִם. פֵּירוּשׁ אֲפִילּוּ הַצַּדִּיקִים שֶׁיּוֹדְעִים עֶרְכָּם וְעֵרֶךְ מַעֲשֵׂיהֶם הַטּוֹבִים שֶׁאֵין בָּהֶם עֲנָוָה גְּדוֹלָה שֶׁיִּהְיוּ נִבְזִים וְנִמְאָסִים בְּעֵינֵי עַצְמָן כְּמוֹ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (תְּהִלִּים טו, ד) 'נִבְזֶה בְּעֵינָיו נִמְאָס' לָזֶה אָמַר תַּלְמוּד לוֹמַר לִשְׁאָר עַמּוֹ, לְמִי שֶׁמֵּשִׂים עַצְמוֹ כְּשִׁירַיִם, רוֹצֶה לוֹמַר עָנָיו מְאֹד, שֶׁנִּמְאָס בְּעֵינֵי עַצְמוֹ שֶׁחוֹשֵׁב עַצְמוֹ כְּמוֹ הַשִּׁיּוּרִין שֶׁהָאָדָם מְשַׁיֵּיר בִּקְעָרָה אַחַר אֲכִילָתוֹ שֶׁהֵם נִמְאָסִין לְכָל וְלֹא יֹאכְלוּ הַשִּׁיּוּרִין אֶלָּא רַק הַפְּחוּתִים שֶׁהֵם הָעֲנִיִּים וְהַמְשָׁרְתִים שֶׁבַּבַּיִת אוֹ כְּמוֹ שִׁיּוּרֵי פְּתִילוֹת וְשִׁיּוּרֵי בְּגָדִים שֶׁהֵם דָּבָר מוּעָט שֶׁנִּזְרָקִין וְאֵינָם חֲשׁוּבֵין כְּלוּם, כֵּן זֶה הוּא רוֹאֶה עַצְמוֹ נִמְאָס וְאֵין לוֹ חֲשִׁיבוּת כְּלָל וְזוֹ הִיא עֲנָוָה גְּדוֹלָה.
« On pourrait croire que cela vaut pour tous ? Le verset dit (Yechaya 28,5) : lichar amo — pour celui qui se tient pour un reste. » Explication : même les tsadikim qui connaissent leur valeur et celle de leurs bonnes actions n'ont pas en eux cette grande anava qui les rendrait méprisables et rejetés à leurs propres yeux, comme le dit le verset (Tehilim 15,4) « méprisable à ses propres yeux, rejeté ». C'est pourquoi le verset précise lichar amo, pour celui qui se tient pour un reste, c'est-à-dire très humble, rejeté à ses propres yeux, qui se considère comme les restes qu'un homme laisse dans le plat après avoir mangé, qui répugnent à tous et que seuls les petits mangent, les pauvres et les serviteurs de la maison ; ou comme des restes de mèches et des restes de vêtements, choses infimes que l'on jette et qui ne comptent pour rien. Ainsi cet homme se voit-il rejeté et sans aucune importance, et telle est la grande anava.
מַאי (יְשַׁעְיָה כח, ה) 'לַעֲטֶרֶת צְבִי וְלִצְפִירַת תִּפְאָרָה'? לָעוֹשִׂין צִבְיוֹנוֹ וְלַמְצַפִּין תִּפְאַרְתּוֹ. פֵּירוּשׁ רְצוֹנוֹ כְּמוֹ שֶׁכָּתַב הֶעָרוּךְ עַל מַאֲמַר מַעֲשֵׂה בְּרֵאשִׁית (בְּרֵאשִׁית ב, א וַיְכֻלּוּ הַשָּׁמַיִם וְהָאָרֶץ וְכָל צְבָאָם) לְצִבְיוֹנָם נִבְרְאוּ שֶׁהוּא רוֹצֶה לוֹמַר לִרְצוֹנָם (חֻולִּין ס.) . וְהַכַּוָּנָה כָּאן דְּאֵין עוֹשִׂין הַמִּצְוֹת בִּשְׁבִיל שֶׁהַשֵּׂכֶל מְחַיְּיבָם אוֹ מִצַּד חִיּוּב הַנִּימוּס וְדֶרֶךְ אֶרֶץ אֶלָּא עוֹשִׂים לְקַייֵּם רְצוֹן הַבּוֹרֵא יִתְבָּרֵךְ. וּמַה שֶׁאָמַר לִמְצַפִּין תִּפְאַרְתּוֹ , פֵּירוּשׁ אֵין מְצַפִּין שִׁילֻּום שָׂכָר מִן הַמַּעֲשִׂים טוֹבִים לְעַצְמָן אֶלָּא מְצַפִּין תִּפְאַרְתּוֹ, שֶׁעַל יְדֵי מַעֲשֵׂה הַמִּצְוֹת יְתֻוקְּנוּ הָעוֹלָמוֹת וְיִבְנֶה בֵּית הַמִּקְדָּשׁ וְתִתְגַּלֶּה מַלְכוּתוֹ יִתְבָּרֵךְ שֶׁזּוֹ הִיא תִּפְאַרְתּוֹ יִתְבָּרֵךְ.
« Que signifie (Yechaya 28,5) leatéret tsvi oulitsfirat tifara ? Pour ceux qui font Sa volonté (tsivyono) et ceux qui attendent Sa splendeur. » Explication : tsivyono a le sens de volonté, comme l'écrit le Aroukh sur le propos relatif à l'œuvre de la création (Berechit 2,1 : « le ciel et la terre furent achevés, et toute leur armée ») : « ils furent créés selon leur tsivyon », c'est-à-dire selon leur volonté (Houlin 60a). L'intention est ici que l'on n'accomplisse pas les mitsvot parce que la raison les impose ou par obligation de convenance et de derekh erets, mais pour accomplir la volonté du Créateur. Et « ceux qui attendent Sa splendeur » : ils n'attendent pas pour eux-mêmes le salaire de leurs bonnes actions, mais attendent Sa splendeur, car par l'accomplissement des mitsvot les mondes sont réparés, le Beit Hamikdach sera bâti et Sa royauté se révélera, et telle est Sa splendeur.
💡 Explication

Le verset de Yechaya est lu comme une promesse pour l'avenir : la couronne du tsadik sera Hachem Lui-même. Les deux mots rares du verset, tsvi et tséfira, sont rattachés à deux racines : tsivyon, la volonté, et tsipiya, l'attente. La couronne va donc à celui qui agit pour la volonté divine et attend la révélation de la gloire.

La derasha se restreint ensuite par le mot chear, le reste : la promesse ne vise pas tous ceux qui font la volonté divine, mais celui qui se compte lui-même pour un reste, pour un surplus sans valeur.

🖼️ Schéma
Yechaya 28,5 : trois mots, trois conditions atéret tsvi Lu par la racine tsivyon : ceux qui font Sa volonté, et non par contrainte de raison. tséfirat tifara Lu par la racine tsipiya : ceux qui attendent la révélation de Sa splendeur. lichar amo Le mot qui restreint : celui qui se tient lui-même pour un reste. Résultat : la couronne du tsadik Les deux premières expressions décrivent la conduite ; la troisième fixe la mesure intérieure exigée. Le Ben Yehoyada précise le sens de chear : les restes du plat, les bouts de mèche, ce que l'on jette sans y penser.
Comment la derasha découpe le verset : deux conditions de conduite, puis une condition d'anava qui restreint la promesse.
4
״וּלְרוּחַ מִשְׁפָּט״ — זֶה הַדָּן אֶת יִצְרוֹ. ״וּלְיוֹשֵׁב עַל הַמִּשְׁפָּט״ — זֶה הַדָּן דִּין אֱמֶת לַאֲמִתּוֹ. ״וְלִגְבוּרָה״ — זֶה הַמִּתְגַּבֵּר עַל יִצְרוֹ. ״מַשִּׁיבֵי מִלְחָמָה״ — שֶׁנּוֹשְׂאִין וְנוֹתְנִין בְּמִלְחַמְתָּהּ שֶׁל תּוֹרָה. ״שַׂעֲרָה״ — [אֵלּוּ תַּלְמִידֵי חֲכָמִים] שֶׁמַּשְׁכִּימִין וּמַעֲרִיבִין בְּבָתֵּי כְנֵסִיּוֹת וּבְבָתֵּי מִדְרָשׁוֹת.

« Et pour un esprit de jugement (ouléroua'h michpat) » — c'est celui qui juge son yetser. « Pour celui qui siège au jugement » — c'est celui qui rend un jugement de vérité selon sa vérité.

« Et pour la force (ouligvoura) » — c'est celui qui l'emporte sur son yetser. « Ceux qui font revenir la guerre (méchivei milhama) » — ceux qui donnent et reçoivent dans la guerre de la Torah.

« Vers la porte (chaara) » — [ce sont les talmidei hakhamim] qui se lèvent tôt et s'attardent le soir dans les maisons de prière et les maisons d'étude.

📜 Rachi (4)
לְרוּחַ מִשְׁפָּט לַשּׁוֹפְטִים אֶת רוּחָן יִהְיֶה לַעֲטָרָה:
Léroua'h michpat - pour ceux qui jugent leur propre esprit, Il sera une couronne.
דָּן אֶת יִצְרוֹ כּוֹפֵהוּ לָשׁוּב בִּתְשׁוּבָה:
Dan et yitsro - il le contraint à revenir en techouva.
וּמִתְגַּבֵּר עַל יִצְרוֹ אֵינוֹ הוֹלֵךְ אַחֲרָיו לַעֲבֹור עֲבֵירָה:
Oumitgaber al yitsro - il ne marche pas derrière lui pour commettre une faute.
שֶׁמַּשְׁכִּימִין כו' וְהַייְנוּ שְׂעָרָהּ שֶׁעוֹשִׂין [שֶׁנַּעֲשִׂים שׁוֹעֲרִים] לִפְתֹּוחַ דְּלָתוֹת בְּהַשְׁכָּמָה וּלְאַחַר [שָׁם עַד] זְמַן נְעִילָתוֹ:
Chémachkimin etc. - et c'est le sens de « chaara » : ils se font portiers (choarim) pour ouvrir les portes dès l'aube et pour s'attarder [là, jusqu'à] l'heure de la fermeture.
🗂️ Tossefot (1)
זֶה הַדָּן דִּין אֱמֶת לַאֲמִתּוֹ נִרְאֶה דְּמִשּׁוּם הָכִי נְקַט אֱמֶת לְאַשְׁמוֹעִינַן דִּבְדִין מְרֻומֶּה צָרִיךְ לַחְקֹור הָעֵדִים בְּטוֹב עַד שֶׁיִּתְבָּאֵר הָאֱמֶת וְאָז יָדוּנוּ אוֹתוֹ לַאֲמִתּוֹ:
C'est celui qui rend un jugement de vérité selon sa vérité - Il semble que l'on ait précisé « selon sa vérité » pour nous enseigner que dans un jugement entaché de tromperie (din méroumé) il faut interroger les témoins à fond jusqu'à ce que la vérité se dégage, et l'on juge alors selon sa vérité.
🪔 Ben Yehoyada (3)
וְ'לְיוֹשֵׁב עַל הַמִּשְׁפָּט' (יְשַׁעְיָה כח, ה) , זֶה הַדָּן דִּין אֱמֶת לַאֲמִתּוֹ. פֵּירוּשׁ יֵשׁ דָּן דִּין אֱמֶת כְּדֵי שֶׁיִּתְכַּבֵּד וְיִתְפָּאֵר בְּכָךְ בְּעֵינֵי הָעוֹלָם שֶׁיֹּאמְרוּ זֶה דַּיָּין אֲמִיתִּי וְיָשָׁר אֲשֶׁר לֹא יִשָּׂא פָנִים! וְנִמְצָא זֶה אֵינוֹ עוֹשֶׂה לִשְׁמָהּ. אַךְ הָעוֹשֶׂה לִשְׁמָהּ הוּא דָּן דִּין אֱמֶת בִּשְׁבִיל הָאֲמִיתּוּת שֶׁצָּרִיךְ לֶאֱהֹוב הָאֱמֶת וְלֹא בִּשְׁבִיל שֶׁיְּכַבְּדוּהוּ.
« Ouléyochev al hamichpat (Yechaya 28,6), c'est celui qui rend un jugement de vérité selon sa vérité. » Explication : il y a celui qui rend un jugement de vérité afin d'en tirer honneur et gloire aux yeux du monde, pour que l'on dise de lui : voilà un juge véritable et droit, qui ne fait pas de favoritisme ; celui-là n'agit pas lichma. Celui qui agit lichma rend le jugement de vérité pour la vérité elle-même, parce qu'il faut aimer la vérité, et non pour être honoré.
(יְשַׁעְיָה כח, ה) 'וְלִגְבוּרָה' זֶה הַמִּתְגַּבֵּר עַל יִצְרוֹ. נִרְאֶה לִי בס"ד לְמַעְלָה מִן אוֹתִיּוֹת ' יָצַר ' יֵשׁ אוֹתִיּוֹת ' קפט ' [189] שֶׁהוּא מִסְפַּר ג' פְּעָמִים ס"ג [63×3=189] , רֶמֶז לִתְשׁוּבָה עִלָּאָה שֶׁהִיא בַּבִּינָה שֶׁשָּׁם בְּחִינַת שֵׁם ס"ג [שֵׁם הֲוָיָ״ה בְּמִלּוּי יודי״ן כָּזֶה: יוּ״ד ה״י וָא״ו ה״י מִסִּפְרוֹ 63] , שֶׁצָּרִיךְ הָאָדָם לַעֲשׂוֹת תְּשׁוּבָה מְעַלְּייָא לַחֲטָאִים וְלַעֲוֹנוֹת וְלַפְּשָׁעִים, וְכָל תְּשׁוּבָה מֵהֶם הִיא בְּסוֹד שֵׁם ס"ג, הֲרֵי ג' פְּעָמִים ס"ג מִסֵּפֶר קפ"ט הַנִּרְמָז לְמַעְלָה מִן 'יֵצֶר' וְזֶהוּ מִתְגַּבֵּר עַל יִצְרוֹ שֶׁמִּתְגַּבֵּר לַעֲשׂוֹת שְׁלֹשָׁה מִינֵי תְּשׁוּבָה עֶלְיוֹנָה, הָרְמוּזָה בָּאוֹתִיּוֹת שֶׁלְּמַעְלָה מִן יֵצֶר. אוֹ יוּבָן בס"ד, לְמַעְלָה מִן יֵצֶר יֵשׁ אוֹתִיּוֹת קְטָף , כִּי יֵצֶר הָרַע קְטָף מִן הָאָדָם חֲלָקִים מִן נִשְׁמָתוֹ וְצָרִיךְ הָאָדָם לְהִתְגַּבֵּר עַל אוֹתוֹ הַחֵלֶק שֶׁקָּטַף הַיֵּצֶר מִמֶּנּוּ לַחֲזֹור וְלִזְכּוֹת בּוֹ, וְזֶהוּ שֶׁאָמְרוּ מִתְגַּבֵּר עַל יִצְרוֹ שֶׁמִּתְגַּבֵּר לִיקַּח אוֹתוֹ הַחֵלֶק הַטּוֹב שֶׁקָּטַף מִמֶּנּוּ הַיֵּצֶר, שֶׁהוּא רָמוּז לְמַעְלָה מֵאוֹתִיּוֹת יֵצֶר.
« (Yechaya 28,6) Ouligvoura, c'est celui qui l'emporte sur son yetser. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que les lettres qui précèdent celles du mot yetser sont kouf, pe, têt [189], soit trois fois soixante-trois [63 x 3 = 189], allusion à la techouva supérieure, qui est dans la bina, où se tient l'aspect du Nom de valeur soixante-trois [le Nom de quatre lettres en plene écriture par des youd, dont le compte est 63]. Car l'homme doit faire une techouva accomplie pour les fautes, les transgressions et les révoltes, et chacune de ces techouvot relève du secret du Nom de soixante-trois : trois fois soixante-trois font 189, compte indiqué par les lettres qui précèdent yetser. Tel est « celui qui l'emporte sur son yetser » : il s'efforce d'accomplir les trois formes de techouva supérieure, évoquées par les lettres qui précèdent yetser. On peut aussi comprendre, avec l'aide du Ciel, que ces mêmes lettres forment le mot katof (cueillir), car le yetser hara a cueilli sur l'homme des parts de sa nechama, et l'homme doit l'emporter sur cette part que le yetser lui a prise pour la reconquérir. C'est le sens de « il l'emporte sur son yetser » : il s'efforce de reprendre cette part bonne que le yetser lui a cueillie, et qui est évoquée par les lettres précédant yetser.
(יְשַׁעְיָה כח, ה) 'מַשִּׁיבֵי מִלְחָמָה', אֵלּוּ שֶׁנּוֹשְׂאִין וְנוֹתְנִין בְּמִלְחַמְתָּהּ שֶׁל תּוֹרָה. יֵשׁ לְהַקְשׁוֹת לָמָּה קְרָאָם מַשִּׁיבֵי מִלְחָמָה, וַהֲוָה לֵיהּ לְמֵימַר עוֹשֵׂי מִלְחָמָה.? וְנִרְאֶה לִי בס"ד הַכַּוָּנָה, לְמָשָׁל אָתוּ בֵּית שַׁמַּאי וּבֵית הִלֵּל וַעֲבוּד מִלְחָמָה זֶה בָּזֶה בְּדִבְרֵי תּוֹרָה וְסוֹף דָּבָר מַסְקַנְתָּא דְּמִלְּתָא הֲוָה כְּבֵית הִלֵּל וּשְׁקֵטָה הַמִּלְחָמָה, וְאַחַר שֶׁשָּׁקְטָה אָתוּ רַבָּנָן בְּדוֹר אַחֵר וְחָזְרוּ וְנִלְחֲמוּ בְּאוֹתָהּ הַמַּסְּקָנָא זֶה אוֹמֵר בְּכֹה וְזֶה אוֹמֵר בְּכֹה, נִמְצָא אֵלּוּ הֵשִׁיבוּ הַמִּלְחָמָה לִמְקוֹמָהּ, וְגַם בְּאוֹתוֹ הַדּוֹר הֲוָה מַסְּקָנָא דְּמִלְּתָא וּשְׁקֵטָה הַמִּלְחָמָה וְאָתוּ רַבָּנָן בְּדוֹר אַחֵר וּפִלְפְּלוּ בְּאוֹתָהּ הַמַּסְּקָנָא וְהֵשִׁיבוּ הַמִּלְחָמָה לִמְקוֹמָהּ, וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ וְלָכֵן קָרֵי לְהוּ 'מַשִּׁיבֵי מִלְחָמָה' שֶׁנּוֹשְׂאִין וְנוֹתְנִין בְּדוֹר זֶה בְּמִלְחַמְתָּהּ שֶׁל תּוֹרָה שֶׁהָיְתָה בַּדּוֹר שֶׁלִּפְנֵיהֶם.
« (Yechaya 28,6) Méchivei milhama, ce sont ceux qui donnent et reçoivent dans la guerre de la Torah. » On peut demander : pourquoi les appeler « ceux qui font revenir la guerre », alors qu'il aurait fallu dire « ceux qui font la guerre » ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que l'intention est la suivante. Beit Chamai et Beit Hillel se sont fait la guerre l'un à l'autre dans les paroles de Torah, et la conclusion fut comme Beit Hillel, si bien que la guerre s'apaisa. Une fois apaisée, des maîtres sont venus dans une autre génération et ont recommencé à se battre sur cette conclusion même, l'un disant d'une façon et l'autre d'une autre : ceux-là ont fait revenir la guerre à sa place. Dans cette génération encore une conclusion a été atteinte et la guerre s'est apaisée, puis des maîtres sont venus dans une autre génération et ont discuté cette conclusion, faisant revenir la guerre à sa place, et ainsi de suite. C'est pourquoi on les appelle « méchivei milhama » : ils donnent et reçoivent dans cette génération-ci dans la guerre de Torah qui était celle de la génération précédente.
💡 Explication

Le verset suivant de Yechaya (28,6) comporte cinq expressions, et chacune reçoit une application à l'étude ou à la conduite. Deux d'entre elles visent le yetser : le juger, en le contraignant à la techouva selon Rachi, et l'emporter sur lui, en refusant de le suivre.

La troisième expression vise le juge, avec la formule classique din émet leamito. Tossefot en tire une règle de procédure : le redoublement « selon sa vérité » enseigne le cas du din méroumé, le jugement où l'une des parties trompe, et où le juge doit pousser l'interrogatoire des témoins au-delà de l'ordinaire.

Les deux dernières expressions portent sur l'étude : le cha et matan du beit hamidrach est nommé une guerre, et le mot « porte » est rattaché par Rachi aux portiers qui ouvrent à l'aube et ferment tard.

🖼️ Schéma
Les cinq expressions de Yechaya 28,6 et leurs applications ouléroua'h michpat Celui qui juge son yetser — Rachi : il le contraint à revenir en techouva. Rachi ajoute : ceux qui jugent leur propre esprit auront la couronne. ouléyochev al hamichpat Celui qui rend un din émet leamito. Tossefot : d'où la règle du din méroumé — interroger les témoins jusqu'à la vérité. ouligvoura Celui qui l'emporte sur son yetser — il ne marche pas derrière lui vers la faute. méchivei milhama Le cha et matan de l'étude, nommé guerre de la Torah. chaara Les talmidei hakhamim, portiers du beit hamidrach de l'aube à la fermeture.
Chacune des cinq expressions du verset reçoit une application précise ; Tossefot tire de la troisième une règle de procédure judiciaire.
5
אָמְרָה מִדַּת הַדִּין לִפְנֵי הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: רִבּוֹנוֹ שֶׁל עוֹלָם, מַה נִשְׁתַּנּוּ אֵלּוּ מֵאֵלּוּ? אָמַר לָהּ הַקָּדוֹשׁ בָּרוּךְ הוּא: יִשְׂרָאֵל עָסְקוּ בַּתּוֹרָה, אֻומּוֹת הָעוֹלָם לֹא עָסְקוּ בַּתּוֹרָה.

La midat hadin dit devant le Saint béni soit-Il : Maître du monde, en quoi ceux-ci diffèrent-ils de ceux-là ? Le Saint béni soit-Il lui dit : Israël s'est occupé de Torah, les nations du monde ne se sont pas occupées de Torah.

💡 Explication

La midat hadin, l'attribut de rigueur, est présentée comme une instance qui plaide : elle demande au nom de l'égalité pourquoi les miracles sont faits pour Israël seul. La réponse porte sur l'occupation de Torah, et rejoint la derasha précédente sur la guerre de la Torah.

La réplique de la midat hadin, au segment suivant, consistera à montrer par le verset même que cette différence s'est effacée.

6
אֲמַר לֵיהּ: ״גַּם אֵלֶּה בַּיַּיִן שָׁגוּ וּבַשֵּׁכָר תָּעוּ פָּקוּ פְּלִילִיָּה״, אֵין ״פָּקוּ״ אֶלָּא גֵּיהִנָּם, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְלֹא תִהְיֶה זֹאת לְךָ לְפוּקָה״, וְאֵין ״פְּלִילִיָּה״ אֶלָּא דַּייָּנִין, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְנָתַן בַּפְּלִילִים״.

Elle Lui dit : « ceux-là aussi s'égarent par le vin et divaguent par la boisson forte, ils trébuchent (pakou) dans le jugement (péliliya) » (Yechaya 28,7). Or « pakou » désigne uniquement le guehinom, ainsi qu'il est dit : « et ceci ne sera pas pour toi une pierre d'achoppement (pouka) » (I Chmouel 25,31) ; et « péliliya » désigne uniquement des juges, ainsi qu'il est dit : « et il paiera selon les juges (biflilim) » (Chemot 21,22).

📜 Rachi (3)
גַּם אֵלֶּה אֵלּוּ הָרְשָׁעִים הַנִּידּוֹנִין בְּגֵיהִנָּם:
Gam ele - ce sont les rechaim qui sont jugés dans le guehinom.
בְּיַיִן שָׁגוּ כְּלוֹמַר אַף הֵם עָשׂוּ כָּהֶם לְפִיכָךְ דְּנָם:
Bayayin chagou - c'est-à-dire qu'eux aussi ont agi comme eux, c'est pourquoi Il les juge.
פָּקוּ פְּלִילִיָּה לְגֵיהִנָּם נִשְׁפְּטוּ:
Pakou péliliya - ils ont été jugés pour le guehinom.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אֲמַר לֵיהּ: (יְשַׁעְיָה כח, ז) 'וְגַם אֵלֶּה בַּיַּיִן שָׁגוּ וּבַשֵּׁכָר תָּעוּ'. נִרְאֶה לִי דְּקָאֵי זֶה עַל קִטְרוּג שֶׁנֶּהֱנוּ מִסְּעוּדַת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ, שֶׁשָּׁתוּ שָׁם סְתָם יֵינָם, וְ'פָּקוּ פְּלִילִיָּה' קָאֵי עַל קִטְרוּג הִשְׁתַּחֲוָיָה לַצֶּלֶם שֶׁדִּינָם לָרֶדֶת לְגֵיהִינָּם וְיִהְיוּ נִידּוֹנִין שָׁם בְּצוֹאָה רוֹתַחַת וְלָכֵן דְּרֵישׁ אֵין 'פָּקוּ' אֶלָּא גֵּיהִנָּם כִּי 'פָּקוּ' מִסֵּפֶר 'קָלוֹן' [186] שֶׁהוּא דִּין צוֹאָה רוֹתַחַת בְּגֵיהִנָּם לְעוֹבְדֵי עֲבוֹדָה זָרָה וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ עַל פָּסוּק (תְּהִלִּים פג, יז) 'מָלֵא פְּנֵיהֶם קָלוֹן'. גַּם עוֹד דְּרֵישׁ 'פָּקוּ' עַל גֵּיהִנָּם שֶׁשָּׁם מִשְׁכַּן הַקְּלִיפָּה אֲשֶׁר תִּדְמֶה עַצְמָהּ כְּקוֹף בִּפְנֵי אָדָם וְזֶהוּ 'פָּקוּ' בְּהִפּוּךְ אַתָּווָן 'קוֹף' גַּם שָׁם עוֹמְדִין מַלְאֲכֵי חַבָּלָה שֶׁכָּל אֶחָד נִקְרָא 'אֶבֶן נֶגֶף' [186] כְּמִנְיַן 'פָּקוּ' וְזֶהוּ פָּקוּ פְּלִילִיָּה שֶׁהַדַּיָּינִים שֶׁלָּהֶם שֶׁמִּדְיָנִים אוֹתָם שָׁם הֵם פָּקוּ מִסְפַּר 'אֶבֶן נֶגֶף'!
« Elle Lui dit (Yechaya 28,7) : vegam ele bayayin chagou ouvachékhar ta'ou. » Il me semble que cela vise l'accusation d'avoir profité du festin d'Ahachveroch, où ils ont bu du vin d'idolâtres, tandis que « pakou péliliya » vise l'accusation de s'être prosternés devant l'idole, dont le jugement est de descendre au guehinom et d'y être jugés dans des excréments bouillants. C'est pourquoi la guemara enseigne que « pakou » ne désigne que le guehinom : « pakou » a le même compte que « kalon » [186], qui est le jugement des excréments bouillants dans le guehinom pour les serviteurs de l'idolâtrie, comme il est dit sur le verset (Tehilim 83,17) « emplis leur visage de kalon ». On peut aussi lire « pakou » comme désignant le guehinom parce que c'est la demeure de la klipa, qui se compare à un singe devant un homme : « pakou » en permutant les lettres donne « kof », le singe. Là se tiennent aussi les anges de destruction, dont chacun est appelé « even neguef », pierre d'achoppement [186], comme le compte de « pakou ». Tel est « pakou péliliya » : les juges qui les jugent là-bas sont de valeur « pakou », soit « even neguef ».
💡 Explication

La midat hadin retourne le verset suivant contre Israël : si les nations sont punies pour leurs égarements, le même verset dit « ceux-là aussi », donc Israël est compris dans l'accusation. Rachi précise la portée : ils ont agi comme eux.

Deux mots rares du verset sont fixés par des versets parallèles. Pakou est rattaché à pouka, la pierre d'achoppement du discours d'Avigail lu au folio précédent, et reçoit le sens de guehinom. Péliliya est rattaché à biflilim de Chemot, et désigne des juges.

🖼️ Schéma
Le procès entre la midat hadin et la réponse divine Question de la midat hadin Ma nichtanou elou méélou : pourquoi ceux-ci plutôt que ceux-là ? Réponse Israël s'est occupé de Torah, les nations ne s'en sont pas occupées. Réplique : le verset 28,7 et ses deux mots rares gam ele — le mot aussi inclut Israël dans l'accusation. pakou = guehinom, par pouka (I Chmouel 25,31). péliliya = les juges, par biflilim (Chemot 21,22). Ben Yehoyada : pakou vaut kalon et even neguef, et se lit aussi kof, le singe, image de la klipa.
L'échange en trois temps : l'objection d'égalité, la réponse par l'occupation de Torah, et la réplique tirée du verset suivant.
7
״וַתַּעֲמֹד בַּחֲצַר בֵּית הַמֶּלֶךְ הַפְּנִימִית״. אָמַר רַבִּי לֵוִי: כֵּיוָן שֶׁהִגִּיעָה לְבֵית הַצְּלָמִים, נִסְתַּלְּקָה הֵימֶנָּה שְׁכִינָה. אָמְרָה: ״אֵלִי אֵלִי לָמָה עֲזַבְתָּנִי״?! שֶׁמָּא אַתָּה דָּן עַל שׁוֹגֵג כְּמֵזִיד וְעַל אֹונֶס כְּרָצוֹן?

« Et elle se tint dans la cour intérieure de la maison du roi » (Esther 5,1). Rabbi Levi dit : dès qu'elle parvint à la salle des idoles, la Chekhina se retira d'elle.

Elle dit : « Keli, Keli, pourquoi m'as-Tu abandonnée ? » (Tehilim 22,2). Peut-être juges-Tu l'involontaire (chogueg) comme l'intentionnel (mezid), et la contrainte (ones) comme le consentement (ratson) ?

📜 Rachi (2)
אֵלִי אֵלִי לָמָה עֲזַבְתָּנִי בְּמִזְמוֹר אַיֶּלֶת הַשַּׁחַר הוּא:
Keli Keli lama azavtani - cela se trouve dans le psaume Ayelet hachahar (Tehilim 22).
עַל אֹונֶס [אע"פ] שֶׁאֲנִי בָּאָה אֵלָיו מֵאֵלַי אֹונֶס הוּא:
Al ones - [bien que] je vienne vers lui de moi-même, c'est une contrainte.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(תְּהִלִּים כב, ב) 'קֵלִי קֵלִי לָמָה עֲזַבְתָּנִי רָחוֹק מִישׁוּעָתִי דִּבְרֵי שָׁאַגְתִּי', שֶׁמָּא אַתָּה דָּן עַל שׁוֹגֵג כְּמֵזִיד וְעַל אֹונֶס כְּרָצוֹן. נִרְאֶה לִי בס"ד כַּוָּנָתָהּ עַל כְּנִיסָתָהּ לְבֵית הַצְּלָמִים שֶׁנִּכְנְסָה בְּשׁוֹגֵג שֶׁלֹּא יָדְעָה שֶׁיֵּשׁ שָׁם צְלָמִים כִּי מֵימֶיהָ לֹא נִכְנְסָה שָׁם וְלֹא יָדְעָה זֹאת! אוֹ יוּבָן הַכַּוָּנָה בָּאָה לְהַמְלִיץ טוֹב עַל יִשְׂרָאֵל בִּרְאוּתָהּ שֶׁנִּסְתַּלְּקָה מִמֶּנָּה שְׁכִינָה בְּיוֹם זֶה שֶׁהוּא יוֹם תַּעֲנִית שֶׁלָּהּ שֶׁהַתַּעֲנִית בִּשְׁבִיל קִטְרוּג סְעוּדַת אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ שֶׁהָיָה עַל יִשְׂרָאֵל, וּלְכָךְ הַמְּלִיצָה טוֹב עֲלֵיהֶם כִּי וַדַּאי אֵלּוּ שֶׁהָלְכוּ לַסְּעוּדָה הֵם הֲמוֹן הָעָם וְלֹא הָיוּ בַּעֲלֵי תּוֹרָה וְנֶאֱמַר (יְשַׁעְיָה נֹחַ, א) 'וּלְבֵית יַעֲקֹב חַטָּאתָם' דַּהֲמוֹן הָעָם נִידּוֹנִין כְּשׁוֹגְגִין מִכֹּחַ חֶסְרוֹן יְדִיעָה וְגַם כִּי הָיוּ אֲנוּסִין מִן תַּאֲוַת חֹומֶר הַיֵּצֶר הָרַע שֶׁגָּבְרָה בָּהֶם.
« (Tehilim 22,2) Keli, Keli, pourquoi m'as-Tu abandonnée, loin de mon salut, des paroles de mon rugissement — peut-être juges-Tu l'involontaire comme l'intentionnel et la contrainte comme le consentement. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que son propos porte sur son entrée dans la salle des idoles : elle y est entrée par inadvertance, ignorant qu'il s'y trouvait des idoles, car elle n'y était jamais entrée de sa vie et ne le savait pas. On peut aussi comprendre qu'elle venait plaider en faveur d'Israël : voyant que la Chekhina s'était retirée d'elle ce jour-là, qui était le jour de son jeûne, et ce jeûne ayant été entrepris à cause de l'accusation portée contre Israël au sujet du festin d'Ahachveroch, elle plaida pour eux. Car ceux qui étaient allés au festin étaient certainement le commun du peuple et non des maîtres de Torah, et il est dit (Yechaya 58,1) « et à la maison de Yaakov leurs fautes » : le commun du peuple est jugé comme agissant par inadvertance, faute de connaissance, et aussi comme contraint par le désir de la matière, le yetser hara ayant pris le dessus en eux.
💡 Explication

Rabbi Levi situe le retrait de la Chekhina à un point précis du trajet : la salle des idoles que traversait la cour intérieure. Esther reprend alors le premier verset du psaume 22, que Rachi identifie par son titre, Ayelet hachahar.

Les deux hypothèses qu'elle formule sont deux catégories halakhiques : chogueg contre mezid, et ones contre ratson. Rachi explique la seconde pour son cas : sa démarche vers Ahachveroch a l'apparence d'un acte volontaire, alors qu'elle agit sous contrainte.

8
אוֹ שֶׁמָּא עַל שֶׁקְּרָאתִיו ״כֶּלֶב״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הַצִּילָה מֵחֶרֶב נַפְשִׁי מִיַּד כֶּלֶב יְחִידָתִי״. חָזְרָה וּקְרָאַתּוּ ״אַרְיֵה״, שֶׁנֶּאֱמַר: ״הוֹשִׁיעֵנִי מִפִּי אַרְיֵה״.

Ou peut-être parce que je l'ai appelé « chien », ainsi qu'il est dit : « délivre mon âme de l'épée, mon unique de la main du chien » (Tehilim 22,21). Elle revint et l'appela « lion », ainsi qu'il est dit : « sauve-moi de la gueule du lion » (Tehilim 22,22).

📜 Rachi (1)
הִצִּילָה מֵחֶרֶב נַפְשִׁי בְּאוֹתוֹ מִזְמוֹר הוּא:
Hatsila méhèrev nafchi - cela se trouve dans le même psaume.
💡 Explication

Troisième hypothèse d'Esther : le retrait viendrait d'une parole déplacée dans sa propre prière, où elle avait désigné Ahachveroch par le mot kelev. Elle se reprend aussitôt dans le verset suivant du même psaume et l'appelle arieh.

La derasha lit ainsi les versets 21 et 22 du psaume comme une correction immédiate, deux versets consécutifs qui portent la trace du repentir sur la parole.

9
״וַיְהִי כִרְאוֹת הַמֶּלֶךְ אֶת אֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה״. אָמַר רַבִּי יוֹחָנָן: שְׁלֹשָׁה מַלְאֲכֵי הַשָּׁרֵת נִזְדַּמְּנוּ לָהּ בְּאוֹתָהּ שָׁעָה, אֶחָד שֶׁהִגְבִּיהַּ אֶת צַוָּארָהּ, וְאֶחָד שֶׁמָּשַׁךְ חוּט שֶׁל חֶסֶד עָלֶיהָ, וְאֶחָד שֶׁמָּתַח אֶת הַשַּׁרְבִיט.

« Et il advint, quand le roi vit Esther la reine » (Esther 5,2). Rabbi Yo'hanan dit : trois anges de service se trouvèrent auprès d'elle à cette heure-là : l'un qui redressa son cou, l'un qui tira sur elle un fil de hen (grâce), et l'un qui allongea le sceptre.

🪔 Ben Yehoyada (1)
אֶחָד שֶׁהִגְבִּיהַּ אֶת צַוָּארָהּ. נִרְאֶה לִי בס"ד עַל פִּי מַה שֶׁאָמַר רַבֵּינוּ הָאֲרִ"י זַ"ל שֶׁהַיּוֹשֵׁב בְּתַעֲנִית נִזּוֹן מִמֹּוחִין דְּקַטְנוּת שֶׁהֵם שְׁמוֹת אֱלֹקִים שֶׁרְמוּזִים בְּמִסְפַּר תַּעֲנִית, וְאֵין לוֹ אוֹרוֹת דְּגַדְלוּת שֶׁהֵם הויו"ת, וְיָדוּעַ כִּי מוֹחִין דְּקַטְנוּת הֵם בַּצַּוָּאר, וְלָזֶה אָמַר שֶׁהִגְבִּיהַּ צַוָּארָהּ, דְּאַף עַל פִּי שֶׁהִיא הָיְתָה בְּתַעֲנִית שֶׁאֵין לָהּ אֶלָּא רַק אוֹרוֹת דְּקַטְנוּת שֶׁהֵם שְׁמוֹת אֱלֹקִים שֶׁהֵם בַּצַּוָּאר, הֶעֱלָה אוֹתָהּ מִמֹּוחִין דְּקַטְנוּת לִהְיוֹת נִזּוֹנֶת מִמֹּוחִין דְּגַדְלוּת גַּם בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם, וְעַל יְדֵי כָּךְ הִצְלִיחָה בְּמַעֲשֶׂיהָ.
« L'un qui redressa son cou. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que cela s'explique par ce qu'a dit notre maître le Ari zal : celui qui siège dans le jeûne est nourri des mohin de katnout, qui sont les Noms de É-lokim évoqués dans le compte de « taanit », et il n'a pas les lumières de gadlout, qui sont les Noms de quatre lettres. Or il est connu que les mohin de katnout se tiennent dans le cou. C'est pourquoi il est dit qu'il redressa son cou : bien qu'elle fut dans le jeûne et n'eût que les lumières de katnout, les Noms de É-lokim qui sont dans le cou, il l'éleva depuis les mohin de katnout pour qu'elle soit nourrie des mohin de gadlout ce jour-là aussi, et c'est par là qu'elle réussit dans ce qu'elle entreprit.
💡 Explication

Trois secours sont énumérés, chacun répondant à un obstacle précis : la honte qui courbe la tête, l'absence de faveur aux yeux du roi, et la distance physique du sceptre.

Le hout chel 'hessed, le fil de grâce, est une expression courante de la guemara pour la faveur accordée d'en haut. Le troisième secours, l'allongement du sceptre, va être quantifié au segment suivant.

10
וְכַמָּה? אָמַר רַבִּי יִרְמְיָה: שְׁתֵּי אַמּוֹת הָיָה, וְהֶעֱמִידוֹ עַל שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה, וְאָמְרִי לַהּ עַל שֵׁשׁ עֶשְׂרֵה, וְאָמְרִי לַהּ עַל עֶשְׂרִים וְאַרְבַּע. בְּמַתְנִיתָא תַּנָּא: עַל שִׁשִּׁים, וְכֵן אַתָּה מוֹצֵא בְּאַמָּתָהּ שֶׁל בַּת פַּרְעֹה, וְכֵן אַתָּה מוֹצֵא בְּשִׁינֵּי רְשָׁעִים, דִּכְתִיב: ״שִׁינֵּי רְשָׁעִים שִׁבַּרְתָּ״, וְאָמַר רֵישׁ לָקִישׁ: אַל תִּקְרֵי ״שִׁבַּרְתָּ״ אֶלָּא ״שֶׁרִיבַּבְתָּ״. רַבָּה בַּר עוֹפְרָן אָמַר מִשּׁוּם רַבִּי אֶלְעָזָר שֶׁשָּׁמַע מֵרַבּוֹ וְרַבּוֹ מֵרַבּוֹ: מָאתַיִם.

Et de combien ? Rabbi Yirmeya dit : il était de deux amot, et il le porta à douze ; d'autres disent à seize ; d'autres disent à vingt-quatre.

Dans une baraita on a enseigné : à soixante. Et de même tu trouves pour le bras (amata) de la fille de Pharaon, et de même tu trouves pour les dents des rechaim, ainsi qu'il est écrit : « tu as brisé les dents des rechaim » (Tehilim 3,8), et Rech Lakich a dit : ne lis pas « chibarta » (tu as brisé), mais « cheribavta » (tu as allongé).

Rabba bar Ofran a dit au nom de Rabbi Elazar, qui l'avait entendu de son maître, et son maître de son maître : deux cents.

📜 Rachi (3)
אֲמָתָהּ שֶׁל בַּת פַּרְעֹה וַתִּשְׁלַח אֶת אֲמָתָהּ וַתִּקָּחֶהָ (שְׁמוֹת ב׳:ה׳):
Amata chel bat Paro - « elle envoya son amata et la prit » (Chemot 2,5).
בְּשִׁינֵּי רְשָׁעִים עוֹג מֶלֶךְ הַבָּשָׁן בְּמַס' בְּרָכוֹת פֶּרֶק הָרוֹאֶה (בְּרָכוֹת דַּף נד:) [שֶׁעָקַר הָר בַּת ג' פַּרְסֵי לְהַשְׁלִיכוֹ עַל יִשְׂרָאֵל וּנְתָנוֹ עַל רֹאשׁוֹ וְשָׁלַח הקב"ה נְמָלִים וְנִקְּבוּהוּ וְנִכְנַס בְּצַוָּארוֹ בִּקֵּשׁ לְשָׁומְטוֹ וְנִשְׁתַּרְבְּבוּ שִׁינָּיו לְכָאן וּלְכָאן]:
Bechiney rechaim - il s'agit de Og roi du Bachan, au traité Berakhot, chapitre Haroé (54b) : [il arracha une montagne de trois parsaot pour la jeter sur Israël, mais elle se posa sur sa tête ; le Saint béni soit-Il envoya des fourmis qui la percèrent, elle lui descendit autour du cou, il voulut la retirer et ses dents s'allongèrent de part et d'autre].
אַל תִּקְרֵי שִׁבַּרְתָּ אֶלָּא שִׁרְבַּבְתָּ גָּרְסִינַן וּמִשֶּׁיָּנִי רְשָׁעִים נָפֵיק לְהַאי דְּרָשָׁה דְּלִיכְתּוֹב קְרָא וְשֵׁן רָשָׁע אֶלָּא י' דְּשִׁינֵּי וי"ם דִּרְשָׁעִים הֲרֵי שִׁשִּׁים:
Al tikri chibarta ela cheribavta - telle est notre version. Et c'est de « chiney rechaim » que sort cette derasha : le verset aurait pu écrire « vechen racha » [au singulier] ; mais le youd de « chiney » et le youd-mem de « rechaim » font soixante.
🗂️ Tossefot (1)
[ה"ג אַל תִּקְרֵי שִׁבַּרְתָּ אֶלָּא שִׁרְבַּבְתָּ ל' אִשְׁתַּרְבּוּבֵי (סֻוכָּה ה.) ול"ג שֶׁרִיבַּבְתְּ]:
[Telle est la version : al tikri chibarta ela cheribavta — du terme ichtarbouvei (Souka 5a) ; et l'on ne lit pas « cheribavta » sous cette autre forme.]
🪔 Ben Yehoyada (1)
שְׁתֵּי אַמּוֹת הָיָה, וְהֶעֱמִידוֹ עַל שְׁתֵּים עֶשְׂרֵה. נִרְאֶה לִי לְפִי זֶה הַנֵּס נַעֲשָׂה בַּעֲשָׂרָה אַמּוֹת לִרְמֹוז זְכוּת עֲשֶׂרֶת הַדִּבְּרוֹת הַגִּין. וּמַאן דְּאָמַר עַל ט"ז הַנֵּס נַעֲשָׂה בי"ד אַמּוֹת רֶמֶז זְכוּת דָּוִד [14] הַמֶּלֶךְ ע"ה הַגִּין, כִּי הוּא הָיָה סִיבָּה לְבִיאַת מָרְדְּכַי שֶׁלֹּא הָרַג אֶת שָׁמְעִי, וּכְמוֹ שֶׁאָמְרוּ חֲזַ"ל. וּמַאן דְּאָמַר כ"ח הַנֵּס הָיָה בכ"ו אַמּוֹת כְּמִנְיַן שֵׁם הֲוָיָ"ה שֶׁפֹּועַל בְּנִסִּים לְמַעְלָה מִן הַטֶּבַע. וּמַאן דְּאָמַר כ"ד הַנֵּס הָיָה בכ"ב אַמּוֹת עַל יְדֵי זְכוּת כ"ב אוֹתִיּוֹת הַתּוֹרָה. וּמַאן דְּאָמַר שִׁשִּׁים הַנֵּס הָיָה בנ"ח אַמּוֹת כְּנֶגֶד יִחוּד הַתְּפִלָּה שֶׁהוּא מִסְפַּר ח"ן וּכְנֶגֶד מִסְפַּר 'אֹזֶן' [58] שֶׁשָּׁמַע הקב"ה תְּפִלָּתָם וְנָתַן לָהּ חֵן, וְגַם הוּא מְסַפֵּר 'כְּבוֹד ה' [58] שֶׁנִּגְלָה כְּבוֹד ה' בְּדָבָר זֶה. וּמַאן דְּאָמַר מָאתַיִם הַנֵּס הָיָה בקצ"ח, כְּמִנְיַן ב' פְּעָמִים סגו"ל [99×2=198] שֶׁהוּא סוֹד הַחֶסֶד שֶׁזָּכוּ לְחֶסֶד בְּאִתְגַּלְיָיא וְחֶסֶד בְּאִתְכַּסְייָא. וְהִנֵּה בְּוַדַּאי כָּל דִּבְרֵי חֲזַ"ל אֱמֶת, וְכֻולְּהוּ הָווּ, דִּתְחִלָּה נִמְשַׁךְ עַד י"ב וְאַחַר רֶגַע קָטָן כְּמִמַּרְיָה נִמְשַׁךְ עַד ט"ז וְאַחַר רֶגַע קָטָן נִמְשָׁךְ עַד כ"ד וְכֵן עַל זֶה הַדֶּרֶךְ וְנִמְצָא נַעֲשׂוּ בּוֹ שִׁשָּׁה נִסִּים רֶמֶז שֶׁהֵגֵין זְכוּת תּוֹרָה שֶׁבְּעַל פֶּה שֶׁהִיא שִׁשָּׁה סְדָרִים. וּלְגִרְסַת עֵין יַעֲקֹב הֵם חֲמִשָּׁה רֶמֶז לִזְכוּת תּוֹרָה שֶׁבִּכְתָב שֶׁהִיא חֲמִשָּׁה סְפָרִים.
« Il était de deux amot, et il le porta à douze. » Il me semble que, selon cet avis, le miracle s'est fait sur dix amot, pour évoquer le mérite des dix commandements qui protège. Selon celui qui dit seize, le miracle s'est fait sur quatorze amot, allusion au mérite de David [14] le roi, la paix soit sur lui, qui protège, car il fut la cause de la venue de Mordekhai en n'ayant pas tué Chimi, comme l'ont dit nos maîtres. Selon celui qui dit vingt-huit, le miracle s'est fait sur vingt-six amot, comme le compte du Nom de quatre lettres, qui agit dans les miracles au-dessus de la nature. Selon celui qui dit vingt-quatre, le miracle s'est fait sur vingt-deux amot, par le mérite des vingt-deux lettres de la Torah. Selon celui qui dit soixante, le miracle s'est fait sur cinquante-huit amot, correspondant à l'unification de la prière, dont le compte est « hen » [58], et au compte de « ozen », l'oreille [58], car le Saint béni soit-Il entendit leur prière et lui donna de la grâce ; c'est aussi le compte de « kevod Hachem » [58], la gloire divine s'étant révélée en cette affaire. Selon celui qui dit deux cents, le miracle s'est fait sur cent quatre-vingt-dix-huit amot, comme le compte de deux fois « segol » [99 x 2 = 198], qui est le secret du 'hessed : ils ont mérité le 'hessed révélé et le 'hessed caché. Et certes toutes les paroles de nos maîtres sont vraies, et tout a eu lieu : d'abord il s'est allongé jusqu'à douze, puis après un court instant jusqu'à seize, puis après un court instant jusqu'à vingt-quatre, et ainsi de suite ; il s'est donc produit là six miracles, allusion au mérite protecteur de la Torah orale, qui compte six ordres. Selon la version du Ein Yaakov, ils sont cinq, allusion au mérite de la Torah écrite, qui compte cinq livres.
💡 Explication

Le sceptre mesurait deux amot ; les avis divergent sur la longueur atteinte par le miracle. Deux précédents sont invoqués pour établir qu'un membre ou un objet peut s'allonger : le bras de la fille de Pharaon en Chemot 2,5, et les dents de Og selon la description de Berakhot 54b rapportée par Rachi.

Le chiffre de soixante est appuyé par une derasha de Rech Lakich, qui lit chibarta comme cheribavta. Rachi ajoute d'où sort précisément le nombre soixante : les lettres surnuméraires des pluriels du verset, le youd de chiney et le youd-mem de rechaim, totalisent soixante.

🖼️ Schéma
Jusqu'où le sceptre s'est-il allongé ? Six avis Longueur de départ : deux amot. Les barres représentent la longueur atteinte selon chaque avis. Départ — 2 amot R. Yirmeya — 12 Ben Yehoyada : miracle sur 10, mérite des dix paroles Veamri la — 16 miracle sur 14, mérite de David Veamri la — 24 miracle sur 22, les 22 lettres de la Torah Baraita — 60 miracle sur 58 : hen, ozen, kevod Hachem Rabba bar Ofran — 200 Les deux précédents cités pour l'allongement Le bras de la fille de Pharaon (Chemot 2,5) — et les dents de Og, par al tikri chibarta ela cheribavta.
L'échelle des avis sur la longueur du sceptre et les lectures du Ben Yehoyada, qui rapporte chaque chiffre au mérite qui a opéré le miracle.
11
״וַיֹּאמֶר לָהּ הַמֶּלֶךְ לְאֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה מַה בַּקָּשָׁתֵךְ עַד חֲצִי הַמַּלְכוּת וְתֵעָשׂ״. חֲצִי הַמַּלְכוּת וְלֹא כָּל הַמַּלְכוּת, וְלֹא דָּבָר שֶׁחוֹצֵץ לַמַּלְכוּת, וּמַאי נִיהוּ — בִּנְיַן בֵּית הַמִּקְדָּשׁ.

« Et le roi lui dit, à Esther la reine : quelle est ta demande, jusqu'à la moitié du royaume, et ce sera fait » (Esther 5,3 et 5,6). La moitié du royaume, et non tout le royaume, et non une chose qui ferait barrage au royaume (hotsets lamalkhout).

Et qu'est-ce donc ? La construction du Beit Hamikdach.

📜 Rachi (1)
וְלֹא דָּבָר שֶׁחוֹצֵץ בַּמַּלְכוּת בִּנְיַן הַבַּיִת שֶׁהוּא בְּאֶמְצַע שֶׁל עוֹלָם כִּדְאָמְרִי' בְּסֵדֶר יוֹמָא (דַּף נד:) אֶבֶן שְׁתִיָּה שֶׁמִּמֶּנָּה נִשְׁתַּת הָעוֹלָם:
Velo davar chehotsets bamalkhout - la construction du Temple, qui se trouve au milieu du monde, comme nous le disons dans le seder Yoma (54b) : la even hachtiya, à partir de laquelle le monde fut fondé.
🪔 Ben Yehoyada (1)
(אֶסְתֵּר ה, ג) 'וַיֹּאמֶר לָהּ הַמֶּלֶךְ מַה לָּךְ אֶסְתֵּר הַמַּלְכָּה וּמַה בַּקָּשָׁתֵךְ עַד חֲצִי הַמַּלְכוּת וְיִנָּתֵן לָךְ'. נִרְאֶה לִי בס"ד אוֹת וָא"ו שֶׁל מַלְכוּת אֵינוֹ יוֹצֵא בְּמִבְטָא, וְעַל כֵּן חֲצִי הָרִאשׁוֹן שֶׁל 'מַלְכוּת' הֵם אוֹתִיּוֹת מ"ל שֶׁהֵם מִסְפַּר שְׁנֵי הַגָּלוּת דְּחֻרְבָּן בַּיִת רִאשׁוֹן וַחֲצִי הַשֵּׁנִי הֵם אוֹתִיּוֹת כ"ת שֶׁבָּהֶם רָמוּז בִּנְיַן בַּיִת שֵׁנִי שֶׁעָמַד ת"ק שָׁנִים, וְלָזֶה אָמַר עַד חֲצִי הַמַּלְכוּת שֶׁהוּא יַעֲשֶׂה דָּבָר שֶׁמְּקַיֵּים רֶמֶז חֲצִי הַמַּלְכוּת שֶׁרוֹמֵז עַל חֻרְבָּן וְגָלוּת לְהַשְׁלִימוֹ וְלֹא כָּל הַמַּלְכוּת שֶׁהוּא חֲצִי הַשֵּׁנִי גַּם כֵּן שֶׁרוֹמֵז לְבִנְיַן בַּיִת שֵׁנִי שֶׁלֹּא יַעֲשֶׂה דָּבָר שֶׁיִּהְיֶה בּוֹ קִיּוּם לְבִנְיַן הַבַּיִת וְאַף עַל גַּב דְּאִיהוּ לָא יָדַע מַאי קָאָמַר הַשַּׂר מֵשִׂים בְּפִיו דְּבָרִים אֵלּוּ.
« (Esther 5,3) Et le roi lui dit : qu'as-tu, Esther la reine, et quelle est ta demande ? Jusqu'à la moitié du royaume, et il te sera donné. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que la lettre vav de « malkhout » ne se prononce pas ; dès lors, la première moitié de « malkhout » est formée des lettres mem et lamed, qui font le compte des années de l'exil lié à la destruction du premier Temple, et la seconde moitié des lettres kaf et tav, où est évoquée la construction du second Temple, qui subsista cinq cents ans. C'est pourquoi il dit « jusqu'à la moitié du royaume » : il fera une chose qui accomplit ce qu'évoque la première moitié de « malkhout », qui renvoie à la destruction et à l'exil, pour la mener à son terme, mais non « tout le royaume », c'est-à-dire la seconde moitié aussi, qui renvoie à la construction du second Temple, car il ne fera rien qui donne consistance à la construction du Temple. Et bien qu'il ne sût pas lui-même ce qu'il disait, l'ange mettait ces paroles dans sa bouche.
💡 Explication

La guemara lit la formule d'Ahachveroch comme une limitation délibérée, en trois degrés : la moitié, mais pas le tout, et en aucun cas ce qui ferait hatsitsa, barrage, au royaume.

Rachi explique en quoi le Temple ferait barrage : il occupe le centre du monde, autour de la even hachtiya. Un royaume perse qui autoriserait sa reconstruction perdrait le centre de sa propre domination.

12
״יָבֹא הַמֶּלֶךְ וְהָמָן אֶל הַמִּשְׁתֶּה״. תָּנוּ רַבָּנַן: מֶה רָאֲתָה אֶסְתֵּר שֶׁזִּימְּנָה אֶת הָמָן? רַבִּי אֶלְעָזָר אוֹמֵר: פַּחִים טָמְנָה לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״יְהִי שֻׁלְחָנָם לִפְנֵיהֶם לְפָח״.

« Que le roi et Haman viennent au festin » (Esther 5,4). Nos maîtres ont enseigné : qu'a vu Esther pour inviter Haman ?

Rabbi Elazar dit : elle lui a tendu des pièges, ainsi qu'il est dit : « que leur table devienne devant eux un piège » (Tehilim 69,23).

🪔 Ben Yehoyada (1)
פַּחִים טָמְנָה לוֹ, שֶׁנֶּאֱמַר (תְּהִלִּים סט, כג) 'יְהִי שֻׁלְחָנָם לִפְנֵיהֶם לְפַח'. נִרְאֶה לִי בס"ד שַׁי " ן דְּשֻׁלְחָן בִּמְלוֹאָהּ הִיא אוֹתִיּוֹת שֵׁנִי , וְאוֹתִיּוֹת לַח " ן דְּשֻׁלְחָן הֵם מִסְפַּר פח [88] נִמְצָא בְּשֻׁלְחָן רָמוּז 'שְׁנֵי פַּח' וּלְכָךְ הִזְמִינַתּוּ שְׁנֵי יָמִים לַעֲשׂוֹת לוֹ בָּהֶם שְׁנֵי פַּח. וְנִרְאֶה לִי הַטַּעַם בִּשְׁנֵי פח כִּי הֵם עָשׂוּ תַּעֲנִית כְּדֵי לַעֲשׂוֹת בֵּירוּר נִיצוֹצֵי קְדֻושָּׁה מִן הַקְּלִיפָּה לְהִכְנִיעָה וּלְבַטֵּל כּוֹחָהּ לְצֹורֶךְ הַשָּׁעָה, וְהִזְמִינָהּ אֶת הַמָּן שֶׁהָיָה עִיקָּר בַּקְּלִיפָּה לָתֵת בָּזֶה לְסִטְרָא אַחֲרָא מַתָּנָה מוּעֶטֶת, כְּדֶרֶךְ מַתְּנַת הַשָּׂעִיר בְּיוֹם הַכִּיפּוּרִים וּכְדֶרֶךְ מַיִם אַחֲרוֹנִים.
« Elle lui a tendu des pièges, ainsi qu'il est dit (Tehilim 69,23) : yehi choulhanam lifneihem lefah. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le chin de « choulhan », écrit en toutes lettres, donne les lettres de « chenei », deux, et que les lettres lamed, het et noun de « choulhan » font le compte de « pah », piège [88]. Ainsi « choulhan » évoque-t-il « chenei pah », deux pièges, et c'est pourquoi elle l'invita deux jours, afin de lui tendre en eux deux pièges. Et il me semble que la raison de ces deux pièges est la suivante : ils avaient entrepris un jeûne afin d'opérer le tri des étincelles de sainteté d'avec la klipa, de la soumettre et d'annuler sa force pour le besoin de l'heure ; elle invita donc Haman, qui était l'élément principal de la klipa, pour donner par là à la sitra a'hra un présent modique, à la manière du don du bouc de Yom Kipour et à la manière des mayim aharonim.
💡 Explication

La question de la baraita porte sur un point du récit qui n'est expliqué par aucun verset : l'invitation de Haman au festin. Douze réponses vont être données, neuf de tanaim et trois d'amoraim.

La première, celle de Rabbi Elazar, tient l'invitation pour un pah, un piège tendu : le repas lui-même est l'instrument de la chute, selon l'image du verset des Tehilim.

13
רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ אוֹמֵר: מִבֵּית אָבִיהָ לְמָדָהּ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״אִם רָעֵב שֹׂונַאֲךָ הַאֲכִילֵהוּ לֶחֶם וְגוֹ׳״. רַבִּי מֵאִיר אוֹמֵר: כְּדֵי שֶׁלֹּא יִטּוֹל עֵצָה וְיִמְרֹוד.

Rabbi Yehochoua dit : elle l'a appris de la maison de son père, ainsi qu'il est dit : « si ton ennemi a faim, donne-lui du pain à manger, etc. » (Michlei 25,21). Rabbi Meir dit : afin qu'il ne prenne pas conseil et ne se révolte.

📜 Rachi (2)
מִבֵּית אָבִיהָ לְמִדָּה שָׁמְעָה הַתִּינוֹקוֹת אוֹמְרִים כֵּן:
Mibeit aviha lamda - elle a entendu les enfants le dire.
וְיִמְרֹוד בַּמֶּלֶךְ שֶׁהָיְתָה שְׁעָתוֹ מַצְלַחַת:
Veyimrod - contre le roi, car son heure lui était favorable.
🪔 Ben Yehoyada (1)
מִבֵּית אָבִיהָ לְמָדָהּ, שֶׁנֶּאֱמַר (מִשְׁלֵי כה, כא) 'אִם רָעֵב שֹׂנַאֲךָ הַאֲכִלֵהוּ לָחֶם וְאִם צָמֵא הַשְׁקֵהוּ מַיִם'. נִרְאֶה לִי בס"ד 'מִבֵּית אָבִיהָ' הוּא שָׁאוּל שֶׁהָיָה הַגָּדוֹל שֶׁבְּמִשְׁפַּחְתָּהּ, כְּשֶׁרָצָה לַהֲרֹוג אֶת דָּוִד הַמֶּלֶךְ ע"ה, הִמְתִּין עַד יוֹם רֹאשׁ חֹודֶשׁ שֶׁיָּבֹא אֶצְלוֹ לַסְּעוּדָה לֶאֱכֹול לֶחֶם עַל שֻׁלְחָנוֹ וְאָז יַהַרְגֶנּוּ וְטַעְמוֹ הָיָה גַּם כֵּן עַל פִּי טַעַם זֶה שֶׁאָמַר הַכָּתוּב 'אִם רָעֵב שֹׂנַאֲךָ הַאֲכִלֵהוּ לֶחֶם'. אַךְ רַשִׁ"י זַ"ל פֵּירֵשׁ שָׁמְעָה הַתִּנּוֹקוֹת קוֹרִין כֵּן וּפֵירֵשׁ בְּנֵי יְדִידִי כה"ר יַעֲקֹב הי"ו כַּוָּנָתוֹ לוֹמַר 'מִבֵּית אָבִיהָ' עַל מָרְדְּכַי דִּכְתִיב (אֶסְתֵּר ב, ז) 'לְקָחָהּ מָרְדְּכַי לוֹ לְבַת' וְשָׁמְעָה קוֹל הַתִּינוֹקוֹת שֶׁהָיוּ בְּבֵית מָרְדְּכַי אוֹמְרִים פָּסוּק זֶה 'אִם רָעֵב שֹׂנַאֲךָ הַאֲכִלֵהוּ לֶחֶם' וְסָמְכָה לַעֲשׂוֹת עַל פִּי הַפָּסוּק הַזֶּה כְּדֶרֶךְ שֶׁסּוֹמְכִין עַל הַתִּינוֹק בְּאָומְרָם אֵלָיו 'פָּסוּק לִי פְּסוּקְךָ' עַד כָּאן דְּבָרָיו נר"ו.
« Elle l'a appris de la maison de son père, ainsi qu'il est dit (Michlei 25,21) : si ton ennemi a faim, donne-lui du pain à manger, et s'il a soif, donne-lui de l'eau à boire. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que « la maison de son père » désigne Chaoul, le plus grand de sa famille : lorsqu'il voulut tuer David le roi, la paix soit sur lui, il attendit le jour de roch hodech, où il viendrait chez lui au repas manger du pain à sa table, et il le tuerait alors ; sa raison était elle aussi celle qu'énonce le verset « si ton ennemi a faim, donne-lui du pain à manger ». Mais Rachi, de mémoire bénie, a expliqué qu'elle avait entendu les enfants réciter ce verset. Et mon fils bien-aimé, le maître Yaakov, qu'il vive longtemps, a expliqué son intention : « la maison de son père » désigne Mordekhai, dont il est écrit (Esther 2,7) « Mordekhai la prit pour lui comme fille » ; elle entendit la voix des enfants qui se trouvaient dans la maison de Mordekhai réciter ce verset « si ton ennemi a faim, donne-lui du pain à manger », et elle s'appuya sur lui pour agir, à la manière dont on s'appuie sur un enfant en lui disant « récite-moi ton verset ». Telles sont ses paroles.
💡 Explication

Les deux avis suivants opposent deux registres. Rabbi Yehochoua rattache la conduite d'Esther à un enseignement reçu, celui de Michlei sur la conduite à tenir envers un ennemi ; Rachi précise le mode de transmission, par les versets que récitaient les enfants.

Rabbi Meir donne une raison politique : Haman occupe une position où il pourrait lever une révolte. Rachi précise contre qui : contre le roi, car l'heure de Haman prospérait.

14
רַבִּי יְהוּדָה אוֹמֵר: כְּדֵי שֶׁלֹּא יַכִּירוּ בָּהּ שֶׁהִיא יְהוּדִית. רַבִּי נְחֶמְיָה אוֹמֵר: כְּדֵי שֶׁלֹּא יֹאמְרוּ יִשְׂרָאֵל: אָחוֹת יֵשׁ לָנוּ בְּבֵית הַמֶּלֶךְ, וְיַסִּיחוּ דַּעְתָּן מִן הָרַחֲמִים. רַבִּי יוֹסֵי אוֹמֵר: כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מָצוּי לָהּ בְּכָל עֵת. רַבִּי שִׁמְעוֹן בֶּן מְנַסְיָא אוֹמֵר: אוּלַי יַרְגִּישׁ הַמָּקוֹם וְיַעֲשֶׂה לָנוּ נֵס.

Rabbi Yehouda dit : afin qu'on ne reconnaisse pas en elle qu'elle était juive. Rabbi Nehemia dit : afin qu'Israël ne dise pas « nous avons une sœur dans la maison du roi », et ne détourne son esprit de la demande de miséricorde.

Rabbi Yossi dit : afin qu'il soit disponible pour elle à tout moment. Rabbi Chimon ben Menassia dit : peut-être Hachem le remarquera-t-Il et fera-t-Il pour nous un miracle.

📜 Rachi (2)
שֶׁיְּהֵא מָצוּי לָהּ אוּלַי תּוּכַל לְהַכְשִׁילוֹ בְּשׁוּם דָּבָר לִפְנֵי הַמֶּלֶךְ:
Cheyehe matsouy la - peut-être pourra-t-elle le faire trébucher en quelque chose devant le roi.
יַרְגִּישׁ הקב"ה שֶׁאַף אֲנִי מְקָרֶבֶת שׂוֹנְאֵיהֶן שֶׁל יִשְׂרָאֵל אִי נָמֵי יַרְגִּישׁ שֶׁאֲנִי צְרִיכָה לְהַחֲנִיף רָשָׁע זֶה וּלְזַלְזֵל בִּכְבוֹדִי:
Yarguich HaKadoch baroukh Hou - que moi aussi je rapproche celui qui hait Israël ; ou bien qu'Il remarque que je dois flatter ce racha et rabaisser mon honneur.
🪔 Ben Yehoyada (2)
כְּדֵי שֶׁיְּהֵא מָצוּי לָהּ בְּכָל עֵת. נִרְאֶה לִי הַכַּוָּנָה כְּדֵי שֶׁיִּהְיֶה לִבּוֹ בָּטוּחַ מִצִּידָּהּ שֶׁלֹּא יָחוּשׁ עַל עַצְמוֹ לְהָכִין לוֹ בֵּית מָנוֹס לִבְרֹוחַ אִם יִרְאֶה שֶׁמִּתְעוֹרֶרֶת עָלָיו בְּאֵיזֶה דָּבָר.
« Afin qu'il soit disponible pour elle à tout moment. » Il me semble que l'intention est la suivante : afin que son cœur soit rassuré à son égard et qu'il ne se préoccupe pas de se préparer un refuge pour fuir s'il la voyait se dresser contre lui en quelque chose.
מֶה רָאֲתָה אֶסְתֵּר שֶׁזִּמְּנָה אֶת הָמָן?.. אוּלַי יַרְגִּישׁ הַמָּקוֹם וְיַעֲשֶׂה לָנוּ נֵס. נִרְאֶה לִי בס"ד הַצָּלַת יִשְׂרָאֵל בְּתִתְעָרוּתָא דִּלְתַתָּא תִּהְיֶה בְּנֵס הַקָּרוֹב לְטֶבַע וְלֹא יִהְיֶה בְּנֵס פִּלְאֵי מְאֹד אַךְ הַצָּלַת יִשְׂרָאֵל בְּאִתְעָרוּתָא דִּלְעֵילָּא תִּהְיֶה בְּנֵס פִּלְאֵי מְאוֹד וְכַאֲשֶׁר הָיָה בִּיצִיאַת מִצְרַיִם שֶׁהָיְתָה בְּאִתְעָרוּתָא דִּלְעֵילָּא, וְהָיְתָה בְּנִסִּים נִפְלָאִים וְלָכֵן אֶסְתֵּר הָיְתָה רוֹצֶה שֶׁלֹּא יַעֲשׂוּ הִשְׁתַּדְּלוּת בַּתַּחְתּוֹנִים כְּדֵי שֶׁתִּהְיֶה הַצָּלַת יִשְׂרָאֵל בְּאִתְעָרוּתָא דִּלְעֵילָּא כְּמוֹ שֶׁאָמַר הַכָּתוּב (יְשַׁעְיָהוּ סג, ה) 'וְאַבִּיט וְאֵין עֹזֵר וְאֶשְׁתּוֹמֵם וְאֵין סוֹמֵךְ וַתּוֹשַׁע לִי זַרְעִי' וְלָזֶה אָמַר אוּלַי יַרְגִּישׁ הַמָּקוֹם רוֹצֶה לוֹמַר שֶׁתִּהְיֶה הַהַצָּלָה בְּאִתְעָרוּתָא דִּלְעֵילָּא, וְיַעֲשֶׂה נֵס רוֹצֶה לוֹמַר הַצָּלָה בְּדָבָר פִּלְאֵי שֶׁיִּהְיֶה נִקְרָא נֵס אֵצֶל הַכֹּל שֶׁלֹּא יִהְיֶה דָּבָר קָרוֹב לְטֶבַע.
« Qu'a vu Esther pour inviter Haman ?... Peut-être Hachem le remarquera-t-Il et fera-t-Il pour nous un miracle. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, que le salut d'Israël obtenu par un éveil d'en bas se produit par un miracle proche de la nature, sans être un miracle extraordinaire, tandis que le salut d'Israël obtenu par un éveil d'en haut se produit par un miracle très extraordinaire, comme ce fut le cas à la sortie d'Égypte, qui vint d'un éveil d'en haut et s'accomplit par des miracles prodigieux. Esther voulait donc qu'aucun effort ne soit fait par ceux d'en bas, afin que le salut d'Israël vienne d'un éveil d'en haut, comme le dit le verset (Yechaya 63,5) « je regardai et il n'y avait pas d'aide, je fus stupéfait et il n'y avait pas de soutien, et mon bras me sauva ». C'est le sens de « peut-être Hachem le remarquera-t-Il », c'est-à-dire que le salut vienne d'un éveil d'en haut, « et fera-t-Il un miracle », c'est-à-dire un salut prodigieux que tous appelleront un miracle, sans qu'il soit proche de la nature.
💡 Explication

Quatre motifs encore, de registres différents. Rabbi Yehouda et Rabbi Nehemia portent sur la perception : ne pas trahir son origine, et ne pas donner à Israël un faux appui qui relâcherait la prière.

Rabbi Yossi vise l'occasion pratique, que Rachi précise : le faire trébucher devant le roi. Rabbi Chimon ben Menassia renverse la logique, en cherchant l'aggravation elle-même comme motif d'intervention ; Rachi propose deux lectures de ce que Hachem devrait remarquer.

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רַבִּי יְהוֹשֻׁעַ בֶּן קָרְחָה אוֹמֵר: אַסְבִּיר לוֹ פָּנִים כְּדֵי שֶׁיֵּהָרֵג הוּא וְהִיא. רַבָּן גַּמְלִיאֵל אוֹמֵר: מֶלֶךְ הֲפַכְפְּכָן הָיָה. אָמַר רַבִּי גַּמְלִיאֵל: עֲדַיִין צְרִיכִין אָנוּ לַמּוֹדָעִי, דְּתַנְיָא, רַבִּי אֱלִיעֶזֶר הַמּוֹדָעִי אוֹמֵר: קִנְּאַתּוּ בַּמֶּלֶךְ קִנְּאַתּוּ בַּשָּׂרִים.

Rabbi Yehochoua ben Korha dit : je lui montrerai un visage avenant, afin qu'il soit tué, lui et elle. Rabban Gamliel dit : c'était un roi versatile (hafakhpekhan).

Rabbi Gamliel dit : nous avons encore besoin du Modai, car il a été enseigné dans une baraita : Rabbi Eliezer HaModai dit : elle suscita contre lui la jalousie du roi, elle suscita contre lui la jalousie des ministres.

📜 Rachi (2)
שֶׁיֵּהָרֵג הוּא וְהִיא שֶׁיַּחְשְׁדֵנִי הַמֶּלֶךְ מִמֶּנּוּ וְיַהֲרֹוג אֶת שְׁנֵינוּ [נ"א וְכִי גָּזְרִי גְּזֵירָה וּמִית חַד מִינַּייְהוּ בָּטְלִי הַגְּזֵירָה]:
Cheyehareg hou vehi - que le roi me soupçonne avec lui et qu'il nous tue tous les deux. [Autre version : et lorsqu'on décrète un décret et que l'un d'eux meurt, le décret est annulé.]
מֶלֶךְ הֲפַכְפַּךְ הָיָה וְחוֹזֵר בְּדִיבּוּרוֹ אָמְרָה שֶׁמָּא אוּכַל לְפַתּוֹתוֹ וּלְהָורְגוֹ וְאִם לֹא יְהֵא מְזֻומָּן תַּעֲבֹור הַשָּׁעָה וְיַחֲזֹור בּוֹ:
Melekh hafakhpekh haya - et il revenait sur sa parole. Elle se dit : peut-être pourrai-je le convaincre de le tuer ; et s'il n'est pas là, à portée de main, l'heure passera et le roi se rétractera.
🪔 Ben Yehoyada (1)
אָמַר רַבָּן גַּמְלִיאֵל: עֲדַיִן צְרִיכִין אָנוּ ל'מוֹדָעֵי'. פֵּירוּשׁ הַטַּעַם שֶׁלִּי שֶׁאָמַרְתִּי בִּשְׁבִיל שֶׁהָיָה מֶלֶךְ הֲפַכְפְּכָן, צָרִיךְ לְהַטְעִימוֹ בְּטַעַם שֶׁאָמַר הַמּוֹדְעִי דְּ'קִנְאָתוֹ בַּמֶּלֶךְ קְנָאַתּוּ בַּשָּׂרִים' דְּחָשְׁשָׁה כֵּיוָן דְּהַמֶּלֶךְ הֲפַכְפַּךְ אֶפְשָׁר שֶׁיְּהַפְּכוּ אוֹתוֹ הַשָּׂרִים בַּעֲצָתָם נֶגֶד הַדְּבָרִים אֲשֶׁר תְּדַבֵּר בָּהֶם בְּרָעָה עַל הַמָּן וּלְכָךְ קִנְאָתוֹ כְּדֵי שֶׁיִּשְׂנָאוּהוּ וְאָז גַּם הֵם יֶחְזְקוּ דְּבָרֶיהָ וְלֹא יַנִּיחוּ אֶת הַמֶּלֶךְ לְהִתְהַפֵּךְ וְלַחֲזֹור בּוֹ.
« Rabban Gamliel dit : nous avons encore besoin du Modai. » Explication : la raison que j'ai donnée, à savoir qu'il s'agissait d'un roi versatile, doit être complétée par la raison qu'énonce le Modai, « elle suscita contre lui la jalousie du roi, la jalousie des ministres ». Car elle craignait que, le roi étant versatile, les ministres ne le retournassent par leur conseil contre les paroles qu'elle dirait contre Haman ; c'est pourquoi elle suscita la jalousie, afin qu'ils le haïssent, et qu'alors eux aussi renforcent ses paroles et ne laissent pas le roi se retourner et revenir sur sa décision.
💡 Explication

Rabbi Yehochoua ben Korha prête à Esther un calcul extrême : provoquer le soupçon d'une liaison, au prix de sa propre vie. Rachi donne une seconde version où le calcul porte sur l'annulation du décret par la mort de l'un des deux.

Rabban Gamliel invoque le caractère du roi, hafakhpekhan, celui qui se retourne. Puis il déclare sa propre raison insuffisante seule et appelle celle de Rabbi Eliezer HaModai. Le Ben Yehoyada explique l'articulation : la versatilité du roi rend nécessaire de neutraliser aussi les ministres, ce que fait la jalousie.

16
רַבָּה אָמַר: ״לִפְנֵי שֶׁבֶר גָּאוֹן״. אַבָּיֵי וְרָבָא דְּאָמְרִי תַּרְוַיְיהוּ: ״בְּחֻומָּם אָשִׁית אֶת מִשְׁתֵּיהֶם וְגוֹ׳״. אַשְׁכְּחֵיהּ רַבָּה בַּר אֲבוּהּ לְאֵלִיָּהוּ, אֲמַר לֵיהּ: כְּמַאן חַזְיָא אֶסְתֵּר וַעֲבַדָא הָכִי? אֲמַר לֵיהּ: כְּכֻולְּהוּ תַּנָּאֵי וּכְכֻולְּהוּ אָמוֹרָאֵי.

Rabba dit : « avant la ruine, l'orgueil » (Michlei 16,18). Abaye et Rava disent tous deux : « quand ils seront échauffés, je leur préparerai leur festin, etc. » (Yirmeyahou 51,39).

Rabba bar Avouh rencontra Eliyahou. Il lui dit : selon qui Esther a-t-elle vu et agi ainsi ?

Il lui dit : selon tous les tanaim et selon tous les amoraim.

📜 Rachi (1)
בְּחֻומָּם אָשִׁית אֶת מִשְׁתֵּיהֶם עַל בֵּלְשַׁצַּר וְסִיעָתוֹ נֶאֱמַר בְּשׁוּבָם מִן הַמִּלְחָמָה שֶׁדָּרְיָוֶשׁ וְכוֹרֶשׁ הָיוּ צָרִין עַל בָּבֶל וְנִצְּחָן בֵּלְשַׁצַּר אוֹתוֹ הַיּוֹם וְהָיוּ עֲייֵפִים וְחַמִּים וְיָשְׁבוּ לִשְׁתּוֹת וְנִשְׁתַּכְּרוּ וּבְאוֹתוֹ הַיּוֹם נֶהֱרַג וְאַף אֶסְתֵּר אָמְרָה מִתּוֹךְ מִשְּׁתֵּיהֶן שֶׁל רְשָׁעִים בָּאָה לָהֶם פּוּרְעָנוּת:
Behoumam achit et michtehem - cela a été dit au sujet de Belchatsar et de sa suite, à leur retour de la guerre : Dariavech et Korech assiégeaient Bavel, Belchatsar les vainquit ce jour-là ; ils étaient las et échauffés, ils s'assirent pour boire et s'enivrèrent, et ce jour-là même il fut tué. Esther aussi s'est dit que c'est du sein du festin des rechaim que leur vient le châtiment.
🪔 Ben Yehoyada (1)
רַבָּה אָמַר (מִשְׁלֵי טז, יח) 'לִפְנֵי שֶׁבֶר גָּאוֹן וְלִפְנֵי כִשָּׁלוֹן גֹּבַהּ רוּחַ'. נִרְאֶה לִי בס"ד דְּיָדוּעַ הָמָן נִצְלַב עַל יְדֵי שְׁלֹשָׁה עוֹנוֹת שֶׁנִּסְדְּרוּ עָלָיו בָּזֶה אֶת זֶה, הָאֶחָד מַה שֶׁאָמְרָה אֶסְתֵּר כִּי נִמְכַּרְנוּ אֲנִי וְעַמִּי וְכוּ' (אֶסְתֵּר ז, ד) , וְעָוֹן זֶה לְבַדּוֹ לֹא הָיָה בּוֹ סִיפּוּק לִגְזֹור עָלָיו צְלִיבָה אֶלָּא רַק הוֹעִיל שֶׁבָּעֲרָה חֲמַת הַמֶּלֶךְ בּוֹ, אַחַר כָּךְ תֵּכֶף נִתְגַּלְגֵּל עָוֹן וְהָמָן נֹופֵל עַל הַמִּטָּה שֶׁאָמַר לוֹ הֲגַם לִכְבּוֹשׁ אֶת הַמַּלְכָּה עִמִּי בַּבָּיִת וְכוּ' (אֶסְתֵּר ז, ח) , וְגַם זֶה לֹא הִסְפִּיק לַעֲשׂוֹת לוֹ צְלִיבָה, אֶלָּא רַק הִבְעִיר הַחֵימָה בְּיוֹתֵר, אַחַר כָּךְ נִזְכַּר עָלָיו עָוֹן שְׁלִישִׁי אֲשֶׁר הִגִּיד חַרְבוֹנָה: גַּם הִנֵּה הָעֵץ אֲשֶׁר עָשָׂה הָמָן לְמָרְדֳּכַי וְכוּ' (אֶסְתֵּר ז, ט) , וּבָזֶה נִגְמַר דִּינוֹ לִצְלִיבָה שֶׁאָמַר תָּלוּהוּ עָלָיו, נִמְצָא צְלִיבָתוֹ נַעֲשֵׂית בְּצֵירוּף הַזְכָּרַת שְׁלֹשָׁה עוֹנוֹת, וְזֶהוּ שֶׁנֶּאֱמַר 'לִפְנֵי שֶׁבֶר גָּאוֹן' קָרֵי בָּהּ 'ג' אָוֶן' רוֹצֶה לוֹמַר נִתְגַּלְגֵּל ג' אָוֶן עָלָיו עַד שֶׁנִּשְׁבַּר לְגַמְרֵי.
« Rabba dit (Michlei 16,18) : avant la ruine, l'orgueil, et avant la chute, la hauteur d'esprit. » Il me semble, avec l'aide du Ciel, qu'il est connu que Haman fut pendu à cause de trois fautes qui s'accumulèrent sur lui l'une après l'autre. La première est ce que dit Esther, « car nous avons été vendus, moi et mon peuple, etc. » (Esther 7,4) ; cette faute seule ne suffisait pas à décréter contre lui la pendaison, elle eut seulement pour effet d'enflammer contre lui la colère du roi. Ensuite se présenta aussitôt la faute de « et Haman tombait sur le lit », où le roi lui dit « veux-tu aussi faire violence à la reine, avec moi, dans la maison ? » (Esther 7,8) ; cela non plus ne suffisait pas à le faire pendre, mais attisa davantage la colère. Puis fut rappelée contre lui une troisième faute, celle que déclara Harvona : « et voici encore le bois qu'a fait Haman pour Mordekhai, etc. » (Esther 7,9), et par elle son jugement fut scellé pour la pendaison, le roi disant : pendez-le dessus. Sa pendaison s'accomplit donc par la réunion de trois fautes rappelées, et c'est ce que dit le verset « lifnei chever gaon », que l'on peut lire « gimel avon », c'est-à-dire que trois fautes s'accumulèrent sur lui jusqu'à ce qu'il fut entièrement brisé.
💡 Explication

Les trois derniers avis sont d'amoraim et partagent une même logique : l'élévation du racha prépare sa chute. Rabba cite Michlei, Abaye et Rava citent Yirmeyahou, verset que Rachi rapporte à la nuit de la mort de Belchatsar, où le festin fut l'occasion même du châtiment.

La sougya se clôt par la réponse d'Eliyahou à Rabba bar Avouh : kekhoulhou tanaei vekekhoulhou amoraei. Les douze motifs se tiennent ensemble, chacun étant une part de l'intention d'Esther.

17
״וַיְסַפֵּר לָהֶם הָמָן אֶת כְּבוֹד עָשְׁרוֹ וְרֹוב בָּנָיו״, וְכַמָּה רֹוב בָּנָיו? אָמַר רַב, שְׁלֹשִׁים: עֲשָׂרָה מֵתוּ, וַעֲשָׂרָה נִתְלוּ, וַעֲשָׂרָה מְחַזְּרִין עַל הַפְּתָחִים.

« Et Haman leur raconta la gloire de sa richesse et le grand nombre de ses fils » (Esther 5,11). Et combien était « le grand nombre de ses fils » ?

Rav dit : trente — dix moururent, dix furent pendus, et dix mendiaient aux portes.

🪔 Ben Yehoyada (1)
עֲשָׂרָה מֵתוּ, וַעֲשָׂרָה נִתְלוּ, וַעֲשָׂרָה מְחַזְּרִין עַל הַפְּתָחִים. קָשֶׁה לָמָּה לֹא הָרְגוּ וְכָלוּ אֶת אֵלּוּ הָעֲשָׂרָה? וְעוֹד לָמָּה הָיָה לָהֶם עֹונֶשׁ זֶה שֶׁל עֲנִיּוּת וְלֹא עֹונֶשׁ קָשֶׁה יוֹתֵר שֶׁיִּהְיוּ מְצֹורָעִים אוֹ סוּמִין? וְנִרְאֶה דִּבְלָאו הָכִי יֵשׁ לְהִתְפַּלְּאוּת לָמָּה הֻוצְרַךְ הָמָן לְסַפֵּר לשר"ץ אִשְׁתּוֹ וְאוֹהֲבָיו מְסַפֵּר בָּנָיו, וְכִי הֵם אֵינָם יוֹדְעִים כַּמָּה בָּנִים יֵשׁ לוֹ? וְנִרְאֶה לִי בס"ד כִּי הָמָן הָיָה מְנָאֵף עִם נְשֵׁי הַשָּׂרִים בַּסֵּתֶר וְהוֹלִיד מַמְזֵרִים, וְאֵלּוּ הָעֲשָׂרָה הָיוּ מַמְזֵרִים מִנָּשִׁים שֶׁל הַשָּׂרִים וְלֹא הָיוּ מַכִּירִים בָּהֶם שר"ץ אִשְׁתּוֹ וְאוֹהֲבָיו וְלֹא שׁוּם אָדָם בָּעוֹלָם וְאוֹתָהּ שָׁעָה גִּילָּה לְאוֹהֲבָיו וּלְאִשְׁתּוֹ שֶׁכָּל כָּךְ הוּא מֻוצְלָח בְּעִנְייָנוֹ שֶׁהוֹלִיד עֲשָׂרָה בָּנִים מַמְזֵרִים מִנְּשֵׁי הַשָּׂרִים הַגְּדוֹלִים וְשׁוּם אָדָם לֹא יָדַע בּוֹ וְעוֹדָם הֵם קַייָּמִים וְהֵם פְּלוֹנִי וּפְלוֹנִי וְהִגִּיד לָהֶם שֶׁהוּא מַצְלִיחַ בְּרַע שֶׁיַּעֲשֶׂה, וּלְכָךְ חוֹשֵׁב שֶׁגַּם בְּרָעָה שֶׁיַּעֲשֶׂה לְמָרְדְּכַי יַצְלִיחַ! וּבָזֶה מוּבָן הַטַּעַם שֶׁהָיוּ הָעֲשָׂרָה בָּנִים אֵלֶּה מַחֲזִירִים עַל הַפְּתָחִים, כִּי אֵלּוּ הָעֲשָׂרָה הָיוּ חֲשׁוּבֵין בָּנִים לְבַעֲלֵי אִמּוּתָם שֶׁהָיוּ שָׂרִים גְּדוֹלִים וְעַתָּה שֶׁגִּילָּה הַמָּן עֲלֵיהֶם שֶׁהֵם בָּנָיו אָז יָדְעוּ אוֹתָם הַשָּׂרִים דְּאֵלּוּ הֵם מַמְזֵרִים וּבְנֵי הַמָּן הֵם וְאֵינָם בְּנֵיהֶם וְאָז גֵּרְשֹׁום מִבֵּיתָם עֲרוּמִים וְהֻוכְרְחוּ לִהְיוֹת מַחֲזִירִים עַל הַפְּתָחִים כְּדֵי לֶאֱכֹול כִּי מִי יְפַרְנְסֵם שֶׁנַּעֲשׂוּ עֲנִיִּים מְרוּדִים כִּי נִתְגָּרְשׁוּ מִבֵּיתָם עֲרוּמִים. וּבָזֶה יְתֹורַץ בס"ד דִּקְדּוּק אַחֵר דְּחַד אָמַר שֶׁהָיוּ שִׁבְעִים וְחַד אָמַר שֶׁהָיוּ ר"ח וְהִנֵּה בְּוַדַּאי כָּל אֶחָד מִן הַחֲכָמִים הָיְתָה קַבָּלָה בְּיָדוֹ מֵרַבּוֹתָיו עַל דָּבָר זֶה. וְקָשֶׁה אֵיךְ יִהְיוּ חוֹלְקִים בִּמְצִיאוּת? וּבָזֶה נִיחָא דְּעַל בָּנִים הַגְּלוּיִים הַנּוֹלָדִים משר"ץ אִשְׁתּוֹ לֵיכָּא פְּלֻוגְתָּא, וְכָל דְּבָרִים אֵלּוּ קָאֵי עַל אוֹתָם בָּנִים הַמַּמְזֵרִים שֶׁהָיוּ לְהָמָן מִנְּשֵׁי דְּעָלְמָא אֲשֶׁר גִּילָּה אוֹתָם בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם לְאוֹהֲבָיו וּלְשֶׁרֶץ אִשְׁתּוֹ, וְחַד אָמַר דְּאוֹתָם שֶׁנּוֹלְדוּ מִנְּשֵׁי שָׂרִים הַגְּדוֹלִים הָיוּ עֲשָׂרָה וּמְחַזְּרִים עַל הַפְּתָחִים, וְחַד אָמַר שֶׁהָיוּ שִׁבְעִים מֵאֵלּוּ הַמַּמְזֵרִים מַחֲזִירִים עַל הַפְּתָחִים וּשְׁנֵיהֶם נִרְאֶה שֶׁהֵם מוֹדִים שֶׁהָיָה לוֹ ר"ח בָּנִים מַמְזֵרִים שֶׁגִּילָּה אוֹתָם בְּאוֹתוֹ הַיּוֹם אַךְ חַד סְבִירָא לֵיהּ שֶׁעֲשָׂרָה מֵהֶם דַּוְקָא הָיוּ מְחַזְּרִים עַל הַפְּתָחִים וְחַד סְבִירָא לֵיהּ שֶׁהָיוּ שִׁבְעִים מֵאֵלּוּ הַמַּמְזֵרִים מְחַזְּרִים עַל הַפְּתָחִים.
« Dix moururent, dix furent pendus, et dix mendiaient aux portes. » Difficulté : pourquoi n'a-t-on pas tué et exterminé ces dix-là ? Et de plus, pourquoi ont-ils reçu ce châtiment de la pauvreté, et non un châtiment plus dur, d'être lépreux ou aveugles ? Il faut de toute façon s'étonner : pourquoi Haman devait-il raconter à Zérech sa femme et à ses amis le nombre de ses fils ? Ne savaient-ils pas combien de fils il avait ? Il me semble, avec l'aide du Ciel, que Haman commettait l'adultère en secret avec les femmes des ministres et engendrait des mamzerim. Ces dix-là étaient des mamzerim nés des femmes des ministres, et ni Zérech sa femme, ni ses amis, ni personne au monde ne les connaissaient comme tels. À cette heure-là il révéla à ses amis et à sa femme qu'il réussissait à ce point dans ses affaires qu'il avait engendré dix fils mamzerim des femmes des grands ministres sans que nul ne le sache, qu'ils étaient encore en vie, et il les nomma un à un ; il leur faisait entendre qu'il réussissait dans le mal qu'il entreprenait, et qu'il pensait donc réussir aussi dans le mal qu'il ferait à Mordekhai. Par là se comprend la raison pour laquelle ces dix fils mendiaient aux portes : ils étaient tenus pour les fils des maris de leurs mères, qui étaient de grands ministres ; dès lors que Haman révéla qu'ils étaient ses fils, ces ministres surent qu'ils étaient des mamzerim et les fils de Haman, et ils les chassèrent de chez eux, nus, de sorte qu'ils durent mendier aux portes pour manger, car qui les aurait nourris, devenus misérables et chassés nus de leur maison ? Par là se résout aussi, avec l'aide du Ciel, une autre difficulté : l'un dit qu'ils étaient soixante-dix et l'autre qu'ils étaient deux cent huit, alors que chacun des Sages tenait certainement cela en tradition de ses maîtres ; comment pourraient-ils diverger sur un fait ? Cela s'éclaire ainsi : sur les fils connus, nés de Zérech sa femme, il n'y a pas de dispute ; tous ces propos portent sur les fils mamzerim que Haman avait eus de femmes étrangères et qu'il révéla ce jour-là à ses amis et à Zérech sa femme. L'un tient que ceux qui étaient nés des femmes des grands ministres étaient dix et mendiaient aux portes, l'autre tient que soixante-dix de ces mamzerim mendiaient aux portes, et il semble que tous deux s'accordent qu'il avait deux cent huit fils mamzerim, qu'il révéla ce jour-là ; simplement, l'un tient que dix d'entre eux précisément mendiaient aux portes, et l'autre que soixante-dix d'entre eux mendiaient aux portes.
💡 Explication

La guemara revient au verset du festin de Haman et demande un chiffre précis derrière l'expression rov banav. Rav répartit trente fils en trois groupes égaux, dont chacun correspond à un moment du récit : ceux qui sont morts, les dix pendus du chapitre 9, et les survivants réduits à la mendicité.

18
וְרַבָּנָן אָמְרִי: אוֹתָן שֶׁמְּחַזְּרִין עַל הַפְּתָחִים שִׁבְעִים הָיוּ, דִּכְתִיב: ״שְׂבֵעִים בְּלֶחֶם נִשְׂכְּרוּ״, אַל תִּקְרֵי ״שְׂבֵעִים״ אֶלָּא ״שְׂבֵעִים״.

Et nos maîtres disent : ceux qui mendiaient aux portes étaient soixante-dix, ainsi qu'il est écrit : « les rassasiés (seveim) se sont loués pour du pain » (I Chmouel 2,5) — ne lis pas « seveim » (rassasiés) mais « chivim » (soixante-dix).

📜 Rachi (1)
שִׁבְעִים בַּלֶּחֶם נִשְׂכְּרוּ יוֹנָתָן תִּרְגֵּם עַל בָּנָיו שֶׁל הַמָּן:
Seveim baléhem niskarou - Yonatan a traduit ce verset au sujet des fils de Haman.
💡 Explication

La derasha repose sur le fait que les deux lectures partagent les mêmes consonnes : seveim, rassasiés, et chivim, soixante-dix. Rachi indique que l'application du verset aux fils de Haman ne vient pas de la guemara seule : le Targoum de Yonatan sur Chmouel lit déjà ce verset dans ce sens.

19
וְרָמֵי בַּר אַבָּא אָמַר: כֻּולָּן מָאתַיִם וּשְׁמוֹנָה הֲווֹ, שֶׁנֶּאֱמַר: ״וְרֹוב בָּנָיו״. ״וְרֹוב״ בְּגִימַטְרִיָּא מָאתַן וְאַרְבֵּיסַר הָווּ! אָמַר רַב נַחְמָן בַּר יִצְחָק: ״וְרַב״ כְּתִיב.

Et Rami bar Abba dit : en tout ils étaient deux cent huit, ainsi qu'il est dit « vérov banav » (le grand nombre de ses fils). Mais « vérov » vaut en guematria deux cent quatorze !

Rav Nahman bar Yitshak dit : il est écrit « vérav » [sans le second vav].

💡 Explication

Troisième compte, tiré d'une guematria sur le mot vérov lui-même. L'objection est arithmétique : les lettres vav, rech, vav, beit donnent deux cent quatorze.

La réponse porte sur l'orthographe du texte : la distinction entre le ktiv, ce qui est écrit dans le rouleau, et le kri, ce qui est lu. Le mot est écrit sans le second vav, ce qui ramène le compte à deux cent huit.

🖼️ Schéma
Combien de fils avait Haman ? Trois comptes Rav — trente dix morts dix pendus dix mendiant aux portes Les rabanan — soixante-dix Ceux qui mendiaient aux portes, par al tikri seveim ela chivim (I Chmouel 2,5). Rami bar Abba — 208 Le total, par la guematria du mot vérov dans le verset (Esther 5,11). L'objection arithmétique et sa réponse vav 6 + rech 200 + vav 6 + beit 2 = 214, et non 208. Rav Nahman bar Yitshak : le ktiv du rouleau porte vérav, sans le second vav — 6 + 200 + 2 = 208.
Les trois comptes des fils de Haman, et la façon dont la différence entre le ktiv et le kri résout l'écart de six unités.
20
״בַּלַּיְלָה הַהוּא נָדְדָה שְׁנַת הַמֶּלֶךְ״. אָמַר רַבִּי תַּנְחוּם: נָדְדָה שְׁנַת מַלְכּוֹ שֶׁל עוֹלָם. וְרַבָּנָן אָמְרִי: נָדְדוּ עֶלְיוֹנִים, נָדְדוּ תַּחְתּוֹנִים. רָבָא אָמַר: שְׁנַת הַמֶּלֶךְ אֲחַשְׁוֵרוֹשׁ מַמָּשׁ.

« Cette nuit-là, le sommeil du roi s'enfuit » (Esther 6,1). Rabbi Tanhoum dit : le sommeil du Roi du monde s'enfuit.

Et nos maîtres disent : ceux d'en haut furent privés de sommeil, ceux d'en bas furent privés de sommeil. Rava dit : le sommeil du roi Ahachveroch, au sens propre.

📜 Rachi (2)
שְׁנַת מַלְכּוֹ שֶׁל עוֹלָם דֻּוגְמָא וַיִּקַץ כְּיָשֵׁן ה' (תְּהִילִּים ע״ח:ס״ה) לִנְקֹום נִקְמָתוֹ:
Chenat malko chel olam - à l'exemple de « Hachem s'éveilla comme un dormeur » (Tehilim 78,65), pour tirer Sa vengeance.
נָדְדוּ עֶלְיוֹנִים שֶׁהָיוּ מַלְאָכִים מַבְהִילִים אוֹתוֹ כָּל הַלַּיְלָה וְאָמְרוּ לוֹ כָּפוּי טוֹבָה שִׁלֵּם טוֹבָה לְמִי שֶׁעֲשָׂאָהּ לְשׁוֹן מוֹרִי וְיֵשׁ אוֹמְרִים [נָדְדוּ עֶלְיוֹנִים] כְּדֵי שֶׁיִּרְבּוּ בְּתַחֲנוּנִים לְבַקֵּשׁ עַל הַדָּבָר:
Nadedou elyonim - les anges l'effrayaient toute la nuit et lui disaient : ingrat, paie le bienfait à celui qui te l'a fait. Ainsi selon mon maître. Et certains disent : [ceux d'en haut furent privés de sommeil] afin que l'on multiplie les supplications et que l'on prie sur cette affaire.
💡 Explication

Le verset central du retournement est lu de trois manières. Rabbi Tanhoum l'applique au Roi du monde, lecture que Rachi appuie sur le verset de Tehilim 78 où le même registre est employé. Les rabanan étendent l'insomnie aux mondes supérieurs et inférieurs.

Rava garde le sens littéral, et c'est ce sens que développe le segment suivant, qui détaille le contenu même de l'insomnie du roi.

21
נְפַלָה לֵיהּ מִילְּתָא בְּדַעְתֵּיהּ, אָמַר: מַאי דְּקַמַּן דְּזַמֵּינְתֵּיהּ אֶסְתֵּר לְהָמָן? דִּלְמָא עֵצָה קָא שָׁקְלִי עִילָּוֵיהּ דְּהָהוּא גַּבְרָא לְמִקְטְלֵיהּ. הֲדַר אֲמַר: אִי הָכִי, לָא הֲוָה גַּבְרָא דְּרָחֵים לִי דַּהֲוָה מוֹדַע לִי? הֲדַר אֲמַר: דִּלְמָא אִיכָּא אִינִישׁ דַּעֲבַד בִּי טֵיבוּתָא וְלָא פְּרַעְתֵּיהּ, מִשּׁוּם הָכִי מִימַּנְעִי אִינָשֵׁי וְלָא מְגַלּוּ לִי, מִיָּד: ״וַיֹּאמֶר לְהָבִיא אֶת סֵפֶר הַזִּכְרֹונוֹת דִּבְרֵי הַיָּמִים״.

Une pensée lui tomba à l'esprit. Il se dit : qu'est-ce donc que cette chose survenue devant nous, qu'Esther ait invité Haman ?

Peut-être prennent-ils conseil sur cet homme-là pour le tuer. Il se dit ensuite : s'il en est ainsi, n'y aurait-il pas un homme qui m'aime et qui m'en avertirait ?

Il se dit encore : peut-être y a-t-il quelqu'un qui m'a rendu un service et que je n'ai pas payé ; c'est pour cela que les gens s'abstiennent et ne me révèlent rien. Aussitôt : « et il ordonna d'apporter le livre des mémoires, les chroniques » (Esther 6,1).

📜 Rachi (1)
מַאי דְּקָמִן דְּזַמֵּינְתֵּיהּ כְּלוֹמַר מַה זֹּאת הַבָּאָה לִפְנֵי עַכְשָׁיו דָּבָר חָדָשׁ כָּזֶה:
Mai dekaman dezaminteh - c'est-à-dire : qu'est-ce que cette chose nouvelle qui se présente maintenant devant moi ?
💡 Explication

La guemara explique l'insomnie de Rava par un raisonnement en trois temps, tout entier en araméen. Le roi part d'un fait anormal, l'invitation de Haman, et en tire l'hypothèse d'un complot. Il note que l'expression ha-hou gavra, cet homme-là, est la manière dont on parle de soi pour écarter un mauvais présage.

L'objection qu'il se fait à lui-même — personne ne m'a averti — le conduit à la conclusion qui déclenche tout : un bienfait est resté impayé, et les hommes se taisent parce qu'ils n'y voient aucun profit. De là l'ordre d'apporter les chroniques.

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״וְיִהְיוּ נִקְרָאִים״ — מְלַמֵּד שֶׁנִּקְרָאִים מֵאֵילֵיהֶן. ״וְיִמְצָא כָּתוּב״ — ״כְּתָב״ מִבָּעֵי לֵיהּ? מְלַמֵּד

« Et elles furent lues » (Esther 6,1) — cela enseigne qu'elles se lisaient d'elles-mêmes. « Et il fut trouvé écrit (katouv) » (Esther 6,2) — il aurait fallu dire « un écrit (ketav) » !

Cela enseigne

📜 Rachi (1)
כָּתוּב מַשְׁמַע שֶׁהָיָה כָּתוּב מֵחָדָשׁ כְּתָב מַשְׁמַע מֵעִיקָּרָא וְיִמְצָא כָּתוּב סֵפֶר זִכָּרוֹן לְפָנָיו אֲשֶׁר הִגִּיד מָרְדְּכַי:
Katouv - cela indique qu'il venait d'être écrit à neuf ; « ketav » aurait indiqué qu'il l'était depuis l'origine. « Et il fut trouvé écrit », « un livre de souvenir devant lui », « que Mordekhai avait dénoncé ».
💡 Explication

Deux derachot sur la forme des mots. La forme passive vayihyou nikraïm, avec son participe, est lue comme une lecture qui se fait sans lecteur.

La seconde porte sur l'opposition entre le participe passif katouv et le substantif ketav : selon Rachi, la forme choisie indique une écriture qui vient d'avoir lieu, plutôt qu'un texte déjà consigné. La phrase reste ouverte et se poursuit au folio 16a.

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Texte hébreu et araméen vocalisé : édition numérique William Davidson du Talmud Koren Noé, via Sefaria (licence CC BY-NC). Traduction française, notes et schémas : Chiourim BA (licence CC BY 4.0).